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Plaidoyer pour l’apprentissage
de l’allemand
Nous allons essayé
de vous donner des éléments de réflexion par rapport à trois questions intéressantes :
-
Le rôle de l’allemand
-
Pourquoi apprendre l’allemand ?
-
L’allemand, est-ce difficile ?

Alban Azaïs
Directeur du département langues et cultures
de l’Institut National Polytechnique de Toulouse
Il y a bien sûr votre plaisir de découvrir, votre curiosité
bien comprise, votre besoin de comprendre le monde, votre ouverture d’esprit,
votre intérêt pour les autres – bref : l’économie de votre intelligence
– qui vous portent vers l’apprentissage des langues et cultures étrangères.
Mais l’allemand ? Quel intérêt ?
Quel
rôle pour l’allemand ?
Pour quelle raison l’anglais a-t-il pu devenir une langue incontournable dans le domaine professionnel ? La raison en n’est pas une prétendue simplicité de la langue, pas plus que son rôle sur le sous-continent indien, ni bien entendu celle de la Grande-Bretagne, non, l’influence de l’anglais est celle du pouvoir politique, économique et financier des Etats-Unis d’Amérique depuis la première guerre mondiale. L’Union européenne est aujourd’hui plus importante que les Etats-Unis sur le plan économique, mais pas encore sur le plan financier, et pas du tout sur le plan politique. On peut en déduire que le rôle des Etats-Unis va se relativiser dans l’avenir, d’autant plus que l’Inde et la Chine vont devenir des acteurs plus importants dans le monde. Le rôle de la langue anglaise semble en revanche stabilisé pour un bon laps de temps, mais plus elle sera la lingua franca, langue assurant un minimum d’intercompréhension dans les contacts internationaux, plus elle échappera aux pays anglophones qui ne peuvent plus se targuer d’en détenir les rênes. L’expropriation par les usagers est la suite logique d’un impérialisme linguistique de fait.
Pensez-vous réellement que la nouvelle lingua franca est l’anglais ? Vous avez tort ; la nouvelle langue mondiale est un mauvais anglais, un mélange, une interlangue souvent sans aucun ancrage culturel qui donnera peut-être naissance à une nouvelle langue un jour, appelons-la le worldspeak… Mais une langue sans culture ne saurait assurer une communication satisfaisante à ses utilisateurs.
A partir du moment où la maîtrise de l’anglais est obligatoire sur le plan professionnel dans un monde toujours plus petit, vous ne pouvez plus vous distinguer par votre niveau dans cette langue, aussi bon soit-il. Votre profil ne sera intéressant pour une entreprise que dans la mesure où vous maîtrisez à un excellent niveau au moins une autre langue. Et comme nous allons voir plus bas, la langue la plus importante pour l’économie française est sans aucun doute l’allemand, loin devant toute autre langue.
Pour revenir à la question de l’anglais, langue suffisante pour une communication avec un Germanophone, retournons la question : est-ce que l’anglais saurait être une langue suffisante pour une communication avec nous, Français, dans tous les contextes socio-professionnels ? – Alors ne parlons plus français pendant un mois et voyons si cette affirmation est exacte… La réponse est bien entendu non. Rien ne peut remplacer la langue maternelle, son état de constituante de l’identité de l’individu est bien trop importante pour en faire abstraction ; il est ainsi simplement humain d’apprécier que votre interlocuteur se soit donné la peine d’apprendre votre langue pour parler avec vous.
Un de mes collègues, professeur d’informatique, a posé la question suivante à l’industriel Didier Pineau-Valencienne, longtemps responsable de la formation au MEDEF, de visite dans notre école d’ingénieur toulousaine il y a quelques années : « Qu’est-ce que la chose la plus importante dans notre formation, sur quoi devons nous nous concentrer pour améliorer encore la qualité de nos ingénieurs ? » – La réponse fut claire et brève : « Qu’ils sachent communiquer en deux langues étrangères ! »
Pourquoi
apprendre l’allemand ?
Pour les Français aujourd’hui, l’Allemagne n’est pas sexy comme Cuba ou le Brésil, pas exotique comme le Canada ou l’Australie, ni le pays du rêve américain. On s’imagine plus facilement sur une plage espagnole qu’à la côte baltique. L’image de l’Allemagne en France souffre d’une méconnaissance quasi totale de ce grand voisin. Après le cauchemar, bref et violent, du régime nazi, la société allemande d’aujourd’hui est ouverte, démocratique, tolérante, en un mot humaine.
