[ CASNAV-CAREP de Nancy-Metz ]
26 - 27 mars 2002
Résumé
des interventions (stage de formation et conférence) de Marie-Nicole
Rubio, rédactrice en chef à Strasbourg de la revue
Le Furet.
Résumé établi par Catherine
Colnot, CASNAV-CAREP de Nancy-Metz.
En France, la problématique de l’intégration de la petite enfance n’est pas récente. Historiquement, l’école maternelle a joué un rôle de passerelle entre l’école et les familles populaires, puisqu’à ses débuts, elle accueillait exclusivement les enfants des classes « laborieuses », dont les mères travaillaient à l’extérieur. Il s’agissait de soulager les familles de la partie matérielle et éducative et de former de futurs citoyens, tout en protégeant les enfants de l’influence néfaste de l’environnement extérieur et familial(vocation d’abri social) .
La IIIe République a introduit une rupture, après
la Première Guerre mondiale, en élargissant progressivement
le public accueilli en école maternelle à toutes les couches
sociales de la population.
C’est un domaine partagé entre trois administrations de tutelle :
- le Ministère des Affaires Sociales (crèches, haltes garderies,
nourrices, lieux d’accueil parents/ enfants…)
- le Ministère de la Jeunesse et des Sports (centres de loisirs sans
hébergement )
- le Ministère de l’Education Nationale (écoles maternelles)
L’enfant de 2 ans a des spécificités qu’il faut
connaître et prendre en compte.
L’adulte a le rôle difficile d’accompagner et de stimuler
cette période clé de construction de l’identité,
de développement cognitif, de relation sociale et d’intense
exploration du monde, par la motricité, le langage, l’imaginaire
et l’expérimentation.
Or, pour éduquer, il faut poser des limites, installer des repères
donc de la sécurité, dans une dualité permanente interdiction
/ autorisation.
La première séparation avec la famille est souvent vécue
douloureusement par les enfants et les parents. Afin de limiter les pleurs,
les cas de mutisme ou d’isolement, la non adhésion au groupe
et aux activités, il convient d’aménager la rupture,
tout en prenant en compte la famille et son histoire.
Prendre en charge des tout petits exige de réunir les conditions
d’un accueil adapté, ce qui nécessite un aménagement
de l’espace et des rythmes, mais aussi :
- Accepter que l’enfant ne maîtrise pas complètement ses sphincters. Physiologiquement, un enfant capable de monter et descendre des escaliers en est capable, mais psychologiquement, beaucoup de fantasmes sont encore liés aux excréments.
- Accepter la nature du relationnel instauré par l’enfant de 2 ans, qui se construit à la fois en lien et en opposition à l’autre, ce qui implique de proposer des situations de travail en groupes ponctuelles et courtes.
- S’appuyer sur l’imitation et l’imaginaire, qui sont des modalités d’apprentissage aussi structurantes que le cognitif.
- Travailler sur le registre du corporel, d’exploration des possibilités motrices, pour permettre la construction progressive de l’image du corps et du schéma corporel.
- Aménager des temps de pause tout au long de la journée: une récréation à heure fixe n’a pas de sens pour un petit de 2 ans, qui alterne en permanence périodes d’hyper activité et périodes de repos.
- Permettre l’exploration du monde et l’expérimentation, sous forme de stimulations, de propositions que les enfants prennent à leur compte ou refusent s’ils ne sont pas prêts.
- Travailler en situation de communication sur la structuration du langage et de l’expression.
L’ouverture de deux champs complémentaires dans la prise en charge de la petite enfance
L’intervention conjointe de deux professionnels de la petite enfance:
enseignant et éducateur de jeunes enfants (EJE), qui ont des représentations
différentes de l’enfant de 2 ans, devrait garantir la mise
en place d’un accueil plus adapté de l’enfant et de sa
famille.
En outre, pour grandir, l’enfant a besoin de ruptures, mais il est
nécessaire de les aménager.
C’est pour permettre une socialisation progressive et une séparation
en « douceur » de sa famille qu’ont été
imaginés et conçus les structures et dispositifs passerelles.
Ils sont expérimentés dans le cadre d’une politique
d’action en faveur des familles populaires et/ou immigrées,
dont les enfants n’ont jamais fréquenté de structures
d’accueil collectives de la petite enfance et qui, à l’occasion
de leur première rentrée à l’école, passent
sans transition du milieu familial ou communautaire au groupe classe.
Il n’existe pas de modèle général pour
les passerelles: structures et dispositifs sont à contextualiser.
Le rapport Gossot / Villain [1] réalisé
au cours de l’année 2000, qui établit un bilan qualitatif
et quantitatif des passerelles pour les 2-3 ans, montre la grande diversité
des formules.
A côté des classes passerelles, véritables classes intégrées
aux écoles maternelles, existent « des structures passerelles
riveraines de la maternelle », dont les lieux et initiatives passerelles.
Le tableau annexé synthétise les caractéristiques de ces différentes formes de passerelles.
Le point commun, c’est leur double ancrage à la fois dans l’école et dans la famille.
Les passerelles ont pour ambition de construire avec les familles une relation
de co-éducation, où les parents par leur présence et
leur implication trouveront dans les ressources et les pratiques des professionnels
(enseignants et professionnels de la petite enfance) de quoi alimenter leurs
propres conduites éducatives et construire des repères : autoriser,
interdire, punir, accompagner les découvertes des petits, partager
avec eux des activités culturelles autour des jeux, des livres, de
la communication…
- Contrat enfance : Le financement des passerelles peut être recherché, dans un premier temps, avec les communes qui ont signé un contrat enfance avec la CAF (Caisse d’Allocations Familiales) .Ce contrat donne la possibilité de mettre à disposition un éducateur de jeunes enfants, employé d’une collectivité locale (municipale) pour intervenir dans une passerelle.
