Ce qui suit est un cadre d'activité, pas un projet pédagogique. Ne vous
étonnez pas du
vide qui tient lieu de définition d'objectifs.
| Compréhension écrite Recomposition et présentation orale du compte-rendu. |
| Une fois l'entraînement à la compréhension d'un article et la méthodologie du compte rendu mis en place, il faut donner aux élèves l'occasion de mettre en uvre leurs compétences : c'est la phase de transfert, souvent négligée. Dans une classe hétérogène, et dans une perspective de prise en charge de chaque élève de ses apprentissages, j'ai toujours beaucoup de plaisir à faire fonctionner le schéma suivant : 25 élèves répartis en 5 groupes, 5 articles différents sur des aspects importants de l'actualité (ou questions civilisationnelles, ou 5 éclairages différents du même problème), 2 heures de cours. Chaque groupe est composé d'élèves de tous niveaux en compréhension, et travaille sur un seul et même article. Un dictionnaire est à disposition, une encyclopédie en ligne et Internet sont disponibles pour toute requête essentielle. (Il s'agit là d'un luxe dont on peut se passer sans compromettre la mise en uvre, mais qui ne manque pas d'intérêt). La première heure est consacrée à la compréhension et à la prise de notes qui servira de base à la recomposition de l'article. Tout le monde s'y met et s'entre-aide. Et pour cause : chaque membre du groupe devra en 2ème heure présenter son article en 10 minutes à d'autres élèves (voilà résolu le problème d'une éventuelle motivation défaillante). Pendant cette phase, le professeur et, éventuellement, l'assistant(e), circule(nt) pour vérifier l'état d'avancement des travaux et procurer les aides ad hoc. Si la classe comporte plus de 25 élèves, il faut bien sûr créer un 6ème groupe avec lequel on s'occupera de recherches complémentaires ou de rédaction de compte-rendus formels... On peut prévoir à l'avance un parcours de lecture, des fiches d'aide, des repérages
de zones sensibles..., mais on peut aussi profiter de la présence dans le groupe de bons
élèves qui serviront aux autres de personnes ressources et travailler in vivo,
puisque l'activité se situe après les phases d'entraînement. Il s'agit en quelque sorte
d'une validation des acquis méthodologiques. La pierre de touche de l'exercice est
l'objectif de toute forme de communication : l'adéquation aux destinataires.
Ceci fait généralement l'objet de discussions intensives au sein du groupe, et il faut s'attendre à du français dès qu'on tourne le dos. Je n'y vois pas tellement d'inconvénients s'il s'agit d'un travail technique : l'essentiel est que tout ce qui peut être fait en anglais à un niveau donné doit l'être, le reste me paraît négociable. En 2ème heure, chaque élève va rejoindre un nouveau groupe composé d'un élève de chaque groupe précédent : c'est le moment de la mise en commun de tous les articles. Chacun est responsable de la présentation de son travail, ceux qui écoutent prennent des notes succinctes et posent des questions sur ce qui n'est pas clair. Pour que le message passe, il faut que l'élève qui planche ait d'une certaine façon anticipé les problèmes majeurs et soit prêt à vérifier la qualité de l'écoute quand il négocie un passage dangereux ('is that clear enough ?'...). Tout se joue ici si on veut éviter des compte-rendus ânonnés à la sauvette. Pour être tout à fait sûr que tout le monde prêtera une oreille attentive, il faut prévoir un aval : rédaction d'une synthèse hors classe, préparation d'une phase de commentaire qui se déroulera en expression orale l'heure suivante (tous les élèves disposeront de tous les éléments pour échanger) ou variantes... Cette démarche est éculée, mais elle a tout pour plaire : tous les élèves sont responsabilisés, tous vont tenir un discours construit pendant une dizaine de minutes, tous seront prêts à investir les nouvelles connaissances ultérieurement, tous auront mis en pratique les méthodologies de compréhension et de recomposition étudiées en amont, tous auront abordé les problèmes de communication d'un message dont ils sont dépositaires. Peu importe les quelques minutes de joyeuse pagaille lorsqu'il faut briser l'agencement des tables ou les dérives vers le français en première heure : tout trouve sa justification dans une deuxième heure parfois lumineuse. Les élèves, habituellement, aiment, et n'ont pas l'impression d'avoir perdu leur temps. Pour que l'expérience réussisse, il faut trouver des articles qui ne soient pas d'une longueur et d'une difficulté telles qu'ils rendent la tâche impossible, et se concentrer sur des thèmes intéressants (dans un premier temps). Dites moi ce que vous en pensez et comment cela a marché dans vos classes. (J'ai travaillé en terminale et en prépa.).
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L'appropriation d'un savoir ou d'un savoir-faire ne fonctionne pas au mieux
si l'on se contente de la phase d'application (exercice fermé) que l'on
fait
suivre à plus ou moins courte échéance de la phase de production.
Il manque cruellement cette phase intermédiaire qui donne à l'élève
l'occasion de mobiliser les nouveaux acquis et de les accommoder à de
nouveaux environnements pour qu'ils trouvent leur place dans un nouveau
biotope (en quelque sorte). Ce qui, au passage, ne va pas sans provoquer
quelques déstabilisations de l'état antérieur des connaissances.
Il faut donc soigner cette étape intermédiaire pour donner quelques chances
aux nouveaux savoirs d'apparaître spontanément (?) dans les activités de production, et
cette phase de transfert est un réel gage de réussite.
Ceci pourrait être une définition des voies de l'autonomie : l'élève construit
ce qu'il apprend au lieu de consommer dans la plus grande passivité le discours
magistral.
Même en classes préparatoires, les élèves capables de livrer une présentation
réellement orale (et non pas de l'écrit lu) sont des oiseaux rares. Assister à un
exposé revient donc le plus souvent à une anesthésie intellectuelle pour le
reste de la classe.