Le western, une histoire de l'Ouest
Quelques grands réalisateurs de westerns : John Ford, Howard Hawks, Raoul Walsh, Sam Peckinpah, Clint Eastwood, Sergio Leone
John Ford
Sa filmographie
Gérard Camy, chef de travaux (BTS Audiovisuel) au lycée Carnot de Cannes (06)
John Ford

Sean Aloysius O'Fearna est né à Cape Elisabeth (État du Maine), le 1er février 1895
Cadet de treize enfants d'une famille d'origine irlandaise, il n’oubliera jamais la terre de ses ancêtres et nombre de ces films portent la marque de cette île rude et chaleureuse. Le père O'Fearna tient un saloon à Portland. C'est au collège de cette ville que le jeune Sean fait ses études avant d'échouer au concours d'entrée de l'Académie Navale.

À l'âge de dix-huit ans, il rejoint son frère Francis, de treize ans son aîné, qui a trouvé du travail comme acteur et comme réalisateur à Hollywood sous le nom de Francis Ford. Il choisit le pseudonyme de Jack Ford (jusqu’en 1923 où il choisira John) et, pendant quatre ans, il va l'aider : accessoiriste, assistant, acteur, il ne rechigne devant aucun travail. Il joue même le rôle d'un membre du Ku-Klux-Klan dans Naissance d’une nation (1915, David Griffith)

En 1917, il réalise son premier film (The Tornado). Il va tourner ensuite de nombreux westerns de moins d’une heure dont la vedette est généralement Harry Carey. Quand le cinéma devient sonore, ce metteur en scène de trente-trois ans a déjà inscrit plus de soixante titres à sa filmographie dont quelques réussites du genre avec les épopées de l’Ouest que sont : Le Cheval de fer (1924) et Trois sublimes canailles (1926).

Il s’est marié en 1920. Deux enfants sont nés de cette union : Patrick, en 1921 et Barbara, en 1922. Avec Le Mouchard (1935), Les Raisins de la colère (1940) et Qu’elle était verte ma vallée (1941), il obtient en moins de dix ans trois Oscars.

Il permet à des millions de spectateurs de découvrir un nouvel acteur au physique impressionnant, cantonné jusqu’alors dans les westerns de série Z : John Wayne. Mobilisé en 1942, le lieutenant-commander John Ford participe à la guerre du Pacifique et dirige une équipe de cinéastes de l'U.S. Navy. Blessé à Midway (c'est là qu'il perd l'usage de son oeil gauche), il est titulaire de nombreuses décorations dont le Purple Heart. Il sera nommé amiral, à titre honorifique, en 1954.

