T.T. Flynn
Thomas Theodore Flynn Jr. (1902-1978)
Il n’a pas écrit que des westerns. Il est surtout connu pour The Man from Laramie en raison de l’adaptation cinématographique réalisée par Anthony Mann en 1955. Avant de se lancer dans l’écriture de romans « populaires », T.T. Flynn a été marin, chauffeur de taxi, employé dans les chemins de fer. Ses premiers récits ont été publiés en 1926 et il a surtout travaillé pour des magazines tels que Everybody’s Magazine, Dime Western Magazine, Western Story Magazine, Zane Grey’s Western Magazine et The Saturday Evening Post.
The Man from Laramie est tout d’abord paru au début de l’année 1954 dans The Saturday Evening Post en plusieurs épisodes (2 janvier, 9 janvier, 16 janvier, 23 janvier, 30 janvier, 6 février, 13 février, 20 février) avant d’être publié par l’éditeur Dell la même année. La publication en épisodes (sérialization) était fréquente pour ce genre d’ouvrage. Le roman compte 224 pages et l’on peut estimer à environ 28 pages chaque livraison. C’est le seul roman de Flynn porté à l’écran. Flynn s’est essayé à divers formats : roman (plus de 100 pages), novella (roman court, 46-100 pages), novelette (21-45 pages) et nouvelle (4-20 pages). Ses titres les plus connus sont : It’s Murder (1950), Murder Caravan (1950), Two Faces West (1954), The Man from Laramie (1954), The Angry Man (1956), The Man from Nowhere (1958) et Riding High (1961). Il a cherché à renouveler le genre du western, mais n’a jamais atteint la notoriété de Zane Grey, de Max Brand ou de Louis L’Amour. Il a également écrit des romans policiers sans égaler les grands noms du genre. C’est un solide artisan de la littérature populaire dont les ouvrages sont encore disponibles, souvent sous forme d’anthologies.
Information sur T.T.Flynn en anglais
T.T. Flynn wrote only a few westerns, but they were typical of the sort of novel being published in the 1950s, with complicated plots, sometimes involving mistaken identity, and often with an under-the-surface neuroticism replacing the usual thoughtless villainy. Several themes turn up over and over in these novels: selling rifles to the Indians in an effort to keep an area at arms; the use of a foreman or top hand to serve as the villain instead of the usual rancher; an older, often salty, female character to give a bit of social cohesion to the cast of characters. But mistaken identity is the most emphatic device Flynn uses, and it adds an additional ironic level to the novels.
George Walsh
Twentieth Century Western Writers, Geof Sadler (editor), St James Press, Chicago, (1991), p. 241.
Il s’agit d’une édition économique Dell Book publiée en juin 1954. Sur la couverture apparaît la mention, First Edition, mais on découvre à l’intérieur de la page de garde qu’il s’agit d’une deuxième impression - Second Printing. En outre, cette édition porte le numéro 14, un numéro qui ne correspond pas à la progression des numéros de série des ouvrages publiés par Dell dans le milieu des années 50. On peut en déduire qu’il s’agit d’une série spéciale, vraisemblablement à prix réduit car la qualité de la reproduction est très moyenne. Pourtant, l’illustration a été réalisée par un artiste de renom, Stanley Borack. Formé à l’Art Students League de New York, sous la direction de Frank Reilly, ce spécialiste du western a travaillé en 1952-53 pour Zane Grey’s Western Magazine. Il a fait une cinquantaine de couvertures pour Dell entre 1953 et 1955. À peu près à la même époque (1952-57), il a également travaillé pour des couvertures chez Pocket Books, Perma Books et The Lion Library.
Le trajet se prolonge par une descente d’abord légère puis plus accentuée jusqu’à l’arrêt du premier chariot (pl.4). Tous les signes avant-coureurs de la représentation de l’espace sont mis en valeur : le sens du trajet (du nord vers le sud), la descente et l’image d’un paysage dont l’horizon vient se fermer avec la falaise au pied de laquelle le personnage, interprété par James Stewart, annonce à son compagnon de route sa ferme intention de camper « ici » pour la nuit.
La scène représentée correspond à l’épilogue classique d’un western : le héros vient de tuer le « méchant » après un duel sans merci. Le règlement de comptes s’est vraisemblablement déroulé dans la rue principale de la ville dont on devine quelques bâtisses typiques de la région du Nouveau-Mexique. On pourrait y voir une allusion au décor du film. Bizarrement, les deux protagonistes se ressemblent : visages et coiffures presque identiques, chemises déchirées au même endroit.
