[ CASNAV-CAREP de Nancy-Metz ]
Mise à jour : mai 2010
Par Patricia George, CASNAV-CAREP de Nancy-Metz
Les enfants et adolescents qui arrivent en France pour un temps plus ou moins long sont, au terme de la loi, obligatoirement scolarisés s'ils ont entre 6 et 16 ans.
« Tout enfant français ou étranger résidant en France
et âgé de 6 à 16 ans a le droit à l'instruction »
(Loi du 18 mars 1882, ordonnance du 6 janvier 1959)
L'inscription au sein de l'école ne peut être subordonnée à la présentation d'un titre de séjour. Il ne revient donc pas aux enseignants ou directeurs de vérifier la régularité de la situation des parents, mais de mettre en place toutes les conditions pour que l'élève soit accueilli correctement.
Les textes
Organisation de la scolarité des élèves nouvellement arrivés en France sans maîtrise suffisante de la langue française ou des apprentissages
Circulaire n° 2002-100 du 25 avril 2002 (B.O. spécial n° 10 du 25 avril 2002).
Modalités d'inscription et de scolarisation des élèves de nationalité étrangère des premier et second degrés
Circulaire n° 2002-063 du 20 mars 2002 (B.O. n° 13 du 28 mars 2002 et B.O. spécial n° 10 du 25 avril 2002)
Missions et organisation des centres académiques pour la scolarisation des nouveaux arrivants et des enfants du voyage (CASNAV)
Circulaire n° 2002-102 du 25 avril 2002 (B.O. spécial n° 10 du 25 avril 2002)
Il appartient au maire, comme pour les enfants français, de délivrer le certificat d'inscription au vu duquel le directeur de l'école procède à l'admission de l'enfant.
Chaque école dispose d'une fiche de suivi pour l'accueil d'un ENAF.
Fiche navette
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L'information est transmise à l'IEN et au CASNAV.
L'élève nouvellement arrivé est inscrit dans une classe ordinaire correspondant à son niveau scolaire sans dépasser un écart d'âge de plus de deux ans avec l'âge de référence correspondant à cette classe.
Il peut bénéficier d'une inscription pédagogique dans une classe d'initiation (CLIN) pour une aide temporaire.
Lors de l’accueil, la passation d’une évaluation diagnostique adaptée s’avère indispensable. Elle va permettre une meilleure prise en charge individualisée par un repérage des besoins spécifiques de l’élève.
Le projet d'école peut envisager des modalités spécifiques d'accueil.
La classe d'initiation (CLIN)
La CLIN, dont le fonctionnement est officialisé dès 1970, a en charge l'apprentissage du français pour les nouveaux arrivants âgés entre 6 et 12 ans. C'est une structure qui permet l'acquisition rapide de la maîtrise de la langue à travers des méthodes de français langue seconde pour intégrer progressivement, mais le plus rapidement possible, les élèves dans le cursus scolaire traditionnel. Les élèves y sont regroupés quotidiennement et pour un temps variable en fonction de leur besoin. Les élèves qui fréquentent cette structure doivent être préalablement inscrits dans leur classe d'âge ou au plus proche de celle-ci.
La scolarisation en dehors des structures spécifiques
Ceci représente actuellement une bonne partie des modes de scolarisation des ENAF : d’une part les arrivées se font au gré du hasard et dans des lieux souvent excentrés, souvent en zones rurales ; d’autre part, le nombre d’arrivées fluctuant en fonction des années et des politiques de l’immigration n’a pas toujours été suffisant pour maintenir les structures existantes.
Accueil et affectation dans le second degré
Lorsque les élèves ont douze ans révolus, ils relèvent du collège.
Chaque élève est évalué par un conseiller d'orientation qui le dirige alors vers un collège.
Les élèves ne parlant pas français sont orientés vers une classe d'accueil (CLA).
Ceux qui ont un rudiment de langue sont intégrés dans un dispositif spécifique.
S'il n'y a ni CLA, ni dispositif d'accueil, les élèves sont alors intégrés en classe ordinaire.
Notes et rapports
La scolarisation des élèves nouveaux arrivants non francophones au cours de l’année scolaire 2004-2005. Note d'information, 06-08, mars 2006.
