[ CASNAV-CAREP de Nancy-Metz ]
mars 2007
Source
Dossier : L'estime de soi et des autres. Animation & éducation, n° 186, mai-juin 2005, p. 13-36.
Notes de lecture par Monique Franck, CASNAV-CAREP de Nancy-Metz
Des Grecs à Rousseau, en passant par Spinoza, l'estime de soi se conquiert par la connaissance que l'on a de soi et de ses besoins.
Développer l'estime de soi, c'est accepter l'idée que l'École doit aider l'élève à se forger une image de lui positive, tant comme « élève » que comme individu, à « s'estimer » pour connaître et estimer les autres. C'est également affirmer que si les élèves sont tous différents, ils sont cependant tous capables et l'école et l'école est un lieu d'identification et de valorisation des intelligences multiples ».
- L'estime de soi est l'évaluation globale de la valeur de soi en tant que personne, c'est-à-dire le degré de satisfaction de soi-même.
- Elle est un des fondements de l'image de soi.
- L'estime de soi ou l'amour de soi (qualité de connaissance particulière qui consiste à savoir ce qu est « bon » pour soi, indépendamment des exigences de la mode ; d'intérêts hétéronomes) est l'opposé de l'amour propre (qui se compare, n'est jamais content et ne saurait l'être, parce que ce sentiment, en nous préférant aux autres, exige aussi que les autres nous préfèrent à eux, ce qui est impossible
- L'estime de soi ou l'amour de soi est l'autre nom de l'autonomie : ne pas se donner à soi-même ses propres règles contre la règle commune, mais faire sienne une règle qui permette de se maintenir comme sujet agissant, dans la responsabilité, l'initiative et sur tout la joie, l'élément indispensable à l'équilibre individuel, équilibre fait d'un élan vers un mieux être. « Quand l'âme se considère elle-même et considère sa puissance d'agir, elle est joyeuse. »(Spinoza)
- Selon William James (1892) : l'estime de soi c'est la conscience de la valeur du moi. Elle se développe donc par une dynamique intra-personnelle et intra-psychique. En ce sens, l'articulation entre le moi actuel et les aspirations d'un sujet jouent un rôle primordial.
- Selon Charles H. Cooley (1902) : le sentiment de valeur de soi est une construction sociales façonnée par les interactions avec l'entourage ; c'est le regard des autres qui renvoie des indications permettant au sujet de connaître l'opinion qu'il ont de lui !
- Actuellement : l'estime de soi se défini comme un processus dynamique et continu qui commence avant la naissance et qui se prolonge tout au long de la vie. Il convient donc d'étudier l'articulation des deux dimensions qui déterminent la construction de l'estime de soi, à savoir le développement d'une personne et de son psychisme en situation et donc en interaction.
Poursuivre l'effort d'être soi rend possible l'accord pacifique avec les autres. En effet, comment aborder sereinement, pacifiquement l'autre quand on doute de soi ? Voici dix points de vue qui soulignent l'influence positive de l'estime de soi sur la prévention de la violence.
- L'estime de soi nourrit notre besoin d'être reconnu et notre besoin d'estime et de respect :
- Si l'enfant se sent important, s'il vaut quelque chose à ses yeux, il aura confiance pour être constructif, il aura davantage d'assurance dans la vie, dans les projets, dans les autres.
- La blessure d'amour-propre se soigne par l'estime de soi.
- Si l'enfant se vit comme important, s'il vaut la peine, il va parier sur la vie, ne pas se mettre en danger ou se détruire en entrant dans la violence destructrice ou l'exclusion sociale.
- Si l'enfant a confiance en soi, il aura davantage confiance dans les autres et prendra le risque de l'ouverture aux autres ; de la coopération.
- Quand l'enfant s'estime, il peut estimer les autres et construire des relations égalitaires.
- Les vieilles colères ou rancoeurs disparaissent proportionnellement à l'estime de soi.
- L'estime de soi nous donne la force de sortir des schémas prédéterminés de notre histoire, d'une certaine fatalité qui nourrit la violence.
- Une estime de soi suffisamment bâtie permet à l'enfant de développer son esprit critique et une force personnelle pour ne pas suivre l'influence du groupe dominant.
- L'estime de soi permet à l'enfant d'être en contact avec toutes ses émotions, de développer l'empathie, de considérer l'autre comme un sujet et non comme un objet.
Tout enseignant devrait faire sien trois grands principes :
1er principe : l'école place l'élève au centre de toutes les activité.
2e principe ; l'école doit favoriser l'autonomie, l'expression, la créativité (plutôt que le conformisme, la passivité)
3e principe : l'école est un milieu de vie qui appartient aux élèves et à ceux qui l'entourent.
L'enseignant n'a pas le pouvoir de donner de l'estime de soi à ses élèves, mais il peut mettre en place les conditions pour que l'autre puisse travailler son estime. Il peut lui dérouler « le tapis rouge » (Christian Staquet), en éliminant de sa pratique les facteurs qui nuisent à l'estime de soi (le manque de confiance, l'inconstance dans l'application des règles, la surprotection ou le laisser-faire, les mots qui blessent, les critiques constantes, l'accent mis sur les difficultés ou les faiblesses plutôt que sur les forces ou les compétences, les attentes trop ou pas assez grandes).
- Il développe l'équilibre psychique de l'enfant : celui-ci a besoin de se sentir apprécié, valorisé, compétent pour connaître le sentiment de sécurité qui lui fera aborder les difficultés avec une certaine confiance (« connais-toi toi-même »).
- Il est un moyen pour organiser le monde autour de soi et en soi : il permet à l'enfant de « donner forme » à ses angoisses, de « parler », de « se parler » pour éliminer de son monde intérieur la confusion qui représente un frein. Il apprend ainsi à reconnaître et à nommer ses sentiments, à prendre conscience de la valeur de soi et de celle des autres et à respecter leur identité. Il va reconnaître des qualités et des compétences à lui-même et aux autres. De ce fait, la connaissance des outils de la langue s'avère indispensable : l'enseignant doit veiller à enrichir le vocabulaire des enfants pour leur permettre de reconnaître et verbaliser les émotions afin de pouvoir les contrôler.
- Il est un pré-requis à tout apprentissage : pour aborder dans de bonnes conditions une notion nouvelle, il faut s'estimer capable de cet apprentissage, se dire qu'on en a les moyens, avoir gagné une certaine confiance dans ceux qui nous font cette proposition, avoir fait l'expérience que ce qu'ils nous proposent a de fortes chances de réussir.
- Il développe l'esprit critique qui rend l'élève progressivement autonome dans son mode de pensée et dans ses décisions : il engendre le pouvoir d'être libre face aux émotions négatives surtout celles obtenues dans la comparaison aux autres.
- Il rend possible l'échange pacifié entre soi et soi-même, entre soi et les autres : la valorisation de sa propre image permet à l'enfant de s'intéresser à l'autre, de l'apprécier, de recevoir de lui un retour positif. Cette connaissance mutuelle fait naître une solidarité entre élèves.
L'estime de soi va de pair avec l'estime des autres et renforce, à ce titre, la citoyenneté. La prise en compte de la dimension humaine des personnes, la mise en perspective de l'écoute, du respect, de la parole libre sont attachées à la notion de citoyenneté.