| Baccalauréat
: épreuve anticipée de français
(séries générales et technologiques) |
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Sommaire
:
Objets d’étude : Le théâtre - texte et représentation. Convaincre, persuader et délibérer |
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Séries
technologiques |
| A. Marivaux,La Colonie, scène 13, 1750, Bibliothèque de la Pléiade, N.R.F. |
| B. Beaumarchais,Le Mariage de Figaro, Acte III, scène 16, 1784, Éditions Garnier-Flammarion. |
HERMOCRATE. —
Mais qu’est-ce que c’est que cette mauvaise plaisanterie-là ? Parlez-leur
(1)
donc Seigneur Timagène, sachez de quoi il est question.
TIMAGÈNE.
— Voulez-vous bien vous expliquer, Madame ?
MADAME SORBIN. —
Lisez l’affiche, l’explication y est.
ARTHÉNICE.
— Elle vous apprendra que nous voulons nous mêler de tout,
être associées à tout, exercer avec vous tous les emplois,
ceux de finance, de judicature (2), d’épée.
HERMOCRATE. —
D’épée, Madame ?
ARTHÉNICE.
— Oui, d’épée, Monsieur ; sachez que jusqu’ici nous
n’avons été poltronnes que par éducation.
MADAME SORBIN. —
Mort de ma vie ! qu’on nous donne des armes, nous serons plus méchantes
que vous ; je veux que dans un mois nous maniions le pistolet comme un
éventail : je tirai ces jours passés sur un perroquet, moi
qui vous parle.
ARTHÉNICE.
— Il n’y a que de l’habitude à tout.
MADAME SORBIN. —
De même qu’au Palais à tenir audience, à être
Présidente, Conseillère, Intendante, Capitaine ou Avocate.
UN HOMME. —
Des femmes avocates ?
MADAME SORBIN. —
Tenez donc, c’est que nous n’avons pas la langue assez bien pendue, n’est-ce
pas ?
ARTHÉNICE.
— Je pense qu’on ne nous disputera pas le don de la parole.
HERMOCRATE. — Vous
n’y songez pas, la gravité (3) de la
magistrature et la décence du barreau ne s’accorderaient jamais
avec un bonnet carré sur une cornette (4)
!
ARTHÉNICE.—
Et qu’est-ce que c’est qu’un bonnet carré, Messieurs ? Qu’a-t-il
de plus important qu’une autre coiffure ? D’ailleurs, il n’est pas de notre
bail, non plus que votre Code ; jusqu’ici c’est votre justice et non la
nôtre ; qui va comme il plaît à nos beaux yeux quand
ils veulent s’en donner la peine, et si nous avons part à l’institution
des lois, nous verrons ce que nous ferons de cette justice-là, aussi
bien que du bonnet carré, qui pourrait bien devenir octogone si
on nous fâche ; la veuve ni l’orphelin n’y perdront rien.
1.
leur
: Hermocrate désigne de la main, à l’intention de Timagène,
toutes les femmes qui se pressent devant l’affiche des «droits de
la femme».
2.
judicature
: tout ce qui concerne les professions de justice.
3.
gravité
: sérieux.
4.
bonnet
carré : coiffe des juges ; cornette : coiffe des femmes.
FIGARO, exalté.
— […] Bon Docteur, si vous me rendez à ma noble famille,
mettez un prix à ce service ; des monceaux d’or n’arrêteront
pas mes illustres parents.
BARTHOLO, montrant Marceline.
— Voilà ta mère.
FIGARO. — … nourrice
?
BARTHOLO. — Ta propre mère.
LE COMTE. — Sa mère
!
FIGARO. — Expliquez-vous.
MARCELINE, montrant Bartholo.
— Voilà ton père.
FIGARO, désolé.
— Oooh ! aie de moi !
MARCELINE. — Est-ce que
la nature ne te l’a pas dit mille fois ?
FIGARO. — Jamais.
BRID'OISON. (5)
— C’est clair, i-il ne l’épousera pas.
BARTHOLO. — Ni moi non plus.
MARCELINE. — Ni vous ! Et
votre fils ? Vous m’aviez juré.
BARTHOLO. — J’étais
fou. Si pareils souvenirs engageaient, on serait tenu d’épouser
tout le monde.
BRID'OISON. — E-et si l’on
y regardait de si près, personne n’épouserait personne.
BARTHOLO. — Des fautes si
connues, une jeunesse si déplorable !
MARCELINE, s’échauffant
par degrés. — Oui, déplorable, et plus qu’on ne le croit
! Je n’entends pas nier mes fautes, ce jour les a trop bien prouvées
! mais qu’il est dur de les expier après trente ans d’une vie modeste
! J’étais née, moi, pour être sage et je la suis devenue
sitôt qu’on m’a permis d’user de ma raison. Mais dans l’âge
des illusions, de l’inexpérience et des besoins, où les séducteurs
nous assiègent, pendant que la misère nous poignarde, que
peut opposer une enfant à tant d’ennemis rassemblés ? Tel
nous juge si sévèrement, qui peut-être en sa vie a
perdu dix infortunées !