En ligne sur le site du ministère de l'éducation nationale :
[pdf - 278 ko - 6 pages]
Les modalités de scolarisation des élèves non-francophones nouvellement arrivés en France : rapport à monsieur le ministre de la Jeunesse, de l'Éducation nationale et de la Recherche.
LECOURBE Anne, POLVERINI Jérôme, GUERIN Jean-Claude, STORTI Martine
France. Inspection générale de l'administration de l'éducation nationale et de la recherche; France. Inspection générale de l'éducation nationale Paris : Ministère de la jeunesse, de l'éducation nationale et de la recherche, 2002. 80 pages.
En ligne sur le site de la Documentation française
Les élèves nouveaux arrivants non francophones et leur scolarisation dans les différents dispositifs d'accueil. Notes d'information, 01-57, décembre 2001.
En ligne sur le site du ministère de l'éducation nationale :
[pdf - 284 ko - 6 pages]
Le développement de la relation école/familles est indispensable. Les premiers entretiens vont permettre :
Quelques conseils
- Si l'élève et ses parents sont totalement non francophones, on aura recours à un médiateur. On pourra, par exemple, demander l'aide de l'enseignant de langues et cultures d'origine (ELCO).
- Faire visiter l'école.
- Présenter les différentes personnes de l'école (équipe éducative, intervenants extérieurs) en expliquant les rôles de chacun.
- Donner un emploi du temps avec les différents horaires. Cet emploi du temps sera provisoire car évolutif.
- Présenter les outils de liaison à la famille : cahier de texte...
- Souligner l'importance de l'assiduité à l'école, de la régularité.
- Présenter le matériel scolaire nécessaire et donner une liste (manuels, fournitures...) : on pourra avoir recours aux imagiers bilingues disponibles sur le site du CASNAV-CAREP.
- Donner des repères au niveau de l'évaluation de son travail (type de notation, fréquence, livret d'évaluation...).
- Présenter les différentes aides possibles au sein de l'école mais aussi en dehors (l'accompagnement à la scolarité par exemple).
- Présenter le système scolaire français : des outils à destination des familles étrangères existent (en prêt au CASNAV-CAREP).
Les parents de nationalité étrangère bénéficient des mêmes droits que les parents français, notamment droit de vote et éligibilité aux élections de représentants de parents d'élèves dans les conseils d'école (Cf. les traductions en différentes langues d'un document invitant les familles à participer aux élections des représentants des parents d'élèves au conseil d'école).
Outils
Un document fort utile, intitulé « La scolarité en France : document d'accueil des familles et des élèves nouvellement arrivés en France », a été élaboré par le CASNAV de Reims dans le cadre du P.R.I.P.I. (Programme régional pour l'intégration des populations immigrées). Disponible en quinze langues (albanais, anglais, arabe, arménien, chinois, espagnol, français, khmer, portugais, romani, russe, serbe, tchétchène, turc, vietnamien), il répond aux questions suivantes :
- Comment inscrire mon enfant à l’école, au collège ou au lycée ?
-
Mon enfant ne parle pas encore français. Que proposent l’école, le collège et le lycée ?
-
Comment est organisé le système éducatif en France ?
-
Quelles sont les personnes importantes à l’école, au collège et au lycée ?
- Quelle association près de mon domicile peut aider mon enfant hors de l’école ?
En ligne sur le site du CASNAV de Reims
Le CASNAV de Montpellier propose des livrets d’accueil bilingues à l’attention des parents d’élèves nouvellement arrivés en France scolarisés à l'école primaire. Ces livrets téléchargeables sont disponibles en allemand, anglais, arabe, chinois, espagnol, néerlandais, portugais, polonais, roumain, russe et turc.
En ligne sur le site du CASNAV de Montpellier
Une brochure, intitulé « La scolarité en France : de la maternelle au lycée », présentant le système éducatif français en albanais, français, russe et turc, est également disponible sur le site du CRAVIE (Centre de Ressources Alsace Ville Intégration Ecole).
Plaquette de présentation bilingue (français et anglais, arabe, portugais, serbe, turc) du système éducatif français « Bienvenue à l'école en France », sur le site de l'inspection académique de l'Isère.
