L’introduction des langues vivantes en primaire retardée

 

Le principe de réalité l’a emporté. L’introduction des langues vivantes à l’école se fera à un rythme moins soutenu que celui annoncé par Jack Lang il y a un an (Le Monde du 31 janvier 2001). Le dispositif d’apprentissage d’une langue de la grande section de maternelle au CM2 sera finalisé en 2007 - au lieu de 2003 -, selon le calendrier suivant : introduction en CE2 à la rentrée 2002, puis en grande section en 2005, en CP en 2006 et en CE1 en 2007.   

Ce nouvel échéancier a été adjoint, à la demande des syndicats d’enseignants et de l’une des fédérations de parents d’élèves, la FCPE, aux nouveaux programmes de l’enseignement primaire, lors de leur examen ultime devant le Conseil supérieur de l’éducation, jeudi 10 janvier. Tout en soulignant la qualité de ces textes, parents et enseignants restent dubitatifs sur leur faisabilité, malgré les corrections apportées notamment à l’issue de la consultation des instituteurs, en début d’année scolaire (Le Monde du 3 octobre 2001).

Les aménagements ont porté essentiellement sur le programme des CE2, CM1 et CM2 (cycle 3). La mise en œuvre de l’apprentissage “ transversal ” de la langue française, qui déroutait certains, a été précisée : deux heures seront réservées au minimum chaque jour à “ des activités de lecture et d’écriture ”, tous domaines confondus (maths, français, histoire...). De même, un quota horaire a été finalement introduit en grammaire, conjugaison, orthographe et vocabulaire (1 heure et demie à 2 heures par semaine). Des ajouts ont été faits en mathématiques (la notion de km2 a par exemple été rétablie). Surtout, les ambitions en langues vivantes ont été réduites : 1 heure et demie à 2 heures hebdomadaires y seront consacrées.

Néanmoins, l’ambition d’introduire rapidement un enseignement des langues dans toutes les classes est apparue comme démesurée aux parents et aux enseignants, alors qu’aucune évaluation qualitative et quantitative n’a été effectuée pour les deux niveaux déjà concernés, le CM1 et le CM2. Le ministère l’annonce pour la mi-mars. De même, il s’est engagé à diffuser avant l’été les documents d’accompagnement de la réforme et à mettre sur pied un comité de suivi des programmes.

Pour marquer leur désapprobation d’un dispositif de mise en oeuvre qu’ils jugent défaillant, les syndicats SNUipp, SE-UNSA et SGEN-CFDT se sont abstenus lors du vote du texte. FO a voté contre. Les parents d’élèves, PEEP et FCPE, ont voté pour. Ce scepticisme concernant l’exécution apparaît clairement dans la consultation des enseignants : “ Les équipes se montrent favorables aux projets, mais craignent d’être démunies pour leur mise en oeuvre ”, indique la synthèse nationale. Pour certains, “ le temps semble manquer pour faire tout ce qui est demandé ”.  Dans l’entourage du ministre, on estime que les collectivités locales, et particulièrement les communes, devront faire un effort financier pour que les écoles puissent notamment acheter les dix ouvrages dont la lecture est recommandée, chaque année, dès le CE2. Les programmes, qui s’appliqueront       en petite section, CP et CE2 à la rentrée 2002, seront publiés dans leur  intégralité par les éditions Fixot, en deux volumes (maternelle et élémentaire) annoncés en librairie pour le 14 février. Simultanément, un exemplaire sera adressé à chaque enseignant du premier degré, conformément à un souhait formulé lors de la consultation.

                                                                Marie-Laure Phélippeau  - Le Monde 11.1.2002