Le western, une histoire de l'Ouest
Filmographie sélective et commentée : 1920-1945 / 1946-1960 / 1961-2004 /
Gérard Camy, professeur de Cinéma-Audiovisuel au lycée Bristol de Cannes
Le cheval de fer
The Iron Horse
Réalisation : John Ford
1924. Etats Unis. 65 minutes. Noir et Blanc
George O'Brien (Davy Brandon), Madge Bellamy (Miriam Marsh), Judge Charles Edward Bull (Abraham Lincoln), Cyril Chadwick (Peter Jesson). Un enfant assiste au meurtre de son père par un Indien à la main mutilée. Le jeune Davy grandit et tombe amoureux de Miriam, courtisée par Peter. Il retrouve bientôt l'assassin de son père qui en fait est un Blanc. A première vue, un scénario très classique. Mais John Ford installe le drame dans le cadre extraordinaire de la construction du chemin de fer transcontinental. L'histoire de vengeance et d'amour s'inscrit alors dans une aventure mythique. Le long ruban de fer avance dans la prairie laissant derrière lui son lot de tragédie, de gloire, d'exploits, de dangers et quelques ville fantômes. Le cinéaste, qui n'a que 29 ans, manie les milliers de figurants (Blancs, Indiens, Chinois) et d'animaux (bisons, vaches, chevaux) avec une superbe aisance. En quelques plans grandioses, dans les décors sauvages de l'Ouest, il recrée les conditions de l'épopée.
Trois sublimes canailles
Three Bad Men
Réalisation : John Ford
1926. Etats Unis. 70 minutes. Noir et Blanc
George O'Brien (Dan O'Malley), Olive Borden (Lee Carleton), Lou Tellegen (le shérif Hunter).
Les trois hors-la-loi sympathiques qui décident de protéger, Lee, la fille d'un éleveur de chevaux tué par un shérif dépravé et sa bande, et leur humour bon enfant qui adoucit le drame qui se noue, font, bien sûr, penser aux trois « rois mages » du Fils du désert, réalisé par Ford en 1948. Et l'amour entre Dan, jeune émigrant irlandais, chercheur d'or, et Lee s'épanouira après bien des péripéties, à l'ombre rassurante de ces sublimes canailles qui n'hésiteront pas à se sacrifier pour permettre aux deux tourtereaux de couler des jours heureux et fonder une famille. Un film spectaculaire (la reconstitution de la ruée des colons sur le Dakota en 1877), chargé d'une belle émotion, tour à tour picaresque, épique et tragique.
Billy le Kid
Réalisation : King Vidor
1930. Etats Unis. 95 minutes. Noir et Blanc.
John Mack Brown (Billy le Kid), Wallace Beery (Pat Garrett), Kay Johnson (Claire Randall), Karl Dane (Svenson).
Tournée dans un format peu usuel pour l'époque (procédé RealLife Grandeur en 70mm) et finalement sans lendemain, cette aventure du célèbre bandit prend bien des libertés avec l'histoire de l'Ouest. Car si les décors sont plutôt réalistes, l'opposition entre Billy et Garrett est des plus fantaisistes puisque ce dernier, chargé par le gouverneur Wallace de capturer et tuer le Kid, laissera son ex-ami partir libre et amoureux. Si le jeu de Beery est relativement sobre, celui de Brown (c'est James Cagney qui avait été pressenti) frise constamment la caricature. Vieillot mais sympathique.
