Entrevue au ministère

Une délégation de l’ADEAF a rencontré le 6 mars 2002 Francis Goullier, chargé de mission sur les langues pour faire le point sur la situation de l’enseignement de l’allemand et la campagne d’information sur le choix des langues à l’école primaire prévue par le ministère .

 

Constatation : contrairement à ce que laissaient présager les effectifs enregistrés en primaire en 2000-2001 (près de 20% dans le secteur public), l’érosion des effectifs de germanistes en 6ème se poursuit : 8,57 % (public et privé) contre 13 % en 1980, 11 % en 1995 et 9,4% en 1999. On observe ce phénomène dans de nombreuses académies : ainsi à Rouen on passe de 10,9% en CM2 l’année dernière à 7,5 % en 6ème à la rentrée, à Rennes de 10,6 à 6,7 %.

Le Ministère est très préoccupé par cette remise en cause des progrès de diversification enregistrés en primaire.

La publication des programmes de CE2 pour chaque langue (ils ont été présentés le 7 mars 02 en CES, les documents d’accompagnement paraîtront d’ici à la fin de l’année) devrait permettre la sortie de manuels ; au moins en anglais et en allemand, les éditeurs seraient prêts. Pour des langues de plus petite diffusion, le ministère envisage d’expertiser des méthodes élaborées dans le pays de la langue enseignée.

Généralisation : 2 calendriers

Affirmation très forte de Francis Goullier : il faut tout faire pour maintenir les positions de l’allemand en primaire. On a à l’école une logique d’offre. Partout on offre l’anglais et dans un certain nombre d’écoles l’allemand. Les autre langues sont peu offertes. A ce niveau, le choix est " piloté " et c’est une chance pour l’allemand.
La situation est plus difficile en LV2 où on se trouve face à une logique de la demande qui ne nous est pas favorable (image de l’allemand et de l’Allemagne, non prise en compte à ce niveau des arguments économiques…).

L’allemand pourrait en revanche être plus présent (aussi pour grands commençants) dans les lycées professionnels (besoins économiques et nombreuses possibilités de stages).

Nous avons fait observer que malgré l’engagement des enseignants de collège, la part de l’allemand en primaire diminuait et que l’extension en CE2 risquait d’accentuer cette baisse (il est difficile d’intervenir sur 3 niveaux à l’école : 4h30).

Il faudrait former plus de professeurs d’école avec des compétences en allemand. A propos de la formation en IUFM, Francis Goullier signale que la dimension internationale va être intégrée dans les contrats IUFM, une partie des stages pouvant se faire à l’étranger avec remplacement prévu.

Pour faciliter l’intervention des professeurs de collège, F. Goullier va intervenir auprès du directeurs des écoles pour que la possibilité d’intervenir sur le temps de service en primaire pour les professeurs de langues du secondaire soit mentionnée dans la circulaire de rentrée (on constate encore – ou à nouveau – des blocages de certains IA).

Information sur le choix des langues

C’est un enjeu majeur pour la diversification. Une brochure est en cours de préparation en collaboration avec l’ONISEP. On insiste dans cette brochure sur les enjeux de l’apprentissages des langues et sur la nécessité de la diversification (pas de présentation de chaque LV). Ce texte élaboré au niveau national sera envoyé dans les régions et actualisé / complété par les IA en fonction de la situation locale. Le document complété devrait être envoyé aux écoles pendant les vacances de Pâques accompagné d’un argumentaire plus étoffé à destination des professeurs d’école). Dans le même temps une circulaire devrait paraître au BO pour expliquer aux directeurs d’école les modalités de l’information sur les langues qui se déroulera en mai (on a estimé que mars était trop tôt car le choix de la langue du CE2 se fait en mai-juin ; les effets de la campagne d’information risquaient de se dissiper) . Francis Goullier souhaite que le ministre annonce solennellement cette campagne d’information et renouvelle son appel en faveur de la diversification – peut-être à l’occasion de l’inauguration de la maison des langues, 173 bd Saint Germain, début avril.

Nous insistons sur le fait que l’information ne doit pas se limiter à la distribution d’une brochure qui présente l’offre en langues dans le secteur. Il faut inviter les parents des élèves de CE1 à une réunion à laquelle participent les intervenants en langues.

Carte départementale des langues 

C’est une commande du ministre pour la rentrée 2002 : " on ne peut plus bricoler ", il faut établir une carte de l’offre de langues  en primaire.

Pour permettre une meilleure mise en place des enseignements de LV en primaire à la rentrée, il est prévu de recenser plus tôt les compétences et de signer également plus tôt les contrats avec les intervenants extérieurs. L’affectation des assistants sera plus précoce (affectations faites dès avril pour la rentrée suivante par le recteur sur proposition de l’IA) ; les contrats des assistants pourront être prolongés de 7 à 9 mois - les moyens financiers nécessaires ont été débloqués.

