L'IUFM Lorraine bientôt rattaché à Nancy

La commission des candidatures présidée par le recteur Leroy a récemment émis un avis favorable au rattachement de l'institut universitaire de formation des maîtres de Lorraine à l'université Henri-Poincaré de Nancy.
Prévu par la loi d'orientation et de programme sur l'avenir de l'école du 23 avril 2005, le rattachement des instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM) est en cours partout en France. Il compléte le renouvellement de la formation des enseignants lancé il y a quelques mois. La commission des candidatures s'est penchée le 16 juillet sur le cas lorrain, sous la présidence du recteur Michel Leroy. Elle a proposé que l'université Henri-Poincaré accueille en son sein l'IUFM Lorraine dans un délai raisonnable. Une option qui doit encore être soumise à l'approbation de la ministre dans les semaines qui viennent mais qui sera, selon toute vraisemblance, confirmée.Aspirant elle aussi à ce rattachement, l'université Paul Verlaine-Metz (UPV-M) n'a pas été retenue malgré « la pertinence de sa candidature », assure son président Richard Lioger. Ce dernier, s'il regrette la décision de la commission est néanmoins d'avis qu'« un bon accord vaut mieux qu'une mauvaise guerre ». Un avis que ne partageront pas forcément les tenants du rattachement messin, qui s'étaient exprimés par la voix de Dominique Gros au conseil général de la Moselle à la fin du mois dernier. Selon Richard Lioger, il faut se tourner vers l'accord récemment signé entre les quatre universités lorraines pour l'inclusion de l'IUFM dans le futur Pôle de recherche et d'enseignement supérieur (PRES) lorrain et vers les solides garanties qu'il offre : « Le protocole signé garantit non seulement la représentation des quatre universités au sein du conseil d'IUFM, mais aussi la qualité des formations, la mise en place des dispositifs d'information et de sensibilisation des étudiants aux métiers de l'enseignement, l'intégration des enseignants-chercheurs de l'IUFM dans des unités de recherche labelissées, etc. », a précisé le président de l'UPV-M.
Enfin, il semble primordial que les étudiants messins et extra-messins continuent de profiter de bonnes conditions de préparation aux 18 concours nationaux proposés à Metz (CAPES, CAPET, CAPLP2, CAPEPS) et d'obtenir les résultats flatteurs enregistrés ces dernières années : les taux de réussite messins sont en effet régulièrement, et en fonction des filières, supérieurs de 3 à 35 points supérieurs aux moyennes nationales.
Paru le : 25/07/07 (Lorraine /Actualité)

Hommage à Jean BURGER, Résistant et Instituteur messin

Les Anciens des écoles normales et sites IUFM de Moselle ont organisé le 16 juin 2007 une cérémonie en mémoire de Jean BURGER, instituteur messin, militant communiste, fondateur du groupe Mario, mort en Déportation. Une grande figure de la résistance lorraine.

Jean BURGER est né à Metz le 16 février 1907. Il se destine au métier d'instituteur et après être passé par l'Ecole Normale de Montigny-lès-Metz, il enseigne dans le nord de la Moselle.
Le président de l'association des Anciens des Ecoles Normales et sites IUFM de Moselle, Serge Delattre, a tenu à rendre un hommage appuyé à ce militant communiste. « Jean Burger s'était trés tôt engagé dans la lutte pour la paix et contre le fascisme. Il fut le dirigeant local du mouuement Amsterdam-Pleyel. C"est lui qui crée auec quelques camarades la section messine de la Ligue internationale contre l'antisémitisme (LICA). »
Le nom de Jean Burger est gravé avec beaucoup d'autres sur les deux plaques de marbre scellées sur le mur du grand hall de l'IUFM de Montigny. Appartenant au 460e régiment de pionniers, cet instituteur est fait prisonnier le 17 juin 1940 sous le nom de René Legrand. Cette fausse identité l'empéche d'être « libéré » par les Allemands en tant qu'Alsacien-Lorrain. Il est emprisonné dans un Kommando près de Nienhagen (Mecklembourg. Allemagne), rattaché au stalag II A de Neubrandebourg et s' en évade à la Pentecôte 1941.


