I.
Perspectives d’étude
Introduction
Le français a un rôle
important à jouer dans « la formation de la pensée
» (Programme,
chapitre 1). Indissociables de la langue et de sa maîtrise, la réflexion,
le jugement, la mémoire et l’imagination sont constamment sollicités
par la fréquentation des textes, et la littérature offre
un objet privilégié pour l’enrichissement de la sensibilité
et du goût.
On ne peut donc borner les
enjeux de l’enseignement du français à des connaissances
ni à des méthodes, même si les unes et les autres sont
indispensables : ils s’étendent à la formation de la pensée
dans ses deux aspects, le raisonnement pour le jugement critique, la curiosité
et l’imagination pour la part sensible.
Et comme en matière
de lettres et de culture, les jugements engagent toujours des façons
de voir, des opinions, des convictions, une part d’affects, les deux aspects
sont indissociables. Ils sont des éléments conjoints de «
la formation de la personne et du citoyen » (Programme, Finalités).
La lecture des oeuvres littéraires
et l’écriture d’invention nourrissent la sensibilité, l’analyse
et l’argumentation nourrissent le jugement. Éduquer, c’est- à-
dire donner les moyens de ne pas rester pris dans les réactions
premières, de conquérir la distance de la réflexion
critique, exige que ce second aspect soit progressivement pris en charge
de façon plus consciente par les adolescents. Un des rôles
spécifiques du lycée consiste à nourrir cette conscience
critique. Il se traduit, comme on l’a vu plus haut (Préface),
par la mise en oeuvre de plus en plus réflexive des démarches
intellectuelles : elles sont désignées ici comme des perspectives
d’étude.
Quatre perspectives principales
sont mises en avant pour l’étude des faits de langue, des faits
littéraires et des faits culturels :
-
une perspective historique,
condition de la compréhension correcte des textes dans leur contexte,
mais aussi de leur relation au présent ;
-
une perspective générique,
nécessaire pour comprendre que les textes relèvent de codes
sociaux, les genres, indispensables à l’échange entre les
humains ;
-
une perspective argumentative
(ou pragmatique), pour rendre compte du fait que les textes ne sont pas
écrits et lus dans un monde idéal, mais justement dans ce
jeu des rapports humains ;
-
une perspective intertextuelle,
qui prend en compte l’élaboration des textes et les échos
multiples qui les parcourent.
Enfin, un enjeu esthétique
majeur réside dans les émotions que les oeuvres sollicitent
par leur sémantisme comme par leurs formes : cette question des
émotions qui se manifestent dans les registres esthétiques
est au carrefour des perspectives précédentes. Ces perspectives
ne sont pas à enseigner de manière théorique aux lycéens
: leur conquête passe avant tout par la pratique. En classe de seconde,
il est préférable de les mettre en oeuvre sans en donner
de formulation théorisée, en introduisant seulement les notions
indispensables (genre, registre, argumentation, style), à mesure
que le besoin s’en fait sentir. En classe de première, leur compréhension
peut devenir progressivement plus notion nelle et faire l’objet d’une présentation
simple qui permette le retour réflexif sur ces démarches
fondamentales.
Ces perspectives sont utiles
pour tout texte. Cependant, leur mise en oeuvre simultanée et constante,
et la recherche de leur hiérarchisation pertinente selon les oeuvres
et les genres étudiés, seraient d’un niveau de difficulté
que les lycéens auraient du mal à maîtriser d’emblée.
C’est pourquoi des perspectives dominantes et des perspectives complémentaires
sont indiquées dans les programmes pour chaque objet d’étude.
Reste qu’en fin de scolarité les élèves doivent avoir
été mis en mesure de saisir la nécessité de
ces modes d’approche des faits langagiers, textuels et culturels, de leur
mise en jeu simultanée, des hiérarchisations dont elles doivent
faire l’objet. Laisser croire, par exemple, que la poésie n’a pas
d’enjeu argumentatif et l’essai pas d’enjeu esthétique serait faux,
mais oublier que l’enjeu esthétique peut être essentiel pour
l’une, et le rôle de débat d’idées pour l’autre, ne
le serait pas moins en retour.
Il serait faux aussi de
croire que ces perspectives, puisqu’elles sont constantes, vont de soi
et n’ont pas à faire l’objet d’une démarche réflexive
et d’une élaboration progressive.
Il serait faux enfin de
laisser croire qu’elles n’ont de raison d’être que pour le littéraire.
Tout texte tient à une situation, relève d’un genre, tend
à produire un effet sur ses lecteurs ou auditeurs, fait écho
à d’autres textes, s’en marque ou démarque, et bien sûr,
met en jeu des registres d’expression et d’émotion. La publicité
ou l’histoire drôle privilégient le premier et le dernier
de ces points, les textes administratifs, juridiques et professionnels
sont injonctifs et, s’ils évacuent en principe l’émotif,
ils supposent des intertextes denses – quel intertexte plus dense que la
jurisprudence ?… L’un des apports spécifiques et riches de la littérature
dans la formation de la pensée tient à ce qu’elle met toujours
en oeuvre, de façon plus complexe que les autres sortes de textes,
ces différents enjeux. En même temps, elle les met en oeuvre
sans que d’autres facteurs – l’autorité d’un supérieur, le
pouvoir d’un chef ou d’un magistrat, la puissance de l’argent… – dispensent
l’oeuvre de faire reposer cette mise en enjeux sur le langage même.
Dès lors, l’étude
du littéraire est un creuset pour comprendre toutes sortes de textes.
Dès lors aussi, la
comparaison entre textes littéraires et autres textes devient à
la fois nécessaire – pour percevoir ces identités et ces
différences – et parlante.
Dès lors, la discipline
« français » peut dialoguer explicitement avec les arts,
l’histoire, les sciences, la philosophie : elle est carrefour non seulement
parce que lieu d’étude de la langue, mais aussi parce que constitutive
de la pensée.
Ainsi peut-elle être
le lieu où langue, littérature et culture sont des données
fondamentales, transférables tant dans l’utile des textes ordinaires
que dans la perception esthétique et dans la formation réflexive
de la pensée.
Perspective
d'étude : Histoire littéraire et culturelle
Objectifs
Durant leur scolarité
au collège, les élèves ont eu à lire des oeuvres
qui « portent des références culturelles majeures »
(Programmes de français pour le collège), de l’Antiquité
à nos jours. Ils ont acquis un premier ensemble de connaissances
littéraires de l’héritage culturel. Au lycée, il s’agit
de l’enrichir et de l’approfondir. Le but principal est la lecture de textes
et d’oeuvres, de façon à constituer progressivement des repères
culturels forts qui permettent aux lycéens de comprendre leur présent
à la lumière du passé.
Mais l’un des rôles
spécifiques du lycée, une de ses différences par rapport
au collège, est aussi de proposer une approche plus réflexive.
L’histoire littéraire
et culturelle est donc envisagée de plusieurs façons :
-
par la nécessaire mise
en contexte de tous les textes et de toutes les oeuvres étudiés
;
-
par l’étude méthodique
de données historiques, esthétiques et sociales essentielles
pour construire la notion de mouvement littéraire et culturel, autour
de la lecture d’oeuvres majeures ;
-
par l’étude des changements
qui
adviennent pour les principaux genres ; en effet, pour faire comprendre
que les scansions de cette histoire se font par des évolutions ou
mutations dans les façons de penser et de sentir, inscrites dans
les façons de s’exprimer, on amène les élèves
à étudier aussi bien les genres que des mouvements littéraires
et culturels. Ces deux dimensions sont présentées en seconde
par des objets d’étude explicitement désignés ; la
perspective historique est aussi à prendre en compte en première
pour les études portant sur un genre ;
-
par la constitution progressive
des repères essentiels de l’histoire littéraire et culturelle,
au fil des deux années de seconde et de première.