FIGARO. — Les plus coupables
sont les moins généreux ; c’est la règle.
MARCELINE, vivement.
— Hommes plus qu’ingrats, qui flétrissez par le mépris les
jouets de vos passions, vos victimes ! c’est vous qu’il faut punir des
erreurs de notre jeunesse ; vous et vos magistrats, si vains du droit de
nous juger, et qui nous laissent enlever, par leur coupable négligence,
tout honnête moyen de subsister. Est-il un seul état pour
les malheureuses filles ? Elles avaient un droit naturel à toute
la parure des femmes : on y laisse former mille ouvriers de l’autre sexe.
(6)
FIGARO, en colère.
— Ils font broder jusqu’aux soldats.
MARCELINE, exaltée.
— Dans les rangs même plus élevés, les femmes n’obtiennent
de vous qu’une considération dérisoire ; leurrées
de respects apparents, dans une servitude réelle ; traitées
en mineures pour nos biens, en majeures pour nos fautes : ah ! sous tous
les aspects, votre conduite avec nous fait horreur, ou pitié !
FIGARO. — Elle a raison
!
LE COMTE, à part.
— Que trop raison !
5.
Brid’oison
est le nom du juge.
6.
Depuis que des manufactures existent, les travaux traditionnellement féminins
exécutés dans les campagnes de manière artisanale
sont devenus des travaux d’hommes. Avant la « révolution industrielle
», il y avait déjà eu une révolution artisanale.
Reformulez les principaux arguments d'Arthénice, de Madame Sorbin et de Marceline.II. Vous traiterez ensuite un de ces trois sujets (14 points) :
1. Commentaire
Vous commenterez l’extrait du Mariage de Figaro à partir du parcours de lecture suivant :- Montrez que le texte relève du genre de la comédie.
2. Dissertation
- Cette scène a été en partie censurée lors de la création en 1784. Analysez quels éléments du texte ont pu entraîner cette interdiction.Le théâtre est-il selon vous une bonne tribune possible pour défendre des idées ?3. Invention
Vous répondrez à cette question en un développement composé, prenant appui tout à la fois sur les textes qui vous sont proposés, ceux que vous avez étudiés en classe, vos lectures personnelles et votre expérience de spectateur.Écrivez une courte scène théâtrale dans laquelle une Marceline moderne intervient devant un auditoire masculin hostile pour réclamer une insertion de plus en plus réelle des femmes dans la société.Indications complémentaires :- Le dialogue théâtral fera alterner courtes tirades et échange de répliques. Vous pourrez donner des indications de mise en scène ou de jeu d'acteur (didascalies).
- Vous imaginerez librement la situation dans laquelle se trouve placée cette Marceline contemporaine (cadre, interlocuteurs).
Commentaires et éléments de corrigésA. Présentation du sujetLe sujet retenu présente la particularité d’inscrire le travail au croisement de deux objets d’étude, « Le théâtre, texte et représentation » et « Convaincre, persuader, délibérer ». Il propose en effet à l'élève d'étudier le théâtre comme lieu d’enjeux politiques et sociaux, comme une tribune ouverte sur les débats de société. Il permet donc d'aborder la dimension argumentative, voire polémique du dialogue théâtral, mais aussi de réfléchir sur les différentes formes que peut revêtir l'argumentation, et particulièrement sur la spécificité du théâtre : le lien entre texte et représentation n'est pas absent de cette problématique. En outre, les textes du corpus présentent une riche palette de registres : le correcteur pourra ainsi évaluer les capacités de l'élève à les identifier mais aussi et surtout à en comprendre l'enjeu, à en apprécier les procédés et à les mettre en rapport avec le jeu de l'acteur.Le texte de Marivaux s’inscrit dans une tradition antique - l’émergence d’une conscience politique féminine déjà présente dans Lysistrata d’Aristophane - mais surtout dans un thème à la mode au XVIIIème siècle : l’émancipation des femmes et des filles. Nous retrouvons ainsi certains thèmes de l’Ile des esclaves et de l’Ile de la raison, thèmes ardemment débattus dans le salon de Mme de Lambert que fréquentait Marivaux. L’extrait de la pièce de Beaumarchais inscrit la revendication féminine dans un contexte économique préindustriel, celui de la révolution artisanale qui, par l’émergence des manufactures, privait les femmes de métiers traditionnellement féminins exécutés dans les campagnes. Le sujet offre donc une réflexion
qui allie dans un registre mi- comique mi- sérieux des inquiétudes,
des ressentiments, des revendications destinés à affirmer
les « droits des femmes » d’une part dans l’univers anhistorique
de l’utopie, d’autre part dans un enracinement économico-social
préindustriel.
