Two Rode Together
Réalisation : John Ford
1961. Etats Unis. 109 minutes. Couleurs.
James Stewart (Guthrie McCabe), Richard Widmark (lieutenant Jim Gary), Shirley Jones (Marty Purcell), Linda Cristal (Elena).
Déjà dans « La prisonnière du désert », John Ford s'était intéressé au sort des femmes et des enfants enlevés par les Indiens et contraints d'accepter leurs coutumes. Il en fait le thème principal des « Deux cavaliers » y développant un anti-racisme farouche et généreux. Un shérif cynique, désabusé et vénal et un jeune lieutenant humaniste s'enfoncent en territoire comanche afin d'échanger ces Blancs disparus depuis longtemps. Peu d'entre eux veulent regagner « la civilisation ». Finalement ils ramènent Elena, une aristocrate espagnole et Running Wolf, un adolescent farouchement attaché à sa culture indienne. La jeune femme est méprisée par les villageois pour avoir vécu avec un Peau-Rouge et le garçon exposé comme une bête curieuse. Délaissant l'action au profit d'une certaine nonchalance, Ford privilégie les longues conversations entre les deux « chasseurs » (excellents Stewart et Widmark) aux idéaux très éloignés mais qui réagissent avec la même amertume devant la réaction de leurs concitoyens. Les brèves éclairs de violence sont alors impressionnants et quelques scènes déchirantes à l'image de celle où Running Wolf entend une petite boite à musique de son enfance et qu'il s'écrit « It 's mine » tandis que, dans la nuit tragique, des Blancs hystériques l'emportent pour le lyncher.
The Last Sunset
Réalisation : Robert Aldrich
1961. Etats Unis. 112 minutes. Couleurs.
Kirk Douglas (Brendon O'Malley), Rock Hudson (Dana Stribling), Dorothy Malone (Belle Breckenbridge), Joseph Cotten (John Breckenbridge), Carol Linley (Missy Breckenbridge).
Produit par Kirk Douglas dans la foulée du « Spartacus » de Stanley Kubrick, et avec le même scénariste, l'ancien « blacklisté » Dalton Trumbo, « El Perdido » est un de ces petits westerns attachants, plus profonds qu'il n'y paraît. L'histoire se conjugue comme une tragédie classique. Brendon, est poursuivi par le shérif Dana qui l'accuse du meurtre de son beau-frère et le rend responsable du suicide de sa jeune sour. Ils se retrouvent au Mexique, hors de la juridiction de l'homme de loi, dans le ranch des Breckenbridge. Belle, la femme a été amoureuse de Brendon mais est attiré par Dana. Missy, la fille, ressent une attirance pour le meurtrier. Rapports psychologiques, problèmes amoureux, histoires d'honneur, Aldrich et Trumbo ont parfaitement maîtrisé les éléments d'un scénario complexe qui pouvait tourner au western de boulevard. La longue marche dans l'aridité du désert mexicain des deux ennemis ayant conclu une trêve pour conduire un troupeau au Texas, est ponctué de quelques séquences superbes (l'assassinat de Cotten, l'enlisement de Rock Hudson dans les marais, l'apparition de Missy dans la robe jaune de sa mère). L'émouvant duel final qui les oppose permettra finalement la résolution dramatique de leurs contradictions.
L'homme qui tua Liberty Valance
The Man Who Shot Liberty Valance
Réalisation : John Ford
1962. Etats Unis.122 minutes. Noir et Blanc.
James Stewart (Ranson Stoddard), John Wayne (Tom Doniphon), Vera Miles (Hallie Stoddard), Lee Marvin (Liberty Valance).
