Discours de Jack Lang - 29 janvier 2001Lapplication du plan Langues vivantes à lécole primaire Ma volonté est de revisiter lensemble du système et de centrer dabord les transformations sur lamélioration de lécole première. Cest là que le destin de nombreux enfants se joue. Cest là que se décident leur réussite ou leurs difficultés futures. Le plan pour lEcole vise à la fois à assurer une totale maîtrise des apprentissages fondamentaux et à mieux armer les enfants pour affronter le futur. Une politique proclamée nest que le premier acte dun changement. Le plus exigeant et le plus difficile, cest sa stricte application sur le terrain. Doù ma détermination à veiller scrupuleusement jour après jour à linscription de ces changements dans la réalité. Dans ce but, je me suis engagé à mobiliser lensemble des maîtres, à apporter les moyens dapplication en personnels et en crédits pédagogiques. Dans le même esprit, jai entrepris un tour de France des académies. Jai rencontré lensemble des inspecteurs de léducation nationale chargés dune circonscription du premier degré qui assurent la liaison avec les maîtres des écoles, cest-à-dire près de 1500 personnes. Cest la même volonté qui me conduit à organiser sur les différents thèmes de ces réformes des séminaires nationaux qui permettent chaque fois de dresser un premier bilan, danalyser les lumières et les ombres, de prendre des mesures dapplication complémentaires afin dassurer une pleine réussite. Sur chacun des points de la réforme (la maîtrise de la langue nationale, la généralisation des expérimentations scientifiques, léveil artistique et sensible, lapprentissage de la vie en société, la généralisation des technologies de linformation et de la communication, ...) des réunions de ce type auront lieu tout au long de lannée. En particulier aura lieu en avril prochain un séminaire sur lexpression orale. Ma conviction nest pas née aujourdhui. Militant de la rénovation de lenseignement des langues et de la diversité linguistique, je souhaite depuis longtemps de réels changements dans notre système déducation. Ainsi, parmi les initiatives antérieures que jai eu loccasion de prendre, quon me permette de citer : · la création des sections et des classes européennes en 1992, · lintroduction cette même année des modules pour la première langue vivante en classe de seconde, · ou encore lorganisation en 1997, par la commission des Affaires étrangères dont jétais le Président, de toute une série de manifestations de sensibilisation sur le multilinguisme avec la participation de Claude Hagège, Professeur au Collège de France, et de Jean-Marie Bressand, Président du Monde bilingue. Pourquoi cet engagement obstiné en faveur de lapprentissage dès le plus jeune âge de deux langues vivantes ? Je donnerai deux raisons : · Loreille musicale de lenfant. Cest un gâchis et une aberration, alors que lenfant a un oreille musicale qui est à son zénith au plus jeune âge, de ne pas lui permettre de sapproprier une ou deux langues en plus de la langue nationale. Lexpérience de plus petits pays que le nôtre, comme le Luxembourg, montre que cela est non seulement possible mais heureux. · Une deuxième raison est la préservation de notre langue nationale dans une Europe plurilingue. En France même, lexpérience montre que plus un enfant a la chance dapprendre de langues, plus il les maîtrise. Lapprentissage dune langue vivante, non seulement ne nuit pas à la maîtrise du français, mais contribue au contraire à aiguiser la capacité de lenfant à voyager à lintérieur de la langue nationale et à en mieux comprendre la singularité et les similitudes avec les autres langues. Ce plan pour deux langues vivantes permet en même temps à notre pays de réclamer avec une plus grande chance de succès que notre langue ait une meilleure place dans lenseignement des autres pays. Favoriser lapprentissage dune langue vivante dès le plus jeune âge, cest aussi une manière efficace de servir lavenir de notre langue à lextérieur. Dans cet esprit, jai décidé dorganiser cet automne, pendant lAnnée européenne des langues, les Etats généraux du multilinguisme. Des personnalités du monde entier seront invitées à soutenir un manifeste en faveur dun apprentissage diversifié de plusieurs langues vivantes. Dès le mois de juin 2000, jai annoncé une série de décisions pour lintroduction de lenseignement dune langue vivante à lécole primaire : · Un plan de généralisation de lenseignement des langues vivantes du CM2 à la Grande section de maternelle dici à 2005 est mis en oeuvre. · La continuité au collège de lapprentissage de la langue apprise à lécole primaire sera assurée. · La diversification des langues enseignées à lécole primaire est affirmée. Lamélioration indispensable des compétences en langues des élèves et des étudiants nécessitera également des décisions sur cet enseignement en collège, au lycée et à lUniversité. Celles-ci seront rendues publiques dans quelques semaines. Dores et déjà, jai pris des mesures importantes pour le second cycle