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Cadre de la journée
Le numéro 359 des Cahiers pédagogiques de décembre 1997 a consacré un dossier au thème l’école allemande avec ce sous-titre provoquant ‘L’Ecole allemande, un modèle?‘. Le projet a consisté à porter un regard sur une école si proche et pourtant si différente, avec les contributions d’Alfred Grosser, Daniel Cohn-Bendit et de nombreux enseignants, formateurs, responsables, parents et étudiants des deux côtés du Rhin. Quatre grands axes ont été abordés dans ce numéro :
(école primaire, parents, place de l’enfant dans la société, ...) Logique des systèmes
(institutions et financement, formation des enseignants, religion, ...)
(Office franco-allemand pour la jeunesse, voyages, manuels, témoignages, ...) Passages de la tradition à la modernité
(écoles libre, école ouverte, Ex-R.D.A., système dual et Berufsakademien, ...)
En prolongement de ce numéro, une journée de réflexion et de formation a eu lieu au C.R.D.P. de Strasbourg le 11 mars 1998. Cette manifestation était co-organisée par le C.R.A.P.- Cahiers Pédagogiques, l’I.U.F.M. d’Alsace, le C.R.D.P. de Strasbourg, l’Institut Goethe, et l’A.D.E.A.F. Une cinquantaine de personnes, des invités spéciaux et dix auteurs d’articles du numéro 359 ont participé à cette rencontre.
Discours d’ouverture (Denis Goeldel)
La séance a débuté par l´intervention du professeur Denis Goeldel, Directeur de l’I.U.F.M. d’Alsace. Il a mis l’accent sur le fait qu’acquérir des informations sur le système d’éducation du pays dont la personne sera amenée à enseigner la langue, était chose nouvelle dans la formation des futurs enseignants. Ces dernières années, les systèmes éducatifs européens sont devenus de vrais objets d’étude. M. Goeldel a souligné l’intérêt du numéro 359 car il ne traitait pas seulement du modèle éducatif allemand, mais situait l’école dans un contexte plus large qui est celui de la société allemande. Par exemple, les heures de cours le matin doivent être mises en relation avec le taux d’activité moins élevé des femmes en Allemagne. De même, la violence à l’école a trait aux droits des élèves et la place des parents dans le système éducatif.
En dernier lieu, M. Goeldel a souligné la forte logique disciplinaire française, alors qu’en Allemagne, un enseignant se qualifie d’abord comme pédagogue (p.ex. ‘Realschullehrer’) avant d’être professeur de mathématiques ou de français.
Ateliers A, B, C, D
Pendant environ deux heures, 4 ateliers ont repris les grands axes du dossier.
Atelier A : Le cycle primaire : une "enfance heureuse" ?
L’atelier A, co-animé par Marie-Noëlle Oster-Siebenbour (I.U.F.M. d’Alsace) et Anemone Geiger-Jaillet (Pôle universitaire européen de Strasbourg), tournait autour de la place de l’enfant, des parents, et de l’école primaire dans la société allemande par rapport à la France. Après un bref compte-rendu d’expérience de stage dans une école primaire allemande par Anne Gloeckler (voir Cahiers p.13), l’invitée Mme Marlis Camboni a expliqué la logique de l’école primaire allemande à partir de son expérience de directrice d’une école primaire au pays de Bade. Elle a surtout mis l’accent sur le travail axé sur des compétences transversales et l’épanouissement individuel de chaque élève.
En schématisant
à l’extrême, on pourrait dire que les parents allemands
ont peur que leurs enfants travaillent trop, alors qu’en France, ce
serait l’inverse. Un résumé sous forme de tableau a
été élaboré par une participante.