Liberty Valance applique sa loi à coups de revolvers dans la petite ville de Shinbone. Ranson Stoddard, jeune juriste, tente d'y imposer la sienne, celle de la Constitution américaine. John Ford raconte à travers le récit du sénateur Ranson Stoddard la mort d'une époque condamnée par l'apparition d'une société plus civilisée mais qui trop souvent installe son pouvoir sur une imposture. Le film commence en 1910 autour de la tombe d'un certain Tom Doniphon, l'homme qui tua vraiment Valance, et s'articule autour d'un long flash-back retraçant les destins Stoddard et Doniphon, deux hommes qui se sont rejoints l'instant d'une lutte contre la sauvagerie. Le premier, avocat nerveux et prétentieux, restera condamné à traîner toute sa vie une réputation volée au second, rustre et sage, véritable héros du film, enterré sans la moindre reconnaissance. Mais quand « la légende a pris le pas sur la réalité », John Ford, lucide et désabusé, continue à imprimer la légende. même si, proposant deux points de vue de la mort de Valance à quelques minutes d'intervalle, il donne à voir l'une et l'autre. Une musique déchirante, le choix lumineux du noir et blanc enveloppant ces personnages à la recherche de leur histoire, d'une Histoire, la construction mélancolique, le sublime duel nocturne, font de « L'homme qui tua Liberty Valance » un des chef-d'ouvres les plus tragiques du Western. En 1962, les petits nouveaux (Penn, Peckinpah) qui trouait le ciel trop tranquille du genre avaient encore beaucoup à apprendre du maître.
Cheyenne Autumn
Réalisation : John Ford.
1964. Etats Unis. 159 minutes. Couleurs.
Richard Widmark (capitaine Archer), Carroll Baker (Deborah Wright), James Stewart (Wyatt Earp), Edgar G. Robinson (Carl Schurz), Karl Malden (capitaine Wessels).
Dans plusieurs films (« Le massacre de Fort Apache », « La prisonnière du désert »), John Ford avait déjà laissé transparaître son intérêt pour les Indiens. Avec ce dernier western, c'est un hommage déchirant qu'il leur rend. En décrivant l'odyssée tragique et pitoyable des survivants du peuple cheyenne échappés de leur Réserve et en marche vers le Dakota, il place au centre de sa réflexion la culpabilité américaine dans le génocide indien. Ni l'attitude compatissante du capitaine Archer, ni le choix de Deborah, l'institutrice, de partager leur détresse, ni le politicien attentif et respectueux, pas plus l'intermède humoristique avec Wyatt Earp, ne changeront quoique ce soit. Le regard douloureux du cinéaste décrit l'inéluctable en longs plans majestueux et obsédants. Dans les paysages grandioses, les immenses canyons, témoins de leur existence passée, les Indiens pourchassés n'en finissent pas d'agoniser.
Sur la piste de la grande caravane
The Hallelujah Trail
Réalisation : John Sturges
1965. Etats Unis. 165 minutes. Couleur.
Burt Lancaster (colonel Gearhart), Lee Remick (Cora), Jim Hutton (capitaine Slater), Donald Pleasence (Oracle Jones).
Que d'efforts déployés autour d'un convoi chargé de ramener une cargaison de whisky dans la ville de Denver... Indiens, cavalerie, ligue de tempérance, mineurs s'affrontent et se perdent dans une gigantesque tempête. Quant au précieux liquide il disparaît dans les sables mouvants. Malgré les énormes moyens mis à la disposition du réalisateur des « Sept mercenaires », ce western est bien médiocre. L'humour aurait pu le sauver. La situation volontairement comique s'y prétait. Sturges le souhaitait mais ne sait manifestement pas le manier. Dommage car Donald Pleasence en vieux trappeur ivrogne et Martin Landau en chef sioux toujours saoul sont étonnants et vraiment drôles.
La mort tragique de Leland Drum
The Shooting
Réalisation : Monte Hellman
1966. Etats Unis. 82 minutes. Couleurs.
Will Hutchins (Coley), Millie Perkins (la femme), Jack Nicholson (Billy Spear), Warren Oates (Willet Gashade).
Réalisé en marge de la production hollywoodienne, sans vedettes, « The Shooting », ouvre d'un jeune réalisateur en colère, baigne dans une atmosphère de souffrance et d'agonie, de fin d'un monde, et participe ainsi à la démythification du western. Monte Hellman aime les belles compositions un peu froides, où l'esthétisme prend parfois le pas sur l'humanisme. Une histoire embrouillée autour de l'assassinat du mineur Leland Drum et de la quête mystérieuse d'une jeune inconnue, un naturalisme contemplatif, un réalisme cru (« la raison d'une chasse s'est de tuer »), des paysages désolés et immenses, des personnages cruels (Spear) ou naïfs (Coley), la musique de Richard Markowitz souvent en contre-point, tout concourt à envelopper ce film dans le carcan de la tragédie classique où la mort joue avec la vie à l'image de Spear, la main écrasée, s'éloignant, seul, dans le désert infini.