des lycées : · offre de lenseignement dune seconde langue vivante en classe terminale de la série scientifique, · augmentation de lhoraire de première langue vivante en série littéraire. Je souhaite que chacun comprenne que les dispositions prises pour cet enseignement à lécole primaire sont une première étape essentielle dun projet plus vaste qui permettra effectivement à chacun de parvenir à une connaissance satisfaisante de plusieurs langues vivantes étrangères. Où en sommes-nous ?Depuis lannonce de ces objectifs très ambitieux pour lécole primaire, une impulsion très forte a été donnée sous la responsabilité du Directeur de lenseignement scolaire, Jean Paul de Gaudemar, et par toutes les directions du ministère pour la mise en oeuvre de ce plan. Ainsi, depuis la rentrée scolaire 2000, lenseignement dune langue vivante est assurée dans 94% des CM2 du secteur public et 79% du secteur privé. Lécart existant entre le secteur public et le secteur privé doit être analysé pour en comprendre les causes. Je remercie tous les maîtres, les professeurs du second degré, tous les autres intervenants qui, avec un grand engagement personnel et souvent avec enthousiasme, ont permis une avancée très importante dans la prise en compte de cette nouvelle mission de lEcole. Je sais également que la mise en place de cet enseignement dans 53 352 classes naurait pas été possible sans la mobilisation des inspecteurs dacadémie et des inspecteurs de léducation nationale. Même si ce nombre recouvre des situations très différentes, qui devront parfois être améliorées, chacun mesurera leffort très important qui a été accompli en peu de temps. Nous devons et nous pouvons aller encore plus loin. Je suis convaincu que de nombreux maîtres possédant une compétence suffisante dans une langue ne participent pas encore à ce grand projet de lEcole. Je souhaite que vous puissiez les convaincre de son importance et trouver avec eux les modalités les plus efficaces et les mieux adaptées. Les décisions que je vais rendre publiques aujourdhui ont pour finalités de préciser les modalités de cet enseignement et de donner à lEcole les moyens nécessaires pour la réussite de ce plan. Ces décisions sappuient naturellement sur lexpérience déjà importante de lécole primaire concernant les langues vivantes. Sur limpulsion de Lionel Jospin, alors Ministre de lEducation nationale, une première expérimentation à léchelle nationale a été engagée en 1989. Parallèlement, le système éducatif français a acquis un savoir faire important grâce à certains dispositifs particuliers, comme ceux mis en place dans le cadre des sections internationales ou de lenseignement bilingue pour les langues régionales. Une exigence de résultatsLa nouveauté de la réforme se traduit par une série de décisions : · Les langues vivantes deviennent une discipline de lécole primaire. · La cohérence sera assurée par la poursuite de cet enseignement en classe de sixième. · Les compétences des élèves en langue vivante à lentrée au collège seront évaluées. Jai décidé de faire désormais des langues vivantes une discipline à part entière de lécole primaire. Le groupe dexperts en charge de la rédaction des programmes de lenseignement primaire, sous la direction de Philippe Joutard, remettra dans quelques semaines ses propositions qui concerneront également les objectifs, les contenus de lenseignement des langues vivantes, ainsi que le volume horaire nécessaire pour atteindre ces objectifs. Ces objectifs sont de deux ordres : · Lintroduction des langues vivantes à lécole primaire sera mis à profit pour aider les élèves dans la découverte des régularités du français, de la syntaxe et de la morphologie de la langue. Les langues vivantes contribueront de façon spécifique à la maîtrise de la langue nationale et de la lecture. · Les programmes préciseront quelles sont les compétences dans la langue ainsi que les connaissances sur les réalités culturelles que les élèves doivent avoir acquises à la sortie du cycle 3. Cette discipline fera lobjet dune évaluation régulière effectuée par les maîtres dans la conduite de la classe. Elle sinscrit dans une continuité qui permettra à chaque élève de poursuivre en classe de sixième létude de la langue commencée à lécole primaire. Jai donné à la Direction de lenseignement scolaire (DESCO) et à la Direction de la programmation et du développement (DPD) la mission dorganiser au niveau national une évaluation du niveau de compétence atteint par les élèves à la sortie de lécole élémentaire dans les langues enseignées. Elle nous permettra dobserver lévolution des compétences effectives des élèves. Expérimentée dès 2001, elle sera généralisée en 2004. La réussite du plan de généralisation des langues vivantes à lécole primaire ne se mesure pas aux seules données quantitatives. Les aspects qualitatifs sont primordiaux. Je confie à lInspection générale de lEducation nationale une mission de suivi de ce plan. En relation constante avec la DESCO, avec laide des inspecteurs dacadémie, des