[ CASNAV-CAREP de Nancy-Metz ]
21 novembre 2001
Résumé
de l'intervention de Philippe Boisseau, IEN, auteur, entre
autres, de l'ouvrage « Introduction à la pédagogie
du langage en maternelle ».
Résumé établi par Catherine
Colnot, CASNAV-CAREP de Nancy-Metz.
La construction du langage du petit enfant se réalise essentiellement
dans l'interaction adulte/enfant ou enfant/enfant, lorsque se
côtoient des petits et des plus grands, où les phénomènes
de confrontation et de contamination font monter progressivement le niveau
de langage.
Gérer des activités langagières chez de jeunes enfants
mobilise deux types d'objectifs :
- des objectifs de quantité ;
La prise de parole en grand groupe est fondamentale. Il faut permettre à
tout le monde de pouvoir s'exprimer, et protéger les faibles parleurs
des « leaders qui envahissent le groupe » ;
- des objectifs de qualité ;
L'intervention de l'adulte est fondamentale. Le feed-back reprend et reformule
l'émission langagière de l'enfant dans une syntaxe modélisante,
acceptable à l'oral.
Une relance contenant quelques mots du type « Ah oui ?
ah bon ? et alors…. Tu es sûr ? »
ou la reprise des deux, trois derniers mots de l'enfant, sont plus productives
qu'une grande quantité de questions fermées, qui appellent
une réponse sous forme d'un simple mot ou d'un syntagme.
Les modalités d'organisation pour interagir le plus efficacement possible sont :
- l'échange inter-individuel ;
- le petit groupe de 5 à 7 enfants, dont 2 à 3 en difficulté,
à faire fonctionner au moins une fois par semaine.
Un exemple d'interaction enfant / adulte, avec un enfant de 3 ans.
E : « Cassée voiture »
A : « Elle est cassée ta voiture … (feed-back)
Et pourquoi elle est cassée ? » (relance).
Pour qu'elle soit efficace, l'interaction avec l'adulte doit se structurer autour :
- d'une reformulation (feed-back) ;
- d'un questionnement ouvert qui appelle un certain type de construction
syntaxique (relance). La réponse attendue dans cet exemple est de
type argumentatif, avec l'emploi de « parce que… ».
L'adulte doit essayer de poser un feed-back :
- au niveau (syntaxique, lexical…) de l'émission du locuteur ;
- en fonction de ce dont il est capable d'exprimer et de comprendre.
C'est la « théorie de l'escalier », où l'adulte doit essayer de situer l'interaction juste une marche au dessus des possibilités langagières actuelles de l'enfant .
Réception et émission d'un message oral.
Les enfants en savent toujours plus en réception qu'en émission.
Il est donc indispensable de faire alterner deux modèles de feed-back :
- un modèle à la portée de l'enfant ;
- un modèle oralisé, légèrement au dessus des
possibilités langagières de l'enfant (exemple : la lecture
d'une histoire).
La conquête de l'oral.
Exemple de deux émissions langagières, d'enfants de 5 ans,
produites à partir de la même situation :
E1 : « Moi j'veux dire que quand on va aller chez les correspondants, j'vais pouvoir faire du vélo parc'qu'em dit sur la bande qu'e va'm prêter l'sien, ma correspondante. »
E2 : « Moi i faire du vélo. I dire ça. »
La comparaison de ces deux émissions nous permet de dégager 3 objectifs de conquête des structures syntaxiques de l'oral :
- la conquête de la diversité des pronoms ;
Il est indispensable de faire progresser l'enfant 2 sur la qualité
et la diversité des pronoms, marqueurs identificatoires du discours
oral .
Outils :
- les albums « Moi, je », à partir de photographies
d'un seul enfant en situation .
Exemple : « Moi, je mange un gâteau. »
- les albums échos, à partir de photos ou de dessins représentant
plusieurs enfants dans des situations vécues en motricité
en salle de jeux ou en motricité fine (activités de manipulation)
.
Exemple : « Samir, il grimpe à l'échelle ;
Mélissa, elle glisse sur le toboggan ».
- la conquête du système temporel ;
L'enfant 1 possède le système à 3 temps : présent, futur aller (on va faire..) et par conséquent le passé composé ainsi que le futur dans le futur (quand on va aller…., je vais pouvoir faire…), alors que l'enfant 2 ne possède que l'infinitif .
Outils :
- des photos des différentes activités de la journée,
qui permettent ce travailler sur une frise chronologique (maintenant
on fait ça, avant on a fait ça, après on va faire ça
….).
- la conquête de la complexité des phrases ;
La construction des phrases complexes se produit par essais et tentatives.
Le rôle de l'adulte est de reformuler, sans pour autant entrer dans
un modèle académique, qui correspond plus à une forme
oralisée de la langue écrite qu'à une production orale.
Outils :
- des jeux de langage. Exemple pour introduire la relative avec « où »:
jeu des maisons, extérieurement toutes semblables mais se différenciant
par les évènements qui s'y déroulent (système
de portes et fenêtres à ouvrir).
Deux autres niveaux sont également à travailler :
- la diversification des prépositions ;
- la concentration : sans en faire un objectif prioritaire de l'oral, l'adulte
peut tenter de faire réaliser l'effacement des « y'a
qui… »et des pronoms « i... »
pour aider les enfants à académiser leurs productions.
Bibliographie
BOISSEAU, Philippe. Introduction à la pédagogie du langage : maternelle, soutien et rééducation cycle 2. Tome 1. Rouen : CRDP de Haute-Normandie, 1996. 325 p.
BOISSEAU, Philippe. Introduction à la pédagogie du langage : maternelle, soutien et rééducation cycle 2. Tome 2. Rouen : CRDP de Haute-Normandie, 1997. 228 p.
BOISSEAU, Philippe. Introduction à la pédagogie du langage : maternelle, version abrégée. Mont-Saint-Aignan : CRDP de Haute-Normandie, 2001. 182 p.
A paraître : Pédagogie du langage pour les 3 ans au CRDP de Haute-Normandie.