Un 22 janvier pour quoi faire ?

 

(Article à paraître dans le bulletin de l’ADEAF de janvier)

 

 

 

 

Un contexte à première vue morose

Les grandes déclarations de l’an dernier n’ont pas (encore ?) été suivies de mesures concrètes capables d’influer réellement sur le comportement linguistique de nos compatriotes, l’indispensable information ne semble toujours pas à l’ordre du jour, le regain d’intérêt pour l’enseignement de l’allemand se fait souvent attendre…

Les raisons de se lamenter ne manquent pas, amplifiées par des déclarations ministérielles (ou autres) sur la bivalence qui citent justement notre discipline en exemple !

 

 

Des raisons de ne pas baisser les bras

Nous ne pouvons pourtant pas céder à la morosité ambiante, nous ne pouvons pas accepter de croire que les Français et leurs élus sont plus soucieux des phénomènes de mode, des économies à courte vue ou de la prochaine échéance électorale que de l’avenir de la génération qui se trouve en ce moment dans le système scolaire !

 

Quelques lueurs d’espoir :

Sur le plan national au sein du système scolaire :

-          Le succès grandissant et la généralisation des sections bilangues et européennes (en particulier quand elles bénéficient de l’appui du Recteur, comme à Lyon),

-          le rapport du Sénat sur les langues, très documenté, pointe à nouveau les problèmes d’une absence de politique volontariste nationale, qui condamne à court terme la diversité linguistique, donc le français lui-même comme langue internationale, et laisse se développer une offre inadaptée aux besoins en langue vivante de notre pays, voire même contraire aux intérêts nationaux en ce qui concerne la baisse des effectifs d’élèves apprenant l’allemand !

La commission, composée de maires de grandes villes, et son rapporteur, le Sénateur Legendre, issu des rangs de la majorité, ne pourront pas accepter que ce rapport alarmant reste lettre morte.

 

Pour l’amélioration de l’image de l’Allemagne, donc de l’allemand :

-          le regain d’intérêt pour le cinéma allemand, et même son succès actuel,

-          la création d’une « Popakademie » à Mannheim, qui peut laisser espérer l’émergence d’artistes allemands capables de s’imposer sur le marché français.

 

Pour la promotion de la langue allemande :

-          la campagne de promotion de la langue allemande présentée lors du Deutschlehrertag de Paris le 6 décembre 2003, qui montre une prise de conscience de la désaffection des élèves français pour leur langue par des institutions allemandes, et témoigne de leur volonté d’agir, même si les moyens ne permettent pas encore de passer par d’autres relais que les enseignants d’allemand.


 

Des réalités qui nous poussent à agir

En attendant, c’est encore à nous, professeurs d’allemand, parfois soutenus par des collègues, des chefs d’établissement, des IPR, qu’il appartient de s’emparer de l’événement médiatique qu’est cette journée commémorative pour faire connaître notre matière, car les faits sont têtus et restent largement ignorés, ou presque ; quelques chiffres qu’il est toujours bon de rappeler :

 

Résultat d’une recherche par mot-clés sur le site www.anpe.fr le 15 décembre 2003

Langue

Anglais

Allemand

Espagnol

Italien

Russe

Portugais

Nombre d’offres

1 561

383

148

147

34

22

 

 

Tableau du commerce extérieur de la France en 2002 :

 

Petit catalogue d’activités envisageables un 22 janvier… ou un autre jour !

Mais il est difficile de contrer un matraquage médiatique peu favorable à l’Allemagne et à la culture germanique, qui fait naître une sorte d’image fantasmée de la langue et de ce qu’elle véhicule, avec des arguments purement rationnels.

 

C’est ce qu’ont bien compris les collègues qui nous ont fait parvenir les activités qu’ils projetaient autour du 22 janvier, ou dont ils avaient entendu parler.

