La commission
des candidatures présidée par le recteur Leroy a récemment
émis un avis favorable au rattachement de l'institut universitaire
de formation des maîtres de Lorraine à l'université Henri-Poincaré
de Nancy.
Prévu par la loi d'orientation et de programme sur l'avenir de l'école
du 23 avril 2005, le rattachement des instituts universitaires de formation
des maîtres (IUFM) est en cours partout en France. Il compléte
le renouvellement de la formation des enseignants lancé il y a quelques
mois. La commission des candidatures s'est penchée le 16 juillet sur
le cas lorrain, sous la présidence du recteur Michel Leroy. Elle a
proposé que l'université Henri-Poincaré accueille en
son sein l'IUFM Lorraine dans un délai raisonnable. Une option qui
doit encore être soumise à l'approbation de la ministre dans
les semaines qui viennent mais qui sera, selon toute vraisemblance, confirmée.Aspirant
elle aussi à ce rattachement, l'université Paul Verlaine-Metz
(UPV-M) n'a pas été retenue malgré « la pertinence
de sa candidature », assure son président Richard Lioger. Ce
dernier, s'il regrette la décision de la commission est néanmoins
d'avis qu'« un bon accord vaut mieux qu'une mauvaise guerre ».
Un avis que ne partageront pas forcément les tenants du rattachement
messin, qui s'étaient exprimés par la voix de Dominique Gros
au conseil général de la Moselle à la fin du mois dernier.
Selon Richard Lioger, il faut se tourner vers l'accord récemment signé
entre les quatre universités lorraines pour l'inclusion de l'IUFM dans
le futur Pôle de recherche et d'enseignement supérieur (PRES)
lorrain et vers les solides garanties qu'il offre : « Le protocole signé
garantit non seulement la représentation des quatre universités
au sein du conseil d'IUFM, mais aussi la qualité des formations, la
mise en place des dispositifs d'information et de sensibilisation des étudiants
aux métiers de l'enseignement, l'intégration des enseignants-chercheurs
de l'IUFM dans des unités de recherche labelissées, etc. »,
a précisé le président de l'UPV-M.
Enfin, il semble primordial que les étudiants messins et extra-messins
continuent de profiter de bonnes conditions de préparation aux 18 concours
nationaux proposés à Metz (CAPES, CAPET, CAPLP2, CAPEPS) et
d'obtenir les résultats flatteurs enregistrés ces dernières
années : les taux de réussite messins sont en effet régulièrement,
et en fonction des filières, supérieurs de 3 à 35 points
supérieurs aux moyennes nationales.
Paru le
: 25/07/07 (Lorraine /Actualité)
Les Anciens des écoles normales et sites IUFM de Moselle ont organisé le 16 juin 2007 une cérémonie en mémoire de Jean BURGER, instituteur messin, militant communiste, fondateur du groupe Mario, mort en Déportation. Une grande figure de la résistance lorraine.
Jean
BURGER est né à Metz le 16 février 1907. Il se destine
au métier d'instituteur et après être passé par
l'Ecole Normale de Montigny-lès-Metz, il enseigne dans le nord de la
Moselle.
Le président de l'association des Anciens des Ecoles Normales et sites
IUFM de Moselle, Serge Delattre, a tenu à rendre un hommage appuyé
à ce militant communiste. « Jean Burger s'était trés
tôt engagé dans la lutte pour la paix et contre le fascisme.
Il fut le dirigeant local du mouuement Amsterdam-Pleyel. C"est lui qui
crée auec quelques camarades la section messine de la Ligue internationale
contre l'antisémitisme (LICA). »
Le nom de Jean Burger est gravé avec beaucoup d'autres sur les deux
plaques de marbre scellées sur le mur du grand hall de l'IUFM de Montigny.
Appartenant au 460e régiment de pionniers, cet instituteur est fait
prisonnier le 17 juin 1940 sous le nom de René Legrand. Cette fausse
identité l'empéche d'être « libéré
» par les Allemands en tant qu'Alsacien-Lorrain. Il est emprisonné
dans un Kommando près de Nienhagen (Mecklembourg. Allemagne), rattaché
au stalag II A de Neubrandebourg et s' en évade à la Pentecôte
1941.
