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Note d'intention de NICOLAS KLOTZ
La nuit est-elle plus noire là-bas ?

Je t'entends sourire

Encore une nuit ?

Laquelle ? Lesquelles, puisqu'il semble y en avoir deux ?

Une ici et une là-bas

Deux nuits qui se touchent

Qu'est-ce qu'un peuple humilié ?

Un corps maltraité ?

Un corps qui maltraite ?

Tout d'abord il y a un continent

L'Afrique

Et un autre continent

L'Europe

Ensuite un exode

Le film est chant

Un chant d'exode et d'espoir

Quatre monologues le ponctuent

Celui de Bibiche, celui de Moktar, celui de Blandine et celui de Steve

Ce sont des plaintes, des paroles qui délivrent

Qui libèrent leurs corps épuisés

Des mots grâce auxquels ils tentent de se délivrer de leurs nuits

De sortir

De voir le jour

(Territoire et déterritorialisation… je me souviens de l'ami Gilles, toujours plus présent, qui nous parle des hommes qui délirent le monde, les fleuves, les peuples, la race, l'histoire, la géographie… les films non plus, ne doivent pas être une petite affaire privée, eux aussi doivent délirer le monde, plus que jamais, vu les résultats catastrophiques des élections de ce soir !)

Ils ont quitté leur pays où ils sont en danger de mort, pour demander l'asile dans un territoire nouveau.

Dans une zone d'attente

Qui n'est qu'une zone-machine

Une zone de non-droit

Une zone dans laquelle la langue parlée n'est plus qu'une langue administrative

Une langue policière

Une langue-machine

Une langue qui nie l'existence de leurs visages

Qui ne parle plus que par paragraphes, par clauses, et par règlements

Qui s'attaque à leurs corps

Et aux corps des autres émigrants

Venus de la Palestine, de la Tchétchénie, de l'Afghanistan…

Qui sortent d'autres nuits

Et qui quittent aussi une nuit pour entrer dans une autre

Exode

Exit

Squat

Des lits dans les chambres aux fenêtres murées, où leurs corps peuvent enfin se poser

Où leurs corps endoloris et leurs peaux sombres

Respirent de nouveau

Une vie qui se réorganise entièrement autour de leurs corps

La cuisine

Le palier du deuxième étage

L'eau de la fontaine dans le cimetière

L'immeuble des femmes où les femmes vendent le plaisir

Le travail illégal qui permet d'acheter des daurades

Papi qui regarde Blandine endormie, respirer sous un tissus

Le cerisier dans la cour

Moktar dans le cerisier

Qui regarde Kary et Fanny dans la cour

Steve qui a chaud

Donatien qui fait le ménage

Blandine qui recommence à marcher, à sourire

John, Rhoubia, et tous les autres

Nouvel exode

Ou plutôt l'exode qui continue

Les machines qui attendent pour démolir le squat

Papi et Blandine vendent ces cerises au métro Belleville

50 étrangers réfugiés dorment enveloppés dans des couvertures

Ou fument debout appuyés contre un mur

Dans la rue

En attendant l'ouverture d'un bureau de domiciliation

Le soleil se lève et se couche

Frénésie du travail illégal

La sélection des corps

Porter pour manger

Papi qui transporte des sacs de plâtre

S'entasser dans des camions aux portes de Paris

Le soleil se lève et se couche

Brûlant l'horizon toujours plus peuplé de personnes déplacées

Et de langues étrangères

Les camions filent sur les routes de campagnes

Soulevant derrière eux la terre

C'est un film solaire, comme je te l'ai dit

Un film horizontal

Puisqu'il est question d'horizon