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La
chaîne du froid : des innovations
La
gestion de la chaîne du froid répond à des
exigences réglementaires strictes qui imposent à
tous ses acteurs un contrôle strict et efficace.
L'utilisation de nouvelles technologies apporte aux
transporteurs et logisticiens de nombreuses solutions
pour gérer plus efficacement leurs transports
frigorifiques et garantir au consommateur final une
traçabilité fiable et un conditionnement idéal et
constant des produits.
Le
transport frigorifique représente une part importante
de l'activité des transporteurs français, notamment
des PME de transport dédiées à la grande
distribution, mais aussi des transporteurs spécialisés
dans les matières dangereuses, les produits
pharmaceutiques ou même les organes humains. Il est régi
par des contraintes et réglementations très strictes
et émanant de l'Union Européenne afin de garantir le
respect de la « chaîne du froid ». Les soucis récurrents
des Français en terme de traçabilité des denrées
alimentaires qu'ils consomment ainsi que les divers
scandales (OGM, Vache folle. etc.) des dernières années
ont amené les professionnels du transport et de la
logistique du froid à s'équiper de solutions
performantes leur permettant de garantir la traçabilité
de leur marchandise et le respect de leur
conditionnement tout au long du transport comme
pendant leur entreposage.
La sécurité
hygiénique des denrées alimentaires dépend en
grande partie du respect de la chaîne du froid, qui
va du producteur au consommateur, en passant
successivement par le transporteur et le distributeur.
Et tous les modes de transport sont concernés ! Si
l'on pense plus facilement au camion pour ce qui
concerne les denrées alimentaires livrées aux grands
magasins, il ne faut pas oublier que celles-ci sont généralement
importées par voie maritime, fluviale ou même aérienne.
Le transport d'organes et le maintien de leur température
peuvent concerner l'ambulance ou le véhicule
utilitaire autant que l'avion. Et pour chacun de ces
modes ou de ces types de produits existent diverses
solutions, intégrant de plus en plus de technologies
au service du respect de la chaîne du froid.
LES
TECHNOLOGIES D'EMBALLAGES
La chaîne
du froid est l'ensemble des moyens servant à
maintenir un produit à une température aussi proche
que possible de sa température d'origine tout au long
du transport jusqu'à sa destination finale.
Ce
principe de chaîne froide s'oppose à celui des échanges
thermiques qui veut que tout corps ayant une température
différente du milieu ambiant voit celle-ci tendre
spontanément vers celle du milieu ambiant. Le
principe de chaîne froide appliquée au transport
utilise deux moyens pour limiter ces échanges
thermiques : la barrière isotherme qui ralentit les
échanges de chaleur grâce à l'épaisseur de
l'isolant dont elle est constituée, et l'accumulateur
eutectique qui fournit l'apport de froid indispensable
pour annuler les remontées. La conjugaison judicieuse
de ces 2 moyens : barrière isotherme et rapport de
froid, constitue l'emballage réfrigérant. Et de
nombreuses recherches sont effectuées afin d'améliorer
l'efficacité de ces emballages. Le fournisseur de la
chaîne du froid Sofrigam propose ainsi toute une
gamme de boîtes et d'emballages réfrigérants, développés
sur-mesure grâce à un logiciel spécifique créé
par son bureau d'études intégré. Des simulations
sur ordinateur évaluant les courbes de températures
sont effectuées pour chaque demande client. Elles
permettent de fabriquer l'emballage adapté aux caractéristiques
du produit (type, température, taille) et aux paramètres
de transport (temps, mode de transport...). Une fois
le produit emballé, aucun apport d'énergie extérieure
n'est nécessaire. Il peut être transporté dans un véhicule
non réfrigéré, car l'emballage se suffit à lui-même.
Les transporteurs internationaux et expressistes se
sont eux aussi penchés sur la question des
emballages. DHL a par exemple mis en place une
solution globale de transport express pour l'envoi de
colis sous température dirigée. Plus qu'un simple
emballage réfrigérant, Thermobox Express est un kit
complet d'emballages isothermes permettant le
transport de produits réfrigérés. Dans le domaine médical,
l'utilisation d'un nouveau matériau comme le PSE
(Polystyrène expansé) permet de mieux garantir le
maintien constant de la température des organes à
greffer par exemple. Il s'agit de boîtes appelées
couramment « glacières », conçues en PSE et qui
sont particulièrement adaptées au transport d'assez
longue distance de par leur capacité à conserver le
maintien de la température de la glace qu'elles
contiennent.
