LE VIGNOBLE ET

LES VENDANGES D'ANTAN

 

 

Le touriste qui connaît peu notre région est bien surpris d'apprendre que la Lorraine produit un vin de pays qui n'est, certes pas, à dédaigner. Il faut dire que les crus lorrains semblent être oubliés dans les cartes vinicoles de la France. Pourtant, la vigne est une culture traditionnelle en Lorraine depuis des temps immémoriaux. Quant à nos routes des vins, elles ne figurent pas dans les dépliants des syndicats d'initiative. De plus, les producteurs sont très discrets et ne cherchent pas à valoriser leurs produits. Cela est bien dans le caractère du Lorrain qui n'aime pas vanter ce qu'il fait.

Un dicton de chez nous dit : "Au bon vin, point d'enseigne". Autrement dit : "Pas besoin de réclame, les ivrognes sauront bien nous trouver".

Au IVè siècle, le poète AUSONE, Préfet des Gaules, vantait le vignoble lorrain ; celui-ci était très répandu et vers 282, ses crus entretenaient la vigueur des légionnaires romains au repos, comme en temps de paix.

La vigne avait une importance considérable en Lorraine ; c'était sa grande richesse. On la cultivait sur les Côtes de la Moselle, de la Meurthe, de la Meuse, de l'Ornain, de la Saulx, dans la région de la Seille jusqu'à Morhange, dans la vallée du Rupt-de-Mad, de la Sarre et de l'Albe jusqu'aux confins de Sarreguemines.

Charlemagne possédait lui-même d'importantes vignes à FOUG et à GONDREVILLE dans le Toulois (c'est à lui que l'on doit l'utilisation de tonneaux de bois cerclés de fer pour la conservation du vin).

Au Moyen-âge, les évêques et les Ducs de Lorraine favorisèrent les nombreux vignobles. Le vin de Lorraine, alors réputé, était utilisé pour les vins de messe, et destiné à un important trafic commercial et à des échanges internationaux grâce aux voies de communication qui traversaient notre région.

Chaque année, l'époque des vendanges était, dans le village, l'occasion de grandes réjouissances. C'était pour tous, ouvriers et propriétaires vignerons, de "vraies-vacances", une fête continuelle, pour oublier le train-train de la vie pendant toute une année.

C'était un dur métier que celui de vigneron, et c'était même, comme le langage le disait bien, une succession de durs métiers saisonniers déroulant leurs activités multiples au rythme de l'année. On ne comptait pas moins de dix-sept interventions, en ajoutant la fumure et la remontée des terres à la hotte quand elles avaient dévalé les pentes lors des orages.

Pendant plusieurs semaines, tout le monde travaillait à tout mettre en ordre. Les hottes en bois de sapin, les cuves et cuvelles en chêne destinées au transport de la vendange, étaient trempées dans l'eau pour les rendre étanches.

La récolte des raisins se faisait dans la première quinzaine d'octobre; elle était placée sous le patronage de Saint-Vincent.

Au logis du maître vigneron, la maîtresse de maison avait préparé un festin auquel succédait une sauterie, pour donner raison au vieux dicton patois qui dit "Eprès le panse, lè danse". Cette danse avait du reste lieu chaque soir de vendange. Si le propriétaire avait eu la gentillesse de faire venir un violonneux pour la circonstance, on dansait au son du violon, et celui-ci ne cessait d'inviter les danseurs et danseuses à s'aimer et à s'embrasser, en râclant les airs et chansons généralement connus, comme "Auprès de ma blonde" ou bien "Embrassez-vous, Mesdames". En outre, le musicien accompagnait sur son instrument le chant des vieilles rondes du pays. La plupart de ces anciennes rondes de vendanges sont tombées dans l'oubli.

Pour le repos de la nuit, il fallait improviser des dortoirs de fortune, où les matelas et les édredons étaient remplacés par des bottes de paille, provenant de la dernière moisson.

Tous nos vins lorrains sont généralement légers, fins mais assez secs, leur degré d'alcool titre entre 8° 5 et 10°, 11° les bonnes années. Les crus rouges titrent environ 9° et possèdent une arrière saveur framboisée, agréable au palais les années favorables.

Malheureusement, toutes les traditions se perdent, ainsi que les objets et outils de travail.

Il y avait encore au village de NOVEANT cinq grands pressoirs à bascule, dont l'un portait le millésime 1621. Ils furent tous vendus, le dernier en 1935 comme bois d'oeuvre. Il existe encore aujourd'hui un pressoir à bascule à NOUILLY, village de la région messine, qui vient d'être classé monument historique.

Mais pourquoi un déclin du vignoble mosellan ?

Jusqu'au début du 19 ème siècle, la vigne s'étendait, dans le département de la Moselle, sur plus de 5 600 hectares. En 1934, on n'en comptait plus que 1 300 hectares, soit une perte de 4 300 hectares.

Pourquoi ?

Bien des éléments y ont contribué:

Vers 1840, le développement du chemin de fer détourna tout d'abord la main d'oeuvre saisonnière, et amena les vins du Midi.

Il y eut plus. L'industrie pointe le bout de son nez. On investit dans le "solide".

Puis, en 1877, le phylloxera venu du bordelais ravagea une grande partie du vignoble européen ; il atteignit notre région après 1900. La grande guerre continua la destruction et l'abandon des vignobles familiaux qui, après, 1918, manquaient de main d'oeuvre masculine.

 

 

Saint Vincent,

Patron des vignerons,

Apporte du vin dans nos maisons,

Et, s'il te plaît,

Ajoute du jambon,

Tous ensemble,

Enfin nous chanterons . . .

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