La piste des géants
The Big Trail
Réalisation : Raoul Walsh
1930. Etats Unis. 100 minutes. Noir et Blanc
John Wayne (Breck Coleman), Marguerite Churchill (Ruth Cameron), Ed Brendel (Gussie), Tully Marshall : Zeke. Ian Keith (Bill Thorpe). La boue, la pluie, les montagnes, la neige, les Indiens, les bisons, les rivières. Le convoi d'émigrants affronte tous les dangers entre le Mississippi et l'Oregon. Breck, qui recherche les assassins de son ami Ben, et Bill font partie du voyage. Ils sont tous deux amoureux de Ruth. Entre jalousie et violence, les chariots avancent envers et contre tout dans une nature hostile. Ni les eaux déchaînées ni les chemins effondrés ne les arrêtent. Raoul Walsh déploie tout son savoir faire (en 70mm) pour décrire cette marche forcée dans des décors somptueux. La caravane installée en cercle pour résister aux Indiens, Ruth et Breck enlacés aux milieux d'arbres géants et millénaires : Le cinéaste a le sens de la mise en scène et du rythme. Quant au monolithique John Wayne, il trouve ici un premier grand rôle. sans lendemain puisqu'il attendra neuf ans pour se retrouver en haut de l'affiche (La chevauchée fantastique de John Ford).
Une aventure de Buffalo Bill
The Plainsman
Réalisation : Cecil B. De Mille
1936. Etats Unis. 113 minutes. Noir et blanc.
Gary Cooper (Wild Bill Hickok), Jean Arthur (Calamity Jane), James Ellison (Buffalo Bill Cody), John Miljan (Custer).
Si le film noir des années trente était un habitué des tristes fins, le western de la même époque imposait le happy end. C'est sans doute pour cela que la Paramount, productrice de ce film à grand spectacle ne comprenait pas l'obstination de son réalisateur à vouloir tuer Hickock. et de surcroît, de dos par un minable. Pourtant De Mille ne faisait que respecter la vérité historique alors que bien des producteurs préféraient inscrire l a légende. Mais, il finit par obtenir gain de cause. Confrontés à un trafic d'armes destinées aux Indiens, Wild Bill, Buffalo et Calamity, luttent pour le « bon droit ». Entre les actions spectaculaires (la mort de Custer) et les bagarres homériques (attaque des Indiens), De Mille distille avec une belle élégance quelques intermèdes amoureux (entre Cooper et Arthur) et une ironie discrète, sans jamais nuire au rythme de l'ensemble.
Quatre homme est une prière
Four Men and a Prayer.
Réalisation : John Ford
1938. Etats Unis. 85 minutes. NB.
Loretta Young (Lynn Cherrington), Richard Greene (Jeffrey Leigh), George Sanders (Wyatt Leygh), David Niven ( Christopher Leigh).
Le colonel de l'armée britannique Loring Leigh, accusé injustement d'avoir vendu des armes à l'ennemi, est renvoyé puis assassiné. Ses quatre fils décident de le venger et d'obtenir sa réhabilitation. Ils partent à la poursuite des meurtriers, trafiquants notoires. Film méconnu de John Ford, considéré par lui comme un simple travail alimentaire, « Quatre Hommes et une Prière » ne manque pas de qualités. Un scénario parfois un peu lâche, des scènes trop bavardes et des acteurs plutôt ternes, ne font pas oublier quelques séquences d'action bien maîtrisées et de rares mais intenses moments d'émotion.
Femme ou démon
Destry Rides Again
Réalisation : Gordon Marshall
1939. Etats Unis. 91 minutes. Noir et blanc
Marlene Dietrich (Frenchy), James Stewart (Tom Destry), Charles Winninger (wash Dimsdale), Misha Auer (Boris Callahan).
1939 : Dietrich est au creux de la vague. Universal en profite et lui propose un cachet relativement modeste pour jouer aux côtés d'un James Stewart en pleine ascension. Entre comédie musicale et western, Femme ou démon connaît un immense succès qui permettra à la Dietrich de commencer une nouvelle carrière. Elle y est Frenchie, chanteuse au grand cour dans un saloon-maison de jeu dont propriétaire règne en despote sur la bourgade. Malheur aux shérifs qui se dressent sur sa route. jusqu'au jour ou Tom Destry débarque d'une diligence. Truffé de situations insolites, peuplé de personnages fantaisistes, ce divertissement de qualité évolue aux frontières de la parodie. Tour à tour drôle et émouvante, Marlene est parfaite, à l'unisson d'un Stewart justicier sans arme et buveur de lait.
