Anthony Mann - James Stewart 
Deux hommes dans l'Ouest
Les westerns d'Anthony Mann
Gérard Camy, chef de travaux (BTS Audiovisuel) au lycée Carnot de Cannes (06)
La porte du diable
Devil's Doorway Réalisation : Anthony Mann
1950. Etats Unis. 84 minutes. Noir et blanc.
Robert Taylor (Lance Poole), Paula Raymond (Anne Masters), Louis Calhern (Verne Coolhan), Edgar Buchanan (Zecke).
1950. « La porte du diable » sort en même temps que « La flèche brisée ». Tous deux s'affirment comme des plaidoyer généreux pour la réhabilitation des Indiens mais si le western de Delmer Daves laissait planer une certaine espérance, celui d'Anthony Mann (son premier) dégage un pessimisme absolu. Paré de la médaille que le Congrès lui a remise pour son attitude pendant la guerre de Sécession, le sergent Lance Poole revient dans son village natal. Il déchante vite. Les habitants le considèrent toujours comme un sale Indien. Au nom de quelques éleveurs, l'avocat Coolhan agit pour mettre légalement la main sur ses terres abritées des vents secs par la porte du diable. Malgré l'aide d'une jeune et jolie avocate, Lance comprend la révolte de son peuple. Courageux et lucide, il prend les armes et se jette à corps perdu dans un combat aussi inégal qu'inutile. Avec une grande intelligence, Mann commence par nous montrer un individu tout acquis à la cause blanche, qui veut simplement sa place dans la société américaine. Et puis peu à peu, il décrit minutieusement les ravages que la lâcheté, les combines véreuses, les insultes gratuites, les compromis douteux provoque sur cet homme sincère et droit. « La porte du diable » est un admirable poème d'amour et de sang, qui dévoile les origines du racisme en interrogeant les origines des Etats Unis.
Winchester 73
Winchester 73 Réalisation : Anthony Mann.
1950. Etats Unis. 86 minutes. Noir et blanc.
James Stewart (Lin McAdam), Shelley Winters (Lola), Dan Duryea (Waco), Stephen McNally (Dutch), Rock Hudson (Young Bull).
Western mythique, « Winchester 73 » fut un véritable coup de tonnerre dans l'univers d'un genre encore très classique. Superposant l'histoire de » l'arme qui conquit l'Ouest » et la lutte sans merci que se livrent Lin et Dutch, son frère adoptif, meurtrier de son père, Mann fait preuve d'une belle originalité narrative et stylistique. Tel un objet maléfique qui brûle tous ceux qui la touche, la Winchester volée, gagnée au jeu, récupérée sur un cadavre, passe de mains en mains, organise la structure circulaire du récit et permet au cinéaste de faire naître une réflexion particulièrement dense sur la violence et la haine, la vengeance et l'impossibilité du pardon. Stewart impose magistralement son personnage secret et cynique, séduisant et inquiétant, malheureux et agressif, guidé par une volonté tragique et mû par des souvenirs douloureux.
L'appât
The Naked Spur
Réalisation : Anthony Mann
1953. Etats Unis. 91 minutes. Couleurs.
James Stewart (Howard Kemp), Robert Ryan (Ben Vendergroat), Janet Leigh (Lina Patch), Millard Mitchell (Jesse Tate), Ralph Meeker (Roy Anderson).
Howard Kemp, chasseur de primes cynique, cupide et taciturne, Roy, un officier cassé de son grade, Jesse, un vieux chercheur d'or, ont maîtrisé Ben, un bandit et Lina la jeune fille orpheline qui l'accompagne. La route est longue au milieu de la montagne grandiose et âpre que le groupe traverse. Amas de rochers éboulés, rivières aux rapides impétueux deviennent les allégories lumineuses des dangers rencontrés et des oppositions exacerbés. Vêtu d'une veste élimée, hirsute et solitaire, le regard fatigué, James Stewart dévoile l'errance pathétique d'un homme en proie à d'inavouables tourments personnels. Derrière son cynisme apparent, son agressivité désenchantée, sourd l'humanité séduisante de ses éternels étonnements juvéniles. La quintessence du genre réduite à une somptueuse épure.
Je suis un aventurier
The Far Country
Réalisation : Anthony Mann
1954. Etats Unis. 97 minutes. Couleurs.
James Stewart (Jeff Webster), Ruth Roman (Rhonda Castle), Walter Brennan (Ben Tatem), John McIntire (Mr. Gannon).
« Cela ne me regarde pas » est la phrase principale de Jeff Webster, sans doute le plus individualiste des héros westerniens joué par Stewart sous la direction d'Anthony Mann. Borné, aveuglé par un égoïsme forcené, il refuse l'acte gratuit et ne se sent absolument pas concerné par les problèmes des autres. Il rêve simplement du ranch perdu dans l'Utah qu'il pourra acheter avec l'argent du troupeau qu'il conduit vers l'Alaska où les mineurs manquent de viande. L'excellent scénario de Borden Chase dirige peu à peu Jeff, au gré de son avancée chaotique et de ses rencontres, vers une prise de conscience. Mais il faudra la mort de Ben, son vieux coéquipier (excellent Walter Brennan), pour le décider à agir enfin pour les autres. Vastes forêts, cols dénudés et enneigés, ville embourbée, eaux claires des rivières. Cet apprentissage difficile, Mann l'accompagne comme à son habitude de paysages en accord avec ses états d'âme. Le bleu profond du ciel, le verts soutenu des feuillages, le blanc immaculé de la neige, l'ocre épais de la terre, le gris puissant des rochers enrobent cet Ouest sauvage et indompté où les hommes naissent, vivent et meurent.