Richesse et justice sociale ont confortées les pratiques consensuelles qui assurent à l’Allemagne sa force tranquille. Mais les clichés ont la vie dure. L’image de l’Allemand, travailleur, par exemple. Saviez-vous que les salariés allemands sont ceux, de tous les grands pays industrialisés, qui travaillent le moins, et ce depuis fort longtemps, tout en gagnant davantage que la plupart de leurs collègues dans les autres pays ? Tenez – en ce moment, Volkswagen embauche 5.000 ouvriers de base au salaire de 2.500 € brut/mois pour une semaine de 35h, alors que le coût de la vie en Allemagne et en France est identique. Combien gagne l’ouvrier de base chez PSA ?
Plus de 50 ans après la fin de la Deuxième guerre mondiale, l’Allemagne réunifiée retrouve sa capitale historique, et la "République de Berlin" va ouvrir la voie à une normalisation. La période d’après-guerre est révolue. La République fédérale, caractérisée après 1945 par la formule du "géant économique, nain politique" trouvera un rôle plus en équation avec son importance réelle dans le monde dans les années à venir, au sein d’une Europe toujours en construction. Un rôle plus important pour la langue allemande en découle.
Des 365 millions d’habitants de l’Union Européenne d’aujourd’hui plus de 93 millions sont de langue maternelle allemande, contre 64 mill. de Francophones et 62 mill. d’Anglophones. En incluant les locuteurs de langue étrangère, un tiers des Européens parlent l’allemand. Seul l’anglais dépasse ce seuil. Plusieurs pays sont germanophones : l’Allemagne, bien sûr, mais aussi l’Autriche, le Luxembourg et le Liechtenstein, la Suisse à 75%, la Belgique, l’Italie et le Danemark en partie. Des minorités allemandes vivent aussi en Pologne, en Roumanie, en Tchéquie et en Russie. Saviez-vous que les Deutschamerikaner, les Américains de souche allemande, sont encore la plus importante minorité – fort de plus de 50 millions de personnes – aux Etats-Unis ? Dans le domaine professionnel, l’allemand est incontournable, après l’anglais bien sûr. Une position qui sera encore renforcée par le futur. Son importance pour vous croît avec vos responsabilités.
L’Allemagne avec ses 82 millions d’habitants est l’économie
la plus puissante de l’Union et plus largement de l’Europe toute entière.
La troisième puissance du monde derrière les Etats-Unis (275 mill. hab.) et
le Japon (125 mill.) selon le produit intérieur brut, la communauté germanophone
est la deuxième puissance du commerce mondial après les pays anglophones.
Le PIB des pays germanophones est environ 30% plus élevé que celui des francophones,
le double des anglophones et des italianisants, plus de 4 fois plus élevés
que celui des hispanophones.
Avec l’agrandissement de l’UE dans les années à venir,
l’Allemagne en deviendra son épicentre également sur le plan géographique,
le carrefour obligé des activités économiques. L’importance de la connaissance
de la langue et de la culture allemandes s’en trouveront encore renforcé.
L’allemand, le lien entre l’Est et l’Ouest.
La France et l’Allemagne sont mutuellement leurs premiers clients, fournisseurs et partenaires – en particulier dans le domaine aéronautique – (Airbus Industrie, Eurocopter, Euromissiles, Ariane…) ... et parfois concurrents (TGV – ICE).
Les chiffres du commerce extérieur sont clairs :
|
France... |
exportations en Mrds FF |
importations en Mrds FF |
= volume |
|
1. Allemagne |
320 |
350 |
670 |
|
2. Royaume-Uni |
207 |
172 |
379 |
|
3. Italie |
175 |
175 |
350 |
|
4. Etats-Unis |
177 |
180 |
357 |
|
5. Espagne |
200 |
150 |
350 |
|
6. Belgique et Luxembourg |
150 |
148 |
298 |
|
7. Suisse |
70 |
40 |
110 |
|
8. Japon |
30 |
80 |
110 |
|
9. Chine |
15 |
60 |
75 |
|
10. Autriche |
20 |
15 |
35 |
|
11. Russie |
7 |
30 |
37 |
|
12. Canada |
15 |
12 |
27 |
An 2000, source : Ministère du commerce extérieur
La première place en volume des exportations et des
importations tiennent donc les pays germanophones pour la France, avant les
pays anglophones, mais dans un volume comparable. L’importance économique
des autres domaines linguistiques vient loin derrière.
Qui sont ces entreprises allemandes, au juste ?
– Citons quelques noms prestigieux parmi les entreprises d’outre-Rhin.