En fait, cette scène ne figure à aucun moment dans le roman car Will Lockhart, le valeureux héros, tue le contremaître, Vic Hansbro à l’extérieur de la ville. De surcroît, lorsque Will Lockhart tire sur Vic Hansbro, il est blessé à la main droite et ne peut se servir que de sa main gauche. Cette blessure n’apparaît pas sur le dessin. Il ne peut s’agir de la mort de Frank Darrah, le trafiquant d’armes, puisque ce dernier est tué par les Apaches à la fin du roman.
Il n’est donc pas possible de reconnaître la victime. Tout porte à penser que cette illustration a été plaquée sans souci de conformité au roman.
Les textes en regard du roman
Ce manque de concordance entre l’image et le récit est confirmé par l’ensemble des textes qui viennent solliciter le lecteur potentiel. L’accroche qui figure sur la couverture souligne la distance parcourue et le mystère concernant l’identité du criminel :
He came a thousand miles - to kill a man he’d never met…
Il avait parcouru des milliers de kilomètres - pour tuer un homme qu’il n’avait jamais rencontré…
Le roman n’insiste pas outre mesure sur la distance parcourue par Will Lockhart - elle va de soi, Fort Laramie est dans le Wyoming et la petite ville de Coronado, où se déroule l’action, est située dans le Nouveau-Mexique. Quant à l’identité du criminel, elle est très vite révélée. Lockhart rencontre, à maintes reprises, Darrah, l’ambitieux marchand et homme d’affaires, avant que celui-ci ne soit finalement tué par les Apaches. À des fins publicitaires, cette accroche falsifie la teneur du roman. L’idée est reprise et même développée dans la quatrième de couverture :
Vengeance Trail
All the way down from Wyoming he came, a lone rider cutting across the blizzard-swept rim of the Rockies, through the scorched wastes of the desert, and finally into New Mexico Territory.
His name was Lockhart, and he carried with him a driving hate for an unknown man – a gun-runner whose blood money had bought Apache death for Lockhart’s brother.
Lockhart hadn’t met his man yet. But when he did, he knew it would be for the last time…
Sur la piste de la vengeance
Il s’en était venu des fins fonds du Wyoming. Cavalier solitaire, il avait franchi la crête des Rocheuses balayée par le blizzard, il avait traversé les étendues arides du désert pour finalement atteindre le territoire du Nouveau-Mexique.
Lockhart était son nom et il était habité d’une haine incoercible envers un homme qu’il ne connaissait pas - un trafiquant d’armes dont l’argent entaché de sang avait servi à monnayer la mort de son frère par les mains des Apaches.
Lockhart n’avait pas encore rencontré cet homme. Mais le jour venu, il savait que ce serait la dernière fois…
La trajectoire du héros telle qu’elle est décrite dans ce texte, renvoie aux codes de l’écran et ne se soucie pas de fidélité au roman. Il s’agit bien de donner à lire ce qui a déjà été vu à l’écran.
Le texte qui figure sur la page de garde est censé être un extrait du roman. Il fonctionne comme une bande annonce (a trailer) :
Bare Knuckles
The foreman lay in the dust of the street, his face beaten and puffed, his hair matted with sweat and grime. And over him stood Will Lockhart, swaying with a deadening fatigue that barely left him on his feet.
“Why’d you do it?” the man asked him.
“Well,” Lockhart said, “you might say on account of some good wagons of mine that burned up. Or you could blame it on a rope that dragged me a ways on the ground. But you’d be real close if you asked me about a brother of mine. Yeah, I guess I’d have to tell you. Because he’s dead…”
À poings nus
Le contremaître gisait dans la poussière de la rue, le visage tuméfié et boursouflé, les cheveux collés par la sueur et la saleté. Au-dessus de lui se dressait Will Lockhart, titubant de fatigue, au bord de l’épuisement, tout juste capable de tenir sur ses jambes.
‘Pourquoi vous avez fait ça ?’ lui demanda l’homme.
‘Hé bien’, lui répondit Lockhart, ‘on pourrait dire que c’est à cause de ces chariots que j’avais, qui étaient en bon état et qui ont brûlé. Ou bien on pourrait mettre ça sur le compte de ce lasso qui m’a traîné sur des mètres. Mais vous seriez bien plus près de la vérité si vous me posiez des questions à propos de mon frère. Ouais, je suppose qu’il me faudrait alors vous le dire. Parce qu’il est mort…
Dans le roman, c’est Alec Waggoman qui s’adresse à Lockhart:
Silently, Waggoman looked down at Hansbro’s mauled face. He turned and considered Will’s sweating exhaustion. His question was evenly put. “Why?”
