Avertissement
Les programmes de français
pour les classes de seconde et de première font l’objet d’une consultation
et d’une évaluation, lors de leur année initiale d’application
pour ceux de seconde, et en préalable à leur application
pour ceux de première. Aussi ne saurait-il être question d’en
donner des documents d’accompagnement définitifs : " Ces documents
seront mis au point une fois que les professeurs concernés auront
fait connaître leurs avis, expériences et suggestions " (BO
du 6 août 1999).
C’est donc une version
transitoire qui en est ici présentée, dans le but d’aider
à la mise en œuvre des programmes. Elle sera progressivement complétée
et amendée.
De même, sont données
ici des indications sur les progressions entre les classes de seconde et
de première, mais les précisions concernant la première
viendront après les consultations.
C’est pourquoi ces documents
se présentent sous forme de fiches synthétiques et évolutives.
La première série
de ces fiches vise à éclairer les points du programme dont
les consultations et expérimentations déjà réalisées
ont montré qu’ils appelaient des explicitations ou précisions.
En revanche, nombre d’autres points, déjà bien connus des
professeurs – par exemple, les groupements de textes, l’étude de
l’œuvre intégrale, le commentaire de texte, la dissertation, etc.
– n’avaient pas besoin d’être repris ici sous forme de fiches ; ils
seront bien sûr recensés dans la version finale.
SOMMAIRE
Préambule…
I.
PERSPECTIVES D’ÉTUDE
Fiche 1
: Histoire littéraire et culturelle
Fiche 2
: Genres
Fiche 3
: Registres
Fiche 4
: Production et singularité des textes
Fiche 5
: Argumentation
II.
À PROPOS DES OBJETS D’ÉTUDE
Fiche 6
: Mouvements littéraires et culturels
Fiche 7
: Le récit : roman ou nouvelle
Fiche 8
: Le théâtre : comédie et tragédie ; comique
et tragique
Fiche 9
: Démontrer, convaincre et persuader
Fiche 10
: Le travail de l’écriture
Fiche 11
: L’éloge et le blâme
Fiche 12
: Écrire, publier, lire aujourd’hui
III.
ÉLÉMENTS POUR L’ÉTUDE RAISONNÉE DE LA LANGUE
Fiche 13
: Grammaire : phrase, discours, texte
Fiche 14
: Vocabulaire
Fiche 15
: Liste de notions pour l’étude de la langue
IV.
INDICATIONS DE DÉMARCHES
Fiche 16
: De la troisième à la seconde
Fiche 17
: Lecture
Fiche 18
: Lecture de l’image
Fiche 19
: Oral
Fiche 20
: Ecriture d’invention
Fiche 21
: Contenus, séquences et progression
Fiche 22
: Documentation et liaison avec le CDI et le professeur-documentaliste
Fiche 23
: Sources de documentation et d’exemples de réalisations pédagogiques
Préambule
Ces documents d’accompagnement
ont pour but :
-
d’expliciter les textes de programme
à l’intention des professeurs chaque fois que nécessaire,
en particulier pour les aspects les plus nouveaux du programme ;
-
de donner des indications tirées
des premières consultations et expérimentations dont ce programme
a fait l’objet pour la classe de seconde ;
-
d’établir un accord sur
les contenus (œuvres, textes, mouvements) les mieux appropriés à
l’acquisition des connaissances et à la formation de la pensée
des élèves, tout en respectant la liberté pédagogique
des professeurs.
En effet, le programme donne
aux professeurs le choix des textes et des œuvres qu’ils font étudier
à leurs élèves, en fonction de ceux-ci et du projet
pédagogique de la classe. Il ne saurait être ici question
d’imposer des contraintes théoriques ou méthodologiques,
ni de donner des modèles, mais seulement d’indiquer des orientations.
C’est pourquoi ces documents d’accompagnement sont présentés
sous forme de fiches réparties en trois ensembles :
-
le premier ensemble explicite
les perspectives d’étude ; il donne
seulement un cadre général ;
-
le deuxième ensemble
éclaire les objets d’étude :
il n'offre pas d' exemples détaillés de réalisations,
mais la substance des connaissances à donner (titres d’œuvres et
noms d’auteurs, types de textes et documents) ;
-
le troisième ensemble
porte sur les démarches ; il contient
donc des indications d’exercices, de progressions, d’organisation de séquences.
Certaines fiches contiennent
une section intitulée "Les leçons de
l’expérimentation" : elles indiquent des modes de travail
adoptés par des collègues qui ont pris part à l’expérimentation
en 1999-2000. Elles se bornent à ces indications en l’état
présent ; des exemples plus complets seront donnés dans la
version aboutie de ces documents. Cependant, la dernière fiche du
présent document indique des sources pour consulter des exemples
détaillés de réalisations pédagogiques.
I. PERSPECTIVES D’ETUDE
FICHE
N° 1 : Histoire littéraire et culturelle
1. Objectifs
Durant leur scolarité
au collège, les élèves ont eu à lire des œuvres
qui " portent des références culturelles majeures
", de l’Antiquité à nos jours. Ils ont acquis un premier
ensemble de connaissances littéraires de l’héritage culturel.
Au lycée, il s’agit de l’enrichir et de l’approfondir. Le but principal
est donc la lecture de textes et d’œuvres, de façon à constituer
progressivement des repères culturels forts qui permettent aux lycéens
de comprendre leur présent à la lumière du passé.
Mais l’un des rôles spécifiques du lycée, une de ses
différences par rapport au collège, est aussi de proposer
une approche plus réflexive. L’histoire littéraire et culturelle
est donc envisagée de plusieurs façons :
-
par la nécessaire mise
en contexte de tous les textes et de toutes les œuvres étudiés
;
-
par l’étude méthodique
de données historiques, esthétiques et sociales essentielles
pour construire la notion de mouvement littéraire et culturel, autour
de la lecture d’œuvres majeures ;
-
par l’étude des changements
qui adviennent pour les principaux genres.
En effet, pour faire comprendre
que les scansions de cette histoire se font par des évolutions ou
mutations dans les façons de penser et de sentir, inscrites dans
les façons de s’exprimer, on amène les élèves
à étudier aussi bien les genres que des mouvements littéraires
et culturels. Ces deux dimensions sont présentées en seconde
par des objets d’étude explicitement désignés ; la
perspective historique sera aussi à prendre en compte en première
pour les études portant sur un genre.
2. Les mouvements littéraires
et culturels
La richesse des connaissances
en histoire littéraire et culturelle est telle qu’il est impossible
d’en étudier tous les mouvements dans les deux années de
lycée. Une saisie panoramique, si elle constitue certes un résultat
souhaitable, impose un survol trop superficiel pour être profitable.
Il est donc préférable que les élèves rencontrent
les mouvements et phénomènes qui constituent les moments
clés de l’héritage culturel et qu’ils disposent ainsi d’une
vision plus claire de ces scansions, en ayant acquis à leur sujet
des connaissances précises. Le programme prescrit d’étudier
chaque année au moins un de ces mouvements littéraires majeurs
en tant que tel, pour saisir la problématique de l’histoire littéraire,
et d’en envisager d’autres à travers l’étude d’autres objets.
Ainsi, au cours des deux années de seconde et de première,
se constitueront progressivement les références historiques
indispensables.
Les façons de décrire
et d’interpréter l’histoire littéraire et culturelle sont
matière à diverses méthodes et à débats.
Aussi est-il nécessaire de se garder de tout dogmatisme en ce domaine
: c’est pourquoi, afin d’apporter aux lycéens une perception de
l’évolution historique, il est souhaitable de leur donner à
connaître les mouvements qui représentent des évolutions
majeures de cette histoire, sans préjuger d’une interprétation
de l’ensemble.
D’autre part, il est bon
qu’ils prennent conscience de ses dimensions nationales, mais aussi de
ses dimensions internationales, notamment européennes. La progression
entre les classes de seconde et de première se fera en marquant
davantage la dimension européenne en première. Ainsi, les
élèves pourront comprendre la notion de mouvement en seconde
et la saisir dans sa complexité plus grande en première,
par une initiation à la question des relations et influences entre
cultures.
Compte tenu de ces préoccupations,
il semble raisonnable de considérer comme les principales scansions
de l’histoire littéraire et culturelle : l’humanisme, le classicisme,
les Lumières, le romantisme, le réalisme et le naturalisme,
le symbolisme, le surréalisme, la littérature engagée.
D’autres mouvements et écoles
littéraires, comme le baroque, le Parnasse, le régionalisme,
le Nouveau Roman, ou des courants comme la préciosité, le
libertinage, ou encore celui qu’on désigne sous le nom d’absurde,
ou enfin des phénomènes comme la querelle des Anciens et
des Modernes, ou la revendication identitaire dans les anciennes colonies,
constituent des objets riches et significatifs. Mais, pour être bien
compris, ils supposent d’être mis en relation avec l’un au moins
des mouvements ci-dessus, qui les précèdent et, souvent,
constituent des modèles en face desquels – voire en réaction
contre lesquels – ils ont pris forme.
3. La progression seconde-première
L’histoire littéraire
est envisagée à partir de la lecture d’œuvres et de groupements
de textes significatifs. Cela impose de tenir compte des capacités
de lecture des élèves. Les œuvres relevant d’un état
de langue historiquement éloigné présentent en général
à cet égard des difficultés que les élèves
de première seront plus aptes à affronter que ceux de seconde.
Le programme propose donc d’interroger le passé à partir
du présent, c’est-à-dire de donner la place principale, en
seconde, à des textes des XIXe et XXe siècles, et à
des textes antérieurs en première. De même, on a retenu
le principe de privilégier en seconde le domaine français
et francophone, et en première de donner des ouvertures sur la dimension
européenne. Dans ce cadre, la liste des mouvements qui constituent
les grandes scansions de l’histoire littéraire peut donc se répartir
de la façon suivante :
-
en seconde : le classicisme,
le romantisme, le réalisme et le naturalisme, la littérature
engagée ;
-
en première : l’humanisme,
les Lumières, le symbolisme, le surréalisme.
NB : Le romantisme a une dimension
européenne, mais il constitue un phénomène fort en
France et son étude peut ainsi préparer à l’approche
des questions d’influences culturelles qui seront traitées en première
; d’autre part, il permet une liaison avec le programme d’histoire.
Pour plus de précision
sur ces objets d’étude en seconde, voir la fiche "Mouvements
littéraires et culturels".
4. Contextualisation
Le rôle de l’histoire
littéraire est, en premier lieu, de donner les éléments
de contextualisation nécessaires à la compréhension
des œuvres étudiées. Là aussi, il existe diverses
conceptions du contexte. Pour plus de clarté, on précise
ici que, par le mot de contextualisation, dans le programme, on
entend la démarche par laquelle les élèves apprennent
à situer les textes qu’ils lisent, à s’interroger sur les
informations nécessaires à leur compréhension, et
à discerner les relations que ces textes entretiennent avec d’autres.
Il s’agit d’une démarche intellectuelle : un exposé des données
de contexte y convient donc bien moins que la réflexion et la recherche
des élèves eux-mêmes. Il importe en effet de leur faire
discerner que le contexte ne consiste pas en un rapprochement arbitraire
ou vague, que chacun pourrait opérer plus ou moins à sa guise,
mais dans l’établissement de relations précises. Et, parmi
ces relations, celles qu’un texte entretient avec d’autres textes, contemporains
mais aussi antérieurs, sont à mettre au premier rang. La
situation historique du texte, en particulier quand celui-ci présente
une dimension argumentative importante ou dominante, constitue un second
élément clé. L’étude des conditions de création
et de réception apporte à ces deux égards des informations
utiles ; elle peut être menée sur le présent (voir
"Ecrire, publier, lire aujourd’hui"), mais également
sur le passé (en transition avec le programme de première)
lors de l’étude des œuvres intégrales. Enfin, le contexte
est aussi une connaissance à conquérir progressivement :
celle des évolutions de sensibilités, d’idéologies,
d’esthétiques. Pour cela, les textes littéraires seront mis
en relation avec d’autres textes ainsi qu’avec des documents iconographiques,
de façon à construire la perception du mouvement culturel.
Il est recommandé de procéder, en cours d’année, à
des comparaisons entre les mouvements littéraires et culturels abordés
pour faire percevoir des éléments d’évolution.
Fiche
2 : Genres
1. Objectifs
L’étude des genres
constitue une part importante de l’enseignement du français au lycée.
Au collège, les élèves ont eu une approche des genres
par leurs lectures. Au lycée, elle devient une étude méthodique.
Elle a pour buts :
-
la connaissance de la littérature
;
-
la comparaison entre le littéraire
et le non-littéraire ;
-
la compréhension de la
notion même de genre : au-delà de sa définition formelle
(les règles et lois de chaque genre), elle engage celle des modes
de relations humaines par le langage et l’appréhension des esthétiques
;
-
la mise en place de relations
entre, d’une part, la lecture et l’interprétation des textes, et
d’autre part les exercices de commentaire, de dissertation et d’écriture
d’invention.
L’étude des principaux
genres permet aussi d’amener les élèves à la réflexion
sur les principaux registres (voir la fiche), par les
émotions que ces genres manifestent et visent à susciter
chez leurs lecteurs.
2. Les genres étudiés
Les genres offrent un cadre
d’identification et de classement des textes et des œuvres selon les principales
catégories qui les caractérisent. Cependant, la notion présente
aussi des difficultés théoriques. En effet, le terme de "genre"
est appliqué parfois à des ensembles très vastes (le
théâtre, la poésie, par exemple) ; parfois, au contraire,
à des formes fixes de définition très stricte (par
exemple, le sonnet, la ballade, etc.). Avec des lycéens, il ne s’agit
pas d’entrer dans de tels débats – tout en les clarifiant, au besoin
–, mais de leur faire acquérir une connaissance analytique des principaux
genres de la littérature occidentale. Ils sont donc amenés
à aborder en seconde les quatre domaines généralement
retenus : le récit, le théâtre, la poésie, et
la littérature d’idées. Cependant, généralisées,
ces notions deviennent trop abstraites. Par exemple, le récit englobe
des subdivisions multiples, qui peuvent aller du conte et du fait divers
à l’épopée et au roman ; la littérature d’idées
est une catégorie vague et multiforme, etc. Aussi, il convient plutôt
de tenir compte des genres qui ont joué et jouent un rôle
essentiel dans l’histoire littéraire.
C’est pourquoi le programme
de seconde prescrit, à l’intérieur du domaine théâtral,
l’étude de la tragédie et de la comédie ; dans le
domaine narratif, le roman et la nouvelle. Il s’agit là de genres
assez précisément identifiables pour que des élèves
de seconde puissent en avoir une vue claire. Il leur est adjoint le genre
du portrait, en relation avec "L’éloge et le blâme", qui présente
les mêmes possibilités.
De même, en classe
de première, sera proposée l’étude des formes poétiques
et des genres de l’essai et du dialogue, ainsi que – par options pour certaines
sections, en totalité pour la série L – celle de l’épistolaire,
du biographique et des formes de l’apologue.
Ce cadre d’ensemble appelle
quatre observations complémentaires :
-
Les grands domaines indiqués
plus haut – récit, théâtre, poésie, littérature
d’idées – sont donc au premier plan ; mais, historiquement, les
écrits épistolaires, le portrait, le dialogue, les formes
diverses de l’apologue et du biographique ont occupé des espaces
considérables, et les occupent toujours. On doit souligner en particulier
que le genre biographique est un ensemble qui, des mémoires à
l’autobiographie en passant par les biographies proprement dites, compte,
de Plutarque à Chateaubriand, d’Agrippa d’Aubigné, Retz et
Saint-Simon à Rousseau et Beauvoir, une foule d’œuvres majeures
qui, en outre, représente aujourd’hui une part très importante
des lectures.
-
Pour la poésie, comme
pour le biographique ou l’apologue, on est amené à employer
une expression telle que "les formes de …". En effet, en de tels domaines,
les textes présentent une extrême variété de
créations. Elle fait leur richesse, mais aussi leur difficulté
; elle est une raison de réserver plutôt leur étude
aux classes de première.
-
Pour autant, les genres énumérés
ici n’épuisent pas le sujet. S’y ajouteraient aisément, parmi
les genres dramatiques, la farce et le drame ; l’épopée et
la chanson de geste parmi les genres narratifs ; la satire pour la poésie,
etc. Il est nécessaire de limiter les objets étudiés,
mais on peut aborder tel ou tel de ces autres genres, sans l’étudier
lui-même en détail : par exemple, en seconde, le drame en
étudiant le romantisme, la satire en relation avec "L’éloge
et le blâme".
-
Les genres concernent aussi
des textes, des œuvres et des documents autres que littéraires.
Il est important de faire percevoir cette extension aux élèves.
On veille donc à marquer les liens entre littéraire et non-littéraire,
tout comme les gradations et les différences des uns aux autres.
C’est en particulier par ce moyen qu’ils peuvent percevoir les spécificités
du littéraire, et l’intérêt particulier de la lecture
des œuvres.
3. Mise en œuvre
a. Progression
La progression d’ensemble
de la seconde à la première, et les raisons qui la fondent,
sont indiquées ci-dessus. Dans ce cadre, l’organisation de la progression
annuelle appartient à chaque professeur. On attirera ici l’attention
sur deux points seulement :
-
L’étude méthodique
de la poésie est prévue pour la classe de première
; mais les textes poétiques ont évidemment leur place en
classe de seconde. En particulier, ils s’intègrent naturellement
lors de l’analyse d’un mouvement littéraire et lors de travaux sur
"L’éloge et le blâme". De même, il est bienvenu, en
seconde, d’amorcer une réflexion sur les caractéristiques
du dialogue, à propos des textes de théâtre notamment,
même si le genre ne figure pas au programme en tant que tel.
-
Les genres sont des catégories
variables, et nombre d’œuvres en prennent les caractéristiques pour
les détourner, voire les subvertir, ou mêlent des éléments
de plusieurs genres. En seconde, il est bon de donner des analyses qui
permettent aux élèves de construire la notion même
de genre, et de les initier seulement aux cas de mixité et de subversion
des codes ; un examen plus approfondi de ces questions sera fait en première.
b. Démarche
La lecture d’une œuvre significative
doit être au centre de l’étude d’un genre : pour la comédie,
la tragédie, le roman, la nouvelle, il est recommandé de
partir d’une étude d’œuvre intégrale. L’associer avec la
lecture – cursive – d’une deuxième, ou avec un groupement de textes,
permet de faire percevoir les évolutions du genre.
La mise en situation historique
constitue en effet la seconde préconisation importante. Les genres
ne se comprennent pleinement qu’en fonction des contextes où ils
trouvent leurs expressions les plus abouties. Aussi est-il recommandé
d’éviter les approches qui relèveraient d’une poétique
formelle.
S’agissant des genres théâtraux,
il est important de mettre en lumière leurs qualités spécifiques
de textes conçus pour la scène et le spectacle (voir cette
fiche),
en même temps que de textes à lire.
Mettre en relation les genres
et les registres permet d’amener les élèves à une
meilleure compréhension des uns et des autres, mais aide aussi à
montrer que les genres littéraires peuvent être mis en relation
avec des textes et des œuvres non littéraires. On les initie ainsi
à une poétique générale ; mais il s’agit d’une
initiation : on évite donc le recours à des catégories
trop abstraites.
c. Genres et écriture
L’étude des genres
se réinvestit dans l’écriture de commentaire et dans l’écriture
d’invention.
Pour la préparation
au commentaire de texte, la catégorie générique est
un élément clé de la signification des textes ; l’étude
d’œuvres intégrales et l’analyse d’extraits conduisent à
soulever les questions de la conformité d’un texte avec les lois
du genre dont il relève, et à s’interroger sur la façon
dont, le cas échéant, il les module, ce qui ouvre la voie
à la réflexion sur son originalité.
Par l’écriture d’invention,
on peut mieux faire percevoir ces lois des genres, en tant que protocoles
pour la production de textes.
4. Les leçons de
l’expérimentation
L’organisation de séquences
pour l’étude du roman, de la nouvelle, de la tragédie ou
de la comédie ne pose pas de problèmes particuliers. Un certain
nombre de collègues expérimentateurs ont abordé la
perspective générique par un travail sur le portrait (objet
d’étude : "L’éloge et le blâme") qui offrait l’avantage
de porter sur un groupement de textes très variés et assez
brefs, tout en donnant matière à des travaux de lecture analytique
et d’écriture d’invention.
Le programme préconise
l’étude de la tragédie ou de la comédie, du roman
ou de la nouvelle : se pose d’évidence le problème du choix
et donc celui de l’absence de l’un de ces genres dans les lectures de l’année
de seconde. Le choix tient bien entendu au projet pédagogique
de chaque professeur et aux capacités qu’il discerne chez ses élèves,
notamment pour la lecture de textes longs. Les combinatoires que permet
le programme donnent aussi moyen d’éviter les lacunes : ainsi, l’étude
de la nouvelle peut trouver un complément dans la lecture d’un roman
correspondant à l’étude d’un mouvement littéraire
et culturel, de même que l’étude d’un genre ouvre une voie
pour l’approche d’un mouvement littéraire dont il est caractéristique
(voir la fiche "Histoire littéraire et culturelle")
; pour les genres dramatiques, la comédie peut être abordée
dans l’étude d’une problématique historique, d’un débat
d’idées, ou des étapes de l’élaboration des textes
(voir "Production et singularité des textes").
Enfin, l’expérimentation
confirme que, s’agissant des genres théâtraux, il est essentiel
de les faire percevoir dans leur réalité scénique
en même temps que dans leurs données textuelles. L’attention
aux conditions de représentation, aux didascalies et les lectures
à haute voix (mises en voix, esquisses de mise en espace) jouent
ici un rôle capital pour accéder aux spécificités
de l’œuvre dramatique. Bien entendu, le spectacle lui-même (éventuellement
par le recours aux moyens audiovisuels : voir liste dans la fiche "Théâtre")
constitue le meilleur moyen à cet égard.
Pour ces genres dramatiques
et pour celui du portrait, des mises en perspectives complémentaires
avec les professeurs d’arts plastiques sont réalisables : étude
comparative du portrait et de la caricature dans les deux arts, études
de décors et costumes…
Fiche
3 : Registres
1. Objectifs et définition
Un des rôles spécifiques
de la littérature et des arts est d’exprimer et de fixer des émotions
et des mouvements de sensibilité qui ne s’expriment pas dans les
langages scientifiques et qui, par les langages artistiques et par l’art
du langage, peuvent être échangés même à
grande distance dans le temps et dans l’espace. L’un des objectifs de l’enseignement
du français au lycée est de donner aux élèves
un accès conscient à ces échanges qui constituent
une ouverture sur le patrimoine de l’humanité.
Les registres sont la manifestation
par le langage de ces grandes catégories d’émotions et de
mouvements de sensibilité. La joie, l’angoisse, la colère,
l’indignation, l’admiration, la plainte, la compassion, la méfiance,
trouvent là leur lieu, à travers des formes d’expression
multiples. Au lycée, dans un travail réflexif, les élèves
ont à acquérir des connaissances sur ces registres, à
devenir capables de les reconnaître et de les analyser, mais aussi
d’exprimer eux-mêmes ce qu’ils éprouvent, d’une façon
consciente, mesurée et pertinente. L’étude de la littérature
les amène à comprendre que ces registres peuvent faire l’objet
d’un travail proprement esthétique, grâce auquel, dans les
œuvres, les émotions deviennent sensibles même en dehors des
situations concrètes qui les provoqueraient, et renvoient alors
à la perception que l’humain a de lui-même.
NB : Un usage assez courant
consiste à envisager dans les textes leur tonalité.
Mais la tonalité indique une inflexion dans le langage et non le
mouvement subjectif qui y est en jeu. La notion de tonalité est
donc utile, mais elle n’est pas suffisante.
