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[ CASNAV-CAREP de Nancy-Metz ]

Éducation à la citoyenneté

L'autorité

Novembre 2004

L'arbitraire n'est pas une preuve d'autorité

D'après Gilbert Longhi, Lycée Jean Lurçat, Paris.

- L'aspiration à l'autorité promeut une idéologie de l'enfant considéré comme une cire molle ou un récipient, pas comme un être à part entière, avec des besoins spécifiques.

- L'autorité ne doit pas se faire une spécialité dans le raffinement des sanctions, elle se grandit quand elle invente une vie scolaire qui ne harcèle pas les élèves en permanence. Certes, une sévérité inflexible et une surveillance intense peuvent maintenir l'ordre, mais la crainte n'est pas le respect. Ainsi les chemins qui conduisent les élèves à une déférence à l'égard de l'autorité des professeurs ne sont pas des lignes droites. L'accueil des parents, leur invitation en cours, les conseils de classes publics, font beaucoup plus contre les incivilités des élèves que le rehaussement des grilles du portail d'entrée, les heures de colle, l'installation de caméras ou le doublement du nombre de surveillants. Dans un autre domaine, les initiatives d'intendance, l'ergonomie scolaire, l'état des locaux, l'hygiène des sanitaires, les conditions du repas et l'accueil dans les bureaux... la réduction de l'indifférence et du mépris réduisent l'exaspération des élèves et produisent des effets positifs.

Pouvoir personnel et puissance institutionnelle

D'après Alain Abadie, Proviseur-adjoint, Montpellier

(...)« Aucune de nos grandes organisations de travail ne pourrait durer si autre chose que le travail ne liait pas les hommes entre eux. »
E. Enriquez, De la horde de l'Etat, Essai de psychanalyse du lien social, Paris, NRF, 2002.

- Admettre sa part d'humanité, quel que soit le poste que l'on occupe, n'est jamais un aveu de faiblesse mais bien une affirmation de responsabilité pleine et entière. Chacun joue un rôle suivant la place qui est la sienne mais aussi suivant qui il est.

- Que penser quand, dans une société, l'adulte ne veut plus remplir son rôle d'autorité ? Quand l'adulte n'est plus, justement « celui qui accroît, qui fonde » ... Alors, retroussons les manches, nous sommes libres et l'avenir sera ce que nous en ferons ; cessons la plainte et que chacun soit « celui qui accroît, qui fonde. »

Rendre la loi vivante

D'après Karine Ansart, Professeur de français, Formatrice à l'IUFM de Picardie.

Aujourd'hui, il ne suffit plus d'énoncer la règle ou de faire des leçons de morale, il s'agit de rendre la loi vivante, en s'engageant sur le temps long et en acceptant de questionner ce qui la fonde. Cette démarche, plus difficile et plus déstabilisante, pour les jeunes comme pour les adultes, est aussi infiniment plus riche de sens, d'un point de vue éducatif et politique, que la posture dont les acteurs de l'éducation pouvaient se contenter auparavant.

Faire vivre à l'intérieur d'un établissement des espaces dans lesquels la loi, la règle pourront être questionnées, prendre du temps pour confronter son point de vue à d'autres, reconnaître la valeur de la parole des autres, de tous ceux, adultes et enfants qui vivent et travaillent dans l'établissement, quel que soit leur âge, leur rôle, leur statut, réfléchir sur ses pratiques et se demander si elles sont toujours respectueuses de ce qui fonde le Droit, s'inscrire en conscience dans une « éthique de la responsabilité », suppose de faire soudain de l'autorité pour faire le choix d' « un au-delà de l'autorité ».

D'une certaine manière, faire le deuil de l'autorité, c'est aussi faire le deuil du pouvoir d'exclure c'est choisir simultanément une Ecole dans laquelle on intègre, on fait de la place, on prend le risque de donner la parole aux élèves pour qu'ils puissent en faire le lieu non de l'exclusion, de la domination et de la reproduction des inégalités, mais le lieu de construction de leur autonomie, de leur capacité à grandir et à devenir des citoyens.

