Dossier de préparation
Concours de la Résistance, 2002-2003
Collège La Source d’Amnéville
Réalisé avec les élèves candidats,
sous la direction de Damien Schaeffer, professeur d’histoire-géographie,
collège La source Amnéville.
Thème du concours : « les jeunes dans la Résistance ».
Introduction :
La France est attaquée par les troupes allemandes en mai 1940, qui percent les lignes à Sedan et envahissent la France. Le maréchal Pétain, nouveau chef du gouvernement, signe l’armistice en juin 1940 à Rethondes, entre dans la voie de la collaboration, et installe le régime non démocratique de Vichy. Mais une minorité de français (à l’image du général de Gaulle, qui envoie de Londres le 18 juin 1940 son fameux appel radiophonique à continuer le combat) ne peuvent se résoudre à cette situation. Ils décident, par des actions très diverses, de faire barrage à l’occupant et à Vichy : ils entrent, souvent au péril de leur vie, dans la Résistance, née en 1940 après la défaite. La Résistance peut être définie comme un combat volontaire et clandestin contre l’occupant ou ses collaborateurs afin de libérer le pays. ( attention : résister, c’est agir ! On ne résiste pas dans sa tête ! ) Elle est le fait au départ d’initiatives individuelles, puis se structure progressivement, en particulier grâce à l’action de Jean Moulin, chargé par de Gaulle en 1942 d’unifier les différents mouvements de résistants. Parmi ces résistants figurent de nombreux jeunes. Il est à noter que sont considérés comme jeunes, les enfants nés entre 1915 et 1925, c’est à dire les français âgés de 15 ans à 25 ans au moment de leur entrée dans la Résistance.
Plusieurs questions viennent à l’esprit lorsque l’on parle des « jeunes dans la Résistance » : quelles ont été les motivations de l’engagement de ces jeunes dans la Résistance, ou pourquoi ces jeunes ont-ils été prêts à risquer leur vie en entrant dans la Résistance ? Quelle a été la diversité de leurs actions au sein de la Résistance ? Quelles ont été les conséquences de leurs actes de résistance ( danger, risques encourus, répression pour certains d’entre-eux ). Nous répondrons successivement à ces trois questions.
Développement :
I- Les motivations de l’engagement des jeunes dans la Résistance.
Elles sont fort diverses. Il est possible toutefois de déterminer deux grandes catégories de facteurs motivants : les valeurs morales et la culture politique de ces jeunes, et les circonstances.
Les valeurs morales et la culture politique des jeunes résistants.
Choisir d’entrer dans la Résistance n’est pas un acte innocent car très dangereux. La famille, la culture, l’éducation qu’un jeune français a reçue, peuvent expliquer l’engagement dans la Résistance de certains.
Ex : un jeune qui aurait été élevé dans la mémoire patriotique d’un « parent mort pour la France » pendant la première guerre mondiale, serait prêt à donner sa vie pour une certaine idée de la France.
Ex : un jeune qui aurait été imprégné par une culture familiale militante en religion ou/et en politique : jeunes chrétiens patriotes, opposés à Vichy et à l’occupant, jeunes communistes haïssant le fascisme
D’autres, qui comprennent progressivement les dangers de l’idéologie de Vichy, deviennent résistants un peu plus tard.
Les circonstances.
Certains évènements vont faire augmenter le nombre de jeunes dans la Résistance :
- les premières défaites des forces de l’Axe ( bataille d’Angleterre, Stalingrad plus tard…) ont peut-être donné du courage à certains.
- la politique d’occupation des allemands ( rafles, répression… ) a créé un sentiment de révolte chez d’autres.
- la politique collaborationniste de Vichy, ses lois anti-juives ont choqué certains jeunes.
- l’invasion de la zone libre en novembre 1942 par les troupes allemandes fait connaître à tous les jeunes du Sud de la France la dureté de la présence allemande, les difficultés de ravitaillement.
- A partir de 1943, l’instauration du STO ( Service du Travail Obligatoire ) oblige les jeunes nés entre 1920 et 1922 à se faire enregistrer pour partir travailler en Allemagne. Cette mesure entraîne un gonflement des effectifs des jeunes résistants : des jeunes refusent d’aller travailler en Allemagne et rejoignent alors les maquis.