“You’re Waggoman, of Barb?”
“I am.”
Will said with rough disinterest, “Ask your son. Ask you’re foreman.”
Alec Waggoman said evenly, “I am asking you.”
Will said then, coldly, “For twenty-six mules of mine they had shot at the salt lakes today. For four waggons of mine they had burned. For a rope that dragged me on the ground. Any other questions?”
The Man from Laramie, T.T. Flynn, Dell Publishing Company, Inc, New York, 1954, pp: 44-45.
En fait le texte qui figure sur la page de garde reproduit assez fidèlement la conversation entre Kate et Will à l’issue de la bagarre avec Vic Hansbro dans le film :
“Just what are you doing here Lockhart?”
“Well, you might say on account of some good wagons of mine that got burnt, you might blame it on a rope that dragged me through a fire, but you’d be closer if you asked me about my brother – just a kid – I can’t realize yet he’s dead.”
“Do you want to talk about it?”
“No, I’ve thought about it too much to talk, I’m going to do something about it.”
On peut donc en déduire que le roman a été publié en livre de poche après la sortie du film afin de profiter du succès de ce dernier.
Nombreux sont les titres de westerns qui font référence à un homme sans en révéler l’identité. On songe, entre autres, à Man Without A Star, King Vidor, 1955, Man of the West, Anthony Mann, 1958, The Man Who Shot Liberty Valance, John Ford, 1962. Dans les romans, la fréquence est également remarquable. La présence ou l’absence de l’article défini n’infléchit pas grandement le sens. Il s’agit de donner au héros un statut particulier, à la fois exemplaire et universel. Cet homme au destin si particulier nous ressemble. Toutefois, il lui faut garder sa part de mystère et c’est dans cette mesure que le titre s’affiche et se dérobe. L’identité du héros est à découvrir en lisant le roman ou bien en se rendant au cinéma. En l’occurrence, dans le roman de Flynn, l’identité est révélée dès la première page, à la troisième ligne. Son nom ne constitue donc pas une énigme. Il est même révélateur de certaines qualités propres au héros de westerns. Il s’appelle Will Lockhart. Le prénom Will suggère immédiatement la volonté, l’opiniâtreté, la ténacité. On songe à Will Kane, le shérif solitaire de High Noon (Le Train sifflera trois fois, Fred Zinnemann, 1952). Le patronyme est court, incisif. Il complète le prénom : cet homme a une douleur en lui qu’il a verrouillée (lock= serrure). Ce n’est pas son identité, à proprement parler, qui constitue l’énigme, mais plutôt sa fonction et son passé. Il s’agit en fait du capitaine Lockhart qui, à la faveur d’une longue permission, a décidé de retrouver l’assassin de son frère. Il dissimule son passé militaire, mais son nom est familier et, par recoupements, il est reconnu par certains personnages du roman. Il sera donc transporteur de sel, puis contremaître au service de Kate Canaday, maîtresse femme qui règne sur Half Moon, le ranch qui jouxte Barb, tenu par la main de fer d’Alec Waggoman. C’est Laramie qui renvoie le lecteur/spectateur au monde de la Cavalerie car il s’agit bien de Fort Laramie, le fort militaire destiné à protéger les pionniers des attaques indiennes alors qu’ils empruntaient la piste de l’Oregon. On remarquera au passage que la traduction française abandonne la référence au fort légendaire et lui préfère la référence plus vague à la plaine. Ainsi, L’Homme de la plaine suggère au spectateur français l’image du cavalier solitaire qui chevauche dans les grands espaces. Le jeu sur le passé du héros est escamoté par la traduction.
La référence à Fort Laramie inscrit la trajectoire du héros dans la légende. Le fort est situé dans le Wyoming, à des milliers de kilomètres du Nouveau-Mexique. Cela devrait lui assurer un certain anonymat au héros. Il est pourtant reconnu, car dans le monde de l’Ouest la distance amplifie la légende.
Le film est en général fidèle au roman, mais l’action a été resserrée, certains personnages ont été abandonnés, certaines scènes ont été supprimées, d’autres ont été rajoutées.