L'ouragan de la vengeance
Ride the Whirlwind
Réalisation : Monte Hellman
1966. Etats Unis. 82 minutes. Couleurs.
Cameron Mitchell (Verna), Millie Perkins (Abigail), Jack Nicholson (Wes), Tom Filer (Atis).
Une attaque de diligence. Trois cavaliers en route pour chercher du travail. Une cabane dans la campagne où les bandits se sont réfugiées et à proximité de laquelle le trio va passer la nuit. Au petit matin, une troupe d'hommes armés attaquent la cabane. Pris entre deux feux, les trois cow boys décident de fuir. à pieds. Mais ils sont pris en chasse. Drame absurde de la méprise, « L'ouragan de la vengeance » se démarque de bien des westerns par sa rigueur rigoureuse et sa modernité de ton. Un réalisme cru, une violence très physique enveloppent ce véritable cauchemar où des hommes s'entretuent par erreur et dont la rage de tuer devient bientôt la seule motivation. Un film simple et terrible.
La bataille de la vallée du diable
Duel at Diablo
Réalisation : Ralph Nelson
1966. Etats Unis. 103 minutes. Couleurs.
James Garner (Jess Remsberg), Bibi Andersson (Ellen grange), Sidney Poitier (Toller).
Dans les années 60, quelques cinéastes dont Ralph Nelson souhaitaient faire la lumière sur la grande aventure de l'Ouest qui se limitait le plus souvent à la loi du plus fort et la terrible supercherie d'un melting pot miné par tous les racismes. Blancs, Noirs, Indiens, personne n'est épargné dans cette Bataille de la vallée du diable qui conte le retour impossible d'une femme blanche parmi les siens après une année passée chez les Apaches. Cristallisant les haines et le mépris, Ellen déchaîne, malgré elle, une violence aussi insupportable qu'inutile. Impacts terribles des flèches et des balles, sacrifices d'innocents pionniers, corps à corps acharnés. la brutalité humaine éclabousse l'écran. Aucun sentimentalisme, aucun moralisme ne vient interrompre cette longue descente en enfer. Le regard sans concession du cinéaste fouille les consciences.
Cent dollars pour un shérif
True Grit
Réalisation : Henry Hathaway
1969. Etats Unis. 128 minutes. Couleurs.
John Wayne (shérif Cogburn), Glen Campbell (La Boeuf), Kim darby (Mattie Ross), Robert Duvall (Ned Pepper), Dennis Hopper (Moon).
Fidèle à une vision de l'Ouest traditionnel, mais sensible à l'évolution du genre (violence et nostalgie), Hathaway donne à John Wayne un de ses derniers grands rôles. Borgne et âgé, il n'en caracole pas moins à cheval, tenant les rênes entre ses dents et tirant à la carabine, invincible comme au bon vieux temps. Shérif bougon au cour d'or, il accompagne Mattie Ross, une jeune orpheline à la recherche de l'assassin de son père et la sauvera de la mort. Leurs rapports, empreints d'une réelle tendresse, sont pimentés de quelques traits d'humour sympathiques.
Tell Them Willie Boy Is There
Réalisation : Abraham Polonsky
1969. Etats Unis. 96 minutes. Couleurs.
Robert Redford (Christopher Cooper), Katharine Ross (Lola Boniface), Robert Blake (Willie Boy), Barry Sullivan (Ray Calvert).