La progression au long des deux
années se fonde ainsi sur deux principes.
-
L’un est qu’en seconde, il convient
de construire avec les élèves la notion de mouvement littéraire
qui est nouvelle pour eux ; en première, il convient de l’élargir
à celle de mouvement – et dans certains cas de phénomène
– littéraire et culturel.
-
L’autre est que les domaines
envisagés sont le domaine français et francophone essentiellement
en seconde et, en première, le domaine français dans ses
relations avec des phénomènes internationaux, en particulier
européens.
Les mouvements
littéraires et culturels
Principes
La richesse des connaissances
en histoire littéraire et culturelle est telle qu’il est impossible
d’en étudier tous les mouvements en deux années de lycée.
Une saisie panoramique, si elle constitue certes un résultat souhaitable,
impose un survol trop superficiel pour être profitable. Il est donc
préférable que les élèves rencontrent les mouvements
et phénomènes qui constituent les moments-clés de
l’héritage culturel et qu’ils disposent ainsi d’une vision plus
claire de ces scansions, en ayant acquis à leur sujet des connaissances
précises. Le programme prescrit d’étudier chaque année
au moins un de ces mouvements littéraires majeurs en tant que tel,
pour saisir la problématique de l’histoire littéraire, et
d’en envisager d’autres à travers l’étude d’autres objets.
Ainsi, au cours des deux
années de seconde et de première, se constitueront progressivement
les références historiques indispensables.
Les façons de décrire
et d’interpréter l’histoire littéraire et culturelle sont
matière à diverses méthodes et à débats.
Aussi est-il nécessaire de se garder de tout dogmatisme en ce domaine
: c’est pourquoi, afin d’apporter aux lycéens une perception de
l’évolution historique, il est souhaitable de leur donner à
connaître les mouvements qui représentent des évolutions
majeures de cette histoire, sans préjuger d’une interprétation
de l’ensemble.
En seconde, la notion de
mouvement littéraire est définie ; en première, elle
est élargie à l’idée de mouvement culturel.
D’autre part, il est bon
que les élèves prennent conscience des dimensions nationales
de cette histoire, mais aussi de ses dimensions internationales. Ainsi
pourront-ils la saisir dans sa complexité plus grande en première,
par une initiation à la question des relations et influences entre
cultures.
La
progression de la seconde à la première
L’histoire littéraire
est envisagée à partir de la lecture d’oeuvres et de groupements
de textes. Cela impose de tenir compte des capacités de lecture
des élèves. Les oeuvres relevant d’un état de langue
historiquement éloigné présentent en général
à cet égard des difficultés que les élèves
de première seront plus aptes à affronter que ceux de seconde.
Puisque le programme a retenu le principe de privilégier en seconde
le domaine français et francophone, et en première de donner
des ouvertures sur la dimension européenne et internationale, il
s’agit d’aborder les mouvements qui constituent des scansions majeures
de l’histoire en l’un et l’autre domaines.
Ainsi peut-on répartir
l’étude de la façon suivante :
-
en seconde, les mouvements qui
ont eu un rôle structurant dans l’histoire littéraire française
: Pléiade, classicisme, romantisme, art pour l’art, réalisme/
naturalisme, littérature engagée ;
-
en première, des mouvements
et phénomènes de dimension européenne : humanisme,
baroque, Lumières, symbolisme, surréalisme.
N. B. – Le romantisme a une
dimension européenne, mais il constitue un phénomène
fort en France et son étude peut ainsi préparer à
l’approche des questions d’influences culturelles qui seront traitées
en première.
Pour plus de précision
sur ces objets d’étude en seconde et en première, voir les
chapitres «Mouvements
littéraires et culturels » et « Mouvements
littéraires ».
D’autres mouvements et écoles
littéraires constituent des objets riches et significatifs : ainsi
le Parnasse, le régionalisme, le Nouveau Roman, des courants comme
la préciosité, le libertinage, ou celui qu’on désigne
sous le nom d’absurde, et enfin des phénomènes comme la querelle
des Anciens et des Modernes, la revendication identitaire dans les anciennes
colonies… Mais, pour être bien compris, ils supposent d’être
mis en relation avec ceux des mouvements préconisés qui les
précèdent et, sou vent, constituent des modèles en
face desquels – voire en réaction contre lesquels – ils ont pris
forme.
La démarche préconisée
est :
-
que dans chacune des deux années
un mouvement soit étudié en tant que tel, afin de construire
les notions correspondantes ;
-
que les autres soient intégrés
à l’étude d’autres objets de sorte que, en fin de scolarité,
tous les élèves disposent des éléments- clés
de la mise en perspective historique.
Contextualiser
Le rôle de l’histoire
littéraire est, en premier lieu, de donner les éléments
de contextualisation nécessaires à la compréhension
des oeuvres étudiées. Là aussi, il existe diverses
conceptions du contexte. Pour plus de clarté, on précise
ici que, par « contextualiser », on entend dans le programme
la démarche par laquelle les élèves apprennent à
situer les textes qu’ils lisent, à s’interroger sur les informations
nécessaires à leur compréhension et à discerner
les relations que ces textes entretiennent avec d’autres. Il s’agit d’une
démarche : un exposé des données contextuelles y convient
donc bien moins que la réflexion et la recherche des élèves
eux- mêmes.
Il importe en effet de leur
faire discerner que le contexte ne consiste pas en un rapprochement arbitraire
ou vague, que chacun pourrait opérer plus ou moins à sa guise,
mais dans l’établissement de relations précises. Et, parmi
ces relations, sont à mettre au premier rang celles qu’un texte
entretient avec d’autres textes, contemporains mais aussi antérieurs.
La situation historique du texte, en particulier quand celui-ci présente
une dimension argumentative importante ou dominante, constitue un second
élément-clé. L’étude des conditions de création
et de réception (voir « Écrire,
publier, lire ») apporte à ces deux égards des
informations utiles ; elle doit être menée avec des analyses
particulièrement précises, lors de l’étude des oeuvres
intégrales. Enfin, les contextes sont aussi un ensemble de connaissances
à conquérir progressivement : celles qui concernent des évolutions
de sensibilités, d’idéologies et d’esthétiques. Pour
cela, les textes littéraires seront mis en relation avec d’autres
textes ainsi qu’avec des documents iconographiques, de façon à
construire la perception des mouvements culturels (surtout en première).
Il est recommandé de procéder, en cours d’année, à
des comparaisons entre les mouvements littéraires et culturels abordés
pour faire percevoir des éléments d’évolution. De
même, en première, on pourra procéder à des
comparaisons et mises en relation avec les mouvements dont l’étude
est prescrite cette année-là et ceux qui sont prescrits pour
la classe de seconde.
Perspective
d'étude : Genres
Objectifs
L’étude des genres
constitue une part importante de l’enseignement du français au lycée.
Au collège, les élèves
ont eu une approche des genres par leurs lectures.
Au lycée, elle devient
une étude méthodique.
Elle a pour buts :
-
la connaissance de la littérature
;
-
la comparaison entre le littéraire
et le nonlittéraire ;
-
la compréhension de la
notion même de genre : audelà de sa définition formelle
(les règles et lois de chaque genre), elle engage celle des modes
de relations humaines par le langage et l’appréhension des esthétiques
;
-
la mise en place de relations
entre la lecture et l’interprétation des textes d’une part, et les
exercices de commentaire, de dissertation et d’écriture d’invention
d’autre part.
L’étude des principaux
genres permet aussi d’amener les élèves à la réflexion
sur les principaux registres, par les émotions que ces genres manifestent
et visent à susciter chez leurs lecteurs.