Les conquérants
Dodge City
Réalisation : Michael Curtiz
1939. Etats Unis. 104 minutes. Couleurs.
Errol Flynn (Wade Hatton), Olivia de Havilland (Abbie Irving), Bruce Cabot (Jeff Surrett), Ann Sheridan (Ruby Gilman).
Très librement inspiré de la vie du célèbre et controversé Wyatt Earp, « Les conquérants » décrit l'itinéraire mouvementé de Wade Hatton. Conduisant un troupeau de buffles vers Dodge City, il rencontre la jeune Abbie, s'oppose à Surrett, un malfrat notoire et devient bientôt le shérif de la ville. Il mène alors une guerre ouverte au hors-la-loi et à sa bande. Servi par deux acteurs irréprochables, au meilleur de leur forme, et par quelques trognes inoubliables (Bruce Cabot, Victor Jory.), ce grand western classique multiplie les péripéties et les morceaux de bravoure pour le plus grand plaisir des amateurs. Il propose aussi une vision étonnante, presque caricaturale, de la petite ville de l'Ouest. « Dirigée » par les grands barons de l'élevage, Dodge City accueille une population tumultueuse et violente, riche en aventuriers louches, prompte à s'encanailler dans des saloons où le sexe et la brutalité sont rois. Curtiz a bâti son film avec l'aisance évidente des touche à tout.
La chevauchée fantastique
Stagecoach
Réalisation : John Ford.
1939. Etats Unis.
John Wayne (Ringo), Claire Trevor (Dallas), John Carradine (Hartfield), Thomas Mitchell(docteur Josiah Boone), Andy Devine (Buck).
« La chevauchée fantastique » fit de John Ford un cinéaste mondialement reconnu. Il n'est pas un ciné-club dans le monde qui n'est analysé les rapports de Ringo et Dallas, la narration éclatée tout inscrite dans le voyage entre Tonto et Lordsburg à travers les somptueux paysages de Monument Valley. ou bien l'extraordinaire attaque de la diligence par les indiens qui clôt le film. Le talent du cinéaste illumine chaque moment de ce « road movie » inspiré du « Boule de Suif » de Guy de Maupassant. Un docteur alcoolique, un banquier, un joueur, une prostituée, un représentant en whisky et la jeune femme enceinte d'un officier voyagent ensemble dans la diligence et établissent des rapports complexes entre deux scènes d'action magistrales. En route, ils accueillent Ringo, jeune homme désabusé, à la recherche des meurtriers de son père et de son frère. Très longtemps considéré comme le chef d'ouvre de John Ford (même si on peut aujourd'hui lui préférer d'autres films), il contient en germe beaucoup des directions qu'il prendra par la suite. Ainsi Ringo a déjà bien des comportements de l'inquiétant Ethan (« La prisonnière du désert »). Quant au bébé né pendant le voyage, il préfigure déjà « Le fils du désert » (1948).
Pacific Express
Union Pacific
Réalisation : Cecil B. DeMille
1939. Etats Unis. 135 minutes. Noir et blanc.
Barbara Stanwyck (Mollie Monahan), Joel McCrea (Jeff Butler), Akim Tamiroff (Fiesta), Robert Preston (Dick Allen), Anthony Quinn (Jack Cordray) Quinze ans auparavant, John Ford avait déjà mis en scène la grande aventure du chemin de fer transcontinental (Le cheval de fer), de Mille récidive ici avec le même double souci de la réalité historique et du grand spectacle. Le résultat est somptueux. Des milliers de figurants dont de véritables poseurs de rails, des locomotives d'époque. l'épopée s'installe majestueuse et lyrique, servie par une mise en scène brillante et nerveuse. L'intrigue très classique est bien ancrée dans la réalité quotidienne du chantier : Jeff Butler est un agent du gouvernement chargé de la surveillance. Tandis qu'il lutte contre deux saboteurs qui n'hésitent pas à semer le trouble chez les ouvriers, il est séduit par Mollie, la fille d'un ingénieur. Quelques impressionnants morceaux de bravoure (bagarres dans le saloon, attaque des Indiens, le règlement de comptes final) habillent magnifiquement le romantisme qui se dégagent des rapports à la fois conflictuels et amoureux entre les personnages principaux.