inspecteurs de lEducation nationale et des IA-IPR de langue, les inspecteurs généraux pourront réunir des observations dans les classes et faire régulièrement des recommandations. Le rythme de la généralisationJai annoncé en juin que la généralisation de lintroduction dans cette discipline seffectuerait sur une période de 5 années scolaires, et ce plan ambitieux est, comme on la vu, en cours de réalisation. Après la généralisation en 2000-2001 en CM2, nous assurerons la généralisation en CM1 à la rentrée 2001. La rentrée scolaire 2002 marquera une nouvelle et importante avancée. Début de la mise en œuvre des nouveaux programmes, ce sera l’année de la généralisation de cet enseignement simultanément au début du cycle 3, en CE2, et au début du cycle 2, c’est-à-dire en grande section de maternelle et au cours préparatoire. Ainsi, en 2005, arriveront en sixième les premiers élèves ayant bénéficié d’un cursus complet en cycle 3 de lécole primaire sur la base des nouveaux programmes. Il sagit dun effort très important qui nécessite la mobilisation de tous. Bien évidemment, les objectifs denseignement fixés pour chacun de ces deux cycles tiendront compte de la progressivité de la mise en place de cette discipline et des possibilités réelles dencadrement pédagogique, qui vont elles aussi croître de façon importante. Lessentiel est la recherche de la qualité de lenseignement dispensé. Pour la Grande section de maternelle et les deux premières années de lécole élémentaire, les maîtres accorderont en priorité une grande importance à des objectifs spécifiques. Il sagit : · de développer chez tous les élèves une attitude positive envers les autres modes dexpression, · de créer chez eux lenvie dacquérir une langue autre que leur langue maternelle, de découvrir dautres cultures et modes de vie et dassocier cet apprentissage à la notion de plaisir, · dentretenir leur capacité, naturelle à cet âge, à acquérir les sonorités et schémas intonatifs de langues autres que la langue maternelle et la musique des langues, · de valoriser les éventuelles compétences en langues délèves de la classe, dautres classes ou présentes dans lenvironnement de lécole. Les maîtres seront préparés à ce nouvel enseignement dans le cadre de formation continue. Ils disposeront de nombreux outils et de matériaux pédagogiques. Des recommandations pour la conduite de cet enseignement seront diffusés sur le site Internet EDUSCOL. Des ouvrages et des produits multimédia offriront de nombreuses ressources pour les séances de langue vivante dans ces classes. Cet enseignement portera sur les langues vivantes étrangères, mais les objectifs quil poursuit vaut également pour les langues régionales et les langues issues de limmigration. Une contribution originale sera entre autres apportée par le CNDP. Un cédérom proposera des comptines et des chants dans un certain nombre de langues parlées en France. Tous ces documents seront à la disposition des enseignants qui choisiront dans cet ensemble les langues et les contenus les mieux adaptés à la situation et au projet de la classe. Par tous ces documents, ces chants et ces textes proposés dans des langues différentes, les élèves seront amenés à mémoriser et à reproduire les sons de langues différentes. Ils prendront conscience de la réalité de cette diversité. Tous les jeunes Français auront eu la possibilité dentendre de cette façon les langues régionales de notre pays. Ainsi, par exemple les jeunes Bretons pourront également entendre et reproduire des textes en occitan ou en alsacien. Les maîtres saisiront loccasion, chaque fois que cela sera possible, de valoriser la langue maternelle dun des élèves ou la langue parlée dans sa famille. Cette ouverture à laltérité est à la fois gage de la réussite ultérieure dans lapprentissage des langues et contribution à léducation à la citoyenneté. Elle permettra la reconnaissance par lécole des compétences linguistiques, même limitées, dun grand nombre des élèves et une découverte, par la richesse des langues régionales, de la diversité culturelle de notre pays. A partir de la classe de CE2, les maîtres sengageront résolument dans lenseignement dune langue et pour la réalisation dobjectifs qui servent de socle à la poursuite de lapprentissage en classe de sixième. A tous les niveaux de lécole élémentaire, lintroduction de cette nouvelle discipline doit être loccasion de mettre en oeuvre des projets pédagogiques ayant naturellement une dimension internationale. Tout projet favorisant le contact des classes et des élèves avec la réalité des pays étrangers, avec des établissements et des élèves dautres pays, donne son sens à cet enseignement. Cette dimension internationale, cette ouverture culturelle à dautres civilisations est lune des clefs de la réussite de cet enseignement car elle est source de motivation des élèves. Cest en recherchant de façon systématique les échanges et les contacts avec des locuteurs de ces langues que lEcole fera comprendre aux enfants lutilité de cet