Les genres
étudiés
Les genres offrent un cadre
d’identification et de classement des textes et des oeuvres selon les principales
catégories qui les caractérisent. Cependant, la notion présente
aussi des difficultés théoriques. En effet, le terme de «
genre » est appliqué parfois à des ensembles très
vastes (le théâtre, la poésie, par exemple) ; parfois,
au contraire, à des formes fixes de définition très
stricte (par exemple, le sonnet, la ballade, etc.). Avec des lycéens,
il ne s’agit pas d’entrer dans de tels débats – tout en les clarifiant
au besoin –, mais de leur faire acquérir une connaissance analytique
des principaux genres de la littérature occidentale. Ils sont donc
amenés à aborder en seconde les quatre domaines généralement
retenus : le récit, le théâtre, la poésie et
la littérature d’idées. Mais ces notions risquent d’être
trop générales et abstraites. Par exemple, le récit
englobe des subdivisions multiples, qui peuvent aller du conte et du fait
divers à l’épopée et au roman ; la littérature
d’idées est une catégorie vague et multiforme, etc. Aussi
convient-il surtout de tenir compte des genres qui ont joué et jouent
un rôle essentiel dans l’histoire littéraire, tout en montrant
aux élèves que les genres sont également présents
dans toutes sortes de textes et de discours.
C’est pourquoi le programme
de seconde prescrit, à l’intérieur du domaine théâtral,
l’étude de la tragédie et de la comédie ; dans le
domaine narratif, le roman et la nouvelle. Il s’agit là de genres
assez précisément identifiables pour que des élèves
de seconde puissent en avoir une vue claire. Il leur est adjoint le genre
du portrait, en relation avec « L’éloge et le blâme»,
qui présente les mêmes possibilités.
De même, en classe
de première, sont proposées l’étude d’autres formes
de langage théâtral et celle des formes du poétique
et des genres du biographique ; au titre de l’étude de l’argumentation,
sont abordés les genres de l’essai et du dialogue, les formes de
l’apologue ; la série L compte en plus l’étude de l’épistolaire.
Ce cadre d’ensemble appelle
quatre observations complémentaires :
-
Les grands domaines indiqués
plus haut – récit, théâtre, poésie et littérature
d’idées – sont au premier plan ; mais historiquement, les écrits
épistolaires, le portrait, le dialogue, les formes diverses de l’apologue
et du biographique ont occupé des espaces considérables et
les occupent toujours. On doit souligner en particulier que le genre biographique
est un ensemble qui, des mémoires à l’autobiographie en passant
par les biographies proprement dites et par le roman (auto) biographique,
compte, de Plutarque à Chateaubriand, de D’Aubigné, Retz
et Saint- Simon à Rousseau, Beauvoir et Sartre, ou de Vallès
et Proust à Céline, une foule d’oeuvres majeures. En outre,
ce genre représente aujourd’hui une part très importante
des lectures.
-
Pour la poésie, comme
pour le biographique ou l’apologue, on est amené à employer
une expression telle que « les formes de »… En effet, en de
tels domaines, les textes présentent une extrême variété
de créations. Elle fait leur richesse mais aussi leur difficulté
; elle est une raison de réserver plutôt leur étude
aux classes de première.
-
Pour autant, les genres énumérés
ici n’épuisent pas le sujet. S’y ajouteraient aisément la
farce parmi les genres dramatiques, l’épopée et la chanson
de geste parmi les genres narratifs, la satire pour la poésie, etc.
Il est nécessaire de limiter les objets étudiés, mais
on peut aborder tel ou tel de ces autres genres, sans l’étudier
lui-même en détail : par exemple, la satire peut être
abordée en relation avec « L’éloge et le blâme
» et reprise en première dans l’analyse des formes d’argumentation.
-
Les genres concernent aussi
des textes, des oeuvres et des documents autres que littéraires.
Il est important de faire percevoir cette extension aux élèves.
Il convient donc de veiller à marquer les liens entre littéraire
et non- littéraire, tout comme les gradations et les différences
des uns aux autres. C’est en particulier par ce moyen qu’on leur fait percevoir
les spécificités du littéraire et l’intérêt
particulier de la lecture des oeuvres (voir Préface).
Mise en oeuvre
Progression
La progression d’ensemble
de la seconde à la première, et les raisons qui la fondent,
sont indiquées ci-dessus.
Dans ce cadre, l’organisation
de la progression annuelle appartient à chaque professeur. On attirera
ici l’attention sur deux points seulement :
-
L’étude méthodique
de la poésie est prévue en classe de première ; mais
les textes poétiques ont évidemment leur place en classe
de seconde. En particulier, ils s’intègrent naturellement lors de
l’analyse d’un mouvement littéraire et lors de travaux sur «
L’éloge et le blâme » ; ils peuvent faire l’objet d’exercices
d’écriture exploratoires. De même, il est bienvenu en seconde
d’amorcer une réflexion sur les caractéristiques du dialogue,
à propos des textes de théâtre notamment, même
si le genre ne figure pas au programme en tant que tel.
-
Les genres sont des catégories
variables, et nombre d’oeuvres en prennent les caractéristiques
pour les détourner, voire les subvertir, ou mêlent des éléments
de plusieurs genres. En seconde, il est bon de donner des analyses qui
permettent aux élèves de construire la notion même
de genre, et de les initier seulement aux cas de mixité et de subversion
des codes ; un examen plus approfondi de ces questions est en revanche
important en première.
Démarche
L’étude d’une oeuvre
significative doit être au centre de l’étude d’un genre :
pour la comédie, la tragédie, le roman, la nouvelle, il est
recommandé de partir d’une étude d’oeuvre intégrale.
L’associer avec la lecture – cursive – d’une deuxième oeuvre ou
avec un groupement de textes permet de faire percevoir les évolutions
du genre.
La mise en situation historique
constitue en effet la seconde préconisation importante. Les genres
ne se comprennent pleinement qu’en fonction des contextes où ils
trouvent leurs expressions les plus abouties. Aussi est-il recommandé
d’éviter les approches qui relèveraient d’une poétique
formelle. S’agissant des genres théâtraux, il est important
de mettre en lumière leurs qualités spécifiques de
textes conçus pour la scène et le spectacle, en même
temps que de textes à lire.
Mettre en relation les genres
et les registres permet d’amener les élèves à une
meilleure compréhension des uns et des autres, aide aussi à
montrer que les genres littéraires peuvent être mis en relation
avec des textes et des oeuvres non littéraires et permet une initiation
à une poétique générale ; mais il s’agit d’une
initiation, ce qui écarte le recours à des catégories
trop abstraites.
Genres
et écriture
L’étude des genres
peut donner la matière de dissertations et se réinvestit
dans l’écriture de commentaire et dans l’écriture d’invention.
Pour la préparation
au commentaire de texte, la catégorie générique est
un élément-clé de la signification des textes ; l’étude
d’oeuvres intégrales et l’analyse d’extraits conduisent à
soulever les questions de la conformité d’un texte avec les lois
du genre dont il relève et à s’interroger sur la façon
dont, le cas échéant, il les module, ce qui ouvre la voie
à la réflexion sur son originalité.
Par l’écriture d’invention,
on peut mieux faire percevoir ces lois des genres, en tant que protocoles
pour la production de textes.
Prespective
d'étude : Registres
Objectifs et
définition
Objectifs
Un des rôles spécifiques
de la littérature et des arts est d’exprimer et de fixer des émotions
et des mouvements de sensibilité qui ne s’expriment pas dans les
langages scientifiques ou utilitaires et qui, par les langages artistiques
et par l’art du langage, peuvent être échangés même
à grande distance dans le temps et dans l’espace. L’un des objectifs
de l’enseignement du français au lycée est de donner aux
élèves un accès conscient à ces échanges
constituant une ouverture sur un patrimoine humain qui dépasse les
frontières des aires linguistiques.