Il y a bien sûr l’industrie automobile et de poids-lourds,
avec DaimlerChrysler (Mercedes-Benz, Chrysler, Jeep, Dodge, Unimog, Freightliner,
smart, participations dans Mitsubishi, Hyundai), Opel, Ford Europe, Porsche,
VAG (Volkswagen, Audi, Seat, Skoda, Bugatti, Bentley, Lamborghini, participations
dans Scania) BMW AG (BMW, Austin Mini, Rollce-Royce), MAN, Magirus-Deutz et
Krauss Maffai.
L’aéronautique, autour du groupe DaimlerChrysler, avec
EADS et Airbus Industrie (au départ 39% Aérospatiale, 39% DaimlerChrysler
Aerospace, , 18% BaeSystems, 4% CASA appartenant à DaimlerChrysler), Dornier,
Messerschmitt-Bölkow-Blohm, MTU, et en partie Euromissiles, Eurocopter, Astrium,
mais aussi des indépendants comme Cargolifter ou la compagnie Lufthansa.
Dans l’électronique et plus largement dans le domaine
de l’électricité des entreprises comme Siemens, Bosch, Infineon, Temic, AEG,
Miele, Gaggenau etc., l’industrie lourde avec ThyssenKrupp, Mannesmann, Degussa-Hüls,
la chimie avec Agfa-Gevaert, BASF, Bayer, Hoechst, Henkel, la cosmétique et
Schwarzkopf, Beiersdorf (Nivea), la pharmacie avec Merck, Schering, Aventis
Pharma, Novartis, les assurances Allianz, Münchener Rück, les loisirs avec
Adidas-Salomon, Puma, Bertelsmann, Preussag, l’énergie et Eon, Veba, RWE,
RAG, les services avec Debis, SAP, Deutsche Telekom, Viag et les banques comme
Deutsche Bank, Dresdener Bank, pour n’en citer que quelques-unes.
Si l’Allemagne possède toujours l’industrie la plus
puissante d’Europe – plus de deux fois celle de la France – cela ne veux pas
dire pour autant qu’elle est a la traîne pour les nouvelles technologies.
Selon une étude EUROSTAT, l’Allemagne est de loin le pays le plus important
dans ce domaine en Europe également avec 6 régions high-tech sur 10. L’allemand
est aussi la deuxième langue du web.
|
|
Emploi en haute
technologie |
Emploi en haute
technologie en % de l’emploi total |
|
Baden-Württemberg
(D) |
820 000 |
17,3 |
|
Bayern
(D) |
713 000 |
12,4 |
|
Nord
Ovest (I) |
282 000 |
12,1 |
|
Rheinland-Pfalz
(D) |
203 000 |
12,0 |
|
Hessen
(D) |
313 000 |
11,8 |
|
Lombardia
(I) |
395 000 |
10,8 |
|
Est (F) |
207 000 |
10,7 |
|
Niedersachsen
(D) |
338 000 |
10,3 |
|
West
Midlands (UK) |
232 000 |
9,9 |
|
Nordrhein-Westfalen
(D) |
693 000 |
9,5 |
L’Allemagne comptait ainsi dans les centres les plus importants en Europe
2.767.000 postes dans la haute technologie, contre 677.000 pour l’Italie,
232.000 pour le Royaume-Uni et seulement 207.000 pour la France. En Allemagne,
69% travaillent dans les services, 30% dans l’industrie et 1% dans l’agriculture.
Premier ou deuxième investisseur étranger selon les
années, plus de 2000 entreprises allemandes sont actif en France, et tous
les grands groupes français sont présents en Allemagne. Ces entreprises exigent
de leurs personnel une bonne connaissance de la langue et de la culture allemande.
Pour les relations franco-allemandes, les questions
d’ordre économique relèvent d’un rôle-clé, non seulement à cause des interdépendances
commerciales mais aussi parce que la coopération entre Paris et Bonn, puis
Berlin, a su relever l’ambition des grands projets européens : marché commun,
réforme de la politique agricole, monnaie unique, programmes industriels et
technologiques de l’Union Européenne… La France et l’Allemagne sont depuis
toujours le vrai moteur de l’Europe, et donc le facteur décisif qui a assuré
à notre communauté la période la plus longue sans guerre de notre Histoire.
