| Baccalauréat
: épreuve anticipée de français
(séries générales et technologiques) |
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Sommaire
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Objets d’étude : La poésie ; convaincre, persuader et délibérer |
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Commentaires et éléments de corrigésA. Présentation du sujetIl concerne deux objets d’étude. Les élèves ont au cours de l’année étudié la poésie, mais aussi le dialogue dans le cadre de l’argumentation. L’un des intérêts du texte choisi provient de ce qu’il tresse inextricablement la forme dialoguée et l’esthétique ici exposée : l’art poétique de la vigilance devant les séductions du rêve et du langage trouve dans la contestation apportée par la division des voix et des points de vue une parfaite réalisation. Le texte proposé est un extrait du dialogue appelé « La promenade sous les arbres » donnant son titre au volume de 1980. Il reproduit les treize premières répliques d’un dialogue qui en comporte seize. C’est donc la quasi- totalité du texte qui se trouve proposée ; cependant, le corpus ne constitue pas une « oeuvre intégrale ». La coupure proposée a souhaité tenir compte de la difficulté du texte, qu’il ne fallait pas alourdir de remarques philosophiques dans les dernières répliques du dialogue. L’ambiguïté générique (le texte constitue une prose poétique et réflexive, mais pas un poème en prose à proprement parler) et la subtilité de la réflexion proposent un sujet déjà suffisamment exigeant : Il n’était pas nécessaire d’y ajouter la longueur du texte ou la complexité croissante du débat mené. C’est un même raisonnement qui a conduit à réserver ce sujet à la série littéraire, quand les objets d’étude auxquels il renvoie appartiennent au programme de toutes les séries.Un tel sujet est l’occasion
de rappeler qu’un seul texte peut à lui seul constituer le corpus
fourni lors de l’examen. L’art poétique examiné dans le
dialogue conduit à une expression personnelle, expliquant ce
que le candidat peut attendre de la poésie (dissertation) ou
invitant à une célébration du langage (invention).
B. QuestionCette question préalable ouvre aux trois sujets. Elle fournit une entrée dans le commentaire en attirant l’attention des élèves sur la forme dialoguée et sa fonction dans l’exposition des idées. Elle permet d’amorcer une réflexion quant aux arguments de « L’un » et de « L’autre » au sujet du réalisme poétique ou des réserves exprimées devant « l’extrême subjectivité des remarques » de « L’un ». Elle aide l’élève à envisager les rôles respectifs des interlocuteurs dans le dialogue qu’il aura à composer pour l’écriture d’invention.Il n’est pas demandé aux élèves de s’interroger sur le statut des deux voix qui composent le texte. L’ambiguïté délibérée (s’agit- il de deux personnages ou d’une division de l’auteur ? faut- il assigner « L’un » seulement au rôle du poète ?) est en partie résolue par le libellé, qui parle « des idées du poète », proposant en cela que l’art poétique réside dans le conflit des voix et non pas seulement dans le discours de « L’un ». A travers une rapide étude des interventions de « L’autre », on peut raisonnablement attendre des élèves qu’ils repèrent sa fonction de contestation et à la fois de relance du propos. La brièveté de ses interventions lui confère d’ailleurs ce statut de pur contrepoint. Ainsi est- ce « L’autre » qui interroge (« je me demande parfois », première réplique) et oblige à préciser («Il n’est pas aisé de vous suivre », septième réplique) ; c’est encore lui qui conteste (« je ne vois rien de si étrange », réplique cinq, « je suis plein de doutes », réplique onze, « tout cela contredit gravement la vérité », réplique finale). Grâce à la forme dialoguée, la réflexion est donc animée : elle évite le didactisme, d’autant plus qu’elle se voit chaque fois contestée. On n’attend pas de l’élève
qu’il relie cette mise en scène de l’hésitation au primat
de l’hésitation propre à la poétique de Philippe
Jaccottet. C. CommentaireVous ferez un commentaire composé du texte depuis « Attendez… » jusqu’à « … profondes assises » (version du 15 novembre 2001).La question ainsi formulée comporte une coquille, qu’il est nécessaire de corriger. En effet, le « commentaire » demandé au candidat n’a pas à être nécessairement « composé », au sens où la tradition scolaire comprend cet exercice. Cette nécessaire suppression de l’adjectif ne signifie cependant pas que le commentaire n’ait pas à être « construit ». Mais l’habitude a fait que la « composition » s’entend d’ordinaire aujourd’hui comme répondant à un exercice (trop) précisément défini. Ce n’est pas l’absence d’organisation qu’une telle suppression bien évidemment réclame, mais l’ouverture de l’exercice au- delà de la combinaison de trois « axes de lecture » préalablement défini. L’exercice peut donc prendre la forme d’une réflexion interprétative qui accompagne le mouvement du texte ou celui de sa découverte. Le commentaire ainsi précisé portant sur un extrait du texte, il faut mentionner qu’il peut tenir compte du contexte. L’élève a parfaitement le droit de s’y référer, par exemple pour préciser ce qu’est le « langage de fantôme » ou « ce langage spectral» évoqué aux lignes 4 et 6 de son extrait, qui a été défini plus clairement à la ligne 21 du dialogue (« nous parlons d’ordinaire avec une voix de fantôme »). Il est permis également de montrer que l’apparente conclusion de « L’un » (« nous avons le sentiment d’avoir posé le pied sur de profondes assises ») se verra aussitôt contestée dans le texte. Le travail effectué dans l’année sur le dialogue comme sur la poésie fournit à l’élève des outils qu’il peut confronter à la singularité du texte. On peut attendre en conséquence qu’il réfléchisse à la forme et à la fonction du dialogue, au thème apparent de la nature, à la rêverie sur le langage qui fait de ce texte un art poétique. Pour