Qu'est-ce qui est efficace ?

D'après Denis Meuret, IREDU, Université de Bourgogne.

Les enseignants efficaces obtiennent que les élèves écoutent et travaillent au nom de leur compétence et au nom de leur souci de les faire réussir tous ensemble, de les accompagner dans leurs apprentissages. Ils les traitent comme des personnes, et il semble que ce soit plus important que le fait qu'on leur donne des droits dans le cadre de la vie scolaire.

Se défaire de l'autoritaire

D'après Bruno Robbes, Instituteur maître-formateur, IUFM de Versailles.

Redéfinir l'autorité à partir de son étymologie.

1) L'autorité statuaire (être l'autorité)
L'autorité statutaire (potestas) est « le pouvoir dont sont investies certaines personnes à raison de la fonction qu'elles remplissent dans un cadre institutionnel déterminé ». A l'Ecole, c'est la transmission des savoirs qui fonde l'autorité statutaire de l'enseignant. Nécessaire mais non suffisante, l'autorité statutaire est potentielle : préexistant à la personne, elle ne suffit pas à elle seule à lui garantir l'exercice d'une autorité effective. La confusion avec le pouvoir se comprend mieux à la lumière de ce premier sens. Si le porteur d'autorité en reste à cette signification univoque, il risque un raidissement, voire un basculement vers la force, donc vers le pouvoir.

2) L'autorité de l'auteur qui autorise (avoir de l'autorité)
Le sens premier du mot « autorité » est attaché à l'auteur (auctor).
- Avoir de l'autorité, c'est avoir cette confiance suffisante en soi, être suffisamment maître de sa propre vie pour accepter de se confronter à l'autre avec son savoir et ses manques, en ayant le souci de lui ouvrir des voies vers l'autonomie, de l'aider à poser des actes lui permettant de s'essayer à être auteur lui-même.
- L'auteur sujet de sa propre existence se construit à travers une histoire personnelle où est présent l'"être" au sens clinique. L'indispensable travail d'élucidation de son histoire développe la confiance suffisante en soi, affermit la personnalité ainsi disposée à s'affirmer dans ses relations. Cette construction du sujet auteur passe aussi par d'autres : rencontres personnelles ou professionnelles qui favorisent l'acquisition de savoirs et contribuent à renforcer chez la personne sa capacité à être son propre auteur, à prendre des responsabilités dans la vie sociale là où des positions d'autorité sont à occuper.
- Rien de naturel dans cette autorité-là : c'est par des actes posés tout au long d'une vie que le sujet s'autorise progressivement à assumer un statut, reconnu par la mise en œuvre de savoirs qu'il continue à développer.
- Le terme « autorité » possède aussi une racine double : auctorité (1119) du latin auctoritas. Il a pour racine auctor (auteur) et se rattache à augere (faire croître, augmenter). Parce qu'il s'est lui-même autorisé, l'auctor peut produire une autorité qui augmente, qui fait croître l'autre, qui l'élève et l'autorise à être auteur.