Le brigand bien-aîmé
Jesse James
Réalisation : Henry King
1939. Etats Unis. 110 minutes. Couleur.
Tyrone Power (Jesse James), Henry Fonda Frank James), Randolph Scott (Will Wright).
Henry King et le scénariste Nunnally Johnson proposent une vision mythique et héroïque des aventures lamentables et sordides de Jesse et Frank James. Gommant tous les éléments négatifs de leurs biographies, ils font des deux frères, incarnés par le sémillant Tyrone Power et le sage Henry Fonda, les défenseurs des valeurs du Sud menant une guerre personnelle mais populaire contre le Nord, vainqueur de la Guerre de Sécession. Ces entorses à la réalité (sauf pour la mort de Jesse) n'empêchent nullement cette tranche de vie de présenter des qualités narratives et stylistiques remarquables avec des séquences d'action impressionnantes comme l'intrusion brutale et étonnante des bandits à cheval dans une vitrine (reprise d'ailleurs par Sam Peckinpah au début de "La Horde sauvage") et des moments de répit élégiaques servis par un technicolor aux couleurs chaudes.
La caravane héroïque
Virginia City
Réalisation : Michael Curtiz
1940. Etats Unis. 121 minutes. Noir et Blanc.
Errol Flynn (Kerry Bradford), Miriam Hopkins (Julia Hayne), Randolph Scott (Vance Irby), Humphrey Bogart (John Murrell).
Avec pour toile de fond la guerre de Sécession, cette histoire (véridique) de collecte de fonds en faveur des Confédérés, convoitise des Nordistes et de quelques hommes sans scrupules, ne manque pas d'atouts. Si le scénario est plutôt classique (les relations « romantico-aventureux » de deux hommes et une femme pendant le conflit), ses multiples rebondissements spectaculaires et inattendus se prêtent à la mise en scène nerveuse de Curtiz. Julia, chanteuse-espionne sudiste amoureuse de Kerry, soldat de l'Union chargé de dérober l'or, le bandit mexicain préparant le hold up, Kerry et Vance opposés par la guerre mais éprouvant une amitié impossible l'un pour l'autre. Autant de personnages complexes et de rapports passionnants.
Le grand passage
Northwest Passage
Réalisation : King Vidor
1940. Etats Unis. 126 minutes. Couleurs.
Spencer Tracy (le major Robert Rogers), Robert Young (Langdon Towne), Walter Brennan ("Hunk" Marriner) Ruth Hussey (Elizabeth Browne).
En 1759, la Nouvelle Angleterre vit au rythme de la guerre entre les Anglais, les Français et leurs alliés indigènes. Towne et Marriner, en délicatesse avec les autorités, s'engagent dans les Rangers du major Rogers. Leur mission : détruire un village indien à l'intérieur des terres. Le Major rude mais juste (excellent Spencer Tracy à la fois bonhomme et intraitable) est une figure charismatique. Il galvanise sa troupe affamée, épuisée, qui accomplit des marches forcées, grimpe la montagne en portant les pirogues, affronte des rapides dangereux, traverse des marais dangereux. King Vidor manie les ressorts de l'épopée avec une aisance magnifique et offre une mise en scène à l'échelle de cette aventure hors du commun. Le puissant lyrisme de cette odyssée est brutalement interrompu l'instant d'un massacre : celui de la population du village indien, moment intense, d'une violence et d'une sauvagerie surprenante.
Le retour de Frank James
The Return of Frank James.
Réalisation : Fritz Lang
1940. Etats Unis. 92 minutes. Couleurs.
Henry Fonda (Frank James), Gene Tierney (Eleanor Stone), Jackie Cooper (Clem), Donald Meek (Mac Coy) John Carradine (Bob Ford).