apprentissage. Lenvironnement quotidien des classes doit, à loccasion de lenseignement des langues vivantes, illustrer cette ouverture sur les autres pays et les autres cultures. La formation linguistique et pédagogique des maîtres1) Une formation initiale pour tous les maîtres du premier degréCette nouvelle discipline relève, de la Grande section de maternelle au cours moyen, de la responsabilité pédagogique du maître de la classe, qui pourra ainsi organiser la nécessaire intégration de lenseignement des langues vivantes dans lensemble des apprentissages. La réaffirmation du principe de la polyvalence du maître du premier degré est accompagnée de dispositions nouvelles. a) en faveur de tous les futurs professeurs des écolesLobjectif est la formation initiale de tous les futurs professeurs des écoles. Dès la rentrée 2001, les IUFM mettront en place une formation linguistique adaptée. Un effort aussi important doit être effectué en faveur de la formation à la pédagogie de lenseignement des langues vivantes pour des élèves de cet âge. Dès 2003, le recrutement des professeurs des écoles stagiaires supposera une compétence suffisante des candidats dans une langue vivante étrangère. Leur aptitude à utiliser une langue vivante étrangère pour la communication directe devra avoir été validée de façon spécifique. Je compte sur les présidents des universités pour impulser dans chaque université la prise en compte de limportance des langues vivantes, quelles que soient les disciplines étudiées. Il est indispensable que les étudiants aient une possibilité réelle, pendant leurs années détudes, au moins dentretenir les compétences acquises à la fin du second cycle de lenseignement secondaire. Le Certificat de compétences en langues pour lenseignement supérieur, expérimenté depuis cette rentrée universitaire, et les Centres de langue doivent connaître une généralisation rapide. Pour la rentrée 2001, jai décidé, pour aider les IUFM à faire face à cette mission, de mettre à la disposition de chaque antenne dIUFM léquivalent dau moins un poste et demi dassistant de langue parmi les postes consacrés à lenseignement primaire. Ces jeunes étudiants étrangers donneront loccasion aux stagiaires de sentretenir dans des langues étrangères, en plus de lenseignement quils recevront. b) pour ceux qui souhaitent approfondir leurs compétences en languesEn plus de la formation linguistique et pédagogique reçue par tous les futurs professeurs des écoles, une formation à dominante langue vivante est mise en place pendant lannée scolaire 2001-2002. Cette formation à dominante sera proposée aux stagiaires ayant un intérêt particulier pour cette discipline. Elle leur permettra dapprofondir et délargir leur connaissance de la langue ainsi que de la didactique des langues vivantes. Elle fournira le sujet de leur mémoire professionnel et comprendra un séjour obligatoire de plusieurs semaines dans un institut étranger de formation des maîtres. Pendant ce séjour, les stagiaires auront la possibilité deffectuer un stage accompagné dans des classes de lenseignement primaire du pays partenaire et pourront faire valider leurs interventions auprès de ces élèves. Je demande à tous les IUFM de poursuivre les efforts déjà entrepris et de conclure très rapidement dans ce sens des conventions avec des instituts de formation étrangers dans les pays ou régions où les langues enseignées sont pratiquées. Le recours aux aides communautaires doit être pleinement utilisé. 2) Laccompagnement des maîtres et la formation continueLa perspective de recrutement denseignants du premier degré formés à lenseignement des langues vivantes ne nous dispense pas de la nécessité dune formation continue pour tous les maîtres actuellement en poste. Un plan pluriannuel de formation sera élaboré dans chaque département. La formation continue linguistique et pédagogique des maîtres constitue en effet lune des priorités pour les années à venir. Une procédure dhabilitation à lenseignement des langues vivantes est organisée au niveau départemental ou académique. Dans un souci de transparence, jai demandé à la DESCO dharmoniser les modalités et les exigences de cette habilitation sur la base de lexpérience acquise par le Diplôme de compétence en langues et le Certificat de compétence en langue pour lenseignement supérieur. Ces modalités communes simposeront donc progressivement pour laccès à lhabilitation. Une aide importante sera apportée aux maîtres par les inspecteurs de léducation nationale, les conseillers pédagogiques et les maîtres formateurs. A la suite de cette journée, des séminaires interacadémiques dinformation à leur intention seront mis en place pendant lannée 2001-2002. Au cours de lannée 2001, une option Langues vivantes pour le Certificat aux fonctions dinstituteur et professeur des écoles maître formateur (CAFIPEMF) sera créée. Des maîtres formateurs ayant une compétence très affirmée dans lenseignement des langues seront une ressource importante pour la formation continue. Laffectation des