Accueil  »  Nouveaux arrivants   »  Témoignages  »  L'accueil d'un enfant non francophone en maternelle

[ CASNAV-CAREP de Nancy-Metz ]

Accompagnement d'un élève non francophone

Témoignages : L'accueil d'un enfant non francophone en maternelle

Mise à jour : septembre 2006



J'accueille dans ma classe de maternelle à Woippy, un primo-arrivant turc de quatre ans. Sa famille qui a transité par l'Italie avant de venir s'installer provisoirement en France, est actuellement hébergée dans une famille de la communauté turque du quartier. La maman de cette famille d'accueil, parfaitement francophone, joue un grand rôle pour la communication avec la maman de Muhammet. Elle joue le rôle d'interprète et accompagne la maman dans la classe, au moment de l'accueil, pour rester avec son enfant et jouer avec lui. L'intégration de Muhammet à l'école et à la classe a été perturbée par un retour en Italie d'une durée de un mois (octobre), pour régularisation de papiers.
Revenu dans la classe début novembre, après un premier passage éclair d'une semaine en septembre, voici la manière dont s'est fait l'accueil.


La mise en confiance et l'intégration dans la classe

Il a été primordial de travailler sur la découverte du monde scolaire, de ses règles de fonctionnement, ses habitudes, ses rites, ce qui est difficile et long pour Muhammet qui n'avait jamais été scolarisé auparavant.
C'était sa première rentrée à l'école, sa première rupture avec le monde familial, avec la culture et la langue turques, dans un contexte incertain et chaotique .
Les premières réactions de Muhammet face à ce monde inconnu ont été assez violentes : pleurs, colères, coups de pied, chaises renversées, tentatives de fugue…, ceci pendant une à deux semaines, puis progressivement, l'enfant s'est calmé et a commencé à prendre des repères dans l'espace et dans le temps.


Une aide précieuse, un tutorat spontané

Mirac, une petite fille turcophone, ayant appris à parler français à l'école, a spontanément été vers Muhammet, pour le calmer, lui parler, l'aider et le soutenir . Ces deux enfants se sont choisis et trouvés . (Mirac était dans la même situation que Muhammet il y a un an).
J'ai autorisé et encouragé ce tutorat spontané, qui se concrétise souvent par des échanges en turc entre les deux enfants, en demandant à Mirac si elle était d'accord pour expliquer à Muhammet quelques règles de base de la vie de la classe, surtout au cours des deux premières semaines . (Exemple : Muhammet a tendance à déchirer les livres en les manipulant). J'ai systématiquement, à la suite de Mirac, verbalisé ces règles et consignes en français, gestes à l'appui.


Une valorisation, une aide individualisée

Pour communiquer avec Muhammet sur les consignes de base et pour désigner les objets qu'il manipule, j'essaie chaque jour, de manière individuelle (sur le temps de l'accueil, au moment de l'habillage, du rangement après les activités, lors des activités motrices en salle de jeux…) de lui expliquer, gestes à l'appui, les règles de fonctionnement de l'école et de la classe et nommer les personnes et les objets qui l'entourent ( ses vêtements, les objets de la classe, les jeux, les livres…).
Muhammet est très coopératif et accepte de répéter mots et petites phrases, s'amuse même avec les sonorités de cette langue inconnue (il produit des variations sonores très riches).


Une intégration dans les activités collectives de la classe et une explicitation à l'ensemble des élèves

Le reste du temps, Muhammet est intégré dans les activités habituelles de la classe. J'ai pris soin de le placer dans le même groupe que Mirac, ce qui l'a rassuré et a entraîné son acceptation, au bout d'un mois environ, de participer à l'organisation du travail en ateliers. Parfois, Muhammet s'isole et ne veut pas s'installer avec les autres enfants . Je ne le force pas mais exige de lui du calme : il a le profil d'un "enfant bolide", agité et bagarreur, qu'il est nécessaire de canaliser, comme tout autre enfant.
Souvent, il intègre les activités en cours de réalisation, une fois qu'il a vu concrètement ce qui se mettait en place : il ne refuse pas de participer mais, faute de pouvoir comprendre, il se met à distance . Cette attitude, de moins en moins fréquente, ne gêne pas les autres enfants parce qu'on en parle ensemble, on en discute .


Bilan au mois de décembre, après deux mois de fréquentation

- Bonne socialisation de Muhammet, qui s'est trouvé de nombreux amis
- La langue ne constitue pas un obstacle majeur au partage des jeux et des activités entre les enfants, d'autant plus que Muhammet s'avère très sociable et … bagarreur.
- C'est la communication, l'envie de jouer ensemble qui est première, aux dépends de l'emploi du code linguistique dont les enfants n'ont pas forcément besoin dans ces situations.
- Muhammet accepte facilement de répéter les mots, les consignes très courtes, les comptines et les chants … Il est en phase d'emmagasinage, de bain de langue française . Spontanément, ce qu'il verbalise en français, ce sont les mots maîtresse, Monique (l'aide maternelle), les prénoms des autres enfants, maman, quelques mots liés aux thèmes saisonniers (Saint Nicolas, Père Noel, un titre de livre..) , des bribes de comptines et de chants et… les gros mots ! ! ! J'ai été très surprise lorsque des enfants de la classe nous ont appris que Muhammet leur disait des gros mots, dans le couloir ou dans la cour.
Il participe aux échanges langagiers habituels de la classe, en posture d'écoute et de réception : moments de prise de parole libre, échanges à propos d'un livre, d'un événement, d'une activité…, mémorisation de comptines et de chants, échanges entre enfants dans le coin bibliothèque, avec des albums, des marionnettes ou leur cahier de vie, verbalisation d'activités de découverte et de jeux…
- En ce qui concerne les activités et consignes scolaires, Muhammet ne comprend pas encore ce qui lui est demandé et a tendance à barbouiller ses feuilles. Progressivement, il réussit des petites manipulations ou exercices portant sur une consigne courte et simple, surtout par imitation et observation des autres enfants. Dans ces cas, de plus en plus nombreux, nous l'encourageons (les enfants de la classe et moi-même) et le félicitons.
- En ce qui concerne les activités de langage en petits groupes, Muhammet n'est pas suffisamment stable et n'est pas capable d'écoute et de concentration pour accepter d'entrer dans des activités plus structurantes . Je le laisse prendre ses repères (il en a encore besoin) et faire des découvertes librement.


Perspectives de travail pour janvier

- structuration et régulation du comportement au sein des règles de vie collective de la classe ;
- intégration dans un petit groupe de besoin en langage (avec deux autres enfants en difficultés d'expression) pour travailler des activités plus structurantes en terme de code linguistique .

Catherine Colnot
Enseignante à mi-temps dans une section de moyens-petits à Woippy
Formatrice à mi-temps au CASNAV-CAREP de Nancy-Metz

Centre académique pour la scolarisation des nouveaux arrivants et des enfants du voyage
Centre académique de ressources pour l'éducation prioritaire
Rectorat Nancy-Metz (site Saurupt) 28, rue de Saurupt, 54000 Nancy
Tél : 03 83 86 27 33 - Fax : 03 83 86 27 14 - Mél :
|     |