L’atelier B : Logique des systèmes
L’atelier B, co-animé par Alain Jaillet, Elisabeth Regnault et Anne Besançon (Université Louis Pasteur et Université des Sciences Humaines de Strasbourg), avait comme invité spécial le maire-adjoint de Baden-Baden, M. Kurt Liebenstein. Celui-ci avait été interviewé par Jeanne Moll sur le fonctionnement des budgets et l’organisation scolaire dans une ville moyenne comme Baden-Baden (52.000 habitants).
Elisabeth Regnault est revenue sur son article et la recherche qu´elle avait conduite sur la question de la laïcité. La R.F.A. n’est pas un état laïc et le problème posé par le port de signes distinctifs religieux n’a pas été vécu de la même façon des deux côtés de la frontière, peut-être avec moins de passion en R.F.A.
Une grande partie de l´atelier s’est articulée autour de la place et du rôle des collectivités territoriales. Ainsi, si la ville fournit le matériel et le Land s’occupe du financement pédagogique, les collectivités territoriales ont un poids non négligeable dans la nomination des directeurs d´établissements. Un autre point fut l’occasion d’échanges intéressants. En effet, plusieurs enseignants allemands qui avaient fait le déplacement, tout comme le représentant de la ville de Baden-Baden, ont défendu l’idée que contrairement à l’opinion courante en France, le système allemand n’était pas à l’entrée en Sixième aussi sélectif que l’on pourrait le croire, surtout si on retient comme critère de comparaison le système français des concours.
L’atelier C : Echanges et interculturalité
L’atelier C, autour des échanges était co-animé par Annie Barré (Université des Sciences Humaines de Strasbourg) et Françoise-Emma Teyssèyre (Institut français de Munich). Cette dernière s’est déplacée pour l’occasion en tant que correspondante des Cahiers pédagogiques pour l’Allemagne. Elle avait recueilli des témoignages de jeunes bacheliers (p.37) diffusés dans le Cahier 359. La présence de M. Métayer du Rectorat de Strasbourg (relations internationales) a permis d’apporter des informations techniques aux participants.
L’atelier s’est déroulé à partir des expériences et questions des participants. A côté des échanges entre élèves allemands et français, l’accent a été mis sur les échanges entre enseignants français et allemands. A propos de ces échanges, la problématique de l’enseignement de la langue et/ou de la sensibilisation aux différences interculturelles a été évoquée principalement autour de deux exemples.
Dans le cadre de la formation d’enseignants amenés à enseigner leur discipline dans une langue étrangère, des stages ont été organisés par le Rectorat de l’Académie de Strasbourg dans des établissements de Rhénanie-Palatinat et d’Andalousie. Ces stages avaient une vocation à la fois linguistique et culturelle. La méthode adoptée a été celle de l’observation de classes pendant trois semaines avec prise en main de ces classes à certains moments du cursus afin de familiariser l’enseignant à la langue de spécialité correspondant à sa discipline.
Si la question de la nature de l’apport interculturel a été évoquée à propos de ces stages sans être approfondie par manque de temps, elle a resurgi de manière beaucoup plus circonscrite à propos d’un autre mode d’échange. Afin de sensibiliser des enseignants d’histoire allemands et français aux différentes approches des contenus de leur discipline, il leur a été proposé de discuter d’un sujet par visioconférence. Le sujet choisi à cet effet était " le troisième Reich ". Cet échange a suscité chez les participants une discussion sur l’opportunité de proposer des sujets touchant à des représentations où l’affectif joue un rôle important, surtout en situation d’échange binational.
L’expérience de formations transfrontalières en allemand et en français incite à suggérer qu’il est important de faire émerger des questions dites sensibles. En effet, les représentations qui y sont liées existent dans les têtes, même si souvent elles sont camouflées, car politiquement ou socialement incorrectes, et elles interfèrent inconsciemment dans les relations de travail entre Français et Allemands. Mais il convient de tenir compte de cette composante affective, de l’exploiter pour aller plus loin dans le travail sur les représentations tout en prenant certaines précautions afin d’éviter des blocages qui iraient à l’encontre de l’objectif initial.