B. QuestionReformulez les principaux arguments d'Arthénice, de Madame Sorbin et de Marceline.La question appelle un travail de repérage et de reformulation qui pousse l’élève à entrer dans la stratégie argumentative de trois personnages ; ce faisant il découvre la place, la nature et la forme des principaux arguments, travail qui lui permettra de mieux cerner la deuxième piste du commentaire (« Cette scène a été en partie censurée lors de sa création en 1784. Analysez quels éléments du texte ont pu entraîner cette interdiction » ), la problématique centrale de la dissertation (« Le théâtre est-il selon vous une bonne tribune possible pour défendre des idées ? » ) et la composante majeure du texte de Beaumarchais, point d’appui pour mener à bien l’écriture d’invention (« Ecrivez une courte scène théâtrale dans laquelle une Marceline moderne intervient devant un auditoire masculin hostile pour réclamer une insertion de plus en plus réelle des femmes dans la société » ). Proposition de corrigé Arthénice
C. CommentaireLe texte retenu utilise le théâtre comme une tribune. On comprend que ce passage, prononcé à une époque et dans une société ouvertement inégalitaires, ait suscité la censure.Les axes directeurs sont donnés par le libellé du sujet. Le présent travail ne propose que quelques pistes destinées à organiser l’étude. Proposition de corrigé I. Un texte qui relève
du genre de la comédie
1. On attend qu'un élève définisse les personnages de la comédie.II. Un texte polémique, ce qui explique la censureIls appartiennent à l'univers quotidien (un père, une mère, un médecin au contraire des personnages de la tragédie qui appartiennent à l'univers des grands. L'élève trouve dans le texte les indices lui permettant de prouver que les personnages appartiennent bien à l'univers de la comédie.2. Les questions en jeu dans la comédie relèvent de la vie quotidienneici, l'éducation des filles.3. La comédie est définie par les registres comique et satirique : 1. Le réquisitoire de Marceline contre les hommes et une société discriminatoire.
Le texte a été censuré dans la mesure où il remet en cause l'ordre social. D. DissertationProposition de corrigéL'élève peut par exemple adopter une organisation selon le mouvement concessif : « certes…, mais… ». I. Le théâtre est un phénomène social, un art public et collectif qui se prête au débat d’idées. 1. Le dialogue théâtral se prête au débat d’idées.II. Le théâtre est une tribune efficace mais risquée.Importance du dialogue argumentatif, forme vivante, héritière du dialogue philosophique. Analyse des scènes du corpus. Les élèves peuvent faire allusion aux scènes argumentatives chez Molière où chaque personnage défend sa thèse.2. La double énonciation théâtrale.Les idées s'incarnent dans des personnages. Le texte théâtral est principalement constitué de dialogues, mais les personnages s’adressent autant, sinon davantage, au public qu’aux autres protagonistes. Le public est interpellé, sommé de juger les situations, les discours et les comportements. Par exemple, à travers Marceline, Beaumarchais interpelle ses contemporains.3. L’action théâtrale repose sur le conflit et la crise.Les conflits et les crises mis en scène reflètent les conflits et les crises de la société. Par exemple, le conflit entre le héros aristocrate et le pouvoir royal dans le théâtre de Corneille ; ou encore les conflits entre le maître et le valet de Molière à Hugo (Ruy Blas) sans oublier, naturellement, le théâtre de Beaumarchais. 1. Le théâtre permet de dénoncer les injustices sociales.ConclusionMarceline et la question des femmes. Le monologue de Figaro qui pose le problème des privilèges de la naissance.2. Le théâtre permet de poser des problèmes politiques.Le théâtre d’Aimé Césaire qui dénonce le colonialisme ou celui de Genet.3. Le théâtre s’expose à le censure et au malentendu. Le théâtre est un miroir de la société, un porte-parole des idées de l’auteur dont il est cependant difficile parfois de déceler les intentions. L’auteur s’exprime à travers plusieurs personnages, il pose des questions sans forcément y répondre. Peut- on penser que le théâtre, par les débats qu’il propose, est un art particulièrement propice à l’éveil d’une conscience citoyenne ?NB. Les exemples sont donnés à titre totalement indicatif. L'élève doit s'appuyer sur sa culture et éventuellement sur sa propre expérience du théâtre. On attend essentiellement de l'élève une argumentation qui repose sur la spécificité du genre théâtral. Dans la deuxième partie, on admettra que l'élève considère le théâtre comme un genre divertissant et donc peu propice à l'engagement. E. InventionCritères d’évaluationLe sujet d’invention s’inscrit dans la logique des textes retenus et se situe explicitement au croisement des deux objets d’étude ; c’est la raison pour laquelle le professeur portera, dans son évaluation, une attention toute particulière aux trois éléments qui constituent la particularité du sujet :
Ministère
de l’éducation nationale – Direction de l’enseignement scolaire
E.A.F. Annales
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| N.B.
Sujet et commentaires
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| Inspection
pédagogique régionale des Lettres,
académie de Nancy-Metz |