Les personnages
Le roman |
Le film |
Image |
| Will Lockhart : capitaine de l'US Cavalry. |
Will Lockhart : idem |
 |
| Alec Waggoman : propriétaire de Barb. |
Alec Waggoman : idem |
 |
| Dave Waggoman : fils d'Alec, trafique du bétail avec Frank Darrah. |
Dave Waggoman : fils d'Alec, trafique du bétail, falsifie les comptes et vend des armes aux Apaches. |
 |
| Vic Hansbro : contremaître de Barb , complice de Dave Waggoman. |
Vic Hansbro : contremaître de Barb , fiancé avec Barbara, vend des armes aux Apaches. |
 |
| Barbara Kirby : nièce d'Alec, fiancée de Frank Darrah. |
Barbara Waggoman : nièce d'Alec, fiancée de Vic Hansbro, tient un magasin. |
 |
| Frank Darrah : marchand, trafiquant d'armes fiancé de Barbara,. |
L'employé indien de Barbara s'appelle Frank Darrah d'après le générique. |
 |
| Kate Canaday : propriétaire de Half Moon , finit par épouser Alec. |
Kate Canaday : idem |
 |
| Jubal Kirby : père de Barbara. |
N'apparaît pas dans le film. |
|
| Charley Yuill : éclaireur à moitié indien. |
Charley Yuill : idem. |
 |
| Chris Boldt : tueur engagé par Frank Darrah. |
Chris Boldt : tueur engagé par Vic Hansbro. |
 |
| McGuire : l'employé de Frank Darrah. |
N'apparaît pas dans le film, il est remplacé par l'employé indien de Barbara. |
|
| Tom Quigby : Adjoint au Shérif |
Tom Quigby : idem |
 |
| Lieutenant Evans : US Cavalry |
N'apparaît pas dans le film. |
|
| Michael Lake : Colonel de l'US Cavalry. |
N'apparaît pas dans le film. |
|
Le nombre de personnages a été réduit dans le film afin de resserrer l’action. Le personnage le plus abject du roman, Frank Darrah a été éliminé. Frank Darrah est bien mentionné au générique sous les traits de John War Eagle, mais son rôle, en tant qu’employé de Barbara, est tout à fait secondaire. Dans le film, la vilenie est assurée par Dave Waggoman. Quant à Vic Hansbro, il constitue un personnage plus complexe et moins brutal qu’il ne l’est dans le roman. Ainsi, il est physiquement beaucoup plus impressionnant dans le roman et la première confrontation entre Will et Vic est d’une rare violence :
“
Hansbro could never have been struck so brutally. He tried to dodge, and the blow smashed the bearded corner of his mouth. The sound was meaty, squashy. Hansbro’s head was driven far over to the opposite shoulder. Incredibly, almost, the immense, muscular bulk of the man staggered back on high boot heels and pitched backward off the boardwalk.
Hansbro’s wide shoulders and broad back slammed down hard on the street and skidded in a gray roil of dust. Will went after him as stunned incredulity held every witness.”
The Man from Laramie, T.T. Flynn, Dell Publishing Company, Inc, New York, 1954, pp: 40.
La brutalité du coup que reçut Hansbro était inimaginable. Il essaya d’esquiver, et le poing s’abattit sur le coin de sa bouche, dans la barbe. Cela fit un bruit de chair flasque qu’on écrase. La tête d’Hansbro fut projetée brutalement de l’autre coté. Spectacle presque impensable, la masse immense et musculeuse de l’homme planté dans ses bottes à hauts talons, se mit à vaciller et, tout en reculant sur les planches de bois du trottoir, il perdit l’équilibre.
Les larges épaules de Hansbro et son dos de colosse heurtèrent brutalement le sol de la rue. Son corps dérapa dans un tourbillon de poussière grise. Will se précipita sur lui tandis que ceux qui observaient la scène n’en croyaient pas leurs yeux, incrédules.
Les scénaristes du film, Philip Yordan et Frank Burt, ont conféré une certaine noblesse au personnage de Hansbro et même lorsqu’il précipite Alec au fond du ravin, c’est à la suite d’une bousculade qui semble suggérer qu’il s’agît là d’un geste accidentel. Vic connaît dans le film, la fin de Darrah, dans le roman. Ce sont les Apaches qui exécutent le « méchant », le héros ne se salit pas les mains.
L’élimination de Darrah dans l’adaptation cinématographique a imposé l’idylle entre Vic Hansbro et Barbara. Cela aboutit à une simplification des relations entre les personnages, a occasionné la suppression de scènes devenues inutiles et a entraîné l’addition de scènes qui peuvent paraîtrent artificielles. Ainsi, la rencontre avec le prêtre Pueblo qui s’apprête à célébrer un mariage correspond à une nécessité scénaristique. Il s’agit pour Will de mesurer la relation entre Vic et Barbara. Au passage, les scénaristes incluent le discours du prêtre sur la différence entre les Indiens Pueblo pacifiques et les féroces Apaches.