DE
NOUVEAUX MATERIELS POUR LES VEHICULES
Les équipementiers
des transports participent également de façon active
au renouvellement des technologies du froid. Thermo
King propose plusieurs matériels, dont le contrôleur
du groupe de froid à microprocesseur Smart Reefer 2
(SR-2) qui se distingue de son prédécesseur par sa
plus grande lisibilité. On compte aussi les groupes
frigorifiques MD-200 et MD-300, qui se caractérisent
par une consommation de gazole optimisée et une réduction
du bruit et des émissions polluantes grâce à un
système de combustion propre. Il en est de même pour
Carrier Transicold, avec le nouvel évaporateur
vertical, le MXV 850, répondant aux besoins de
flexibilité nécessaire sur les cellules de petit
volume à utilisation mono et multi-température. Le
fabricant a également développé les groupes
frigorifiques Supra 750 Silent et Supra 850 Silent.
Après le Supra 950 lancé en 2003, ces nouveaux modèles
complètent une gamme se distinguant par un moteur
diesel de haute technologie (nouveaux filtre à air et
système d'échappement) et très silencieux. Enfin le
Maxima 1300, le dernier et le plus fiable des groupes
« frigo » de la gamme Maxima, est équipé des plus
récentes avancées technologiques (nouveaux flexibles
en nylon compatibles avec le biofuel, meilleurs matériaux
d'isolation. nouvelle courroie poly-v Flexonic sur la
pompe à eau). Secteur particulièrement innovant, le
froid a su « cristalliser » les avancées
technologiques en fonction des besoins en qualité des
produits alimentaires.
L'ENTREPOSAGE
ET LE TRANSPORT
En matière
d'entreposage, ce sont essentiellement les produits
alimentaires qui sont les plus sensibles. Dans ce
domaine, certaines avancées sont faites, mais il
existe surtout des préconisations. Les entrepôts
logistiques spécialisés s'équipent ainsi d'ateliers
de conditionnement et de préréfrigération. Un
produit comme le lait est refroidi dans des
refroidisseurs de lait, par exemple, et la viande dans
des salles de ressuage. Même les fruits, qui étaient
traditionnellement refroidis dans les chambres de
conservation, commencent à être réfrigérés dans
des installations spéciales avant d'être mis dans
ces chambres. Ceci permet de refroidir plus rapidement
et de ne pas surdimensionner les installations de
conservation, d'accroître les puissances installées
pour que le refroidissement soit rapide dans les unités
de prérefroidissement. Les logisticiens les plus
exigeants installent des systèmes de stockage à accès
direct au lieu du stockage de masse dans les entrepôts.
En matière
de transport, les tendances sont de bénéficier de
plus de flexibilité. Elle peut être notamment apportée
par l'utilisation de véhicules de classse C4
permettant de transporter soit des produits réfrigérés,
soit des produits surgelés et de véhicules
multicompartiments et multitempératures munis de
cloisons fixes ou mobiles. Certains aménagements intérieurs
favorisent le maintien des températures et les
constructeurs spécialisés vont désormais jusqu'à
« modéliser » les compartiments et les remorques
des véhicules frigorifiques avant de les réaliser.
Ils testent ainsi la faisabilité de tel ou tel aménagement
et son effet sur le conditionnement des produits. Ils
travaillent ainsi à la disposition et l'arrimage des
palettes (espaceurs sur les côtés pour une libre
circulation de l'air) ou à améliorer le taux de
renouvellement d'air via des gaines de distribution
d'air pour les véhicules longs, par exemple. Certains
transporteurs vont jusqu'à munir les véhicules de
distribution de petits portillons et de rideaux à
lanières plastiques, afin de limiter les déperditions
de froid lors des ouvertures fréquentes.
LA
TRACABILITE
Sujet
devenu incontournable dans le monde de la logistique,
les étiquettes RFID (Radio frequency identification)
semblent l'élément essentiel de la traçabilité des
produits alimentaires. Si elle ne s'attache pas
particulièrement à la chaîne du froid, la RFID
devrait néanmoins permettre un meilleur suivi des
produits au cours de leur transport. Couplée à des
systèmes de contrôle de température, elle permet de
mieux déterminer Ies « ruptures » dans la chaîne
du froid, les responsabilités des intervenants et
peut-être même de prévenir automatiquement d'un événement
pendant le transport. C'est à ce titre que Baumer
Ident a conjugué tag et sonde de température dans sa
solution OIS-U. Ainsi, 13300 mesures de températures,
dates et heures peuvent être collectées, puis
transmises par le tag à l'antenne RFID de l'entrepôt
et, de là, jusque sur le logiciel d'ERP
(Planification des Ressources de l'Entreprise) du
client. Ce dernier peut donc réagir dès leur
lecture.
Mais les
projets les plus ambitieux et les plus avancés
concernent évidemment la grande distribution. Ils
s'inscrivent dans le cadre d'une meilleure traçabilité
au sein de la chaîne logistique. On peut notamment
citer Wal Mart, qui a récemment demandé à ses cent
premiers fournisseurs d'identifier par tags RFID leurs
palettes et leurs colis.
