Spectacle J.M.F.

Date : Vendredi 30 avril 2004 - 14h30

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Pierrot Pierrette

Programme
L'histoire
Pierrot et Pierrette, frère et sueur, habitent dans une roulotte avec leur grand-père, ancien chef de piste dans un cirque. Pour gagner leur vie, ils chantent dans les rues et semblent très heureux. Mais une dame "charitable" intervient, déterminée à placer le vieil homme dans une maison de retraite et les enfants à l'orphelinat. Pierrot et Pierrette s'enfuient et tombent aux mains d'un marchant ambulant qui veut les exploiter...
Une quête du bonheur
Les aventures joyeuses de deux enfants espiègles sur les chemins de la liberté.
Servi par une image noire et blanc lumineuse, ce film étonnant met en scène Bout de Zan en grand frère protecteur et plein de ressources, et l'épatante petite Bouboule en petite sueur délurée.
La réalisation est d'une grande modernité - tout particulièrement les scènes qui se déroulent au carnaval de Nice, et on tombe sous le charme de la puissance et de l'envoûtement du récit.
Le réalisateur a réussi le mariage heureux du réalisme et de l'insolite.

Les Musiciens

Roberto Tricari
Piano • Accordéon
Jean Mach
Clarinettes • Saxophones Flûte traversière Guitare • Accordéon
Eric Bourssy
Guitare • Banjo Steel-drum
Orgue de Barbarie


Interview de Roberto Tricarri

Comment vous est venue l'idée de composer de la musique pour film muet ?
J'accompagnais en direct deux clowns dans un spectacle proche de la commedia dell'arte. je jouais la musique de Nino Rota et Erik Satie au piano et à l'accordéon, comme dans un cirque. Un jour avant un spectacle, le directeur du théâtre a eu l'idée de passer un court métrage de Buster Keaton. J'ai eu alors l'idée de Ciné-musique.
Pourquoi étiez vous attiré par les clowns ?
J'aime la part de dérision et de poésie que je ressens dans l'univers des clowns. Pour moi, c'est un univers hors-temps.
A part les clowns, qu'est-ce qui vous intéresse ?
D'un point de vue de musicien et de compositeur, j'aime faire des choses différentes.
je peux le faire avec le cinéma muet : ce qui me plait, c'est parcourir des chemins de création variés. Entre la "Sultane de l'amour", conte orientaliste avec quatuor à cordes, "Louise Brooks" musique de cabaret allemand et "Pierrot, Pierrette", les univers sont très différents. Moi, c'est l'éclectisme qui me nourrit.
Vous semblez aimer la fantaisie, est-ce vrai ?
Au conservatoire, la forme imposée m'a toujours été pénible. Dès l'adolescence, j'étais rebelle aux formes établies : j'ai été attiré par la musique improvisée.
Pourquoi le film muet vous a t-il séduit ?
Le cinéma muet est un formidable terrain d'aventures. L'image est à la fois une contrainte et l'occasion de complicité et de partage. A la différence d'un musicien de jazz ou de tango, vite catalogué, je n'ai pas le souci de craindre une étiquette musicale.
Et dans "Pierrot,Pierrette" ?
Il y a deux aspects. Les choses concrètes : la rue, les enfants, l'orgue de barbarie et aussi la distanciation que le public a aujourd'hui devant ces chansons de rues, ces valses d'autrefois. Ce film nous renvoie à l'enfance.


Le film "Pierrot, Pierrette"
Réalisation : Louis Feuillade - 1924 - 67 minutes
Avec René Poyen (ex Bout de Zan), Bouboule, Amédée Charpentier, Prouzac, Julio de Roméro. Film inédit, oublié après sa sortie en 1924, on le croyait perdu.
A l'occasion d'une rétrospective sur Louis Feuillade, "Pierrot,Pierrette", film muet en noir et blanc auquel il manque un tiers des intertitres, est revu. Le charme du film et de ses interprètes incite Gaumont à lui donner une nouvelle vie. Ce film a fait l'objet d'une attentive restauration, menée par Gaumont et les Archives Françaises du film du CNC. L'habillage musical a été confié à Roberto Tricarri.