Fondateur du groupe
Mario
De retour à
Metz, à la demande de Georges Wodli, il organise la résistance
communiste en Moselle et crée le groupe de résistance «
Mario », dont l'activité revêt des aspects multiples. Au
cours de l'été 1943, il participe à de nombreux actes
de sabotage ou à des incendies de récoltes destinées
aux Allemands. Jean Burger est arrêté au 3 rue Vauban, à
Metz, dans l'appartement d'Annie Schulz. Un tiers environ des membres du «groupe
Mario » tombent ainsi entre les mains de la Gestapo. Enchaîné,
torturé, il est transféré à la prison militaire
de Metz, puis successivement au fort de Queuleu, à la prison de Mannheim,
de Wiesbaden, puis au camp de Dachau où il arrive le 14 novembre 1944.
Quelques jours plus tard, Jean Burger part dans un convoi pour Auschwitz-Monowitz.
L'évacuation d'Auschwitz commence au matin du 18 janvier 1945 devant
l'arrivée de l'Armée Rouge. Il doit gagner à marche forcée
un camp annexe, à Gleiwitz, à l'ouest du bassin minier de haute
Silésie. Entassé dans des wagons découverts, le groupe
de prisonniers dont il fait partie arrive dans le camp de Dora. Il contracte
une pneumonie. Inapte au travail il prend la direction de la « Boelcke
Kaserne » de Nordhausen, quelques kilomètres plus au sud. C'est
là, dans l'après-midi du 3 avril 1945, qu'il est mortellement
blessé par des bombes américaines.
Les Anciens des Ecoles Normales et sites IUFM de Moselle ont observé
une minute de silence et déposé une gerbe au pied de la plaque
du Souvenir pour cette vie donnée à la France.
Un geste qui rappelle celles des dizaines de résistants de Moselle
et d'Alsace, morts dans les camps.
Paru le : 28/06/07 (Metz /Actualité)
Ancien
élève de l'école normale de Montigny-lès-Metz,
promo 62-66, Serge Delattre met un terme à sa carrière professionnelle.
Il a exercé, tout d'abord, le métier d'enseignement spécialisé
et avait une classe de perfectionnement à Rombas, puis de spécialisation
à Strasbourg avec obtention du CAEI.
Il a été pendant de nombreuses années responsable de
section d'Education spécialisée au collège de Moyeuvre-Grande,
puis de Sainte-Marie-aux-Chênes. Il a obtenu son diplôme de directeur
d'établissements spécialisés à Suresnes en juin
1969, et il a pris la même année les responsabilités de
secrétaire CDES. .
Il a tenu à fêter son départ en retraite avec tous ses
collègues de l'Education nationale avec qui il a collaboré,
de la DDASS, des directeurs d'établissements, mais aussi de tous ses
amis. Serge Delattre est également le président des Anciens
des écoles normales de la Moselle, le président de l'association
de jumelage Montois-la-Montagne – Baracs (Hongrie) et trésorier
du Club Joeuf-Homécourt Basket (Nationale 2)
Paru le : 24/07/06 (Montigny-les-Metz /Actualité)
A quelques heures de l'entrée officielle de la Pologne dans la
Communauté européenne, l'ouvrage de Jean Sikora apporte un éclairage
sur une période de l'histoire trop méconnue de ce pays malgré
les nombreux liens affectifs qui l'unissent à la France, et à
la Lorraine en particulier.
Le
roi Stanislas, chassé de son pays, reçut à titre viager
les duchés de Bar et de Lorraine dont il embellit les villes de Lunéville
et de Nancy qui lui doivent ses plus beaux monuments. Mais c'est au début
du siècle dernier que les relations entretenues par la Pologne prirent
un essor considérable avec la France, surtout avec plusieurs régions
qui, comme la Lorraine, ont attiré une très forte communauté
dans leurs bassins miniers. Jean Sikora, domicilié aujourd'hui à
Scy-Chazelles, près de Metz, est d'ascendance polonaise par son grand-père
paternel qui arriva un jour de 1905, à Saint-Avold, avec l'armée
prussienne, dominatrice de cette partie d'Europe. Son père se fixa
à Clouange, non loin de l'usine sidérurgique de Rombas. Et c'est
dans cette vallée de l'Orne, au sein de sa famille et à l'école
"du mardi" qu'il apprit la langue de ses ancêtres.
