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Plaidoyer pour l’apprentissage

de l’allemand

 

 

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[autorisation de M. Alban AZaïs de publier ce document pour l' ADEAF]

 

 

                                          

 

 

 

L’apprentissage des langues étrangères est un enjeu essentiel dans notre vie et son choix souvent déterminant pour la carrière. Qu’en est-il de l’allemand pour un enfant ou un jeune adulte français à ce début d’un nouveau siècle ?

 

Nous allons essayé de vous donner des éléments de réflexion par rapport à trois questions intéressantes :

 

-         Le rôle de l’allemand

 

-         Pourquoi apprendre l’allemand ?

 

-         L’allemand, est-ce difficile ?

 

 

 

 

 

Alban Azaïs

 

Directeur du département langues et cultures

de l’Institut National Polytechnique de Toulouse

 

Alban.Azais@enseeiht.fr

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

            Il y a bien sûr votre plaisir de découvrir, votre curiosité bien comprise, votre besoin de comprendre le monde, votre ouverture d’esprit, votre intérêt pour les autres – bref : l’économie de votre intelligence – qui vous portent vers l’apprentissage des langues et cultures étrangères. Mais l’allemand ? Quel intérêt ?

 

 

Quel rôle pour l’allemand ?

 

Constatons tout d’abord qu’il faudra que nous, Européens, soyons au moins trilingues dans le futur. Il vous faudra parler votre langue maternelle, le français, la langue internationale, l’anglais, et au moins une autre langue de l’union européenne, pour que le projet d’une Europe unie puisse voir le jour, une Europe garante de paix et de stabilité dans le monde, une Europe contrepoids de la superpuissance américaine pour assurer la survie de notre planète. Cela passe par une communication et une compréhension mutuelle, une connaissance des autres cultures. L’Union européenne et ses Etats-membres œuvrent déjà dans ce sens, tout comme l’éducation nationale.

 

Pour quelle raison l’anglais a-t-il pu devenir une langue incontournable dans le domaine professionnel ? La raison en n’est pas une prétendue simplicité de la langue, pas plus que son rôle sur le sous-continent indien, ni bien entendu celle de la Grande-Bretagne, non, l’influence de l’anglais est celle du pouvoir politique, économique et financier des Etats-Unis d’Amérique depuis la première guerre mondiale. L’Union européenne est aujourd’hui plus importante que les Etats-Unis sur le plan économique, mais pas encore sur le plan financier, et pas du tout sur le plan politique. On peut en déduire que le rôle des Etats-Unis va se relativiser dans l’avenir, d’autant plus que l’Inde et la Chine vont devenir des acteurs plus importants dans le monde. Le rôle de la langue anglaise semble en revanche stabilisé pour un bon laps de temps, mais plus elle sera la lingua franca, langue assurant un minimum d’intercompréhension dans les contacts internationaux, plus elle échappera aux pays anglophones qui ne peuvent plus se targuer d’en détenir les rênes. L’expropriation par les usagers est la suite logique d’un impérialisme linguistique de fait.

 

Pensez-vous réellement que la nouvelle lingua franca est l’anglais ? Vous avez tort ; la nouvelle langue mondiale est un mauvais anglais, un mélange, une interlangue souvent sans aucun ancrage culturel qui donnera peut-être naissance à une nouvelle langue un jour, appelons-la le worldspeak… Mais une langue sans culture ne saurait assurer une communication satisfaisante à ses utilisateurs.

 

            A partir du moment où la maîtrise de l’anglais est obligatoire sur le plan professionnel dans un monde toujours plus petit, vous ne pouvez plus vous distinguer par votre niveau dans cette langue, aussi bon soit-il. Votre profil ne sera intéressant pour une entreprise que dans la mesure où vous maîtrisez à un excellent niveau au moins une autre langue. Et comme nous allons voir plus bas, la langue la plus importante pour l’économie française est sans aucun doute l’allemand, loin devant toute autre langue.