Les registres sont la manifestation
par le langage de ces grandes catégories d’émotions et de
mouvements de sensibilité. La joie, l’angoisse, la colère,
l’indignation, l’admiration, la plainte, la compassion, la méfiance,
le doute trouvent là leur lieu, à travers des formes d’expression
multiples. Au lycée, dans un travail réflexif, les élèves
ont à acquérir des connaissances sur ces registres, à
devenir capables de les reconnaître et de les analyser, mais aussi
d’exprimer eux- mêmes ce qu’ils éprouvent, d’une façon
consciente, mesurée et pertinente. L’étude de la littérature
les amène à comprendre que ces registres peuvent faire l’objet
d’un travail proprement esthétique, c’est-à-dire qui leur
donne forme dans des objets, les oeuvres, par lesquels les émotions
deviennent sensibles même en dehors des situations concrètes
qui les provoqueraient ; ils renvoient alors à la perception que
l’humain a de lui-même. Cette perspective d’étude est donc
au coeur de l’accès au sens.
Éléments
de définition
La notion de registre présente
quelques difficultés parce qu’elle est à la fois d’usage
courant et immédiat (le terme est constamment employé) et
peu théorisée dans des travaux récents. Mais force
est bien de constater que « depuis Horace jusqu’à Boileau
et Chénier, les arts poétiques leur font la part belle, et
non sans raison si l’on songe au simple fait que la poésie grecque
distinguait par des choix proprement stylistiques les registres lyrique,
dramatique et épique » (G. Genette, Fiction et diction,
Seuil, 1991, p. 138).
Cette remarque, sur laquelle
on reviendra, souligne une évidence : pour une part considérable
de l’histoire littéraire, cette question est explicitement centrale.
Ajoutons que pour les XIXe et XXe siècles, pour être plus
implicite, elle n’est pas moins sensible. Et puisqu’il a été
fait référence aux sources grecques, un rappel des données
premières de la poétique, chez Aristote, met en évidence
que « puisque nous avons une tendance naturelle à la représentation
et aussi à la mélodie et au rythme (car il est évident
que les mètres font partie des rythmes), ceux qui au départ
avaient les meilleures dispositions naturelles firent peu à peu
des progrès et donnèrent naissance à la poésie
à partir de leurs improvisations. Puis la poésie se divisa
selon le caractère propre de chacun : les auteurs graves représentaient
des actions de qualité accomplies par des hommes de qualité,
les auteurs plus légers celles d’hommes bas, en composant d’abord
des blâmes, comme les autres composaient des hymnes et des éloges
» (Aristote, Poétique, IV, 48b).
Ainsi, dès les origines,
un lien s’est établi entre un type de sujet et de «manière
» et une catégorie générique (c’est de ce lien
avec les catégories génériques que traite Genette
dans le passage mentionné plus haut). Sur une très longue
durée, il a ainsi régné un principe de convenance
: à un type de sujet correspondait une manière de composer
qui elle- même manifestait une attitude (« gravité »
et « légèreté », dit Aristote, en une
opposition simple, avant d’introduire ensuite dans son propos les réflexions
sur le comique et le tragique), une manière de sentir, représenter
et réagir.
On est donc conduit à
désigner comme « registres », ces « attitudes
» qui correspondent à des façons fondamentales de ressentir.
Historiquement, le principe de concordance entre sujet, manière
et attitude a été dominant jusqu’au XVIII e siècle.
Le romantisme marque le moment où il est remis en cause ; mais si
la concordance – distinction des genres par observation de la distinction
des registres – est depuis remise en cause, la question des « attitudes
» et des affects fondamentaux qu’elles engagent n’en est pas moins
présente.
On doit noter aussi (voir
ci-dessus la citation de Genette) le lien d’origine, en Grèce, entre
un cadre générique, un registre et un cadre linguistique
(le dialecte dorien pour le lyrique, l’attique pour le dramatique, l’ionio-
éolien pour l’épique). Aujourd’hui, il est usuel de parler
de « registres » à propos de catégories linguistiques,
les « registres de langue ». On pourrait craindre que ces deux
emplois du terme ne suscitent quelques confusions. Mais, outre que la situation
est la même pour nombre d’autres termes du vocabulaire littéraire
(ainsi « style » ou « genre »), c’est au contraire
le lien même qui facilite l’entrée dans la problématique.
Le système classique distinguait ainsi des sujets graves, impliquant
des personnages de rang élevé et employant un langage soutenu
pour le tragique, et des personnages ordinaires confrontés à
des situations ordinaires et employant un langage ordinaire pour le comique.
La notion de registre permet
ainsi, avec des lycéens, une transition du connu (les registres
de langue) au moins connu (les genres) et à un élément
de réflexion nouveau, les registres – éléments de
réflexion nouveaux, car dans l’expérience de chacun, le comique,
le polémique et le didactique sont présents.
Remarque corollaire
: un usage assez courant consiste à envisager dans les textes leur
« tonalité » ; mais la tonalité indique une inflexion
dans le langage et non le mouvement subjectif profond qui y est en jeu.
La notion de tonalité est donc utile, mais elle n’est pas suffisante.
La citation d’Aristote indique d’ailleurs l’origine de cette dérive
: en Grèce antique, poésie et musique avaient partie liée,
et « registres », comme données fondamentales, et «ton
», comme variable seconde, ont leur origine dans le langage musical.
Registres et
genres littéraires
En relation avec les émotions
fondamentales ci-dessus, on peut retenir comme principaux registres manifestes
dans le langage et ayant donné lieu à des productions littéraires
majeures telles qu’on peut les étudier au lycée : le tragique,
le comique, le polémique, l’épique, le lyrique, le didactique,
l’épidictique, le satirique (dont l’ironique), le pathétique,
le fantastique et le délibératif, lequel représente
un cas particulier lié au doute.
Pour une part, ils sont
associés dans la tradition littéraire à des genres
(la tragédie et le tragique, l’épique et l’épopée,
etc.). Mais ils ne s’y enferment pas : le tragique se manifeste ailleurs
que dans la tragédie et, réciproquement, il a existé
à l’âge classique des tragédies sans tragique. De plus,
les genres ont une histoire et peuvent n’être plus productifs dans
la création littéraire sans que, pour autant, les registres
correspondants aient disparu (ainsi, l’épopée). Enfin, l’art
littéraire, surtout moderne, consiste souvent à susciter
chez le lecteur un sentiment, une émotion, qui ne correspond pas
au genre apparent de l’oeuvre ou qui échappe aux définitions
génériques. On ne peut donc circonscrire l’approche des données
fondamentales de l’art littéraire à la seule catégorie
des genres : les registres constituent une dimension importante du langage
qui demande aussi à être reconnue comme telle.
Progression
de la seconde à la première
Il ne s’agit pas de rendre
compte en deux années de toute la question des registres, mais d’en
dégager les éléments essentiels. On notera que cette
approche ne se borne pas à la littérature, mais concerne
aussi les arts et, au- delà, la philosophie. Aussi, au cours des
deux années de seconde et de première, aborderat- on les
principaux registres en partant de ce qui est le plus manifeste – l’association
d’un registre avec un genre et une forme d’expression – pour aller progressivement
vers le plus complexe.
La liste ci-dessus peut
donc être reprise en distinguant la seconde et la première,
mais sans faire de frontières étanches entre les deux :
-
en seconde, le tragique, le
comique, l’épidictique (admiration ou blâme), l’épique,
le fantastique, le didactique ;
-
en première, le lyrique
(et l’élégiaque), le polémique, le satirique (et l’ironique),
le pathétique, le délibératif.
Mise en oeuvre,
objets d’étude
En
seconde
En classe de seconde, l’approche
des registres prend appui sur les faits de langue et de forme des genres
étudiés, en particulier de la tragédie et de la comédie.