Fondateur du groupe Mario

De retour à Metz, à la demande de Georges Wodli, il organise la résistance communiste en Moselle et crée le groupe de résistance « Mario », dont l'activité revêt des aspects multiples. Au cours de l'été 1943, il participe à de nombreux actes de sabotage ou à des incendies de récoltes destinées aux Allemands. Jean Burger est arrêté au 3 rue Vauban, à Metz, dans l'appartement d'Annie Schulz. Un tiers environ des membres du «groupe Mario » tombent ainsi entre les mains de la Gestapo. Enchaîné, torturé, il est transféré à la prison militaire de Metz, puis successivement au fort de Queuleu, à la prison de Mannheim, de Wiesbaden, puis au camp de Dachau où il arrive le 14 novembre 1944.
Quelques jours plus tard, Jean Burger part dans un convoi pour Auschwitz-Monowitz. L'évacuation d'Auschwitz commence au matin du 18 janvier 1945 devant l'arrivée de l'Armée Rouge. Il doit gagner à marche forcée un camp annexe, à Gleiwitz, à l'ouest du bassin minier de haute Silésie. Entassé dans des wagons découverts, le groupe de prisonniers dont il fait partie arrive dans le camp de Dora. Il contracte une pneumonie. Inapte au travail il prend la direction de la « Boelcke Kaserne » de Nordhausen, quelques kilomètres plus au sud. C'est là, dans l'après-midi du 3 avril 1945, qu'il est mortellement blessé par des bombes américaines.
Les Anciens des Ecoles Normales et sites IUFM de Moselle ont observé une minute de silence et déposé une gerbe au pied de la plaque du Souvenir pour cette vie donnée à la France.
Un geste qui rappelle celles des dizaines de résistants de Moselle et d'Alsace, morts dans les camps.
Paru le : 28/06/07 (Metz /Actualité)

La retraite a sonné pour Serge DELATTRE

Ancien élève de l'école normale de Montigny-lès-Metz, promo 62-66, Serge Delattre met un terme à sa carrière professionnelle. Il a exercé, tout d'abord, le métier d'enseignement spécialisé et avait une classe de perfectionnement à Rombas, puis de spécialisation à Strasbourg avec obtention du CAEI.
Il a été pendant de nombreuses années responsable de section d'Education spécialisée au collège de Moyeuvre-Grande, puis de Sainte-Marie-aux-Chênes. Il a obtenu son diplôme de directeur d'établissements spécialisés à Suresnes en juin 1969, et il a pris la même année les responsabilités de secrétaire CDES. .
Il a tenu à fêter son départ en retraite avec tous ses collègues de l'Education nationale avec qui il a collaboré, de la DDASS, des directeurs d'établissements, mais aussi de tous ses amis. Serge Delattre est également le président des Anciens des écoles normales de la Moselle, le président de l'association de jumelage Montois-la-Montagne – Baracs (Hongrie) et trésorier du Club Joeuf-Homécourt Basket (Nationale 2)

Paru le : 24/07/06 (Montigny-les-Metz /Actualité)

 

Jean SIKORA, historien de ses origines


A quelques heures de l'entrée officielle de la Pologne dans la Communauté européenne, l'ouvrage de Jean Sikora apporte un éclairage sur une période de l'histoire trop méconnue de ce pays malgré les nombreux liens affectifs qui l'unissent à la France, et à la Lorraine en particulier.