2. Registres et genres
littéraires
En relation avec les émotions
fondamentales ci-dessus, on peut retenir comme principaux registres manifestes
dans le langage et ayant donné lieu à des productions littéraires
majeures telles qu’on peut les étudier au
lycée :
-
le tragique, le comique, le
polémique, l’épique, le lyrique, l’épidictique, le
satirique (dont l’ironique), le pathétique, le fantastique.
Pour une part, ils sont associés
dans la tradition littéraire à des genres (la tragédie
et le tragique, l’épique et l’épopée, etc.). Mais
ils ne s’y enferment pas : le tragique se manifeste ailleurs que dans la
tragédie et, réciproquement, il a existé à
l’âge classique des "tragédies sans tragique". De plus, les
genres (voir la fiche "Genres" et les fiches "Récit"
et "Théâtre") ont une histoire et peuvent
n’être plus productifs dans la création littéraire
sans que, pour autant, les registres correspondants aient disparu (ainsi,
l’épopée). Enfin, l’art littéraire, surtout moderne,
consiste souvent à susciter chez le lecteur un sentiment, une émotion,
qui ne correspond pas au genre apparent de l’œuvre, ou qui échappe
aux définitions génériques. On ne peut donc circonscrire
cette approche des données fondamentales de l’art littéraire
à la seule catégorie des genres : les registres constituent
une dimension importante du langage qui demande aussi à être
reconnue comme telle.
3. Progression
Il ne s’agit pas de rendre
compte en deux années de toute la question des registres, mais d’en
dégager les éléments essentiels. On notera que cette
approche ne se borne pas à la littérature, mais concerne
aussi les arts et, au-delà, la philosophie. Aussi, au cours des
deux années de seconde et de première, on abordera les principaux
registres en partant de ce qui est le plus manifeste – l’association d’un
registre avec un genre et une forme d’expression – pour aller progressivement
vers le plus complexe.
La liste ci-dessus peut
donc être reprise en distinguant, entre la seconde et la première,
mais sans faire de frontières étanches entre les deux :
-
le tragique, le comique, l’épidictique
(admiration ou blâme), l’épique, le fantastique ;
-
le lyrique, le polémique,
le satirique (et l’ironique), le pathétique.
4. Mise en œuvre
a. Démarche
En classe de seconde, l’approche
des registres prend appui sur les faits de langue et de forme des genres
étudiés, en particulier de la tragédie et de la comédie.
Rapprocher les œuvres étudiées dans ce cadre avec des textes
qui relèvent des mêmes registres sans pour autant relever
des mêmes genres, conduit les élèves à identifier
les caractéristiques des registres. L’accès à une
définition correcte du registre est une acquisition notionnelle
suffisante. En outre, si cette perception des registres se fait par l’émotion,
elle est une réussite : il convient donc de donner place entière
aux réactions émotives des élèves face à
leurs lectures.
Les exercices d’écriture
d’invention sont l’un des moyens de favoriser ces acquisitions. Des travaux
de réécriture permettent de voir comment les changements
dans le langage entraînent des changements de registres et donc de
signification. Réciproquement, pour réécrire un texte
dans un registre différent, les élèves prennent conscience
des moyens langagiers nécessaires : syntaxe, vocabulaire et approche
des figures de style se font ainsi par l’écriture en liaison avec
la lecture.
b. Les leçons de
l’expérimentation
Si la progression entre
seconde et première peut s’ordonner comme il a été
indiqué ci-dessus, la progression en cours d’année se fonde
sur les lectures. Elle s’appuie sur les genres et sur les catégories
de l’histoire littéraire ; les registres sont abordés à
l’intérieur de ces cadres. L’expérimentation des programmes
de seconde confirme que les registres ne sont pas nécessairement
des catégories définissant à elles seules une séquence
de travail dans l’année.
En résumé,
les combinaisons les mieux appropriées pour ce niveau sont (voir
les fiches correspondantes pour les renvois):
-
approche du tragique
en relation et prolongement du travail sur la tragédie et/ou du
comique
avec la comédie ;
-
approche de l’épidictique
en relation avec l’éloge, le blâme et l’art du portrait ;
-
approche de l’épique
à l’occasion de l’étude du roman, en précisant en
quoi le réalisme est un refus de l’héritage épique,
et, éventuellement, approche du fantastique avec l’étude
de la nouvelle ;
-
dans le travail sur l’argumentation,
initiation au polémique.
NB : De même que le polémique
peut faire l’objet d’une initiation lors d’un travail sur l’argumentation,
le lyrique, le satirique et l’ironique peuvent aussi être objets
de premières indications, mais on évite de surcharger le
programme en les réservant pour l’année suivante.
Fiche
4 : Production et singularité des textes
1. Objectifs
Cette perspective oriente
la réflexion des lycéens selon un triple objectif :
-
comprendre que les textes et
les œuvres sont le fruit d’un travail de l’écriture, qui est une
élaboration du sens ;
-
par là, améliorer
leur capacité d’expression ;
-
accéder à la perception
des singularités des textes, donc des qualités de style et
d’originalité des œuvres littéraires.
Cette réflexion est indispensable
pour que les élèves apprennent à interpréter
correctement les textes qu’ils lisent et à élaborer eux-mêmes
des textes, écrits et oraux. Interpréter correctement suppose
d’éviter deux écueils : le psittacisme et les interprétations
abusives. Le psittacisme consiste à croire que le texte aurait un
sens et un seul, fixé une fois pour toutes par la volonté
de l’auteur, que le professeur connaîtrait et redirait, et que l’élève,
à son tour, devrait seulement mémoriser et répéter
vaille que vaille. Les interprétations abusives, à l’inverse,
consistent à croire que, chaque texte ayant plusieurs interprétations
possibles, toutes se valent. Ces deux dangers peuvent se combiner : l’histoire
de la critique abonde en interprétation divergentes, voire contradictoires,
d’un même texte – les manuels en portent trace ; et un élève
pourrait croire que tel ou tel professeur et examinateur attend tel ou
tel discours obligé et que, dans le souci d’avoir de bonnes notes,
il a intérêt à tenir ce discours. On sombrerait alors
dans les pires méfaits : les interprétations abusives instaurent
le règne de l’arbitraire, et le psittacisme celui de la soumission
à cet arbitraire. Au contraire, en discernant, à travers
les étapes de l’élaboration d’un texte, le projet de son
auteur et ses évolutions éventuelles, les élèves
accèdent à une réflexion méthodique sur les
enjeux de sens, tant pour le sémantisme – le projet – que pour la
signification des choix formels – le texte abouti.
En retour, les élèves
apprendront que, dans leurs productions écrites, ils ont à
élaborer méthodiquement le sens qu’ils veulent transmettre,
y compris dans des écrits d’invention. Cette perspective se prête
donc bien à l’association de la lecture et de l’écriture.
Il ne s’agit pas d’amener
les élèves à faire de la critique génétique
ou à étudier l’institution littéraire, mais on peut
bien sûr utiliser les démarches et apports de ces méthodes
pour enrichir la lecture et la compréhension des textes.
2. Les objets d’étude
Cette perspective s’applique
particulièrement à l’étude du travail de l’écriture
et à celle des conditions de publication (objets d’étude
4 et 6). Mais elle peut aussi intervenir pour d’autres objets. Elle se
combine notamment avec l’histoire littéraire. Elle conduit à
prendre en considération les étapes de l’élaboration
d’un texte : de nombreux documents offrent des exemples à cet égard.
Elle amène aussi à prendre en compte les conditions de la
création littéraire, les habitudes d’un public, ou les exigences
d’une collection, ou encore les contraintes de la censure. Le cas des censures
subies par Dom Juan, ou l’observation des étapes de l’élaboration
d’un passage chez Flaubert ou Zola, conviennent bien à cette étude.
Ces aspects ne sont pas étudiés pour eux-mêmes, mais
comme des étapes contribuant à une meilleure interprétation
des textes.
Les travaux d’écriture
des élèves deviennent par là, eux aussi, des objets
d’étude. Il s’agit de faire apparaître que les étapes
de l’écriture d’un texte sont des enjeux majeurs. Elaborer un projet,
rechercher des informations, tracer un canevas de projet, puis en venir
à la rédaction elle-même sont des méthodes que
l’observation des productions littéraires permet de développer
(voir aussi "Ecriture d’invention"). Il y a donc ici
un retour réflexif sur les pratiques. Des exercices d’imitation
peuvent jouer un rôle décisif dans l’amélioration de
la maîtrise de l’expression.
Enfin, cette perspective
permet d’engager, en classe de seconde, une réflexion sur les questions
importantes et difficiles du style et de l’originalité. Comprendre
qu’une œuvre est le fruit d’un travail amène à voir qu’elle
résulte d’une série de choix faits par l’auteur, jusque dans
le détail de l’expression : les élèves accèdent
à la question du style (voir aussi la fiche "Grammaire").
En même temps, le fait que chaque texte puisse suivre un projet et
un protocole différents mérite d’être souligné
: cela évite que les élèves croient qu’un auteur procède
toujours de la même façon et appliquent mécaniquement
à tous les textes du même auteur une formule trouvée
dans un manuel. La question de l’originalité sera ainsi perçue
à la fois par les différences entre les auteurs, mais aussi
entre les textes d’un même auteur.
La pratique de l’écriture
personnelle conduit également les élèves à
percevoir les différences entre ce qu’eux-mêmes peuvent produire
et les choix originaux d’un écrivain. Dès lors, il est possible
de montrer que l’originalité n’est pas l’effet d’une spontanéité,
mais l’acquis de choix assumés dans un travail en continuité.
3. Mise en œuvre
a. Place dans la progression
On l’a vu, les travaux relevant
de cette perspective peuvent s’inscrire dans des progressions fondées
sur l’étude d’une œuvre majeure ou sur un groupement de textes.
Aussi, plutôt que de consacrer une partie spécifique de l’année
à ces travaux, on peut les associer à d’autres objectifs,
dans l’application de la recommandation stipulée dans le programme
: "Un objet d’étude peut être abordé à l’intérieur
d’une ou plusieurs séquences ". Il est notamment recommandé
de les lier aux études portant sur une œuvre romanesque, une œuvre
théâtrale, et sur l’œuvre qui sera placée au centre
du travail sur un mouvement littéraire et culturel. De la sorte,
les analyses des conditions de création et de réception seront
progressivement approfondies et complétées au cours de l’année
scolaire. On approfondira également, progressivement, les questions
du style et de l’originalité.
b. Liens avec les productions
des élèves
Ils sont de deux ordres
: avec les travaux de commentaire d’une part, avec l’écriture d’invention
d’autre part :
-
Ecriture de commentaire
: observer les étapes de l’élaboration d’un texte constitue
un moyen privilégié de discerner le projet d’un écrivain
en ce qu’il a de spécifique pour ce texte-là, ce qui conduit
à la question de son originalité. Ainsi, l’initiation au
commentaire de texte peut se faire d’un double point de vue : mieux comprendre
les contenus à développer dans le commentaire et mieux apprendre
à respecter les étapes indispensables à l’élaboration
de son propre texte de commentaire.
-
Ecriture d’invention
: pour montrer aux élèves les nécessités d’une
production d’invention, il faut leur donner à chaque fois des consignes
précises. Partir de l’observation du parcours suivi par un auteur
pour élaborer un texte est un moyen de leur faire découvrir
par eux-mêmes les étapes nécessaires, puis de les mettre
en œuvre dans leur pratique. Ainsi, pour des écrits d’imitation,
on ne leur demande pas seulement d’imiter la forme du texte, mais aussi
de reprendre le protocole d’écriture adopté par l’auteur
qu’on leur donne en modèle.
Fiche
5 : Argumentation
1. Définition et
objectifs :
L’initiation à l’argumentation
forme l’un des axes directeurs du programme de troisième. Le professeur
de seconde pourra se reporter au document "Accompagnement
des programmes de français" (CNDP, 1999) pour prendre connaissance
des éléments proposés dans ce domaine.
Adoptant une définition
large de la notion d’argumentation, on l’envisage comme une forme de discours
qui vise à obtenir l’adhésion d’un auditeur ou d’un lecteur
aux thèses qu’on présente à son assentiment. L’argumentation
a donc pour but de modifier les savoirs, les croyances et les opinions
d’autrui en essayant de démontrer, en s’efforçant de convaincre,
en s’attachant à persuader (cf. fiche "Démontrer,
convaincre et persuader"). Dans ce cadre général, le
travail avec les élèves a pour objectifs :
-
de leur faire maîtriser
l’enjeu fondamental de l’argumentation qui, donnant à la parole
une chance contre la violence, est la régulation des conflits ;
-
de les conduire à prendre
conscience de la dimension dialogique de l’argumentation : elle implique
la présence de l’autre, qu’il s’agisse de celui que l’on cherche
à convaincre ou persuader, ou de celui dont on cherche à
contester ou à soutenir les arguments ; elle suppose ainsi l’écoute
et le travail de reformulation ;
-
de les amener à reconnaître
les grandes opérations de connaissance – affirmer, douter, réfuter,
admettre – et le vaste champ des postures cognitives qu’elles impliquent
: l’affirmation qui va de la certitude d’une conviction à l’entêtement
du péremptoire, le doute qui va de l’interrogation rationnelle à
la perplexité de l’hésitant, la réfutation qui va
du refus raisonné de la position adverse à l’obstination
du contradicteur, l’admission qui va du consentement assumé à
l’utopie du consensus ;
-
de leur faire comprendre la
double dimension, rationnelle et affective, de l’argumentation.
2. Les moyens linguistiques
Le travail de l’argumentation
est donc conçu en premier lieu comme un travail sur la langue qui
exige des élèves la maîtrise progressive de moyens
linguistiques (voir la fiche "Grammaire : phrase, discours,
texte") :
-
perception précise de
l’énonciation, des stratégies énonciatives et de la
modalisation ;
-
prise de conscience et analyse
du rôle de l’implicite et du présupposé ;
-
capacité de convoquer
le discours d’autrui, de la citation directe aux différentes formes
de la reformulation ;
-
capacité d’articuler
argument et exemple dans la mise en œuvre d’une argumentation ;
-
initiation aux différents
modes d’organisation du discours argumentatif.
3. Les contenus :
argumentation, littérature d’idées et rhétorique
En classe de seconde, les
élèves abordent les grandes formes du raisonnement. On travaille
le raisonnement par déduction, qui prend son modèle dans
le syllogisme et qui suppose tant des prémisses avérées
qu’une chaîne logique cohérente. Inversement, on apprend à
exploiter les qualités du raisonnement inductif, qui part de cas
particuliers pour aboutir à des conclusions de portée générale
; ce type de raisonnement est à l’œuvre aussi bien dans la communication
ordinaire (la conversation) que dans la recherche expérimentale.
Enfin, on aborde le raisonnement critique, qui consiste à réfuter
une thèse opposée à celle qu’on veut défendre,
et le raisonnement par concession, qui suppose la reconnaissance partielle
de la thèse adverse. On prépare ainsi les élèves
au débat aussi bien qu’à la délibération.
Cependant, tenant compte
du fait que l’univers de l’opinion et des valeurs dont on discute dans
la vie sociale ne peut être aussi rigoureusement établi que
celui des vérités scientifiques, on amène les élèves
à s’interroger sur l’articulation entre les dimensions rationnelles
et affectives de l’argumentation. On leur apprend à repérer
le rôle des humeurs, des images, des opinions et des valeurs que
les interlocuteurs partagent de manière plus ou moins dite. On les
fait travailler sur l’efficacité de la connivence dans l’art de
persuader et de convaincre (on peut éventuellement se référer
à la notion d’enthymème).
A ce titre, réfléchir
sur la fonction des lieux communs (topoï) dans la communication,
mène non seulement à dénoncer les clichés,
les stéréotypes qui ne sont jamais remis en question, mais
aussi à montrer comment ils jouent un rôle majeur dans les
échanges sociaux et varient en fonction des périodes, des
groupes humains, mais aussi du genre de discours qu’on a charge de produire
: il y a des lieux de la dissertation comme il y a des lieux de la conversation.
Enfin, on apprend aux élèves
à tenir compte aussi bien de l’image (sincérité, modestie,
vertu, dévouement, compétence…) que le discours donne de
celui qui le rédige ou le prononce (ethos), que des émotions
qu’on cherche à produire chez le récepteur : compassion,
indignation, admiration, enthousiasme… (pathos).
En relation avec la réflexion
sur les genres (voir la fiche "Genres"), on aborde les
trois grands genres de l’argumentation :
-
le genre délibératif,
qui concerne la discussion sur l’avenir, sur ce qui n’est pas encore réalisé,
sur ce que l’on projette d’organiser ; ce qui renvoie aussi bien au débat
politique (on pourra travailler ce point en ECJS) qu’à la discussion
quotidienne, dès qu’on se trouve confronté, seul ou collectivement,
à une décision. Le travail sur le théâtre (monologue
intérieur, scène de confrontation d’opinions sur une décision
à prendre) est un moyen d’aborder cette réflexion tout en
préparant les élèves à la classe de première,
où ils devront étudier l’essai.
-
le genre judiciaire,
qui vise la connaissance de la vérité effective de ce qui
s’est passé. Au-delà du seul univers juridique, ce genre
prévaut dans le journalisme d’investigation et dans tous les récits
qui prennent la forme d’une enquête (cf. le roman policier). On pourra
travailler cet aspect en relation avec les séances consacrées
au récit.
-
l’épidictique,
dont la fonction est d’émouvoir le récepteur à partir
d’une réalité connue, soit qu’on valorise une action, une
personne, un objet sous la forme de l’éloge, de l’hommage ou du
panégyrique, soit au contraire qu’on dénigre par le blâme,
la satire, la critique. Le journal L’Equipe, lorsqu’il présente
et commente un match que les spectateurs ont pu suivre, renouvelle et intensifie
la sensation de l’événement en recourant aux ressources de
l’épidictique. La tradition littéraire offre de nombreux
exemples de ce genre : oraison funèbre, apologie, dithyrambe, panégyrique,
blason, mais aussi pamphlet, diatribe, satire…
4. Pratiques
Le travail sur l’argumentation
en classe de seconde a pour but d’apprendre à présenter des
idées, à programmer son discours, à faire un plan.
On développe chez l’élève la capacité de rédiger
des textes argumentatifs fondés sur les raisonnements déductif
et inductif, ou sur la critique de la thèse adverse. On fait rédiger
des textes concessifs dans le cadre d’une première approche de la
dissertation.
On veille à équilibrer
le nombre de productions écrites et orales (voir fiche "Oral"),
en précisant les situations d’énonciation et en diversifiant
les pratiques : justification d’une opinion sur un texte, interprétations,
commentaires ; lettres, éloges, critiques, articulation de points
de vue différents sur un texte, un livre, un film, un sujet de société,
préparation d’un entretien ou d’un débat ; entretiens, débats,
discours argumentés, travaux de groupes…
On utilise les modules et
l’aide individualisée pour mettre les élèves en situation
de recherche de "lieux". Comme pour l’écriture d’invention
(voir la fiche), on fait reprendre les productions : réorganisation
du propos, corrections de style en fonction des positions de l’énonciateur
et du destinataire… On développe les pratiques d’échanges
de copies, de manière à amener les élèves à
repérer les types d’erreurs effectuées.
II. A propos des objets d’étude
Fiche
6 : Mouvements littéraires et culturels
1. Objectifs
Conformément aux
objectifs indiqués dans les finalités des programmes de seconde
et de première, et précisés dans la fiche "Histoire
littéraire et culturelle", les buts sont de :
-
donner progressivement aux lycéens
des repères précis sur les grandes scansions de l’histoire
littéraire et culturelle ;
-
leur permettre de réfléchir
à ce qu’est un mouvement littéraire et culturel ;
-
fournir des connaissances sur
le contexte des œuvres étudiées et lues, connaissances nécessaires
à la compréhension de celles-ci.
2. Contenus pour la classe
de seconde
Ainsi qu’il a été
indiqué, pour tenir compte des capacités de lecture des élèves,
le programme propose d’interroger le passé à partir du présent
: c’est-à-dire de donner la place principale, en seconde, à
des textes des XIXe et XXe siècles, et à des textes antérieurs
en première. Ainsi, pourraient être étudiés
en tant que tels en seconde : le romantisme, le réalisme et le naturalisme,
la littérature engagée.
Rappel : Le romantisme a
une dimension européenne, mais il constitue un phénomène
fort en France et son étude peut ainsi préparer à
l’approche des questions d’influences culturelles qui seront traitées
en première ; d’autre part, il permet une liaison avec le programme
d’histoire.
Comme l’histoire littéraire
concerne aussi l’histoire des genres, l’étude de la tragédie
et/ou de la comédie conduit ainsi à aborder le classicisme,
donc une période antérieure. D’autre part, il est possible
d’amorcer la connaissance d’autres mouvements, qui seront étudiés
plus précisément en première (humanisme, Lumières).
Des textes du XVIe siècle, par exemple, peuvent être étudiés
dans un travail sur le portrait, "L’éloge et le blâme" ; mais
il semble plus salutaire de ne formaliser la réflexion sur l’humanisme
– et étudier Montaigne, entre autres – qu’en première ; l’étude
du genre de l’essai facilite alors son approche. Il est également
bon d’initier les élèves à d’autres phénomènes
de l’histoire littéraire, qui n’en constituent pas des scansions
majeures, mais qui permettent de contextualiser les œuvres et textes lus.
Chaque année, un mouvement
littéraire et culturel majeur est étudié comme tel,
et d’autres peuvent être situés et décrits pour leurs
traits essentiels lors de l’étude des genres ou de problématiques.
3. Démarches
Il existe diverses méthodes
pour étudier l’histoire littéraire, qui peuvent avoir divers
mérites. Donc, nous rappelons seulement ici quelques principes essentiels
:
-
Le but étant la constitution
d’une culture, il s’agit avant tout de lire des textes et de placer au
centre du travail, le plus possible, l’étude d’une œuvre intégrale.
-
Il s’agit d’apprendre aux lycéens
à tenir compte des contextes pour lire, comprendre et interpréter
les textes ; il convient donc de leur apporter les démarches nécessaires
pour aborder ces contextes et non de figer l’histoire littéraire
en un répertoire de formules toutes faites qui ne rendent pas compte
de la particularité des œuvres. En revanche, la lecture de textes
contemporains de l’œuvre étudiée, et la comparaison de ces
textes entre eux, sont indispensables à la fois à la mise
en contexte et à l’identification d’une période et d’un état
de pensée et de sensibilité. Il est donc souhaitable d’accompagner
l’étude d’une œuvre intégrale de lectures complémentaires,
soit un groupement de textes, soit une autre œuvre ou des extraits lus
en lecture cursive.
-
Si l’histoire littéraire
est à aborder par des lectures, ces lectures doivent aussi mettre
en relation les œuvres et les textes littéraires avec d’autres textes
et des documents, y compris d’autres langages – images, musiques – qui
donnent accès à l’idée des mouvements de sensibilité,
donc qui ouvrent sur l’histoire culturelle. Le rôle de la documentation
est ici important ; on peut en exploiter toutes les ressources (voir la
fiche). Il ne s’agit pas de former les élèves à des
méthodes de l’histoire littéraire, mais à sa démarche
: ils doivent apprendre à discerner les lacunes dans leurs connaissances,
à construire des questionnements, ainsi qu’à se livrer, à
une échelle modeste, à des recherches. L’exercice de l’exposé,
souvent utilisé à cette fin, doit cependant être limité,
dans sa durée comme dans sa fréquence et ses ambitions. Un
travail de groupe lors de l’étude d’une œuvre intégrale est
souvent productif.
-
Nombre de mouvements littéraires
sont caractéristiques d’un moment de l’histoire, mais peuvent se
manifester à d’autres, y compris en amont (par exemple, D’Aubigné
est un écrivain qui s’engage) ; il est profitable de ne pas diluer
la chronologie et de faire percevoir les moments caractéristiques,
avant de montrer les extensions possibles.