Rapprocher les oeuvres étudiées dans ce cadre avec des textes
qui relèvent des mêmes registres sans pour autant relever
des mêmes genres, conduit les élèves à identifier
les caractéristiques des registres. L’accès à une
définition correcte du registre est une acquisition notionnelle
suffisante. En outre, si la perception des registres se fait par l’émotion,
elle est une réussite : il convient donc de donner place entière
aux réactions émotives des élèves face à
leurs lectures. Les exercices d’écriture d’invention sont l’un des
moyens de favoriser ces acquisitions. Des travaux de réécriture
permettent de voir comment les changements dans le langage entraînent
des changements de registres et donc de signification.
Réciproquement, pour
réécrire un texte dans un registre différent, les
élèves prennent conscience des moyens langagiers nécessaires
: syntaxe, vocabulaire et approche des figures de style se font ainsi par
l’écriture en liaison avec la lecture.
La progression en cours
d’année se fonde sur les lectures. Elle s’appuie sur les genres
et sur les catégories de l’histoire littéraire ; les registres
sont abordés à l’intérieur de ces cadres. L’expérimentation
des programmes de seconde confirme que les registres ne sont pas nécessairement
des catégories définissant à elles seules une séquence
de travail dans l’année.
En résumé,
les combinaisons les mieux appropriées pour ce niveau sont :
-
approche du tragique en relation
et prolongement du travail sur la tragédie et/ ou du comique avec
la comédie;
-
approche de l’épidictique
en relation avec l’éloge, le blâme et l’art du portrait ;
-
approche de l’épique
à l’occasion de l’étude du roman, en précisant en
quoi le réalisme est un héritage épique associé
à du didactique, et, éventuellement, approche du fantastique
avec l’étude de la
nouvelle ;
-
dans le travail sur l’argumentation,
initiation au didactique et au polémique ;
-
histoire littéraire :
le passage d’une doxa fondée sur le principe de concordance, et
donc sur la distinction des genres et registres, au mélange des
uns et des autres est marqué par l’approche du classicisme et du
romantisme, et par une comparaison entre ces deux temps de l’histoire littéraire.
N. B. – De même que le
polémique peut faire l’objet d’une initiation lors d’un travail
sur l’argumentation, le lyrique, le satirique et l’ironique peuvent aussi
être objets de premières indications, mais on évite
de surcharger le programme en les réservant pour l’année
suivante.
En
première
Les principes restent les
mêmes qu’en classe de seconde. Une attention accrue est portée
au fait que, de même que des genres connaissent, depuis le XIXe siècle
en particulier, des dérives, mélanges et transgressions,
des registres se trouvent eux- mêmes souvent mêlés dans
une même oeuvre.
Des liens entre registres
et objets d’étude sont particulièrement perceptibles pour
:
-
le polémique, avec l’étude
de l’argumentation et de la délibération ; le délibératif
constitue, rhétoriquement parlant, le registre qui correspond au
sentiment d’incertitude ; le satirique et sa spécification en ironique
sont fréquemment associés à ces enjeux ;
-
le lyrique, avec le travail
sur la poésie et sur le biographique ; pour ces deux objets d’étude,
les textes concernés présentent, le plus souvent, des mélanges
de registres ;
-
l’étude du langage théâtral
permet en particulier d’aborder le pathétique – en progression face
aux cas plus simples du tragique et du comique vus en seconde – mais surtout
de voir des cas de mélanges. En ce domaine, la multiplicité
du langage théâtral (texte, décors, costumes, mouvements,
voix) appelle une analyse portant sur les concordances et discordances
éventuelles entre les divers langages ainsi associés ;
-
histoire littéraire :
à partir des cadres vus en seconde, les mouvements littéraires
abordés en première sont situés de ce point de vue
; on soulignera le fait que les registres – à la différence
de certains genres, qui sont propres à une culture – sont présents
dans toutes les cultures et que la question des registres est pertinente
pour d’autres domaines que le littéraire (images, musique, divers
genres et langages).
En
première littéraire
Cette série se caractérise
en ce domaine par deux traits spécifiques :
-
Les objets d’étude propres
à la série L (l’« épistolaire
» et les « réécritures
») offrent matière à des analyses de mélanges
et variations de registres ; elles constituent un des éléments
importants des pratiques de réécriture ; par exemple, un
pastiche respecte le registre du texte pastiché, une parodie au
contraire opère un changement fortement contrasté.
-
La part plus large faite à
l’histoire littéraire conduit à approfondir les analyses
à cet égard. Le programme
de la terminale L conduisant à des approches des mythes, des
littératures étrangères et des études d’oeuvres
contemporaines, ces analyses préparent ainsi la transition entre
les deux niveaux. Ce programme amenant aussi à étudier de
façon plus approfondie les liens entre la littérature et
les arts visuels, l’étude des registres dans ces différents
langages est, là aussi, entreprise dès l’année de
première.
Perspective
d'étude : Intertextualité, production et singularité
des textes
Objectifs
Cette perspective oriente
la réflexion des lycéens selon un triple objectif :
-
comprendre que les textes et
les oeuvres sont le fruit d’un travail de l’écriture, qui est une
élaboration du sens ;
-
par là, améliorer
leur capacité d’expression ;
-
accéder à la perception
des singularités des textes, donc des qualités de style et
d’originalité des oeuvres littéraires.
Cette réflexion est indispensable
pour que les élèves apprennent à interpréter
correctement les textes qu’ils lisent et à élaborer eux-
mêmes des textes, écrits et oraux. Interpréter correctement
suppose d’éviter deux écueils : le psittacisme et les interprétations
abusives.
Le psittacisme consiste
à croire que le texte aurait un sens et un seul, fixé une
fois pour toutes par la volonté de l’auteur, que le professeur connaîtrait
et redirait, et que l’élève, à son tour, devrait seulement
mémoriser et répéter vaille que vaille.
Les interprétations
abusives, à l’inverse, consistent à croire que, chaque texte
ayant plusieurs interprétations possibles, toutes se valent. Ces
deux dangers peuvent se combiner : l’histoire de la critique abonde d’interprétations
divergentes, voire contradictoires, d’un même texte – les manuels
en portent trace ; et un élève pourrait croire que tel professeur
ou examinateur attend tel discours obligé et que, dans le souci
d’avoir de bonnes notes, il a intérêt à tenir ce discours.
On sombrerait alors dans
les pires méfaits : les interprétations abusives instaurent
le règne de l’arbitraire, et le psittacisme celui de la soumission
à cet arbitraire.
Au contraire, en discernant,
à travers les étapes de l’élaboration d’un texte,
le projet de son auteur et ses évolutions éventuelles, les
élèves accèdent à une réflexion méthodique
sur les enjeux de sens, tant pour le sémantisme – le projet – que
pour la signification des choix formels – le texte abouti. L’apport des
observations sur les relations entre textes (intertextualité) est
de faire saisir que le travail de l’écriture ne se fait pas ex nihilo,
mais en relation avec d’autres textes. Il contribue à la contextualisation
(dont l’élément premier est le contexte que représente
l’intertexte d’une oeuvre). Par là, il contribue à l’interprétation
et réfrène les penchants aux interprétations abusives.
Enfin, il apporte un élément essentiel à la perception
de l’originalité d’une oeuvre, en permettant des comparaisons précises.
Il ne s’agit pas d’amener
les élèves à faire de la critique génétique
ou à étudier l’institution littéraire (même
si on peut bien sûr utiliser les démarches et apports de ces
méthodes pour enrichir la lecture et la compréhension des
textes), mais de nourrir la réflexion sur les propriétés
de l’art verbal. En retour, les élèves apprendront que, dans
leurs productions écrites, ils ont à élaborer méthodiquement
le sens qu’ils veulent transmettre, y compris dans des écrits d’invention.
Cette perspective se prête donc à l’association de la lecture
et de l’écriture.
La progression
de la seconde à la première
Cette perspective d’étude
est constante en seconde et en première ; cependant, son libellé
dans le programme introduit délibérément, pour la
classe de première, le terme d’« intertextualité »
comme un terme nouveau. Il indique ainsi un souci de progression mesurée.