En 1945, après la fin de la guerre, il reprend le chemin des studios avec Les Sacrifiés, un drame situé dans le Pacifique en 1941. Puis il retrouve le grand western classique avec La Poursuite infernale (1946), interprété par Henry Fonda (Wyatt Earp) et Victor Mature (Doc Holliday) et Le Massacre de Fort Apache, toujours avec Henry Fonda en militaire borné et John Wayne en défenseur de la légalité indienne. Il adapte ensuite, à l'écran, le roman de Graham Greene "La puissance et la Gloire" sous le nom de Dieu est mort, encore avec Henry Fonda.
En 1952, après avoir réalisé ce que l'on nommera le « cycle de la cavalerie » (Le Massacre de Fort Apache, La Charge héroïque et Rio Grande), John Ford reçoit son sixième Oscar pour L’Homme tranquille. Parallèlement à cette prestigieuse carrière hollywoodienne, Ford tourne à plusieurs reprises des films pour le gouvernement américain En tant que membre de l'O.S.S. (Office of Strategic Services), l'ancêtre de la C.I.A., John Ford avait en effet été chargé de missions qui l'avaient amené à intervenir aussi bien en Extrême Orient qu'à préparer des preuves cinématographiques accablantes contre les accusés nazis du procès de Nuremberg. Psaumes, citations, la référence à la Bible est récurrente chez John Ford. Dans ses œuvres les plus célèbres comme dans les moins connues, la culture chrétienne est son terreau. Pas question donc de se perdre dans un imaginaire païen… Il puise dans le réel, le quotidien mais le transcende, l’enrichit en l’habillant d’une iconographie religieuse souvent évidente (les rois mages du Fils du désert, 1948) pour finalement déboucher sur une réflexion sociale et morale profondément humaniste. Le héros d’Arrowsmith (1931), savant désintéressé qui n’a pas sa place dans une société mercantile, ou Wead (L’aigle vole au soleil, 1957), pilote hors du commun de l’aéronavale, sont tous deux habités par une telle foi dans leur vocation, qu’ils en sacrifieront leur famille. Le docteur alcooolique du film Le Fond de la bouteille (1960) et le joueur de base-ball injustement accusé d’avoir touché un pot-de-vin (L’Affaire Riley, 1962) finiront par avoir gain de cause après un douloureux chemin de croix mais la gloire n’est pas pour eux. Ford cultive une douce mélancolie de la victoire pour ces anonymes qu’il entoure d’une religieuse sollicitude. Le don de soi est leur credo, la quête du Bonheur leur obsession. La réhabilitation tragique des trois « bons larrons » du Fils du désert apparaît alors comme le miroir ironique et chaleureux de la démarche pathétique de tous ces héros déphasés, guidés par une idéologie du sacrifice propre au Christianisme originel. John Ford est bien un cinéaste profondément chrétien. John Ford est le maître incontesté du western. Avec Sur la Piste des Mohawks (1939) et Le massacre de Fort Apache (1948), en attendant le le très beau plaidoyer pour les Indiens (Les Cheyennes, 1964), il se révèle plus progressiste qu’il n’y paraît. Femmes pionnières dans Le convoi des Braves (1950) ou dans une mission dans Frontière chinoise (1967), son regard n’est jamais misogyne, au contraire.

Dans Le massacre de Fort Apache, la confrontation, sur fond de guerre indienne, d'un lieutenant-colonel aigri, raciste et autoritaire, et de son subordonné humaniste mais respectueux de la hiérarchie, se teinte d'un réalisme amer et désabusé. Dans Le Convoi des braves, la longue file de chariots des Mormons en route vers l'Ouest se pare des attributs de l'épopée. Mais là encore, les Indiens, lucides et combatifs, sont condamnés à terme. Toujours, pourtant, le cinéaste continue de prôner des valeurs qui lui sont chères : l'individualisme des héros et la solidarité du groupe (cavalerie ou pionniers). Avec un beau film de guerre très méconnu (La patrouille perdue, 1934) et l'aventure psychologique d'un prêtre défroqué (Dieu est mort, 1947), John Ford, loin des grandes plaines, apparaît encore plus sombre. Les militaires de La Patrouille perdue, égarés dans le désert d'Arabie, peu à peu décimés par des rebelles invisibles tenaillés par la peur, s'entre-déchirent en attendant un sauvetage improbable. Tout espoir est vain. Guère plus optimiste est la fuite du curé traqué de toutes parts, la foi chevillée à l'âme. L'intolérance de la société lui interdit toute réhabilitation. Et pour être en parfaite adéquation avec son propos, John Ford invente un expressionnisme lumineux où les images écrasées par le soleil sont découpées par des ombres puissantes. Et puis, testament westernien, L’Homme qui tua Liberty Valance (1962), sublime confrontation entre John Wayne, James Stewart et Lee Marvin, reprend les archétypes du genre pour mieux les transcender.

Le 31 août 1973, John Ford meurt dans sa maison de Palm Desert (Californie). Il aura à son actif 123 films !