rendre compte de ces différents enjeux, on peut imaginer le développement
suivant :
Le texte est un dialogue ; il suppose donc un affrontement de points de vue, et une réflexion qui tire profit de la vivacité de la parole pour échapper au didactisme. Il met en en scène des personnages réduits ici à des voix : l’indétermination règne en effet dans les noms (« L’un » et « L’autre ») si bien qu’il est permis d’envisager la confrontation de deux entités distinctes, mais aussi, plus subtilement peut- être, la division de l’auteur en deux voix de sorte que leur affrontement le définisse, comme c’est souvent le cas dans les formes dialoguées. Cette distribution de « rôles » est caractérisée par le déséquilibre : « L’autre » ne peut être défini que par rapport à « L’un » ; il a d’ailleurs fort peu la parole. « L’autre » « donne la réplique », il sert à relancer la réflexion ou à la contester, quand c’est « L’un » qui propose ses idées. Les interventions de « L’autre » montrent un esprit réticent, parfois ironique (ligne 38). « L’un » en revanche réclame patience et attention, si bien que « L’autre » n’est peut- être qu’une figure du lecteur. L’évolution du discours de « L’un » montre un mouvement croissant des phrases, depuis la première interrogative (moins d’une ligne) jusqu’à la phrase finale (14 lignes). En développant ses idées, il semble porté de plus en plus vers les « profondes assises » qu’il nous promet. Son propos avance aussi par touches successives (d’où l’abondance des modalisations et des corrections), il est sous- tendu par un art de la dérive. L’homme qui rêve se débat et se défend devant celui qui doute, voire qui nie. Par son titre notamment, comme par la forme dialoguée, le texte contextualise la réflexion ici menée. C’est en se promenant sous « les arbres » que les interlocuteurs débattent. L’étude des démonstratifs peut ici être éclairante : la forme « ces arbres » oscille en effet entre valeur anaphorique et valeur déictique. Il ne s’agit pas là seulement d’un procédé de mise en scène d’une argumentation : l’évocation de la nature paraît d’autant plus exacte et plus vive qu’elle se fait de visu. Le constant retour sur « ces arbres » dans le texte place le dialogue dans le cadre d’une tradition poétique. Cet amour de la nature est davantage développé dans le passage qui précède l’extrait donné à commenter, où transparaît même une esquisse de paysage. Dans l’extrait strictement défini, l’espace bucolique est réduit à des « arbres nus ». La disparition du paysage donne plutôt lieu à une rêverie sur la matière. L’évolution du vocabulaire dans la deuxième réplique de « L’un » doit ici être étudiée : les « arbres » deviennent « du bois », et la présence réelle se décline en autant de connotations et de réminiscences : « le tas de bois bûché », « les meubles », « des jouets », « une barque ». Chaque terme déplie lui- même un monde : « l’hiver », « la chambre », « des jouets très anciens ». Dans cette dérive de l’imaginaire, l’ordre des songes a son importance puisqu’on passe de la « demeure » stable à la « barque » qui symbolise le mouvement. Derrière l’évocation de probables souvenirs, il n’est pas interdit d’envisager aussi des symboles (« le bonheur menacé et préservé ») ou des réminiscences culturelles (la « barque » peut aussi être celle du passeur, voire celle de Charon). La nature n’est donc présente que pour disparaître, servir de tremplin à une réflexion d’un autre ordre. La matière elle-même s’efface au profit de ces connotations ; le « bois » devient « ce seul mot ». Toute la deuxième réplique de « L’un » est portée par ce mouvement général, qui fait passer délicatement de la chair des arbres à celle du langage. L’amour des « arbres » qui devait être le sujet du dialogue devient peu à peu un amour des mots. C’est que le dialogue constitue un véritable art poétique, opposant non pas seulement « le rêve » et sa « contestation », mais plus profondément la parole inauthentique, inconsistante, définie comme « langage de fantôme » à une parole pleine, capable de rivaliser par son « épaisseur » avec celle des choses qu’elle désigne. Les propos de « L’un » représentent ainsi un acte de foi dans la beauté des choses, et une espérance dans celle du langage qui nous permettrait peut- être d’espérer sortir de la parole inhabitée et vaine. Par le mouvement de la pensée de « L’un », fait de reprises, de corrections, de précisions, comme par les doutes de « L’autre », le texte échappe cependant à toute affirmation. Le discours de « L’un » exprime sans doute une tentation du poète, mais le texte la remet en cause et la complique : l’épaisseur du langage nous donne le « sentiment » (ligne 55) de « profondes assises », mais on peut encore douter de cette impression. Confiance et défiance dans le langage s’exprimant en même temps, le discours de l’auteur par- delà ses protagonistes propose bien un art poétique de la modernité, qui accepte de « soupçonner » l’espérance lyrique, mais qui ne se résout pas pourtant à ce seul soupçon.
