D’un
mot à l’autre
Il
y a le mot gai, il y a le mot triste,
Le mot pour dire oui, le mot pour dire non.
Il
y a le mot qui sait, celui qui ne sait pas,
Le mot que l’on oublie, celui qu’on n’oublie pas.
Il
y a le mot qu’on dit, qu’on n’aurait pas dû
dire,
Le mot qu’on n’a pas dit, et que l’autre attendait...
Il
y a le mot d’enfant, naïf et sans réplique,
Cruel à l’occasion, mais souvent juste et vrai.
Il
y a le mot d’esprit, involontaire et drôle.
Il
y a le bon mot qu’on répète à l’envi,
Le mot qui se regarde et se gonfle et plastronne.
Il
y a le mot qui trompe et celui qui dit vrai...
Il
y a le mot d’amour, qui rime avec toujours,
Qui rime avec jamais, ou qui ne rime à rien.
Il
y a le mot d’adieu, posé sur une table,
Ou crié vers la porte avant de la claquer.
Il
y a le mot qu’on offre et celui qu’on reprend...
Il
y a le mot dur qui reproche et condamne,
Le mot désespéré, cinglant comme une gifle,
Et le mot qui regrette et demande pardon.
Il
y a le mot qui blesse et celui qui guérit,
Et le mot qui fait peur, et le mot qui rassure.
Il
y a le dernier mot, qui fait taire les autres,
Celui qu’on dit trop fort, qui n’est pas le meilleur.
Il
y a le mot d’ordre, et le groupe docile
Obéit sans penser, et meurt fleur au fusil.
Il
y a le gros mot, sonore comme un pet,
Le mot malodorant qui explose et qui claque.
Il
y a le mot bavard qu’on dit avec les mains,
Il
y a le mot muet qu’on dit avec les yeux,
Qu’on dit par un soupir ou qu’on dit par des larmes.
Il
y a le mot sacré qu’on prononce à genoux...
Il
y a le mot doux, qui caresse et console,
Il
y a le mot qui chante et qu’on dit sans raison
A cause du ciel bleu, d’une fleur, d’un sourire.
Il
y a le mot du rêve et celui de l’espoir...
Il
y a le mot du rêve et celui de l’espoir...
Jacqueline Jantzen, promotion 1952-56
Ce
poème a obtenu le premier prix d’honneur au prix des poètes
du Nord-Est de la France pour l’année 2002. |
Quand
je te demande d’être écouté
Quand
je te demande de m’écouter et que tu commences à
me donner des conseils, je ne me sens pas entendu.
Quand
je te demande de m’écouter et que tu me poses des questions,
quand tu argumentes, quand tu tentes de m’expliquer ce que je
ressens ou ne devrais pas ressentir, je me sens agressé.
Quand
je te demande de m’écouter et
que tu t’empares de ce que je dis pour tenter de résoudre
ce que tu crois être mon problème,
aussi étrange que cela puisse paraître,
je me sens encore plus en perdition.
Quand
je te demande ton écoute, je te demande d’être là,
au présent, dans cet instant si fragile où je me cherche
dans une parole parfois maladroite, inquiétante, injuste ou chaotique,
J’ai
besoin de ton oreille, de ta tolérance, de ta patience pour me
dire au plus difficile comme au plus léger.
Oui
simplement m’écouter ... sans excusation ou accusation,
sans dépossession de ma parole.
Ecoute,
écoute-moi. Simplement accueillir ce que je tente de te dire,
ce que j’essaie de me dire.
Ne
m’interromps pas dans mon murmure,
n’aie pas peur de mes tâtonnements ou de mes imprécations.
Mes
contradictions comme mes accusations,
aussi injustes soient-elles, sont importantes pour moi.
Par
ton écoute je tente de dire ma différence,
J’essaie
de me faire entendre surtout de moi-même.
J’accède
ainsi à une parole propre, celle dont j’ai été
longtemps dépossédé.
Oh
non, je n’ai pas besoin de conseils.
Je
peux agir par moi-même et aussi me tromper.
Je
ne suis pas impuissant, parfois démuni, découragé,
hésitant, pas toujours impotent.
Si
tu veux faire pour moi, tu contribues à ma peur,
tu accentues mon inadéquation
et peut-être renforce ma dépendance.
Quand
le me sens écouté, je peux enfin m’entendre.
Quand
je nie sens écouté, je peux entrer en reliance.
E tablir des
ponts, des passerelles incertaines
entre mon histoire et mes histoires.
Relier des événements,
des situations, des rencontres ou des émotions pour en faire
la trame de mes interrogations.
Pour tisser
ainsi l’écoute de ma vie.
Oui ton écoute
est passionnante.
S’il te
plaît écoute et entends-moi.
Et si tu veux
parler à ton tour, attends juste un instant
que je puisse terminer et je técouterai à mon tour,
mieux, surtout si je me suis senti entendu.
Jacques Salomé |