En 1971, Peter Bogdanovich lui avait consacré un documentaire passionnant : Directed by John Ford.
Sa filmographie
    • Pour le cinéma
  • 1917 THE TORNADO - THE TRAIL OF HATE - THE SCRAPPER - THE SOUL HERDER (Pour son Gosse) - CHEYENNE'S PAL - STAIGHT SHOOTING (Le Ranch Diavolo) - THE SECRET MAN (L'Inconnu) - A MARKED MAN - BUCKING BROADWAY (À l'Assaut du Boulevard).
  • 1918 THE PHANTOM RIDERS (Le Cavalier Fantôme) - WILD WOMEN (La Femme Sauvage) - THIEVE'S GOLD - THE SCARLET DROP (La Tâche de Sang) - HELL BENT (Du Sang dans la Prairie) - THE CRAVING - A WOMAN'S FOOL (Le Bébé du Cow-boy) - THREE MOUNTED MEN (Le Frère de Black Billy).
  • 1919 ROPED (Sans Armes - FIGHTING BROTHERS - A FIGHT FOR LOVE (À la Frontière) - BY INDIAN POSTE - THE RUSTLERS - BARE FISTS (le Serment de Back Billy) - THE GUN PACKER - RIDERS OF VENGEANCE (La Vengeance de Black Billy) - THE LAST OUTLAW - THE OUTCASTS OF POKER FLAT (Le Proscrit) - ACE OF THE SADDLE (Le Roi de la Prairie) - THE RIDER OF THE LAW (Black Billy au Canada) - A GUN FIGHTIN'GENTLEMAN (La Tête Brûlée) - MARKED MEN (Les Hommes marqués).
  • 1920 THE PRINCE OF AVENUE A - THE GIRL IN NUMBER 29 - HITCHIN'POSTS (L'Obstacle) - JUST PALS (Pour le Sauver).
  • 1921 THE BIG PUNCH (un Homme Libre) - THE FREZZE-OUT - THE WALLOP - DESPERATE TRAILS - ACTION - SURE FIRE - JACKIE.
  • 1922 LITTLE MISS SMILE - SILVER WINGS (Co-réal. Edwin Carewe) - THE VILLAGE BLACKSMITH (Le Forgeron du Village).
  • 1923 THE FACE ON THE BAR-ROOM FLOOR (L'Image Aimée) - THREE JUMPS AHEAD - CAMEO KIRBY (premier film signé John Ford) - NORTH OF HUDSON BAY (le Prisonnier de la Baie d'Hudson) - HOODMAN BLIND.
  • 1924 THE IRON HORSE (le Cheval de Fer) B - HEARTS OF OAK (les Coeurs de Chêne) - LIGHTNIN' (Sa nièce de Paris) - KENTUCKY PRIDE (La Fille de Négofol) - THE FIGHTING HEART (le Champion) - THANK YOU (Extra Dry).
  • 1926 THE SAMROCK HANDICAP (Gagnant quand même) - THE BLUE EAGLE (L'Aigle Bleu) - THREE BAD MEN (Les Trois Sublimes Canailles).
  • 1927 UPSTEAM.
  • 1928 MOTHER MACHREE (Maman de mon Coeur) - FOUR SONS (Les Quatre Fils) - HANGMAN'S HOUSE (Première apparition de John Wayne dans un film de Ford) - NAPOLEON'S BARDER (Premier film sonore de John Ford) - RILEY THE COP.
  • 1929 STRONG BOY (Le Costaud- - BLACK WATCH A - SALUTE (co-réal. David Butler).
  • 1930 HOMMES SANS FEMMES (Men Without Women) - BORN RECKLESS - UP THE RIVER.
  • 1931 SEAS BENEATH - THE BRAT - ARROWSMITH (Arrowsmith).
  • 1932 TETE BRULÉE (Air Mail) - UNE FEMME SURVINT (Flesh).
  • 1933 DEUX FEMMES (Pilgrimage) - DOCTEUR BULL (Doctor Bull).
  • 1934 LA PATROUILLE PERDUE (The Lost Patrol) - LE MONDE EN MARCHE (The World Moves On) - JUDJE PRIEST.
  • 1935 TOUTE LA VILLE EN PARLE (The Whole Town's Talking) - LE MOUCHARD (The Informer) - STEAMBOAT' ROUND THE BEND.
  • 1936 JE N'AI PAS TUÉ LINCOLN (The Prisoner of Shark Island) - MARY STUART (Mary of Scotland) - RÉVOLTE À DUBLIN (The Plough and the Stars).