Suite du « Brigand bien-aimé » de Henry King (1939), ce premier western de Fritz Lang montre les frères James, bandits célèbres des années 1880, revenus dans le droit chemin. Frank apprend l'assassinat de son frère Jesse par Bob Ford. Il refuse de se venger, attendant avec confiance le verdict de la justice. Mais le meurtrier est acquitté. Frank décide de reprendre la route du banditisme pour l'honneur de son frère. Le cinéaste allemand a volontairement idéalisé son personnage, engagé comme Le héros de « Fury » (1936), dans le cycle infernal de la vengeance. Ses actes prennent même une dimension héroïque,. Pourtant, sa probité morale l'engage à croire en la justice. Mais se révélant incapable de condamner, celle-ci (qui d'ailleurs l'acquittera de la même manière dans un surprenant happy end) pousse les victimes à la rébellion semble dire le cinéaste. L'ambiguïté dérangeante dont Lang habille (comme souvent) cette fin existe par le refus d'apporter une réponse claire aux questions qu'il pose, obligeant le spectateur à réfléchir à leur propre attitude. Après la vengeance, il ne reste que la mort et la condamnation. Mais que doit faire vraiment la justice ? Le sujet est toujours d'actualité.
Les tuniques écarlates
North West Mounted Police
Réalisation : Cecil B. DeMille
1940. Etats Unis. 125 minutes. Couleurs.
Gary Cooper (Dusty Rivers), Madeleine Carroll (April Logan), Preston Foster (sergent Jim Brett), Robert Preston (Logan).
Dans les années 1880, la police montée canadienne soutenue par des rangers du Texas répriment une rébellion contre la domination britannique. L'entente est moins cordiale entre policiers et rangers lorsqu'il s'agit d'affaires de cour. Heureusement les Indiens attaquent et rassemblent toutes le énergies. Choisissant les méandres tortueux du mélodrame DeMille n'oublie pas la puissance du grand spectacle. Les magnifiques paysages où se poursuivent et se retrouvent Indiens et policiers, sont le théâtre de luttes fréquentes, souvent sanglantes. Actions violentes, trahison, et rédemption, le scénario déroule sont lot de péripéties et de rebondissements. Dynamique.
Le cavalier du désert
The Westerner
Réalisation : William Wyler
1940. Etats Unis. 100 minutes. Noir et blanc.
Gary Cooper ( Cole Hardin), Walter Brennan (juge Roy Bean), Doris Davenport (Jane Matthews), Dana Andrews (Bart Cobble).
Arrêté pour un vol de chevaux qu'il n'a pas commis, Cole Hardin est jugé par l'expéditif juge Roy Bean. Il échappe à la pendaison en promettant de lui ramener une mèche de cheveux de la célèbre Lily Langtry dont l'homme de loi est très épris. Dans ces espaces encore sauvages, qu'éleveurs et fermiers se disputent et où quelques hommes forts font régner leur ordre à l'image du juge, Cole apparaît comme un éclaireur du monde civilisé. En tuant Bean, il installe la Loi. Un western enlevé qui, mêlant mélodrame et humour, fait la part belle à un Walter Brennan tonitruant et finalement pathétique.
La charge fantastique
They Died With Their Boots On
Réalisation : Raoul Walsh.
1941. Etats Unis. 140 minutes. Noir et blanc.
Errol Flynn (Custer), Olivia De Havilland (Elisabeth Bacon), Arthur kennedy (Sharp), Anthony Quinn (Crazy Horse).
Un Errol Flynn extraordinaire, un scénario en béton qui allie humour, action et romance, une mise en scène somptueuse. Raoul Walsh signe sans conteste un chef d'ouvre en contant l'histoire du célèbre Général Custer. Pas question en cette année 1941 de dénigrer le militaire. C'est la légende que le cinéaste choisit de mettre en images. A l'opposée de la baderne bornée et sanguinaire qu'Arthur Penn met en scène dans Little Big Man (1970), Custer apparaît ici fier et bouillant, symbole d'une Amérique garante des libertés essentielles, écrivant quelques unes des pages les plus glorieuses de son pays. Pourtant derrière le mythe, Walsh n'oublie pas de souligner les responsabilités des hommes politiques et des affairistes dans les guerres indiennes. Le lyrisme désenchanté qui enveloppe la bataille de Little Big Horn est d'ailleurs exemplaire, à la fois victoire et chant du cygne d'un peuple condamné mais aussi première défaite, lourde de sens pour une nation sûre de ses valeurs. Walsh délaisse un instant la légende pour la cruelle réalité.