Cet instituteur, formateur à l'IUFM de Montigny-lès-Metz, aujourd'hui
à la retraite, ne cesse de voyager dans le monde entier où l'appelle
son action bénévole au sein d'une association qui se consacre
à l'enseignement du français. Il est rentré il y a quelques
semaines d'un séjour de cinq mois en Lituanie, un des "autres
cousins" qui rejoindra la grande famille européenne le 1er mai.
Mais depuis longtemps, Jean Sikora constatait que l'histoire de la Pologne
était quelque peu méconnue et que les ouvrages grand public
relatant le passé de ce pays si souvent meurtri étaient presque
inexistants. Il publie ainsi, en 1996, un premier livre à compte d'auteur,
diffusé à 4 000 exemplaires, 1 000 ans d'histoire de la Pologne,
du début du christianisme en 960 à 1947, qui marque la fin des
combats des résistants face à l'hégémonie stalinienne.
Un deuxième livre vient de sortir, consacré à un personnage
qui a dominé la période de l'entre-deux-guerres, "où
après 123 ans de servitude, la nation polonaise a retrouvé son
indépendance". Joseph Pilsudski (1867-1935) est le personnage
clé dans la vie politique de la Pologne ressuscitée, de 1918
à 1935. Il grandit dans le sentiment d'injustice qu'engendrent la russification
de sa Lituanie natale et la germanisation des autres contrées annexées.
Résistant, il est déporté en Sibérie par la police
du tsar, puis se bat contre les Russes au début du conflit de 14-18
avant d'être interné par les Allemands jusqu'au 11 novembre 1918.
Auteur en 1920 d'une victoire mémorable sur l'armée rouge sur
le point de s'emparer de Varsovie, le futur maréchal Pilsudski est
aussi un homme d'Etat qui a marqué la nation polonaise. Son nom est
effacé des mémoires durant la période soviétique
avant que son patriotisme et son réalisme politique ne soient réhabilités.
Un homme de Pologne qui a marqué l'histoire contemporaine et que les
générations actuelles se doivent de connaître pour mieux
appréhender cette grande Communauté européenne. Qui sait,
par exemple, que Pologne et Lituanie ont formé, quatre siècles
durant, de 1385 à 1795, une même république ?
Romain BERNARD.
Paru le : 30/04/04 (Lorraine / L'Actualité)
Une idée cadeau ou à s'offrir : l'ouvrage de Jean Sikora est vendu au prix de 15 Euros. On peut également se le procurer auprès de l'auteur (tél. 03 87 60 33 01).
Le
Naborien Adolphe THIL a servi d'intermédiaire pour rassembler d'anciens
normaliens de l'école normale de Montigny-lès-Metz qui ont eu
la particularité de recevoir leur formation durant la période
nazie. Ils fréquentaient le Lehrerseminar. Ces jeunes gens se sont liés
d'une amitié qui a duré jusqu'à aujourd'hui. Jules Vilbois,
de Valmont, Roger Collette de Petite-Rosselle et Raymond Tredemy de Carling
ont été réunis chez Adolphe Thil pour parler, raconter
ce qu'ils ont vécu.
Depuis quatre ans, l'Institut national de recherche pédagogique (INRP)
a lancé une opération de mémoire des écoles normales
d'instituteurs et d'institutrices des origines à 1975. Laurette Michaux,
Jacques Devavry et Pierre Durupt, professeurs d'IUFM, se sont associés
à cette opération pour le département de la Moselle. Le
dépôt des archives écrites relève de procédures
administratives obligatoires. Il s'agit de les compléter par le témoignage
d'acteurs des événements. L'expérience montre que ceux-ci
varient beaucoup d'un département à l'autre mais aussi d'une époque
à l'autre. L'Ecole normale d'instituteurs de la Moselle présente
la particularité d'appartenir aux toutes premières écoles
normales fondées en France. Née en 1822 et 1823, elle accueillait
les premières générations dans le château d'Helfedange,
non loin de Faulquemont. Il est évident que les témoignages oraux
ne permettent pas de remonter jusqu'à une époque aussi lointaine.
Ils ne concernent que le XXe siècle, postérieur à la Première
Guerre mondiale. L'instituteur le plus âgé qui ait, à ce
jour, apporté son témoignage est Jean Morette. Aujourd'hui disparu,
il avait 86 ans quand il a été interviewé sur ses années
d'Ecole normale.