Louis Feuillade
"Né à Lunel (Hérault) en 1873, il fut le meilleur pionnier de notre art du film. Il réalisa ses productions dans les genres les plus divers.
Pilier des établissements Gaumont où il était entré comme scénariste, il en devint directeur. Devenu metteur en scène par la pratique assidue du cinéma, cet ancien journaliste forma les plus grands réalisateurs de son époque comme Emile Cohl, Jacques Feyder et René Clair.
En 2o ans, il dirigea plus de 80o films, dont des séries comme "Les Vampires", "Fantômas", "Judex"... Dans "Pierrot, Pierrette", film qu'il a abordé dans la maturité de son art, on retrouve la pleine affirmation de son talent.
Louis Feuillade est désormais rangé parmi les plus grands maîtres du cinéma". Jacques Sadoul, Dictionnaire du cinéma

Les instruments du spectacle

"Pour colorer l'itinéraire de ces deux mômes de la rue, préférant l'errance à la bonne éducation, m'est apparue spontanément la présence d'un orgue de Barbarie contemporain qui prendrait racine dans la chanson de rue pour mieux s'échapper vers des accents, des harmonies et contrepoints inattendus. Puis les volutes d'une guitare ciselée par un disciple de Django Rheinhardt m'ont proposé malice et légèreté. Clarinettes, accordéon et steel-drum sont alors glissés dans cet orchestre, gardé par un piano qui, lassé par le tic-tac de l'horloge du salon, a voulu être du voyage."
                                                        Roberto Tricari .

Chaque instrument a sa personnalité
Dans la famille des instruments à vent
· Le saxophone soprano est coquin et farceur ; le saxophone alto a une sonorité chaude
et romantique ; le saxophone baryton se met parfois en colère.
· La clarinette (ici en métal ce qui est exceptionnel) a un son un peu voilé, mystérieux.
· La flûte traversière (en argent) est la voix des anges.
· L'accordéon (chromatique à boutons) est souvent associé à la chanson de la rue.
Dans ta famille des cordes
· La guitare a une double personnalité, tendre et mélodique.
· La guitarette est plus aiguë.
· Le banjo est souvent utilisé au cinéma dans les westerns.
Dans les percussions
· Le steel-drum a été inventé par les esclaves des Caraïbes en façonnant le dessus
d'un bidon d'essence pour y former des notes. Un orchestre ou steel-band comprend divers types de bidons et peut jouer toutes les mélodies.
· Les cuillères (par paire) peuvent faire un instrument de percussion.

L'orgue de Barbarie

Instrument appartenant à la famille des instruments mécaniques.
Description
L'orgue mécanique est composé de 3 parties
- système de lecture des notes
- soufflerie : soufflet actionné par une manivelle - générateur de sons : tuyaux munis d'anches.
Pour fonctionner, il faut un programme musical c'est le support sur lequel est écrit la musique : on le fait dérouler grâce à une manivelle.
Le système le plus ancien est un cylindre de bois garni de clous et de cavaliers : chaque clou représentant une note brève, chaque cavalier une note tenue.
Les cartons perforés sont l'ancêtre de l'ordinateur chaque carton correspond à un programme musical. Aujourd'hui, on utilise des disquettes informatiques.

Un peu d'histoire
Cet instrument est un des fruits issus de la longue évolution des instruments de la musique mécanique : il est difficile d'en dater précisément l'origine. Léonard de Vinci (XVI'" siècle) inventa une sorte de violon mécanique. Les plus anciens instruments de musique mécanique sont sans doute les carillons des pendules astronomiques (celui de Strasbourg en est un des plus beaux exemples).

L'orgue de Barbarie aurait été inventé par Giovanni Barberi di Modena, vers 1700.