2T
Une film en 1948 (« L'enfer de la corruption ») et puis plus rien jusqu'à ce western si ce n'est quelques travaux à la télévision, sous des noms d'emprunt. Abraham Polonsky , victime du McCarthysme, pour avoir refusé de dire s'il était communiste, fut interdit de cinéma pendant vingt ans. Vingt ans d'un silence qui brûle, et voici une ouvre magnifique tirée d'une histoire vraie, cri douloureux pour une liberté à tout prix. En 1909, dans une réserve païute, Willie Boy enlève Lola qu'il aime. Il est obligé de tuer le père de la jeune femme. Une longue traque commence menée par le shérif Cooper alors que les journalistes en mal de scoop évoquent une révolte indienne De la première image du film (Willie sautant d'un train en marche) à la dernière (son suicide), sa conduite est un refus : refus d'accepter la vie qu'on lui propose, les règles qu'on lui impose, coincé entre une communauté blanche raciste et des frères intégrés et souvent humiliés. Il brandit très haut une revendication simple et légitime : vivre libre son existence d'Indien. Cette liberté Lola et lui vont la reconquérir dans la lutte, la résistance et finalement la mort, seule issue logique pour ce couple condamné à l'étouffement progressif dans un monde construit pour les Blancs. Refusant le manichéisme, il fait aussi de Cooper, le prisonnier de l'ordre qu'il défend. Bien sûr, il traquera Willie jusqu'au bout mais il brûlera son corps selon la tradition indienne, privant le pouvoir blanc de sa victoire. L'ouvre sobre et efficace d'un moraliste lucide.
A Time For Dying
Réalisation : Budd Boetticher
1969. Etats Unis. 90 minutes. Couleurs.
Richard Lapp (Charles Bunding), Anne Randall (Nellie), Bob Random (Billy Pimple).
L'itinéraire physique et psychologique du héros, donnée classique du western atteint ici une pureté, une perfection quasi-abstraite. La construction dramatique s'organise en cinq actes telle une tragédie classique, chaque étape rapprochant Charles de sa mort inéluctable. Celui-ci est un excellent tireur et cherche à exploiter ce don en devenant chasseur de primes. Face à sa réputation grandissante se dressent des opposants, Jesse James qui lui propose un temps de partir avec lui et surtout Billy Bimple, un tueur dont la tête est mise à prix. Dans la lumière tragique qui éclaire le destin de Charles, Boetticher fait entrer Nellie une pauvre fille qu'il sauve du bordel et à laquelle le juge Roy Bean, figure légendaire de l'Ouest, le marie de force. L'espoir d'une vie heureuse ne dure pas et la mort de son époux la renvoie désespérément vers la prostitution. Un film d'une extrême concision, dont le ton désabusé, renforcé par un éclairage crépusculaire, laisse pourtant sourdre par instants un lyrisme pudique, une tendresse désenchantée.
Soldier Blue
Réalisation : Ralph Nelson
1970. Etats Unis. 114mn. Couleur
Candice Bergen (Christa Marybelle Lee), Peter Strauss (Harry Grant), Donald Pleasence (Nambour)
Pendant la guerre de sécession, une jeune recrue perd sa compagnie au cours d'un violent combat entre les indiens et l'armée nordiste. En compagnie d'une jeune femme, il part à sa recherche. Le couple traverse des contrées sauvages, suit une sorte de chemin initiatique au gré de ses rencontres avec les populations autochtones, découvrant peu à peu que le Blanc mérite plus que tout autre la dénomination de sauvage. Le massacre des indiens à Sand Creek qui clôt le film fut tragiquement célèbre pour sa barbarie. Enfants et femmes massacrés, têtes coupées et plantées sur des lances. Ralph Nelson réalise un film énergique, virulent et militant, très ancré dans la culture et le style des années 70. A cette époque, les Etats-Unis sont en pleine guerre du Vietnam et la métaphore avec le génocide indien est évidente.
There Was a Crooked Man
Réalisation : Joseph L. Mankiewicz
1970. Etats Unis. 125mn. Couleurs.
Kirk Douglas ( Paris Pitman), Henry Fonda (Lopeman), Hume Cronyn (Whinner), Warren Oates (Moon).
Une fosse à serpent est le meilleur endroit pour cacher le butin d'un hold-up. Du moins c'est ce que doit penser Pitman avant de se faire arrêter et d'être incarcéré dans une prison en plein milieu du désert. Tous les détenus évidemment veulent connaître cet emplacement et même le directeur avant que celui-ci soit remplacé par Lopeman, un incorruptible. Kirk Douglas interprète un Paris Pitman, cabotin roublard et plein de charme, un véritable serpent. Mais, dans cette fosse il n'y pas qu'un seul reptile. Joseph L. Manckiewicz choisit le ton de la comédie pour mettre en scène ce scénario truculent, bourré de surprises et de trouvailles rythmé par une musique entraînante et joyeuse. Ces héros sont de faux héros, ce western est un faux western et si le spectateur est trompé, c'est pour son plus grand plaisir.