Le roi Stanislas, chassé de son pays, reçut à titre viager les duchés de Bar et de Lorraine dont il embellit les villes de Lunéville et de Nancy qui lui doivent ses plus beaux monuments. Mais c'est au début du siècle dernier que les relations entretenues par la Pologne prirent un essor considérable avec la France, surtout avec plusieurs régions qui, comme la Lorraine, ont attiré une très forte communauté dans leurs bassins miniers. Jean Sikora, domicilié aujourd'hui à Scy-Chazelles, près de Metz, est d'ascendance polonaise par son grand-père paternel qui arriva un jour de 1905, à Saint-Avold, avec l'armée prussienne, dominatrice de cette partie d'Europe. Son père se fixa à Clouange, non loin de l'usine sidérurgique de Rombas. Et c'est dans cette vallée de l'Orne, au sein de sa famille et à l'école "du mardi" qu'il apprit la langue de ses ancêtres.

Cet instituteur, formateur à l'IUFM de Montigny-lès-Metz, aujourd'hui à la retraite, ne cesse de voyager dans le monde entier où l'appelle son action bénévole au sein d'une association qui se consacre à l'enseignement du français. Il est rentré il y a quelques semaines d'un séjour de cinq mois en Lituanie, un des "autres cousins" qui rejoindra la grande famille européenne le 1er mai.

Mais depuis longtemps, Jean Sikora constatait que l'histoire de la Pologne était quelque peu méconnue et que les ouvrages grand public relatant le passé de ce pays si souvent meurtri étaient presque inexistants. Il publie ainsi, en 1996, un premier livre à compte d'auteur, diffusé à 4 000 exemplaires, 1 000 ans d'histoire de la Pologne, du début du christianisme en 960 à 1947, qui marque la fin des combats des résistants face à l'hégémonie stalinienne.

Un deuxième livre vient de sortir, consacré à un personnage qui a dominé la période de l'entre-deux-guerres, "où après 123 ans de servitude, la nation polonaise a retrouvé son indépendance". Joseph Pilsudski (1867-1935) est le personnage clé dans la vie politique de la Pologne ressuscitée, de 1918 à 1935. Il grandit dans le sentiment d'injustice qu'engendrent la russification de sa Lituanie natale et la germanisation des autres contrées annexées. Résistant, il est déporté en Sibérie par la police du tsar, puis se bat contre les Russes au début du conflit de 14-18 avant d'être interné par les Allemands jusqu'au 11 novembre 1918. Auteur en 1920 d'une victoire mémorable sur l'armée rouge sur le point de s'emparer de Varsovie, le futur maréchal Pilsudski est aussi un homme d'Etat qui a marqué la nation polonaise. Son nom est effacé des mémoires durant la période soviétique avant que son patriotisme et son réalisme politique ne soient réhabilités.

Un homme de Pologne qui a marqué l'histoire contemporaine et que les générations actuelles se doivent de connaître pour mieux appréhender cette grande Communauté européenne. Qui sait, par exemple, que Pologne et Lituanie ont formé, quatre siècles durant, de 1385 à 1795, une même république ?

Romain BERNARD.
Paru le : 30/04/04 (Lorraine / L'Actualité)

Une idée cadeau ou à s'offrir : l'ouvrage de Jean Sikora est vendu au prix de 15 Euros. On peut également se le procurer auprès de l'auteur (tél. 03 87 60 33 01).

