Hommage à Jean MORETTE
La promotion 1948-1952
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Un ancien à l'honneur
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La Quille
Le dessin de Jean-Marie

LA QUILLE B......

En ce temps-là, les hommes arrivés à l’âge de 20 ans (un peu plus pour les sursitaires dont la plupart des normaliens faisaient partie) étaient, pendant 12, 18… et plus de mois soumis aux Obligations Militaires. Ce Service de la France apprenait aux uns à fumer, aux autres à boire, à d’autres à se … déniaiser. Les couches sociales ne faisaient qu’un, au stand de tir, dans la boue où l’on rampait, devant les lits faits au carré, à l’ordinaire où les assiettes en verre et les verres, aussi en verre, ne passaient pas dans de modernes lave-vaisselles.
Les petits chefs issus du peuple se régalaient à rabaisser leur caquet à ces révolutionnaires d’instits accusés d’avoir perdu toutes les guerres. Mais beaucoup de ces instits entraient dans les écoles d’officier de réserve. La plaque commémorative posée dans le hall d’entrée de l’E.N. de Montigny rappelle que bon nombre d’entre eux sont morts ailleurs que devant le tableau noir.
Ce service militaire a laissé de nombreux souvenirs et la plupart de mes camarades pourraient en narrer de savoureuses. En ce qui me concerne, j’en ai un, peu glorieux (il y en a d’autres, moins drôles, qui n’ont pas leur place dans l’Ancien à la lecture duquel on doit se souvenir en … souriant) mais tout à fait significatif de ce que fut cette période de notre vie.
Ainsi donc, en 55-56, j’étais EOR à Châlons sur Marne où nous apprenions à envoyer des obus sur un ennemi venant toujours de … l’Est ! Par un triste samedi hivernal, j’ai pris le train afin de rejoindre, pour une perm de 24h, ma famille constituée par … mon épouse. Un camarade de promo et un … séminariste également EOR me tenaient compagnie.
À Bar-le-Duc, le haut-parleur annonce : Bar-le-Duc, huit minutes d’arrêt. Assoiffés, mon copain de promo et moi-même fonçons au buffet de la gare, nous jeter un demi derrière la cravate. Cela ne dura pas longtemps, trop toutefois pour reprendre le train, celui-ci n’avait pas huit mais une minute d’arrêt !
Seuls, sans bagages, sans calot, nous avons erré autour de la gare, jouant à cache-cache avec la patrouille (nous étions en pleine guerre d’Algérie et l’on ne plaisantait pas avec le règlement). Deux ou trois heures plus tard, un autre train nous a ramenés à Metz.
Le lendemain, dimanche, en fin d’après-midi, il a fallu reprendre le train Metz-Châlons, toujours sans calot, sans bagages, fuyant la … patrouille. En fin de compte, tout s’est bien passé, l’EOR séminariste (Forbachois) ayant récupéré calot, capote, bagages. Mon copain de promo et moi-même avons vivement remercié ce futur prêtre qui, lorsque nous gueulions au réveil "La quille bordel", répondait en écho : "la Libération Seigneur".

Rémy Hinschberger 50-54