Paru le : 22/12/03 (Saint-Avold / Actualité)
Installé en Californie depuis presque 20 ans, André Bordes vient
d'être nommé consul honoraire de France à San Diego. Originaire
de Metz, André Bordes s'est distingué dans cette ville des Etats-Unis,
en y créant en 1988, la première école française.
A la tête, aujourd'hui de San Diego International School, un établissement franco-américain et hispano-américain qui accueille 160 élèves sur tous les niveaux d'enseignement, André Bordes a débuté sa carrière dans une classe de l'école primaire à Saint-Eloi.
Cadet d'une famille de trois garçons, André Bordes a effectué sa scolarité à Metz, décroché son bac au lycée Fabert et intégré l'Ecole normale à Montigny. Il découvre l'enseignement à Woippy, lors de sa première affectation. Deux ans plus tard, l'instituteur est muté à Borny-Village.
En 1976,
il saisit l'opportunité et traverse l'Atlantique pour apprendre le français
aux petits Canadiens. Dans les années 1980, sa carrière le conduit
à Los Angeles. Il ne revient en France que pour retrouver sa famille,
le temps des vacances.
Installé aux Etats-Unis, il n'a de cesse de créer sa propre école.
C'est à San Diego qu'il se fixe. Avec Chandra, son épouse rencontrée
à l'Université californienne de Los Angeles (UCLA), il ouvre une
classe de maternelle et accueille les enfants de couples franco-américains.
La French American international School se développe au fil des ans et
des retours en France, où le chef d'établissement recrute les
enseignants. Rebaptisée San Diego International School, l'école
a désormais double vocation linguistique. En 1994, pour avoir transmis
la culture française à l'étranger, l'Education nationale
décore le directeur des palmes académiques.
André Bordes a construit sa vie professionnelle et familiale outre-Atlantique
et garde contact avec Metz et sa famille lorraine. Père de deux enfants,
il se sépare, momentanément de sa fille aînée, Coralie,
17 ans, admise en octobre à la Sorbonne à Paris.
Paru le : 07/09/03 (Metz
/ Actualité)
Dessins, portraits et peintures : première grande exposition en Moselle
de Jean Rustin qui écrit l'histoire des hommes dans leur chair.
THIONVILLE.
- A soixante-quinze ans, Jean Rustin garde l'oeil merveilleusement étonné
: comme un enfant, il est surpris de cette reconnaissance générale
qui lui offre une première exposition de dessins, de portraits et de
toiles à Thionville. Déjà il y a vingt ans, à la
galerie Lillebonne de Nancy, il avait subi, comme un gosse puni sans savoir
pourquoi, l'affront d'un scandale provoqué par ses femmes âgées
et nues, ses vieillards décrépits et comme livrés sans
défense.
Au XXIe siècle, Jean Rustin dérange encore mais la sagesse de
l'âge lui a donné des mots pour expliquer le pinceau : « Derrière
ma fascination du corps nu il y a vingt siècles de christs morts, de
martyrs torturés, de révolutions sanglantes, de massacres, de
rêves brisés et c'est bien dans la chair que s'écrit l'histoire
des hommes et peut-être même l'histoire de l'art ».
La nudité chez Rustin n'a rien à voir avec celle d'un « Déjeuner
sur l'herbe » ou avec « La naissance de Vénus ».
Ces hommes et ces femmes n'ont ni âge ni beauté, ni joie de vivre
ni opulence, ni triomphalisme ni provocation. Voici des « petites
vieilles » saisies dans leur quotidien, ni horrible ni réjouissant,
voici des malades, des aliénés sûrement, ratatinés,
recroquevillés, lovés sur des carrelage, étalés
dans des pièces vides. Des images souvenirs de fréquentations
obligatoires quand Rustin pendant un an décora un hôpital psychiatrique.
Tous ces personnages ont abandonné la pudeur - pas la dignité
puisque c'est nous qui sommes finalement mal à l'aise - ne jouent pas,
ne posent pas, ne demandent rien. Mieux, nous ignorent.