L'homme de la plaine
The Man From Laramie
Réalisation : Anthony Mann
1955. Etats Unis. 104 minutes. Couleurs.
James Stewart (Will Lockhart), Arthur Kennedy (Vic Hansbro), Donald Crisp (Alec Waggoman), Alex Nicol (Dave Waggoman).
Dernier des cinq westerns tourné par Anthony Mann avec James Stewart, « L'homme de la plaine » est sans doute le plus beau (avec « Winchester 73 »). « Je voulais récapituler mes cinq années de collaboration avec lui. J'y ai repris des thèmes et des situations que j'ai poussé à leur paroxysme » expliquait le réalisateur. Le désir de vengeance est toujours le moteur de ses héros solitaires. Ainsi Will Lockhart veut retrouver les trafiquants d'armes qu'il accuse de la mort de son frère tué par des Apaches armés de carabines à répétition. Le scénario d'une rigueur exemplaire a la sombre beauté et l'éclat sauvage des tragédie classiques. Une saline blanchie par le soleil, théâtre de la souffrance de Will, capturé au lasso et traîné dans les cendres d'un feu de camp, la place carré d'un village aux maisons basses et blanches du Nouveau Mexique, lieu d'une terrible bagarre entre Will et Dave, l'un des trafiquants. Panoramique majestueux sur des plaines immenses et des cieux infinis, brusque gros plan sur un regard apeuré, une main ensanglantée : la mise en scène de Mann frôle la perfection tant l'espace et les personnages sont indissolublement liés. Quant à James Stewart, il compose un Will tourmenté et violent, déterminé à aller jusqu'au bout de sa souffrance pour découvrir la vérité. Dans son regard se bousculent la crainte, la frénésie, la douceur, le courage, l'obstination, la haine. Inoubliable.
La charge des tuniques bleues
The Last Frontier
Réalisation : Anthony Mann
1956. Etats Unis. 97 minutes. Couleurs.
Victor Mature (Jed Cooper), Anne Bancroft (Corinna), Guy Madison (capitaine Riordan), Robert Preston (colonel Marston).
La confrontation difficile des hommes avec l'espace grandiose et la nature sauvage est toujours au cour des westerns de Mann. Ils sont ici isolés dans un fort en territoire indien alors que, très loin, la guerre de Sécession fait rage. Un colonel obsédé par une victoire sur les Peaux-Rouges qui redorerait son blason aux yeux de ses supérieurs et Cooper, un trappeur vivant depuis longtemps en paix avec les Indiens vont s'opposer. Entre eux la femme du colonel qui en pince pour l'homme des bois. Le regard que porte le réalisateur sur l'armée et sa hiérarchie bornée ou servile est terrible et tout entier résumé dans la scène où Cooper, ivre, insulte les soldats au garde-à-vous et leur prédit une mort certaine. Méconnu mais passionnant.
Du sang dans le désert
The Tin Star
Réalisation : Anthony Mann
1957. Etats Unis. 93 minutes. Noir et blanc.
Henry Fonda (Morgan Hickman), Anthony Perkins (Ben Owens), Betsy Palmer (Nona), Lee Van Cleef (McGaffey).
Même sans James Stewart avec lequel il tourna cinq westerns somptueux, Anthony Mann continue d'explorer le genre avec le même bonheur, la même clairvoyance. Reprenant le thème très classique de l'initiation d'un jeune shérif inexpérimenté par un aventurier solitaire, calme et lucide, chasseur de primes au passé nébuleux, il provoque une succession de péripéties qui vont permettre au novice de s'aguerrir sous la houlette de son mentor. Ce dernier est très sensible au charme de sa logeuse, une jolie veuve tenue à l'écart par les habitants pour avoir épouser un Indien. L'ange gardien devient aussi la mauvaise conscience de la ville. Henry Fonda, qui n'a rien à envier à Stewart, est parfait tout comme Anthony Perkins, fragile, presque timide. Solidarité, amitié, noblesse de l'apprentissage, anti-racisme, le cinéaste mêle toutes ces grandes idées humanistes mais jamais au détriment de l'action et du rythme.
L'homme de l'Ouest
Man of the West
Réalisation : Anthony Mann
1958. Etats Unis. 96 minutes. Couleurs.
Gary Cooper (Link Jones), Julie London (Billie), Lee J. Cobb (Dock Tobin). Arthur O'Connell (Sam).
Link , un homme solitaire revient dans son village natal en chemin de fer. Le convoi est attaqué par une bande de malfrats dont le chef n'est autre que son oncle qui l'oblige plus tard à participer à l'attaque d'une banque dans une ville abandonnée. Plus qu'à travers ce scénario lâche et nonchalant, c'est par les personnages que ce film existe : Link, impassible, à la fois serein et subtil ; Sam, un joueur professionnel, volubile, brutalement transporté dans un univers qui n'est pas le sien et finalement sauvant la vie de Link ; Billie, chanteuse de saloon, condamnée à l'éternelle solitude, meurtrie par une blessure secrète, subissant les outrages des cow boys (son strip-tease imposé par les tueurs), blasée et sans idéal ; ou encore Dock qui n'est plus que le fantôme d'un chef de bande réputé, fou sadique, qui conduit ses hommes dans une ville déserte pour mourir au milieu des rochers. D'images fortes en scènes surréalistes, « L'homme de l'Ouest » est vraiment un western à part.