[ CASNAV-CAREP de Nancy-Metz ]
Mise à jour : septembre 2006
Jéhona et Valmira sont arrivées dans ma classe de CE2 ne parlant
pas français et n'ayant jamais fréquenté l'école
dans leur pays (le Kosovo).
Au début, j'ai donné quelques jeux de motricité fine, du coloriage assez difficile avec des choix de couleurs prédéterminées, des copies de dessins, des jeux de discrimination visuelle. Après leur avoir montré deux ou trois exemples, elles pouvaient travailler en relative autonomie. Leur capacité de concentration était très courte pour ne pas dire éphémère.
Puis nous avons débuté un travail de GS / CP au niveau du graphisme, de la lecture et des mathématiques avec en parallèle des jeux / exercices issus des cours d'anglais CM2 que j'avais aménagés en français.
Afin de réussir le volet intégration des enfants, je n'ai pas voulu qu'elles soient sorties de la classe. Au début, elles étaient installées ensemble pour permettre quelques échanges dans leur langue maternelle. Puis, je les ai installées à côté d'autres camarades mais elles retravaillaient ensemble lorsqu'elles étaient assistées de l'aide-éducateur (1 heure, 3 fois par semaine). Elles ne sont sorties de la classe que chaque mardi pendant 1 h 30 pour travailler avec une enseignante spécialisée "enfants migrants".
Beaucoup de manipulations et de jeux ont été nécessaires pour arriver enfin à quelques progrès avec des moments de totale régression. Pas très facile à vivre pour moi !
Difficile fut l'intégration. Etant dans une zone ZEP, les élèves - surtout ceux en difficultés - m'ont vite fait comprendre par leurs comportements et leurs réflexions qu'ils n'appréciaient pas que je leur consacre moins de temps. Mais, ainsi ils ont appris l'autonomie et la tolérance.
A l'extérieur de la classe, il fut aussi difficile de faire accepter les différences vestimentaires et culinaires. Jéhona et Valmira n'acceptaient pas non plus que des Albanais les regardent. Tout un travail au niveau de la liberté en France a dû être fait au sein de la classe.
Je crois que ce challenge que fut l'intégration de ces deux enfants dans notre classe de 24 élèves a vraiment été bénéfique pour chacun d'entre nous.
Michèle Chabanois