Dans ces crépuscules de vie morne et grise, voir la pornographie conduirait
au grotesque. Pour démesurés qu'ils soient, les organes n'ont
plus de fonctions érotiques ; ils ne font que rappeler, éloquemment,
qu'il y eut ici, autrefois, des vrais hommes et d'authentiques femmes et seulement
ça.
On croit même volontiers ces « faux modèles »
privés de paroles ; et pourtant dans notre regard ils hurlent, ils déchirent
nos bonnes consciences... dont Rustin n'a que faire. Lui a brossé ces
yeux hagards, ces crânes chauves avec une tendresse sans calcul. Il a
habillé la déchéance d'une aura d'amour indestructible
et le spectateur devient tout nu face à des fiertés intactes.
Il faut profiter de cette présentation exceptionnelle. Depuis 1989, un
collectionneur belge, Marmix Neerman, achète la totalité de l'oeuvre
du peintre de Montigny-les-Metz et la « Fondation Rustin »
d'Anvers promènera bientôt l'exposition d'Amsterdam à Paris,
de Rotterdam à Bruxelles.
Les grandes toiles sont à l'espace Brel, les dessins au musée
de la tour aux puces et les portraits à l'espace d'art du conservatoire
de Thionville.
Tous les jours, sauf le lundi de 14 h à 18 h, jusqu'au 15 avril.
Paul LEBOEUF
Paru le : 23/03/03
(Est Républicain Nancy)
L'énigme RUSTIN
Il a goûté
aux exubérances de l'abstraction la plus colorée, avant de revenir
à une peinture figurative racontant le dénuement absolu. Jean
Rustin retrouve sa Lorraine natale, fort d'une réputation internationale
affirmée, d'une oeuvre exigeante, impitoyable.
" Quand on me demande pourquoi je fais cette peinture, je n'ai
pas de réponse. Ou alors il y en aurait mille... " Une
voix calme, proche, comme attendrissante. Et le petit homme aux cheveux blancs
sourit. A soixante-quinze ans, Jean Rustin retrouve ses terres de Moselle, il
en éprouve une émotion touchante. Dans ses bagages, une oeuvre
picturale forte, fascinante pour les uns, dérangeante pour les autres.
Des personnages décharnés, dans l'enfermement grisâtre d'une
unique pièce nue. Des chairs flétries, des sexes béants,
des regards vides, hébétés, rougis par une trop longue
veille... Des crânes chauves, des postures d'abandon, de lassitude ultime.
L'exposition proposée à Thionville par le Centre Culturel Jacques
Brel n'est assurément pas une promenade de santé. Et pourtant.
L'a priori passé, quand l'oeil s'est accommodé à ce qui
lui est montré, comme on se ferait à un brutal changement de lumière,
le choc du propos s'estompe. " C'est plutôt la tristesse
humaine, le découragement. Non? " Le peintre s'interroge.
"Par réaction, je suis allé vers le grisâtre,
le noirâtre, vers une tension dramatique qui m'intéressait beaucoup."
"Mon père était prof à l'École Normale
de Montigny. Il est devenu directeur après la guerre. Si je suis né
là, c'est donc par le hasard d'une affectation. Mais cette École
Normale, c'est toute une vie! " Les années passent, Rustin
est à Paris, des couleurs plein la tête. L'époque est à
l'abstraction lyrique, " on avait vingt ans, on avait tous envie
d'une peinture libre. Le figuratif était tellement dévalorisé.
" Alors l'artiste lorrain flamboie, la reconnaissance arrive, avec elle
une réaction violente en retour: " J'ai eu droit à
une grande exposition au Musée d'Art Moderne. Là, je me suis dit
que ça n'était pas possible. Que c'était trop facile, trop
joli. On faisait des chefs-d'oeuvre tout le temps. Alors j'ai remis un "haut"
et un "bas" à tout ça, pour retrouver une pesanteur.
J'ai redémarré une histoire de la peinture pour moi tout seul.
Par réaction, je suis allé vers le grisâtre, le noirâtre,
vers une tension dramatique qui m'intéressait beaucoup (...) J'ai été
rejeté de partout, la police est venue pour interdire une expo à
Créteil, c'était une 1982. Je passais pour un obsédé
sexuel, ce qui est complètement ridicule... J'ai eu la chance de cette
rupture. On en pense ce qu'on en veut, mais pour moi, ça a été
régénérateur. " Autre approche possible d'un
complet virage artistique: " A 20 ans, j'étais naïf,
je croyais à toutes les révolutions. Et puis il y a eu la chute
du stalinisme. J'ai commencé à ne plus croire en rien.
