Anthony Mann au baccalauréat
Il y avait, depuis quelques années, une vieille envie de western et d’Amérique qui traînait…
Elle a trouvé sa route, sa ville, son héros.
De Fort Laramie à Coronado, nous arrive Lokhart au regard lavé, l’homme de la plaine.
C’est un beau western classique et symbolique.
Avec ses codes, ses archétypes, sa morale ; avec ses couleurs, ses espaces, sa musique ; un shérif, des cow-boys, des indiens, deux vieux sages, trois jeunes fous, une jolie fille. Des bois et des ?
C’est un beau western complexe, beaucoup plus qu’il n’y parait. Un western de fin de genre.
Avec des replis de l’âme, des amours haine, des passés plombés, des mâles improbables, des trajets contrariés.
C’est enfin un western moderne et engagé qui nous dit l’histoire d’une Amérique en marche vers son identité : celles des frontières abolies et du métissage, celle des vengeances inouïes et du goût du juste, celle du grand Hollywood et de la figure singulière et décalée de Jimmy…
Les élèves qui vivent l’Amérique d’aujourd’hui sauront en retrouver les prémices.
Il est honnête ces jours-ci de chercher un peu au-delà des écrans quotidiens, dans l’étonnant cinémascope, une grande image de l’horizon des plaines américaines.
Il est rassurant de trouver au fond du regard bleu et triste de Lokhart un rêve oublié.
«
Nous nous sommes tous mis à guetter ce visage de l’Amérique. Un poète nous avait appris qu’un peuple, c’est un immense visage qui emplit l’horizon. Pouvions-nous l’imaginer autrement que comme le visage d’un cow-boy, un immense cow-boy aux yeux justement « intrépides et purs », surgi du fonde l’Ouest de notre enfance ? » Chris Marker, Commentaires, 1961
L’homme de la plaine n’est pas un film de hasard !
Christine Juppé-Leblond
IGEN cinéma et audiovisuel
Novembre 2004