Bien sûr, seule une minorité de jeunes rejoint la Résistance ; la peur des risques et du sacrifice, le respect des lois, l’inconfort de la vie clandestine, ont pu être plus fort que le sentiment de révolte.
Pour ceux qui ont choisi de résister se pose alors la question de la nature des actions à accomplir.
II- La diversité des actions des jeunes au sein de la Résistance.
Les actions auxquelles les jeunes ont participé dans la Résistance ont été diverses et ont évolué entre 1940 et 1944.
Il faut distinguer les formes d’engagement à caractère civil : manifestations, propagande, sauvetage, évasions…. Et celles à caractère militaire : renseignement, faire partie d’un maquis, s’engager dans les Forces Françaises Libres, etc…
1940-1941 : premières formes de résistance.
Aux lendemains de la défaite, des jeunes participent à des actions spontanées, témoignant du refus d’accepter la défaite, l’armistice signé par Pétain, et l’occupation du pays.
Ex : la plus connue est la manifestation rassemblant le 11 novembre 1940, devant la tombe du soldat inconnu à Paris, des centaines d’étudiants.
Des jeunes participent également à la récupération d’armes laissées par les troupes françaises et anglaises pendant la débâcle.
Par ailleurs, de nombreux jeunes entrent dans les premiers réseaux de passeurs ( aider des personnes recherchées à passer en Espagne ou en Suisse ) et de renseignements.
Enfin, certains cherchent à rejoindre le Gal de Gaulle à Londres pour s’engager dans les FFL.
Ex : des jeunes marins de l’île de Sein.
1941- 1942 : les mouvements de résistance.
De jeunes étudiants créent des
journaux clandestins périodiques, participent à des activités de propagande en
diffusant le journal clandestin Défense de la France ; d’autres
fabriquent de faux papiers, impriment et/ou distribuent des tracts.
Ex :
Roger Schaeffer, jeune apprenti alsacien de 17 ans en 1944 :
- Les élèves de 3ème : Comment tout a commencé ?
- Roger Schaeffer : Je travaillais dans l’usine Acach à Sarre-Union comme apprenti serrurier,
- R.S. : J’avais 17 ans et demi quand la Gestapo m’a arrêté.
- Les élèves de 3ème : Pourquoi vous ont-ils arrêté ?
- R.S. : Je portais, avec d’autres, des tracts, des affiches, des prospectus hostiles aux allemands. Des gens de Herbitzheim qui me rapportaient des tracts, et moi, courageux, je les distribuais !
- Les élèves de 3ème : Vous les mettiez dans les boites aux lettres ?
- R.S. : Non ! On les accrochait sur les murs à la gare, on les donnait à ceux qui travaillaient, ceux en qui nous avions confiance… D’ailleurs, j’avais encore deux ou trois affiches dans ma poche lorsque la Gestapo est arrivée…
Les grands mouvements de Résistance ( Francs-Tireur, Combat, Libération-Sud, Libération-Nord ..) recrutent de nombreux jeunes également.
1942- 1943 : la question de la lutte armée.
- Outre les attentats visant les troupes allemandes d’occupation, des jeunes participent à des actions armées : plastiquage des locaux de groupes collaborationnistes, libération de résistants emprisonnés, vols de matériels, de tickets de ravitaillement, sabotages ferroviaires, d’usines.
- Enfin, les premiers maquis apparaissent en 1943, dans des régions montagneuses et boisées. De nombreux jeunes réfractaires au STO les rejoignent.
1944: les combats de la Libération.
En 1944, avec le débarquement et le début de la Libération,
les maquis et groupes militaires des mouvements de la Résistance allient leur
force au sein des FFI, Forces Françaises de l’Intérieur. Des jeunes
participent à la libération de quelques villes et certains s’engagent dans la 2ème
division blindée française, avec laquelle ils combattront jusqu’en Allemagne,
aux côtés des troupes alliées.
Mais certains jeunes vont payer très cher
leurs actions au sein de la Résistance.
III - Les conséquences de l’engagement dans la Résistance.
L’engagement dans la Résistance nécessite de rompre avec la légalité, de faire face aux difficultés de la vie en clandestinité, et surtout faire face aux risques de la répression, de vivre en permanence avec l’angoisse de l’arrestation. Nombre de ces jeunes seront emprisonnés, torturés, fusillés, ou déportés dans des camps de concentration.