conseillers pédagogiques ayant passé cette option fera lobjet dun plan élaboré en cohérence avec les besoins créés par lintroduction de cette nouvelle discipline. Les personnels denseignementEn accompagnement des efforts importants pour la formation initiale et continue des maîtres du premier degré, des formes diversifiées dorganisation des séances consacrées aux langues vivantes sont mises en place. · La collaboration à lintérieur des équipes pédagogiques selon les compétences particulières de chacun pourra prendre la forme déchanges de service. · Dans les zones rurales, des postes de maîtres itinérants peuvent venir renforcer la polyvalence des équipes pédagogiques. · Dans cette perspective, les programmes déchanges internationaux de maîtres du premier degré avec plusieurs pays partenaires doivent connaître un renouveau, et les ressources quils offrent aux écoles doivent être mieux exploitées. Le séjour de maîtres français dans des pays partenaires et la présence dans les écoles de maîtres étrangers sont des formes privilégiées de formation continue et des occasions de rencontre des élèves avec des locuteurs natifs de cette langue, porteurs de leur culture. Ici encore, il est essentiel que toutes les instances de lEducation nationale prennent en compte la dimension nécessairement internationale de leur action dans ce domaine. · En plus des maîtres formés du premier degré, lintervention de professeurs de langue du second degré volontaires, rémunérés en heures supplémentaires, est organisée. Il sagit là dune coopération très constructive entre premier et second degré. Localement, la possibilité d’intégrer des heures dispensées en premier degré dans le service de professeurs de langue ne disposant pas dun service complet en collège ou en lycée devrait être recherchée pour la réussite de ce plan. · Dautres intervenants viendront aider les maîtres du premier degré : intervenants extérieurs ou assistants de langue. Le nombre des intervenants extérieurs associés à cette généralisation de lenseignement des langues est en forte augmentation. Ils sont passés de 1350 à 2760. Je tiens à souligner ici leffort consenti par de nombreuses collectivités locales pour participer à la mobilisation nécessaire autour de cette nouvelle discipline. La vérification de leur compétence dans la langue seffectuera selon des procédures harmonisées au niveau national. Une réflexion est en cours pour permettre à ceux qui possèdent une licence de pouvoir intervenir au-delà des 270 heures sur lannée quautorise leur statut de vacataire. Un recrutement de ces personnels, comme contractuels par exemple, leur offrirait la perspective dintégrer plus facilement la fonction publique par les concours internes. La présence de locuteurs natifs est essentielle, non seulement pour aider les enseignants à assumer cette nouvelle mission de lEcole, mais surtout pour donner loccasion aux élèves dêtre exposés à une langue dont lauthenticité ne peut que difficilement être égalée, de rencontrer des représentants de la langue et de la culture enseignées. La compétence de ces locuteurs natifs leur permet également de mener avec les élèves des activités diverses dans la langue. · Une nouvelle augmentation du nombre de postes dassistants de langue est prévue pour la rentrée 2001. Ils étaient 1000 au printemps 2000 dans les écoles primaires. Sur les 5800 postes dassistants de langue ouverts à la dernière rentrée scolaire, 1400 sont consacrés au soutien de laction des maîtres du premier degré. A la prochaine rentrée, 1850 assistants sur les 6500 prévus contribueront à lintroduction des langues vivantes à lécole primaire. · Jai décidé daugmenter de façon significative le nombre de jeunes Européens présents auprès des maîtres du premier degré. Des concertations sengageront très vite avec nos partenaires sur les formes les plus adéquates. Jai confié au Centre international détudes pédagogiques le soin dorganiser le recrutement de tous ces jeunes, qui nécessite laide active de nos partenaires étrangers et la mobilisation des postes diplomatiques. Les postes dassistants seront ouverts également à des étudiants qui ne suivent pas détudes de langue et une validation officielle de leur séjour en France leur sera proposée. Je profite de cette occasion pour dire à quel point je me félicite de la présence dun aussi grand nombre dassistants et dassistantes de langue dans nos établissements scolaires et du travail quils y réalisent. Véritables ambassadeurs de leur langue et de leur pays auprès de nos élèves et des enseignants des écoles, collèges et lycées, ils préfigurent cette mobilité plus large des étudiants et des enseignants que jappelle de mes voeux. Jinviterai dailleurs un grand nombre dentre eux à la manifestation nationale organisée en France le 4 avril dans le cadre de lAnnée européenne des langues. Des outils pour lenseignement des langues vivantes : Plusieurs types doutils seront mis à la disposition des maîtres et des classes : · Dès ladoption des programmes de lécole