
(Article à paraître dans le bulletin de l’ADEAF de janvier)
Un contexte à première vue morose
Les grandes déclarations de l’an dernier n’ont pas
(encore ?) été suivies de mesures concrètes capables d’influer réellement
sur le comportement linguistique de nos compatriotes, l’indispensable information
ne semble toujours pas à l’ordre du jour, le regain d’intérêt pour l’enseignement
de l’allemand se fait souvent attendre…
Les raisons de se lamenter
ne manquent pas, amplifiées par des déclarations ministérielles (ou autres)
sur la bivalence qui citent justement notre discipline en exemple !
Nous ne pouvons pourtant
pas céder à la morosité ambiante, nous ne pouvons pas accepter de croire que
les Français et leurs élus sont plus soucieux des phénomènes de mode, des
économies à courte vue ou de la prochaine échéance électorale que de l’avenir
de la génération qui se trouve en ce moment dans le système scolaire !
Quelques lueurs d’espoir :
Sur le plan national au sein du système scolaire :
- Le succès grandissant et la généralisation des sections bilangues et européennes (en particulier quand elles bénéficient de l’appui du Recteur, comme à Lyon),
- le rapport du Sénat sur les langues, très documenté, pointe à nouveau les problèmes d’une absence de politique volontariste nationale, qui condamne à court terme la diversité linguistique, donc le français lui-même comme langue internationale, et laisse se développer une offre inadaptée aux besoins en langue vivante de notre pays, voire même contraire aux intérêts nationaux en ce qui concerne la baisse des effectifs d’élèves apprenant l’allemand !
La commission, composée de maires de grandes villes, et son rapporteur, le Sénateur Legendre, issu des rangs de la majorité, ne pourront pas accepter que ce rapport alarmant reste lettre morte.
Pour l’amélioration de l’image de l’Allemagne, donc de l’allemand :
- le regain d’intérêt pour le cinéma allemand, et même son succès actuel,
- la création d’une « Popakademie » à Mannheim, qui peut laisser espérer l’émergence d’artistes allemands capables de s’imposer sur le marché français.
Pour la promotion de la langue allemande :
- la campagne de promotion de la langue allemande présentée lors du Deutschlehrertag de Paris le 6 décembre 2003, qui montre une prise de conscience de la désaffection des élèves français pour leur langue par des institutions allemandes, et témoigne de leur volonté d’agir, même si les moyens ne permettent pas encore de passer par d’autres relais que les enseignants d’allemand.
En attendant, c’est encore
à nous, professeurs d’allemand, parfois soutenus par des collègues, des chefs
d’établissement, des IPR, qu’il appartient de s’emparer de l’événement médiatique
qu’est cette journée commémorative pour faire connaître notre matière, car
les faits sont têtus et restent largement ignorés, ou presque ; quelques
chiffres qu’il est toujours bon de rappeler :
Résultat d’une recherche
par mot-clés sur le site www.anpe.fr le
15 décembre 2003
|
Langue |
Anglais |
Allemand |
Espagnol |
Italien |
Russe |
Portugais |
|
Nombre d’offres |
1
561 |
383 |
148 |
147 |
34 |
22 |
Tableau du commerce extérieur
de la France en 2002 :

Mais il est difficile de
contrer un matraquage médiatique peu favorable à l’Allemagne et à la culture
germanique, qui fait naître une sorte d’image fantasmée de la langue et de
ce qu’elle véhicule, avec des arguments purement rationnels.
C’est ce qu’ont bien compris
les collègues qui nous ont fait parvenir les activités qu’ils projetaient
autour du 22 janvier, ou dont ils avaient entendu parler.
