Accueil    »   Éducation à la citoyenneté    »   L'approche centrée sur la personne formalisée par Carl Rogers  

[ CASNAV-CAREP de Nancy-Metz ]

Éducation à la citoyenneté

L'approche centrée sur la personne formalisée par Carl Rogers

Mai 2007

Source
Lesieur, Josette, Schnoering, Bernard. Apprendre aux élèves, apprendre des élèves : quels espaces d'écoute ? Strasbourg : CRDP d'Alsace, 1999.

Notes de lecture par Monique Franck, CASNAV-CAREP de Nancy-Metz



Hypothèse centrale de Carl Rogers* : « L'individu possède en lui-même des ressources considérables pour se comprendre, se percevoir différemment, changer ses attitudes et son comportement. Mais seul un climat bien défini, fait d'attitudes « facilitatrices », peut lui permettre d'accéder à ces ressources. » (Carl Rogers, Le développement de la personne)

Étapes du travail sur soi

1. La « tendance actualisante » : l'être humain a en lui des capacités pour actualiser ses potentialités vers un développement positif.
« Il existe dans la matière vivante une force directionnelle innée qui la pousse à se perfectionner. » (Szent Györgyi, biologiste hongrois)
« Chaque être humain possède une tendance directionnelle vers l'entièreté, vers l'actualisation de ses propres potentialités... Il est bien clair que la tendance actualisante est sélective et directionnelle ou, si vous le voulez, constructive. » (Carl Rogers)

2. «  Moments de mouvement » : temps au cours desquels la personne vit dans l'instant présent, directement et totalement, sans aucune barrière, une part de son expérience avec laquelle elle n'avait jamais été en contact auparavant. La personne est alors capable de reconnaître et d'accepter cette part d'elle-même. Ces moments, souvent intenses, toujours pleins d'une signification particulière dans le contact avec soi-même donnent le courage de se comprendre, de s'accepter et de changer.

3. Un climat de sécurité. Trois attitudes sont nécessaires :

• « La considération positive inconditionnelle » ou « regard positif ». Cette attitude suppose :
- un accueil de l'autre, tel qu'il est au moment présent ;
- une reconnaissance, sans y mettre de conditions, de sa valeur d'être humain et un respect profond pour cette personne dans sa subjectivité et son originalité ;
- une acceptation de la personne telle qu'elle se présente, sans exiger de changement et, en même temps, une confiance dans sa capacité de changer si elle le souhaite.

• La « congruence » ou authenticité, réalité, transparence. Il s'agit d'une cohérence entre l'expérience vécue et l'image qui en est symbolisée dans le moi.

• La « compréhension empathique ». Il s'agit non pas de comprendre intellectuellement mais de tenter de saisir, de sentir les mots, les significations, les idées, les valeurs, les émotions, les sentiments... sentir ce que c'est que de vivre la vie de cette personne.
Il s'agit de tenter de comprendre de l'intérieur le « cadre de référence » de l'autre, à partir de son point de vue, d'être suffisamment dans son monde de représentations pour pouvoir clarifier avec lui les significations qui sont importantes pour lui.
Dans la mesure où les personnes se sentent acceptées et reconnues, elles commencent à prendre de l'intérêt pour elles-mêmes. En étant entendues avec empathie, il leur devient possible d'écouter avec plus de précision, le flux de leurs expériences intérieures.

Démarche d'accompagnement centrée sur la personne

Cette démarche choisit délibérément de placer la personne au centre. Elle part de la personne et l'accompagne dans sa recherche jusque dans l'inscription matérielle de ses projets.
Cette approche fait partie d'un mouvement d'ensemble qui se dessine actuellement dans le monde scolaire, et où pourraient se rencontrer les travaux sur la citoyenneté, l'orientation avec l'éducation aux choix, la méthodologie dans le choix de travailler avec l'élève tel qu'il est.
Ce mouvement n'est pas seulement d'aujourd'hui ; il plonge ses racines dans l'histoire :
- dans le monde scolaire, ce sont les différentes formes prises par la recherche d'une éducation nouvelle, prenant en compte non seulement l'élève, mais aussi l'enfant  (Montessori, Freinet, Steiner...)
- dans le monde philosophique, les racines de l'écoute plongent dans le mouvement humaniste qui développe une conception positive de la nature humaine.

Carte de l'existant

Le mot écoute exprime la prise de conscience d'un manque de dialogue avec les élèves ou, plus profondément l'irruption dans le système scolaire d'une dimension humaine à respecter, à recevoir.
Pour qu'il y ait écoute, il faut qu'une parole :
- émerge
- se développe
- prenne sens

Pour qu'il y ait parole, il faut un espace, un vide qui pourra être rempli, c'est-à-dire une disponibilité dans le temps, dans l'organisation, dans la classe, dans les autres lieux.

Le changement de métier

Il y a quelques années encore, les enseignants en formation réclamaient des systèmes explicatifs (psychologiques, sociologiques, historiques, pédagogiques). Actuellement, les difficultés échappent aux systèmes, les explications ne suffisent plus. Le savoir de l'enseignant ne lui permet plus de résoudre tous les problèmes rencontrés, ni de comprendre les réactions des élèves, les connaissances transmises n'aident plus le jeune à donner du sens à son vécu dans le système scolaire. Les exigences du programme sont trop loin des capacités de travail et d'apprentissage de beaucoup d'élèves.
Si le savoir ne suffit plus, que faut-il ajouter ?
Si le métier d'enseignant ne peut plus consister uniquement à transmettre des connaissances, que devient ce métier ?
Les jeunes accèdent à toutes sortes de connaissances en dehors de l'école ; en revanche, ils ne rencontrent plus beaucoup d'adultes : ils recherchent des «  personnes » à l'école. Comment l'enseignant peut-il se situer, quand le savoir qu'il transmet et qui légitime sa fonction n'a plus de sens pour ses élèves, quand sa personne est interpellée ?
Une relation d'écoute peut apparaître alors comme une ouverture pour tenter de retrouver un respect réciproque dans la relation avec les élèves, pour tenter de retrouver un sens à une relation pédagogique bien malmenée.


[*] Psychologue et thérapeute américain

Centre académique pour la scolarisation des nouveaux arrivants et des enfants du voyage
Centre académique de ressources pour l'éducation prioritaire
Rectorat Nancy-Metz (site Saurupt) 28, rue de Saurupt, 54000 Nancy
Tél : 03 83 86 27 33 - Fax : 03 83 86 27 14 - Mél :
|     |