L’ADEAF se fait l’écho de situations locales où l’établissement de la carte des langues est plutôt conçue comme outil de rationalisation de l’offre en langues (avec des fermetures de postes en allemand) que comme extension des possibilités de choix et de diversification.

 

 

 

Suppressions de postes, recrutement, gestion des sureffectifs

La chute des effectifs entraîne des suppressions de postes. Un grand nombre de postes sont sur la sellette (classes de 5 à 10 élèves, le recrutement insuffisant en primaire entraîne la disparition de la LV1 en collège, etc…). Or on continue à recruter 170 titulaires du CAPES par an. A-t-on procédé au niveau ministériel à une analyse prospective des besoins ?

Un élément de réponse : les départs en retraite massifs à partir de 2005 justifient ces recrutements. Baisser le niveau de recrutement aurait rapidement des conséquences sur l’offre d’allemand, l’attractivité des facultés d’allemand, etc… Il vaut mieux avoir des sureffectifs, des professeurs en surnombre qu’on peut faire intervenir en primaire ou pour ouvrir des sections de LV3 en lycée. Il ne faut pas oublier que le pays a besoin de germanistes.

Nous objectons que ces sureffectifs semblent souvent très mal gérés (92 TZR en Bretagne, plus aucun remplaçant à Besançon). La DPE n'est toujours pas en mesure de livrer un état précis des TZR pour que l’on puisse envisager une meilleure utilisation de cette ressource. Concrètement, de nombreux jeunes collègues entament leur carrière dans des conditions désastreuses : démotivation, amertume, recherche de reconversion… Quel gâchis !

 

La situation en lycée

Le Ministre est bien conscient du fait que la question des horaires est cruciale et de l’effet désastreux qu’a eu l’application de la grille Allègre au moment où l’on affirmait une volonté de promotion de l’enseignement des LV.

Il faudrait réintroduire un enseignement réglementaire de 3h pour tous (l’enseignant étant libre d’utiliser ce contingent de 3h comme il le souhaite). Mais le Ministère se heurte à des obstacles difficiles à surmonter. On manque de postes (bien sûr pas en allemand) pour augmenter l’horaire actuel. Les moyens libérés par la réduction d’horaires ont souvent été récupérés par les académies et réaffectés. La DESCO étudie actuellement les possibilités de revenir sur les réductions d’horaires. Cela pourrait être fait en liaison avec l’extension de l’expérimentation des horaires globalisés de LV en seconde à la classe de première (plus de classes de LV1 et LV2, mais des groupes de compétences).

Une autre solution de compromis pourrait consister à donner 2h classe + 0,5 h en groupe (1 heure tous les 15 jours) : on augmenterait ainsi l’horaire élève tout en maintenant le travail en groupe).

Des mesures sont en cours de publication pour renforcer les sections européennes. Le ministre doit s’exprimer sur ce sujet lors d’un colloque sur les sections européennes au lycée Louis le Grand le 12 mars.

Pour les professeurs certifiés (l’exigence de compétences en langue pour toutes les disciplines et pour tous les concours est rappelée), une certification de compétences en langues vivantes (niveau 3 du CLES – C1 grille européenne) va être créée. Les professeurs qui auront cette compétence auront accès à des postes fléchés pour l’enseignement des DNL.

On va procéder à un toilettage du texte qui régit l’obtention de la mention européenne au bac (barre fixée actuellement à 14 pour l’écrit de LV1 devrait être revue). D’autre part la mention européenne sera ouverte également aux LV2.

 

Quelques autres thèmes ont été rapidement abordés :

 

Conclusion :

Un échange approfondi (2h30), au cours duquel chacun a exprimé avec franchise son point de vue.

Les mesures annoncées (sur la diversification, sur l’information) sont de portée limitée. Il apparaît clairement, que même si la volonté du ministre de promouvoir la diversification est réelle, il ne dispose que de moyens modestes (cf postes en lycée pour le retour aux 3 heures, cf moyens pour l’introduction de la LV2 en 6ème). De plus, du fait de la déconcentration du système éducatif, le ministre a des difficultés à faire passer dans les faits sa volonté de diversification linguistique qui n’est pas (ou peu) soutenue par l’opinion publique et qui se heurte souvent au scepticisme des décideurs locaux. Or c’est souvent à ce niveau que sont prises les décisions dont dépend l’avenir de l’enseignement de l’allemand.

La situation est difficile, les perspectives sont incertaines, raison de plus pour redoubler d’énergie et " jouer les cartes " dont nous disposons : présence dans le primaire, réseau encore assez dense d’enseignants d’allemand, besoins reconnus de compétences en allemand (comment le faire savoir ?), densité des échanges entre la France et l’Allemagne, perspective européenne… Nous devons agir dans tous ces domaines et à tous les niveaux pour faire entendre notre message.

Thérèse Oudet, Bernard Bon, JM Hannequart

 

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