primaire, ceux-ci seront mis à la disposition de tous les maîtres. Des recommandations pédagogiques seront mises en ligne sur le site Internet de la DESCO (EDUSCOL). · Très vite, après la parution de ces programmes, des matériaux pédagogiques devront être réalisés et permettre aux enseignants délaborer une progression dans lenseignement de la langue. Les éditeurs scolaires seront invités à élaborer des méthodes adaptées et la mutualisation des réalisations locales sera réalisée par les sites de lAdministration et par le CNDP. · En 2001, un appel doffres sera publié par la Direction de la technologie pour la réalisation doutils multimédia, sur la base dun cahier des charges précis. Il concernera plusieurs langues vivantes. · Pendant lannée 2001, une plate-forme de cybercorrepondance sera mise en service au cours de lannée 2001. Elle proposera à tous les élèves pendant leur parcours scolaire ladresse de deux correspondants dans deux langues différentes. Ce service fera lobjet dun projet pédagogique élaboré par les enseignants. · Des recommandations seront élaborées pour aider les collectivités locales à organiser léquipement des salles de classe le mieux adapté à cet enseignement. Lobjectif de diversification des langues vivantesSe pose bien entendu la question centrale des langues enseignées. Cette question est trop importante pour que la réponse soit dictée uniquement par des préoccupations de gestion du système éducatif. Elle nécessite une analyse sérieuse des besoins des futurs citoyens que sont les élèves. La prise en compte de ces besoins réels conduit à plusieurs considérations qui doivent nous servir de guides : · La seule connaissance de langlais ne peut suffire. Tout montre que lavenir de notre pays et des jeunes Européens impose la maîtrise dau moins deux langues vivantes étrangères en plus de la langue maternelle. · Mais la connaissance de langlais est nécessaire pour tous. Lenseignement de cette langue sera proposée à tous les élèves au collège. · La connaissance véritable dune langue et laptitude à une communication authentique avec des locuteurs étrangers supposent la connaissance des faits culturels qui constituent lidentité de ces locuteurs. La langue et la culture quelle porte sont liées. Jattends des groupes dexperts chargés délaborer les programmes pour les langues vivantes quils définissent précisément ce lien et ce qui doit être acquis par les élèves. · Notre pays possède de nombreuses langues régionales qui constituent une partie de sa diversité culturelle. Laccès à ces langues et à ces cultures doit permettre aux élèves qui le souhaitent de sapproprier cette richesse. Il ne sagit en aucun cas dun repli sur des particularismes mais dune reconnaissance de la diversité en Europe. Les langues régionales parlées en France sont dailleurs dans certains cas également des langues de proximité, parlées au-delà de nos frontières. Les langues vivantes régionales contribuent au plan de généralisation des langues vivantes à lécole primaire. Les élèves qui recevront cet enseignement auront la possibilité au collège de débuter lapprentissage de deux langues vivantes étrangères. La mise en oeuvre des conséquences pratiques de ces choix nécessite une modification des représentations collectives sur la place et le rôle des langues vivantes. La France a un rôle moteur à jouer dans la prise en compte de la diversité linguistique et culturelle. Tous les acteurs et les partenaires naturels de lécole doivent se mobiliser pour obtenir une véritable diversification des langues enseignées dès lécole primaire. Il sagit de faire comprendre aux familles et aux élèves que rien nimpose de commencer son parcours en langues vivantes par létude de langlais. Les dispositions qui seront prises pour le collège et le lycée garantiront à tous les élèves la possibilité daccéder à un niveau comparable de compétence dans les deux langues apprises, quel que soit le moment du début de cet apprentissage. Une première mesure consistera à offrir à partir de la rentrée scolaire 2003 lapprentissage de langlais en seconde langue vivante dès la classe de sixième à tous les élèves ayant entrepris létude dune autre langue à lécole primaire. Personne ne peut se contenter de la situation actuelle. Rappelons que seuls 24% environ des élèves apprennent une autre langue que langlais en cours moyen et, encore plus grave, seulement 10% sont dans ce cas en classe de sixième. Mon objectif est de corriger ce déséquilibre. Une première étape que doit atteindre très rapidement chaque département consistera au moins à maintenir létat actuel de la diversification au cours moyen et de réduire rapidement la différence avec la situation existant en classe de sixième, grâce à la continuité des apprentissages entre école et collège, par la carte des langues, par linformation apportée aux familles ainsi que par les incitations prévues en faveur de la diversification. Le système éducatif français ne peut assister sans réagir par exemple à la réduction actuelle de la part