"
Ce Rustin "nouvelle manière" décline encore aujourd'hui
les mêmes face-à-face obsédants (" c'est très
difficile de faire entrer des éléments nouveaux dans une peinture,
ça dédramatise... "), mais il a depuis trouvé dans
les collections publiques et privées du monde entier une place conséquente.
Priorité pour la Belgique (une Fondation Rustin existe à Anvers)
et les pays germaniques ou nordiques, " en France, on aime la jolie peinture,
Matisse, Monet... En Allemagne, c'est un autre monde... " La France ne
l'avait plus accueilli depuis dix ans, il y revient par la porte de son enfance.
Expositions à Thionville, réception officielle à Montigny.
Un rire malicieux ponctue l'aventure: " Je me demandais si Metz se souviendrait
un jour de moi... "
Michel GENSON
Paru le : 23/03/03 (RL 7 Hebdo)
Le peintre Jean Rustin reconnu par les siens
Il
est né à Montigny-lès-Metz en mars 1928. Pour ses 75 ans,
la ville de Montigny-lès-Metz lui rend hommage. Jean-Rustin a retrouvé
ses racines à l'invitation de Jean-Luc Bohl, maire, et de Monique Sary,
adjointe à la culture. C'est sur le perron de l'hôtel de ville
de Montigny-lès-Metz, que Jean-Luc Bohl, maire, mais aussi conseiller
général chargé de la culture, a accueilli l'enfant du pays,
le peintre Jean Rustin. Trois de ses toiles, de dimensions imposantes, avaient
été pour la circonstance déplacées de l'exposition
thionvilloise qui se tient actuellement au centre culturel Jacques-Brel, pour
être installées dans le grand salon d'honneur.
Si la mère de l'artiste était enseignante, et si son père
dirigeait l'Ecole normale de Montigny, Jean Rustin n'a cependant pas
fait carrière dans sa ville natale. A 19 ans, il est parti pour Paris
suivre les cours de l'école des Beaux-Arts. Deux ans plus tard, il y
épousa Elsa, qui deviendra médecin et directrice du centre de
santé de Bagnolet tout en lui donnant deux enfants.
De son passage dans les ateliers d'Untessteller et de Brianchon, il gardera un
esprit propre à "l'abstraction lyrique" pour sa peinture, ce
qui ne l'empêchera pas de travailler pendant 25 ans chez le céramiste
Jacques Blin.
Une fondation
1968
sera sans doute le tournant de sa carrière. Jean Rustin évolue
vers la "figuration libre" et monte une exposition à l'Arc,
Musée d'art moderne de Paris. La chance est au rendez-vous lui permettant
d'aller à la quête de "la figuration". Il trouve sur
sa route Evelyne Artaud qui monte une rétrospective de son oeuvre à
la Maison des arts André-Malraux à Créteil.
Sans pour autant changer de style, l'artiste rencontre un marchand belge, Marnix
Neerman qui lui achète la totalité de son oeuvre pour une galerie
de Brugge. Le monde flamand et belge découvre Jean Rustin. La gloire
et le succès font que quelques années plus tard, en 1992, Corinne
Van Hövell et Take Van Spikes, deux collectionneurs hollandais, créent
la Fondation Jean Rustin à Anvers. La reconnaissance mondiale est définitivement
au rendez-vous.
La peinture de provocation, qui a fait naître le scandale, porte chance
à Jean Rustin. Il faut bien reconnaître que l'artiste enferme l'action
hors du monde, hors des lois du monde. Dans sa peinture, nous sommes dans l'outrance,
dans ce qui ne peut-être regardé et vu sans culpabilité.
Ce n'est pas un spectacle fugace et entrevu auquel nous sommes convoqués.
La peinture de Jean Rustin se tient précisément en cette limite
contradictoire, entre la tension du désir de voir, et la rétention
d'un expressionnisme relâché.