Ex : Le mouvement Défense de la France créé en 1941 par de jeunes étudiants paye un lourd tribut : sur ses 2995 membres, 688 sont victimes de la répression, 264 résistants mourront.
Ex : 5 élèves d’un lycée de Paris attaquent à la grenade un bateau allemand sur la Seine. Arrêtés en juin 1942, ils sont jugés et condamnés à mort, fusillés en février 1943.
Ex : les conséquences pour Roger Schaeffer de son engagement dans la Résistance.
« Un jour, à midi, au travail, il y a deux personnes en civil qui sont entrées…. En fait, c’était deux membres de la Gestapo. Ils m’ont mis les menottes et nous sommes partis ensemble à la gendarmerie de Sarre-Union. Toute la journée, on m’a interrogé. J’ai passé la nuit dans un cachot ! Le lendemain matin, nous devions prendre le train pour aller à Strasbourg… Deux autres « prisonniers » étaient avec moi : un russe et un galicien. Nous étions tous les trois attachés ensemble par des menottes. Nous sommes arrivés à la gare de Sarre-Union…. On m’a mis au siège de la Gestapo et j’y suis resté cinq jours. Ils m’ont fait subir des interrogatoires… On me montait de la cave, on me redescendait, on me mettait la lumière dans les yeux… Puis, ils m’ont mis à la prison de Strasbourg, rue du fil. Un beau matin, un mercredi, ils ont pris ma couverture, ma cuillère, et m’ont emmené à la gare de Strasbourg. Ils m’ont mis avec d’autres dans un wagon à bestiaux. Le train est parti et s’est arrêté plus tard à la gare de Schirmeck.
Puis, on nous a emmené dans un camp à part, enfin, … On a dû ramper par terre sur un kilomètre et demi, de la gare jusqu’au camp ! Nous sommes entrés là-dedans !!! On nous a lavé, coupé les cheveux, donné un uniforme, et un numéro avec le triangle rouge : le mien, c’était le 103 E- 1747. Un SS s’amusait à nous verser de l’eau bouillante sur nous quand nous étions dans les douches. Je suis resté seulement huit jours à cet endroit. Après, ils nous ont mis à la baraque 3 à Schirmeck, où là j’avais le numéro 107-3 : 107, c’est le numéro du lit, et 3, le numéro de la baraque. Les artisans y étaient rassemblés ( ferronniers, fraiseurs,…) . J’étais le plus jeune.
Les allemands avaient donc besoin d’ouvriers qualifiés. Daimler-Bentz avait ouvert une petite usine de réparation dans une filature deux kilomètres plus loin, à Wackenbach ; les allemands nous y firent travailler. Tous les matins, à 7 heures, on nous donnait un bout de pain et de fromage puis on montait là-haut à pieds, escortés par des gardes!
Un jour, un allemand m’a frappé lourdement d’un coup de crosse à la tête. Je m’étais rapproché du grillage électrique et le garde pensait que je voulais m’enfuir…J’ai été mal pendant quelques jours.
Début novembre 1944, nous avons été rassemblés devant le bloc… On a eu droit à un discours du commandant…On avait appris le débarquement du 6 juin et tout le reste. Moi, les allemands ont décidé de m’emmener à Rastatt, en Allemagne. Il fallait des ouvriers car la main d’œuvre allemande était devenue rare !!! Nous avons donc été mis dans un train à Schirmeck, direction Rastatt. Dans le train, on était les uns contre les autres !! Je suis arrivé à Rastatt le 22 novembre, où on m’a obligé à fraiser des cylindres de moteurs… C’est cela qui m’a sauvé la vie car tous les autres de Schirmeck sont morts !!! Ensuite, on m’a transféré à Gaggenau, dans l’actuel Bade-Wurtemberg, où j’ai là aussi dû travailler…
Le 18 avril 1945, c’est l’explosion de joie avec l’arrivée de la première armée française ! Je me suis porté volontaire pour les guider dans le coin. Je leur ai donné un coup de main pendant trois jours.
Conclusion.
Les jeunes qui ont rejoint la Résistance l’ont fait pour des raisons différentes; ils ont fait preuve d’un grand courage, quelle que soit leur action au sein des groupes de résistants ; nombre d’entre eux l’ont payé de leur vie, d’autre ont connu la déportation.
Roger Schaeffer
a été décoré plusieurs fois
(déporté, résistant, blessé civil, dévouement) ; il est de
nos jours porte-drapeau de