LE QUAI DES IMAGES

 

Travail interdisciplinaire autour de l'esclavage

 

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  • L'esclavage dans la littérature
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  1. Première approche de l'autre

 


"Nouveau voyage autour du Monde "


 

Proposition pédagogique

  • analyse croisée du texte et des affiches de vente d'esclaves
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pucej.gif (1020 octets) Première approche de l'AUTRE...

Analyse d'un texte extrait de "Nouveau voyage autour du Monde "

L'analyse de ce texte, proposée par Dominique Samut, professeur d'histoire au lycée de Petit Bourg (Guadeloupe)  a été effectuée en paralèlle avec l'analyse d'une affiche de vente d'esclaves au cours de la rencontre entre les élèves du lycée de Petit Bourg  et les élèves du lycée Henri Poincaré...dans la salle des conférences virtuelle

"Nouveau voyage autour du monde"
Où l'on décrit en particulier l'isthme de l'Amerique, plusieurs côtes et isles des Indes occidentales, les Isles du Cap Verd, le passage par la Terre del Fuego, les côtes Meridionales du Chili, du Perou, et du Mexique ; de l'isle de Guam, Mindanao, et autres Philippines ; les isles orientales qui sont prés de Cambodie ; de la Chine ; Formosa, Luçon, Celebes, & c. la Nouvelle Hollande, les isles de Sumatra, de Nicobar & deSainte Helene & le Cap de bonne Esperance.

Où l'on traite des differens Terroirs de tous ces Pais, de leurs Ports, des Plantes, des Fruits, & des animaux qu'on y trouve : de leurs Habitans, de leurs Coûtumes, de leur Religion, de leur Gouvernement, de leur Negoce & c.

par GUILLAUME DAMPIER
Enrichi de cartes et de figures
Seconde édition reveue corrigée et augmentée d'un volume
TOME PREMIER
A AMSTERDAM
MDCCI (1701)
Chez Paul Marret, Marchand Libraire