A Man Called Horse
Réalisation : Elliot Silverstein
1970. Etats Unis. 114 minutes. Couleurs ;
Richard Harris (John Morgan), Corinna Tsopei (Running Deer).
1T
La dérision parodique habitait Cat Ballou, premier western d'Elliott Silverstein, la violence et le réalisme parcourent ces aventures d'un riche chasseur Anglais, capturé par des Sioux au début du XIXème siècle, bientôt initié aux coutumes indiennes. Avec un grand souci d'authenticité pimentée d'une bonne pincée d'humour, le réalisateur décrit la vie quotidienne de ces populations nomades, les luttes farouches entre les tribus, la lente intégration de John Morgan (Richard Harris tout en force) jusqu'à une ultime bataille entre Sioux et Shoshones fait basculer l'univers de cet homme baptisé « Cheval ». Les séquences spectaculaires, certaines cruelles, d'autres chargées d'émotion abondent et sont filmées avec beaucoup d'efficacité.
Les extravagantes aventures d'un Visage Pâle
Little Big Man
Réalisation : Arthur Penn
1971. Etats Unis. 150 minutes. Couleurs
Dustin Hoffman (Jack Crabb), Faye Dunaway (Mrs Pendrake), Martin Balsam (Allardyce T. Merriweather), Richard Mulligan (Custer).
Agé de 121 ans Jack Crabb raconte à un jeune historien sa vie mouvementée dans l'Ouest. Recueilli enfant par des Cheyennes, il sera ballotté d'une civilisation à l'autre, incapable de choisir complètement, jusqu'à cette bataille de Little Big Horn où, éclaireur au service d'un Custer qu'il déteste, il assiste au massacre de toutes les tuniques bleues pas les Indiens. Arthur Penn a choisi le souffle de l'épopée pour promener la silhouette amusante de Jack à travers les événements importants de l'histoire des Etats Unis. Délaissant discours moralisateur et didactisme, il emplit l'écran d'images et d'actions, de personnages truculents, baroques, étonnants (indien homosexuel) et oscille continuellement entre humour picaresque et tragédie humaine. Alors que les Etats Unis s'enfonce dans le bourbier vietnamien, Penn manie avec aisance la métaphore pour évoquer la violence de cette guerre et la responsabilité collective des Américains au regard des batailles atroces livrées contre les Indiens. La terrible reconstitution du massacre de la Washita au siècle dernier offre alors bien des similitudes avec l'horreur de My Lai au Vietnam. Little Big Man est un impressionnant film -miroir.
McCabe And Mrs Miller
Réalisation : Robert Altman
1971. Etats Unis. 121 minutes. Couleurs.
Warren Beatty (John McCabe), Julie Christie (Constance Miller), René Auberjonois (Shechan), Corey Fisher (Mister Elliott).
Une petite ville sale au fond d'une vallée embourbée quand elle n'est pas couverte de neige. Un pont de bois branlant pour éviter de tomber dans le cloaque. Des arrières salles de saloons tenues par des Chinois où des hommes et des femmes viennent perdre leurs dernières illusions dans les fumées d'opium. L'Ouest de Robert Altman n'est que l'envers d'un décor , celui de l'Amérique, terre de tous les espoirs. Quand McCabe, joueur professionnel, s'installe dans cette petite ville minière où faire fortune n'est qu'un rêve, c'est Constance Miller (fragile et belle Julie Christie), une prostituée, qui prend en main sa chance. Autant la jeune femme est opiniâtre et veut changer leur vie, autant McCabe est un velléitaire séduisant, incapable de se remettre en cause. Altman met en scène un univers étriqué et profondément désespéré où les petits, les minables s'entretuent tandis que les grandes compagnies capitalistes installent leur pouvoir inexorablement. Après une dernière « tricherie »( il sort de sa manche un petit pistolet qui lui permet de tuer un de ses agresseurs), McCabe meurt , abandonné, seul, dans la neige et la grisaille d'un jour sans soleil. Constance s'est depuis longtemps perdues dans les brumes d'opium.
