La fête : vue d'ensemble.

Remarque: A faire préparer à partir de questions.

- Peut-on parler d'unité dans cette séquence (narrative, dramatique, tonale)?

- La sous-séquence du limonaire est-elle importante? Pourquoi?

La fête = séquence centrale dans le film (annoncée avant la chasse, elle doit être le point d'orgue de la réception chez les La Chesnaye). Moment supposé joyeux et insouciant, elle va cependant révéler les tensions.

Elle peut être décomposée en 17 sous-parties (Cf. Document donné au début), et sa durée totale = 23'.

I) Une séquence marquée par la discontinuité.

1) La discontinuité narrative

L'observation des SS traduit une impression de confusion et de rupture:

- les spectacles sur scènes (3) se mêlent aux actions hors scène et créent une confusion (notée par un invité). A noter que 3 luttes sont placées en // (J/SA; M/S; R/J).

- Certaines scènes dramatiques sont représentées selon la technique du contrepoint (ex: SA qui se bat dans son costume de berger; ou Geneviève qui fait sa crise de nerf en Esmeralda; Christine seule dans le cadre pour déclarer son amour à J).

- Les conflits des maîtres et des valets sont placées en // et se répondent (Marceau dans sa fuite déclenche involontairement la bagarre entre J et R; un plan fait le raccord de la bagarre SM avec RJ)

- Le découpage de la séquence saute d'une situation à une autre sans lien logique sinon le va et vient d'un personnage (comme un reportage qui filmerait un fait remarquable).

- Alternance entre la pagaille liée aux luttes diverses (et la relation C/O qui évolue progressivement vers l'histoire d'amour).

- De nombreux plans présentent des actions simultanées (par la profondeur de Champ: ex: le dialogue de Chr et Octave sur J alors qu'on voit la lutte derrière la vitre).

2) Une discontinuité dramatique.

La séquence par l'apparente incohérence crée chez les spectateur un trouble qui l'empêche de classer le passage dans une catégorie

- La multiplicité des conflits empêche de définir le centre dramatique du passage: il est tour à tour

* drame (désespoir de Sch: attitude excessive; SA blessé et Jackie évanouie, cris de la foule),

* comédie amoureuse (les déclarations de Chr)

* farce (gifle et pied aux fesses de J à SA; bagarre J/R; attitudes corporelles de Marceau derrière la grosse)

* Scène burlesque (poursuite de M par S: mort comme menace, mais traitement comique).

* Absurde (réaction de R après le coup de feu: banalisation du tragique)

- Le ton oscille entre légèreté et gravité (se mêlant parfois: scène ou les invités rient en voyant S apparaître); le personnage le plus marquant quant au changement de ton est Octave (burlesque avec la peau d'ours; il devient grave et pathétique lorsqu'il se trouve seul avec Christine).

II) L'évocation d'un monde burlesque et instable.

1) Le mode forain.

- La fête devient scène de foire après la mise en marche du limonaire (les marionnettes semblent enclencher un spectacle de marionnettes: la scène suivante (raccord sur la musique off) fait agir les 2 premières: M et S.

- La fête prend alors l'allure d'un cirque: acteurs dans le public, musique de foire, personnages à l'allure de clowns (Auguste, Clown blanc, M. Loyal= pers du burlesque)

- Les mouvements de caméras = désordonnées (mais circularité des panoramiques et des situations que réapparaissent comme dans un spectacle forain: intermèdes clownesques.

- Mais la comédie de foire dès qu'elle tourne au tragique devient grinçante: la musique déraille et le limonaire fait alors entendre un son inquiétant.

2) Un monde de pantins

La fête met en relief l'absence de fondement des personnages et leur superficialité:

- Robert (4e marionnette du limonaire) voit son apparence altérée par la situation (chemise ouverte, décoiffé, hystérie après le coup de feu; l'hystérie de Geneviève qu'on porte intensifie encore le désordre des personnages.

- Les réactions des personnages sont anachroniques (ex: SA qui veut se battre en duel avec J est sanctionné par un coup aux fesses qui souligne son ridicule: traité de "guignol"). L'absurde de ce monde est marqué par le renoncement d'Octave.

- La répétitions des mêmes scènes crée un effet d'insistance comique (comme au Guignol, on frappe et refrappe le gendarme) , mais il touche tous les personnages qui sont réduits à une pulsion (propos finaux de R): même l'amour est rendu ridicule par la répétition (3 amours pour Chr, changement d'avis d'Octave): vengeance pour C, revanche pour O.

Conclusion: la fête constitue un révélateur du caractère artificiel et risible du monde des La Chesnaye.