4. Les leçons de l’expérimentation
Les expérimentations
suggèrent, pour la classe de seconde, des exemples d’organisation
du travail, que l’on peut résumer par les indications suivantes
(qui sont présentées ci-dessous selon l’ordre du programme,
et non selon un ordre à suivre en cours d’année, le professeur
ayant le libre choix dans l’organisation de ses progressions ; ce
sont des suggestions, non des modèles) :
a. Etude d’un mouvement
en tant que tel
De nombreux collègues
ont choisi le romantisme. Ce mouvement se prête bien à des
lectures touchant à la poésie, mais aussi au théâtre
et au roman. Le travail peut ainsi s’organiser autour de la lecture d’une
œuvre et de textes complémentaires diversifiés. Le lien avec
la peinture et la caricature est aisé à établir. Le
lien avec le programme d’histoire permet de faire saisir le rôle
de la rupture révolutionnaire dans l’évolution de l’histoire
culturelle. La compréhension de ce qu’est un contexte est ainsi
facilitée. Elle peut aussi être liée àune approche
du classicisme (voir ci-dessous), qui contribue à faire percevoir
les effets de rupture advenant dans les choix esthétiques, et en
quoi ils sont révélateurs des sensibilités et des
idéologies. Le rôle des registres – épique, mais aussi
pathétique et fantastique – peut y être mis en lumière.
Le réalisme ou le
naturalisme ont aussi été étudiés. L’étude
s’organise alors autour de la lecture d’une œuvre romanesque majeure de
Zola, Flaubert ou Maupassant. La mise en relation avec le romantisme apporte
un moyen de compréhension des contextes et des évolutions.
On prendra en compte la dimension de la critique de l’idéologie
dite alors "bourgeoise".
b. Mouvements étudiés
en relation avec d’autres objets
-
Dans l’étude du
genre théâtral : Etude du classicisme autour de Molière,
Racine ou Corneille, et, en étudiant l’évolution et les transformations
des genres, de la comédie ou la tragédie, étude de
la littérature engagée (autour de Sartre,
Les Mouches,
par exemple). Pour rendre compte de l’importance historique des modèles
classiques, on donne des indications sur l’essor littéraire de cette
période, en relation avec une politique culturelle d’ensemble, et
on éclaire l’esthétique par ses liens avec les questions
d’éthique (pensée politique, philosophique et religieuse).
Ceci est particulièrement net pour le cas de la tragédie.
On tiendra compte du fait que les élèves ont eu, au collège,
l’occasion de lire déjà des œuvres de cette période,
notamment de Molière.
-
Dans l’étude du
genre romanesque : Approche du réalisme ou du naturalisme
: voir ci-dessus.
-
Dans l’étude de
l’argumentation : A l’occasion, par exemple, d’un travail sur la
littérature et la guerre – si l’on a choisi d’aborder cette problématique
–, il est possible de donner une approche de la littérature engagée.
Une problématique concernant
les débats sur l’éducation permet d’initier aux textes humanistes,
et on peut y associer des textes classiques ainsi qu’un premier contact
avec les Lumières, ou des compléments sur le naturalisme,
autour de textes de Zola ou de Vallès (sur ces exemples, voir la
fiche "Démontrer, convaincre et persuader").
-
Dans l’étude de
"L’éloge et le blâme", à
propos du portrait, il est possible, outre une initiation aux textes du
XVIe siècle (voir la fiche), de donner une approche du classicisme
(avec La Bruyère) ou de compléter ce qui en aura été
vu dans l’étude du théâtre.
Exemples de mouvements
étudiés au fil des séquences (à titre d’indication)
:
Une séquence sur
le genre du portrait ("L’éloge et le blâme") permet une initiation
à la Renaissance et au baroque, et une première approche
du classicisme (La Bruyère, scène des portraits du Misanthrope…).
Une séquence sur la tragédie, avec l’étude de Britannicus,
permet de compléter la connaissance du classicisme. Le genre et
le registre tragique sont repris, par comparaison, pour le xxe siècle,
afin de faire percevoir les constantes et les évolutions (autour
de Sartre, Les Mouches, le personnage d’Oreste et les Atrides donnant
la base de comparaison), et offrent une approche de la littérature
engagée. L’étude d’un mouvement en tant que tel porte sur
le romantisme, en contraste avec le classicisme. Ensuite, le travail sur
le roman permet d’aborder le réalisme ou le naturalisme. Une séquence
sur l’argumentation, centrée sur la problématique de l’éducation,
en reprend les acquis, via la lecture de L’Enfant, de Vallès,
et le retour vers des textes antérieurs. Une autre étude
d’œuvre, propice à l’examen du travail de l’écriture, peut
compléter la connaissance de l’un ou l’autre des mouvements étudiés.
Fiche
7 : Le récit. le roman ou la nouvelle
1. Objectifs
Les élèves
ont lu et étudié au collège de nombreux récits
(contes, romans, nouvelles). Il est donc possible, en seconde, de prendre
appui sur ces acquis pour atteindre les objectifs suivants :
-
les conduire à la notion
de genre ;
-
leur faire percevoir les implications
de cette notion à deux échelons complémentaires, celui
du récit en général – en mettant à profit les
acquis du collège sur le narratif – et celui du genre précis
que le professeur choisit d’étudier – roman ou nouvelle, selon la
classe et son rythme de travail et de lecture ; s’il choisit la nouvelle,
il lui est recommandé de faire lire en complément un roman
;
-
leur faire lire des œuvres significatives,
en s’appuyant sur la curiosité qu’éveillent en général
chez les adolescents les textes narratifs.
2. Lectures ; les
leçons de l’expérimentation
Le programme indique que
le choix des œuvres est ouvert et appartient aux professeurs, au sein des
œuvres des XIXe et XXe siècles. On présente donc ici une
liste de romanciers et de romans, ainsi que de nouvellistes des XIXe et
XXe siècles qui pourront faire l’objet d’études en classe
de seconde. Cette liste a été établie à partir
de la consultation et des expérimentations qui ont déjà
eu lieu. On y distingue, d’une part, les auteurs que l’histoire littéraire
a consacrés et qui constituent de grands repères culturels,
d’autre part ceux qui, sans être secondaires, sont moins directement
perçus comme des repères, et enfin des œuvres qui sont sans
doute moins attendues mais peuvent être étudiées avec
profit. On suggère, en outre, d’ouvrir aux élèves
un accès aux littératures étrangères, en relation
avec l’étude d’œuvres intégrales françaises et francophones.
a. Romans des XIXe-XXe
siècles
b. Nouvelles des XIXe
- XXe siècles
Voir
la liste proposée
3. Mise en œuvre
Pour ce qui concerne la
mise en œuvre du travail sur le récit, se reporter aussi aux fiches
"Genres", "Registres", "Production
et singularité des textes" et "Lecture".
L’étude du roman ou
de la nouvelle est pratiquée de longue date au lycée ; les
modalités de mise en œuvre en sont bien connues : étude de
l’œuvre intégrale, groupement de textes complémentaires,
travaux sur les incipit, etc. On se borne donc ici à quatre
recommandations :
-
un travail sur le roman ou la
nouvelle s’organisera à partir de la lecture d’une œuvre intégrale
; si possible, une deuxième œuvre sera abordée (par exemple,
en lecture cursive), ainsi que des extraits, de façon à rendre
possibles des comparaisons nécessaires pour faire percevoir les
constantes du genre, mais aussi l’originalité de l’œuvre étudiée
;
-
cet objet d’étude est
à relier aux éléments d’histoire littéraire
(voir la fiche "Histoire littéraire et culturelle"),
de façon à contextualiser les textes et à donner des
repères d’histoire littéraire ;
-
il est important d’éviter
les analyses trop technicistes de narratologie : la finalité première
est la constitution d’une culture (ici, la connaissance d’un genre par
la lecture de textes) ;
-
il est utile de procéder
à des comparaisons entre récits littéraires et formes
de récit non littéraire, pour faire mieux comprendre la différence
entre le narratif en général, et la codification des genres
littéraires du roman ou de la nouvelle.
Fiche
8 : Le théâtre ; comédie et tragédie ; comique
et tragique
1. Objectifs
Pour le travail sur les
œuvres théâtrales, on se référera aux fiches
"Genres" et "Registres". L’étude
du théâtre est usuelle en seconde. On se bornera donc ici
à quelques indications liées à l’expérimentation
et à quelques rappels.
Les élèves
de seconde ont déjà abordé des œuvres de théâtre
au collège, notamment des comédies de Molière. Il
s’agit de compléter et d’enrichir cette approche, et de leur donner
une connaissance critique de l’art théâtral, par une réflexion
sur les caractéristiques d’un genre et sur ses évolutions
: l’étude du genre est donc ici liée à une perspective
d’histoire littéraire.
Ainsi, les buts de cette
partie du programme sont :
-
la lecture d’œuvres significatives
relevant de la tragédie ou de la comédie, de façon
à faire apparaître les propriétés du genre correspondant
;
-
l’approche de la notion de registre
tragique ou de registre comique, en ce qu’elle est liée au genre
de même nom, mais aussi en ce qu’elle en dépasse les limites
;
-
la lecture d’œuvres et/ou de
textes complémentaires permettant de saisir les évolutions
du genre et les cas où les lois en sont transformées ou détournées
;
-
une analyse des spécificités
de la création théâtrale, à la fois texte et
spectacle.
NB. Le programme invite à
aborder le théâtre par l’étude de l’un ou l’autre genre
; dans la mesure du possible, des lectures donnant un aperçu de
celui des deux qui ne sera pas étudié méthodiquement
sont bien sûr recommandées.
2. Auteurs et œuvres
a. Auteurs dramatiques
français
b. Autres lectures
Voir
la liste proposée
3. Texte et spectacle
L’étude du théâtre
doit pouvoir associer, dans la mesure du possible, le travail sur le texte
et sur l’interprétation scénique. Pour ce dernier aspect,
la vision d’une réalisation de l’œuvre étudiée en
classe est bien sûr souhaitable. Au besoin, des cassettes audiovisuelles
diffusées par l’INA (collection "Voir et Savoir") proposent des
mises en scène d’œuvres théâtrales :
Voir
la liste proposée
4. Mise en œuvre ; les
leçons de l’expérimentation
Outre les indications d’auteurs
ci-dessus, les expérimentations suggèrent les liaisons suivantes
entre l’étude du genre théâtral et d’autres dimensions
du programme :
a. L’histoire littéraire
Les modèles génériques
de la comédie et de la tragédie s’étant constitués
à l’âge classique, il est recommandé de faire intervenir
une œuvre de cette époque et de faire dès lors apparaître
une double dimension de l’histoire littéraire :
– le contexte historique,
avec la connaissance des traits essentiels du classicisme ;
– l’évolution historique
des formes, pour faire comprendre que les genres ont, eux aussi, une histoire.
b. L’oral
Genre scénique, le
théâtre impose un travail sur l’oral. Des
mises en voix de scènes, des lectures à haute voix, des récitations
peuvent s’associer au travail sur la nature de l’œuvre comme spectacle.
Ces exercices sont recommandés en classe de seconde (voir la fiche).
c. Dialogue et argumentation
Les œuvres de théâtre
(notamment classique) incluent souvent des scènes de dialogue comportant
une dimension argumentative : ainsi, par exemple, l’étude des scènes
1 et 2 d’Andromaque permet de lier l’analyse de l’exposition théâtrale
et du conseil (scène 1) à celle d’un affrontement argumentatif
(scène 2). On peut donc initier les élèves aux problématiques
du dialogue, ainsi qu’à des aspects de l’argumentation dans les
œuvres de fiction même, comme moyen de l’action.
d. Le texte et la scène
: liens avec l’étude de l’image et les arts
L’étude du théâtre
offre de nombreuses occasions de travail en liaison avec les arts plastiques
: analyse de l’espace scénique, analyse de décors et costumes,
conceptions de types de décors et costumes, réflexion sur
les conventions de représentation, sur le rôle des éclairages.
Dans le cours de français même, ces analyses peuvent se fonder
sur l’étude d’images, de décors ou de costumes, ainsi que
sur la mise en images que constitue une mise en scène vue.
De même, une étude
d’une comédie-ballet de Molière peut conduire à une
mise en relation avec la musique.
Fiche
9 : Démontrer, convaincre et persuader
1. Objectifs
Le travail sur l’argumentation
en classe de seconde vise, au sein des finalités générales
de l’étude de celle-ci (voir la fiche), à l’analyse de certaines
de ses principales opérations. Cette analyse se réalise à
travers l’introduction à la littérature d’idées, par
la comparaison entre des textes littéraires et non littéraires,
et en proposant de mettre en œuvre l’expression argumentée dans
des exercices écrits comme dans des activités orales. En
effet, pour apporter aux élèves la maîtrise progressive
de cette forme de discours, le travail sur l’argumentation doit être
nourri de contenus concrets qui ont donné lieu, dans notre histoire
culturelle, à des débats marquants et, souvent, toujours
actuels. C’est ainsi que ce travail évitera les écueils du
formalisme et du technicisme. De la sorte, il accédera à
la dimension réflexive en apportant aux élèves des
connaissances à la fois sur les opérations argumentatives
et sur l’espace culturel qui est le leur.
2. Les opérations
argumentatives
Les élèves
sont sollicités par l’argumentation dans différentes disciplines
: français, histoire, mathématiques, sciences physiques,
éducation civique, juridique et sociale, etc. L’acception du terme
n’est pas toujours identique dans chacune d’entre elles. L’argumentation
constitue donc un objet d’étude interdisciplinaire, qui appelle
la réflexion sur les termes qu’on y emploie. Ainsi, pour circonscrire
le domaine de l’argumentation en classe de seconde, le programme invite
à en préciser les opérations principales à
travers les verbes qui les désignent et dont les élèves
doivent maîtriser les différences : démontrer, argumenter
, convaincre et persuader.
a. Démontrer
Démontrer consiste
à développer, à partir d’une affirmation initiale
admise comme vraie, un raisonnement déductif qui tend à prouver,
par des opérations logiques, la vérité de sa conclusion.
La démonstration est donc formelle et soumise à des règles
explicites. Elle peut être vérifiée par des preuves
contraignantes, et ainsi déclarée correcte ou incorrecte.
Elle se déroule hors de tout contexte autre que celui de son propre
système : la logique est sa méthode, le calcul est son moyen,
comme dans le cas de la démonstration mathématique. Dès
lors, le rôle des partenaires est faible : c’est la cohérence
du raisonnement qui impose, de manière impersonnelle, une vérité
qui doit être admise par tous. Le résultat est en principe
indépendant des personnes, de leurs croyances et de leurs convictions.
Il peut être, à cet égard, utile d’aborder des textes
scientifiques de haute qualité d’écriture (de Poincaré,
Monod, Rostand), pour éclairer cette logique (comme une initiation,
à reprendre en première).
Pourtant, toute vérité
n’est pas rationnellement démontrable. Démontrer cède
alors le pas à argumenter pour convaincre et persuader. En ce cas,
argumenter relève de l’usage délicat du langage, entre la
sécurité rationnelle de la preuve et le risque de la manipulation
trompeuse. Argumenter concerne le monde des opinions, où s’expriment
des thèses de toute espèce sur tout ce qui peut être
objet d’une discussion : jugement de valeur, bien-fondé d’une décision,
justesse d’une prise de position. Les arguments sont alors des raisons
plus ou moins fortes autour d’une thèse proposée. Dès
qu’il s’agit de raisonner sur des valeurs touchant le bien ou le mal, la
justice ou l’injustice, la liberté ou la contrainte, le bienfait
des sciences de la vie et bien d’autres enjeux de la vie collective et
individuelle, argumenter consiste à justifier la préférence
que l’on accorde à telle ou telle fin et que l’on cherche à
faire partager. Ce qui met donc en jeu les sujets parlants eux-mêmes
et tend à modifier leurs relations.
b. Convaincre et persuader
Convaincre et persuader
focalisent l’effet produit sur celui ou ceux à qui l’on s’adresse
: ils constituent deux grandes visées de l’argumentation qui concernent,
au premier chef, le destinataire dont on cherche à emporter l’adhésion.
Mais les moyens utilisés pour y parvenir sont différents.
-
Celui qui cherche à convaincre
s’attache au cheminement des raisons qui conduiront au résultat
souhaité : l’adhésion réfléchie de son auditoire.
Il développe une démarche intellectuelle pour faire triompher
les valeurs qu’il défend et obtenir que son interlocuteur accepte
ses raisons, les partage, les fasse siennes et se déclare alors
convaincu. Même s’il ne s’adresse qu’à un seul interlocuteur,
celui qui cherche à convaincre vise, à travers lui, un destinataire
plus général. L’adhésion ne s’obtient que dans la
mesure où l’interlocuteur individuel peut reconnaître son
appartenance à un auditoire général ou même
universel. Les démarches de la conviction relèvent de la
raison, du dialogue et de l’échange ; elles sollicitent le savoir.
-
Celui qui veut persuader procède
autrement : il met au premier plan le résultat qu’il cherche à
obtenir : l’adhésion spontanée de son interlocuteur. La persuasion
vise un destinataire particulier – qu’il soit individuel ou collectif –
dont on sollicite les attentes, les rêves ou les émotions
: c’est le cas, par exemple, de la publicité, qui cherche à
persuader plus qu’à convaincre en jouant sur des rêves de
beauté, de prestige, de confort… La persuasion relève davantage
de la suggestion, de la séduction, de la tentation ; elle sollicite
moins le savoir que le désir ou la crainte. Alors qu’on accepte
d’être convaincu par les raisons d’autrui, on est persuadé,
en fait, par des raisons que l’on porte en soi.
3. Introduction à
la littérature d’idées
a. Des débats marquants
dans l’histoire culturelle
La réflexion sur
les moyens et les finalités de l’argumentation s’appuiera sur des
textes littéraires, sans pour autant exclure d’autres genres de
textes et de documents. Elle introduit ainsi les élèves à
la connaissance d’auteurs dont l’œuvre relève, pour l’essentiel,
de la littérature d’idées ; elle est en elle-même un
élément neuf pour les élèves au sortir du collège,
où ils n’en ont eu que des aperçus. Elle les initie progressivement,
dès la seconde, à des réflexions qui feront ultérieurement
l’objet de la philosophie. Cet ancrage dans la littérature – permettant
de spécifier ce domaine en français par rapport aux sujets
traités en éducation civique, juridique et sociale – justifie
la forme des intitulés proposés ci-dessous : "Littérature
et ...".
b. Une progression de
la seconde à la première
La liste de sujets appropriés
pour la classe de seconde proposée ici est indicative ; selon les
situations et les projets pédagogiques, les professeurs ont la liberté
d’aborder d’autres sujets similaires. Il est souhaitable toutefois que
ces problématiques soient réparties de manière raisonnée
entre la classe de seconde et la classe de première, établissant
ainsi la possibilité d’une progression.
En
seconde, où l’accent est davantage mis sur les genres narratifs
et théâtraux, et sur les XIXe et XXe siècles, les problématiques
peuvent se rapporter, au moins en partie, à des événements
et au rapport de l’individu à la collectivité. Ainsi, il
est possible d’envisager, notamment :
-
la littérature et
l’altérité, qui invite à analyser des textes portant,
par exemple, sur la découverte du Nouveau Monde, mais aussi sur
la colonisation et la francophonie (permettant des relations avec le programme
d’histoire de seconde) ;
-
la littérature et
l’éducation, qui conduit à réfléchir sur
l’histoire des débats sur l’éducation du XVIe au XXe siècle
(offrant une transition avec le programme de première) ;
-
la littérature et
la politique, qui amène à étudier des textes portant,
par exemple, sur le débat démocratique (Hugo, Zola, etc.),
sur sa critique, ou ses objets ;
-
la littérature et
la guerre, qui incite à réfléchir sur des textes
romanesques, des pamphlets, des lettres, des articles de presse, des documents
visuels et cinématographiques portant notamment sur les grands conflits
du XIXe et du XX siècles.
En première,
les problématiques proposées seront davantage ancrées
dans une dimension conceptuelle, liée au travail sur les genres
de l’essai et du dialogue, sur la délibération, ainsi que
sur les XVIe-XVIIIe siècles, où ces problématiques
ont donné amplement matière à débats :
-
la littérature et
la tolérance, qui invite à réfléchir sur
des textes portant, entre autres, sur les rapports entre littérature,
religion et sciences ;
-
la littérature et
l’utopie,
qui permet d’envisager cette problématique dans sa dimension européenne
;
-
la littérature et
l’égalité (l’esclavage, les relations homme-femme, etc.)
;
-
la littérature et
les savoirs.
4. Mise en œuvre et propositions
a. Démarche
Aborder une problématique
suppose plutôt un travail fondé sur l’étude d’un groupement
raisonné de textes. Ce groupement peut comprendre, outre les textes
littéraires, des documents diversifiés, verbaux ou iconographiques.
Au-delà de la lecture
et de l’analyse, il donne lieu à des productions orales (débats,
exposés) et écrites (analyses de points de vue contradictoires,
essais, initiation à la dissertation) qui impliquent progressivement
les élèves dans le contenu de la problématique étudiée
et les amènent à réfléchir sur les manières
d’y prendre position en associant étroitement lecture, analyse et
écriture.
On suggère ici deux
exemples : "les débats sur l’éducation"
et "la question de l’altérité". Cela, sans exclure les autres
; il est ainsi possible d’associer un travail sur la littérature
et la guerre à l’étude de la nouvelle – et donc à
la lecture d’œuvres complètes : par exemple, Maupassant, Boule
de suif – et du roman – par exemple, en relation avec la lecture de
Dorgelès, Les Croix de bois…
Les indications suivantes
ne proposent pas des séquences modèles (aussi, les exercices
écrits et oraux ne sont pas spécifiés), mais des listes
de textes qui ont été utilisés avec profit lors des
expérimentations et qui n’ont donc que valeur indicative. Elles
distinguent les textes littéraires (pour les œuvres indiquées
seulement par leur titre, plusieurs extraits sont possibles, selon les
choix des professeurs) et les documents.
Les deux exemples ci-dessous
se prêtent à des mises en relation avec le programme d’histoire
: découverte de nouveaux mondes et de cultures différentes,
changements dans les savoirs et dans l’enseignement. De telles séquences
peuvent donc être traitées en parallèle avec ces parties
du cours d’histoire ou juste après.
b. Suggestions pour "
Littérature et éducation "
– Textes littéraires
– Documents
Voir
la liste proposée
c. Suggestions pour "
Littérature et altérité "
– Textes littéraires
– Documents
Voir
la liste proposée
FICHE
N° 10 : Le travail de l’écriture
I. Objectifs
La perspective d’étude
majeure, ici, est celle de la "Production et singularité des textes".
Les objectifs correspondants constituent deux aspects importants des acquisitions
à réaliser en classe de seconde :
-
faire comprendre aux élèves,
grâce à des exemples, que l’écriture répond
à un ensemble de démarches et ne s’élabore pas sous
la seule impulsion d’une inspiration soudaine, ni par l’effet d’un don
réservé à quelques-uns ;
-
les rendre sensibles aux questions
de style, et donc à une dimension spécifique des œuvres littéraires.
Ces questions peuvent être envisagées en relation avec la
perception de l’originalité d’une écriture (voir "Production
et singularité des textes") ; elles sont alors perçues
dans le processus de la réception des œuvres.
Mais elles peuvent aussi être
envisagées, dans l’acte d’écriture, comme une série
de choix par lesquels un auteur donne à ses textes leur tournure
spécifique. Elles sont alors liées à la production
des textes et peuvent être abordées en relation avec l’écriture
d’invention, où elles trouvent un lieu de réinvestissement,
aussi bien qu’avec les analyses d’œuvres.
Dans les deux cas, il s’agit
d’apporter des éléments de philologie qui montrent clairement
aux élèves qu’un texte est le produit d’un travail, et qu’il
est analysable comme tel.