Documents d'information pour les parents et principaux dispositifs d'accueil des familles et des élèves. En ligne sur le site VEI
L'élève nouvellement arrivé en France (ENAF)
On définit ainsi l'élève qui arrive de son pays sans maîtrise suffisante de la langue française ou des apprentissages. Il est considéré comme non francophone si le pays d'origine n'a aucune relation historique et géographique avec la langue française. Le terme « nouvel arrivant » permettra de différencier celui qui vient d'arriver par rapport à celui déjà scolarisé en France. Bien entendu, on ne saurait être « nouvel arrivant » très longtemps. On considère généralement que l'élève peut endosser cette terminologie pendant les deux premières années de sa présence en France.
La situation de l’élève nouvellement arrivé peut être extrêmement complexe et recouvrir des réalités très différentes : les situations migratoires, familiales et scolaires sont très variées. Il importe donc que l'équipe éducative qui aura l'élève en charge en soit consciente et puisse arriver à connaître l'origine ainsi que les circonstances qui ont prévalu au départ et à l'arrivée. L'enseignant y trouvera des informations qui lui permettront sans aucun doute d'éviter quelques erreurs importantes dans l'accueil et l'orientation et qui favoriseront sa relation avec l'élève et avec sa famille.
Diversité des nationalités, des langues, des systèmes d’écriture : des nationalités nombreuses, qui évoluent selon la situation géopolitique mondiale
Diversité des raisons d’arrivée :
Diversité des aires culturelles de référence, des modalités d’insertion des familles
Les parents migrants sont également très différents les uns des autres par leur trajectoire : trajectoire sociale (ascendante ou descendante), trajectoire migratoire, trajectoire professionnelle (dévaluation ou non des compétences dans le parcours), résidentielle, communautaire, culturelle... Souvent, les rapports sont modifiés dans la famille.
Diversité des parcours scolaires des élèves : scolarité antérieure régulière ou irrégulière, interruptions dans la scolarité (guerres, zones rurales...), absence de scolarité antérieure, analphabétisme...
Pour aller plus loin
Quelques points de législation concernant l'entrée et le séjour des étrangers en France
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Afin de pouvoir construire de nouveaux apprentissages, il va être indispensable de prendre en compte les apprentissages antérieurs. C'est pourquoi, il est intéressant d'avoir quelques renseignements sur la scolarité de l'élève avant son arrivée en France :
La question qui se pose de façon récurrente est la difficulté des enseignants à déterminer le niveau scolaire de l'élève, d'autant plus quand le mode de scolarisation dans le pays d'origine est éloigné du nôtre. Quelques praticiens ont cependant mis au point des tests spécifiques qui permettent à partir d'exercices rédigés dans toutes les langues d'établir un barème d'équivalence dans la scolarisation antérieure.
L'évaluation en langue d'origine des acquis scolaires et l'évaluation du niveau de français oral et écrit permettent à l'équipe éducative d'organiser le parcours scolaire le plus pertinent. Dans un premier temps, l'évaluation peut se faire par l'observation de l'élève en action, en situation d'interaction avec ses pairs, notamment en ce qui concerne les compétences de communication : capacité à écouter l'autre, à réagir, désir de communiquer, envie de comprendre et de se faire comprendre.
Le CASNAV-CAREP dispose d'outils d'évaluation dans différentes langues sur :
Ces évaluations vont permettre :
Les élèves nouvellement arrivés en France sont confrontés à une situation particulièrement difficile : le contexte familial, social et affectif se trouve souvent déstabilisé. Chaque élève a de toute évidence subi un déracinement qui a été plus ou moins bien vécu, a parfois engendré des souffrances, des traumatismes ou des attitudes de repli. L’élève va devoir se construire dans une nouvelle culture, une nouvelle langue, une nouvelle école tout en s’appuyant sur sa langue et sa culture d’origine.
L’acquisition de la langue française va être un enjeu majeur pour l’ENAF. C’est la langue qui va permettre de communiquer, la langue dans laquelle se feront les apprentissages, la langue de la réussite scolaire mais aussi celle de l’intégration sociale.
