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Dominique Coujard La lanterne magique fait son apparition vers 1640. C'est un appareil équipé d'un système de projection lumineuse qui doit beaucoup aux efforts conjugués de Descartes et Kepler. La lanterne est un de ces objets qui permettent les jeux d'ombre et de lumière, jeux qui ont toujours fasciné l'Homme : la projection d'ombres est un spectacle qui était déjà prisé dans plusieurs civilisations antiques. Certains pensent que la projection d'ombres aurait inspiré Platon pour l'allégorie de la caverne. |
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| De la camera obscura à la lanterne magique
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La lanterne entre au théâtre dans les spectacles de fantasmagories Les étranges spectacles que montaient le père Kircher mettaient la Mort en scène avec sa faux et ses diables. Des plaques naïvement peintes montrent le cauchemar : c'est une horrible bête qui est en train de dévorer un dormeur; c'est le bouillon qui se met à causer : un être surgit de la marmite ! ou le croquemitaine, créature gigantesque à tête de brontosaure, qui attend une petite fille au détour d'un chemin. Ces créatures infernales remuent (il s'agit de plaques animées)... Le spectacle de lanterne magique va évoluer grâce à l'ingéniosité d'un précepteur à la retraite Etienne-Gaspard Robert qui ne savait que faire de son temps libre de jeune retraité ! : suivant les idées du précepteur du Dauphin (fils de Marie Antoinette), le Comte de Paroy, il créa un spectacle de lanterne magique pour les enfants puis ouvre en 1798 à Paris le premier théâtre de fantasmagories : "On place au milieu de la salle une grande toile qui sépare les spectateurs de l'opérateur; celui-ci tient à la main une lantenre magique, dont les verres représentent un spectacle menaçant, un fantôme". ...Nous ajoutâmes de petites mécaniques à chariot destinées à faire avancer, grossir, rapetisser et disparaître les objets à volonté...En plaçant l'appareil tout près, le spectre ne semble qu'un point; en l'éloignant progressivement, le spectre grandit, semble s'approcher peu à peu et se précipiter vers les spectateurs".C'est ainsi que dans son théâtre parisien, il fait revenir Virgile, Voltaire, Lavoisier ! Supplié par un spectateur, il fait apparaître sa femme défunte mais Louis XVI n'apparaîtra pas malgré la demande d'un chouan !(nous sommes sous la Révolution). L'abbé Robert (lorsqu'on était institueur à l'époque, on prenait souvent le petit collet...) surnommé Robertson mit au point le fantascope, appareil à deux objectifs, à mise au point automatique par came, permettant le fondu enchaîné : mais c'est en 1839 que la lanterne à "dissolving views" fut réellement son apparition en Angleterre, associée à des dispostifis mécaniques d'effets spéciaux compliqués à mettre en oeuvre : car explique Moltoni, un des constructeurs de ces systèmes, le côté le plus intéressant de ces modes de représentation est d'obtenir plusieurs transformations successives d'une même vue, que l'on fait passer du jour à la nuit, de l'été à l'hiver. On peut aussi donner de l'animation à la vue déjà projetée sur l'écran, en la complétant par des effets complémentaires d'aurore boréale, de neige, d'incendie, etc... Suivons la construction d'un spectacle utilisant cette technique : "Plaçons dans la lanterne A un paysage d'été et dans la lantenre B un paysage d'hiver...Si nous voulons faire tomber de la neige sur la vue d'hiver, nous retirons la vue d'été de l'appareil A qui est fermé, et nous mettons à sa place le mécanisme en usage pour faire tomber la neige" Ainsi le paysage d'été se fond-il avec celui d'hiver. Mais une des conditions d'un fondu correct est l'accroissement de l'intensité d'une source lumineuse (objectif A) directement proportionnel à la décroissance de l'autre (objectif B). Il considère démodé le dissolver anglais : dans cet appareil, une lame dentée, qui ressemble à une fourchette à quatre dents, passait lentement devant un des objectifs pour le masquer progressivement, tandis qu'une seconde lame identique découvrait le second objectif. Molteni propose alors des couplages mécaniques associés à des variations d'intensités lumineuses: les lanternes marchant à la lumière oxhydrique, il leur faut une alimentation en oxygène et hydrogène, Molteni préconise l'obtention d'un fondant à l'aide d'un robinet particulier qui barre la route à l'oxygène pour la lanterne qui ne fonctionne pas . Avant la découverte de ce procédé les opérateurs avaient trouvé comme Molteni que " lorsqu'un tableau a été projeté, il faut le retirer de la lanterne pour le remplacer par un autre. Pendant le changement on doit ou fermer l'objectif, ou laisser l'écran en pleine lumière. Cela fait assez mauvais effet dans l'un ou l'autre cas.". Le fondu est ainsi une avancée majeure car il permet la continuité, élimine la rupture qui détruit l'illusion. |
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| La lanterne sort du théâtre et entre à l'école. Le dernier théâtre qui a proposé des spectacles de fantasmagories est le théâtre du Chat Noir qui ouvre en 1881. Le public va s'orienter vers le théâtre des attractions dans lequel le "clou" du spectacle est un "truc" qui fait appel à une machinerie souvent très sophistiquée et complexe intégrée dans le décor et bien sûr cachée au spectateur. Nulle "histoire" dans ces spectacles, uniquement des effets spéciaux (le terme n'existe pas encore) qui permettent de "voir" par exemple l'éruption du Vésuve sur la scène. La lanterne magique déserte alors le théâtre et entre dans la salle de classe grâce notamment au Comte de Paroy : Mai 1791 dans les appartements de Marie Antoinette : Le comte de Paroy, précepteur du Dauphin (qui devait être Louis XVII) est confronté à un grave problème : " Ah Maman, si tu savais comme c'est ennuyeux la grammaire ! " dit le bambin âgé de six ans" Je le conçois , s'écria-t-elle, mon fils est si vif qu'il ne peut s'appliquer. (déjà ! ndlr). Il retient bien ce qu'il entend, mais, s'il faut fixer son attention sur un livre, cela le dégoûte tout de suite. Il faudrait une autre manière d'enseigner aux enfants Qu'en pensez-vous, Monsieur de Paroy ? C'est ainsi que le précepteur proposa le premier d'utiliser la lanterne magique comme outil pédagogique car dit-il " le goût vif des enfants pour la lanterne magique m'a toujours frappé et m'a inspiré de la rendre utile en en changeant les sujets et en les multipliant par un procédé que je possédais de transporter la gravure d'une estampe sur le verre. De cette façon je pourrais avoir un grand nombre d'exemplaires du même sujet et les propager à un prix modique Ce moyen d'éducation se propagerait de la Chine au Canada " Molteni, constructeur de lanternes défend l'utilisation du système dans plusieurs écrits (1884) qui font frémir les tenants de la pédagogie classique : "En projetant...on facilite l'enseignement d'une façon notable. Cela permet de mettre de la variété. Instruire en s'amusant, c'est ouvrir l'esprit de l'élève, lui donner le désir d'aller au delà de ce qu'on enseigne...d'y trouver un moyen de plaisir au lieu de quelque chose de rebutant qui n'inspire que du dégoût et de la lassitude". "Malheureusement, tel a été jusqu'ici, en général, le résultat produit par l'enseignement. Au lieu d'inspirer le désir de savoir et d'APPRENDRE A APPRENDRE". Aristophane et Molière proposaient déjà le spectacle comme outil pédagogique... | La lanterne, du spectacle à l'instruction...
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