Mais l’allemand n’est pas seulement la grande langue européenne de l’économie. Le pays des poètes et penseurs – das Land der Dichter und Denker – comme elle aime à s’appeler elle-même depuis Madame de Stael, a donné de grands écrivains et philosophes au monde : Luther, Goethe, Schiller, Lessing, Rilke, Hölderlin, Hegel, Kant, Herder, Nietzsche, Heidegger, Wittgenstein, Marx, Bloch, Freud, Einstein par exemple. De nombreux prix Nobel viennent également d’Allemagne, notamment en sciences et littérature, le dernier étant Günter Grass. Le domaine de la culture allemande est aussi un pays de grands musiciens : Bach, Beethoven, Telemann, Mozart, Strauss, Schubert, Wagner, Brahms, Mahler et tant d’autres. Des peintres comme Dürer, Caspar David Friedrich, Klimt, Schiele, Otto Dix, Hundertwasser. Ce sont des pays de théâtres et d’opéras. Des pays de villes agréables, de paysages à découvrir. Des pays touristiques encore largement méconnus, de la mer du Nord à la chaîne des Alpes, des pays où il fait bon vivre.
Que nous réserve le futur ? – Déjà, de part et
d’autre du Rhin, les politiciens travaillent à la construction d’un Etat intégré
entre la France et l’Allemagne qui donnerait naissance à une grande puissance
européenne, plus grande que le Japon, sur le modèle de la Suisse. Ne serait-ce
pas retrouver l’ancienne unité du temps de Carolus Magnus ?
Voisins pourtant, les Allemands et les Français s’ignorent
encore largement aujourd’hui. Cela n’a que trop duré. Découvrez la culture
et les pays de langue allemande, vous allez être enchanté.
L’allemand,
est-ce difficile ?
L’écrivain américain Marc Twain écrivait, voilà un
siècle, dans un essai humoristique : « Mes études philosophiques
m’ont convaincu qu’une personne douée devrait être capable d’apprendre l’anglais
en trente heures, le français en trente jours, et l’allemand en trente ans. »
Qu’en est-il donc ? Apprendre une langue et une culture étrangères, ce
n’est jamais sans peine, ce n’est jamais sans joie ! Apprendre une langue
étrangère, c’est changer soi-même, se découvrir autant que l’autre, c’est
grandir. Avez-vous oublié que vous ne grandissiez effectivement pas sans mal ?
L’allemand n’est pas une exception parmi les langues.
Elle est la troisième langue étrangère la plus apprise du monde, derrière
l’anglais et le français, à égalité avec l’espagnol. Dans plus de 100 pays
du monde, les élèves apprennent l’allemand. La communauté germanophone dans
le monde dépasse certainement les 200 millions, c’est une grande langue. C’est
une langue de prestige.
Les goûts et les couleurs… L’image de l’allemand en
France en tant que langue n’a jamais
été excellente. Un des préjugés les plus répandus étant que l’allemand ne
serait pas une belle langue. Pour preuve, on cite le « Achtung » du soldat allemand des films
de guerre français. Mais comment réduire une langue à un mot hurlé par la
caricature d’un caporal ?
Ce stéréotype d’une langue laide – qui existe aussi
dans d’autre pays et vis-à-vis d’autres langues – n’a pas lieu d’être, car
il est généralement véhiculé par des personnes qui ne connaissent pas l’autre
langue. L’allemand est une belle langue par sa sonorité comme par la beauté
de sa structure, si elle est maniée avec élégance, tout comme les autres langues.
Ce qui est sûr, c’est que la découverte de l’allemand peut vous apporter également
celle de ses richesses culturelles.
Jetons un œil sur les outils – le vocabulaire – et
la mécanique – la syntaxe – de la langue de Goethe.
Si l’allemand fait partie, tout comme le français,
des langues indo-européennes, le français appartient, avec l’italien, l’espagnol,
le portugais, etc. au groupe des langues romanes, tandis que l’allemand fait
partie des langues germaniques, avec l’anglais, le néerlandais, le suédois,
entre autres.
Si vous parlez déjà l’anglais, vous aurez accès directement
à une partie du vocabulaire allemand. Un petit test ? – Lisez :
Hallo mein Freund! Komm und
sieh! Das ist mein Haus, hier ist mein Garten. Oh, eine Maus. Das ist meine
Katze. Sie liebt Mäuse...
Hello my friend!
Come and see! This is my house, here is my garden. Oh, a mouse. This is my
cat. She loves mice...
Bien entendu, l’inverse est vrai aussi : sur la
base de l’allemand, l’anglais s’acquiert plus facilement.
Mais l’allemand comporte aussi de très nombreux mots
à base latine, grecque et française. Voyez
ceci :
Das Problem der Demokratie ist aktuell. Legislative,
Exekutive und Judikative harmonisieren, das ist ein reales historisches Faktum.
Saviez-vous seulement que l’allemand pouvait être si
facilement compréhensible ?
L’orthographe ne pose d’ailleurs pas de problème, car
elle est phonétique, et non historique, comme en français.