 

Parfois on peut entendre qu’il n’est pas nécessaire de parler allemand, parce que les Allemands s’empressent de vous parler anglais – voire français – dès qu’ils s’aperçoivent de votre état d’étranger. S’il est vrai que les germanophones et les peuples du Nord (des Pays-Bas jusqu’en Suède) en général parlent mieux l’anglais, en moyenne, que les Français, et qu’ils ont moins peur de se servir de leurs connaissances, souvent limités pourtant, en langue étrangère, cela relève peut-être d’avantage d’un modèle différent de cours de langues dans la tradition de ces pays, qui ont été plus rapidement orienté vers la communication orale que cela ne l’a été en France. Dans le domaine des méthodes d’enseignement des matières linguistiques, la France a déjà fait d’énormes progrès, mais il reste encore du chemin à faire pour former un élève qui s’exprime avec plaisir et volontiers en langue étrangère. Ceci dit, il convient de constater que certains élèves du système scolaire français arrivent aujourd’hui en fin de formation à un excellent niveau en langue étrangère sans avoir pour autant jamais mis les pieds dans le pays de la langue en question ! Je peux vous certifier cela sur la base d’une expérience de dix ans en tant que responsable de l’allemand aux Concours Communs Polytechniques, avec plus de 8.000 candidats par an le plus grand des concours d’entrée en école d’ingénieur.

 

            Pour revenir à la question de l’anglais, langue suffisante pour une communication avec un Germanophone, retournons la question : est-ce que l’anglais saurait être une langue suffisante pour une communication avec nous, Français, dans tous les contextes socio-professionnels ? – Alors ne parlons plus français pendant un mois et voyons si cette affirmation est exacte… La réponse est bien entendu non. Rien ne peut remplacer la langue maternelle, son état de constituante de l’identité de l’individu est bien trop importante pour en faire abstraction ; il est ainsi simplement humain d’apprécier que votre interlocuteur se soit donné la peine d’apprendre votre langue pour parler avec vous.

 

Un de mes collègues, professeur d’informatique, a posé la question suivante à l’industriel Didier Pineau-Valencienne, longtemps responsable de la formation au MEDEF, de visite dans notre école d’ingénieur toulousaine il y a quelques années : « Qu’est-ce que la chose la plus importante dans notre formation, sur quoi devons nous nous concentrer pour améliorer encore la qualité de nos ingénieurs ? » – La réponse fut claire et brève : « Qu’ils sachent communiquer en deux langues étrangères ! »

 

Ajoutons-y une petite utopie : que les Européens puissent un jour, le plus souvent possible dans leurs contacts internationaux, parler leur langue maternelle tout en étant compris par les participants.

 

Pourquoi apprendre l’allemand ?

 

Pour les Français aujourd’hui, l’Allemagne n’est pas sexy comme Cuba ou le Brésil, pas exotique comme le Canada ou l’Australie, ni le pays du rêve américain. On s’imagine plus facilement sur une plage espagnole qu’à la côte baltique. L’image de l’Allemagne en France souffre d’une méconnaissance quasi totale de ce grand voisin. Après le cauchemar, bref et violent, du régime nazi, la société allemande d’aujourd’hui est ouverte, démocratique, tolérante, en un mot humaine.

 

Richesse et justice sociale ont confortées les pratiques consensuelles qui assurent à l’Allemagne sa force tranquille. Mais les clichés ont la vie dure. L’image de l’Allemand, travailleur, par exemple. Saviez-vous que les salariés allemands sont ceux, de tous les grands pays industrialisés, qui travaillent le moins, et ce depuis fort longtemps, tout en gagnant davantage que la plupart de leurs collègues dans les autres pays ? Tenez – en ce moment, Volkswagen embauche 5.000 ouvriers de base au salaire de 2.500 € brut/mois pour une semaine de 35h, alors que le coût de la vie en Allemagne et en France est identique.  Combien gagne l’ouvrier de base chez PSA ?

 

Plus de 50 ans après la fin de la Deuxième guerre mondiale, l’Allemagne réunifiée retrouve sa capitale historique, et la "République de Berlin" va ouvrir la voie à une normalisation. La période d’après-guerre est révolue. La République fédérale, caractérisée après 1945 par la formule du "géant économique, nain politique" trouvera un rôle plus en équation avec son importance réelle dans le monde dans les années à venir, au sein d’une Europe toujours en construction. Un rôle plus important pour la langue allemande en découle.