Les relations entre textes sont un fait général et constant.
La pratique de la lecture et de l’écriture est donc sans cesse confrontée
à ce phénomène, ne serait- ce que parce que commenter
un texte ou simplement répondre à des questions à
son sujet instaure un intertexte entre l’oeuvre étudiée et
le propos de l’élève. Pour autant, l’assimilation de la notion
et sa prise en compte réflexive gagnent à se faire peu à
peu. Si « intertextualité » est, depuis quelques décennies,
un terme courant dans les études littéraires, une approche
théorique et formelle n’apporte guère en la matière.
C’est au contraire en prenant appui sur un ensemble suffisant de lectures
que les élèves pourront percevoir l’importance du phénomène
et son rôle majeur dans la compréhension correcte des textes,
dans leur interprétation et dans la compréhension du phénomène
littéraire. Il est donc recommandé de n’introduire la notion
en tant que telle que lors de l’année de première.
Au moment de l’aborder,
deux mises en relation sont nécessaires :
-
avec la question de l’originalité
;
-
avec celle des choix que manifeste
cette originalité même, lorsqu’elle advient.
L’originalité est aujourd’hui
regardée comme une valeur littéraire essentielle. Mais tous
les textes ne sont pas originaux. En revanche, chaque texte est singulier
selon la situation où il est écrit et reçu. Faire
comprendre cette singularité et évaluer en quoi elle est,
parfois, originalité, est une voie d’accès aux qualités
littéraires. Pour autant, l’originalité n’est pas une fin
en soi : un texte peut être original par rapport à d’autres
sans être intrinsèquement plus beau – ou moins beau – que
ces autres (Racine imitant Euripide n’est pas supérieur ou inférieur,
en termes objectifs). Mais elle correspond à une recherche d’adaptation
à un public et à un temps, ou d’affirmation de la personnalité
de l’auteur, ou – dans le cas de la parodie – de volonté de prendre
des distances avec les textes ainsi mis en jeu. La progression a pour but
de faire peu à peu assimiler les notions de singularité,
d’originalité et d’implication des choix d’écriture.
Remarques
-
Dans les démarches, une
telle perspective d’étude appelle la plus grande attention aux mises
en relations entre des textes et aux comparaisons méthodiques qui
peuvent en résulter ; elles sont importantes, notamment dans le
cas de la poésie.
-
L’histoire littéraire
repose pour une bonne part sur les changements dans les conditions de production
et de réception des textes, et pour une autre, sur des changements
dans les intertextes ; aussi l’approche de ces questions et celle de l’histoire
littéraire sont- elles liées ; à cet égard,
il est nécessaire de faire fond, chaque année et entre la
seconde et la première, sur les mouvements littéraires abordés
et de faire en sorte que les élèves conservent trace de ceux-
ci, d’une année sur l’autre.
-
Les questions d’intertextualité
et d’originalité ont une place accrue en série L, notamment
en liaison avec l’objet d’étude « Réécriture
»; elles constituent une part de la spécificité de
cette série.
Les objets d’étude
Cette perspective d’étude
est pertinente pour tous les textes et pour tous les objets d’étude.
Cependant, elle prend un intérêt particulier dans certains
cas et, afin de ne pas produire un émiettement de l’attention, ces
derniers sont indiqués comme tels par le programme.
En
seconde
Elle s’applique particulièrement
à l’étude du travail de l’écriture et à celle
des conditions de publication ainsi qu’à celle du roman ou de la
nouvelle. Mais elle peut aussi intervenir pour d’autres objets. Elle se
combine notamment avec l’histoire littéraire. Elle conduit à
prendre en considération les étapes de l’élaboration
d’un texte : de nombreux documents offrent des exemples à cet égard.
Elle amène aussi à prendre en compte les conditions de la
création littéraire, les habitudes d’un public, les exigences
d’une collection, ou encore les contraintes de la censure. Le cas des censures
subies par Molière ou l’observation des étapes de l’élaboration
d’un passage chez Flaubert ou Zola, conviennent bien à cette analyse.
Ces aspects ne sont pas étudiés pour euxmêmes, mais
comme des étapes contribuant à une meilleure interprétation
des textes.
Les travaux d’écriture
des élèves deviennent par là, eux aussi, des objets
d’étude. Il s’agit de faire apparaître que les étapes
de l’écriture d’un texte sont des enjeux majeurs. Élaborer
un projet, rechercher des informations, tracer un canevas de projet, puis
en venir à la rédaction elle-même sont des méthodes
que l’observation des productions littéraires permet de développer
(voir aussi « L’écriture
d’invention »). Il y a donc ici un retour réflexif sur
les pratiques.
Enfin, cette perspective
permet d’engager, en classe de seconde, une réflexion sur les questions
du style et de l’originalité. Comprendre qu’une oeuvre est le fruit
d’un travail amène à voir qu’elle résulte d’une série
de choix faits par l’auteur, jusque dans le détail de l’expression
: les élèves accèdent à la question du style.
En même temps, le fait que chaque texte puisse suivre un projet et
un protocole différents mérite d’être souligné
: cela évite que les élèves croient qu’un auteur procède
toujours de la même façon et qu’ils appliquent mécaniquement
à tous les textes du même auteur une formule trouvée
dans un manuel. La question de l’originalité sera ainsi perçue
à la fois par les différences entre les auteurs, mais aussi
entre les textes d’un même auteur.
La pratique de l’écriture
personnelle conduit également les élèves à
percevoir les différences entre ce qu’eux- mêmes peuvent produire
et les choix originaux d’un écrivain. Dès lors, il est possible
de montrer que l’originalité n’est pas l’effet d’une spontanéité
mais l’acquis de choix assumés dans un travail en continuité.
En
première
Les orientations données
pour la classe de seconde restent valables pour celle de première.
Mais les questions d’intertextualité doivent être approfondies
au cours de cette année. À cette fin, le travail de l’écriture
ayant fait l’objet d’une première approche en seconde, les analyses
sont davantage concentrées sur certains objets d’étude ;
elles peuvent ainsi faire l’objet d’un temps de synthèse dans l’étude
de la poésie et/ ou du théâtre. Pour la série
L, l’analyse des réécritures appelle de façon logique
que la réflexion sur les intertextes soit développée
à cette occasion. La notion d’originalité, de même,
sera définie alors comme telle.
Dans toutes les séries,
des travaux d’écriture d’invention s’appuient sur des exercices
relevant de la réécriture, ce qui permet d’aborder l’intertextualité.
Ils attachent une attention particulière aux changements de genres
et de registres et mènent à des études de langue :
cas de synonymies et quasisynonymies, décalages de registres de
langue. En série L, ces travaux sont étroitement liés
au travail sur les formes et les variations esthétiques et historiques
de la réécriture.
Comme les travaux d’écriture
d’invention, les rédactions de commentaires et de dissertations,
dans toutes les séries, permettent de faire retour sur les étapes
de l’élaboration d’un texte et sur les protocoles correspondants.
L’invention apparaîtra ainsi aux élèves comme un facteur
commun à divers exercices (invention argumentative dans ces deux
cas, invention argumentative et représentative dans l’autre).
Mise en oeuvre
Place
dans la progression
Comme on l’a vu, les travaux
relevant de cette perspective peuvent s’inscrire dans des progressions
fondées sur l’étude d’une oeuvre majeure ou sur un groupement
de textes. Aussi, plutôt que de consacrer une partie spécifique
de l’année à ces travaux, on peut les associer à d’autres
objets, selon la démarche stipulée dans le programme : «
Un objet d’étude peut être abordé à l’intérieur
d’une ou plusieurs séquences. » Il est notamment recommandé
de les lier aux études portant sur une oeuvre romanesque, une oeuvre
théâtrale, un recueil poétique ou quelques poèmes
seulement, et sur l’oeuvre qui sera placée au centre du travail
sur un mouvement littéraire et culturel. De la sorte, les analyses
des conditions de création et de réception seront progressivement
approfondies et complétées au cours de l’année scolaire,
tout comme les questions du style et de l’originalité.