The Life And Times of Judge Roy Bean
Réalisation : John Huston
1972. Etats Unis. 124 minutes. Couleurs.
Paul Newman (Roy Bean), Jacqueline Bisset (Rose Bean), Ava Gardner (Lily Langtry), Tab Hunter (Sam Dodd), John Huston (Grizzly Adams), Stacy Keach (Mad Bob), Anthony Perkins (le révérend).
Ce western inclassable, picaresque , spectaculaire, étourdissant de virtuosité, est l'ouvre géniale d'un jeune homme de 67 ans. Autour d'une des figures légendaires de l'Ouest américain, John Huston brosse un tableau saisissant d'une Amérique en construction. 1890 : Roy Bean, petit malfrat sans envergure, s'improvise par la terreur juge et cabaretier à Vinegaroon qu'il rebaptise Langtry, du nom de l'actrice célèbre dont il est amoureux fou et qu'il rêve de rencontrer un jour. Les affaires marchent bien, le cimetière de la ville et les poches de Bean se remplissent à l'unisson. Un jour pourtant sa compagne meurt en donnant naissance à une fille : Rose. Bean disparaît. Vingt ans plus tard, Rose est expulsée. Bean revient avec sa bande et met la ville à à feu et à sang. Quelques années passent : Lily Langtry vient visiter le musée que celui qui l'aima sans jamais la rencontrer a construit. Construit autour d'un Paul Newman, saisissant, à la fois truculent et cruel, caricatural et si humain ladre et courageux, misogyne et tendre, « Juge et hors-la-loi » désacralise une époque mensongère où la loi du plus fort était intolérable. Mais Huston, individualiste forcené, ne pouvait en rester là. Il parsème sa fresque iconoclaste de quelques touches de nostalgie pour ce monde révolu avant de l'entraîner dans un tourbillon d'humaniste, chaleureux et tonique.
Réalisation : Sydney Pollack
1972. Etats Unis. 110mn. Couleurs.
Robert Redford (Jeremiah Johnson), Will Geer (Bear Claw), Stephan Gierasch (Del Gue),
Allyn Ann McLerie (Crazy Woman)
Fuyant la civilisation, au cour des montagnes, Jeremiah s'installe au milieu de la nature. Il mène une vie simple et heureuse auprès d'une indienne et d'un orphelin. Mais, cette civilisation blanche à laquelle Jeremiah voulait échapper le rattrape un jour quand une colonne de militaires vient frapper à sa porte et lui intime l'ordre de les guider à travers la montagne. Quand ceux-ci traversent le cimetière sacré de la tribu des « Crows » malgré ses mises en garde, il comprend que sa tranquillité n'est plus qu'une illusion. Sa famille subit la vengeance des Indiens. Seul, ivre de douleur, il erre dans la région sauvage à la recherche des tueurs qu'il élimine un à un jusqu'à l'apaisement. Sydney Pollack signe avec « Jeremiah Johnson » un magnifique western, totalement inscrit dans le renouveau du genre. Le trappeur a remplacé le cow-boy, et les images magnifiques des Rocheuses enneigées se substituent aux paysages majestueux de Monument Valley. La caméra qui semble battre au rythme des saisons, adopte un regard naturaliste et magnifie les instants simples (pêche à la truite, construction d'une cabane). La sauvagerie qui anéantit la vie, jetée sur l'écran en quelques plans violents, est alors insupportable. Robert Redford, acteur fétiche du cinéaste, exprime avec beaucoup de sensibilité, toute la nuance de ce personnage coincé entre son statut d'homme civilisé et son désir de se fondre dans la nature.
Dirty Little Billy
Réalisation : Stan Dragoti
1972. Etats Unis. 99 minutes. Couleurs.
Michael J. Pollard (Billy le Kid), Lee Purcell (Berle), Richard Evans (Goldie), Charles Aidman (Ben).