 

Des 365 millions d’habitants de l’Union Européenne d’aujourd’hui plus de 93 millions sont de langue maternelle allemande, contre 64 mill. de Francophones et 62 mill. d’Anglophones. En incluant les locuteurs de langue étrangère, un tiers des Européens parlent l’allemand. Seul l’anglais dépasse ce seuil. Plusieurs pays sont germanophones : l’Allemagne, bien sûr, mais aussi l’Autriche, le Luxembourg et le Liechtenstein, la Suisse à 75%, la Belgique, l’Italie et le Danemark en partie. Des minorités allemandes vivent aussi en Pologne, en Roumanie, en Tchéquie et en Russie. Saviez-vous que les Deutschamerikaner, les Américains de souche allemande, sont encore la plus importante minorité – fort de plus de 50 millions de personnes – aux Etats-Unis ? Dans le domaine professionnel, l’allemand est incontournable, après l’anglais bien sûr. Une position qui sera encore renforcée par le futur. Son importance pour vous croît avec vos responsabilités.

 

L’Allemagne avec ses 82 millions d’habitants est l’économie la plus puissante de l’Union et plus largement de l’Europe toute entière. La troisième puissance du monde derrière les Etats-Unis (275 mill. hab.) et le Japon (125 mill.) selon le produit intérieur brut, la communauté germanophone est la deuxième puissance du commerce mondial après les pays anglophones. Le PIB des pays germanophones est environ 30% plus élevé que celui des francophones, le double des anglophones et des italianisants, plus de 4 fois plus élevés que celui des hispanophones.

 

Avec l’agrandissement de l’UE dans les années à venir, l’Allemagne en deviendra son épicentre également sur le plan géographique, le carrefour obligé des activités économiques. L’importance de la connaissance de la langue et de la culture allemandes s’en trouveront encore renforcé. L’allemand, le lien entre l’Est et l’Ouest.

 

La France et l’Allemagne sont mutuellement leurs premiers clients, fournisseurs et partenaires – en particulier dans le domaine aéronautique – (Airbus Industrie, Eurocopter, Euromissiles, Ariane…) ... et parfois concurrents (TGV – ICE).

 

Les chiffres du commerce extérieur sont clairs :

 

Tableau 1         Le commerce extérieur – pays importants par ordre décroissant

 

France...

exportations

en Mrds FF

importations

en Mrds FF

 

= volume

  1.   Allemagne

320

350

670

  2.   Royaume-Uni

207

172

379

  3.   Italie

175

175

350

  4.   Etats-Unis

177

180

357

  5.   Espagne

200

150

350

  6.   Belgique et Luxembourg

150

148

298

  7.   Suisse

70

40

110

  8.   Japon

30

80

110

  9.   Chine

15

60

75

10.   Autriche

20

15

35

11.   Russie

7

30

37

12.   Canada

15

12

27

An 2000, source : Ministère du commerce extérieur

 

La première place en volume des exportations et des importations tiennent donc les pays germanophones pour la France, avant les pays anglophones, mais dans un volume comparable. L’importance économique des autres domaines linguistiques vient loin derrière.

 

Qui sont ces entreprises allemandes, au juste ? – Citons quelques noms prestigieux parmi les entreprises d’outre-Rhin.

 

Il y a bien sûr l’industrie automobile et de poids-lourds, avec DaimlerChrysler (Mercedes-Benz, Chrysler, Jeep, Dodge, Unimog, Freightliner, smart, participations dans Mitsubishi, Hyundai), Opel, Ford Europe, Porsche, VAG (Volkswagen, Audi, Seat, Skoda, Bugatti, Bentley, Lamborghini, participations dans Scania) BMW AG (BMW, Austin Mini, Rollce-Royce), MAN, Magirus-Deutz et Krauss Maffai.

 

L’aéronautique, autour du groupe DaimlerChrysler, avec EADS et Airbus Industrie (au départ 39% Aérospatiale, 39% DaimlerChrysler Aerospace, , 18% BaeSystems, 4% CASA appartenant à DaimlerChrysler), Dornier, Messerschmitt-Bölkow-Blohm, MTU, et en partie Euromissiles, Eurocopter, Astrium, mais aussi des indépendants comme Cargolifter ou la compagnie Lufthansa. 

 

Dans l’électronique et plus largement dans le domaine de l’électricité des entreprises comme Siemens, Bosch, Infineon, Temic, AEG, Miele, Gaggenau etc., l’industrie lourde avec ThyssenKrupp, Mannesmann, Degussa-Hüls, la chimie avec Agfa-Gevaert, BASF, Bayer, Hoechst, Henkel, la cosmétique et Schwarzkopf, Beiersdorf (Nivea), la pharmacie avec Merck, Schering, Aventis Pharma, Novartis, les assurances Allianz, Münchener Rück, les loisirs avec Adidas-Salomon, Puma, Bertelsmann, Preussag, l’énergie et Eon, Veba, RWE, RAG, les services avec Debis, SAP, Deutsche Telekom, Viag et les banques comme Deutsche Bank, Dresdener Bank, pour n’en citer que quelques-unes.