Liens
avec les productions des élèves
Ils sont de deux ordres
: avec les travaux de commentaire d’une part, avec l’écriture d’invention
d’autre part.
Écriture
de commentaire
Observer les étapes
de l’élaboration d’un texte constitue un moyen privilégié
de discerner le projet d’un écrivain en ce qu’il a de spécifique
pour ce texte- là, ce qui conduit à la question de son originalité.
Ainsi, l’initiation au commentaire de texte en seconde peut se faire d’un
double point de vue : mieux comprendre les contenus à développer
dans le commentaire et mieux apprendre à respecter les étapes
indispensables à l’élaboration de son propre texte de commentaire.
En première, l’originalité
est d’évidence une des questions majeures dans le commentaire littéraire.
Dans la perspective de l’examen, où les élèves disposeront
d’un corpus de travail, l’habitude d’établir des comparaisons méthodiques
importe : le jugement se construit mieux en fonction des relations (de
similitude et de différence) entre les textes que par l’analyse
d’un texte coupé de tout intertexte. Enfin – mais ce n’est pas le
moindre – l’originalité n’est pas seulement affaire de forme : elle
porte aussi sur les genres et l’usage qui en est fait, sur les registres
et leurs combinaisons éventuelles ; par là, les élèves
doivent accéder à l’analyse de la pensée d’un auteur,
et devenir capables de rendre compte sinon de tout ce qu’elle a d’original
– ce qui suppose une vaste culture littéraire, au- delà de
leur niveau – mais au moins de ce qui s’en manifeste dans le texte qu’ils
étudient. En retour, il convient d’éviter que ne s’installe
le mauvais réflexe consistant à penser, parce qu’on a lu
dans un ouvrage quelconque que la caractéristique d’un auteur est
telle ou telle, que tous ses textes répondent à ce trait
(Montaigne emploie très souvent l’humour, mais il lui arrive aussi
de faire place à l’admiration, voire à l’élégie)
: c’est donc bien la caractérisation du texte étudié
qui est le point essentiel de la démarche, contre les tentations
du «prêt-à-penser ».
Écriture
d’invention
Pour montrer aux élèves
les nécessités d’une production d’invention, il faut leur
donner à chaque fois des consignes précises. Partir de l’observation
du parcours suivi par un auteur pour élaborer un texte est un moyen
de leur faire découvrir par eux- mêmes les étapes nécessaires,
puis de les mettre en oeuvre dans leur pratique. Ainsi, pour des écrits
d’imitation, on ne leur demande pas seulement d’imiter la forme du texte,
mais aussi de reprendre le protocole d’écriture adopté par
l’auteur qu’on leur donne en modèle.
Perspective
d'étude : Argumentation et délibération
Définition
et objectifs
L’initiation à l’argumentation
forme l’un des axes directeurs du programme de troisième. Le professeur
de seconde pourra se reporter au document Accompagnement
des programmes de français de troisième (CNDP, 1999)
pour prendre connaissance des éléments proposés dans
ce domaine.
La notion d’argumentation
est envisagée comme une forme de discours qui vise à obtenir
l’adhésion d’un auditeur ou d’un lecteur aux thèses qu’on
présente à son assentiment. L’argumentation a donc pour but
de modifier les savoirs, les croyances et les opinions d’autrui en essayant
de démontrer, en s’efforçant de convaincre, en s’attachant
à persuader (voir « Démontrer,
convaincre et persuader »).
Dans ce cadre général,
le travail avec les élèves a pour objectifs :
-
de leur faire maîtriser
l’enjeu fondamental de l’argumentation qui, donnant à la parole
une chance contre la violence, est la régulation des conflits ;
-
de les conduire à prendre
conscience de la dimension dialogique de l’argumentation : elle implique
la présence de l’autre, qu’il s’agisse de celui que l’on cherche
à convaincre ou persuader, ou de celui dont on cherche à
contester ou à soutenir les arguments ; elle suppose ainsi l’écoute
et le travail de reformulation ; par là, elle conduit à la
capacité de délibérer, elle est donc essentielle à
la formation du jugement ;
-
de les amener à reconnaître
des grandes opérations de réflexion – affirmer, douter, réfuter,
admettre – et le vaste champ des postures cognitives qu’elles impliquent
: l’affirmation qui va de la certitude d’une conviction à l’entêtement
du péremptoire, le doute qui va de l’interrogation rationnelle à
la perplexité de l’hésitant, la réfutation qui va
du refus raisonné de la position adverse à l’obstination
du contradicteur, l’admission qui va du consentement assumé à
l’utopie du consensus ;
-
de leur faire comprendre la
double dimension, rationnelle et affective, de l’argumentation.
Langue et littérature
Le travail de l’argumentation
est donc conçu en premier lieu comme un travail sur la langue qui
exige des élèves la maîtrise progressive de moyens
linguistiques (voir la section « Étude
raisonnée de la langue ») :
-
perception précise de
l’énonciation, des stratégies énonciatives et de la
modalisation ;
-
prise de conscience et analyse
du rôle de l’implicite et du présupposé ;
-
capacité de convoquer
le discours d’autrui, de la citation directe aux différentes formes
de la reformulation ;
-
capacité d’articuler
argument et exemple dans la mise en oeuvre d’une argumentation ;
-
initiation aux différents
modes d’organisation du discours argumentatif.
Ces catégories s’appliquent
à l’oral comme à l’écrit, dans des textes littéraires
comme dans des textes non littéraires. En parallèle, la lecture
et l’étude d’oeuvres littéraires font connaître les
différentes dimensions de l’argumentation : argumentation directe
et indirecte, démonstration, persuasion, art de convaincre, délibération
sont présents dans pratiquement tous les genres et à toutes
les époques, même s’il est possible de mieux les observer
dans certaines catégories de textes (voir ci-dessous).
La progression
de la seconde à la première
L’omniprésence de
l’argumentatif exige de répartir l’analyse de ses divers aspects.
C’est pourquoi en seconde
le but est d’en voir la variété, en première de spécifier
deux de ses dimensions majeures :
-
la délibération,
qui correspond au cas le plus abouti où la confrontation d’idées
et de prises de position débouche sur un jugement (individuel et
collectif) ;
-
l’argumentation indirecte, où
une prise de position se manifeste moins dans un débat ouvert que
par des voies visant à susciter une adhésion par l’agrément.
L’exercice de la dissertation
est étroitement lié à la première de ces deux
lignes de force. L’écriture d’invention est davantage liée
à la seconde.
Contenus et
objets d’étude : argumentation, littérature d’idées
et rhétorique
En
seconde
En classe de seconde, les
élèves abordent les grandes formes du raisonnement : raisonnement
par déduction, qui prend son modèle dans le syllogisme et
qui suppose tant des prémisses avérées qu’une chaîne
logique cohérente ; raisonnement inductif, qui part de cas particuliers
pour aboutir à des conclusions de portée générale
(ce type de raisonnement est à l’oeuvre aussi bien dans la communication
ordinaire, la conversation, que dans la recherche expérimentale).
Enfin, on aborde le raisonnement critique, qui consiste à réfuter
une thèse opposée à celle qu’on veut défendre,
et le raisonnement par concession, qui suppose la reconnaissance partielle
de la thèse adverse. On prépare ainsi les élèves
au débat aussi bien qu’à la délibération et
à la dissertation.