Le personnage d’Alec Waggoman est assez fidèle au roman et l’on perçoit bien la complexité et la vulnérabilité de ce meneur d’hommes au pouvoir vacillant. Patriarche redouté, il règne sur des terres que ses yeux perçoivent de moins en moins. Les scénaristes ont rajouté la scène du rêve qui obsède Alec. Cela confère une dimension tragique à l’arrivée de Will tout en introduisant un leurre, car celui qui est vraiment venu tuer son fils n’est autre que Vic, celui qu’il considérait comme son deuxième fils.
“
Do you dream much Lockhart?”
“No, no.”
“You’re a lucky man. For years now, ever since Dave’s Ma died, I’ve made the same dream, two or three nights a week. It’s always the same. A stranger comes into my home.He’s tall, lean, like yourself. Has a voice like yours, even walks like you. (…) He comes with a gun in his hand. He comes to kill my boy, my Dave. I know it’s only a dream and I’d rest much easier if you hadn’t come to Coronado.”
-
Vous rêvez beaucoup, Lockhart?
- Non, pas vraiment.
- Depuis des années, depuis la mort de la mère de Dave, je fais le même rêve, deux ou trois fois par semaine. C’est toujours le même. Un inconnu arrive chez moi. Il est grand, mince, il vous ressemble. Il a votre voix, et même votre démarche. Il arrive avec une arme au poing. Il vient tuer mon gars, mon Dave. Je sais que ce n’est qu’un rêve, mais je me sentirais bien mieux si vous n’étiez pas venu à Coronado.
| Le roman |
Le film |
Image |
| Coronado |
Idem |
 |
| Le magasin de Frank Darrah. |
Le magasin de Barbara. |
 |
| Barb |
Idem |
 |
| Half Moon |
Idem |
 |
| Lagon de sel (salt lagoon) |
Idem |
 |
| Roxton Springs (ville voisine de Coronado) |
N'apparaît pas dans le film. |
|
| Prison de Roxton Springs |
Prison de Coronado |
 |
| Entrepôt d'armes |
Chariot dissimulé sous des branchages. |
 |
Roxton Springs a été éliminé dans le film car ce lieu est étroitement associé à la présence de Frank Darrah dans le roman. C’est à Roxton Springs que Darrah utilise les services de Chris Boldt qu’il finit par assassiner. Accusé à tort du meurtre de Chris Boldt, Lockhart est emprisonné à Roxton Springs. Le film fait l’économie de cet épisode pour rendre le déroulement du récit plus efficace.
Pour des raisons similaires, l’incendie de
Half Moon perpétré par les hommes de
Barb, qui accusent Kate d’avoir volé du bétail, ne figure pas dans le film. Toutefois, le film reprend de nombreuses scènes violentes figurant dans le roman. Elles ont surpris sinon choqué les spectateurs de 1955, notamment celles qui impliquent Dave Waggoman. Ainsi le mise à sac des chariots, la lutte sans merci entre Hansbro et Lockhart, l’ignoble vengeance de Dave, la mort de Dave, l’accident d’Alec et enfin la mort de Hansbro donnent au film une tonalité sombre et ténébreuse que viennent renforcer la quête de Will et la vulnérabilité d’Alec.
Le film reprend la thématique du cavalier solitaire qui s’en va rejoindre son affectation et qui ne peut s’encombrer d’une femme, même s’il éprouve quelque sentiment tendre pour elle. Le mariage annoncé est celui de Kate et d’Alec.
Le roman est moins conforme au code du western puisque le lecteur devine que Will et Barb iront vivre ensemble à Fort Laramie. Le Happy Ending fonctionne comme s’il s’agissait de laver le récit de toute cette violence :
“It was in her eyes, shining in her look, all the years to be not missed as that graying couple in the next room had missed. Will drew Barbara down, and she came to him, her smooth cheek against his rough face – beyond all doubt, Will knew now, riches enough for any man.
The Man from Laramie, T.T. Flynn, Dell Publishing Company, Inc, New York, 1954, pp: 224.
Il pouvait le lire dans ses yeux, une lueur brillait dans son regard, toutes ces années qu’il ne fallait pas gâcher, ne pas suivre l’exemple de ce couple aux cheveux gris dans la pièce d’à côté. Will attira Barbara vers lui, et elle se pencha vers lui, offrant ainsi la douceur de sa joue contre la rugosité de son visage. À n’en point douter, Will savait désormais qu’il s’agissait là de richesses qui pouvaient satisfaire n’importe quel homme.