Témoignages collectés par l'Institut national de recherche pédagogique


Le Naborien Adolphe THIL a servi d'intermédiaire pour rassembler d'anciens normaliens de l'école normale de Montigny-lès-Metz qui ont eu la particularité de recevoir leur formation durant la période nazie. Ils fréquentaient le Lehrerseminar. Ces jeunes gens se sont liés d'une amitié qui a duré jusqu'à aujourd'hui. Jules Vilbois, de Valmont, Roger Collette de Petite-Rosselle et Raymond Tredemy de Carling ont été réunis chez Adolphe Thil pour parler, raconter ce qu'ils ont vécu.
Depuis quatre ans, l'Institut national de recherche pédagogique (INRP) a lancé une opération de mémoire des écoles normales d'instituteurs et d'institutrices des origines à 1975. Laurette Michaux, Jacques Devavry et Pierre Durupt, professeurs d'IUFM, se sont associés à cette opération pour le département de la Moselle. Le dépôt des archives écrites relève de procédures administratives obligatoires. Il s'agit de les compléter par le témoignage d'acteurs des événements. L'expérience montre que ceux-ci varient beaucoup d'un département à l'autre mais aussi d'une époque à l'autre. L'Ecole normale d'instituteurs de la Moselle présente la particularité d'appartenir aux toutes premières écoles normales fondées en France. Née en 1822 et 1823, elle accueillait les premières générations dans le château d'Helfedange, non loin de Faulquemont. Il est évident que les témoignages oraux ne permettent pas de remonter jusqu'à une époque aussi lointaine. Ils ne concernent que le XXe siècle, postérieur à la Première Guerre mondiale. L'instituteur le plus âgé qui ait, à ce jour, apporté son témoignage est Jean Morette. Aujourd'hui disparu, il avait 86 ans quand il a été interviewé sur ses années d'Ecole normale.

Paru le : 22/12/03 (Saint-Avold / Actualité)

L'instituteur français fait école à San Diego

Directeur de San Diego International School l'école qu'il a fondé en Californie, André Bordes vient d'être nommé consul honoraire de France. Originaire de Metz, il a débuté sa carrière d'instituteur dans une classe de Saint-Eloi.


Installé en Californie depuis presque 20 ans, André Bordes vient d'être nommé consul honoraire de France à San Diego. Originaire de Metz, André Bordes s'est distingué dans cette ville des Etats-Unis, en y créant en 1988, la première école française.

A la tête, aujourd'hui de San Diego International School, un établissement franco-américain et hispano-américain qui accueille 160 élèves sur tous les niveaux d'enseignement, André Bordes a débuté sa carrière dans une classe de l'école primaire à Saint-Eloi.

Cadet d'une famille de trois garçons, André Bordes a effectué sa scolarité à Metz, décroché son bac au lycée Fabert et intégré l'Ecole normale à Montigny. Il découvre l'enseignement à Woippy, lors de sa première affectation. Deux ans plus tard, l'instituteur est muté à Borny-Village.

En 1976, il saisit l'opportunité et traverse l'Atlantique pour apprendre le français aux petits Canadiens. Dans les années 1980, sa carrière le conduit à Los Angeles. Il ne revient en France que pour retrouver sa famille, le temps des vacances.
Installé aux Etats-Unis, il n'a de cesse de créer sa propre école. C'est à San Diego qu'il se fixe. Avec Chandra, son épouse rencontrée à l'Université californienne de Los Angeles (UCLA), il ouvre une classe de maternelle et accueille les enfants de couples franco-américains.
La French American international School se développe au fil des ans et des retours en France, où le chef d'établissement recrute les enseignants. Rebaptisée San Diego International School, l'école a désormais double vocation linguistique. En 1994, pour avoir transmis la culture française à l'étranger, l'Education nationale décore le directeur des palmes académiques.
André Bordes a construit sa vie professionnelle et familiale outre-Atlantique et garde contact avec Metz et sa famille lorraine. Père de deux enfants, il se sépare, momentanément de sa fille aînée, Coralie, 17 ans, admise en octobre à la Sorbonne à Paris.