" Nous primes nos provisions et nos habits, et puis nous coulames nôtre vaisseau à fond.
Pendant que nous debarquions et attachions nos havre-sacs pour marcher, nôtre Moskite Indien prit un grand plat de poisson que nous accomodames et mangeames incontinent.
Puis qu'on a parlé des Moskites Indiens, il ne sera pas mal à propos de finir ce chapitre par une courte relation de ces peuples. Ils sont grands, bien faits, peu chargez de graisse, vigoureux, forts, & vont bien du pied. Ils ont le visage long, les cheveux noirs & lis, un air rude, & un teint bazané. Ils ne sont qu'une petite nation qui ne fait pas le nombre de cent. Ils habitent du côté du Nord prez du Cap Gratia Dios, entre le cap Honduras & Nicarague. Ils sont fort adroits à jetter la Lance, le Harpon, ou autre sorte de Dard. Ils y sont élevez dés leur enfance, & les enfans imitans leurs parens, ne sortent jamais que la lance à la main, qu'ils jettent presque incessamment contre toute sorte de buts qu'ils se font eux mêmes jusques à ce que l'usage les ait rendus maîtres. Alors ils apprennent à parer la Lance, la Flèche, ou le Dard ; et voici de quelle manière. Deux enfans s'éloigne un peu l'un de l'autre, et se dardent mutuellement un bâton : chacun tient à la main droite une petite baguete avec laquelle il pare ce qui a été dardé contre lui. A mesure qu'ils avancent en âge ils deviennent plus adroits & plus courageux, & alors ils ne font point de difficulté de servir de but à tous ceux qui veulent leur tirer des flèches, qu'ils parent avec une petite verge aussi deliée que la baguete d'un Fusil. Quand ils sont hommes faits ils se garantissent des fléches quelque dru qu'on les leur tire, pourvû qu'elles ne viennent pas deux à la fois. Ils ont la vûe extraordinairement bonne, d écouvrent un vaisseau de bien plus loin que nous, & voyent bien mieux que nous toutes sorte d'objets. Leur principale occupation dans leur païs est de darder du poisson, de la Tortue, ou de la vache marine. Je dis dans le chapitre suivant dequelle maniere ils s'y prennent. Leur habileté à la pêche les fait estimer et souhaiter de tous les avanturiers ; & ce n'est pas sans raison, car un ou deux de ces gens-là sur un vaisseau fera subsister cent Hommes. Aussi quand nous faisons carener nos vaisseaux, nous choisissons ordinairement des leiux où il y fait force Tortues ou vaches marines, afin que les Moskites puissent exercer leur savoir faire. Il est bien rare de trouver des avanturiers sans un ou plusieurs de ces Moskites, sur tout lors que le Commandant ou la pluspart de l'équipage est Anglois : Mais ils n'aiment pas les François, & haïssent mortellement les Espagnols. Quand ils viennent avec les Avanturiers ils apprennent à se servir des armes à feu, & se rendent fort-bons tireurs. Ils sont fort-braves dans le combat, ne lachent jamais le pied, persuadez que les blancs savent mieux qu'eux le tems où il est leplus à propos de combatre. Quelque desavantage qu'ayent ceux de leur parti, ils ne se rendront jamais, ni ne tourneront le dos tant qu'ils verront un des leurs faire ferme. Je n'ai jamais remarqué en eux ni Religion, ni ceremonies, ni superstitions. Ils sont toûjours prêts à nous imiter en tout ce qu'ils nous voient faire. Il semble seulement qu'ils craignent le diable qu'ils apellent Wallesaw. Ils disent qu'il aparoit souvent à quelques-uns de ceux que les nôtres apellent communément leurs Prétres, lors qu'ils veulent lui parler pour quelque afaire pressante. Pour les autres ils ne savent ce que c'est que le Diable, ni comment il aparoit, & ne savent que ce que leurs Prétres leur en disent. Cependant ils s'accordent tous à dire qu'ils ne doivent pas l'irriter de peur d'en étre batus ; & qu'il n'emporte quelquefois leurs Prétres. C'est ce que j'ai entendu dire à quelques-uns de ces gens-là qui parloient fort-bon Anglois.
Ils ne se marient qu'à une femme, de laquelle il n'y a que la mort qui les separe. Ils ne sont pas plutôt ensemble, que si le mari fait une tres petite plantation. Ils ont assez de terre, & ils peuvent choisir l'endroit qui leur revient le mieux. Mais ils péferent le voisinage de lamer, ou de quelque riviere à cause de la pêche qui est leur occupation favorite.
Plus avant dans le païs il y a d'autres indiens contre lesquels ils ont une guerre continuelle. Après que l'homme a défriché & planté un morceau de terre, il n'y songe que rarement, en laisse le ménagement à la femme, & s'occupe enterement à la pêche. Quelquefois il n'en veut qu'au poisson, & quelquefois à la Tortue, ou à la vache marine : Mais tout ce qu'il prend il le porte à la femme, & ne songe à prendre rien de plus que le tout ne soit mangé. Quand il commence à sentir la faim, il prend son canot & se met derechef en mer pour prendre du poisson, ou va dans les bois chasser des Pecaris, & des Warris, qui sont une espece de sangliers. Il est rare qu'ils reviennent les mains vuides : Mais tant que cela dure ils ne cherchent pas autre chose. Leurs plantations sont si petites, qu'ils ne sauroient subsister de ce qu'elles produisent ; Car les plus grandes n'ont pas plus de vingt ou trente arbres de plantains, une couche de Yames & de Patates, un petit poivrier des Indes, & un petit coin de pommes sauvages. Ils aiment surtout ce dernier fruit, dont ils font une boisson qui est une espece de cidre fort estimé des Moskites. Ils s'en regalent les uns les autres, & font aussi provision de poisson & de chair. Tous ceux qui font cette liqueur traitent leurs voisins, & chaque fois ils en font un petit canot plein, c'est à dire assez pour les enivrer tous. Ces sortes de regales se font rarement sans que ceux qui les font ayent quelque dessein, soit de se venger de l'outrage qu'on leur a fait, soit de discuter des demélez survenus ent'eux & leurs voisins, & d'en examiner la vérité. Cependant ils ne parlent jamais de leurs griefs qu'ils ne soient échaufez par la liqueur. Les femmes qui savent d'ordinaire les desseins de leurs maris, les empéchent de s'insulter les uns les autres, et & cachent leurs Lances, Harpons, Arcs & fleches, ou autres Armes qu'ils ont.
Les Moskites sont en general fort-civils & honétes aux Anglois, auxquels ils rendent de grandes déferences soit sur leurs vaisseaux, ou à terre, soit à la Jamaïque, ou ailleurs, où ils viennent souvent avec les Matelots. Nous les traitons toûjours bien. Ils ont la liberté d'aller où ils veulent, & de s'en retourner chez eux quand il leur plait. Ils pêchent comme ils l'entendent & se servent de leur Canot, où le nôtres ne peuvent aller sans courre risque de le renverser. Aussi ne soufriroient-ils pas un blanc dans leur Canot ; car ils veulent étre libres d'y pêcher à leur fantaisie : Et nous leur permettons tout cela : Car si l'on ne le faisoit pas, suposé qu'ils vissent une infinité de poissons, ils n'enprendroient aucun, & jetteroient leurs Harpons sans rien faire. Ils n'ont aucune forme de Gouvernement ; mais ils reconoissent le Roi d'Angleterre pour leur Souverain. Ils apprennent nôtre langue ; & regardent le gouverneur de la Jamaïque comme le plus grand prince du monde.
Pendant qu'ils sont avec les Anglois ils portent de bons habits, & prennent plaisir à étre propres. Mais ils ne sont pas plûtôt de retour dans leur païs, qu'ils quittent leus habits, & s'habillent à leur maniere, qui est de se porter une simple toile attachée au milieu du corps, & qui leur pend jusqu'aux genoux."