« Le français n’est pas seulement une seconde langue à apprendre, c’est la langue qui permettra d’exister ». (RAFONI, Jean-Charles, Apprendre à lire en français langue seconde, L'Harmattan, 2007.)
Les principales difficultés rencontrées par un ENAF :
Adaptation à l'école française
Habitudes scolaires
Compréhension orale et écrite
Expression orale/écrite
L’élève nouvellement arrivé en France n’arrive pas vierge de tout langage. Il possède déjà une langue maternelle voire d’autres langues.
« C’est avec sa propre parole que le bilingue construit sa seconde langue, son autre soi-même. » AUGER, Nathalie. Comparons nos langues : démarche d'apprentissage du français auprès d'enfants nouvellement arrivés (ENA). Montpellier : SCÉRÉN-CRDP académie de Montpellier, 2005. (DVD vidéo)
Les langues représentées sont d’une très grande variété. Dans un certain nombre de cas, l’apprentissage des langues s ‘est effectué de façon informelle, l’apprentissage du français devra emprunter les voies plus formelles de l’école.
Le français va être à la fois la langue cible et la langue véhicule de l’apprentissage scolaire. Ce sera à la fois, un objet d’étude, un outil d’apprentissage, la langue de communication et la langue de scolarisation
Certains élèves n’ont pas été scolarisés dans leur langue d’origine, ou mal. Ils ne sont pas parvenus à l’étape d’acquisition des usages élaborés de leur propre langue et ne vont les découvrir que dans la langue seconde, ce qui n’ira pas sans difficultés.
Les élèves nouvellement arrivés en France sont confrontés à une langue, une culture, des codes scolaires qui leur sont étrangers. Langue étrangère à l’arrivée en France, le français acquiert peu à peu le statut de langue seconde en cours d’apprentissage pour devenir, dans le cas où la langue maternelle est peu pratiquée, la langue principale.
L’ignorance du français ne constitue pas un facteur d’homogénéité : connaissance parfois partielle orale ou écrite, connaissance de la civilisation et de la culture parcellaire et stéréotypée.
FLM, FLE, FLS, FLSco ?
Des précisions utiles sur le site du CASNAV de Dijon.
L'acquisition de la langue parlée indispensable pour toute communication sociale et scolaire : actes de langage, conduites de discours.
- Communication hors école : acquérir très rapidement la capacité à entrer en relation oralement avec les différents interlocuteurs, à comprendre les énoncés, lire les écrits...
- Communication à l'école : apprendre à rentrer en relation avec un certain nombre d'adultes, avec ses pairs, comprendre les consignes. Une difficulté particulière de la communication scolaire tient à la place et à l'usage de l'écrit comme vecteur d'information.
- Métacommunication : l'élève doit être en mesure de communiquer sur ses propres pratiques langagières, de parler de la langue, de maîtriser les instruments métalinguistiques.
- Communication spécialisée : niveau de formulation : l'objectif de l'échange est ici de construire progressivement un objet de connaissance dans les domaines disciplinaires ou un savoir-faire (capacité à reformuler pour passer à une formulation élaborée, passer le la connaissance commune à une connaissance conceptualisée).
- Interdisciplinarité :
Il va s'agir de développer des compétences linguistiques orales et écrites en réception et en production :
- Lexique
- Phonologie
- Morphosyntaxe
Les outils de la langue sont au service des activités de lecture, d'écriture et d'expression orale. Ils sont aussi au service de l'acquisition des disciplines.
Les activités favorisant les apprentissages implicites (ex : grammaire implicite, c'est-à-dire l'ensemble des règles qui permettent de produire des phrases correctes en français, spontanément acquises par une pratique régulière de la langue) et d'autres développant des phases d'explications devront alterner. Les élèves non francophones abordent l'acquisition des règles à partir de leur propre système linguistique et des descriptions qui leur ont été proposées dans leur école d'origine. Une insuffisante maîtrise de certains aspects du système de sa langue d'origine peut retentir défavorablement sur l'acquisition d'une langue seconde.
Le métalangage utilisé pour le français ne recouvre pas les mêmes faits linguistiques.
Un travail d'ajustement progressif se révèle nécessaire avec la participation des élèves eux-mêmes.
