N.B. Ce répertoire est nécessairement toujours "en travaux".
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Bacchus
Viens, ô divin Bacchus, ô
jeune Thyonée, Et la voix des rochers répétait
leurs chansons,
Et le rauque tambour, les sonores cymbales, Les hautbois tortueux, et les doubles crotales Qu'agitaient en dansant sur ton bruyant chemin Le faune, le satyre et le jeune sylvain, Au hasard attroupés autour du vieux Silène, Qui, sa coupe à la main, de la rive indienne, Toujours ivre, toujours débile, chancelant, Pas à pas cheminait sur son âne indolent.
André
Chénier, Bucoliques, “Bacchus”, 1785 Ariane
Victime au cœur blessé par les flèches d'Eros, Lorsque tu fatiguais les échos de Naxos Du bruit de tes sanglots, douloureuse Ariane, Pâle, le front caché dans ta main diaphane, Que le jour traversait de ses roses rayons, Savais-tu, savais-tu que, vainqueur des lions, Couché sur l'éclatante échine des panthères, Iacchus, qui préside aux terribles mystères, Aux noirs enchantements de l'ivresse et des vins, S'avançait, le jeune homme aux traits fiers et divins, Le doux efféminé qui naquit dans les flammes, Courageux comme Hercule, et beau comme les femmes ! Oh ! dis, le savais-tu ? Dans ton lourd désespoir, Tes yeux qui s'égaraient sur l'abîme pour voir Fuir au loin le vaisseau du perfide Thésée, Tes grands yeux où brillait une amère rosée, Avaient-ils vu le thyrse apparaître joyeux Devant l'adolescent fils et frère des Dieux ? Ton oreille avait-elle entendu les cantiques Hurlés par le troupeau des femmes frénétiques ? Oui ! tes bras dans les airs tordus, étincelants Comme deux cols de cygne, énervés et tremblants, S'entrouvraient, et bien moins dans la morne attitude De l'amante troublant de cris la solitude Que de la fiancée, en cet heureux instant Où s'avance l'époux jeune et fort qu'elle attend; Tu pressentais déjà son heureuse arrivée; Ta gorge palpitait, doucement soulevée Par l’espoir confiant d'un bonheur inconnu. Ah ! souris maintenant ! Ce bonheur est venu ! L'amant est près de toi, le voilà qui t'embrasse, Et de Naxos aux monts ténébreux de la Thrace, L'hymne éclatant résonne et trouble l'Océan. Chantez Vénus ! Chantez l'Amour ! Io Paean ! O mon Ame, Ariane errante et tourmentée, Tu frappes aussi l'air de ta plainte irritée : Rassure-toi ! Bientôt, messager gracieux, L'auguste espoir luira pour nous du fond des cieux; Tu salueras bientôt le retour de la joie. Bientôt, fendant la mer orageuse qui ploie Sous le pesant navire, apparaîtra le Dieu Tranquille et triomphant, dont le charmant aveu Ranimera ta force éteinte et ta sauvage Energie, Ariane en pleurs sur le rivage, Dolente solitaire interrogeant toujours Le gouffre où disparut l'ombre de tes amours ! Ariane
Dans Naxos, où les fleurs
ouvrent leurs grands calices
Et que la douce mer baise avec des sanglots, Dans l'île fortunée, enchantement des flots, Le divin Iacchos apporte ses délices. Entouré des lions, des panthères, des lices, Le Dieu songe, les yeux voilés et demi-clos ; Les Thyades au loin charment les verts îlots Et de ses raisins noirs ornent leurs cheveux lisses. Assise sur un tigre amené d'Orient, Ariane triomphe, indolente, et riant Aux lieux même où pleura son amour méprisée. Elle va, nue et folle et les cheveux
épars,
Théodore de Banville, Les Princesses
(1874)
Ariane Au choc clair et vibrant des cymbales
d'airain, Et le monstre royal, ployant son large
rein, Laissant sa chevelure à son flanc
qui se cambre Et sa bouche éperdue, ivre enfin
d'ambroisie,
Oubliant ses longs cris vers l'infidèle amant, Rit au baiser prochain du Dompteur de l'Asie.
