LA QUILLE B......
En
ce temps-là, les hommes arrivés à l’âge de
20 ans (un peu plus pour les sursitaires dont la plupart des normaliens faisaient
partie) étaient, pendant 12, 18… et plus de mois soumis aux Obligations
Militaires. Ce Service de la France apprenait aux uns à fumer, aux autres
à boire, à d’autres à se … déniaiser.
Les couches sociales ne faisaient qu’un, au stand de tir, dans la boue
où l’on rampait, devant les lits faits au carré, à
l’ordinaire où les assiettes en verre et les verres, aussi en verre,
ne passaient pas dans de modernes lave-vaisselles.
Les petits chefs issus du peuple se régalaient à rabaisser leur
caquet à ces révolutionnaires d’instits accusés d’avoir
perdu toutes les guerres. Mais beaucoup de ces instits entraient dans les écoles
d’officier de réserve. La plaque commémorative posée
dans le hall d’entrée de l’E.N. de Montigny rappelle que
bon nombre d’entre eux sont morts ailleurs que devant le tableau noir.
Ce service militaire a laissé de nombreux souvenirs et la plupart de
mes camarades pourraient en narrer de savoureuses. En ce qui me concerne, j’en
ai un, peu glorieux (il y en a d’autres, moins drôles, qui n’ont
pas leur place dans l’Ancien à la lecture duquel on doit se souvenir
en … souriant) mais tout à fait significatif de ce que fut cette
période de notre vie.
Ainsi donc, en 55-56, j’étais EOR à Châlons sur Marne
où nous apprenions à envoyer des obus sur un ennemi venant toujours
de … l’Est ! Par un triste samedi hivernal, j’ai pris le train
afin de rejoindre, pour une perm de 24h, ma famille constituée par …
mon épouse. Un camarade de promo et un … séminariste également
EOR me tenaient compagnie.
À Bar-le-Duc, le haut-parleur annonce : Bar-le-Duc, huit minutes d’arrêt.
Assoiffés, mon copain de promo et moi-même fonçons au buffet
de la gare, nous jeter un demi derrière la cravate. Cela ne dura pas
longtemps, trop toutefois pour reprendre le train, celui-ci n’avait pas
huit mais une minute d’arrêt !
Seuls, sans bagages, sans calot, nous avons erré autour de la gare, jouant
à cache-cache avec la patrouille (nous étions en pleine guerre
d’Algérie et l’on ne plaisantait pas avec le règlement).
Deux ou trois heures plus tard, un autre train nous a ramenés à
Metz.
Le lendemain, dimanche, en fin d’après-midi, il a fallu reprendre
le train Metz-Châlons, toujours sans calot, sans bagages, fuyant la …
patrouille. En fin de compte, tout s’est bien passé, l’EOR
séminariste (Forbachois) ayant récupéré calot, capote,
bagages. Mon copain de promo et moi-même avons vivement remercié
ce futur prêtre qui, lorsque nous gueulions au réveil "La
quille bordel", répondait en écho : "la Libération
Seigneur".
Rémy Hinschberger 50-54