| La nuit
est-elle plus noire là-bas ?
Je t'entends sourire
Encore une nuit ?
Laquelle ? Lesquelles, puisqu'il semble y en avoir
deux ?
Une ici et une là-bas
Deux nuits qui se touchent
Qu'est-ce qu'un peuple humilié ?
Un corps maltraité ?
Un corps qui maltraite ?
Tout d'abord il y a un continent
L'Afrique
Et un autre continent
L'Europe
Ensuite un exode
Le film est chant
Un chant d'exode et d'espoir
Quatre monologues le ponctuent
Celui de Bibiche, celui de Moktar, celui de Blandine
et celui de Steve
Ce sont des plaintes, des paroles qui délivrent
Qui libèrent leurs corps épuisés
Des mots grâce auxquels ils tentent de se délivrer
de leurs nuits
De sortir
De voir le jour
(Territoire et déterritorialisation
je me souviens de l'ami Gilles, toujours plus présent, qui
nous parle des hommes qui délirent le monde, les fleuves,
les peuples, la race, l'histoire, la géographie
les
films non plus, ne doivent pas être une petite affaire privée,
eux aussi doivent délirer le monde, plus que jamais, vu les
résultats catastrophiques des élections de ce soir
!)
Ils ont quitté leur pays où ils sont
en danger de mort, pour demander l'asile dans un territoire nouveau.
Dans une zone d'attente
Qui n'est qu'une zone-machine
Une zone de non-droit
Une zone dans laquelle la langue parlée n'est
plus qu'une langue administrative
Une langue policière
Une langue-machine
Une langue qui nie l'existence de leurs visages
Qui ne parle plus que par paragraphes, par clauses,
et par règlements
Qui s'attaque à leurs corps
Et aux corps des autres émigrants
Venus de la Palestine, de la Tchétchénie,
de l'Afghanistan
Qui sortent d'autres nuits
Et qui quittent aussi une nuit pour entrer dans une
autre
Exode
Exit
Squat
Des lits dans les chambres aux fenêtres murées,
où leurs corps peuvent enfin se poser
Où leurs corps endoloris et leurs peaux sombres
Respirent de nouveau
Une vie qui se réorganise entièrement
autour de leurs corps
La cuisine
Le palier du deuxième étage
L'eau de la fontaine dans le cimetière
L'immeuble des femmes où les femmes vendent
le plaisir
Le travail illégal qui permet d'acheter des
daurades
Papi qui regarde Blandine endormie, respirer sous
un tissus
Le cerisier dans la cour
Moktar dans le cerisier
Qui regarde Kary et Fanny dans la cour
Steve qui a chaud
Donatien qui fait le ménage
Blandine qui recommence à marcher, à
sourire
John, Rhoubia, et tous les autres
Nouvel exode
Ou plutôt l'exode qui continue
Les machines qui attendent pour démolir le
squat
Papi et Blandine vendent ces cerises au métro
Belleville
50 étrangers réfugiés dorment
enveloppés dans des couvertures
Ou fument debout appuyés contre un mur
Dans la rue
En attendant l'ouverture d'un bureau de domiciliation
Le soleil se lève et se couche
Frénésie du travail illégal
La sélection des corps
Porter pour manger
Papi qui transporte des sacs de plâtre
S'entasser dans des camions aux portes de Paris
Le soleil se lève et se couche
Brûlant l'horizon toujours plus peuplé
de personnes déplacées
Et de langues étrangères
Les camions filent sur les routes de campagnes
Soulevant derrière eux la terre
C'est un film solaire, comme je te l'ai dit
Un film horizontal
Puisqu'il est question d'horizon
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