Autre sujet abordé, l’expérience d’enseignement de l’histoire en langue étrangère n’est peut-être pas le meilleur moyen d’apprendre une langue si l’on se contente uniquement de traduire son cours. Cette manière de procéder gomme en effet les différences de notions et de mise en perspective liées à la culture. Elle peut même donner l’illusion que la langue est seulement un outil et qu’elle est indépendante du contenu qu’elle véhicule. Il semblerait donc plus intéressant de traiter un même point d’histoire dans les deux langues avec les contenus correspondant à ces langues, tels qu’on les trouvent dans les manuels des deux pays. Ceci contribuerait à sensibiliser les élèves aux différences interculturelles mais aussi à la relativité d’un fait historique. A ce titre, signalons la réedition du livre ‘Au jardin des malentendus’ (édition française) et ‘Esprit/ Geist’ (édition allemande) de J. Leenhardt et R. Picht.
Atelier D : Passages de la tradition à la modernité’
Le dernier atelier était co-animé par Astrid Meyer (Strasbourg) et Sabine Bastian (Université de Leipzig). Sabine Bastian (voir Cahier p.54) avait été spécialement invitée pour nous faire part de la situation en Ex-RDA depuis la ‘Wende’ (chute du mur). Tout dans le système scolaire de l’Est n’aurait pas été aussi mauvais que l’on a voulu le faire croire, et les modèles est et ouest sont encore en débat à l’heure actuelle.
Il n’est pas possible d´isoler un système éducatif de son contexte social. Cela se vérifie à de nombreuses reprises. Ainsi, le taux d’activité des femmes avec enfants en R.D.A. était beaucoup plus élevé qu’en R.F.A., par conséquent, les enfants se trouvaient plus tôt dans des structures scolaires ou garderies (rapprochement avec la France). Il n’y avait pas d’enseignement de la religion à l’école et le temps scolaire jusqu’au baccalauréat n’était que de 12 années par rapport à 13 à l’ouest.
Le principal de l’école ouverte de Kassel-Waldau (voir p.48) s’était également déplacé à Strasbourg pour cette journée de formation. Il était accompagné de sa fille, ancienne élève de cette même école. L’un et l’autre ont pu répondre aux questions de l’auditoire.
Présentation d’un nouveau manuel transfrontalier
Après la
pause-café, Mlle Barbara Eschbach de l’ADIRA -Association de
Développement du Bas-Rhin- a présenté le
manuel
transfrontalier
qui sera distribué pour la rentrée 1998/99 dans
l’espace du
Rhin supérieur (Alsace, une partie du Bade-Wurttemberg, Palatinat
du sud et Suisse du nord-ouest). Ce projet a l´ambition de
proposer à environ 3000 établissements scolaires de
cette Eurorégion un classeur de 140 fiches pédagogiques
bilingues
Ce projet est cofinancé par des partenaires français, allemands et suisses et par l’Union Européenne.
Par la suite, les comptes-rendus d’ateliers ont été présentés par les animateurs, et ont été suivis d’une discussion qui s’est prolongée jusqu’après 18 heures. Dans l´assistance, des professeurs allemands s´étaient déplacés pour rencontrer des collègues français, des professeurs français de langue mais pas seulement puisque des enseignants de philosophie, de mathématiques, d’histoire ainsi que des documentalistes peuplaient les rangs. C’est que le sujet ne passionne pas seulement les enseignants d’allemand.
Que tous ceux qui ont contribué à la réussite de cette journée soient ici vivement remerciés avec une citation de Robert Picht:
"La véritable amitié entre les individus et entre les peuples ne s’établit donc que dans la mesure où ils apprennent à respecter les différences et à chercher patiemment les convergences possibles'"
Article ‘Histoire’ in: Au jardin des malentendus, Textes édités par J. Leenhardt et R. Picht, Actes Sud, 1990)