Cet objet d’étude
entretient des liens étroits avec les questions de langue, ainsi
qu’avec les questions de genres et de registres
(voir ces fiches).
2. Contenus
Les contenus peuvent se répartir
en trois ensembles.
a. L’élaboration
de la matière même d’une œuvre
Cela correspond en rhétorique
à l’inventio, la recherche des idées. Dans la genèse
d’une œuvre littéraire, elle peut principalement s’étudier
de deux façons :
-
les pratiques d’imitation et
les variations par rapport à un modèle ;
-
les pratiques de documentation
sur un sujet donné.
b. Les choix qui président
à la composition de l’œuvre.
Ils peuvent être dictés
par des contraintes liées au genre pratiqué (voir la fiche
"Genres"), mais aussià des mouvements de goût,
de sensibilité, d’idéologie : souci de donner une image qui
paraisse vraie, par exemple, ou encore prise de position polémique
et donc choix de déformations calculées dans l’image du réel
que le texte propose (voir "Registres", mais aussi "Mouvements
littéraires et culturels", dont certains privilégient
la représentation réaliste tandis que d’autres la refusent).
c. La rédaction
proprement dite, et les options stylistiques.
Celles-ci peuvent intervenir
à deux moments de la genèse d’un texte :
-
lors de sa conception (par exemple,
lorsqu’un canevas est rédigé en prose, puis le texte final
en vers) ;
-
lors des modifications par rapport
à une première version, dans des rééditions
dont l’analyse relève alors de l’examen des variantes.
3. Mise en œuvre
a. Les leçons de
l’expérimentation ; place dans la progression annuelle
Comme le programme l’indique,
un objet d’étude peut correspondre à une séquence,
ou bien ses contenus peuvent être répartis entre plusieurs
séquences. Le travail s’organisant toujours par et sur des textes,
l’étude de l’écriture n’a pas à être envisagée
comme une formation à la génétique textuelle en soi
et ne se prête donc guère à constituer le centre d’une
séquence spécifique. Elle intervient mieux comme un apport
au cours de diverses séquences, ainsi que l’ont fait la plupart
des collègues l’ayant incluse dans leurs expérimentations
des nouveaux programmes. Elle peut être combinée à
l’approche d’ "Ecrire, publier, lire aujourd’hui", à
l’étude du récit, voire à celle du théâtre.
b. Applications et exemples
À titre d’exemples
commodes et parlants, on peut répertorier ici parmi les cas abordés
dans le programme de seconde :
-
Les étapes de la conception
d’un sujet
Les brouillons, notes, canevas,
recueils de documents, etc., qu’un auteur collecte pour passer d’une idée
de livre à la constitution de son dossier, offrent des exemples
nombreux aisément utilisables en classe. De nombreuses éditions
de poche proposent des dossiers regroupant les documents essentiels pour
les œuvres de Flaubert, Hugo, ou Zola. Ainsi, par exemple, La Débâcle,
de Zola, permet d’observer comment il utilise des Journaux de marche de
régiments engagés dans la campagne de 1870, comment il est
allé visiter la région de Sedan où il situe l’essentiel
de l’action de son récit, etc. L’intérêt est alors
de faire discerner aux élèves les deux processus conjoints
de l’"effet de réel" et de la représentativité. Pour
le premier, les événements, les noms de lieux, la chronologie,
certains personnages, sont historiquement attestés et rendent le
texte crédible pour le lecteur. Pour le second, Zola sélectionne
et marie ces références, de façon à ce que
ses personnages se répartissent entre les divers grades et
les diverses spécialités de l’armée, chacun incarnant
de la sorte une attitude, une tendance, une qualité ou un défaut
propre à chaque catégorie (le capitaine mondain et distant,
le caporal-paysan bon soldat et bon camarade, etc.). Les deux processus
se combinent dans des épisodes où la description des faits
est prise en charge ("effet de régie") par le regard d’un personnage.
Se documenter sur les différentes armes est une étape de
la recherche documentaire, décrire l’artillerie en action est une
prévision du canevas, réaliser cette description à
travers le regard d’un des soldats est une autre étape : le texte
final donne au lecteur le sentiment que les autres soldats admirent les
artilleurs.
Un même sujet peut être
traité dans des genres différents : il constitue un lieu
commun mais peut donner des effets esthétiques distincts. Le choix
d’un genre retentit sur l’organisation du texte et la structure de celui-ci
résulte à la fois de ces contraintes et, à l’intérieur
de ce cadre, de choix opérés par l’auteur. L’examen des sources
est ici un moyen d’entrer dans la compréhension détaillée
du texte. Dans une étude d’œuvre intégrale de Britannicus,
par exemple (objet d’étude "Le théâtre", perspective
d’étude " Genres " et " Registres "), la référence
à Tacite – que Racine lui-même revendique en précisant
qu’il a suivi et imité ce "grand peintre" – s’analyse par imitation
et modifications (Racine modifie la chronologie et les âges de décès
de Britannicus et de Narcisse) mais, plus encore, en observant les sélections
et les ajouts de l’écrivain : choix de grouper en 24
heures des événements étalés dans le temps,
invention du personnage de Junie qui donne à l’œuvre une dimension
de tragédie amoureuse que l’histoire ne fournissait pas, récit
de l’empoisonnement et non pas représentation directe, ou, enfin,
hésitation de Racine à faire voir sur scène une confrontation
entre Narcisse et Burrhus.
Racine élaborait ses
pièces sous forme de canevas en prose, puis les versifiait ; Flaubert,
de même, procédait par précisions successives ; Balzac
donnait une première version entière et corrigeait sur épreuves,
etc. On dispose ainsi de nombreux documents de cet ordre sur des œuvres
majeures. Ils permettent d’aborder la question du style par comparaison
non de la syntaxe et du vocabulaire d’une œuvre avec un hypothétique
"discours ordinaire", mais avec d’autres formulations que la version finale,
réalisées par le même écrivain. Ils montrent,
notamment, comment s’est fait le passage de l’énoncé d’un
fait à sa mise en images et, par là, la sollicitation de
l’imaginaire du lecteur ou du spectateur : dès lors, les élèves
peuvent voir comment les images ne sont pas de simples techniques à
nantir d’un nom (métaphore, etc.), mais bien des éléments
clefs de la signification qui décident de l’émotion suscitée
par le texte. Plus dans le détail encore, si le temps et
l’objectif dévolus à l’analyse d’un texte le permettent,
un examen des variantes est propice pour faire percevoir comment un auteur
souligne, infléchit ou nuance certains effets. On peut rappeler
ici l’exemple bien établi par Georges Forestier dans son édition
de Racine, du vers célèbre d’Oreste (Andromaque, I,
1), qui est dans la version initiale " Je me livre en aveugle au transport
qui m’entraîne ", et qui devient dans l’édition finale
" Je me livre en aveugle au destin qui m’entraîne ", provoquant
un glissement d’un propos "psychologique" à un propos plus "métaphysique".
Cette approche est évidemment liée aux questions de langue
(voir "Grammaire : phrase, texte, discours" et "Vocabulaire")
ainsi qu’aux "Registres".
c. Réinvestissements
-
Dans les exercices d’écriture
d’invention, les textes étudiés peuvent donner des modèles
de contenu et / ou de forme, mais aussi apporter des exemples de démarches,
dont on a vu qu’elles constituent un des buts importants de ces exercices.
En liaison avec "Ecrire, publier, lire aujourd’hui", la rédaction
de comptes rendus ou de textes pour quatrième de couverture, peut
être stimulante.
-
Dans les analyses de textes
– textes courts ou études d’œuvres intégrales –, l’observation
du travail de l’écrivain est un apport considérable à
la compréhension et à l’interprétation : elle permet
de discerner les choix qu’il effectue – soit dans les référents
qu’il décide de faire intervenir ou non, soit dans l’ordre de leur
intervention dans le texte, soit dans les niveaux de langage qu’il convoque
et les images qu’il propose – et, par là, de discerner plus précisément
l’orientation qu’il donne à son œuvre. En classe de seconde, il
ne saurait être question d’engager les élèves dans
un travail de philologie spécialisée, mais il importe de
choisir des détails marquants, à partir desquels ils percevront
mieux les significations d’ensemble des textes.
Fiche
11 : L’éloge et le blâme
1. Objectifs
L’éloge et le blâme,
les deux grandes formes de l’épidictique (voir la fiche "Argumentation")
sont des notions carrefours : à la croisée des genres
et des registres (voir ces fiches), elles permettent
une approche des façons de persuader, en montrant la part des affects
dans l’argumentation et sont l’occasion d’aborder des textes diversifiés,
qui ne figurent pas forcément dans les grands genres, mais qui constituent
des références culturelles importantes (par exemple, La Bruyère)
en relation avec des pratiques toujours actuelles. L’éloge et le
blâme sont en effet très répandus sous diverses formes
: dans la littérature, la presse, les images, le portrait.
Le lien avec l’écriture
d’invention, notamment lors d’un travail sur le portrait, est fort. Cet
objet d’étude peut être un moment privilégié
pour aborder l’analyse d’œuvres visuelles : sculptures, peintures, dessins,
caricatures (voir "Lecture de l’image").
Cet objet d’étude
est optionnel. Deux cas peuvent donc se présenter (voir "Contenus,
séquences et progression"). Soit le professeur choisit de ne
pas le traiter en tant que tel, mais les élèves pourront
en rencontrer les notions et les formes essentielles à un moment
ou à un autre, à l’occasion d’activités consacrées
à d’autres objets d’étude (dans le cadre d’un travail sur
l’argumentation, pour faire ressortir la dimension affective et passionnelle
de la persuasion, dans le cadre de l’étude d’une œuvre narrative
ou théâtrale, si elle conduit à analyser des portraits
de personnages, par exemple). Soit le professeur choisit d’y consacrer
une séquence, comme certains collègues l’ont fait dans les
expérimentations. C’est ce second cas qui est envisagé ci-dessous.
2. Genres et formes de
l’éloge et du blâme
Le travail sur l’éloge
et le blâme pouvant puiser à une grande diversité de
textes et d’œuvres, littéraires ou non, verbaux ou non, il est possible
d’aborder certains des genres particuliers qui les mettent en œuvre (voir
"Argumentation"), outre celui du portrait qui s’applique
à l’un comme à l’autre :
-
genres de l’éloge:
ode, oraison funèbre, apologie, panégyrique, hagiographie,
critique, plaidoyer, consolation, compliment, toast, etc.
-
genres du blâme:
pamphlet, satire, réquisitoire, libelle, critique, autocritique,
diatribe, caricature, raillerie et persiflage, etc.
A noter que, dans ces genres,
la transition entre le littéraire (par exemple, l’ode) et le non-littéraire
(par exemple, le toast) est aisée à faire percevoir aux élèves
(voir la fiche "Genres").
Cet objet d’étude
se prête aussi, en ce qui concerne les registres, à l’analyse
de l’épidictique, du polémique, du pathétique, à
l’initiation au satirique et à l’ironique (qui sera développée
en première).
3. Les leçons de
l’expérimentation ; un exemple : le portrait
Le programme suggère
un travail sur le portrait. Les résultats de l’expérimentation
ont montré que certains collègues avaient choisi de réaliser,
tôt dans l’année, une séquence sur l’éloge et
le blâme organisée autour de l’étude du genre du portrait.
Elle leur permettait d’initier les élèves aux notions de
genre, registre, persuasion, style, littéraire et non-littéraire.
Elle se prête particulièrement à des écrits
d’invention, dans lesquels les élèves reprennent et approfondissent
des acquis du collège (la description). Elle permet des exercices
brefs et l’étude de textes assez courts préparant à
des lectures plus longues et plus exigeantes.
NB. Il s’agit ici de l’exemple
du portrait ; un travail sur l’éloge et le blâme peut aussi
se faire à travers la lecture d’une œuvre intégrale (par
exemple, Vallès, L’Enfant).
De ces expérimentations,
on peut retenir les suggestions de textes et documents suivants :
a. dans le domaine verbal
:
-
des textes poétiques
: blasons et contre-blasons du xvie siècle ; Baudelaire,
Les
Fleurs du mal ("La Chevelure", "Une charogne", etc.) ; Eluard, Aragon,
etc. ;
-
des extraits de La Bruyère,
Caractères,
et des Mémoires de Retz ou de Saint-Simon ;
-
des extraits de pièces
de théâtre (par exemple, Molière, Le Misanthrope
:
la scène des portraits) ;
-
des extraits de romans (dans
le corpus étudié du XIXe ou du XXe siècle) ;
-
le genre du portrait de presse,
des textes de critique d’actualité littéraire ou culturelle.
b. dans le domaine visuel
-
des portraits en majesté,
picturaux (Louis XIV, Napoléon, etc.) ou photographiques (photos
officielles de présidents de la République) et, à
l’opposé, des caricatures (de Daumier, par exemple), etc.
-
des photographies d’artistes,
d’écrivains, d’hommes politiques (Nadar, quatrièmes de couverture,
publicités pour des romans contemporains, etc.).
-
des sculptures et des monuments
à visée de glorification, etc.
c. à partir du portrait
:
A partir des démarches
repérables dans le portrait (portrait physique, portrait moral,
parfois résumé des principaux faits de la vie – ce qui donnera
une transition avec l’étude du biographique en première),
extension vers les éléments clés de l’éloge
et du blâme, par comparaison avec des textes tirés d’autres
genres. L’étude du portrait permet ainsi de faire discerner des
choix : un personnage vu sous un certain angle, un certain éclairage,
dans un certain environnement, un contexte, dans une pose suggérant
un sentiment, offrant une émotion au destinataire… A partir de quoi,
les élèves peuvent percevoir comment l’éloge et le
blâme jouent sur le point de vue, l’amplification ou la réduction
de certains traits du modèle ou du sujet, et donc sur l’affectif.
Il leur est ainsi possible de saisir le rôle de celui-ci dans les
effets exercés sur les destinataires (cf. "mettre les rieurs de
son côté"), ainsi que sur les liens entre poétique
et rhétorique.
Fiche
12 : Écrire, publier, lire aujourd’hui
1. Objectifs
Au collège, les élèves
ont lu des œuvres portant des références culturelles majeures
et des œuvres de littérature pour la jeunesse. Ils ont donc une
expérience pratique de ces deux aspects de la littérature.
Le lycée développe l’étude critique de la littérature
et de la culture et l’année de seconde doit permettre aux lycéens
de prendre conscience de leurs dimensions différentes, de leurs
rôles et de leurs apports.
Aussi, en liaison avec l’"Histoire
littéraire et culturelle" et avec l’étude de la "Production
et singularité des textes" (voir ces fiches), une approche des
conditions de la création, de la publication et de la lecture aujourd’hui
répond, pour les lycéens de seconde, à trois objectifs
:
-
développer des habitudes
de lecture et soutenir leur curiosité en ce domaine ;
-
les aider à mieux mettre
en contexte les textes qu’ils lisent ;
-
contribuer à l’étude
de l’histoire littéraire et à la réflexion sur ses
apports.
De nombreuses enquêtes
montrent que les adolescents, à l’âge où ils entrent
au lycée, connaissent des modifications dans leurs comportements
de lecteurs : si les uns (et surtout les unes) lisent davantage, bon nombre
manifestent un moindre intérêt pour le livre, pour la lecture
en général, et pour la littérature. Leurs représentations
idéalisées des écrivains, de leurs rites et de leurs
pratiques d’écriture, en sont une cause : la littérature
leur paraît s’inscrire dans un autre espace culturel que le leur.
Le manque de familiarité avec les lieux et les pratiques qui assurent
la présence et la circulation du livre (bibliothèques, librairies…)
en est une autre. Enfin, des modes de lecture qui mettent en avant l’évasion
et l’identification sont peu propices aux attitudes de lecture critique
que demande l’étude des textes au lycée. Il importe
donc, en partant des réalités actuelles, d’aider les élèves
à interroger et comprendre les textes, et à réfléchir
sur les similitudes et les différences entre les œuvres littéraires
et les textes non littéraires, ainsi que sur les différentes
formes (en termes de prestige, de valeur sociale qui s’y attache) du littéraire
: les jeunes lycéens sont souvent assez familiers des formes de
littérature de jeunesse, d’aventure, etc., et moins de la littérature
plus exigeante ; de même, ils sont en général férus
de l’audiovisuel et de la musique, donc de modes de réception qui
les habituent à l’immédiateté d’accès, et moins
accoutumés à des démarches plus lentes, comme celles
que requiert l’étude approfondie des textes. C’est pourquoi il s’agit
ici à la fois de leur apporter des connaissances et de contribuer
à développer leurs comportements de lecteurs.
2. Contenus
Les trois objectifs ci-dessus
correspondent aux contenus suivants :
a. Des lectures et des
savoirs portant sur la littérature d’aujourd’hui
"Aujourd’hui" n’est pas
à entendre en un sens restrictif d’actualité immédiate,
mais souligne l’importance d’une ouverture sur le contemporain. Les élèves
ont en effet souvent tendance à assimiler la littérature
à un passé plus ou moins lointain et étranger à
leurs yeux. Ils opposent fréquemment le présent, où
les médias de l’image et du divertissement dominent, et les textes,
qui relèveraient d’une culture passéiste. Or la culture contemporaine
est aussi nourrie de littérature et abonde en création littéraire.
Les médias audiovisuels ont ainsi multiplié les adaptations
d’œuvres littéraires du passé. Un travail sur les adaptations,
ou sur les reprises théâtrales d’œuvres du passé, appartient
donc également à ce domaine d’études. Par ces approches,
en liaison avec la démarche d’ensemble proposée pour l’étude
de l’histoire littéraire (envisager en seconde davantage les xixe
et xxe siècles, et des périodes plus éloignées
en première), les élèves peuvent être amenés
à observer la culture actuelle pour mieux saisir l’importance d’en
étudier les antécédents, l’histoire et l’héritage
dans lesquels elle s’inscrit.
b. "Écrire, publier
et lire"
Observer les usages culturels
invite à ne pas scinder ces trois actes. Il s’agit alors d’amener
les élèves à comprendre que les auteurs créent
en situation, que l’action de publier suppose des choix, oriente des modes
d’écriture et de lecture, que tout un réseau d’instances
intervient dans la vie culturelle. Lier les trois aspects contribue à
la formation d’un esprit averti, donc d’un esprit plus critique.
c. Mieux situer les œuvres
dans leur contexte
Prendre en compte le littéraire,
dans ses diverses formes, et le non-littéraire, permet d’amener
les élèves à réfléchir sur les genres
(voir cette fiche), sur leurs apports différents et leurs évolutions.
Le programme de seconde appelle à une étude du théâtre
et du récit : montrer que le roman est le genre aujourd’hui dominant
mais ne l’a pas toujours été, que la tragédie n’est
plus un genre productif en tant que tel mais peut faire l’objet de représentations
et rééditions nombreuses, permet d’initier les élèves
à l’idée de contexte. De même, il est plus aisé,
pour le contemporain que pour des œuvres du passé, de leur faire
aborder des textes non littéraires et des textes de la littérature
de large diffusion, afin de contextualiser les œuvres modernes qu’ils lisent.
Enfin, la mise en regard de productions audiovisuelles et d’œuvres littéraires
permet de faire discerner des traits communs et des différences
entre ces langages et ces usages culturels (voir "Lecture
de l’image").
3. Mise en œuvre ; les
leçons de l’expérimentation
a. Place dans la progression
Le programme précise
qu’il s’agit là d’un objet d’étude optionnel. Les professeurs
peuvent donc choisir de le traiter ou non, et de le traiter en tant que
tel ou de l’aborder en corollaire de l’étude d’un autre objet. Reste
qu’un tel objet d’étude a un double rôle d’initiation : il
contribue à la réflexion sur l’histoire littéraire,
à la formation de la conscience historique qui se fera progressivement
sur les deux années de seconde et de première, et à
la mise en place d’éléments de contexte et de problématique
(sur les genres, la notion de littérature, la lecture de l’image)
utiles au long de la seconde. Il peut donc y avoir profit à l’aborder
assez tôt au cours de l’année.
Dans les expérimentations
de l’année 1999-2000, plusieurs collègues ont ainsi choisi
de le faire étudier dans le premier trimestre, en partant de la
lecture de romans contemporains. Par exemple, dans des classes qui se sont
associées au "Goncourt des lycéens", la réflexion
sur "Écrire publier, lire aujourd’hui" s’est concrétisée
dans le cadre des lectures appelées par cette participation, au
sein d’une séquence sur l’étude du roman. Les questions liées
aux prix littéraires, aux académies et jurys, à l’édition,
au rôle de la critique et des médias, ont ainsi trouvé
place dans l’approche des œuvres dans leur contexte. Dans d’autres cas,
sans relation avec un prix littéraire, cette approche a été
le moyen de découvrir les cadres de l’histoire littéraire
contemporaine, à l’occasion d’un travail sur la littérature
engagée (voir "Mouvements littéraires et culturels")
ou sur l’évolution des genres théâtraux. Enfin, dans
l’étude du théâtre classique, le spectacle d’une mise
en scène contemporaine entre dans cette problématique, et
peut montrer non comment on écrit (encore que des metteurs en scène
fassent une "écriture" de la pièce), mais comment on publie
et reçoit.
b. Démarches
L’un des objectifs fondamentaux
de la classe de seconde, et du cours de français au lycée,
est de développer les lectures des élèves. L’approche
de la culture contemporaine en est un moyen privilégié.
Les formes doivent donc être diversifiées. Si l’on choisit
de traiter cet objet en tant que tel, plutôt que l’analyse approfondie
d’une œuvre de l’immédiat contemporain – dont on peut difficilement
estimer si la valeur littéraire sera durable –, la lecture de plusieurs
œuvres (voir la fiche "Lecture") et de textes et documents
complémentaires (y compris non littéraires : images, articles…)
paraît souhaitable. La liaison avec le professeur-documentaliste,
l’initiation à la fréquentation des bibliothèques,
des librairies, des salles de théâtre ou de cinéma,
le sont aussi (voir la fiche "Documentation"). La formation
au comportement de lecteur passe également par des usages tels que
le journal de lecture, l’organisation de débats et échanges
sur les œuvres lues (voir la fiche "Oral").
c. Textes et approche
des contextes
Une telle étude gagne,
comme les expérimentations l’ont confirmé, à combiner
la lecture des œuvres et l’observation des différents "seuils" qui
manifestent, dans le livre même, l’acte de publication et les rapports
entre l’auteur et le public : le titre et ses variations, la couverture
(et ses illustrations éventuelles : voir "Lecture
de l’image") et la quatrième de couverture, par exemple.
d. Travail de l’écriture,
invention et singularité des textes
L’observation des pratiques
contemporaines d’écriture, de publication et de réception,
forme la conscience critique des élèves : comprendre que
l’écriture se fait "en situation" leur permet de relativiser les
mythes de l’inspiration spontanée. Aussi, l’approche des conditions
contemporaines de la production culturelle s’associe-t-elle particulièrement
avec la réflexion sur le "Travail de l’écriture"
et la "Singularité des textes" (voir ces fiches).
L’examen d’un texte en fonction de la collection où il prend place,
par exemple, permet de faire apparaître les traits communs aux ouvrages
de la même série et ce qui peut distinguer une œuvre, son
style "général" et son style "spécifique".
Cette initiation aux questions
du style se réinvestit dans le travail d’"Écriture
d’invention" (voir cette fiche) ; amener les élèves à
rédiger des textes de compte-rendu critique ou de quatrièmes
de couverture les initie à l’analyse des traits essentiels d’une
œuvre, ce qui permet ensuite de leur faire rédiger soit des jugements
critiques argumentés (voir "Argumentation"), soit
des textes d’imitation. En même temps, ils prennent conscience que
l’écriture est une élaboration qui exige une démarche,
des étapes, des choix, ce qui forme, d’une autre façon, leur
conscience critique.
III. ELEMENTS POUR L’Etude
raisonnée de la langue
Fiche
13 : Grammaire : phrase, texte, discours
1. Objectifs
Le programme demande de
poursuivre et d’approfondir au lycée l’étude de la langue.