D. DissertationDans le cadre du cours, l’un des traitements les plus intéressants d’un tel sujet consisterait à évoquer les deux poétiques mises en tension (quête de la réalité contre celle d’un au- delà) pour montrer qu’elles ne s’opposent peut- être pas. Ce traitement dialectique n’est en rien exigé de l’élève, non plus qu’une réflexion approfondie quant au statut de ce qu’on appelle « la réalité » (est- elle liée au visible, à l’historique ? n’est- elle pas plutôt le résultat d’une construction ou d’une figuration ?). Le libellé propose plutôt une expression personnelle argumentée, comme le montre le tour initial : « Attendez- vous ». Il s’agit pour l’élève de rendre compte de ses expériences de lecteur de façon argumentée, non de reparcourir toutes les poétiques dans leur diversité et leur possible complémentarité.En conséquence, on acceptera aussi bien un traitement du sujet soucieux de confronter d’abord les termes (« rapprocher », « libérer ») pour élaborer une proposition personnelle qu’une prise de position initiale ensuite justifiée. Il est permis d’imaginer que la prise de position de l’élève dépende aussi bien de sa sensibilité que du corpus poétique sur lequel il aura travaillé dans l’année, assises personnelles et scolaires qui ne sauraient faire partie des critères d’évaluation : on ne saurait reprocher à un élève de connaître davantage les Parnassiens que les poètes de la présence tels que Bonnefoy, Jaccottet, les poètes engagés plutôt que l’Oulipo. La
copie de l’élève peut donc donner lieu aux développements
suivants :
E. Invention« L’épaisseur d’un tel mot est inépuisable ». A votre tour, vous rédigerez un dialogue dans lequel deux personnages choisissent un mot et s’efforcent d’expliquer ce que Philippe Jaccottet appelle son « épaisseur ».L’intérêt d’un tel sujet est d’inviter les élèves à une réflexion sur un mot : le cours de français est aussi une initiation à la langue et à ses richesses. « L’épaisseur » telle que l’envisage Philippe Jaccottet relève d’une rêverie sur le vocabulaire de la matière ; elle procède surtout par connotations personnelles et sans doute quelques réminiscences culturelles, comme celle de la « barque » que la connaissance de l’oeuvre invite à entendre comme un symbole du « passeur » antique. Il ne s’agit pas d’attendre de l’élève qu’il reproduise strictement cette rêverie : toute méditation sur un mot doit plutôt être acceptée, qu’elle s’inspire de l’étymologie, de l’histoire affective ou culturelle du locuteur, de la dérive par paronomase, de la motivation du signe, etc. « L’épaisseur » d’un mot est aussi bien historique, culturelle, sémantique que phonétique ; elle passe aussi bien par le référent que par ses dénotation et connotations. L’exercice invite autant à une réflexion lexicologique qu’à des jeux poétiques. Le choix du mot « madeleine » pourrait par exemple donner lieu à bien des traitements :
On peut retenir pour critères d’évaluation :
Ministère
de l’éducation nationale – Direction de l’enseignement scolaire
E.A.F. Annales zéro : Sommaire général |
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N.B.
Sujet et commentaires sont disponibles en fichier *pdf (39 ko) |
| Inspection
pédagogique régionale des Lettres,
académie de Nancy-Metz |