"L'héritage de Méliès"
La traversée du miroir

Naissance de l'expression "Effets spéciaux"A venirTéléchargement

Dominique Coujard

1 - Les trucages : une nécessité économique
2 - les premiers "effets spéciaux"
 

Les trucages deviennent rapidement une nécessité économique


Pendant que Georges Méliès s'adonne à ses "trucs" par arrêt de caméra, surimpressions etc., les américains explorent d'autres pistes
  • La peinture sur verre :

    Norman O'Dawn met au point la peinture sur verre (technique reprise de la photographie, elle même reprise de la lanterne magique) pour améliorer ses courts reportages tournés en Californie à l'occasion des tremblements de terre...

  • Cache/ Contrecache

    Porter en 1903 utilise cette technique dans le film Great train robbery pour donner l'illusion qu'un paysage réel défile derrière la fenêtre du wagon d'un train...

  • Destinée d'un "petit bois de houx"

    Hollywood (éthymologiquement bois de houx) est d'abord un ranch établi en 1886 par Horace Wilcox...En 1906 c'est un village de 200 habitants, vite annexé par Los Angeles, alors en pleine expansion grâce aux réserves pétrolifères du sous sol californien. Sa lumière, son climat attirent les premiers metteurs en scène (comme Nice et la Côte d'Azur en France avec Gaumont et Pathé ): David G. Griffith s'y installe et tourne Intolérance en 1916 avec 10.000 figurants, un décor gigantesque qui s'étend sur plus d'1 km et 1/2 et mesure plus de 70 mètres de haut : "Je voudrais -dit Griffith- que mon film soit un flot puissant d'émotion" et pour cela il recourt à des procédés inusités jusque là :

    • Le premier travelling.

      Un reportage à Venise avait déjà permis de voir des images tournées d'un caméra placée sur une gondole mais Griffith a délibérément choisi de placer sa caméra à l'avant d'une voiture pour filmer une course poursuite...Ce fut le premier travelling ( "travel" en anglais signifie voyage)

    • Le premier gros plan.

      Griffith expérimente la force émotionnelle du gros plan sur le visage de Mary Pickford, "la petite fiancée de l'Amérique". Les producteurs sont furieux : "le public paie pour voir l'actrice en entier !" et Mary fond en larmes en voyant le gros plan de sa bouche à l'écran.


  • Economie et sécurité font progresser les techniques des trucages

    Griffith se déclare hostile aux trucages tout en les utilisant car des décors comme celui d'Intolérance coûtent une fortune : remplacer un décor par une peinture va devenir monnaie courante en allégeant le budget alloué au film.

    Par ailleurs les cascades des acteurs ne sont pas dénuées de risques ! Buster Keaton qui ne jure que par le direct" doit rapidement s'y résoudre après quelques cuisantes blessures.

    La crise de 1929 accélère l'innovation technologique : ainsi la projection de décors filmés tend à réduire les coûts de production. Par ailleurs la Truca, mise au point en 1929 en France, destinée à l'origine à dupliquer les films évolue et autorise dorénavant les ralentis, les accélérés, les inversions, jusqu'à la composition du travelling mate (dans les années 50).





Le premier travelling

Mary Pickford


"Les premiers effets spéciaux"


Tous les effets spéciaux sont donc connus et utilisés dès la fin des années 30. Le terme "effets spéciaux" apparaît pour la première fois au générique de What price glory, un film de Raoul Walsh qui sort en 1927. Parallèlement des départements d'"effets spéciaux" s'ouvrent dans les studios de production...et bientôt dans les écoles de cinéma.

Les trucages sont désormais utilisés dans deux types de films :
-les films fantastiques : ( Frankenstein, l'homme invisible etc.).
- les films "réalistes" ( trucages effectués dans un souci d'économie et de sécurité : ex. films contenant des cascades etc.).

"Dans tout trucage, il y a un reste de la magie de Méliès, celle de l'enfance retrouvée du spectateur, qui se prend au jeu et s'émerveille d'images inédites ; dans tout trucage, il y a aussi un plaisir technologique, un goût de "l'image bien faite", un jeu avec la connaissance technologique de chacun. Magie et technologie, fantastique ou réalisme, cohabitent dès la naissance du trucage -et du cinéma- pour donner naissance à l'effet spécial." ( Réjane Hamus, in Repérages n°4, 1999).


"Au service de la gloire" de Raoul Walsh, août 1927