Paru le : 07/09/03 (Metz / Actualité)

Les silences stridents de Rustin


Dessins, portraits et peintures : première grande exposition en Moselle de Jean Rustin qui écrit l'histoire des hommes dans leur chair.
THIONVILLE. - A soixante-quinze ans, Jean Rustin garde l'oeil merveilleusement étonné : comme un enfant, il est surpris de cette reconnaissance générale qui lui offre une première exposition de dessins, de portraits et de toiles à Thionville. Déjà il y a vingt ans, à la galerie Lillebonne de Nancy, il avait subi, comme un gosse puni sans savoir pourquoi, l'affront d'un scandale provoqué par ses femmes âgées et nues, ses vieillards décrépits et comme livrés sans défense.
Au XXIe siècle, Jean Rustin dérange encore mais la sagesse de l'âge lui a donné des mots pour expliquer le pinceau : « Derrière ma fascination du corps nu il y a vingt siècles de christs morts, de martyrs torturés, de révolutions sanglantes, de massacres, de rêves brisés et c'est bien dans la chair que s'écrit l'histoire des hommes et peut-être même l'histoire de l'art ».
La nudité chez Rustin n'a rien à voir avec celle d'un « Déjeuner sur l'herbe » ou avec « La naissance de Vénus ». Ces hommes et ces femmes n'ont ni âge ni beauté, ni joie de vivre ni opulence, ni triomphalisme ni provocation. Voici des « petites vieilles » saisies dans leur quotidien, ni horrible ni réjouissant, voici des malades, des aliénés sûrement, ratatinés, recroquevillés, lovés sur des carrelage, étalés dans des pièces vides. Des images souvenirs de fréquentations obligatoires quand Rustin pendant un an décora un hôpital psychiatrique.
Tous ces personnages ont abandonné la pudeur - pas la dignité puisque c'est nous qui sommes finalement mal à l'aise - ne jouent pas, ne posent pas, ne demandent rien. Mieux, nous ignorent.
Dans ces crépuscules de vie morne et grise, voir la pornographie conduirait au grotesque. Pour démesurés qu'ils soient, les organes n'ont plus de fonctions érotiques ; ils ne font que rappeler, éloquemment, qu'il y eut ici, autrefois, des vrais hommes et d'authentiques femmes et seulement ça.
On croit même volontiers ces « faux modèles » privés de paroles ; et pourtant dans notre regard ils hurlent, ils déchirent nos bonnes consciences... dont Rustin n'a que faire. Lui a brossé ces yeux hagards, ces crânes chauves avec une tendresse sans calcul. Il a habillé la déchéance d'une aura d'amour indestructible et le spectateur devient tout nu face à des fiertés intactes.
Il faut profiter de cette présentation exceptionnelle. Depuis 1989, un collectionneur belge, Marmix Neerman, achète la totalité de l'oeuvre du peintre de Montigny-les-Metz et la « Fondation Rustin » d'Anvers promènera bientôt l'exposition d'Amsterdam à Paris, de Rotterdam à Bruxelles.
Les grandes toiles sont à l'espace Brel, les dessins au musée de la tour aux puces et les portraits à l'espace d'art du conservatoire de Thionville.
Tous les jours, sauf le lundi de 14 h à 18 h, jusqu'au 15 avril.

Paul LEBOEUF
Paru le : 23/03/03 (Est Républicain Nancy)