Une maîtrise sans cesse améliorée de la langue est
un objectif essentiel. Celle-ci constitue en effet un facteur identitaire
majeur, tant à l’échelon individuel (elle est le lieu de
la pensée) que collectif. De plus, les inégalités
scolaires sont souvent l’effet d’une inégale maîtrise de la
langue. Aussi le travail sur la langue doit-il être effectif au lycée,
dans la continuité du collège (en classe entière,
en module, en aide individualisée). Pour la grammaire, les objectifs
de la classe de seconde sont :
-
de consolider les acquis du
collège et de remédier aux lacunes ;
-
d’entretenir étroitement
le contact des élèves avec la langue, en leur faisant découvrir
des notions importantes qui n’ont peut-être pas été
vues au collège (la modalisation par exemple, voir ci-dessous) ;
-
d’assurer le lien entre la grammaire,
les analyses de textes et les productions écrites et orales.
2. Contenus
La grammaire sera envisagée
selon les trois niveaux d’appréhension de la langue qui ont déjà
été vus au collège (voir "De la troisième
à la seconde") : la phrase, le texte et le discours.
a. Phrase et syntaxe
Le programme demande que
soient comblées les lacunes morphosyntaxiques. La consultation et
les expérimentations ont confirmé la nécessité
de prendre en compte ce domaine. Cette consolidation devant être
menée en relation étroite avec les réalisations effectives
des élèves, à l’oral comme à l’écrit,
et au cours de l’étude des textes. Elle ne saurait se réduire
à une approche de problèmes grammaticaux, mais une bonne
maîtrise de cette dimension grammaticale est nécessaire à
une analyse précise des formes d’écriture et à une
approche raisonnée de la signification dans les textes.
Les besoins de consolidation,
voire d’acquisition, pouvant varier considérablement d’une situation
à une autre, le professeur est juge des mises au point les plus
pertinentes. La morphosyntaxe du verbe, la temporalité, l’aspectualité,
la phrase complexe et les termes de reprise paraissent les questions
les plus importantes à revoir.
b. Texte
Elle exige la compréhension
des deux moyens essentiels d’assurer la cohésion linguistique du
texte que sont les termes de reprise et de progression.
Les termes de reprise (pronoms,
locutions…) – parfois désignés en linguistique contemporaine
sous le nom de "relations anaphoriques" – ont déjà été
étudiés au collège. En seconde, ils n’ont à
faire l’objet, en principe, que de révisions et consolidations.
Les grands principes de progression
textuelle, de phrase en phrase, ont également été
vus au collège. Les modes de relation entre thème et propos
constituent un instrument efficace pour la lecture et l’analyse de textes
de diverses disciplines : la progression
à thème constant
se prête à la conduite du récit en histoire ; la progression
à
thème dérivé, où le thème de la
phrase initiale est décliné par la suite en différents
sous-thèmes, est souvent nécessaire au discours d’explication
(en sciences). Pour les textes littéraires, le mode de progression
à thème constant se retrouve souvent dans le récit
; la progression à thème dérivé est d’usage
très fréquent dans la construction des éléments
d’une argumentation. Les analyses de textes s’associent aisément,
sur ces points, avec les exercices d’écriture.
La rédaction des textes,
et particulièrement l’analyse de l’argumentation, appelle une attention
particulière sur la maîtrise de la syntaxe des enchaînements
:
- pour analyser si un texte
privilégie la juxtaposition des propositions et efface les liens
afin d’accélérer le tempo (parataxe) ;
- ou, au contraire, les
enchaînements syntaxiques qui assurent la hiérarchie des liens
entre les phrases et les périodes, entre les paragraphes et l’ensemble
des parties du texte, mais aussi entre propositions principales et subordonnées
à l’intérieur des phrases (hypotaxe).
Dans l’apprentissage de l’argumentation,
ce sont ces relations – même si elles ne recouvrent pas, loin de
là, la grande diversité des stratégies argumentatives
– que le professeur est souvent conduit à mettre en valeur :
- l’identité et la
similitude, par la gradation et par l’analogie ;
- l’opposition et la concession
;
- la cause et la conséquence.
Ces éléments de
l’organisation textuelle doivent être maîtrisés en fin
d’année de seconde.
c. Discours
Le texte est envisagé
comme le lieu d’un acte d’énonciation : le discours. Dans l’acception
de ce terme retenue ici, le discours se réfère à l’activité
des personnes qui parlent, écrivent ou lisent, c’est-à-dire
à une "mise en pratique du langage". Parler de discours au singulier,
c’est définir cette mise en pratique du langage à l’aide
des critères de l’énonciation, de l’interaction, de l’usage
et de la singularité. Cette définition du discours fonde
dans ses grandes lignes le programme de français au collège
: une activité de langage individuelle, déterminée
par des codes, réalisée en situation et comportant une visée.
Les quatre grandes perspectives qui structurent la réflexion au
lycée (voir "De la troisième à la seconde")
trouvent là un point d’appui essentiel.
Ces cadres sont ici brièvement
précisés. La terminologie est rappelée dans le lexique
joint. On souligne encore une fois qu’il ne s’agit pas de multiplier les
termes abstraits à mémoriser par les élèves
(par exemple : "déictique", "axiologie", …), mais de viser la compréhension
des faits de langue et de signification.
L’énonciation, définie
par E. Benveniste comme la "mise en œuvre du langage par un acte individuel
d’utilisation", suppose un ancrage dans une situation et est manifestée
par les indices de la personne, ainsi que par les déictiques, les
soulignements à l’écrit, les indices évaluatifs, etc.
Mais l’énonciation ne se réduit pas à des marques
ainsi isolables.
La personne n’est pas seulement
celui qui parle ou écrit, mais aussi celui qui se construit par
cette activité. Envisagée du point de vue de la langue en
acte et dans l’étendue du discours, la personne se constitue peu
à peu à travers ses modes d’énonciation. En particulier,
l’énonciation implique que le locuteur puisse choisir entre une
position qui établit une relation directe entre le moment de l’énonciation
et le monde de l’énoncé et une position qui autonomise le
monde de l’énoncé par rapport au moment de l’énonciation.
Dans le premier cas, on parle d’énonciation déictique,
dans le second, on parle d’énonciation anaphorique. Les élèves
savent depuis le collège que ces deux positions peuvent se combiner
ou non dans un même texte, voire dans une même phrase, et qu’elles
se manifestent par la présence d’indicateurs caractéristiques
(personnes, déterminants, temps verbaux, etc.). Approfondir la connaissance
de l’énonciation au lycée pour mieux maîtriser le discours,
implique donc de travailler dans une triple direction :
-
En direction de la syntaxe,
tout d’abord, pour permettre aux élèves de mieux comprendre
que les mêmes marques personnelles ou temporelles fonctionnent avec
un sens différent selon qu’elles sont déictiques ou anaphoriques.
On peut ainsi distinguer, par exemple, le je du narrateur et celui
du personnage, etc.
-
En direction du texte, ensuite,
dans la mesure où ce jeu des positions dans l’énonciation
explique comment le texte peut se détacher de son ancrage personnel,
spatial et temporel. C’est ce mode énonciatif que l’on trouve dans
les maximes, les proverbes, les textes de loi, les énoncés
scientifiques, mais aussi dans le jeu de positions et de rôles du
narrateur dans le roman (cf. les commentaires et les digressions chez Balzac,
par exemple).
-
Enfin, la position adoptée
par l’énonciateur conduit à distinguer ses modes d’engagement
dans son discours, selon une échelle qui va de la présence
d’un sujet impliqué à la production d’effets de distance.
Dans le premier cas, le discours est caractérisé par un nombre
important de marques de la subjectivité (termes axiologiques, modalisateurs,
connotations, comparaisons et métaphores, registres lyrique, dramatique
ou polémique). Dans le second cas, le discours est caractérisé
par l’effacement partiel de ces marques (dans le discours scientifique,
par exemple).
-
Interaction
L’interaction rend compte, en
premier lieu, du fait que le discours est un échange (de sens et
de valeurs) entre des partenaires, soit de manière immédiate
(discours oral), soit de manière différée (discours
écrit). Elle est essentielle dans l’étude de l’argumentation.
L’interaction s’analyse au
niveau des acteurs. Il est utile de distinguer l’acte de langage dominant
un discours et indiquant sa visée (informer, expliquer, argumenter,
faire agir, émouvoir) et les actes ponctuels réalisés
au fil de l’interaction.
L’interaction permet, en
troisième lieu, d’analyser les situations de parole dans un discours,
selon que le sujet parlant ou écrivant se confond avec l’énonciateur
(monophonie énonciative) ou est différent de lui (polyphonie
énonciative). Cette polyphonie peut être marquée dans
la matérialité du texte (italiques, guillemets, citations,
références, etc.) ou non marquée (allusion, sous-entendu,
intertextualité) ; elle peut aussi être constitutive (stéréotypie
des mots ou des pensées) ; elle relève alors de l’usage.
L’usage rend compte des codifications
socioculturelles qui régissent les échanges discursifs. Le
discours individuel ou duel n’est pas isolé, il ne s’invente pas
à chaque mot, mais il s’inscrit dans une praxis collective qui l’informe
et le façonne. Il est important de souligner cette dimension de
l’usage, qui constitue un terrain d’analyse nouveau pour les élèves,
au-delà de leurs acquis du collège.
La prise de parole – orale
ou écrite – s’inscrit dans un genre et dans un registre, tous deux
définis par des codifications qui dépassent celui qui prend
la parole et auxquelles il s’adapte, bien ou mal. S’opposent ici des genres
tendanciellement fermés ou fortement ritualisés (lettre officielle,
par exemple), des genres ouverts (roman, poésie moderne) et des
textes dominés par la recherche de la nouveauté ou de la
singularité stylistique.
Quand nous parlons, écrivons
ou lisons, nous recourons à ce matériel collectif – qui nous
a précédés et qui nous survivra –, dans la reprise
ou dans l’imitation, en acceptant de nous soumettre aux conventions de
l’usage, ou bien nous le révoquons dans la rupture ou dans la créativité,
soit par malentendu et dysfonctionnement du discours, soit au contraire
par l’innovation. Et ce discours nouveau, produit par les écrivains,
mais aussi par des groupes ou des communautés, peut à son
tour être reversé dans l’usage, se fixer et se sédimenter,
devenir convocable et se constituer en norme. C’est ce circuit qui est
en jeu à l’intérieur de la notion d’usage. Celle-ci est donc
particulièrement utile dans l’étude des textes littéraires,
et fournit la condition de compréhension de l’originalité.
d. Modalisation
La modalisation peut être
définie comme ce qui modifie la relation du sujet avec son énoncé
(par exemple : "Est-ce que vous voyez vraiment ce que je veux
dire ?"). Quoiqu’elle ait déjà été présentée
dans le document "Accompagnement des programmes de troisième", cette
notion est nouvelle pour la plupart des lycéens.
Il importe donc de montrer
aux élèves comment un sujet parlant ou écrivant précise,
nuance ou transforme la relation qu’il entretient avec ce qu’il dit. La
modalisation est cet espace de sens creusé entre le sujet de la
parole et ses énoncés. Elle spécifie l’attitude que
l’énonciateur adopte par rapport à son référent.
Une des formes de la modalisation
consiste à faire varier, selon une large gamme de degrés
possibles, la relation avec la vérité, de la certitude à
l’incertitude,
de la probabilité à l’improbabilité.
Elle est essentielle, notamment dans l’étude et la pratique de l’argumentation.
Les moyens linguistiques permettant de moduler le degré d’adhésion
quant à la vérité ou à la réalité
de ce qui est énoncé sont extrêmement variés.
Dans le travail sur la syntaxe et le lexique, il est donc utile d’insister
notamment sur :
les verbes à valeur modale
et les auxiliaires modaux (vouloir, devoir, croire, savoir, pouvoir);
les adjectifs qualificatifs
à valeur modale, les adverbes ou groupes circonstanciels qui renforcent
ou atténuent un jugement ;
les modes verbaux qui installent
dans le système de la langue lui-même les formes d’appréhension
du réel (le mode indicatif, le mode subjonctif, le conditionnel).
Par ailleurs, la matérialité
de l’expression doit être ici prise en compte, à l’écrit
(soulignements, caractères gras qui insistent sur l’affirmation
du sens, ou guillemets qui marquent au contraire une non-adhésion),
à l’oral (les modulations intonatives qui font affleurer le doute
ou renforcent la certitude), et dans les langages non verbaux (mouvements
de sourcils ou de bouche qui, avec d’autres codifications culturelles de
la gestualité, modulent notre croyance en la vérité).
-
L’évaluation et l’appréciation
Un autre domaine modal est celui
de l’appréciatif et de l’évaluatif. Là encore, le
champ de l’appréciation positive et de la dépréciation
est très vaste : il comprend les termes péjoratifs et mélioratifs,
mais aussi des suffixes (notamment en -ard, -asse, ou en
-issime), les citations des particularités individuelles
(idiolectales) ou sociales (sociolectales) de la parole, etc. La modalisation
évaluative installe l’énonciateur du côté du
jugement. Elle implique donc une certaine posture (d’autorité, par
exemple), qui revendique pour ce jugement légitimité et pertinence.
Cette forme de modalisation
se trouve particulièrement employée dans l’argumentation
par recours à l’épidictique (voir la fiche "L’éloge
et le blâme").
-
Modalisation et types de
sujets parlants (ou de "styles personnels")
La série – limitée
– des verbes modauxsusceptibles d’être employés comme auxiliaires
et de régir un autre prédicat, comprend, pour l’essentiel,
vouloir,
devoir,
croire,
savoir,
pouvoir...
faire
ou être.
Faire peut non seulement être lui-même
modalisé, mais peut aussi modaliser à son tour tous les autres
verbes modaux (faire croire,
faire savoir, etc.) pour en
arriver à se modaliser lui-même (faire faire).
Conduire les élèves
à reconnaître les significations de ces valeurs modales leur
permet de discerner ce qu’on peut appeler des "types de sujets" parlants.
Ainsi, une personne ou un personnage dont les propos abondent en indications
du vouloir sera caractérisée comme un "sujet du désir".
Le "sujet de droit" est celui qui affiche en priorité le savoir,
qui domine, chez lui, le vouloir et le pouvoir. En revanche, le séducteur
se singularise par la modalité du "faire croire". Ainsi, à
côté des sujets "exemplaires" (ceux qui doivent, veulent,
savent, peuvent faire... et font), il y en a d’autres qui sont le siège
de contradictions modales (devoir et savoir faire, mais ne pas vouloir
; ou bien devoir ne pas faire mais vouloir, pouvoir... et faire, etc.).
Dans l’étude des textes,
selon le privilège que les locuteurs accordent, souvent à
leur insu, à telle ou telle modalité dominante dans leur
parole – aussi bien chez les héros de roman et de théâtre
que chez les auteurs de discours –, il y a là une manière
d’approcher la question de véritables "styles personnels" ; par
elle, les élèves peuvent entrer dans l’analyse des personnages
non selon des approximationspsychologiques, mais bien en les envisageant
comme des êtres de langage ; cette démarche rejoint la question
de l’ethos (voir "Démontrer, convaincre et
persuader").
3. Mise en œuvre
Partir des situations et
des réalisations effectives, celles des élèves à
l’oral et à l’écrit, celles des auteurs à travers
l’étude des textes, permet de faire affleurer les difficultés
ou les problèmes et de conduire les élèves à
développer leur réflexion sur la langue. Il s’agit donc de
repérer, selon les situations d’enseignement, les points essentiels
qui exigent de faire l’objet de cette réflexion, plutôt que
de faire des cours de grammaire et de vocabulaire dissociés des
lectures et des exercices d’écriture. Le travail sur la langue est
ainsi intégré à chaque séquence, et présent
de façon permanente. Mais certains objets d’étude se prêtent
particulièrement à une étude de la langue intégrée
dans un ensemble d’exercices. Cela concerne notamment (se reporter aux
fiches correspondantes) :
Dans les travaux d’écriture,
en particulier dans l’écriture d’invention, il est utile de faire
chercher aux élèves "ce qu’ils veulent dire" (en le leur
faisant d’abord exprimer oralement au besoin), afin de les amener à
chercher les moyens linguistiques adéquats. De même, dans
les exercices d’argumentation, leur faire chercher la construction de leur
propos leur permet de comprendre les modes d’organisation en fonction des
effets que leur texte doit produire sur le destinataire. Le va-et-vient
entre lecture et analyse de textes d’une part, et travail d’écriture
d’autre part, donne donc lieu à des analyses de grammaire directement
liées à l’étude des textes et aux exercices de production.
Fiche
14 : Vocabulaire
1. Objectifs
Chacun s’accorde à
reconnaître que l’enrichissement du vocabulaire est une nécessité
importante dans la formation des lycéens ; les consultations et
expérimentations l’ont encore prouvé. Aussi doit-il constituer
l’une des dimensions les plus marquées dans l’étude de la
langue. Mais on ne peut évidemment en rester à cette formule
générale d’"enrichir le vocabulaire". Aussi les objectifs
pratiques correspondants peuvent-ils se préciser sur quatre plans
complémentaires :
-
enrichir le vocabulaire notionnel,
conceptuel, abstrait ; c’est là un rôle spécifique
du lycée par rapport au collège ;
-
continuer à enrichir
le vocabulaire concret, figuratif, comme le collège, et l’école
élémentaire avant lui, l’ont fait, mais comme le lycée
doit le faire aussi ;
-
développer la précision
dans la compréhension et l’usage des mots ; c’est là que
réside une des difficultés les plus graves pour les élèves
: souvent, ils connaissent un terme, mais n’ont qu’une idée vague
de son (ses) sens ;
-
donner une dimension historique
à l’approche du lexique, car elle constitue un aspect essentiel
de la langue comme élément d’identité culturelle.
On reprendra donc ci-dessous
chacun de ces objectifs pour en indiquer des traductions possibles en termes
de contenus et de démarches.
2. Contenus et démarches
a. Le vocabulaire abstrait
Le lycée constitue
une étape décisive dans l’accès à l’abstraction.
Il convient de faire acquérir par les élèves une part
de vocabulaire notionnel et conceptuel propre à la discipline :
termes désignant les objets d’étude (ils figurent dans le
programme),
termes de grammaire (ils figurent dans la liste
jointe en annexe).
Mais le vocabulaire abstrait
à acquérir ne se borne pas à ce domaine. Discipline
cruciale, le français doit aussi assumer la réflexion sur
des termes employés dans d’autres matières et qui forment
le fonds commun des personnes instruites. Il ne saurait être question
d’en donner ici une liste figée. Cependant, on insistera pour que
les termes désignant les opérations intellectuelles sollicitées
par les exercices pratiqués soient définis avec clarté
(description, analyse, commentaire, interprétation…). On exigera
leur maîtrise notamment à travers la pratique des exercices
de commentaire.
Mais on ne peut se borner
à ces seuls termes. Toute occasion de faire observer et analyser
des cas de nominalisation, en recourant à la morphosyntaxe chaque
fois que nécessaire (radical + suffixation), est utile à
l’acquisition du vocabulaire abstrait. Plus généralement,
les termes abstraits indispensables, quand ils présentent une difficulté
de compréhension, feront l’objet d’un travail d’observation, de
définition (éventuellement préparé par une
tentative de rédaction de définition), et d’une réflexion
sur la notion même de définition.
b. Le vocabulaire concret,
figuratif
Chacun s’accorde à
dire que les élèves ont souvent un lexique pauvre. Or, cette
pauvreté dans le lexique concret est aussi, inéluctablement,
une limitation de la sensibilité, en tout cas des moyens de lui
donner forme et expression. L’enrichissement doit donc se faire par les
deux voies complémentaires de la lecture et de l’écriture.
A cet égard, l’écriture d’invention peut jouer un rôle
déterminant : elle sollicite la recherche de termes donnant une
représentation précise de ce que le projet a défini.
Pour cela, il faut que le projet lui-même soit précis : voir
la fiche "Ecriture d’invention". D’autre part, il convient
de développer le recours aux dictionnaires, et notamment de faire
entrer dans l’usage des élèves celui des dictionnaires de
synonymes. L’aller et retour entre l’écrit et l’oral peut jouer
aussi un rôle important : à l’oral, un élève
peut indiquer ce qu’il "veut dire" ; l’écrit doit ensuite lui permettre
de le formuler avec la précision requise dans ce mode d’expression,
et donc l’inciter à rechercher les mots appropriés.
c. La précision
L’imprécision constitue
un handicap majeur pour nombre d’élèves. Dans les lectures,
elle suscite souvent une compréhension floue, vague, et souvent
aussi des faux-sens, voire des contresens. Elle se double parfois d’un
recours – à l’oral mais surtout à l’écrit – à
des termes qui leur paraissent savants, ou rares, ou choisis, mais qui
ne dissipent pas pour autant le "brouillard des mots", au contraire. Or,
si l’enrichissement quantitatif du lexique est un travail de longue haleine,
il est possible de développer sur une durée plus brève
le soin de la précision et l’enrichissement qualitatif. Ce qui suppose
deux exigences :
-
d’une part, le recours au dictionnaire,
de façon méthodique. Il existe désormais des dictionnaires
sur support électronique, aussi bien que sur support papier ; l’accès
aux uns et aux autres ne présente pas de difficultés majeures.
Leur emploi a été recommandé au collège ; au
lycée, il doit être exigé ;
-
d’autre part, le soin de faire
spécifier par les élèves, quand un terme peut présenter
des ambivalences de sens ou des connotations diverses, en quel sens particulier,
ou avec quelle connotation, il est employé dans le texte qu’ils
étudient, ou mis en œuvre par eux-mêmes en écriture,
aussi bien de commentaire que d’invention.
d. L’usage et l’histoire
Au collège, les élèves
ont acquis la connaissance des registres de langage (ou "niveaux de langue")
; au lycée, on peut développer les exigences à cet
égard, notamment en faisant porter leur attention vers des expressions
qui sont sédimentées dans le langage usuel et qui appellent
de façon quasi immédiate certains mots plutôt que d’autres
: voir "usage" dans la fiche "Grammaire". Plus généralement,
l’histoire des mots – y compris avec un recours modéré à
l’étymologie – doit faire partie des exercices de lecture analytique
et servir de point d’appui important pour le travail d’interprétation.
Si l’approche de l’histoire littéraire n’est pas strictement chronologique,
mais fait intervenir des textes des XIXe et XXe siècles en seconde,
c’est aussi afin que les élèves ne rencontrent pas d’emblée
des difficultés trop grandes en vocabulaire – ce qui desservirait
les plus lents sans rien apporter aux plus rapides – et qu’il soit possible
de les initier à cette perspective historique du lexique ; elle
sera à développer en première. Mais, dès la
seconde, il est nécessaire de faire observer dans la lecture d’œuvres
classiques (voir la fiche "Théâtre") les
variations de sens de certains termes depuis cette époque, ou encore
la manière dont un écrivain donne de la densité à
un mot en lui rendant une part de son sens premier ou ancien que l’usage
avait affaibli. L’exemple classique est celui du vers de Britannicus
où Néron dit qu’il est resté :
"Immobile, saisi d’un long
étonnement …"
"Etonnement" y est employé
en son sens premier – comme frappé par le tonnerre – ce qui redonne
à "saisi" sa valeur première de "saisissement" et éclaire
l’image formée par "immobile". Ici, l’usage du dictionnaire de langue
doit s’étendre au dictionnaire (comportant une part) historique.
Au cours de l’année
de seconde, divers sous-genres du dictionnaire auront ainsi été
rencontrés : dictionnaire de la langue moderne, dictionnaire de
synonymes, dictionnaire historique.
Fiche
15 : Liste de notions pour l’étude de la langue
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IV. Indications de démarches
Fiche
16 : De la troisième à la seconde
1. La liaison collège-lycée
Les nouveaux programmes
du lycée font suite aux récents programmes du collège
et entendent établir une liaison cohérente entre les cursus.