 

Si l’Allemagne possède toujours l’industrie la plus puissante d’Europe – plus de deux fois celle de la France – cela ne veux pas dire pour autant qu’elle est a la traîne pour les nouvelles technologies. Selon une étude EUROSTAT, l’Allemagne est de loin le pays le plus important dans ce domaine en Europe également avec 6 régions high-tech sur 10. L’allemand est aussi la deuxième langue du web.

 

Tableau 2         Les dix premières régions européennes de haute technologie

 

Emploi en haute technologie

Emploi en haute technologie en % de l’emploi total

Baden-Württemberg (D)

820 000

17,3

Bayern (D)

713 000

12,4

Nord Ovest (I)

282 000

12,1

Rheinland-Pfalz (D)

203 000

12,0

Hessen (D)

313 000

11,8

Lombardia (I)

395 000

10,8

Est (F)

207 000

10,7

Niedersachsen (D)

338 000

10,3

West Midlands (UK)

232 000

9,9

Nordrhein-Westfalen (D)

693 000

9,5

Source : EUROSTAT Mémo 5/98, 24 avril 1998, Emploi des secteurs de haute technologie :  6 REGIONS DE HAUTE TECHNOLOGIE SUR 10 SE TROUVENT EN ALLEMAGNE –  L’Allemagne également en tête pour la technologie de pointe.

 

L’Allemagne comptait ainsi dans les centres les plus importants en Europe 2.767.000 postes dans la haute technologie, contre 677.000 pour l’Italie, 232.000 pour le Royaume-Uni et seulement 207.000 pour la France. En Allemagne, 69% travaillent dans les services, 30% dans l’industrie et 1% dans l’agriculture.

Premier ou deuxième investisseur étranger selon les années, plus de 2000 entreprises allemandes sont actif en France, et tous les grands groupes français sont présents en Allemagne. Ces entreprises exigent de leurs personnel une bonne connaissance de la langue et de la culture allemande.

 

Pour les relations franco-allemandes, les questions d’ordre économique relèvent d’un rôle-clé, non seulement à cause des interdépendances commerciales mais aussi parce que la coopération entre Paris et Bonn, puis Berlin, a su relever l’ambition des grands projets européens : marché commun, réforme de la politique agricole, monnaie unique, programmes industriels et technologiques de l’Union Européenne… La France et l’Allemagne sont depuis toujours le vrai moteur de l’Europe, et donc le facteur décisif qui a assuré à notre communauté la période la plus longue sans guerre de notre Histoire.

 

Mais l’allemand n’est pas seulement la grande langue européenne de l’économie. Le pays des poètes et penseurs – das Land der Dichter und Denker – comme elle aime à s’appeler elle-même depuis Madame de Stael, a donné de grands écrivains et philosophes au monde : Luther, Goethe, Schiller, Lessing, Rilke, Hölderlin, Hegel, Kant, Herder, Nietzsche, Heidegger, Wittgenstein, Marx, Bloch, Freud, Einstein par exemple. De nombreux prix Nobel viennent également d’Allemagne, notamment en sciences et littérature, le dernier étant Günter Grass. Le domaine de la culture allemande est aussi un pays de grands musiciens : Bach, Beethoven, Telemann, Mozart, Strauss, Schubert, Wagner, Brahms, Mahler et tant d’autres. Des peintres comme Dürer, Caspar David Friedrich, Klimt, Schiele, Otto Dix, Hundertwasser. Ce sont des pays de théâtres et d’opéras. Des pays de villes agréables, de paysages à découvrir. Des pays touristiques encore largement méconnus, de la mer du Nord à la chaîne des Alpes, des pays où il fait bon vivre.

 

Aimez-vous notre belle langue française ? Alors vous devez être préoccupé par sa survie. Aujourd’hui, la prédominance de l’anglais pèse sur le destin du français comme de l’allemand. Ce n’est qu’en apprenant tous une langue étrangère en plus de l’anglais que nous allons garantir la pérennité de nos langues.