L'énigme RUSTIN
Il a goûté aux exubérances de l'abstraction la plus colorée, avant de revenir à une peinture figurative racontant le dénuement absolu. Jean Rustin retrouve sa Lorraine natale, fort d'une réputation internationale affirmée, d'une oeuvre exigeante, impitoyable.
" Quand on me demande pourquoi je fais cette peinture, je n'ai pas de réponse. Ou alors il y en aurait mille... " Une voix calme, proche, comme attendrissante. Et le petit homme aux cheveux blancs sourit. A soixante-quinze ans, Jean Rustin retrouve ses terres de Moselle, il en éprouve une émotion touchante. Dans ses bagages, une oeuvre picturale forte, fascinante pour les uns, dérangeante pour les autres. Des personnages décharnés, dans l'enfermement grisâtre d'une unique pièce nue. Des chairs flétries, des sexes béants, des regards vides, hébétés, rougis par une trop longue veille... Des crânes chauves, des postures d'abandon, de lassitude ultime. L'exposition proposée à Thionville par le Centre Culturel Jacques Brel n'est assurément pas une promenade de santé. Et pourtant. L'a priori passé, quand l'oeil s'est accommodé à ce qui lui est montré, comme on se ferait à un brutal changement de lumière, le choc du propos s'estompe. " C'est plutôt la tristesse humaine, le découragement. Non? " Le peintre s'interroge. "Par réaction, je suis allé vers le grisâtre, le noirâtre, vers une tension dramatique qui m'intéressait beaucoup."
"Mon père était prof à l'École Normale de Montigny. Il est devenu directeur après la guerre. Si je suis né là, c'est donc par le hasard d'une affectation. Mais cette École Normale, c'est toute une vie! " Les années passent, Rustin est à Paris, des couleurs plein la tête. L'époque est à l'abstraction lyrique, " on avait vingt ans, on avait tous envie d'une peinture libre. Le figuratif était tellement dévalorisé. " Alors l'artiste lorrain flamboie, la reconnaissance arrive, avec elle une réaction violente en retour: " J'ai eu droit à une grande exposition au Musée d'Art Moderne. Là, je me suis dit que ça n'était pas possible. Que c'était trop facile, trop joli. On faisait des chefs-d'oeuvre tout le temps. Alors j'ai remis un "haut" et un "bas" à tout ça, pour retrouver une pesanteur. J'ai redémarré une histoire de la peinture pour moi tout seul. Par réaction, je suis allé vers le grisâtre, le noirâtre, vers une tension dramatique qui m'intéressait beaucoup (...) J'ai été rejeté de partout, la police est venue pour interdire une expo à Créteil, c'était une 1982. Je passais pour un obsédé sexuel, ce qui est complètement ridicule... J'ai eu la chance de cette rupture. On en pense ce qu'on en veut, mais pour moi, ça a été régénérateur. " Autre approche possible d'un complet virage artistique: " A 20 ans, j'étais naïf, je croyais à toutes les révolutions. Et puis il y a eu la chute du stalinisme. J'ai commencé à ne plus croire en rien. "
Ce Rustin "nouvelle manière" décline encore aujourd'hui les mêmes face-à-face obsédants (" c'est très difficile de faire entrer des éléments nouveaux dans une peinture, ça dédramatise... "), mais il a depuis trouvé dans les collections publiques et privées du monde entier une place conséquente. Priorité pour la Belgique (une Fondation Rustin existe à Anvers) et les pays germaniques ou nordiques, " en France, on aime la jolie peinture, Matisse, Monet... En Allemagne, c'est un autre monde... " La France ne l'avait plus accueilli depuis dix ans, il y revient par la porte de son enfance. Expositions à Thionville, réception officielle à Montigny. Un rire malicieux ponctue l'aventure: " Je me demandais si Metz se souviendrait un jour de moi... "

Michel GENSON
Paru le : 23/03/03 (RL 7 Hebdo)

Le peintre Jean Rustin reconnu par les siens

Il est né à Montigny-lès-Metz en mars 1928. Pour ses 75 ans, la ville de Montigny-lès-Metz lui rend hommage. Jean-Rustin a retrouvé ses racines à l'invitation de Jean-Luc Bohl, maire, et de Monique Sary, adjointe à la culture. C'est sur le perron de l'hôtel de ville de Montigny-lès-Metz, que Jean-Luc Bohl, maire, mais aussi conseiller général chargé de la culture, a accueilli l'enfant du pays, le peintre Jean Rustin. Trois de ses toiles, de dimensions imposantes, avaient été pour la circonstance déplacées de l'exposition thionvilloise qui se tient actuellement au centre culturel Jacques-Brel, pour être installées dans le grand salon d'honneur.
Si la mère de l'artiste était enseignante, et si son père dirigeait l'Ecole normale de Montigny, Jean Rustin n'a cependant pas fait carrière dans sa ville natale. A 19 ans, il est parti pour Paris suivre les cours de l'école des Beaux-Arts. Deux ans plus tard, il y épousa Elsa, qui deviendra médecin et directrice du centre de santé de Bagnolet tout en lui donnant deux enfants.
De son passage dans les ateliers d'Untessteller et de Brianchon, il gardera un esprit propre à "l'abstraction lyrique" pour sa peinture, ce qui ne l'empêchera pas de travailler pendant 25 ans chez le céramiste Jacques Blin.

