[ CASNAV-CAREP de Nancy-Metz ]
26 janvier 1999
Conférence
de Gérard Chauveau, chercheur au CRESAS (Centre
de recherche de l'éducation spécialisée et de l'adaptation
scolaire). Gérard Chauveau travaille depuis de longues années
sur la réussite scolaire des enfants issus de milieu populaire. À
la demande du CEFISEM, il est intervenu dans le cadre d'un stage PAF (École
et famille en ZEP : quel partenariat ?) à l'IUFM de Metz,
le 26 janvier 1999
Résumé par Catherine Colnot, CASNAV-CAREP
de Nancy-Metz.
Gérard Chauveau a présenté quatre types de recherches effectuées à l'école élémentaire :
1 Les mécanismes de l'échec scolaire en train de se fabriquer au cours préparatoire : la méthode clinico-ethnographique employée repose sur l'étude de trois cas d'élèves signalés en échec scolaire en cours d'année. En travaillant sur les représentations et les pratiques respectives en lecture de l'enfant, l'enseignant et sa famille, la recherche a montré que la nature et la dynamique des interactions au sein de ce triangle sont fondamentales dans la construction sociale de l'échec ou de la réussite.
2. Les liens entre efficacité pédagogique et relations avec les familles populaires (à partir des évaluations CE2 / 6e) : dans trois écoles de ZEP repérées comme peu efficaces, la recherche a mis en évidence le dysfonctionnement dans la nature des rapports école famille : relations conflictuelles ou basées sur le revendicatif au détriment du qualitatif .
3. L'amélioration des relations école / famille et la levée des malentendus pédagogiques : les chercheurs ont proposé d'intervenir directement auprès d'élèves en difficulté de lecture au CP puis de faire participer les parents à une séquence de lecture particulière avec leur enfant .Cette démarche a suscité l'intérêt et la participation des familles et a débouché sur une clarification et une transformation des pratiques . Les familles ont mieux compris les processus d'apprentissage et la démarche utilisée. L'enseignante quant à elle, a accepté de réintroduire des manuels dans sa classe pour ne pas trop déstabiliser les représentations familiales de la lecture .
4. L'association de familles populaires à l'accompagnement
scolaire (Clubs coups de pouces): les enfants bénéficiaires
de l'action , accompagnés et soutenus par leurs parents, ont obtenu
un score plus élevé que les autres au test de lecture / compréhension
en fin d'année. Pour la description exacte des conditions d'expérimentation
et des résultats, consulter la revue Ville Ecole Intégration,
n° 114, de septembre 1998, intitulé « les familles
et l'école : une relation difficile » (disponible
au CEFISEM ).
Ce qui intéresse Gérard Chauveau dans la problématique
école / famille, ce n'est pas l'amélioration de
la communication avec les familles populaires en tant que telle, mais la
manière dont celle-ci contribue à favoriser la réussite
scolaire. Aux mécanismes repérés de l'échec
scolaire autour des trois pôles : enfant, milieu familial et
caractéristiques de l'école, il convient de rajouter l'étude
des interactions qui existent entre ces trois pôles.
C'est la situation problème , et pas seulement l'enfant à
problème, qui doit questionner la dynamique présente au niveau
du triangle socio pédagogique.
Les expérimentations montrent qu'il faut transformer profondément les rapports école / famille sur les bases suivantes :
1. Se défier d'une nouvelle version du handicap socio culturel
Il faut faire attention à la généralisation des propos
sur le lien entre l'implication des familles et la réussite scolaire
tendant à présenter la venue des parents à l'école
comme un remède face à l'échec. Ce n'est pas seulement
la distance ou l'absence de relations qui est en jeu. La réussite
scolaire est avant tout l'affaire des professionnels enseignants , même
si le lien école / famille renforce les apprentissage. Encore faut-il
que l'école joue son rôle d'école de la réussite
pour tous, en rendant ses missions et ses objectifs accessibles aux familles.
2. Construire une dynamique cognitive positive autour de l'enfant
- Un conflit entre des méthodologies scolaires et familiales radicalement
opposées peut créer une perturbation socio pédagogique
importante chez l'enfant. Pourtant, deux approches différentes peuvent
cohabiter et contribuer à la réussite scolaire, si elles sont
explicitées et respectées du côté des familles
et de l'école et légitimées aux yeux de l'enfant.
- La construction de bonnes relations école / famille, si elles se
cantonnent au domaine extra pédagogique, ne sont pas efficientes.
Elles peuvent même parfois se développer « sur le
dos » de l'enfant, quand familles et enseignants adoptent de
manière consensuelle, un point de vue défectéologique
qui contribue à perpétuer l'échec .
Il est indispensable de baser les relations avec les parents sur le pédagogique
et le cognitif pour déclencher des attentes élevées
et rester exigeants de chaque côté. Attention à la bonne
entente « tirant vers le bas » ou à la « pédagogie
couscous » ! D'autre part, d'après Chauveau, ce n'est
pas à l'école de faire le travail sur le rôle éducatif
des parents dans la sphère familiale.
3. Permettre aux familles de comprendre l'école
L'enseignant a deux destinataires à son action : les enfants et les
familles.
Si les parents ne comprennent pas ou ne perçoivent pas la nature
et l'intérêt des activités menées à l'école,
cela peut entraîner l'échec. Le problème de l'enseignant,
c'est surtout de se faire comprendre des familles : il faut rendre
l'action pédagogique transparente et accepter parfois de l'adapter,
pour se mettre à la portée des familles et les rassurer .
La compétence professionnelle de l'enseignant, c'est de démocratiser
la réussite.
Dans une perspective civique et citoyenne, les familles ont le droit à
l'information, elles ont le droit de savoir ce qui se passe dans les classes
et de saisir le rôle qu'elles peuvent jouer comme parents d'élèves
(pour aider par exemple leurs enfants à apprendre à la maison,
selon leurs possibilités). Cette démarche nécessite
des compétences communicationnelles qui devraient faire partie de
plein droit de la formation initiale et continue des enseignants.