Aujourd'hui,
les puces RFID restent cantonnées aux supports de
manutention et aux colis car le coût d'une étiquette
reste élevé. Néanmoins, les spécialistes de la traçabilité
affirment qu'elle équipera bientôt le produit. Cela
devrait démarrer avec les produits à forte valeur
ajoutée (produits bruns, produits blancs, pharmacie,
produits de beauté...) pour aller jusqu'à
l'alimentaire. Le coût moyen des étiquettes devrait
rapidement diminuer grâce à une augmentation des
volumes de production.
Il reste
cependant de nombreuses autres barrières à lever
avant que les étiquettes « intelligentes »
envahissent les points de vente, à commencer par la défiance
des consommateurs, qui y voient un risque d'atteinte
à la vie privée. Ainsi, en 2003, Gillette et
Benetton avaient dû faire machine arrière sur des
commandes de millions d'étiquettes RFID. Seul Metro
continue d'utiliser les étiquettes RFID, en guise de
vitrine technologique, dans son « magasin du futur »
situé en Allemagne. Autre obstacle à franchir,
l'ensemble de la chaîne logistique d'équipements de
lecture/écriture doit s'équiper. Mais le plus gros défi
à relever repose dans l'intégration d'un volume de
données considérable : une étiquette RFID peut en
contenir, à ce jour, jusqu'à 32 Ko. La nature et la
volumétrie des informations contenues dans les étiquettes
nécessitent de nouvelles procédures d'acquisition,
de transmission, de traitement, de sauvegarde,
d'archivage... Les premiers projets d'envergure
devraient être lancés cette année, et déployés en
2005 et 2006.
CAPTEURS
DE TEMPERATURES
Parmi les
technologies les plus efficaces, se trouvent les
capteurs intelligents de température ou de sécurité.
S'ils transfèrent l'information en temps réel, ils
représentent une véritable solution aux problèmes
de transport frigorifique. Développé par la société
SPYco et commercialisé en exclusivité en Suisse par
Rochat SA, le SpyT est un concentré de technologies
de pointe, réunies dans un appareil de quelques cm2.
De la taille d'une montre, il enregistre les
changements de température et indique chaque limite dépassée,
à la hausse ou à la baisse. Placé sur une denrée périssable,
il fournit l'historique de la chaîne du froid, durant
le transport et jusqu'au site d'entreposage ou de
vente. Une méthode de conduite (HACCP, Hazard
Analysis Critical Control Points) a donc été créée
dans le but d'identifier au sein de l'entreprise les
problèmes d'hygiène possibles. Le SpyT fait partie
des rares outils disponibles sur le marché capables
de dire à la fois s'il y a eu rupture de la chaîne
du froid et de quelle intensité elle était. En
effet, le SpyT effectue la mesure et la « traçabilité
» des températures à différents stades de l'évolution
d'un produit. Une fois programmé et installé dans
une installation frigorifique, chacun peut relever
automatiquement la température et ainsi effectuer l'auto-contrôle.
L'heure et la date du contrôle sont automatiquement
enregistrées dans l'appareil. La lumière clignote au
vert quand tout fonctionne. Elle passe à l'orange si
les limites critiques approchent et se bloque au rouge
lorsque les paramètres programmés ne sont plus
respectés. Une tête de lecture permet ensuite le
transfert des données sur un PC et, au moyen d'un
logiciel, l'analyse et l'archivage des informations.
Homologué aux normes européennes; SpyT s'adresse
tout particulièrement aux secteurs de la
restauration, de l'agroalimentaire, des transports et
de la santé puisqu'il concerne la prévention et le
contrôle de produits soumis à des risques d'altération
physique ou chimique.
Aujourd'hui,
avec le renforcement progressif des réglementations
dans les domaines de la santé et de
l'agroalimentaire, les entreprises sont de plus en
plus souvent amenées à adopter des solutions
fortement sécurisées afin de maîtriser les risques
liés aux ruptures de la chaîne du froid. Qu'il
s'agisse de denrées alimentaires ou de produits
biologiques, la surveillance des températures est
devenue un enjeu majeur pour les entreprises de ces
secteurs. L'utilisation des nouvelles technologies, de
l'informatique embarquée aux capteurs de température
ultra performants en passant par de nouveaux systèmes
d'emballages ou de conditionnements devient inévitable.
Les transporteurs semblent l'avoir bien compris, poussés
par les exigences des acteurs de la distribution. Ils
sont aujourd'hui capables de proposer à leurs clients
des services de suivi et de contrôle de la chaîne du
froid aussi performants que les systèmes de traçabilité
ou d'informatique embarqués des grands expressistes
internationaux. Mais si les technologies sont là, les
investissements sont encore lourds et tous n'y voient
pas un intérêt commun. Verra-t-on un jour un contrôle
et une gestion parfaite et uniformisée de la chaîne
du froid ? Les consommateurs l'attendent, mais il
reste à démocratiser les solutions et leur coût !
Renaud
Chasle, Transports et Technologies, n° 50,
juillet-août 2004,
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