José-Maria de Heredia, Les Trophées
(1893)
Je t'apporte, buisson de roses funéraires,
ces vers, à toi déjà lointaine et presque morte, ô douloureuse enfant qui passes dans mes rêves ; moi qui t'ai vue heureuse et belle, je t'apporte ces vers, comme un bouquet de lys sur ta beauté. Tu sus trop tôt que l' homme est âprement mauvais, et le sel de la vie à ta bouche est resté. Ton sourire autrefois s'ouvrait en ciel de mai, et les voiles de tes paupières renfermaient des prunelles d'azur pareilles sous les cils à des vierges en fleur dans l'ombre nuptiale. Et quelqu'un te laissa solitaire, Ariane sur la grève, vouée à l'éternel exil ! La chaude volupté qui couvait dans ta chair trempait d'un flot de pourpre ardente et magnifique ton teint si délicat qu'il semblait tissé d'air, et ton âme faisait frémir tes lèvres fines. Je t'ai secrètement aimée, ô pauvre fille, dans tes heures de joie, à tes heures de peine surtout, et j'ai pitié de toi puisque je t'aime. Ces vers voudraient pleurer la splendeur de ton corps qui ne connaîtra pas l'amour : accepte-les, et dans ton morne exil sois longtemps belle encor, comme un joyau royal dans un coffre scellé. Adieu, tu ne peux pas m'aimer, tu ne dois pas savoir... j'aurais voulu m'endormir dans tes bras. Hélas ! Il faut pourtant recommencer à vivre ! Adieu, mélancolique enfant, âme automnale, ciel du soir traversé de colombes plaintives, ô belle et douce et pure et solitaire femme.
Charles Guérin (1873-1907), Le
cœur solitaire, xxxii
Les plaintes d'Ariane Le vent qui fait tomber les prunes, Anna de Noailles (1876-1933), L'ombre des jours, 1902 Klage der Ariadne - Plainte d'Ariane
Wer wärmt mich, wer liebt mich noch ? Gebt heiße Hände ! gebt Herzens-Kohlenbecken ! Hingestreckt, schaudernd, Halbtotem gleich, dem man die Füße wärmt, geschüttelt ach ! von unbekannten Fiebern, zitternd vor spitzen eisigen Frostpfeilen, von dir gejagt, Gedanke! Unnennbarer ! Verhüllter ! Entsetzlicher! Du Jäger hinter Wolken ! Darniedergeblitzt von dir, du höhnisch Auge, das mich aus Dunklem anblickt ! So liege ich, biege mich, winde mich, gequält von allen ewigen Martern, getroffen von dir, grausamster Jäger, du unbekannter - Gott ... Triff tiefer ! Triff einmal noch ! Zerstich, zerstich dies Herz ! Was soll dies Martern mit zähnestumpfen Pfeilen ? Was blickst du wieder, der Menschen-Qual nicht müde, mit schadenfrohen Götter-Blitz-Augen ? Nicht töten willst du, nur martern, martern ? Wozu - mich martern, du schadenfroher unbekannter Gott ? Haha ! du schleichst heran bei solcher Mitternacht ?... Was willst du? Sprich ! Du drängst mich, drückst mich, Ha ! schon viel zu nahe! Du hörst mich atmen, du behorchst mein Herz, du Eifersüchtiger ! - worauf doch eifersüchtig ? Weg ! Weg ! wozu die Leiter? willst du hinein, ins Herz, einsteigen, in meine heimlichsten Gedanken einsteigen ? Schamloser! Unbekannter ! Dieb ! Was willst du dir erstehlen ? Was willst du dir erhorchen ? Was willst du dir erfoltern, du Folterer du - Henker-Gott! Oder soll ich, dem Hunde gleich, vor dir mich wälzen? Hingebend, begeistert außer mir dir Liebe - zuwedeln ? Umsonst ! Stich weiter! Grausamster Stachel ! Kein Hund - dein Wild nur bin ich, grausamster Jäger ! deine stolzeste Gefangne, du