Annexes
Lexique : Le CASNAV de Besançon propose deux lexiques interdisciplinaires de français de scolarisation (niveaux primaire et collège) recensant les termes et les structures de base essentiels pour que l'élève nouvellement arrivé accède rapidement à tous types d'énoncés.
Consulter le site du CASNAV de l'académie de Besançon
Syntaxe : quelques éléments pour une progression
[pdf - 60 pages - 332 ko]
La phonétique (Document établi d'après : Charliac, Lucile, Motron, Annie-Claude. Phonétique progressive du français avec 600 exercices. Paris : CLE international, 1998.)
[pdf - 3 pages - 97 ko]
La dimension culturelle des apprentissages en français langue seconde est cruciale (maîtrise des codes sociaux, moraux, idéologiques, esthétiques...). L’école va être un lieu de sociabilité, de connaissance et de reconnaissance mutuelles. Dans la même classe vont se côtoyer des élèves de cultures différentes, des élèves qui ont connu des systèmes éducatifs très différents dans leur organisation, les valeurs transmises voire les finalités.
Les données interculturelles
L'approche interculturelle permet de créer des ponts entre les différentes cultures qui se côtoient. L'élève apprend le français à partir de ses repères culturels propres.
Les codes conversationnels
Chaque culture organise la relation entre interlocuteurs selon des règles et usages propres.
Les codes rhétoriques
La manière de mettre en ordre les informations, les idées et les arguments constitue pour un élève nouvellement arrivé une connaissance difficile à acquérir.
Littérature et approches comparatives
La littérature est une des voies d'accès privilégiées à une autre civilisation. Elle permet d'en saisir de l'intérieur les particularités et singularités. (Il est possible d'emprunter des albums bilingues au Casnav).
Il y a un parcours suffisamment particulier de l'élève nouvellement arrivé pour que celui-ci soit pris en compte.
A l'école, l'accueil ne sera pas seulement du ressort de l'enseignant de la classe mais celui de l'ensemble de l'équipe éducative.
Par accueil, il faut entendre l'écoute que chaque membre de l'équipe éducative prêtera aux conditions d'arrivée, à l'aspect familial qui ne doit en aucun cas être exclu de la résolution des problèmes de scolarité et éventuellement à l'aspect matériel des choses. Très rapidement se poseront pour l'école les questions de cantine, de fourniture de matériel scolaire, de déplacement en bus... L'équipe éducative ne pourra donc occulter complètement cette partie de l'accueil.
Deux principes :
Il s'agit de mettre en place une réflexion de l'ensemble de l'équipe pédagogique sur la prise en charge de l'élève et d'élaborer un projet individuel. Il reviendra à l'enseignant et à l'équipe éducative de faire le point sur les ressources humaines qui pourront aider à mettre en place un apprentissage de la langue, de se concerter régulièrement pour assurer une cohérence.
- Toutes les ressources internes à l’école sont mobilisées afin de mettre en place un soutien dans ces différentes disciplines. On étudiera les possibilités de prise en charge au sein des autres classes en fonction des objectifs visés.
- Il sera nécessaire d’élaborer un emploi du temps individualisé prenant en compte les besoins de l’élève et les ressources de l’établissement. Cet emploi du temps sera revu périodiquement (nécessité d’une régulation, d’ajustements progressifs).
- Prévoir un outil de liaison entre enseignants qui suivra l’élève dans toutes ses activités.
- Un travail en partenariat sera indispensable (liens avec les familles, les enseignants, les associations...).
- Pendant les premiers mois de scolarisation des ENAF, les méthodes de FLE (Français Langue Étrangère) peuvent être une aide utile et complémentaire. Le Centre de ressources documentaires du CASNAV prête gratuitement aux écoles des méthodes adaptées.
Après avoir cerné chez chaque élève ce qui est construit, ce qui est en voie de construction, il faudra définir ce qui reste à construire. Le projet de l’élève va permettre une approche pédagogique individualisée. Cette approche permettra :
Souvent, les élèves vont avancer plus vite dans certaines matières et moins vite dans d’autres. On veillera donc à respecter les rythmes d’apprentissages de chacun et à privilégier une progression souple qui permette une accélération progressive des apprentissages mais également une individualisation des vitesses de progression.