 

Que nous réserve le futur ? – Déjà, de part et d’autre du Rhin, les politiciens travaillent à la construction d’un Etat intégré entre la France et l’Allemagne qui donnerait naissance à une grande puissance européenne, plus grande que le Japon, sur le modèle de la Suisse. Ne serait-ce pas retrouver l’ancienne unité du temps de Carolus Magnus ?

 

Voisins pourtant, les Allemands et les Français s’ignorent encore largement aujourd’hui. Cela n’a que trop duré. Découvrez la culture et les pays de langue allemande, vous allez être enchanté.

 

L’allemand, est-ce difficile ?

 

L’écrivain américain Marc Twain écrivait, voilà un siècle, dans un essai humoristique : « Mes études philosophiques m’ont convaincu qu’une personne douée devrait être capable d’apprendre l’anglais en trente heures, le français en trente jours, et l’allemand en trente ans. » Qu’en est-il donc ? Apprendre une langue et une culture étrangères, ce n’est jamais sans peine, ce n’est jamais sans joie ! Apprendre une langue étrangère, c’est changer soi-même, se découvrir autant que l’autre, c’est grandir. Avez-vous oublié que vous ne grandissiez effectivement pas sans mal ?

 

L’allemand n’est pas une exception parmi les langues. Elle est la troisième langue étrangère la plus apprise du monde, derrière l’anglais et le français, à égalité avec l’espagnol. Dans plus de 100 pays du monde, les élèves apprennent l’allemand. La communauté germanophone dans le monde dépasse certainement les 200 millions, c’est une grande langue. C’est une langue de prestige.

 

Les goûts et les couleurs… L’image de l’allemand en France en  tant que langue n’a jamais été excellente. Un des préjugés les plus répandus étant que l’allemand ne serait pas une belle langue. Pour preuve, on cite le « Achtung » du soldat allemand des films de guerre français. Mais comment réduire une langue à un mot hurlé par la caricature d’un caporal ?

 

Ce stéréotype d’une langue laide – qui existe aussi dans d’autre pays et vis-à-vis d’autres langues – n’a pas lieu d’être, car il est généralement véhiculé par des personnes qui ne connaissent pas l’autre langue. L’allemand est une belle langue par sa sonorité comme par la beauté de sa structure, si elle est maniée avec élégance, tout comme les autres langues. Ce qui est sûr, c’est que la découverte de l’allemand peut vous apporter également celle de ses richesses culturelles.

 

Jetons un œil sur les outils – le vocabulaire – et la mécanique – la syntaxe – de la langue de Goethe.

 

Si l’allemand fait partie, tout comme le français, des langues indo-européennes, le français appartient, avec l’italien, l’espagnol, le portugais, etc. au groupe des langues romanes, tandis que l’allemand fait partie des langues germaniques, avec l’anglais, le néerlandais, le suédois, entre autres.

 

Si vous parlez déjà l’anglais, vous aurez accès directement à une partie du vocabulaire allemand. Un petit test ? – Lisez :

 

Hallo mein Freund! Komm und sieh! Das ist mein Haus, hier ist mein Garten. Oh, eine Maus. Das ist meine Katze. Sie liebt Mäuse...

 

Hello my friend! Come and see! This is my house, here is my garden. Oh, a mouse. This is my cat. She loves mice...

 

Bien entendu, l’inverse est vrai aussi : sur la base de l’allemand, l’anglais s’acquiert plus facilement.

 

Mais l’allemand comporte aussi de très nombreux mots à base latine, grecque et française. Voyez ceci :

 

Das Problem der Demokratie ist aktuell. Legislative, Exekutive und Judikative harmonisieren, das ist ein reales historisches Faktum.

 

Saviez-vous seulement que l’allemand pouvait être si facilement compréhensible ?

 

L’orthographe ne pose d’ailleurs pas de problème, car elle est phonétique, et non historique, comme en français.

 

On apprend très vite à savoir comment écrire un mot même nouveau, et puisque le vocabulaire allemand fonctionne comme un lego, on a beaucoup plus de facilité à comprendre un mot nouveau qu’en français. Qu’est-ce que par exemple un parangon dans votre propre langue ? – Vous ne le savez peut-être pas. En tout cas, si vous ne le savez pas, votre seul moyen pour le comprendre est le recours au dictionnaire.