- Protocole d’accord interministériel entre l’éducation nationale, les affaires sociales et jeunesse et sports ( 1991) : il prévoit la mise en place et le financement de lieux d’accueil innovants pour les 0-6 ans grâce à une complémentarité des professionnels de la petite enfance et des familles.
- Recherche d’autres financeurs : la DIV (Direction Interministérielle de la Ville) ainsi que le Conseil Général peuvent être également sollicités.
- Convention : il est indispensable d’établir une convention,
assortie d’un protocole d’évaluation, entre les différents
partenaires, pour les classes et lieux passerelles.
[1] Rapport Gossot / Villain commandé par l’IGEN (Inspection Générale de l’Education Nationale) et l’IGAS (Inspection Générale des Affaires Sociales) intitulé : « Les dispositifs passerelles : de la famille et des lieux de garde à l’école maternelle ».
Pour aller plus loin : Documents disponibles au CASNAV-CAREP de Nancy-Metz- DUPRAZ, Luce. Le temps d’apprivoiser l’école : lieux et actions passerelles entre les familles et l’école maternelle. Paris : Fondation de France, 1995.
- Rapport sur les dispositifs passerelles : de la famille et du lieu de garde à l’école maternelle. Rapport présenté par Daniel Villain et Bernard Gossot. Paris, MEN, novembre 2000.
- ADAMCZYCK, Elisabeth. « La passerelle des deux ans », Le Furet, août 1997,n°23,pp 21- 23
- MOYEN, Simone. Passerelle pour les enfants, passerelle pour les parents, Le Furet, mai 2000, n°31, pp.44-45.
- 3 petits pas, 3 ponts, une chance pour les enfants, un soutien pour les parents, classe passerelle de Roubaix, vidéo en consultation.
- Passerelle des 2 ans de Saint Jean Laruelle, structure passerelle de la banlieue d’Orléans, IUFM d’Orléans, vidéo en consultation.
Annexe : Les caractéristiques des différentes
formes de passerelles.
| Classe passerelle | Structure passerelle | Initiative passerelle | |
|---|---|---|---|
| Localisation | Une classe spécifique localisée dans une école maternelle | Un appartement ou une salle localisés à
proximité de l’école maternelle ou éventuellement
dans l’école maternelle ou un centre social |
Lien entre 3 pôles : - école maternelle -structures d’accueil de la petite enfance - familles |
| Horaires et Rythmes | Calés sur le rythme et le temps scolaire | Continuité d’accueil : mercredis,
pendant les vacances scolaires… |
Variables selon les modalités de fonctionnement |
| Personnel intervenant | - 1 enseignant (temps complet ou partiel ) - 1 EJE (temps complet) - intervention permanente ou ponctuelle d’autres partenaires : ATSEM, PMI, aide éducateurs … |
- 1 enseignant mis à disposition par l’Education
nationale à mi-temps, uniquement sur le temps scolaire - 1 EJE à temps complet |
Partenariat, dans le cadre d’actions spécifiques, entre l’équipe éducative de l’école maternelle, des professionnels de la petite enfance du secteur et les familles |
| Effectifs | Un groupe d’enfants de 2 ans, en effectif limité ( 15 à 20), fréquente la classe passerelle pendant toute la durée de l’année scolaire. | Concept de l’enfant prêt : le nombre de places est fixe (15 enfants) mais le groupe accueilli n’est pas stable. Les enfants peuvent sortir en cours d’année pour intégrer l’école maternelle lorsqu’ils sont estimés prêts. |
Effectif habituel de la classe. Possibilité de former des petits groupes pour les échanges. |
| Critères d'accueil et aménagement de la scolarité | Critères retenus dans la
plupart des cas : - pas de fréquentation préalable (entre 0 et 2 ans) de structures d’accueil collectives de la petite enfance - contractualisation avec les parents : - fréquentation régulière- engagement à accompagner et venir chercher l’enfant à l’école tous les jours - présence obligatoire au moins deux demi-journées dans la classe ou le lieu passerelle - droit de rester avec les enfants pendant l’accueil du matin et les après midis - partage avec les enfants de certaines activités éducatives autour des jeux, des livres, du langage… - pas d’exigence de propreté |
- Aménagement du temps ( rentrée, rythmes de l’enfant…)
et de l’espace - Accueil ponctuel ou permanent des parents ( accueil du matin, goûters, activités…) - Intervention (ponctuelle) de professionnels de la petite enfance auprès des enfants en classe - Aide et accompagnement des enfants et des parents à la séparation |
|
| Modalités de fonctionnement | Ateliers éducatifs proposés conjointement
par l’enseignante et l’éducatrice de jeunes enfants,
auxquels participent régulièrement, mais ponctuellement,
les parents. Exemple : classe passerelle de Roubaix ( 3 petits pas,3 ponts) |
Matin :Passerelle Après midi : Lieu d’accueil parents / enfants Exemple : structure passerelle de la banlieue d’Orléans (Saint Jean Laruelle) |
Modalités variées : - Présence auprès des familles à l’école - Actions ou échanges préparant enfants et parents, ensemble et séparément, à la scolarisation - Passerelles (activités communes, échanges, visites…) entre modes d’accueil et école maternelle |