Patrick Thill, représentant le maire de Metz, apprécie l'oeuvre
de l'artiste, mais comprend qu'on aime ou qu'on n'aime pas. Jean Rustin, enfant
du pays, a constaté toute sa vie la frilosité du public en la
matière, sans doute plus sur sa terre natale qu'ailleurs. Jean-Luc Bohl
s'est plu à souligner, lors de cette réception, la bonhomie de
l'artiste qui ne manque jamais lors de ses déplacements à travers
le monde, de rappeler combien Montigny-lès-Metz a compté dans
sa vie.
Paru le : 18/03/03 (RL Metz / Montigny)
Jean Morette aimait
passionnément sa belle Lorraine. Il n'a cessé d'en chanter l'âme
avec sa plume et ses pinceaux. Puisant dans ses racines au coeur du Pays-Haut,
il s'est fait, au long de sa vie, l'observateur attentif des lieux et des gens,
des gestes immuables, des traditions rustiques, des paysages sereins comme de
la modernité flamboyante. Celle, pas encore dévastée alors,
du fer et du charbon. Fils d'institutrice, Jean a hérité d'une
mère aimante la noble passion de transmettre le savoir. Une manière,
sans doute, de prolonger un peu l'enfance, de s'émerveiller, de partager
avec les plus jeunes la passion d'un monde qu'il a toujours voulu proche, sensible,
chaleureux. C'est la raison pour laquelle il n'a sans doute pas donné
suite à une prometteuse vocation d'artiste, lui préférant
modestement la voie de la pédagogie. Sans renoncer à son goût
profond pour le dessin, il choisit de le mettre au service de la connaissance.
Il renoncera également dans la majeure partie de son oeuvre à
la couleur, comme par ascèse, pour aller au plus simple, au plus vrai,
au plus direct. Son trait noir, précis comme celui d'un graveur, mord
sur la page blanche pour y fixer des lignes essentielles, pleines de dépouillement,
de force. Ce qui n'exclut pas pour autant une certaine fantaisie. Car le monde
de Morette est ludique et joyeux. Il y a toujours un petit toutou sympa pour
accompagner Fanchette, des lutins bienveillants prêts à surgir
de la planche, un grillon posté près du four à pain.
Instruire en amusant, voilà le beau projet que Morette a déployé
au fil de son existence, que ce soit sur le tableau noir de sa chère
école de Pierrevillers ou dans les colonnes de notre journal. Grâce
à ses albums, des générations de gamins ont appris à
apprendre, à connaître l'histoire et la géographie de leur
région, la mémoire de leurs cités, l'esprit de leurs campagnes.
Ils se sont nourris de traditions et de contes, se sont forgé un patrimoine,
une identité, une culture commune. C'est la belle richesse, l'héritage
unique que nous laisse Morette, le créateur si talentueux et simple,
l'homme si attachant. Le bon maître que nous avons tous rêvé
d'avoir...
Francis
KOCHERT.
Paru dans le RL
du 29 octobre 2002(Lorraine / L'Actualité)
METZ.- L'Association
des anciennes de l'École normale et de l'IUFM de Metz et l'Association
des anciens de l'Ecole normale et de l'IUFM de Montigny-lès-Metz se sont
réunies en assemblée générale. Une date à
marquer d'une pierre blanche puisque la fusion de ces deux associations jumelles
a pu se réaliser grâce à la volonté commune de leurs
présidents respectifs, Jacqueline Adam et Serge Delattre. Ils ont été
approuvés à une très large majorité. Depuis deux
ans déjà, un bulletin commun, L'Ancien, était un trait
d'union entre tous les enseignants adhérents.
Le regroupement s'appellera désormais Association des anciennes et anciens
des Ecoles normales et des sites IUFM de Moselle, avec Serge Delattre comme
président et un bureau de seize membres.
C'est en présence de Mme Neveux, responsable pédagogique sur le
site, de Mme Verrière, gestionnaire, de M. Henry, ancien directeur de
Paixhans, et de Madame, de M. Smouts, président de l'Association des
anciens de l'Ecole normale de Nancy que la nouvelle association a fait ses premiers
pas.
Le dépôt de gerbe à la stèle du souvenir de l'IUFM
de Montigny a été suivi d'une messe célébrée
par M. l'abbé Min à la mémoire des disparus. Un vin d'honneur
et un repas ont réuni plus de 150 personnes dans une chaleureuse ambiance.
Paru dans le RL du 19 juillet 2002