Le Banni
The Outlaw
Réalisation : Howard Hughes.
1941. Etats Unis. 103 minutes. Noir et blanc.
James Russell (Rio McDonald), Walter Huston (Doc Holliday), Jack Buetel (Billy le Kid), Thomas Mitchell (Pat Garrett).
Après deux petites semaines de tournage, Howard Hawks abandonnait la réalisation du « Banni ». Présent sur le plateau, multipliant les conseils et les souhaits, veillant sans cesse « à la mise en valeur » de Jane Russell, « sa » découverte, le producteur et milliardaire touche à tout Howard Hughes était trop envahissant. Et tout naturellement il prit la place laissée vacante. A l'arrivée : un western atypique, acide et sulfureux, qui devait déclencher la colère des ligues de vertu. Le corps du délit : la pulpeuse actrice dont l'érotisme insolent éclatait à l'ombre des rapports ambigüs de trois figures mythiques de l'Ouest : Doc Holliday, Billy le Kid et Pat Garrett. L'amitié teintée d'homosexualité que Doc porte à un Billy androgine, la jalousie de Pat qui tue Doc et non Billy, et finalement la fuite de ce dernier avec Rio. Hughes maltraite allègrement l'Histoire, enveloppe son film dans une misogynie déclarée et brouille avant tout le monde l'image un peu trop lisse des héros westerniens.
L'étrange incident
The Ox-Bow Incident
Réalisation : William Wellman
1943. Etats Unis. 75 minutes. Noir et blanc.
Henry Fonda (Gil Carter), Dana Andrews (Donald Martin), Anthony Quinn (Juan Martinez), Henry Morgan (Art Croft), Jane Darwell (Ma Grier).
Un arbre imposant, une grosse branche décharnée et en dessous, des miliciens, ivres de vengeance et de haine, aveuglés par leurs certitudes, y pendent trois hommes soupçonnés de meurtre, après un simulacre de justice. Seuls Gil Carter et Art Croft, deux étrangers à la ville, embarqués par hasard dans cette chasse à l'homme tentent sans succès de s'y opposer . Alors que les corps se balancent au bout d'une corde, le shérif survient et annonce à la petite troupe qu'elle vient de tuer trois innocents. Erreur judiciaire, lynchage populaire, engrenage de la peur et du racisme. Wellman, grâce en particulier au jeu tout en nuances d'Henry Fonda, humaniste rongé par la culpabilité, et de Dana Andrews, victime expiatoire, traite avec une belle efficacité un thème récurrent du cinéma américain. Dommage qu'il appuie parfois un peu trop sur la corde sensible.
Buffalo Bill
Réalisation William Wellman
1944. Etats Unis. 90 minutes. Couleurs.
Joel McCrea (Buffalo Bill), Linda Darnell (Dawin Starlight), Maureen O'Hara (Louisa Cody), Anthony Quinn (Oeil de Lynx).
Buffalo Bill est un héros américain. Partant de ce constat, Wellman serre au plus près la biographie du grand homme, écarte les exagérations douteuses qui créèrent la légende pour ne s'appuyer que sur des faits authentiques. Une botte dans le mythe et une autre dans la réalité, le cinéaste privilégie avec intelligence l'aspect humain et sentimental du personnage. Il en fait le jouet des affairistes et des politiciens (il était marié à la fille d'un sénateur) tout à leurs projets de développement vers l'Ouest. Il participe ainsi à l'extermination des bisons et au massacre des Indiens. Affecté par la mort de son fils, amer et désabusé, rongé par la culpabilité, il finit par fustiger l'attitude lamentable des hommes politiques. Alors que la guerre n'est pas terminée, ce filmn, refusant la glorification de l'armée (Buffalo Bill foule au pied la médaille qu'il vient de recevoir du Président), est d'une réelle audace. Sa réalisation spectaculaire en fait aussi un magnifique western avec chevauchées épiques, batailles farouches et paysages somptueux.
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