Pour ce public spécifique, il convient de mettre en place dans chaque école des moments de concertation afin de pouvoir évaluer le projet de l’élève. À l’issue de la première année de scolarisation en France, un suivi individualisé reste souhaitable. En cas d’orientation en sixième, une attention particulière sera apportée à cette transition : poursuite au collège du suivi individualisé par un enseignant référent, mise en place d'un PPRE...
Ce qu'il faut éviter
Quelques solutions s'imposent parfois à l'esprit lorsque l’on pare au plus pressé. Il arrive donc que des choix malencontreux prévalent à l'orientation de l'élève. Il faut rappeler ici-même un principe de base : le fait de ne pas parler la langue ne peut être considéré ni comme un handicap, ni même une inadaptation. Toute solution qui tendrait à inscrire, dès leur arrivée, des ENAF dans des structures spécialisées est une erreur : demande d’orientation en CLIS ou SEGPA par exemple.
Grilles et exemples de projets individuels
Grille projet individuel en primaire
[2 pages - 94 ko]
Grille projet individuel pour le primaire ou le secondaire
[2 pages - 41 ko] /
[2 pages - 80 ko]
Exemples de projets individuels
Élève de 6 ans 1/2 originaire de Bosnie. À son arrivée en France, cet élève a été scolarisé en CP. Cet élève n'a jamais été scolarisé auparavant.
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Élève de 8 ans originaire du Cap-Vert. Cette élève n’a été scolarisée qu’après 6 mois de présence en France. Elle ne semble pas avoir bénéficié d’une scolarité suivie auparavant.
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[4 pages - 42 ko]
Élève de 8 ans originaire du Portugal. Cette élève a été scolarisée régulièrement dans son pays d’origine. Les documents scolaires remis par la famille attestent d’un bon niveau général.
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[4 pages - 42 ko]
Élève de 9 ans, Rom du Kosovo. Cette élève a séjourné en Allemagne puis en France. Elle a été scolarisée dans la région parisienne, dans le Bas-Rhin puis en Moselle mais de manière très irrégulière : les compétences de fin de cycle 2 ne sont pas acquises.
[5 pages - 56 ko] /
[5 pages - 116 ko]
Une des principales problématiques professionnelles que pose la scolarisation des ENAF est la gestion de l’hétérogénéité. La présence d’un ou plusieurs ENAF dans la classe ne crée pas l’hétérogénéité mais l’accentue. Ce sont des élèves qui :
- ont commencé un parcours scolaire ailleurs ;
- prennent en cours de route un chemin déjà commencé ;
-
continuent à apprendre en fonction de ce qu’ils sont et de l’accueil qui leur est fait.
« L’enfant n’est pas une tasse vide, il a déjà des compétences qu’il peut transférer. Il faut l’aider à les mobiliser. »
Michèle Verdelhan-Bourgade
Une prise en charge spécifique reste indispensable : pour les enseignants, il s’avère impossible d’enseigner le même programme quel que soit le parcours antérieur de l’élève. La différenciation pédagogique va être une réponse à l’hétérogénéité des élèves. Mettre en œuvre la différenciation pédagogique et l’individualisation des apprentissages, c’est accepter de faire varier :
- le cadre et les contraintes matérielles
- le contexte
- les types de situation
Afin de tenir compte de la spécificité de la situation des élèves nouvellement arrivés en France, il est souhaitable d’adapter les critères de notation. Une évaluation formative de la production de l’élève sera privilégiée.
« Savoir se débrouiller à l’oral dans des situations de communication courante, mobiliser un lexique simplifié mais approprié et quelques structures syntaxiques de base ne signifient pas que l’on puisse réussir à l’école. La langue d’enseignement est un médium incontournable d’accès à toutes les disciplines du fait de l’existence d’une communication spécifique à la communauté scolaire : c’est une langue de concepts, de la distance, du récit, des savoirs. » RAFONI, Jean-Charles, Apprendre à lire en français langue seconde, L'Harmattan, 2007.
Importance des compétences de lecture
Les compétences de lecture et d’écriture vont être décisives pour la réussite scolaire de tous les élèves à l’école, au collège et au lycée.