3) L'autorité de capacité et de compétence (faire autorité)
- L'autorité est avant tout une capacité fonctionnelle (savoirs que déploie la personne dans l'action) dans une relation toujours contextualisée avec l'élève et la classe. Chez l'enseignant, un tel savoir passe par l'opérationalisation des modalités de transmission des connaissances (communications et dispositifs pédagogiques).
- L'autorité se construit dans un va-et-vient constant avec le « faire » : chacun doit en permanence administrer la preuve de savoirs qu'il pourra toujours apprendre, développer, acquérir. Capacité de la personne (auteur) à représenter l'asymétrie inhérente à sa position institutionnelle tout en s'appuyant sur des dispositifs symétriques de décentration, de partage du pouvoir ; capacité à assumer des rôles et des fonctions, à tenir des dispositifs permettant l'accès de chacun à une position d'auteur de soi-même (influence et re- connaissance ; engagement et dégagement ; lieux, espaces et temps ; proximité et distance) ; capacité à accepter et à traiter le conflit dans la relation d'autorité. Sur ce point, l'enseignant doit véritablement considérer le conflit comme un moment d'apprentissage essentiel en même temps qu'ordinaire des relations humaines. En effet et à l'image du conflit socio-cognitif, la résolution du conflit dans la relation d'autorité s'appuie sur un cadre méthodologique précis. (ex : la pratique du conseil en pédagogie institutionnelle) permettant distanciation et acquisition de savoirs durables. Loin de dévaloriser l'autorité enseignante, le conflit ainsi surmonté tend au contraire à manifester son autorité de compétence, renforçant du même coup sa dimension autorisante (l'enseignant a permis que les élèves réglant collectivement un conflit soient ainsi reconnus comme davantage auteurs eux-mêmes) et légitimant de surcroît son autorité statutaire.
- L'autorité n'est jamais acquise une fois pour toutes même si le temps est une donnée majeure de la pérennisation. Elle s'établit en situation dans un réglage constant et précaire entre être, avoir et faire.

Du côté de la pédagogie institutionnelle

D'après Bruno Robbes, Instituteur maître-formateur, IUFM de Versailles.

1) Pratiques institutionnelles et autorité statutaire de l'enseignant
Les lois fondatrices de l'humain doivent être rappelées, traduites dans des termes pouvant être entendus des élèves. Par exemple, le sens de l'interdit de l'inceste, au-delà de l'acte sexuel, est l'interdit de la confusion des places, d'une relation privilégiée entre maître et élèves. Il garantit la présence du maître au service de tous.
En conséquence, dès les premiers jours de classe, la première tâche de l'enseignant va consister à se positionner statutairement, à se démarquer des rôles habituels, images antérieures, pratiques autoritaires que les élèves ont pu connaître. Ce travail d'incarnation de l'autorité statutaire passe par des compétences professionnelles : paroles signifiant à l'élève l'asymétrie des positions, distinguant la loi sociale de celle du quartier ou de la maison ; refus explicité de jouer certains rôles ; parole, responsabilités, pouvoirs donnés à l'élève dans certaines conditions en respectant des règles précises; attention particulière à l'accueil, à l'inscription et à l'existence de l'élève en classe...

2) Compétences et rôles de l'enseignant producteur d'autorité
a) L'enseignant est créateur d'un milieu éducatif : conditions de l'accueil de l'enfant (pas seulement de l'élève), écoute et reconnaissance du sujet.
b) Il travaille à la maîtrise des communications : entraînement à la conduite de réunion, repérage de phénomènes complexes (qui parle ? à qui ? dans quel lieu? à quel propos ?)
c) Il a la capacité de jouer plusieurs rôles : le maître est d'abord « garant » de la loi fondatrice de l'humain, responsable légal des élèves — de leur sécurité physique, mentale — et responsable pédagogique de chacun, du groupe.
d) Il accepte de partager du pouvoir : il intervient, se décentre ou encore laisse faire. Il facilite, suggère, décide, accueille, interdit, permet...
e) Il est en capacité de réagir de façon appropriée en situation : il accorde une importance particulière à certains aspects : démarrage de la classe ; attention aux détails porteurs de sens, micro gestes pédagogiques à travers lesquels se jouent souvent l'essentiel de l'autre ; fonction de « contrôle » comprise comme l'exercice d'une vigilance assurant la sécurité des élèves.
f) Il est guidé dans son action par des principes éthiques : capacité à accepter la critique sans perdre la face, point fort légitimant son autorité. Accepter d'avoir tort, c'est certainement être responsable et renforcer son autorité en commençant à faire exister celle de l'autre.



Notes de lecture par Monique Franck , novembre 2004.
Sources
L'autorité. Cahiers pédagogiques , sept.-oct. 2004, n° 426.

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