Le collège est longtemps
apparu comme le lieu où étaient privilégiées
la grammaire, l’orthographe et l’étude de la langue, le lycée
prenant ensuite le relais pour se préoccuper surtout de littérature.
Ce clivage est désormais dépassé, pour deux raisons
essentielles :
-
l’approche littéraire,
à travers l’étude de textes porteurs de références
culturelles de la sixième à la troisième, et par l’intermédiaire
d’une initiation à la lecture critique, occupe désormais
une place importante au collège ;
-
l’étude de la langue,
telle qu’elle est définie par les nouveaux programmes, a vocation
à se prolonger au lycée. Les programmes de lycée de
1987 préconisaient l’étude de la langue, mais jusqu’ici elle
est assez peu passée dans les pratiques effectives. Elle y est désormais
inscrite, en liaison avec l’étude des textes et en fonction des
productions écrites des élèves (voir notamment la
fiche "Ecriture d’invention").
Ainsi, les programmes du collège
et ceux du lycée partagent un ensemble de lignes de force et comportent
des différences mesurées, qu’il importe de préciser.
2. Rappel sur les programmes
de collège
Il est bon de rappeler que
les programmes du collège s’organisent autour des principes suivants
:
a. Objectif et contenus
La formation d’une culture,
tant personnelle que civique. La lecture de textes porteurs de références
culturelles majeures, l’approche des genres, la maîtrise des formes
de discours, constituent les contenus essentiels du cours de français
au collège. On notera en particulier que la lecture d’œuvres littéraires
portant des références culturelles majeures se réalise,
de la sixième à la troisième, selon l’ordre chronologique,
ce qui permet un nouveau travail sur l’histoire littéraire et culturelle
au lycée.
b. Objectifs et démarches
La maîtrise des discours
est le lien entre langue et culture. L’objectif est de développer
la maîtrise des formes essentielles de discours. Au collège,
quatre formes sont privilégiées : discours narratif, descriptif,
explicatif, argumentatif. Ce qui a pour conséquence un équilibre
nouveau entre l’écrit et l’oral, entre la production et la réception,
équilibre traduit par un choix didactique de décloisonnement.
La maîtrise des discours fait interagir les approches grammaticales,
lexicales, génériques, stylistiques, et échappe ainsi
à une démarche compartimentée entre les différentes
sous-disciplines de l’enseignement du français, qui souvent ne permettait
pas aux élèves de discerner les liens entre ces différents
aspects. Cet enseignement décloisonné se réalise par
séquences. Les "Documents
d’accompagnement" du collège ont donné des cadres de
réflexion concernant l’organisation des séquences ; le présent
document en rappelle l’essentiel dans la fiche "Contenus,
séquences et progression".
Dans la mise en œuvre de
ces enjeux, les programmes du collège déterminent quatre
domaines de pratiques et exercices :
c. La lecture
Des "rencontres naturelles"
avec les textes, dans une complémentarité entre lecture analytique
et lecture cursive. Cette dernière vise une approche diversifiée
de textes variés. Un élève de collège a lu
en quatre années des textes relevant de périodes (du
moyen âge au xxe siècle) et de genres imposés (récit,
théâtre, poésie, dialogue) ; il a ainsi abordé
trente-six œuvres de différents domaines (dans la littérature
classique et la littérature de jeunesse). A travers ces lectures,
les élèves se dotent de références culturelles
communes.
d. L'écrit et l’oral
L’élève est
mis en position de producteur de discours. La dimension énonciative
et pragmatique de l’écriture est ainsi prise en compte. En référence
aux pratiques sociales de l’écriture, l’écrit proposé
aux élèves est destiné à un lecteur identifié
et a un objectif. Les pratiques d’écriture se nourrissent de l’intertextualité.
L’élève est producteur de discours parce qu’il est lecteur
: "Il puise dans ces textes des contenus, des formes, des stratégies
d’écriture, il imite et transforme ; les pratiques d’écriture
s’inscrivent dans une culture du texte que les élèves apprennent
à assumer et peu à peu à maîtriser" ("Documents
d’accompagnement de la classe de troisième"). Pratiquer une écriture
d’invention suppose d’apprendre aux élèves comment l’invention
se travaille à partir de matériaux existants. De nouveaux
comportements de scripteur entraînent de nouveaux comportements de
lecteur, et inversement. Autre versant de l’expression des élèves,
l’oral est développé au collège, en particulier dans
sa relation avec l’écrit. Ce travail sur l’oral se poursuit en seconde.
e. L’étude de la
langue
Les nouveaux programmes
de collège proposent une étude de la langue en trois niveaux
: le discours, le texte, la phrase, selon une logique qui associe de façon
dialectique le général – l’approche discursive ou textuelle
– et le particulier – l’approche phrastique et les questions morphosyntaxiques.
L’élève apprend à prêter attention aux intentions
du locuteur, à l’organisation textuelle ; les faits de langue sont
étudiés pour lire et pour produire à l’écrit
comme à l’oral, ce qui entraîne une mise en perspective dynamique
de points de grammaire quelque peu sédimentés par l’habitude
scolaire, et dont les élèves ne savaient pas toujours comment
les investir dans leur pratique effective.
f. L'argumentation
Les nouveaux programmes
de collège visent à initier les élèves à
ce qu’est l’argumentation, en cernant les intentions du locuteur et en
prenant en compte les dimensions de l’interlocution : on argumente pour
un ou des destinataires précis, dans une situation donnée.
La relation à autrui, la prise en compte de l’autre et l’affirmation
de soi sont les données essentielles mises en lumière dans
les "Documents d’accompagnement de la classe de troisième", section
"Argumentation". Il s’agit d’apprendre à écouter l’autre,
à nourrir de ce qu’il dit sa propre pensée pour la faire
progresser, à choisir ses arguments en fonction de l’autre, non
pour l’emporter, "trouver la faille", mais pour entrer dans le débat
avec tout le respect d’autrui que cela suppose. L’initiation à l’argumentatif
constitue un élément central des programmes de troisième.
3. Articulation avec les
programmes du lycée
Au lycée, sans négliger
la consolidation des compétences correspondantes, les programmes
s’attachent à développer des connaissances plus approfondies
et des attitudes plus réflexives sur la littérature, la culture,
la langue et les discours. C’est ce qui permet de se fonder sur la connaissance
méthodique des genres et de structurer progressivement la connaissance
de l’histoire littéraire : les élèves en ont une connaissance
pratique, par leurs acquis du collège ; au lycée, il s’agit
de former une connaissance plus réflexive :
-
en continuant d’assurer le goût
des élèves pour la lecture, mais en les confrontant à
des œuvres plus complexes et plus distantes (d’un point de vue historique
et culturel) de leur univers d’adolescents ;
-
en leur faisant lire et produire
des textes non narratifs liés à la réflexion et à
l’appropriation des savoirs ;
-
en leur apprenant à interpréter
des textes dans leur contexte de production et de diffusion et en leur
faisant aborder, outre la littérature et la culture françaises,
des littératures et des cultures étrangères.
4. Formation de la pensée
et connaissances nouvelles
Au collège, les élèves
ont été familiarisés avec les principales formes de
discours.
Terme certes polysémique et concept linguistique diversement théorisé,
le discours (voir la section "Eléments pour l’étude
raisonnée de la langue") est défini, dans les programmes,
selon quatre paramètres :
-
c’est une activité, un
processus d’élaboration, en production et en réception ;
-
une activité codifiée,
c’est-à-dire régie par des contraintes de contenus et d’expression
;
-
une activité déterminée
par une situation, impliquant un producteur et un récepteur, inscrits
dans un espace dialogique ;
-
une activité impliquant
une visée et des effets à produire sur les destinataires.
Un texte est le produit d’une
interaction toujours singulière entre ces différents paramètres.
Comme on le voit, ces quatre
paramètres qui configurent la notion de discours se trouvent repris
et englobés dans les quatre perspectives d’étude qui constituent,
au lycée, les voies de formation de la pensée propres à
l’enseignement du français. Il y a ainsi continuité dans
les données ; mais, le passage au lycée impliquant une attitude
plus réflexive, les attitudes intellectuelles demandées aux
élèves changent, et des connaissances nouvelles apparaissent.
Du point de vue des attitudes
intellectuelles demandées aux élèves, cette conception
des discours se traduit, en seconde, par la nécessité de
développer et de maîtriser les compétences suivantes
:
-
l’usage et la conscience des
processus à mettre en œuvre dans la production et la réception
d’un oral ou d’un écrit ;
-
la capacité de reconnaître
ou d’utiliser des régularités et des singularités
au niveau des genres, des œuvres et de la langue ;
-
la capacité, plus particulièrement
pour les textes littéraires, d’appréhender leur contexte
de production (littéraire ou culturel) ;
-
la capacité d’analyser
les enjeux argumentatifs d’un texte (objet du discours et valeurs engagées)
et de mettre soi-même en œuvre l’art de démontrer, de convaincre
ou de persuader.
Du point de vue des connaissances
nouvelles que les élèves abordent en seconde, on soulignera
l’importance de :
-
la définition des notions
de genre et de registre (voir les fiches
correspondantes) ;
-
la constitution progressive
des repères essentiels d’histoire littéraire et culturelle,
en définissant la notion de mouvement et celle de contexte historique
;
-
l’idée de style et d’originalité,
pour les œuvres littéraires ;
-
les différences à
analyser entre démontrer, convaincre, persuader et délibérer.
5. Pratiques
Maîtriser la langue
et les discours, en production et en réception, sont des capacités
qui se développent de manière continue, du collège
au lycée.
On retrouve au lycée
des principes qui organisent les démarches d’enseignement du collège
; notamment :
-
la nécessité de
décloisonner les enseignements, d’où une organisation des
activités en séquences, pour formaliser les apprentissages
et mettre en lumière les solidarités du type oral / écrit,
lecture / écriture, écriture / lecture / réécriture,
langue / lecture, langue / écriture.
-
l’accent mis sur la maîtrise
des discours, c’est-à-dire sur une appréhension de la langue
dans les dimensions de son exercice effectif, à l’oral comme à
l’écrit, dans la diversité des formes de lecture et d’écriture,
et dans la variété des genres et des auteurs étudiés.
Les quatre domaines de pratiques
rencontrés au collège sont donc également ceux du
lycée.
a. La lecture
Les programmes de lycée
visent à motiver la lecture (lecture cursive) autant qu’à
approfondir le travail d’interprétation (lecture analytique). Ils
entendent stimuler les interprétations et apprendre à contextualiser
les textes. Pour cela, ils mettent en avant :
-
une conception plus large de
la littérature, qui associe des genres canoniques (poésie,
roman, théâtre, essai) à d’autres genres qui constituent
des références historiques majeures et des pratiques très
fortement représentées aujourd’hui (le biographique, l’épistolaire…)
;
-
la lecture, à côté
de textes littéraires, de textes non littéraires (presse,
encyclopédies, ouvrages documentaires) ;
-
la lecture de l’image, notamment
à
travers le cinéma, le dessin d’humour, la caricature, la publicité…
b. L’écrit et l’oral
:
Les programmes préconisent
de diversifier les pratiques d’écriture en mettant l’accent sur
plusieurs types de production :
-
les écrits visant à
prendre position sur les scènes scolaire et sociale (de l’exposé
d’une opinion personnelle à la discussion et à la délibération)
; cet usage est déjà connu par les élèves en
troisième, mais ils doivent progresser vers une réflexion
plus analytique et en venir peu à peu à la délibération
(en première surtout ; la seconde constitue à cet égard
une année de transition) ;
-
les écrits visant à
développer la capacité d’analyse et d’interprétation
(commentaire) ; il s’agit de pratiques relativement nouvelles par rapport
à la troisième, aussi les introduira-t-on progressivement
au cours de l’année de seconde ;
-
les écrits visant à
développer l’invention (écriture poétique, romanesque,
théâtrale) ou à motiver les savoirs littéraires
(greffer une description dans un texte, transposer un texte en changeant
le genre ou le registre...) ; voir la fiche "Ecriture d’invention"
;
-
les écrits visant à
fixer les connaissances, en français et dans les autres disciplines
(analyses, résumés, dossiers, prises de notes).
L’oral fait l’objet, au lycée,
de deux pratiques plus développées qu’au collège :
-
l’analyse des genres de l’oral
;
-
la pratique du débat
(voir la fiche "Oral").
c. L’étude
de la langue
Les programmes du lycée
proposent un travail effectif sur la langue et les discours, concernant
tant le système de la langue (en synchronie et en diachronie) que
ses usages et ses variations discursives, selon les textes étudiés
ou les besoins d’expression des élèves.
Une place particulière
est faite à la pratique et à la réflexion sur l’oral
et sur les interactions verbales. La classe de seconde doit, à cet
égard, constituer un temps de pratiques diversifiées, appuyées
sur les acquis du collège.
d. L’argumentation
Les programmes du lycée
proposent de travailler les différentes formes de l’argumentation
(démontrer, convaincre et persuader, délibérer). Le
collège a engagé un travail associant l’écrit et l’oral
en ce domaine ; on le poursuit en seconde, et on recourt notamment à
l’oral pour initier les élèves aux démarches de délibération,
qui seront un enjeu central en première.
Fiche
17 : Lecture
1. Objectifs
Le but essentiel est de
faire lire beaucoup. Donner des références, offrir à
ceux qui en manquent un accès aussi large que possible à
l’héritage culturel, exige des lectures nombreuses et diversifiées.
L’objectif estimé à "six œuvres au moins par année"
est à regarder comme un idéal qui ne demande qu’à
être dépassé. Les œuvres prescrites dans les corpus
des objets d’étude sont au nombre de cinq ; le professeur en prescrit
d’autres, selon son projet pédagogique, en compléments de
celles-ci.
A cette fin, il est nécessaire
de diversifier les démarches de lecture.
2. Les démarches
Deux démarches essentielles
de lecture se développent au lycée.
a. La lecture analytique
Elle a pour but l’examen
méthodique des textes et constitue donc un travail d’observation
des éléments constitutifs de ceux-ci, suivi d’un travail
d’interprétation. Elle permet aux élèves de s’approprier
progressivement les perspectives d’étude et de distinguer celles
qui sont les plus pertinentes selon les textes étudiés. La
lecture analytique est une démarche, c’est-à-dire qu’elle
peut se réaliser sous la forme d’exercices divers : aussi bien ceux
qui ont pu être appelés précédemment explication
de texte ou lecture méthodique, que l’étude d’œuvres intégrales.
Les élèves doivent y apprendre à formuler des hypothèses
de sens et les confronter aux caractéristiques du texte. Ils ont
pris l’habitude d’analyser des textes au collège ; au lycée,
il est important qu’ils parviennent à les situer mieux dans leur
contexte.
b. La lecture cursive
Les élèves
ont déjà pratiqué cette forme de lecture au collège.
Elle est la forme la plus libre et la plus courante de la lecture ; elle
vise à développer l’autonomie des élèves. Elle
ouvre à la découverte d’un grand nombre de textes qui ne
sont pas pour autant étudiés dans le détail.
Ainsi définie, la
lecture cursive est une part déterminante du cours de français
: elle permet d’élargir le champ des lectures des élèves
et leur donne donc le moyen de se constituer progressivement une culture
littéraire. Elle concilie en cela une part de contrainte (elle est
liée au travail en classe) et une part de liberté (lectures
libres, pour le plaisir de lire). Elle porte sur des œuvres diverses, selon
des indications fournies par le professeur et sous son contrôle.
Elle se développe
en classe mais aussi en dehors de la classe.
Par la découverte
d’extraits et d’œuvres complémentaires des textes étudiés
en lecture analytique, elle permet d’accompagner, de prolonger et d’élargir
la réflexion.
Elle permet aussi des découvertes
(d’un auteur, d’un mouvement, d’un genre), suivies d’échanges et
de débats. Il appartient au professeur d’orienter ces lectures et
ces échanges.
En liaison avec la lecture
analytique, elle constitue une première étape dans la prise
de connaissance de l’œuvre ou du texte à étudier, étape
préalable nécessaire pour que l’analyse puisse être
menée avec profit.
Dans tous les cas, le professeur
donne des indications pour rendre ces lectures plus profitables et en réalise
des bilans en classe. Il n’est pas tenu de noter les lectures cursives.
3. Les objets de la lecture
Ces deux démarches
peuvent s’appliquer à des objets de natures diverses : œuvres et
textes, mais aussi documents.
a. Les documents
La lecture de documents
est, pour l’essentiel, cursive. Elle vient compléter l’étude
des textes et des œuvres menée pendant le cours. Elle permet à
l’élève de s’informer et de contextualiser. Il y apprend
à repérer, trier, sélectionner et éventuellement
synthétiser les documents que le professeur lui fournit ou qu’il
cherche lui-même. L’usage des ressources du CDI est une nécessité
(voir la fiche "Documentation") ; les technologies de
l’information appellent des consultations rapides (donc cursives).
b. Les textes en extraits
Ils sont avant tout l’objet
de lectures analytiques, à l’intérieur de groupements de
textes. Ceux-ci s’organisent, au choix du professeur, selon les sujets
qui structurent la progression annuelle. Des textes brefs et des extraits
peuvent aussi être abordés en lecture cursive, pour compléter
ou élargir une étude de texte. La lecture à haute
voix est recommandée.
c. Les œuvres intégrales
Il est recommandé
d’en développer l’étude. Elle combine, en pratique, les deux
formes de lecture :
-
la découverte du texte,
préalable à son étude, est menée de la façon
cursive – et la plus autonome possible ;
-
l’étude proprement dite
de l’œuvre relève de la lecture analytique. Il existe diverses méthodes
d’approche de l’œuvre intégrale. On peut faire alterner des temps
d’analyse de certains passages et des temps de vision d’ensemble ; un temps
de synthèse est toujours nécessaire. L’étude de l’œuvre
intégrale peut être associée à celle d’autres
textes en extraits.
Le tableau qui suit résume
ces possibilités :
|
Démarches
|
Extraits
|
Œuvres complètes
|
| Lecture
analytique |
-
Analyse d’un texte (explication
de texte ou lecture méthodique)
-
Etudes de passages d’une œuvre
intégrale
|
Analyse d’une œuvre intégrale
(suivie d’un temps de synthèse)
|
| Lecture
cursive |
-
Lectures d’accompagnement
-
Lectures d’approfondissement
-
Lectures libres
-
Lectures documentaires
|
Lectures libres
Lectures d’œuvres intégrales
(préalables)
Lectures d’accompagnement
Lectures d’approfondissement
Lectures documentaires
|
Fiche
18 : LECTURE DE L’IMAGE
1. Objectifs
Le programme de seconde
propose d’inclure la lecture de l’image, c’est-à-dire de "s’attacher
à dégager les spécificités du discours de l’image
et à mettre en relation le langage verbal et le langage visuel ".
En effet, dans le monde actuel, l’univers des langages connaît des
changements nombreux et rapides. L’image, sous ses diverses formes, y occupe
une place considérable. Apprendre à regarder de façon
réfléchie et critique le discours de l’image est une part
importante de la maîtrise des discours. Mais l’image est aussi une
composante de l’héritage culturel : la littérature entretient
avec les arts, depuis la peinture jusqu’au cinéma, des liens permanents
et étroits. Les deux nécessités de la maîtrise
des discours et de l’acquisition de références culturelles
appellent un travail sur la maîtrise de l’image, que l’on désigne
ici comme "lecture de l’image".
Pour autant, l’image n’est
pas un objet propre au cours de français. Elle y sera donc abordée
à partir d’autres objets d’étude. Son analyse en envisage
alors le discours, dans ses similitudes, complémentarités
et différences avec les textes.
Le programme prévoit
le recours à des documents iconographiques lors des travaux sur
l’histoire littéraire et culturelle, sur l’argumentation, la production
des textes sur le portrait (cf. "L’éloge et le blâme").
Les documents iconographiques utilisés en classe peuvent donc être
très divers : tableaux, films, dessins, photographies… Leur choix
est laissé à l’appréciation du professeur. Mais il
est nécessaire que l’image soit envisagée, à ce niveau
d’étude, dans sa relation avec le discours verbal. L’image, en général
fortement polysémique, est particulièrement propre à
faire observer les jeux d’implicite. Dans ce cadre, l’étude de l’image
a pour buts :
-
de développer sur des
œuvres non littéraires des compétences identiques à
celles nécessaires pour la lecture des textes, en travaillant à
partir des perspectives indiquées pour l’ensemble du programme :
rôle du contexte culturel, fonction du genre choisi, originalité
et modèles, valeur argumentative ;
-
de donner accès à
différentes dimensions de l’héritage culturel, en mettant
en relation le verbal et le non-verbal ;
-
en tenant compte du caractère
polysémique de l’image, de développer les démarches
d’observation et l’interprétation.
2. Objets d’étude
et connaissances
Des supports variés
permettent d’aborder différents genres iconographiques, et donc
de faire comprendre aux élèves que la notion de genre s’applique
aussi au domaine du visuel (voir la fiche "Genres") ;
de même, l’image peut contribuer à l’approche de la notion
de registre, mais aussi de l’argumentation. On peut donc utiliser des images
fixes : œuvres picturales, gravures, photos, dessins de presse, décors
de théâtre, etc. ; des images mobiles : émissions de
télévision, documentaires, fictions, représentations
théâtrales, films. Ces supports sont choisis en fonction du
projet pédagogique.
Du point de vue historique,
l’approche de l’histoire de l’art complète celle de l’histoire littéraire.
Par exemple, on peut montrer, à partir de tableaux romantiques,
comment le mouvement se caractérise par une transformation de la
situation de l’homme dans la nature.
Pour ce qui concerne les
genres et registres, les images abordées complètent les genres
étudiés par des analyses de textes. Ainsi, la notion de genre
peut être construite à partir d’un genre pictural déterminé,
comme celui du portrait, puis le rôle de la métaphore animale
dans la caricature s’associe à l’analyse de métaphores dans
la caricature littéraire (voir la fiche "L’éloge
et le blâme").
Il est utile de fournir aux
élèves un vocabulaire de base (cadrage, plans, points de
vue), mais développer le métalangage occulterait la visée
principale de la démarche.
3. Mise en œuvre : les
leçons de l’expérimentation
a. Place dans la progression
La lecture de l’image ne
paraît pas devoir constituer en elle-même l’objet d’une séquence
spécifique en cours d’année. Elle peut plutôt intervenir
au cours de séquences consacrées à des lectures de
textes et des analyses de genres, d’histoire littéraire et culturelle,
et d’argumentation.
b. Démarches
Le but étant de développer
prioritairement des capacités de lecture de l’image et d’analyse
du discours de l’image, il s’agit avant tout de développer des compétences
homologues à celles que demande la lecture des textes. En particulier
:
- Lorsqu’on aborde l’histoire
littéraire et culturelle, pour montrer comment les manières
d’être et de penser d’une période trouvent leur expression
de façon similaire en littérature, en peinture, en sculpture,
en architecture, voire au cinéma… Le sujet romantique, par
exemple, est emporté par le mouvement d’un monde qu’il ne domine
plus. L’étude des peintures de Delacroix, de Friedrich ou d’Ary
Scheffer, donne aux élèves les moyens de comprendre comment
se construit cette vision du monde, aussi bien que la lecture d’un poème
des Orientales. Passer ainsi du texte aux représentations
plastiques permet de faire apparaître la notion même de mouvement
culturel, et de diversifier les manifestations des mouvements de sensibilité
et de l’esthétique.