Au milieu du XVIII eme siècle, l'orgue de barbarie descend dans les rues de Paris.
Les instruments mécaniques (orgue, serinette : le plus simple et le plus ancien orgue portable), jusqu'alors réservés à une élite noble et riche, se répandent dans les milieux populaires.
L'orgue de barbarie fut en grande vogue dans la deuxième moitié du XIX'- siècle.
Le plus célèbre fabricant français est la famille Limonaire. Cet instrument, compagnon de route des montreurs de lanternes magiques, des saltimbanques et des chanteurs de rue, était présent dans les fêtes foraines (manèges de chevaux de bois) et dans les bals.
La Guerre de 1914-1918 et l'arrivée du phonographe porteront un coup fatal au développement de l'instrument. Il faudra attendre la fin des années 1970 pour que des passionnés réapprennent le métier de facteur d'Orgue de Barbarie.
Système de lecture des notes
C'est lui qui décode le programme musical et commande la production des notes
a) système à touches mécaniques : une touche passe sur le clou d'un cylindre ou dans le trou d'un carton. Elle bascule et laisse passer l'air vers un tuyau correspondant à une note.
b) système pneumatique : obtient le même résultat que le système précédent mais sans frottement ni usure.
c) système informatique : permet la lecture du programme musical sur disquette.


Histoire de la musique

La musique au début du cinématographe

Avec l'invention du cinéma par les frères Lumière, quand le cinéma s'impose, la musique
en fut la complice la plus évidente. Au tout début du cinématographe, la musique reste en dehors de la salle : fanfares constituées, bateleurs ou hommes-orchestres s'efforcent d'attirer les badauds. Puis elle entre à son tour dans la salle. Elle est improvisée sur le piano devant l'écran. Selon les genres - burlesque, dramatique, historique ou documentaire - le pianiste varie ses tempos.
Le pianiste, dans sa salle, ne doit pas faire oeuvre de créateur mais établir des équivalences entre musique et image. Bientôt le "tapeur" (pianiste) aura des indications il a un "catalogue des situations" (motifs sonores et tempos que l'on propose au pianiste selon le climat et les situations du film) : "nuit et atmosphère sinistre"..., "folie"..., "magie"..., "chutes"..., "poursuites"..., etc.
Le "Wurlitzer" (orgue de cinéma d'une incroyable complexité) permettait d'obtenir tous les effets sonores possibles et se substituer à un orchestre. Bien plus que le piano, le Wurtitzer impose un "son" et restera l'instrument spécifiquement rattaché au cinéma, capable de s'adapter à toutes les situations.
Dans les plus grands cinémas, le Wurlitzer était le centre de tous les regards, la présence indispensable, démultipliant l'idée du spectacle. Il n'était pas rare de voir, sous les feux des projecteurs, l'instrument jaillir des sous-sols sur le bas-côté de la scène.
Il ne faut pas oublier que dans l'agencement correct d'un spectacle de cinématographe des années vingt, c'est la musique qui suivait l'image. Bien souvent, alors, la musique n'était pas implicitement liée au film qui allait suivre...
Les directeurs de salles, surtout quand la musique était assurée par un orchestre, respectaient les désirs du public, proposant les morceaux de bravoure les plus demandés. Le style du répertoire musical proposé était lié à la formation de l'orchestre (plus ou moins grande).
Bientôt les pianistes disparurent, le public eu moins de goût pour les Wurlitzer et fut moins fasciné par les orchestres.
Le milieu des années 20, c'était aussi une évolution technologique et esthétique : la découverte de la nécessité d'un synchronisme entre l'image et la musique.
Dans les services musicaux des studios de Paramount, Metro Goldwyn Meyer ou Fox, on décida que seraient écrites des partitions originales pour les super-productions. Les salles, sans grand moyen, accédèrent au disque (accompagnant le film ou certains passages de ce dernier). Le disque arrivait, avec le synchronisme, à donner une image plus conforme de ce qu'allait être le cinéma.
Nous sommes en 1926: les recherches de fusion entre musique et images s'accélèrent.
Avec beaucoup de justesse, Henri Copi unit ces tentatives au niveau du disque et des synchronismes avec l'apparition, quelques mois plus tard, du VRAI CINEMASONORE.
Le son de "Don Juan", du "Chanteur de jazz" et du premier film entièrement parlant
"The lights of New York" projeté en 1928, était synchronisé par procédé Vitaphone sur disque à la vitesse de 33 tours 1/3 à la minute.

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