Quelques exemples :
« A Strasbourg, le Goethe-Institut propose à 150 collégiens de 4ème et de 3ème issus de divers collèges avec section bilingue une comédie muscicale française "Moulin Rouge" chantée en allemand en collaboration avec le Consulat général d'Allemagne, suivie du gôuter franco-allemand. » Désirée Ohlmann
« Die 4euro wird von den deutschen Partnern empfangen, die
3euro besichtigt in Frankreich die Maginot-Linie mit ihren Partnern. Ich habe
vor eine "typisch deutsche" Mahlzeit für diesen Tag in der Kantine
zu beantragen.
http://www.ac-nancy-metz.fr/pres-etab/col_sierck/qcm/hpkontakt/hpkontakt.htm » Patrick Pasquier
Mme Paulin, IA-IPR d’Allemand de Lyon par détachement, a envoyé un courrier aux profs de son académie
insistant « sur le fait qu’il vaut mieux une réalisation, aussi modeste
soit-elle, dans les établissements scolaires, orchestrée par des professeurs
germanistes, qu’un vide qui laisse la seule place à une vision médiatique
de l’événement » et donnant de nombreux exemples comme des expositions
de photos de l’Allemagne, photos des échanges ou voyages scolaires, en liaison
avec les professeurs d’autres matières, en particulier d’autres langues dans
un cadre européen, ou des tableaux comparatifs entre différents pays, chiffres,
capitale, personnages célèbres, école, nourriture avec publication dans le
journal de l’école, ou encore repas allemand à la cantine avec musique allemande
en fond, mise en valeur des livres en rapport avec l’Allemagne au CDI… et
incitant à mettre en commun les idées par l’intermédiaire du site académique.
Aucune liste ne saurait être exhaustive, chacun pouvant personnaliser à
l’infini des actions qui peuvent être menées le 22 janvier, mais aussi à des
moments plus stratégiques pour le choix des langues dans le cursus scolaire.
- Pourquoi ne pas faire se rencontrer des élèves qui présenteraient ainsi
des chansons apprises en classe, des sketchs écrits pas eux-mêmes, leur perception
du cours d’allemand, le déroulement du voyage ou de l’échange… ?
- On peut utiliser une implication dans un IDD pour produire des affiches,
un livret, des pages Internet, un spectacle… qui s’adresse à l’ensemble de
l’établissement et qui soit justement rendus publics à cette occasion.
- Autres choses, faciles à réaliser : un cours ou un club ouvert à
tous pendant une semaine, où on montre des décorations de noël, des déguisements
de carnaval, où on déguste des pâtisseries allemandes, on écoute des groupes
de techno ou de rap allemands.
- La projection de films allemands, ou même de la vidéo « Parlez vous
deutsch ? » peuvent aussi attirer les élèves ou d’autres membres
de la communauté scolaire.
- Plus lourd à organiser, un concours sur la connaissance de l’Allemagne
et de ses relations avec la France, pour lequel il faut élaborer un questionnaire,
puis dépouiller le tout et trouver des lots pour les gagnants.
- Une lettre aux parents/aux collègues/aux élèves…
- Ce qui était proposé l’an dernier sur le site du ministère : une
chanson à travailler en musique, un discours historique à étudier en histoire
ou en français…
Le risque est de donner l’impression de vouloir s’imposer à tout prix,
surtout si on donne les chiffres plutôt mauvais des baisses d’effectifs, certains
(y compris parmi les collègues) risquent de voir une tentative de sauver son
poste, et le 22 janvier étant si proche de la commémoration d’Auschwitz… Le
travail risque d’être contre productif !
Dans ce cas, la meilleure garantie est de travailler avec les collègues,
de faire intervenir des gens de l’extérieur, du jumelage par exemple, et même
d’ouvrir cette journée sur l’Europe, le couple franco-allemand étant parfois
mal perçu tant à l’étranger qu’en France.
Dans une société où le faire-savoir prend assez souvent le pas sur le savoir-faire :
Ces activités peuvent se dérouler au sein d’un établissement, mais aussi
s’orienter en direction des écoles voisines, des parents, ou du public.
Et ne jamais oublier de s’appuyer sur la presse locale pour relayer l’information,
et toucher éventuellement des gens qui ne se seraient pas déplacés. Surtout
qu’ils auront toujours plus tendance à croire ce qui est écrit dans le journal
plutôt que ce qu’un prof d’allemand pourrait leur raconter, même si c’est
le même prof d’allemand qui a (co-)écrit l’article de journal !
Je vous souhaite donc de bien finir l’année 2003 et de commencer mieux
encore l’année 2004, en espérant que cet article vous aura donné quelques
idées et du courage !
Amic’allemand,

Secrétaire de la régionale Adeaf de Lyon
Responsable promotion du bureau national Adeaf