 

Ce lego allemand, à défaut d’être très poétique, est bien pratique : qu’est-ce que donc une Herrenarmbanduhr ? Oui, tout à fait, c’est une montre. En français, difficile à comprendre ce mot à partir du vocabulaire de base et du verbe montrer… La montre en allemand, c’est littéralement : un instrument à mesurer le temps (Uhr)  lié (band) au bras (Arm) des messieurs (Herren)… Vous avez peut-être remarqué que l’ordre des mots dans un mot composé est l’inverse du français. Oui, c’est exact : le français est construit à l’envers…

 

Ce caractère terre à terre serait, pensent certains, à l’origine de l’importance de l’allemand pour la philosophie, car elle permet de rester proche du sujet, de le disséquer, d’en faire apparaître les rouages…

 

La grammaire allemande connaît une grande régularité et en conséquence beaucoup moins d’exceptions que la langue française. Il est vrai que la grammaire allemande est plus complexe que celle de l’anglais, en revanche l’anglais présente beaucoup plus de difficultés sur le plan du vocabulaire. Il est très difficile de devenir très bon en anglais, alors que les premiers pas se font aisément. C’est l’inverse de l’allemand, où l’on met un peu plus de temps pour maîtriser les outils et la mécanique de base, mais à partir d’un certain niveau, l’allemand ne présente plus de problème.

 

En ce qui concerne la syntaxe, il est vrai que la construction de la phrase allemande comporte notamment la différence suivante par rapport au français : un ou plusieurs membres du groupe verbal peuvent se trouver en fin d’une phrase assez longue. Il est possible que cette particularité ait une influence déterminante sur le caractère d’une discussion en allemand, l’interlocuteur étant obligé d’attendre la fin de la phrase pour pouvoir comprendre où le locuteur veut en venir, il ne peut pas interrompre le flot des mots de son partenaire aussi aisément qu’en français. Un exemple :

 

Diamanten kommen hier in diesem Erdreich bei Waschungen im Flusswasser täglich vor.

Des diamants se trouvent tous les jours ici dans ces terres lors de lavages dans l’eau du fleuve.

 

Alors que le contraire serait :

 

Diamanten kommen hier in diesem Erdreich bei Waschungen im Flusswasser nie vor.

Des diamants ne se trouvent jamais ici dans ces terres lors de lavages dans l’eau du fleuve.

 

En français, on pourrait interrompre l’autre à partir de ici, car l’essentiel de l’information contenue dans la phrase est dite, tandis qu’il faudra attendre jusqu’à la fin de la phrase allemande pour savoir si l’on trouve des diamants tous les jours ou jamais, ce qui n’est pas exactement la même chose…

 

Sur le plan culturel, il est parfois étonnant de constater des différences, d’origine historiques, entre Français et Allemands. La conséquence la plus certaine dans l’apprentissage de la langue du voisin est donc un enrichissement personnel. Vous ne courez pas de risque plus grand !

 

Lorsque l’on organise en France des soirées de lecture de poésies allemandes, on vit des expériences émouvantes ; des auditeurs viennent vous trouver en fin de soirée pour vous remercier, en pleurant, d’avoir pu éprouver des émotions aussi fortes, d’avoir découvert tant de beauté. Ils vous disent alors : « Mais je ne savais pas que c’était ça, l’allemand. Pourquoi nous l’a-t-on jamais fait découvrir ? » Il y a peut-être un temps pour tout. Quand viendra le vôtre ? A propos, l’accent français est si charmant pour une oreille allemande…

 

            Depuis quelque temps, le nombre d’élèves choisissant l’allemand est en baisse, notamment en LV1, ce qui traduit peut-être un manque d’information, certainement un manque de volonté politique, et aussi un penchant compréhensible pour le moindre effort, tout relatif par ailleurs. Il est temps de réagir. La France a besoin de germanistes, et vous avez besoin de l’allemand pour réussir votre vie active.

 

            Dans nos grandes écoles, il y a encore entre 30 et 50% de germanistes. Plus on monte dans la hiérarchie des grandes écoles, plus le taux d’élèves germanistes est élevé. Ce n’est pas un hasard. Les jeunes ingénieurs ont compris où était leur intérêt.

 

 

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APPRENDRE L' ALLEMAND

.(= 1 documentrecto/verso)

mis le 30/10/01

 

 


Letzte Aenderung : 30/10/2001 von e.kneipp , Webmaster