On apprend très vite à savoir comment écrire un mot
même nouveau, et puisque le vocabulaire allemand fonctionne comme un lego,
on a beaucoup plus de facilité à comprendre un mot nouveau qu’en français.
Qu’est-ce que par exemple un parangon dans votre propre langue ?
– Vous ne le savez peut-être pas. En tout cas, si vous ne le savez pas, votre
seul moyen pour le comprendre est le recours au dictionnaire.
Ce lego allemand, à défaut d’être très poétique, est
bien pratique : qu’est-ce que donc une Herrenarmbanduhr ?
Oui, tout à fait, c’est une montre.
En français, difficile à comprendre ce mot à partir du vocabulaire de base
et du verbe montrer… La montre en
allemand, c’est littéralement : un instrument à mesurer le temps (Uhr) lié
(band) au bras (Arm) des messieurs (Herren)… Vous avez peut-être remarqué que l’ordre des mots dans un
mot composé est l’inverse du français. Oui, c’est exact : le français
est construit à l’envers…
Ce caractère terre à terre serait, pensent certains,
à l’origine de l’importance de l’allemand pour la philosophie, car elle permet
de rester proche du sujet, de le disséquer, d’en faire apparaître les rouages…
La grammaire allemande connaît une grande régularité
et en conséquence beaucoup moins d’exceptions que la langue française. Il
est vrai que la grammaire allemande est plus complexe que celle de l’anglais,
en revanche l’anglais présente beaucoup plus de difficultés sur le plan du
vocabulaire. Il est très difficile de devenir très bon en anglais, alors que
les premiers pas se font aisément. C’est l’inverse de l’allemand, où l’on
met un peu plus de temps pour maîtriser les outils et la mécanique de base,
mais à partir d’un certain niveau, l’allemand ne présente plus de problème.
En ce qui concerne la syntaxe, il est vrai que la construction
de la phrase allemande comporte notamment la différence suivante par rapport
au français : un ou plusieurs membres du groupe verbal peuvent se trouver
en fin d’une phrase assez longue. Il est possible que cette particularité
ait une influence déterminante sur le caractère d’une discussion en allemand,
l’interlocuteur étant obligé d’attendre la fin de la phrase pour pouvoir comprendre
où le locuteur veut en venir, il ne peut pas interrompre le flot des mots
de son partenaire aussi aisément qu’en français. Un exemple :
Diamanten kommen hier in diesem Erdreich bei Waschungen im Flusswasser täglich vor.
Des diamants se trouvent
tous les jours ici dans ces terres lors
de lavages dans l’eau du fleuve.
Alors que le contraire serait :
Diamanten kommen hier in
diesem Erdreich bei Waschungen im Flusswasser nie vor.
Des diamants
ne se trouvent jamais ici dans ces terres lors de lavages
dans l’eau du fleuve.
En français, on pourrait
interrompre l’autre à partir de ici, car l’essentiel de l’information
contenue dans la phrase est dite, tandis qu’il faudra attendre jusqu’à la
fin de la phrase allemande pour savoir si l’on trouve des diamants tous
les jours ou jamais, ce qui n’est pas exactement la même chose…
Sur le plan culturel, il
est parfois étonnant de constater des différences, d’origine historiques,
entre Français et Allemands. La conséquence la plus certaine dans l’apprentissage
de la langue du voisin est donc un enrichissement personnel. Vous ne courez
pas de risque plus grand !
Lorsque l’on organise en
France des soirées de lecture de poésies allemandes, on vit des expériences
émouvantes ; des auditeurs viennent vous trouver en fin de soirée pour
vous remercier, en pleurant, d’avoir pu éprouver des émotions aussi fortes,
d’avoir découvert tant de beauté. Ils vous disent alors : « Mais
je ne savais pas que c’était ça, l’allemand. Pourquoi nous l’a-t-on jamais
fait découvrir ? » Il y a peut-être un temps pour tout. Quand
viendra le vôtre ? A propos, l’accent français est si charmant pour une
oreille allemande…
Depuis quelque temps, le
nombre d’élèves choisissant l’allemand est en baisse, notamment en LV1, ce
qui traduit peut-être un manque d’information, certainement un manque de volonté
politique, et aussi un penchant compréhensible pour le moindre effort, tout
relatif par ailleurs. Il est temps de réagir. La France a besoin de germanistes,
et vous avez besoin de l’allemand pour réussir votre vie active.
Dans nos grandes écoles, il y a encore entre
30 et 50% de germanistes. Plus on monte dans la hiérarchie des grandes écoles,
plus le taux d’élèves germanistes est élevé. Ce n’est pas un hasard. Les jeunes
ingénieurs ont compris où était leur intérêt.