Une fondation

1968 sera sans doute le tournant de sa carrière. Jean Rustin évolue vers la "figuration libre" et monte une exposition à l'Arc, Musée d'art moderne de Paris. La chance est au rendez-vous lui permettant d'aller à la quête de "la figuration". Il trouve sur sa route Evelyne Artaud qui monte une rétrospective de son oeuvre à la Maison des arts André-Malraux à Créteil.
Sans pour autant changer de style, l'artiste rencontre un marchand belge, Marnix Neerman qui lui achète la totalité de son oeuvre pour une galerie de Brugge. Le monde flamand et belge découvre Jean Rustin. La gloire et le succès font que quelques années plus tard, en 1992, Corinne Van Hövell et Take Van Spikes, deux collectionneurs hollandais, créent la Fondation Jean Rustin à Anvers. La reconnaissance mondiale est définitivement au rendez-vous.
La peinture de provocation, qui a fait naître le scandale, porte chance à Jean Rustin. Il faut bien reconnaître que l'artiste enferme l'action hors du monde, hors des lois du monde. Dans sa peinture, nous sommes dans l'outrance, dans ce qui ne peut-être regardé et vu sans culpabilité. Ce n'est pas un spectacle fugace et entrevu auquel nous sommes convoqués. La peinture de Jean Rustin se tient précisément en cette limite contradictoire, entre la tension du désir de voir, et la rétention d'un expressionnisme relâché.
Patrick Thill, représentant le maire de Metz, apprécie l'oeuvre de l'artiste, mais comprend qu'on aime ou qu'on n'aime pas. Jean Rustin, enfant du pays, a constaté toute sa vie la frilosité du public en la matière, sans doute plus sur sa terre natale qu'ailleurs. Jean-Luc Bohl s'est plu à souligner, lors de cette réception, la bonhomie de l'artiste qui ne manque jamais lors de ses déplacements à travers le monde, de rappeler combien Montigny-lès-Metz a compté dans sa vie.

Paru le : 18/03/03 (RL Metz / Montigny)


Jean MORETTE : Notre bon maître...

Jean Morette aimait passionnément sa belle Lorraine. Il n'a cessé d'en chanter l'âme avec sa plume et ses pinceaux. Puisant dans ses racines au coeur du Pays-Haut, il s'est fait, au long de sa vie, l'observateur attentif des lieux et des gens, des gestes immuables, des traditions rustiques, des paysages sereins comme de la modernité flamboyante. Celle, pas encore dévastée alors, du fer et du charbon. Fils d'institutrice, Jean a hérité d'une mère aimante la noble passion de transmettre le savoir. Une manière, sans doute, de prolonger un peu l'enfance, de s'émerveiller, de partager avec les plus jeunes la passion d'un monde qu'il a toujours voulu proche, sensible, chaleureux. C'est la raison pour laquelle il n'a sans doute pas donné suite à une prometteuse vocation d'artiste, lui préférant modestement la voie de la pédagogie. Sans renoncer à son goût profond pour le dessin, il choisit de le mettre au service de la connaissance. Il renoncera également dans la majeure partie de son oeuvre à la couleur, comme par ascèse, pour aller au plus simple, au plus vrai, au plus direct. Son trait noir, précis comme celui d'un graveur, mord sur la page blanche pour y fixer des lignes essentielles, pleines de dépouillement, de force. Ce qui n'exclut pas pour autant une certaine fantaisie. Car le monde de Morette est ludique et joyeux. Il y a toujours un petit toutou sympa pour accompagner Fanchette, des lutins bienveillants prêts à surgir de la planche, un grillon posté près du four à pain.
Instruire en amusant, voilà le beau projet que Morette a déployé au fil de son existence, que ce soit sur le tableau noir de sa chère école de Pierrevillers ou dans les colonnes de notre journal. Grâce à ses albums, des générations de gamins ont appris à apprendre, à connaître l'histoire et la géographie de leur région, la mémoire de leurs cités, l'esprit de leurs campagnes. Ils se sont nourris de traditions et de contes, se sont forgé un patrimoine, une identité, une culture commune. C'est la belle richesse, l'héritage unique que nous laisse Morette, le créateur si talentueux et simple, l'homme si attachant. Le bon maître que nous avons tous rêvé d'avoir...