Cependant, tenant compte
du fait que l’univers de l’opinion et des valeurs dont on discute dans
la vie sociale ne peut être aussi rigoureusement établi que
celui des vérités scientifiques, il convient d’amener les
élèves à s’interroger sur l’articulation entre les
dimensions rationnelles et affectives de l’argumentation ; de leur apprendre
à repérer le rôle des humeurs, des images, des opinions
et des valeurs que les interlocuteurs partagent de manière plus
ou moins dite ; de les faire travailler sur l’efficacité de la connivence
dans l’art de persuader et de convaincre (on peut éventuellement
se référer à la notion d’enthymème). À
ce titre, réfléchir sur la fonction des lieux communs (topoï)
dans la communication mène non seulement à dénoncer
les clichés, les stéréotypes qui ne sont jamais remis
en question, mais aussi à montrer comment ils jouent un rôle
majeur dans les échanges sociaux et varient en fonction des périodes,
des groupes humains, mais aussi des genres de discours. Enfin, les élèves
doivent apprendre à tenir compte aussi bien de l’image (sincérité,
modestie, vertu, dévouement, compétence…) que le discours
donne de celui qui le rédige ou le prononce (ethos), que
des émotions qu’on cherche à produire chez le récepteur
: compassion, indignation, admiration, enthousiasme (pathos).
Les trois grands domaines
de l’argumentation sont ainsi abordés :
-
Le
délibératif, qui concerne la discussion sur l’avenir,
sur ce qui n’est pas encore réalisé, sur ce que l’on projette
d’organiser ; ce qui renvoie aussi bien au débat politique (on pourra
travailler ce point en ECJS) qu’à la discussion quotidienne, dès
qu’on se trouve confronté, seul ou collectivement, à une
décision. Le travail sur le théâtre (monologue intérieur,
scène de confrontation d’opinions sur une décision à
prendre) est un moyen d’aborder cette réflexion tout en préparant
les élèves à la classe de première, où
ils devront étudier l’essai.
-
Le
judiciaire, qui vise la connaissance de la vérité
effective de ce qui s’est passé. Au-delà du seul univers
juridique, ce genre prévaut dans le journalisme d’investigation
et dans tous les récits qui prennent la forme d’une enquête
(voir le roman policier). On pourra travailler cet aspect en relation avec
les séances consacrées au récit.
-
L’épidictique,
dont la fonction est d’émouvoir le récepteur à partir
d’une réalité connue, soit qu’on valorise une action, une
personne, un objet sous la forme de l’éloge, de l’hommage ou du
panégyrique, soit au contraire qu’on dénigre par le blâme,
la satire, la critique. La tradition littéraire offre de nombreux
exemples de ce genre : oraison funèbre, apologie, dithyrambe, panégyrique,
blason, portrait, mais aussi pamphlet, diatribe, satire… Les discours quotidiens
et la presse en font un large usage. Ainsi l’argumentation constitue un
objet d’étude en tant que tel (« Démontrer,
convaincre et persuader »), mais elle est aussi abordée
dans d’autres objets d’étude : « L’éloge
et le blâme » bien sûr, mais aussi dans les textes
de théâtre, voire dans les récits.
En
première
Selon la progression indiquée
par le programme, la délibération constitue un des enjeux
majeurs de la classe de première. Ce terme désigne les situations
où sont pris en compte plusieurs points de vue afin de construire
un jugement. Il ne doit pas être entendu en son sens restreint et
technique (délibération d’une assemblée, d’un jury)
mais dans sa globalité (ainsi les « Stances » de Rodrigue
dans
Le Cid sont un exemple frappant de délibération
personnelle, la « tempête sous le crâne » de Jean
Valjean dans Les Misérables de même…). Le lien avec
la formation du jugement et le respect des opinions d’autrui est ici capital
pour la formation tant personnelle que civique, conformément aux
finalités de l’enseignement du français au lycée (Programme,
Préambule). Le débat, à l’oral le dialogue, comme
genre littéraire, en sont des objets. La dissertation est une formation
à la construction et l’expression de ce jugement critique informé.
Mais cette finalité
exige aussi que soient pris en compte les cas où le jugement reste
en suspens, comme aussi ceux où une idée est suggérée
et insinuée plus qu’ouvertement affirmée. La part des affects
est également à prendre en compte. L’étude de textes
d’essais
et d’apologues correspond à cette préoccupation.
Si en seconde il convient,
sans entrer dans un excès de détails, d’initier les élèves
aux grands domaines distingués par la rhétorique, en première,
il convient de faire retour sur ceux-ci, en même temps que de faire
découvrir aux élèves les étapes (le mot «
parties » est impropre en ce cas) de l’élaboration de tout
discours, notamment celle de l’inventio / invention.
Pratiques
En
seconde
Le travail sur l’argumentation
en classe de seconde a pour but d’apprendre à présenter des
idées, à programmer son discours, à faire un plan.
On développe chez l’élève la capacité de rédiger
des textes argumentatifs fondés sur les raisonnements déductif
et inductif ou sur la critique de la thèse adverse. On fait rédiger
des textes concessifs dans le cadre d’une approche de la dissertation.
Le nombre de travaux écrits
et oraux doit être équilibré et le libellé des
sujets doit préciser les situations d’énonciation et en diversifier
les pratiques : justification d’une opinion sur un texte, interprétations,
commentaires ; lettres, éloges, critiques, articulation de points
de vue différents sur un texte, un livre, un film, un sujet de société,
préparation d’un entretien ou d’un débat ; entretiens, débats,
discours argumentés, travaux de groupes, etc.
Les modules et l’aide individualisée
peuvent être utilisés pour mettre les élèves
en situation de recherche de «lieux ». Comme dans l’écriture
d’invention (voir
ce chapitre), on fait reprendre les textes écrits par les élèves
(réorganisation du propos, corrections de style en fonction des
positions de l’énonciateur et du destinataire, etc.) ; le lien entre
ces démarches et le travail de l’argumentation est souligné.
Conformément aux
démarches préconisées par le programme (« un
objet d’étude peut être présent dans plusieurs séquences
»), l’argumentation est analysée à divers moments de
l’année. Cependant, il est souhaitable de lui consacrer un temps
spécifique, permettant de rassembler les éléments
rencontrés auparavant et de préciser les notions-clés.
En
première
De même, l’argumentation
peut faire l’objet d’un temps propre dans l’année, mais elle doit
aussi être abordée à plusieurs reprises. Des genres
proprement argumentatifs sont étudiés : ils doivent permettre
de discerner des cas où les textes montrent un jugement qui prend
forme, ou qui a pris forme et s’affirme (certains essais, certains dialogues),
des cas où il est en suspens (autres cas de dialogues, voire d’essais),
des cas d’argumentation indirecte (apologues, part de l’apologie dans le
biographique).
Le travail de dissertation,
abordé en seconde, est en lien direct avec ces temps de formation
du jugement. Il est important de montrer aux élèves que les
écrits de commentaire aussi doivent être argumentés.
Dans les écrits d’invention, représentation et argumentation
sont l’une et l’autre présentes, soit séparément,
soit conjointement (dans des écritures d’apologue notamment).
Série
STT- STI
Dans ces séries,
l’approche de l’argumentatif peut faire une part plus importante à
des textes pratiques, en invitant les élèves à davantage
de comparaisons entre littéraire et non-littéraire. En revanche,
les écrits d’invention ne doivent pas être exclusivement consacrés
à des essais purement argumentatifs. Pour les sections STT concernées
et pour les SMS, on veille à établir le lien entre les parties
de la formation à caractère professionnel, où de tels
textes interviennent, et l’enseignement du français : le but est
de développer les comparaisons, non de susciter des redondances
entre ces deux parts de la formation.
Série
L
Les deux objets d’étude
spécifiques à cette série (« Les
réécritures » et « L’épistolaire
») offrent de multiples cas d’approfondissement des analyses d’argumentation.
En particulier dans l’épistolaire, les jonctions entre argumentation
et jeux de registres (le lyrisme comme moyen de toucher pour persuader
notamment ; la lettre comme forme substitutive du dialogue polémique)
sont à mettre en avant. |