respective de lenseignement de lallemand en collège. Cette diminution est lourde de conséquences quand on sait limportance des échanges culturels, éducatifs, économiques et politiques entre nos deux pays. Réagir au déclin de lenseignement de cette langue en France, cest prendre la mesure de limportance de la compréhension réciproque des peuples allemand et français pour lavenir de nos pays et de lEurope. Des initiatives seront prises bientôt avec nos partenaires allemands en faveur de lapprentissage de la langue du partenaire. Peut-on comprendre pourquoi une langue comme le portugais, qui ouvre des portes vers des pays aussi importants que le Portugal et le Brésil, ne concerne que 10 000 élèves environ dans nos collèges et nos lycées ? Enfin, je citerai le cas particulier de la langue arabe. Alors que de très nombreux élèves possèdent un savoir faire dans un dialecte, lenseignement de larabe en collège et en lycée ne rassemble quun peu moins de 7000 élèves. Il est urgent de développer un enseignement plus conséquent de cette langue de communication universelle et de permettre à plus délèves laccès à la richesse de la culture et de la civilisation du monde arabe. Un état des lieux de la diversification sera établi tous les ans par les inspections académiques. Une synthèse sera élaborée par la DESCO. La clé de la diversification des langues est lélaboration dune carte des langues par bassin de formation ou à léchelle dun territoire pertinent pour la suite des études des élèves. A partir dun recensement le plus précis possible des ressources humaines disponibles et des situations locales, la continuité de lenseignement de langues vivantes sera construite de lécole primaire au collège. La collaboration étroite des collectivités locales sera recherchée, ainsi que la prise en compte de lenvironnement de lécole. Cest ainsi que la proximité géographique dun pays ou dune région, la présence importante de locuteurs dune langue, lexistence de comités de jumelage ou limplantation dentreprises étrangères devraient être des facteurs pris en compte dans la définition de cette carte des langues . Ceci devrait également avoir parfois pour conséquence la création de cursus dans des langues qui ne disposaient pas jusquici denseignement de première langue vivante dans le collège de recrutement. De la même façon, des dispositions seront prises, en concertation avec les représentants des personnels, pour favoriser la continuité des apprentissages dans les écoles. Une contribution importante à cet effort de diversification sera apportée par la transformation progressive, en coopération avec les pays concernés, des séances de langues organisées dans le cadre de lenseignement des langues et des cultures dorigine (ELCO). La réflexion en cours concerne larabe, lespagnol, litalien et le portugais. Ces enseignements doivent souvrir à dautres élèves et prendre toute leur place dans le plan de généralisation des langues à lécole primaire. Les élèves qui reçoivent cet enseignement doivent pouvoir le continuer en collège comme première langue vivante, tout en bénéficiant de lapprentissage complémentaire de langlais en sixième. Dautres langues encore sont enseignées à lécole primaire. Même si elles ne représentent quune part minime en pourcentage, la préservation de cet enseignement doit faire lobjet de tous les soins et peut motiver des dispositions particulières prises par les inspecteurs dacadémie dans un souci de continuité. La réussite de la diversification suppose une volonté partagée de tous les acteurs. Cette volonté naurait que peu de chances de succès si lécole norganisait pas de façon systématique une information complète en direction des familles sur les parcours de langues vivantes possibles dans un bassin de formation. Une campagne dinformation doit être mise en place dans chaque bassin de formation, sous la direction du service de linformation et de lorientation. Elle substituera la logique de parcours de langues, qui englobe nécessairement plusieurs langues vivantes, à la demande ponctuelle de choix dune langue vivante. Elle éclairera les familles et leurs enfants sur les caractéristiques et les ressources offertes par létude des langues proposées dans le cadre de la carte des langues . Partout où cela est possible, le choix de la langue apprise à lécole primaire sera laissé aux familles, en essayant de préserver léquilibre délicat entre la pluralité des langues enseignées dans une école et lintérêt pédagogique de la présence du maître de la classe pendant les séances de langue. Bien évidemment, ce choix, même dans le meilleur des cas, ne pourra être que limité. La diversification des langues ne peut être qu encadrée . La diversité des modalités pédagogiquesLenseignement des langues vivantes à lécole primaire est marqué actuellement par une grande diversité : sections internationales, enseignement bilingue pour les langues régionales, enseignement extensif à raison d1 heure 30 par semaine pour les langues étrangères. Cette diversité doit