- La prise en considération
des codes propres aux différents genres de l’image (peinture d’histoire,
portrait, mais aussi bande dessinée, publicité…), est liée
à l’approche des genres. La question du genre narratif et la réflexion
sur la représentation du temps peuvent s’articuler sur le traitement
du temps dans l’image mobile, par la mise en place des éléments
d’analyse du récit pour ce qui est de la chronologie (anachronismes,
flash-backs ou analepses, anticipations ou prolepses) et de la durée
(scènes, sommaires et ellipses). On peut faire travailler les élèves
sur la disposition des éléments d’un récit (dans son
tableau Paolo et Francesca, par exemple, Ingres fait état
du texte de Dante en disposant dans un triangle les différentes
étapes du drame : la lecture initiale de Lancelot qui lance
le processus, le baiser, et l’épée dont la présence
est fortement polysémique…). Pour le genre du portrait, voir la
fiche "L’éloge et le blâme".
- Etudier des ébauches
et des repentirs d’un artiste, des choix opérés et leurs
raisons, renvoie à " Production et singularité des textes
", ainsi qu’au " Travail de l’écriture ". On établit des
parallèles avec l’étude des brouillons et on habitue les
élèves à réfléchir sur les hésitations,
les reprises, les corrections. Par exemple, l’étude des esquisses
effectuées pour Le Radeau de la Méduse montre comment
Géricault a hésité entre la représentation
de plusieurs moments du drame.
- L’analyse du pouvoir de
démonstration, de conviction et de séduction de l’image est
importante dans l’approche de l’argumentation. L’image étant fortement
polysémique, en raison de tous les implicites qu’elle suppose, l’accent
peut être mis sur les jeux d’allusions et de références,
la mise en œuvre de symboles culturels, les connotations associées
aux couleurs et à l’organisation de l’espace (signification d’une
ligne de force, d’une composition diagonale, pyramidale…). On met en place
les notions de métaphore et d’allégorie.
Dans tous ces cas, il est
recommandé de procéder à des comparaisons entre textes
et images.
L’analyse des interactions
entre texte et image (cas des livres illustrés, de la bande dessinée,
des dessins de presse, des publicités) montre que les moyens du
langage visuel et du langage verbal sont partiellement identiques (il est
possible alors de travailler sur les effets d’illustration, de redondance,
de décalage, de contradiction) ; mais les deux langages utilisent
aussi des moyens différents pour provoquer les réactions
des spectateurs-lecteurs, différences qui doivent être soulignées
(simultanéité de l’image fixe, déroulement du texte).
c. Lecture de l’image
et travaux écrits et oraux
La reformulation écrite
du discours d’une image, tel qu’on l’a analysé d’abord par oral,
peut être un moyen de travailler sur l’argumentation et les effets
d’un discours sur le destinataire. Les différents modes de lecture
de l’image donnent aisément lieu à des productions écrites
et orales relevant du commentaire : description, hypothèses, interprétations.
On multiplie les comparaisons entre images, extraits de films, mises en
scène.
Dans un travail sur le genre
du portrait, tableaux, gravures, voire caricatures, fournissent des sujets
à partir desquels on peut demander aux élèves de produire
des textes d’invention dans le domaine de la description.
d. Relations avec d’autres
disciplines et avec le professeur-documentaliste
La collaboration avec les
professeurs d’arts plastiques est fructueuse, en seconde, si un projet
pédagogique précis est engagé en ce sens. Ainsi, il
est possible de demander aux élèves des productions photographiques
accompagnées de discours explicitant leurs choix (photographies
d’un même lieu, d’un même objet, d’une même personne
selon des points de vue variés…), voire des productions vidéo
(en fonction d’un scénario produit par la classe, adaptations, transposition
d’un texte travaillé à cet effet…).
L’image est aussi omniprésente
dans d’autres disciplines, telles que les SVT, l’histoire et la géographie,
les mathématiques et la physique… On s’efforcera, dans la mesure
du possible, de marquer des liens, en collaboration – minimale au moins
– avec les professeurs de ces disciplines : l’analyse de ce que signifient
"démontrer" et "argumenter" y est propice (l’image comme preuve,
l’image comme démonstration, l’image comme représentation
séduisante…).
Le travail sur l’image est
important du point de vue de la documentation : d’une part, nombre de documents
sont des images, d’autre part, la recherche de données iconographiques
joue un rôle important dans l’approche de l’histoire littéraire
et culturelle. Il existe de plus en plus de bases de données disponibles
sur cédéroms, ou sur Internet. Il est recommandé de
ne pas laisser les élèves entreprendre une exploration de
ces ressources sans un cadre précis de recherche, et d’en définir
le projet en liaison avec le professeur-documentaliste (voir aussi la fiche
"Documentation").
Fiche
19 : L’oral
1. Objectifs
Le programme définit
les objectifs de l’apprentissage de l’oral en précisant que "le
but est de permettre aux élèves de pratiquer des activités
orales diversifiées et de commencer à en analyser les spécificité
".
Les objectifs pratiques correspondants sont donc :
-
de rendre les élèves
conscients qu’il existe des genres de l’oral codifiés, qu’il s’agit
de maîtriser en fonction de situations données ;
-
de développer leur capacité
de dialoguer, d’échanger des informations, des idées, des
points de vue ; de débattre (la collaboration avec l’ECJS est recommandée
sur ce point) ;
-
de faciliter la transmission
des savoirs dans toutes les disciplines.
Les programmes de l’école
élémentaire et du collège ont accordé ces dernières
années une attention accrue à l’oral. Ainsi, au lycée,
comme auparavant, l’oral tient une place cruciale dans les différentes
situations d’apprentissage : il est à la fois le moyen des apprentissages
et une fin en soi. Il est un enjeu important dans la mesure où il
joue un rôle déterminant pour la participation à toute
vie sociale.
2. Les genres de l’oral
Il s’agit de donner une
base solide aux rapports des élèves avec l’expression orale,
en leur faisant percevoir qu’il existe des genres codifiés à
l’oral comme à l’écrit. Pour autant, il ne s’agit pas de
leur en donner une connaissance théorique, mais d’attirer leur attention
sur ces codes et sur leurs rôles. A cette fin, il est utile de distinguer
:
-
les genres de l’usage non littéraire
: aussi bien les genres du quotidien (conversation, discussion, récits…)
que les genres scolairement identifiés (exposé, débat,
oralisation de textes ; les formes de cours en elles-mêmes constituant
des genres et sous-genres). L’étude des usages, règles et
lois des genres (voir cette fiche) peut être ici
réinvestie dans le cadrage des pratiques de l’oral ;
-
les genres littéraires
liés à l’oralité : il ne s’agit pas tant – en tout
cas pas seulement – de genres qui sont oraux uniquement par leur support
(comme la chanson), que de genres proprement oraux, c’est-à-dire
susceptibles de variations dans leurs textes selon les situations (contes,
sermons, oraisons funèbres…) et des figurations écrites de
l’oralité (au théâtre, et dans le genre du dialogue).
Cet ensemble est extrêmement
riche. Il ne fait pas pour autant l’objet d’une étude distincte.
En effet, en seconde, l’effort porté sur l’étude des genres
écrits est exigeant. Aussi vaut-il mieux que l’attention aux formes
de l’oral intervienne :
-
dans l’étude de textes
littéraires, en particulier le théâtre (l’étude
du dialogue en tant que tel se fera en classe de première) ;
-
par des exercices d’expression
orale.
3. Démarches
L'oral ne doit donc pas
faire l’objet d’une séquence distincte ; il est présent sous
des formes diverses tout au long de l’année. Parmi ces formes, deux
sont privilégiées :
a. La prise de parole
devant un auditoire
Elle consiste, d’une part,
en des pratiques d’oralisation des textes étudiés : lectures
à haute voix, mises en voix (voir la fiche "Théâtre"),
récitations de textes courts appris par cœur.
Elle consiste, d’autre part,
en des interventions préparées, devant la classe entière
ou en modules. Il s’agit dans ce cas d’un oral qui prend appui sur un écrit
antérieur. L’élève doit apprendre à maîtriser
les compétences liées à la clarté du discours
et à sa bonne réception : les repères doivent être
soulignés, les moments clés formulés plusieurs fois,
les digressions utilisées de façon modérée
et à bon escient ; les conclusions partielles et transitions doivent
faciliter la prise en considération de la dynamique de la pensée.
La présentation orale permet alors de mesurer la bonne construction
du texte préparatoire.
Comme pour les productions
écrites, un tel oral doit tenir compte de tous les adjuvants qui
permettent la transmission d’une pensée. La manière de capter
l’attention et d’obtenir l’approbation des auditeurs a ses règles,
à l’oral aussi bien qu’à l’écrit : attitude physique,
élocution, ajustement du niveau de langue et choix d’un registre
en fonction du propos et des auditeurs (le sérieux, le grave ne
sont pas à employer dans les mêmes situations que l’humoristique
ou l’ironique).
Enfin, l’orateur doit tenir
compte des réactions (même silencieuses) de ses auditeurs
: moues interrogatives, dubitatives, indignation… doivent donner lieu à
des recadrages du propos.
Les exposés (qui doivent
être brefs, en fixant des limites précises aux élèves
qui les présentent) sont ainsi autant des préparations à
la rédaction de textes argumentatifs (commentaires, synthèses,
dissertations), que des prolongements de ces exercices écrits puisqu’ils
supposent des compétences accrues en termes de clarification des
transitions et des moments forts.
b. L’échange oral
La situation d’échange
est, en fait, la plus fréquente : échanges avec le professeur,
échanges avec la classe, échanges avec les deux ou trois
autres élèves d’un groupe. Elle comporte un caractère
d’improvisation marqué par une syntaxe et une structuration du propos
différentes (reprises, retours en arrière, inachèvement
de la phrase…). Il est bon que les élèves apprennent à
tenir compte des contraintes de l’oral en classe, à discerner dans
le propos du professeur les moments d’analyse, les digressions, les reprises.
L’examen des notes qu’ils prennent est un bon indicateur de leur maîtrise
en ce domaine.
Lorsque l’élève
prend la parole, il doit apprendre à clarifier son objectif : son
but est-il d’utiliser l’art oratoire de manière à marquer
sa domination ou, au contraire, d’avoir un vrai dialogue ? L’analyse de
débats télévisés ou radiodiffusés permet
de saisir ces deux aspects de la rhétorique.
L’école ne privilégie
pas les situations agonistiques ; on encouragera plutôt la capacité
d’écoute et de reformulation. L’élève apprend progressivement
à prendre en compte le discours d’autrui, à se construire
une opinion et à la justifier tout en faisant des concessions. Il
doit pouvoir résumer l’opinion d’autrui pour avancer ses propres
arguments, ou la reformuler pour la valoriser ou la dénigrer en
en déployant les implicites. Il doit aussi nuancer son propos, le
rectifier, voire le retirer. Au collège, les élèves
ont travaillé sur le rôle du discours pour "expliquer" (en
classe de quatrième) et pour "argumenter" (en classe de troisième)
: il convient de prendre appui explicitement sur ces acquis antérieurs.
Les débats, travaux
de groupe, échanges d’impressions doivent avoir lieu après
un temps d’appropriation des données et conduire à la réalisation
– mesurée et limitée dans la durée – de débats
(voir l’ECJS). Les élèves peuvent échanger sur l’interprétation
d’un texte, d’une œuvre littéraire, cinématographique, picturale…,
sur une problématique liée au programme ou à un projet
pédagogique précis.
Le travail sur l’oral est
articulé sur l’ensemble du programme ; il peut être le moyen
d’entrer dans la réflexion sur les notions de genres et de registres
; il est souvent intéressant d’en tenir compte pour l’histoire du
théâtre (de la déclamation à la diction "naturelle")
; il a son rôle dans les étapes de la réécriture,
soit par le commentaire, la justification des choix, soit par les premières
propositions de reformulation. Il intervient comme un facteur essentiel
dans l’argumentation.
c. Évaluation
Il ne saurait être
question d’évaluer systématiquement les performances orales
; il est, de plus, recommandé de ne pas disqualifier les élèves
timides ou réservés dont les compétences orales doivent
être néanmoins développées : aussi, on indiquera
toujours des critères clairs et précis sur lesquels se fondera
l’évaluation, pour ne pas donner à penser qu’on juge la personne
autant que l’exercice. Pour cela, il convient d’utiliser comme critères
d’évaluation les contraintes imposées par le genre travaillé
avec les élèves (exposé, dialogue, récitation,
oralisation d’une scène de théâtre…).
L’oral scolaire de participation
à un débat peut être extrêmement variable. L’évaluation
chiffrée ne s’impose pas toujours à cet égard. Elle
est plus appropriée lorsqu’il s’agit d’exposés.
La lecture à haute
voix d’un texte étudié, ou sa récitation, permettent
de se rendre compte si l’élève a compris le rôle des
analyses qui ont été effectuées. Elles fondent donc
des évaluations chiffrées possibles.
L’évaluation de l’oral
ne peut se limiter à la seule répétition générale
de l’oral d’examen à venir.
Enfin, on tiendra compte
du fait que la syntaxe de l’oral diffère de celle de l’écrit,
et ce, même lorsque le niveau de langue choisi n’est pas familier
: les procédures de thématisation, les réajustements
sont à prendre en compte autrement qu’à l’écrit, de
même que l’intonation, les mimiques peuvent remplacer des formes
de la modalisation (voir les fiches sur l’"Étude
raisonnée de la langue").
N.B. On pourra se reporter
au document d’accompagnement
de la classe de troisième, et au rapport de l’IGEN sur la place
de l’oral dans les enseignements (1999).
Fiche
20 : Écriture d’invention
1. Objectifs
La production de textes
d’invention par les élèves a pour buts :
-
de les amener à mieux
comprendre les textes qu’ils lisent, à partir desquels se fait cette
pratique ;
-
de leur permettre de développer
leurs facultés d’invention et d’imagination ;
-
de contribuer à un travail
approfondi sur la maîtrise de la langue et de l’expression.
Elle concourt à une meilleure
compréhension des textes lus parce que, en imitant, transformant
et transposant les modèles qu’ils y observent, les élèves
se les approprient et peuvent être davantage sensibles aux particularités
de styles, de genres et de registres. Elle complète donc l’étude
littéraire.
Elle développe leurs
facultés d’invention et d’imagination en leur faisant percevoir
de façon concrète que l’écriture exige la recherche
d’idées et d’informations en fonction d’un projet, et qu’elle passe
par des étapes au fil desquelles l’imaginaire s’enrichit et se précise.
Elle conduit à un
travail approfondi sur la langue parce qu’elle suscite la recherche des
moyens lexicaux et syntaxiques appropriés au projet du texte que
l’on produit, et qu’elle permet ainsi à chaque élève
de repérer et dépasser les limites et les lacunes qui bornaient
ses ressources.
La production de textes d’invention
ne consiste pas à laisser libre cours à la spontanéité,
mais à diversifier les formes d’écriture, en relation étroite
avec la lecture. Elle constitue un élément neuf dans les
programmes de lycée, mais, dans la pratique, de nombreux collègues
y avaient déjà recours. Les élèves en ont déjà
pratiqué des formes au collège (voir les "Programmes"
et "Documents d’accompagnement", notamment pour la classe de troisième)
; on prend appui sur cette première expérience pour des réalisations
plus complexes et un travail plus réflexif.
2. Textes lus et textes
écrits
S’agissant d’un travail
d’invention, les possibilités sont nombreuses et il appartient à
chaque professeur d’en déterminer les formes et les exercices appropriés
à ses élèves et à son projet pédagogique.
Cependant, dans la relation entre lecture et écriture, il va de
soi que les genres et registres abordés dans les productions des
élèves doivent correspondre à ceux étudiés
dans les lectures.
Cette correspondance ne
saurait être mécanique : il ne s’agit pas de faire écrire
un roman, une comédie, une tragédie. Pour la classe de seconde,
sont recommandées :
-
l’écriture de descriptions,
en relation avec l’étude du portrait (objet d’étude : "L’éloge
et le blâme") ;
-
l’écriture de textes
argumentatifs, en relation avec l’étude de "Démontrer, convaincre
et persuader" ;
-
l’écriture narrative,
en relation avec l’étude du roman ou de la nouvelle ;
-
l’initiation à la réflexion
sur le dialogue, en relation avec l’étude des genres théâtraux.
Si certains projets pédagogiques
peuvent se donner pour but la réalisation d’une courte nouvelle,
on n’en fera pas une finalité générale. En revanche,
il paraît souhaitable dans tous les cas :
-
de viser à la réalisation
de textes offrant une combinaison de formes ;
-
d’initier les élèves
aux exigences de la composition française, pour les textes argumentatifs,
et de leur faire percevoir que l’argumentation exige, elle aussi, un travail
d’invention ;
-
en relation directe avec ce
travail, et en liaison avec la perspective d’étude de "Production
et singularité des textes", de les amener à une réflexion
sur la notion même d’invention.
3. Mise en œuvre
a. Place dans la progression
L’écriture d’invention
ne constitue pas, en règle générale, l’objet propre
d’une séquence mais intervient à divers moments de l’année,
en relation avec l’étude des questions indiquées ci-dessus.
b. Modalités recommandées
La pratique d’exercices
courts et répétés paraît préférable
à la réalisation d’un seul travail de longue haleine. Ils
s’intègrent mieux dans la progression comme étapes dans la
compréhension d’un texte, ou d’un genre et d’un registre. Le sujet
de l’exercice doit toujours donner des consignes précises et claires.
Ecriture et lecture sont à associer en proposant des imitations
et des transformations de textes, ou en faisant compléter des textes
en s’inscrivant dans des espaces libres de leur tissu narratif ou argumentatif.
Les exercices de changements de point de vue et de temporalité sont
utiles à ces égards.
Un travail de plus longue
haleine n’est pas à exclure. L’écriture d’une nouvelle est
accessible aux élèves de seconde, en relation avec l’étude
des genres narratifs. Elle peut prendre place dans le cadre d’une telle
séquence, et peut aussi, le cas échéant, être
liée à un projet dans le cadre du concours de nouvelles du
MEN (cf. MEN-DESCO A 9 -107, rue de Grenelle, 75007 Paris).
c. Écrits d’invention
et maîtrise de la langue
Les projets d’écriture
permettent d’insister sur les implications lexicales et syntaxiques qu’ils
comportent. En particulier, l’approche du vocabulaire trouve là
des occasions de travail sur la précision et la richesse du sens
des mots. Le recours aux dictionnaires, tant pour l’examen de définitions
que pour la synonymie et l’antonymie doit devenir une pratique effective
courante chez les élèves.
d. Évaluation
Conçus comme des
exercices brefs, et mettant en jeu l’imagination personnelle des élèves,
les écrits d’invention n’ont pas à faire systématiquement
l’objet d’une évaluation notée ; il est bon de conserver,
en seconde, une part de liberté dans ces exercices de découverte.
Mais la notation se justifie, par étapes, en fonction de l’accomplissement
de consignes précises :
-
respect des étapes nécessaires
dans l’élaboration et la réalisation du projet (voir la fiche
"Production et singularité des textes") ;
-
réalisation d’un texte
correspondant à l’ensemble des consignes et des contraintes qu’imposait
le protocole de départ ;
-
correction et précision
dans la syntaxe et le vocabulaire.
e. Esquisse de typologie
d’exercices
L’écriture d’invention
amène l’élève à transformer et transposer,
mais aussi à imiter et reprendre des textes préalablement
étudiés. A noter que la transformation et la transposition,
qui supposent d’utiliser directement les textes modèles, sont souvent
d’un accès plus aisé pour les élèves, du moins
au début.
Ce sont ces démarches
qui, parmi beaucoup d’autres possibles, sont répertoriées
ici, dans une présentation schématique qui n’a aucune prétention
à l’exhaustivité.
– Transposer, transformer
-
Transposer,
en faisant varier le cadre temporel (une scène du théâtre
classique à l’époque contemporaine, par exemple), le mode
de narration (modification du statut du narrateur, modification du point
de vue), en changeant le genre et/ou le registre (en passant du dialogue
romanesque au dialogue théâtral, et inversement ; du blâme
à l’éloge, et inversement ; du registre épique au
registre comique, etc. ; en multipliant les registres pour évoquer
un même événement).
-
Transformer,
en amplifiant (développement d’une ellipse narrative, description
d’un personnage seulement nommé, insertion d’un dialogue ou d’une
description, etc.), en réduisant (par résumé, ou par
coupes en vue de produire un effet différent), ou en prolongeant.
– Imiter, reprendre
Trois possibilités
essentielles apparaissent :
-
La reprise d’un élément
d’un texte étudié.
Elle
consiste, par exemple, à écrire une scène théâtrale
reposant sur un quiproquo, à partir d’une scène de Molière,
à écrire une description reposant sur une série d’antithèses,
sur une métonymie ou sur une métaphore filée, à
reprendre la morale d’une fable et à l’illustrer par un nouveau
récit, etc.
-
La reprise d’un genre
et/ou d’un registre. La reprise d’un genre peut consister à
écrire une nouvelle, une courte pièce de théâtre,
une poésie, un article de critique (littéraire, théâtrale,
cinématographique). La reprise d’un genre associé à
un registre peut consister à écrire une saynète comique,
ou à utiliser le registre épique ou le registre tragique
pour évoquer un événement, voire à faire écrire
une nouvelle fantastique.
-
L’imitation d’un style,
les écritures " à la manière de… ", pastiches et parodies.
Par exemple, écrire un dialogue absurde en relation avec un travail
sur le théâtre de l’absurde ; décrire un objet en liaison
avec l’étude d’un roman, un paysage en liaison avec l’étude
du romantisme, un portrait en liaison avec l’étude d’un roman réaliste,
etc. Il est recommandé de se borner, en seconde, à une initiation
à ces réécritures, qui seront davantage développées
en première, une fois la notion de style mieux maîtrisée
par les élèves.
Dans de tels exercices, l’écriture
d’invention entretient un rapport étroit avec la lecture et l’analyse.
Fiche
21 : Contenus, séquences, progression
1. Contenus
a. Les perspectives d’étude
Les programmes indiquent
la progression entre les classes de seconde et de première. Reste
la question de la progression en cours d’année : on ne traitera
ici que de celle-ci, pour la classe de seconde.
Le programme s’organise autour
des quatre perspectives d’étude que constituent l’approche de l’histoire
littéraire et culturelle, l’étude des genres et des registres,
la réflexion sur la production et la singularité des textes,
l’étude de l’argumentation et de ses effets sur les destinataires.
Ces perspectives d’étude ne doivent pas être considérées
comme des fins en soi, mais comme des moyens proposés aux élèves
d’aborder les œuvres et les textes afin de les analyser, de les interpréter
et de construire leurs connaissances d’une façon réflexive
adaptée au niveau d’étude du lycée.
b. Les objets d’étude
Le programme pour la classe
de seconde se construit autour d’une liste de sept objets d’étude.
Ces objets d’étude font une large place à la question des
genres – en poétique, mais aussi en rhétorique ; les données
d’histoire littéraire s’élaborent en relation avec ces catégories.
La raison fondamentale en est que les catégories génériques
sont moins nombreuses – pour les plus importantes – et plus objectivables
que les mouvements et phénomènes d’histoire littéraire,
et qu’au lycée, une étude approfondie de ces derniers excéderait
le temps et les possibilités de lecture des élèves
; en outre, les façons de hiérarchiser et d’interpréter
les mouvements et phénomènes d’histoire littéraire
sont toujours plus sujettes à débat que la description des
genres. C’est pourquoi la perspective historique se construira progressivement
au fil des deux années de seconde et de première (voir le
"Préambule"
général des programmes et le "Préambule" du "Programme
de première").
L’élève doit
obligatoirement étudier les cinq premiers objets d’étude,
les deux derniers sont optionnels. Le professeur a le libre choix des œuvres
et des textes qu’il retient. De la sorte, une réelle initiative
lui est laissée à l’intérieur d’un cadre qui, restant
le même pour tous les élèves, permet une égalité
des chances dans l’accès au savoir. L’initiative lui revient également
en ce qui concerne l’organisation du travail de l’année ; cependant,
il lui est recommandé de l’organiser par ensembles structurés,
ou séquences.