Billy alias William Boney, adolescent, en rupture avec sa mère et son beau-père, passe ses journées au saloon. Il se lie d'amitié avec Goldie, un tueur fou qui lui fait connaître ses premiers émois amoureux dans les bras de sa maîtresse et lui apprend à se servir d'une arme. Bientôt, chassé de la ville, il commet son premier meurtre. Bien sûr, les grands figures légendaires de l'Ouest sont depuis longtemps tombées de leur piédestal avec des cinéastes comme Penn, Peckinpah ou Leone, mais avec Stan Dragoti, la surenchère naturaliste est de rigueur. La bourgade texane où vit le jeune homme est triste et noyée dans la boue ; les habitants dégénérés hantent les rues crasseuses et des épaves misérables peuplent le bar minable. Plongé dans cet univers sordide et violent, le futur gangster débile et influençable (excellent Pollard) est déjà condamné. La démystification ne manque pas de force même si elle paraît à terme un peu vaine.
Ulzana's Raid
Réalisation : Robert Aldrich
1972. Etats Unis. 103 minutes. Couleurs.
Burt Lancaster (McIntosh), Bruce Davidson (lieutenant Garnett De Buin), Richard Jaeckel (le sergent), Jorge Luke (Kenitay), Joachim Martinez (Ulzana).
Dans les années 1880, un lieutenant de l'armée américaine poursuit avec sa patrouille un groupe de rebelles indiens. Le jeune militaire inexpérimenté, fils d'un pasteur non violent, découvre la haine raciale. Cadavres mutilés, colons torturés, fermiers massacrés jalonnent la route des peaux-Rouges. Mais, par delà l'ambiguïté évidente, Aldrich, profondément pessimiste, balayant d'une volée de flèches un humanisme utopique, démontre qu'il n'existe pas de guerre propre et n'excuse personne. Face au génocide organisé, la réaction des Indiens, qui luttent pour leur survie, ne peut qu'être d'une brutalité insoutenable. « Réac » Aldrich ? peut-être. lucide, sans doute. efficace, certainement.
Bite The Bullet
Réalisation : Richard Brooks
1975. Etats Unis. 131 minutes. Couleurs.
Gene Hackman (Sam Clayton), James Coburn (Luke Mathews), Candice Bergen (miss Jones), Ben Johnson (Mister).
Les Etats Unis à l'époque de Theodore Roosevelt. La Frontière est officiellement abolie. La conquête est terminée. L'Ouest devient un spectacle et le mythe se développe à des fins mercantiles. C'est ainsi qu'une course de chevaux à travers le pays est organisé par un journal. Des aventuriers de toutes sortes, attirés par le prix de deux mille dollars, s'inscrivent. Sam Clayton, lui, se contente de livrer un cheval. En retard, il se fait renvoyer et décide de participer à cette course semée d'embûches qui apparaît alors comme le « musée » de toutes les violences, mais aussi de tous les espoirs que l'Ouest a suscités. Sam et Luke, les héros, sont vieillissants, individualistes forcenés, incapable de se glisser dans cette société qui remplace le cheval par la motocyclette. Et si pour retarder le moment de leur mort, ils n'ont plus que ce succédané d'aventures, une immense soif de vie continue de les habiter.
Buffalo Bill et les Indiens
Buffalo Bill and The Indians
Réalisation : Robert Altman
1976. Etats unis. 120 minutes. Couleurs.
Paul Newman (Buffalo Bill), Joël Gray (Nate Salesbury), Kevin McCarthy (Major Burke), Harvey Keitel (neveu de Buffalo Bill), Frank Kaquitts (Sitting Bull), Geraldine Chaplin (Annie Oakley).
Après John McCabe (1971), Robert Altman continue de régler ses comptes avec la mythologie de l'Ouest en fracassant une de ses icônes : Buffalo Bill. Pas question donc le voir chevaucher dans les Grandes Plaines à la poursuite de bisons apeurés et d'Indiens récalcitrants. L'Ouest n'est plus ici qu'un immense décor, celui du spectacle que Bill a mis en scène pour perpétuer sa légende et le mensonge de la construction des Etats Unis. Le pouvoir des armes a cédé la place à celui de l'argent. Avec un humour caustique délectable, le cinéaste enfonce le clou : Piètre tireur, mauvais cavalier, cabotin alcoolique, incompétent vaniteux, notre « héros » américain est impuissant devant la sérénité et la grandeur de Sitting Bull, acheté à l'armée pour participer à sa grande revue western. Mais foncièrement pessimiste, le film s'achève sur la mort du chef indien, dernier rempart de la vérité contre l'imposture.