Räuber hinter Wolken... Sprich endlich! Du Blitz-Verhüllter! Unbekannter! sprich! Was willst du, Wegelagerer, von - mir ?... Wie ? Lösegeld ? Was willst du Lösegelds ? Verlange viel - das rät mein Stolz ! und rede kurz - das rät mein andrer Stolz ! Haha ! Mich - willst du? mich? mich - ganz ?... Haha ! Und marterst mich, Narr, der du bist, zermarterst meinen Stolz ? Gib Liebe mir - wer wärmt mich noch ? wer liebt mich noch ? gib heiße Hände, gib Herzens-Kohlenbecken, gib mir, der Einsamsten, die Eis, ach! siebenfaches Eis nach Feinden selber, nach Feinden schmachten lehrt, gib, ja ergib, grausamster Feind, mir - dich !... Davon! Da floh er selber, mein einziger Genoß, mein großer Feind, mein Unbekannter, mein Henker-Gott !... Nein ! komm zurück ! Mit allen deinen Martern ! All meine Tränen laufen zu dir den Lauf und meine letzte Herzensflamme dir glüht sie auf. O komm zurück, mein unbekannter Gott ! mein Schmerz ! mein letztes Glück !... Ein Blitz. Dionysos wird in smaragdener Schönheit sichtbar. Dionysos : Sei klug, Ariadne !... Du hast kleine Ohren, du hast meine Ohren : steck ein kluges Wort hinein ! - Muß man sich nicht erst hassen, wenn man sich lieben soll ?... Ich bin dein Labyrinth... Friedrich Nietzsche, Dithyrambes de Dionysos, 1888 - 1895
Lire la traduction Henri Albert, révisée par Jean Lacoste, éd. Bouquins, Robert Laffont, Paris,1993
et Jacqueline De Clercq, Ariane à Naxos, Molly Bloom en Erin, deux insulaires : Oui (Maison de la poésie) * * * Sur le site Méditerranées
: Ariane Pierre Louÿs, Le
crépuscule des Nymphes, 1925
* * *
Durant tout le repas, Ariane me pressa du genou sous la nappe
; mais c'est surtout la chaleur que dégageait la jeune Phèdre
qui me troublait. Cependant que Pasiphaé, la reine, en face de moi,
me dévorait tout cru du regard. (...) André Gide, Thésée
(1946), chap. XI,
(in André Gide, Romans, Gallimard, coll. de La Pléiade, 1958, p.1444 sq.) * * *
[Thésée] : Crois-tu que j'eusse accepté cette
sale besogne si une chance de gloire ne s'en dégageait peu à
peu, une raison d'être enfin, un risque à courir ? J'ai mes
projets, moi, comme tout le monde. (...) Non, Ariane ! J'ai eu assez d'une seule nuit d'épreuves, je ne veux pas d'un beau serpent sur le pont de ma barque (...) Ariane, j'évite le plus possible d'être cruel envers les femmes… Mais le temps presse. Si vous voulez absolument passer l'été dans cette île, je n'ai pas le droit de m'y opposer. Marguerite Yourcenar, Qui n'a pas son
Minotaure ? (1963)
Théâtre II, Paris, Gallimard, 1971. (cette pièce développe un écrit antérieur : Ariane et l'Aventurier (1933)
André Peyronie, Ariane. In : Dictionnaire des mythes littéraires, éditions du Rocher 1988, p. 160-170 |
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| Ariane d'âge en âge - iconographie :
page 1 : Du 14e au 17e siècle page 2 : Du 18e au 20e siècle |
| Catulle LXIV
: Ariane Sommaire du dossier |
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(latins et grecs) |
Carmen LXIV, 50-70 :
De l'image pathétique à celle de l'extaseCarmen LXIV, 323 - 381 :
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Iconographie ancienne :
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| Langues anciennes dans l'académie de Nancy-Metz |