2. Séquences
a. Définition (rappels)
Les élèves
rencontrent souvent des difficultés pour trouver des liens solides
et clairs entre les différents aspects de l’enseignement du français
(étude des textes, travail sur la langue, exercices d’expression
écrite et orale…). Aussi l’usage s’est-il établi, au collège
notamment, de regrouper des éléments de ces différents
aspects en ensembles cohérents, ou séquences. Au lycée,
les pratiques sont déjà engagées en ce sens quand
l’étude d’un groupement de textes est associée à la
réalisation d’un exercice écrit, par exemple ; mais le souci
de développer l’étude de la langue en liaison avec la lecture,
l’oral et l’écriture, et celui de laisser aux professeurs la libre
organisation de leur progression annuelle, conduisent à recommander,
dans le programme, l’extension de ce mode de travail.
Une séquence didactique
peut être définie comme un ensemble regroupant des acquisitions
de connaissances et des exercices en un tout orienté selon un but
précis. Au lycée, elle se fonde en général
sur l’étude d’une œuvre intégrale ou d’un groupement de textes
significatifs.
L’association d’acquisitions
de savoirs (étude d’une œuvre, d’un genre, d’un mouvement, d’une
problématique) et d’exercices (analyse de texte, expression orale
et écrite, travail sur la langue) d’ordres différents se
fait selon un objectif précis (analyser un processus de création
littéraire, commenter un texte, mettre en œuvre une argumentation,
écrire un texte respectant des contraintes génériques)
indiqué aux élèves en début de séquence.
De la sorte, les activités prennent sens pour eux. A la fin de la
séquence, un bilan des savoirs acquis et des savoir-faire mobilisés
est établi.
Une séquence regroupe
plusieurs séances. Il est recommandé de ne pas excéder
14 heures, afin d’éviter un déséquilibre entre les
apprentissages et une lassitude ou une perte d’intérêt chez
les élèves.
b. Séquences et
contenus
Le programme indique qu’"un
objet d’étude peut être abordé à l’intérieur
d’une ou plusieurs séquences", ou qu’"une séquence peut rassembler
des éléments issus de plusieurs objets d’étude". Cela
interdit d’imposer une règle, mais laisse une large liberté
au professeur en matière de progression, dès lors que les
perspectives et les objets d’étude correspondant au niveau concerné
sont effectivement pris en compte. Cette indication définit le respect
de la liberté pédagogique du professeur.
Le programme indique pour
chaque objet d’étude une "perspective dominante" et des "perspectives
complémentaires", ainsi qu’un objectif pédagogique. Il fournit
donc des cadres de séquences. Une dominante existe mais n’est pas
exclusive et n’oblige pas à considérer l’œuvre sous un angle
unique. Les "perspectives complémentaires" peuvent et doivent être
envisagées pour nourrir l’étude et elles permettent d’aborder
l’œuvre dans sa complexité et sa singularité. Ainsi, étudier
Tartuffe amène à se préoccuper tout à la fois
de genre (la comédie), de registre (les formes de comique), d’argumentation
(la préface, mais aussi les entreprises de séduction de Tartuffe
auprès d’Elmire), de blâme (le faux dévot vu par Cléante)
ou d’éloge (Tartuffe vu par Orgon), et bien sûr d’histoire
littéraire et culturelle dans une pièce qu’on ne peut analyser
qu’en la situant dans un cadre historique et idéologique précis.
Ainsi, le programme établit des liens, propose des "croisements",
entre perspectives d’étude et objets étudiés.
Dans cette optique, deux
possibilités s’offrent au professeur :
-
il peut organiser une – éventuellement
deux – séquences à partir d’un même objet d’étude.
Par exemple, un travail sur le genre tragique a pu donner matière
à l’étude d’une tragédie de Racine et à d’autres
extraits de textes tragiques de la même période, puis de l’époque
contemporaine ; il pourrait aussi être scindé en deux séquences
: l’une portant sur la pièce de Racine et d’autres éléments
du classicisme, et la seconde sur l’évolution du genre de la tragédie
et du registre tragique au xxe siècle, en abordant la littérature
engagée avec une pièce de Sartre.
-
il peut aussi regrouper des
éléments empruntés à plusieurs rubriques à
l’intérieur d’une seule séquence et choisir, par exemple,
d’étudier tout à la fois le genre théâtral et
des éléments d’argumentation, comme dans l’exemple donné
plus haut.
Le libre choix laissé
au professeur renvoie à la question de la progression annuelle (voir
plus loin).
c. Séquences et
évaluation
-
Pendant la séquence,
il est recommandé de procéder à une évaluation,
surtout formative, sous forme d’exercices écrits ou oraux, brefs
et fréquents ;
-
A la fin de la séquence,
une évaluation sommative se fait par un écrit de commentaire,
de préparation à la dissertation, et/ou d’invention.
Les travaux d’écriture
ne peuvent se limiter à un seul devoir "de fin de séquence".
Les exercices pratiqués en cours de séquence contribuent
à marquer les liens avec la séquence précédente,
puis à préparer l’exercice final. Celui-ci gagne à
être annoncé assez tôt pour pouvoir donner aux élèves
des indications progressives leur permettant de préparer, mûrir
et élaborer leur travail.
3. Progression
Le programme spécifie
que les professeurs choisissent la manière d’organiser leur progression
au long de l’année. Aussi ne saurait-il être question d’imposer
des contraintes ni même de fournir des modèles de progression.
En revanche, il peut être utile de clarifier certains termes, certains
principes, et de suggérer les leçons à tirer des expérimentations.
a. Programme et progression
Les quatre perspectives
et la liste des objets d’étude sont énoncées, dans
le programme, selon un ordre qui facilite la présentation, mais
ne préjuge pas de celui dans lequel ces questions seront abordées
dans les classes : si les objets d’étude sont numérotés
dans le programme de 1 à 7, ce n’est pas pour déterminer
un ordre que le professeur devrait suivre.
La progression est élaborée
par le professeur en fonction de son projet pédagogique : elle marque
des étapes dans les apprentissages, trace un itinéraire,
en
tenant compte de points de passage obligés (perspectives et objets
d’étude). En fonction de l’objectif prioritaire retenu pour chacune
des séquences, elle s’efforce d’en déterminer l’enchaînement
précis de façon à éviter l’empilement ou la
juxtaposition des notions. Elle ménage donc transitions et
dialogues entre les points abordés afin de faciliter la construction
et le réinvestissement des connaissances et des compétences
: elle cherche à prendre appui sur ce qui a été étudié
précédemment pour aborder de nouvelles notions, construire
de nouvelles connaissances, de nouvelles compétences, et approfondir
celles déjà acquises.
L’organisation de l’année
se traduit par la répartition chronologique des séquences
dans le calendrier scolaire (il est préférable que les séquences
ne soient pas coupées par les vacances ; celles-ci, en revanche,
peuvent permettre la lecture cursive par les élèves de telle
ou telle œuvre). Dans tous les cas, conserver une souplesse est indispensable,
pour pouvoir faire varier le rythme des apprentissages selon les réactions,
les difficultés et les intérêts des élèves.
b. Principes de progression
A partir de cela, et conformément
à l’indication selon laquelle un objet d’étude peut faire
l’objet d’une séquence et qu’en retour une séquence
peut regrouper des éléments relevant de divers objets d’étude,
deux types de progression sont théoriquement possibles au cours
de l’année :
-
l’une qui examinerait successivement
chaque objet d’étude;
-
l’autre qui combinerait des
éléments de divers objets d’étude en des séquences
plus synthétiques ; celle-ci conduit à revenir à différents
moments de l’année sur certaines notions ou questions, pour les
approfondir progressivement.
c. Les leçons de l’expérimentation
En ce qui concerne le nombre
de séquences dans l’année, si l’on fixe à 14 heures
la durée moyenne d’une séquence – ce qui implique que certaines
puissent ne durer que 8 heures, et d’autres occuper une vingtaine de séances
–, on peut estimer, en fonction des horaires et sans tenir compte des modules
et de l’aide individualisée, que 7 ou 8 séquences peuvent
être organisées pendant l’année de seconde, tout en
laissant une certaine place à l’imprévu, qu’il vienne de
la vie de la classe et de l’établissement ou de l’extérieur.
En ce qui concerne les modes
de progression, plutôt que de devoir opérer un choix radical
entre l’une et l’autre façons d’organiser l’année, il semble
que chacune puisse apporter une contribution.
En effet, à la lumière
des choix faits lors de l’expérimentation, on peut considérer
que, dans certains cas, on sera plutôt amené à faire
coïncider un objet d’étude et une séquence : il en est
ainsi pour "Un mouvement littéraire et culturel", pour "Le théâtre",oules
genres narratifs. Car on est alors amené à un travail
réflexif sur les notions mêmes de "mouvement littéraire
et culturel" ou de "genre".
En revanche, il est tout
à fait possible d’introduire ce qui a trait à l’éloge
et au blâme dans une séquence centrée sur "Le théâtre"
ou "Le récit" (autour des portraits, par exemple) ou des éléments
relatifs au "Travail de l’écriture" dans une séquence sur
"Un mouvement littéraire" ou sur "Le récit" (utilisation,
par exemple, des Carnets, de Zola, ou des ébauches et variantes
d’un roman étudié).
Reste que, dans tous les
cas, c’est – à des niveaux de complexité différents
– le "croisement" des observations et réflexions qui assure un véritable
apprentissage et un développement de l’autonomie. En effet, puisque
l’étude des œuvres amène à retenir et à envisager
plusieurs fois les différentes perspectives d’étude, il est
possible de ménager des phases de découverte et de sensibilisation,
de prévoir des transitions et, surtout, de mettre en place et de
complexifier progressivement les connaissances et les compétences.
Ainsi, quelques exemples
de cette démarche peuvent être retenus de l’expérimentation
:
-
L’étude des genres et
des registres, si elle se développe bien sûr essentiellement
à propos du récit ("Le récit : roman ou nouvelle")
et du théâtre ("Le théâtre : les genres et registres
comique et tragique"), peut cependant être abordée préalablement
à propos de l’objet d’étude 7 ("L’éloge et le blâme"),
via le genre du portrait, reprise à propos du "Travail de l’écriture",
puis reprise encore et complexifiée à propos de l’objet d’étude
5 ("Démontrer, convaincre et persuader").
-
La perspective dominante pour
l’étude d’"Un mouvement littéraire et culturel du xixe ou
du xxe siècle" est bien sûr celle de l’histoire littéraire
et culturelle. Les élèves apprennent là à contextualiser.
Ils peuvent ensuite utiliser cette compétence pour aborder les approches
génériques (étude du récit et du théâtre)
et la complexifier en étudiant les différentes valeurs, liées
au contexte social et historique, mises en jeu dans les stratégies
argumentatives des auteurs des textes étudiés à propos
de "Démontrer, convaincre et persuader".
A titre d’exemple, on peut tirer
de l’expérimentation les indications suivantes, en résumant
brièvement les contenus et les principaux liens entre objets d’étude,
perspectives et exercices (sans les indiquer tous) : en particulier, l’oral
et l’étude de la langue doivent être présents de façon
aussi continue que possible ; les mentions de "perspectives associées"
renvoient aux "perspectives dominantes", aux "perspectives complémentaires"
indiquées par le programme, mais aussi à des perspectives
qui peuvent faire l’objet d’une initiation.
Plusieurs collègues
ont choisi de débuter par une séquence sur le portrait :
(objet d’étude : "L’éloge et le blâme" ; perspectives
d’étude associées : genres et registres ; textes des xvie
et xviie siècles – La Bruyère ; "Histoire littéraire"
: initiation à : la Renaissance et le baroque, le classicisme ;
littérature et "Argumentation" ; exercice d’écriture associé
: écriture d’invention ; documentation, textes et images –, lecture
de l’image).
On peut ensuite consacrer
une première séquence au genre théâtral : comédie
ou tragédie classique ; objet d’étude : "Genres et registres
: le théâtre", initiation ; perspectives d’étude associées
: "Production et singularité des textes", "Histoire littéraire
et culturelle" – le classicisme ; éléments d’"Argumentation",
initiation au "Travail de l’écriture" – la modification du dénouement
d’Andromaque ou les censures contre Dom Juan) ; initiation
au commentaire de texte.
Une séquence sur le
roman, autour d’une œuvre de Balzac ou Stendhal (objet d’étude :
"Genres et registres : le récit" ; perspectives associées
: "Production et singularité des textes", "Histoire littéraire",
introduction au romantisme ; retour sur le portrait).
Une séquence sur le
romantisme ("Histoire littéraire et culturelle") centrée
sur la poésie, avec retour sur les genres et registres, sur la production
des textes ; étude d’images, documentation ; initiation au commentaire.
Une séquence sur des
nouvelles de Flaubert ou Maupassant (retour sur "Genres – le récit–
et registres" ; objet d’étude associé : "Le travail de l’écriture"
; perspective associée : "Histoire littéraire et culturelle"
– le naturalisme ; "Ecriture d’invention").
Une séquence sur l’argumentation
(problématique : l’éducation, autour de L’Enfant,
de Vallès, avec des textes complémentaires ; compléments
d’histoire littéraire et culturelle, genres et registres ; écriture
d’invention et d’argumentation – préparation à la dissertation).
Séquence 2 sur le théâtre : une pièce du xxe
siècle (retour sur "Genres et registres : le théâtre"
; perspectives associées : "Production et singularité des
textes", "Histoire littéraire et culturelle" ; objet d’étude
associé : "Ecrire, publier, lire aujourd’hui" – le théâtre
offre une double problématique de réception, par le spectacle
et par la lecture – ; " Histoire littéraire et culturelle" – la
littérature engagée ; littérature et argumentation
; dissertation et/ou commentaire).
Fiche
22 : La Documentation. Liaison avec le CDI et le
professeur-documentaliste
I. Objectifs et place
dans l’année ; rôle du CDI
Les nouveaux programmes
de français préconisent, parmi leurs objectifs, de développer
la capacité du travail autonome chez les élèves, dans
le domaine de la lecture comme de la recherche documentaire. La formation
à la documentation n’a donc pas à faire l’objet d’une séquence
distincte. Elle est un moyen au service des objectifs propres de l’enseignement
du français, et comme telle peut intervenir de façon constante
au long de l’année. Mais certains objets d’étude réclament
plus particulièrement ses apports ; c’est le cas, notamment, de
l’histoire littéraire et culturelle, de l’argumentation, mais aussi
de l’écriture d’invention et de la lecture de l’image (voir ces
fiches). Plus largement, elle est souvent nécessaire pour restituer
le contexte des textes lus et étudiés. Enfin, certains exercices
ou projets du cours de français gagnent à faire appel à
la documentation.
La documentation peut être
réalisée au moyen de documents fournis par le professeur.
Elle peut aussi faire l’objet de recherches par les élèves,
dans les ouvrages qu’ils possèdent chez eux, ou dans les bibliothèques
municipales. Mais son lieu essentiel, au lycée, est le CDI ; elle
demande alors un travail avec le professeur-documentaliste. Ce point appelle
quelques précisions et informations.
a. Les missions des CDI
Les missions du CDI et du
professeur-documentaliste, telles qu’elles sont définies dans les
textes officiels, sont :
-
la gestion des techniques documentaires
et des budgets correspondants ;
-
la communication : repérages
de sources pédagogiques, culturelles, ainsi que des besoins des
partenaires ;
-
la formation des élèves
: incitation à la lecture, recherche documentaire, aide au travail
personnel.
Cette troisième mission
s’inscrit dans le projet de formation des élèves, afin de
leur donner les capacités nécessaires pour réaliser
ce qu’on attend d’eux au long de leur cursus scolaire et de les préparer
à l’enseignement supérieur. Ainsi, le CDI n’est pas seulement
un lieu où les élèves viennent "consommer" de l’information,
pas plus que la maîtrise des instruments et techniques n’est une
fin en soi. Lorsqu’elle s’inscrit dans un projet concerté entre
les professeurs concernés, la formation à la recherche de
documents permet aux élèves de se situer dans une progression
en ce domaine ; en revanche, l’expérience montre qu’une sollicitation
permanente mais inorganisée de travaux de recherche au CDI est souvent
peu efficace.
b. Le CDI et la lecture
Le programme de français
insiste sur le rôle de la lecture ; or la promotion de celle-ci est
une mission essentielle du professeur-documentaliste. Pour la lecture,
la liaison entre le CDI et le cours de français peut se réaliser
sous diverses formes. La première est la mise à disposition
des élèves, par le professeur-documentaliste, d’ouvrages
et de conseils de lecture. La deuxième concerne des activités
telles que la participation à des concours littéraires, ou
l’organisation de "clubs lecture" avec comptes rendus, présentations
d’ouvrages (voir fiche "Lecture").
c. Objets d’étude
et documentation
Les expérimentations
et discussions menées lors de journées académiques
l’ont confirmé : la mission du professeur-documentaliste n’est pas
seulement de fournir aux élèves de l’information, mais de
les former à la recherche documentaire. A ce titre, il peut intervenir
pour les contenus du programme de français qui réclament
un travail au CDI.
Sont particulièrement
concernés les objets d’étude suivants :
-
un mouvement littéraire
et culturel : le premier but est de situer les textes étudiés
dans leur contexte, ce qui exige de les rattacher à d’autres textes
et d’autres langages – notamment le langage de l’image ; d’autre part,
il s’agit de trouver des éléments de comparaison entre différents
textes et entre des œuvres littéraires et des œuvres visuelles ;
la documentation consiste donc ici davantage dans la recherche de textes
et d’images que dans celle de définitions ou d’ouvrages de vulgarisation
sur le mouvement étudié ;
-
l’argumentation appelle des
éléments d’information pour éclairer les textes lus,
et les confronter à des données historiques et sociales ;
dans la fiche "Démontrer, convaincre et persuader",
on trouvera des exemples de "Documents" à côté d’exemples
de textes littéraires ; il est utile que le professeur-documentaliste
soit informé à l’avance des problématiques choisies
par le professeur de français ;
-
la lecture de l’image peut aussi
demander des consultations de documents au CDI, pour comparer les tableaux,
photographies et documents iconographiques avec ceux qui sont analysés
en classe ; là encore, l’annonce préalable des objets choisis
est nécessaire ;
-
l’écriture d’invention
demande souvent que la recherche d’idées soit nourrie par un travail
de problématisation, qui demande alors le recours à des ouvrages
de type encyclopédique, puis par un travail d’information sur le
domaine concerné, qui réclame éventuellement d’associer
aux encyclopédies et dictionnaires des ouvrages plus spécialisés
; il est bon de familiariser les élèves avec l’idée
que le CDI constitue un lieu de travail normal pour l’invention, que les
idées ne sont pas seulement dans l’imaginaire individuel.
d. Formation aux démarches
de la recherche documentaire
La mission du professeur-documentaliste
est complémentaire de celle du professeur de français.Dans
tous les cas, il s’agit de développer des démarches de recherche
documentaire transférables d’une étude à une autre.
Ces démarches sont non seulement pratiques et techniques, mais engagent
aussi une dynamique intellectuelle. On en résumera les principales
étapes en indiquant que les élèves doivent progressivement
devenir capables de :
-
questionner le sujet (en mobilisant
leurs propres connaissances, en consultant des ouvrages de référence
tels que dictionnaires et encyclopédies, et en reformulant le sujet
pour dégager une problématique) ;
-
définir le projet de
recherche ;
-
se repérer dans l’univers
des documents (comprendre les systèmes d’index, de codes et cotes…)
;
-
faire une analyse critique des
documents trouvés ;
-
prendre des notes, synthétiser
;
-
communiquer les résultats
(y compris, au besoin, en sachant indiquer sa bibliographie).
Les démarches de problématisation
trouvent donc là un lieu d’exercice utile.
2. Documentation et intégration
des TICE
La formation aux TICE n’est
pas une mission spécifique de l’enseignement du français.
Mais il peut tirer parti des sources d’information numérisées.
Les professeurs-documentalistes sont souvent plus avertis dans ce domaine.
Cependant, les ressources peuvent varier considérablement d’un établissement
à l’autre, selon la richesse des fonds du CDI et selon les connaissances
en la matière des personnes concernées ; on ne peut donc
présumer des moyens multimédias accessibles pour chaque professeur.
C’est pourquoi sont indiquées seulement, ci-dessous, quelques sources
majeures (la fiche qui suit donne aussi des sources concernant les exemples
de réalisations pédagogiques disponibles sur support informatique).
• Site MEN :
http://educnet.education.fr/lettres
: il contient des informations à l’usage des professeurs et un espace
élève, des exemples de travaux d’élèves et
des logiciels reconnus d’intérêt pédagogique.
• Sites culturels
:
http://www.bnf.fr
: avec le serveur Gallica, il permet d’avoir accès aux ouvrages
et dossiers numérisés de la BNF.
http://www.louvre.edu
: ce site s’organise autour du musée et de la bibliothèque
du Louvre ; il offre un ensemble de ressources visuelles, textuelles et
sonores ; un forum permet aux utilisateurs de communiquer entre eux.
http://sunsite.auc.dk/cgfa/fineart.htm
: Fine Art propose des centaines de reproductions de tableaux en ligne.
• Sites qui détaillent
les étapes de la recherche documentaire :
http://tornade.ere.umontreal.ca/-guertinh/secondai/index.html
: site de l’université de Montréal.
http://svoicdi.cndp.fr/outilspeda/accueil.htm
: site du
CNDP, proposant des exemples d’initiatives pour former les élèves
aux TICE et associant professeurs de français et professeurs-documentalistes.
• Formation aux ressources
du traitement de texte ; liens avec la lecture et avec l’écriture
d’invention :
les TICE peuvent être
utilisées aussi bien pour la recherche d’occurrences dans l’étude
de l’œuvre intégrale que pour faire apparaître les étapes
de l’élaboration d’un texte, pour utiliser les ressources du traitement
de texte, des dictionnaires et correcteurs (cf. Bernadette Goarant,
Enseignement des lettres et multimédia, CRDP, Grenoble, 1998).
Fiche
23 : Sources de documentation et d'exemples de réalisations pédagogiques
S’il paraît ici peu
utile de présenter des exemples détaillés, c’est que
la quantité disponible d’exemples de réalisations pédagogiques
accessibles par les TICE est désormais considérable, sans
cesse augmentée, et en évolution constante : dans le cadre
d’un document lui-même évolutif, il est sans doute préférable
de donner l’indication de ces sources-là. En même temps, il
existe un ensemble de sources pour des échanges pédagogiques.
Ce sont bien sûr les publications et revues spécialisées,
largement connues et utilisées, et aussi des sources nouvelles sur
support TICE. Souvent, celles-ci associent des propositions de réalisations
et des ressources documentaires ou textuelles.
Ce sont donc pour ces deux
sortes d’informations (documentation et échanges de réalisations
pédagogiques) que sont données ci-dessous quelques sources.
Leur nombre a été délibérément limité,
pour s’en tenir à celles qui ont paru les plus pratiques et les
plus fiables à la fois, tout en offrant le plus grand nombre de
documents, informations et exemples.
• Site du MEN :
http://www.educnet.education.fr/lettres
: il rassemble ce qui concerne le français et les langues anciennes
: informations, actualité, références, formation,
pratiques pédagogiques. Donne aussi la liste des ressources des
sites académiques, avec des exemples de travaux – y compris d’élèves
– sur les objets d’étude au programme. Il présente également
des multimédias et des logiciels pédagogiques.
• Site du CNDP :
http://www.cndp.fr
: programmes, ressources documentaires sélectionnées en fonction
des programmes (didacsource), documents pédagogiques.
Parmi les sites académiques,
celui qui semble offrir le meilleur relais :
• Site de l’académie
de Rouen :
http://www.ac-rouen.fr/pedagogie/equipes/lettres/li—fra1.html
: donne un répertoire de serveurs relais, pour la documentation
et la pédagogie.
© MEN, CNDP – GTD de français
Document d'accompagnement
du programme de seconde / Statut évolutif / Version du 21-09-2000 |