continuer. Chaque dispositif pédagogique contribue de façon spécifique à la mission du service public. circulaires. Lextension de ce dispositif à lenseignement de langues de proximité géographique comme lallemand, litalien, lespagnol et le néerlandais sera encouragée dans les académies concernées. Un inventaire de toutes les ressources disponibles sera entrepris très rapidement dans chaque département et mis en regard avec les demandes éventuelles des familles, en concertation avec les collectivités locales et territoriales. Le plus grand soin sera apporté dans le choix des sites et des écoles pour que ces dispositifs ne se transforment pas en facteur de sélection sociale. Pour réaliser cette extension, les académies et les départements rechercheront la participation active de partenaires étrangers, qui pourra prendre la forme de conventions, déchanges de maîtres ou de jeunes, de mutualisation des ressources pédagogiques. Lenseignement offert dans lensemble des écoles doit connaître des formes diverses dorganisation. La plus grande souplesse sera laissée aux équipes pédagogiques et à chaque inspecteur dacadémie. Chaque fois que cela sera possible, la présence de locuteurs natifs sera mise à profit pour organiser, en plus des séances régulières de langue, des moments dutilisation intensive de la langue. Lune des formes que je souhaite voir se développer est lorganisation, avec laide des collectivités locales et territoriales, de classes linguistiques analogues aux classes découverte ou aux classes patrimoine. En sappuyant sur les secteurs associatifs qui gèrent ces centres, notamment les Pupilles de lEnseignement Public et La Ligue de lenseignement, il est souhaitable de mettre en place de véritables bains linguistiques pour les écoles. Grâce à la présence de locuteurs natifs, dassistants ou de maîtres étrangers participant à un échange poste pour poste, les élèves dune classe pourront ainsi participer à des activités diverses dans la langue. Ils recevront pendant une période un enseignement disciplinaire dans la langue. Avec laide des DRAC, des activités dexpression artistique dans la langue apprise pourraient être offertes aux élèves pendant cette même période, comme par exemple le chant choral. De tels centres répartis sur le territoire offriront au plus grand nombre décoles et délèves la possibilité dun contact important avec les langues, en complément de lenseignement reçu pendant le reste de lannée scolaire. Dans la mise en place de toute cette palette de dispositifs en faveur dun apprentissage diversifié des langues pour tous les élèves, la participation des collectivités locales et territoriales est souvent la condition de la réussite de ces projets. Celles-ci doivent pouvoir pleinement accompagner les initiatives de lEcole. Toutes ces mesures destinées à mettre en place de façon définitive lenseignement des langues vivantes dans lécole primaire française auront un prolongement au collège et au lycée. Elles poursuivent un objectif à la fois ambitieux mais impératif : faire accéder lensemble des Français à la maîtrise des langues vivantes. Sans laisser croire que chacun peut parvenir à une compétence de locuteur natif, tous nos efforts doivent permettre à tous les élèves et étudiants de maîtriser suffisamment deux langues vivantes pour communiquer efficacement avec des locuteurs de ces langues. Notre pays souffre dun complexe envers cet apprentissage. Nous sommes réputés comme étant peu désireux de parler des langues étrangères. En faisant des langues vivantes une discipline fondamentale dans notre système éducatif, ces décisions aideront à la prise de conscience et au sursaut nécessaires. Ce constat largement caricatural repose cependant sur un malentendu. Contrairement à une illusion fort répandue, la France nest pas un pays monolingue. La langue nationale est commune à tous ses habitants et sa maîtrise constitue lune des priorités absolues pour le système éducatif. Ceci ne doit pas faire oublier que les langues régionales sont parlées et comprises par une partie non négligeable de la population. Elles sont même très vivantes dans certaines parties du territoire français. Les migrations successives vers notre pays nous ont permis daccueillir de très nombreuses personnes maîtrisant dautres langues que le français. LEcole doit valoriser toutes ces compétences linguistiques qui constituent une richesse individuelle et collective et les traiter comme des éléments du profil plurilingue que chacun doit progressivement développer. Lintroduction du Portfolio européen des langues du Conseil de lEurope dans des écoles volontaires peut nous y aider. Je suis heureux de pouvoir annoncer ces décisions importantes pour les langues vivantes au début de lAnnée européenne des langues. Ces décisions sont effectivement une contribution importante de la France à lEurope, dont lavenir passe par le respect de sa diversité culturelle et linguistique et par la promotion du multilinguisme.
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