Réalisation : Arthur Penn
1976. Etats Unis. 126 minutes. Couleurs.
Marlon Brando (Lee Clayton), Jack Nicholson (Tom Logan), Randy Quaid (Little Tod), Kathleen Lloyd (Jane Braxton), Harry Dean Stanton (Calvin).
Depuis, « Le Gaucher » (1957), Arthur Penn, n'en finit pas de pervertir les canons d'un genre à l'agonie. Ses westerns iconoclastes sentent le souffre et suent l'ironie meurtrière. « The Missouri Breaks » sera l'ultime avatar de la longue relation conflictuelle du cinéaste avec une histoire de l'Ouest idéalisée par tant de réalisateurs. La lutte entre gros propriétaire et petit fermier devient une parabole assassine. Si Braxton, le premier pratique une justice expéditive et définitive, le second, Logan, son voisin, n'est qu'un vulgaire voleur qui se fait passer pour un honnête paysan afin de pouvoir continuer ses exactions. Entre les deux, Clayton, un tueur au service du plus fort. Lenteur et détachement sont les maîtres mots de ce western désenchanté, à la construction volontairement flottante et elliptique, à l'humour caustique, dont l'épilogue s'avère savoureusement immoral. Avare d'une action dont il ne montre que des fragments, Penn, refuse le spectaculaire au profit de la chronique et laisse à son duo d'acteurs géniaux une liberté judicieuse. Brando, dandy désabusé aux habits impossibles, apparaît comme un « justicier » cruel, infaillible, presque surnaturel. Quant à Nicholson, roublard et épanoui, épicurien assassin, il semble presque sympathique dans ce monde de violence, de trahison et de mort.
Danse avec les loups
Dance With the Wolves
Réalisation : Kevin Costner
1991. Etats Unis. 181mn. Couleur.
Kevin Costner (le lieutenant John Dunbar), Mary McDonnell (Dressée avec le poing), Graham Greene (Oiseau bondissant)
La guerre de sécession. Le lieutenant John Dunbar par désespoir se jette sur les lignes sudistes. Un volonté de suicide pour lui, un acte de bravoure pour ses supérieurs. et il devient héros malgré lui. Il choisit alors de se faire muter dans un poste isolé en plein territoire sioux. Kevin Costner tente dans ce premier film de réhabiliter la société indienne si maltraitée par l'invasion blanche. Ce film au rythme lent et hypnotique s'attache davantage à regarder l'eau des rivières, le vent dans les herbes et, malgré quelques séquences de combats impressionnantes, délaisse l'atmosphère belliciste du genre. Le travail ethnographique du réalisateur est sincère même s'il manque parfois de profondeur en nous offrant une image trop stéréotypée de la culture indienne (la sagesse, l'animisme). Mais la beauté douce et lumineuse de la réalisation, traversée par des éclairs de violence frappant aussi bien les soldats frustres et racistes que les Indiens condamnés, atténue ce schématisme. Une grande ouvre humaniste rongée par la culpabilité.
Unforgiven
Réalisation : Clint Eastwood
1992. Etats-Unis. 130mn. Couleur
Clint Eastwood (William "Bill" Munny), Gene Hackman (Little Bill Daggett), Morgan Freeman (Ned Logan), Richard Harris (English Bob).
William Munny, tueur célèbre et repenti, maintenant paisible fermier, reprend du service pour la bonne cause : une prostituée s"est fait défigurer par une brute qui se voit condamner à une amende symbolique par le shérif local. Révoltées par cette injustice ses copines se cotisent pour offrir une prime à qui abattra les deux hommes. Munny, hanté par le souvenir de sa femme décédée, finit par accepter et entraîne avec lui son camarade des mauvais jours, Ned Nolan. Dans un Ouest dépouillé de tous les artifices, l'héroisme n'est plus alors que la réponse ultime et dérisoire de quelques fantômes usés, sortis d'un passé jonché de morts qui le poursuit. Désabusé, Eastwood tisse un scénario habile, croque des personnages complexes et ambigus, déploie une mise en scène majestueuse et intelligente, transforme les plans romantiques et lyriques, images de marque de westerns glorieux, en images impitoyables maculées par une violence sadique, regard mélancolique sur un idéal à jamais perdu.
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