Il ne suffit pas d’assembler les lettres pour comprendre et lire le sens d’un mot. Les difficultés inhérentes à l’apprentissage de la langue maternelle le seront davantage encore en langue seconde puisqu’un élève non francophone n’a pas à l’oral la maîtrise phonologique et syntaxique du français. Il ne dispose pas des mêmes références culturelles, ni du lexique approprié.
« Le traitement sémantique de l’écrit est essentiellement commun à l’activité de lecture dans toutes les langues. Il n’en est pas de même du traitement linguistique. » (Jean-Charles Rafoni)
Cas des élèves qui ont déjà appris à lire dans une langue alphabétique
- Des élèves qui ont besoin d’apprendre les spécificités du code écrit français.
-
Des élèves qui ont déjà compris le principe alphabétique.
-
Des élèves qui ont déjà compris que l’écrit code essentiellement les sons de la langue.
Cas des apprentis lecteurs ou lecteurs experts dans leur propre langue sur caractères non latins (alphabet arabe, tamoul, khmer, idéogrammes chinois, kana japonais...)
Ces élèves ont acquis des stratégies de lecture mais doivent réapprendre à lire dans notre système alphabétique. L’apprentissage initial du code sera indispensable.
Cas des élèves non lecteurs dans leur langue d’origine
Ces élèves sont parfois confrontés pour la première fois à un encodage de la langue. Souvent, ils n’ont que très peu bénéficié de l’initiation préalable aux activités graphiques, aux jeux de langues, aux activités de conscience phonologique. Pour eux, l’entrée dans la culture écrite va être un véritable enjeu. La plupart des méthodes de lecture sont conçues pour des élèves natifs et monolingues. La langue y est considérée comme acquise. Pour aider l’élève non francophone non lecteur, l’enseignant devra agir sur plusieurs aspects de la lecture :
Outils
RAFONI, Jean-Charles. Apprendre à lire en français langue seconde : résumé de la conférence donnée au CASNAV-CAREP, le 15 octobre 2008.
Exemple d'exploitation d'un album
- John Chatterton détective, de Ivan POMMAUX.
[pdf - 11 pages - 76 ko]
Exemple d'exploitation d'un album dans le cadre de l'aide personnalisée auprès d'ENAF.
- La vache musicienne, de Geoffroy DE PENNART.
[pdf - 36 pages - 324 ko]
Utilisation des manuels scolaires : de l’objet d’apprentissage à l’outil d’apprentissage.
L’utilisation de manuels scolaires peut mettre l’élève en difficulté de lecture et de compréhension. En effet, souvent le niveau des élèves est mis en cause sans penser qu’ils doivent mettre en œuvre une multiplicité de savoirs pour entrer dans ces manuels. Les obstacles sont multiples car l’élève est confronté à des interactions de codes multiples :
- difficultés méthodologiques (utilisation de cartes, plans, tableaux...) ;
- difficultés linguistiques (des termes parfois polysémiques : mots connus dans une certaine acception mais qui prennent un autre sens dans un domaine spécifique, une syntaxe souvent très complexe, des structures linguistiques spécifiques pour chaque type de texte...) ;
- confusions référentielles : complexité des illustrations... ;
- confrontation à un condensé d’informations sans connaissance préalable, difficultés pour repérer et hiérarchiser les informations.
Il s’agit dans les différentes disciplines de travailler sur et avec le manuel scolaire afin de développer :
- des savoirs (lexique spécifique, différents champs sémantiques d’un mot...) ;
- des savoir-faire (traiter l'information, se documenter, expliciter ses démarches...) ;
- des savoir-être (exercer un regard critique, être curieux face à un document...).
Exemple des mathématiques
Les mathématiques sont une des premières activités où l’ENAF peut être totalement intégré dans la classe.
Il existe, pour les mathématiques, un document qui regroupe des exercices d'évaluation du niveau cours élémentaire à la troisième, en 27 langues (ces évaluations sont disponibles au CASNAV). Cette évaluation de départ en mathématiques peut permettre de situer l’ENAF par rapport à sa classe. Pour les élèves qui n'ont pu effectuer l'ensemble des exercices du niveau estimé, il est utile de proposer quelques exercices des niveaux inférieurs pour mieux repérer les acquis réels. Deux cas sont possibles :
- L’élève a plus ou moins le niveau de sa classe : dans ce cas, le travail portera essentiellement sur le vocabulaire spécifique des mathématiques.