Quelques exemples :

 

« A Strasbourg, le Goethe-Institut propose à 150 collégiens de 4ème et de 3ème issus de divers collèges avec section bilingue une comédie muscicale française "Moulin Rouge" chantée en allemand en collaboration avec le Consulat général d'Allemagne, suivie du gôuter franco-allemand. » Désirée Ohlmann

 

« Die 4euro wird von den deutschen Partnern empfangen, die 3euro besichtigt in Frankreich die Maginot-Linie mit ihren Partnern. Ich habe vor eine "typisch deutsche" Mahlzeit für diesen Tag in der Kantine zu beantragen.
http://www.ac-nancy-metz.fr/pres-etab/col_sierck/qcm/hpkontakt/hpkontakt.htm » Patrick Pasquier


 

Mme Paulin, IA-IPR d’Allemand de Lyon par détachement, a envoyé un courrier aux profs de son académie insistant « sur le fait qu’il vaut mieux une réalisation, aussi modeste soit-elle, dans les établissements scolaires, orchestrée par des professeurs germanistes, qu’un vide qui laisse la seule place à une vision médiatique de l’événement » et donnant de nombreux exemples comme des expositions de photos de l’Allemagne, photos des échanges ou voyages scolaires, en liaison avec les professeurs d’autres matières, en particulier d’autres langues dans un cadre européen, ou des tableaux comparatifs entre différents pays, chiffres, capitale, personnages célèbres, école, nourriture avec publication dans le journal de l’école, ou encore repas allemand à la cantine avec musique allemande en fond, mise en valeur des livres en rapport avec l’Allemagne au CDI… et incitant à mettre en commun les idées par l’intermédiaire du site académique.

 

 

Aucune liste ne saurait être exhaustive, chacun pouvant personnaliser à l’infini des actions qui peuvent être menées le 22 janvier, mais aussi à des moments plus stratégiques pour le choix des langues dans le cursus scolaire.

- Pourquoi ne pas faire se rencontrer des élèves qui présenteraient ainsi des chansons apprises en classe, des sketchs écrits pas eux-mêmes, leur perception du cours d’allemand, le déroulement du voyage ou de l’échange… ?

- On peut utiliser une implication dans un IDD pour produire des affiches, un livret, des pages Internet, un spectacle… qui s’adresse à l’ensemble de l’établissement et qui soit justement rendus publics à cette occasion.

- Autres choses, faciles à réaliser : un cours ou un club ouvert à tous pendant une semaine, où on montre des décorations de noël, des déguisements de carnaval, où on déguste des pâtisseries allemandes, on écoute des groupes de techno ou de rap allemands.

- La projection de films allemands, ou même de la vidéo « Parlez vous deutsch ? » peuvent aussi attirer les élèves ou d’autres membres de la communauté scolaire.

- Plus lourd à organiser, un concours sur la connaissance de l’Allemagne et de ses relations avec la France, pour lequel il faut élaborer un questionnaire, puis dépouiller le tout et trouver des lots pour les gagnants.

- Une lettre aux parents/aux collègues/aux élèves…

- Ce qui était proposé l’an dernier sur le site du ministère : une chanson à travailler en musique, un discours historique à étudier en histoire ou en français…

 

Ne pas sembler sectaire…

Le risque est de donner l’impression de vouloir s’imposer à tout prix, surtout si on donne les chiffres plutôt mauvais des baisses d’effectifs, certains (y compris parmi les collègues) risquent de voir une tentative de sauver son poste, et le 22 janvier étant si proche de la commémoration d’Auschwitz… Le travail risque d’être contre productif !

 

Dans ce cas, la meilleure garantie est de travailler avec les collègues, de faire intervenir des gens de l’extérieur, du jumelage par exemple, et même d’ouvrir cette journée sur l’Europe, le couple franco-allemand étant parfois mal perçu tant à l’étranger qu’en France.


 

Communiquer !

Dans une société où le faire-savoir prend assez souvent le pas sur le savoir-faire :

 

Ces activités peuvent se dérouler au sein d’un établissement, mais aussi s’orienter en direction des écoles voisines, des parents, ou du public.

Et ne jamais oublier de s’appuyer sur la presse locale pour relayer l’information, et toucher éventuellement des gens qui ne se seraient pas déplacés. Surtout qu’ils auront toujours plus tendance à croire ce qui est écrit dans le journal plutôt que ce qu’un prof d’allemand pourrait leur raconter, même si c’est le même prof d’allemand qui a (co-)écrit l’article de journal !

 

Je vous souhaite donc de bien finir l’année 2003 et de commencer mieux encore l’année 2004, en espérant que cet article vous aura donné quelques idées et du courage !

 

Amic’allemand,

 

Frédéric Auria

Secrétaire de la régionale Adeaf de Lyon

Responsable promotion du bureau national Adeaf

 

 

 



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