Francis KOCHERT.
Paru dans le RL du 29 octobre 2002(Lorraine / L'Actualité)

Jean MORETTE : De si beaux livres


Jean Morette a publié ou collaboré graphiquement à une centaine d'ouvrages. Difficile de les recenser tous. On retiendra les tout premiers, parmi lesquels en 1934 la Géographie de la Moselle de Joseph Cressot (Paul Even), deux albums de Colas et Colette en 1936 (Arts graphiques de Nancy), Les contes de Grimm (Hachette 1950), Le pain au Lièvre, bois gravés illustrant les textes de Cressot (Le Républicain Lorrain, 1952). Suivent, à partir de 1958, des albums annuels publiés au Républicain Lorrain parmi lesquels Jeux du Jeudi, Les Grands Lorrains vus par Fanchette, Contes du jeudi, de 1963 à 1968 six albums constituant L'Histoire de la Lorraine, puis six autres volumes de Chez nous en Lorraine dans les années 70, La Lorraine de dans le temps (1978), Mon village en Lorraine (1981), La Lorraine du fer en 1985, Le Pays-Haut (1987), Contes comme ça! (1990), La vie de ma grand-tante Octavie (1996) et Lorraine, images d'autrefois (2000). Deux ouvrages ont également été consacrés à son oeuvre : Morette l'enchanteur de Francis Kochert (Serpenoise 1985) et La Lorraine en passant par Jean Morette de Michel Caffier (Serpenoise 1998).

Paru dans le RL du 29 octobre 2002(Lorraine / L'Actualité)

LA FUSION DE NOS DEUX ASSOCIATIONS

METZ.- L'Association des anciennes de l'École normale et de l'IUFM de Metz et l'Association des anciens de l'Ecole normale et de l'IUFM de Montigny-lès-Metz se sont réunies en assemblée générale. Une date à marquer d'une pierre blanche puisque la fusion de ces deux associations jumelles a pu se réaliser grâce à la volonté commune de leurs présidents respectifs, Jacqueline Adam et Serge Delattre. Ils ont été approuvés à une très large majorité. Depuis deux ans déjà, un bulletin commun, L'Ancien, était un trait d'union entre tous les enseignants adhérents.

Le regroupement s'appellera désormais Association des anciennes et anciens des Ecoles normales et des sites IUFM de Moselle, avec Serge Delattre comme président et un bureau de seize membres.

C'est en présence de Mme Neveux, responsable pédagogique sur le site, de Mme Verrière, gestionnaire, de M. Henry, ancien directeur de Paixhans, et de Madame, de M. Smouts, président de l'Association des anciens de l'Ecole normale de Nancy que la nouvelle association a fait ses premiers pas.
Le dépôt de gerbe à la stèle du souvenir de l'IUFM de Montigny a été suivi d'une messe célébrée par M. l'abbé Min à la mémoire des disparus. Un vin d'honneur et un repas ont réuni plus de 150 personnes dans une chaleureuse ambiance.

Paru dans le RL du 19 juillet 2002