  • 1937 LA MASCOTTE DU RÉGIMENT (Wee Willie Winkie) - HURRICANE (The Hurricane).
  • 1938 QUATRE HOMMES ET UNE PRIÈRE (Four Men and a Prayer) - PATROUILLE EN MER (Submarine Patrol).
  • 1939 LA CHEVAUCHÉE FANTASTIQUE (Stagecoach) - VERS SA DESTINÉE (Young Mr Lincoln) - SUR LA PISTE DES MOHAWKS (Drums Along the Mohawks).
  • 1940 LES RAISINS DE LA COLÈRE (The Grapes of Wrath) - LES HOMMES DE LA MER ou LE LONG VOYAGE (The Long Voyage Home).
  • 1941 LA ROUTE DU TABAC (Tobacco Road) - SEX HYGIENE (c.m.) - QU'ELLE ÉTAIT VERTE MA VALLÉE (How Green was my Valley) A.
  • 1942 THE BATTLE OF MIDWAY (c.m.) - TORPÉDO SQUADRON (c.m.).
  • 1943 DECEMBER 7th (c.m.) - NOUS PARTONS CE SOIR (We Sail at Midnight, c.m.).
  • 1945 LES SACRIFIÉS (They Were Expendable).
  • 1946 LA POURSUITE INFERNALE (My Darling Clementine).
  • 1947 DIEU EST MORT (The Fugitive).
  • 1948 LE MASSACRE DE FORT APACHE (Fort Apache) - LE FILS DU DÉSERT (Three Goldfathers).
  • 1949 L'HÉRITAGE DE LA CHAIR (Pinky). Après quelques jours de tournage, Ford est remplacé par Elia Kazan qui termine et signe seul le film - LA CHARGE HÉROÏQUE (She Wore a Yellow Ribbon).
  • 1950 PLANQUÉ MALGRÉ LUI (When Willie Comes Marching Home) - LE CONVOI DES BRAVES (Wagon-master) - RI0 GRANDE (Rio Grande).
  • 1951 THIS IS KOREA (moyen métrage, documentaire).
  • 1952 WHAT PRICE GLORY - L'HOMME TRANQUILLE (The Quiet Man).
  • 1953 LE SOLEIL BRILLE POUR TOUT LE MONDE (The Sun Shines Bright) MOGAMBO (Mogambo).
  • 1954 HONDO L'HOMME DU DÉSERT (Hondo). Ford tourne une partie des scènes d 'action. Le reste du film est mis en scène par John Farrow.
  • 1955 CE N'EST QU'UN AU REVOIR (The Long Gray Line) - PERMISSION JUSQU'À L'AUBE (Mister Roberts, co-réalisateur : Mervyn Le Roy).
  • 1956 LA PRISONNIÈRE DU DÉSERT (The Searchers).
  • 1957 L'AIGLE VOLE A U SOLEIL (The Wings of Eagles) - QUAND SE LÈVE LA LUNE (The Rising of the Moon).
  • 1958 LA DERNIÈRE FANFARE (The Last Hurrah) - SO ALONE (c.m.).
  • 1959 INSPECTEUR DE SERVICE (Gideon's Day) - KOREA (moyen métrage, documentaire) - LES CA VALIERS (The Horse Soldiers).
  • 1960 LE SERGENT NOIR (Sergeant Rutledge) - ALAMO (The Alamo). Ford réalise une unique scène d'action. Tout le reste du film est réalisé par John Wayne.
  • 1961 LES DEUX CAVALIERS (Two Rode Together) - L'HOMME QUI TUA LIBERTY VALANCE (The Man Who Shot Liberty Valance) A.
  • 1962 LA CONQUÊTE DE L'OUEST (How the West Was Won, co-réalisateurs : Henry Hathaway, George Marshall).
  • 1963 LA TAVERNE DE L'IRLANDAIS (Donovan's Reef).
  • 1964 LES CHEYENNES (Cheyenne Autunn).
  • 1965 LE JEUNE CASSIDY (Young Cassidy). Jack Cardiff remplaça Ford, tombé malade en plein tournage - FRONTIÈRE CHINOISE (Seven Women).
    • Pour la télévision :
  • 1955 THE BAMBOO CROSS - LA RÉVÉLATION DE L'ANNÉE (Rookie of the Year).
  • 1960 LE FOND DE LA BOUTEILLE (The Colter Craven Story, série " Wagon Train ").
  • 1962 FLASHING SPIKES.