- L’élève n’a pas le niveau de sa classe (cas des enfants peu scolarisés antérieurement). Il s’agit alors d’adapter les connaissances de l’enfant (qui sont souvent importantes) aux exigences scolaires.
Le langage des mathématiques n’est pas universel. La part du français reste importante.
En mathématiques, l’explicitation scolaire est le garant de la maîtrise du concept en jeu, atteste des acquis, son absence est alors l’indice d’une ignorance. Il y a complémentarité entre compétences mathématiques et linguistiques. Dans tous les cas, le langage mathématique va constituer un point de départ pour élargir les connaissances linguistiques des élèves autant que pour les accompagner sur le chemin de l’abstraction.
Quelques pistes :
-
Donner une place privilégiée à l’oral dans l’activité mathématique.
-
Construire un lexique pour appréhender la polysémie de certains termes (sens différent en mathématiques et dans la langue du quotidien : face, table...).
- Vérifier individuellement la compréhension des consignes données.
- Utiliser la médiation du jeu.
Les enseignants de langue et culture d'origine (ELCO)
Accueillir et scolariser des enfants venant de l’étranger, des « nouveaux arrivants », impose à l’École de mobiliser toutes les ressources dont elle dispose. Il en est une qui ne doit pas être oubliée, celle constituée par les enseignants de langue et culture d'origines. Qui, mieux qu'eux, pourraient être plus à même de remplir un rôle de médiateur et ainsi faciliter la communication entre écoles et familles arrivant de l'étranger, dimension si importante dans les premiers temps de la découverte de l'école, voire de son environnement ?
On pense spontanément — et à juste titre — que ces maîtres peuvent être des traducteurs en qui on peut avoir totalement confiance ; néanmoins, leur rôle peut — et doit — aller bien au-delà.
Enseignants à part entière, membres des équipes pédagogiques, ils connaissent le fonctionnement de l'école française et ses exigences ; ainsi, ils peuvent dissiper immédiatement de nombreux malentendus et constituer des référents précieux pour les enseignants et les familles.
L'accompagnement à la scolarité
Les associations d’accompagnement à la scolarité peuvent aider les élèves en dehors des heures scolaires. Leurs champs d’intervention :
Conçu par la Division des Langues vivantes du Conseil de l’Europe, le Cadre européen commun de référence pour les langues est un instrument qui répond à la politique linguistique du Conseil de l’Europe. L'idée générale du Cadre est d'arriver ainsi à une conception cohérente de l'enseignement des langues centré sur l'apprenant qui prenne en compte les buts et les objectifs de cet enseignement, son contenu, les expériences d'apprentissage et l'évaluation. Le Cadre propose un ensemble de « 6 niveaux communs de référence » qui permettent la reconnaissance des compétences et de la qualification de chacun en langues vivantes au-delà du mode d’apprentissage ou des spécificités éducatives du pays dans lequel elles ont été acquises. Les 6 niveaux communs de référence vont du niveau A1, permettant une communication minimale au niveau C2.
À consulter
Le Cadre européen commun de référence pour les langues :
http://www.coe.int/t/dg4/linguistic/CADRE_FR.asp
Mon premier portfolio, en ligne sur le site des éditions Didier
Le portfolio européen sur le site du Conseil de l'Europe
Exemple de livret de suivi : niveau école élémentaire
[8 pages - 88 ko]
Progression niveau DELF A1 :
[3 pages - 115 ko]
D'autres progressions, en ligne sur notre site
Inspection académique de Meurthe-et-Moselle
Dossier d'affectation des élèves nouvellement arrivés
Inspection académique des Vosges
- Procédure pour la scolarisation des ENAF
- Projet individuel 1er et 2nd degrés
- Fiche navette pour le suivi
En ligne sur le site de l'IA88 (Rubrique « Information » -> « Nouveaux arrivants - Enfants du voyage »).