| Introduction
Cette section explicite les
contenus du programme. Nombre d’entre eux sont des objets d’étude
pris en compte de longue date dans l’enseignement du français. Aussi
les chapitres qui leur sont consacrés sontils délibérément
brefs, mettant seulement en lumière les éléments neufs
qui les concernent. De même, les différents chapitres indiquent
des corpus de textes, d’oeuvres et d’auteurs qui sont autant de viviers
: leur rôle est d’orienter le professeur, de rappeler au besoin des
oeuvres canoniques à ne pas négliger ou d’indiquer des oeuvres
plus neuves qui peuvent utilement être intégrées.
Ils ne sont bien entendu
ni des listes d’oeuvres obligatoires ni des listes limitatives mais bien
plutôt l’indication d’un consensus observé lors des expérimentations,
des consultations et des journées interacadémiques au cours
des années scolaires 1999-2000 et 2000-2001.
Il est cependant sans doute
utile de procéder ici à deux rappels :
-
Les contenus du programme sont
à proprement parler les objets d’étude qu’il répertorie.
Ces objets d’étude sont obligatoires. Leur liste constitue un des
apports essentiels des nouveaux programmes, qui indiquent ainsi les fondements
de la culture nécessaire et partagée des lycéens et
futurs citoyens.
-
La progression entre la seconde
et la première ne repose pas seulement sur des seuils de difficultés
et d’exigences croissantes dans l’analyse des textes et dans les exercices
d’expression écrite et orale : elle réside dans une répartition
des contenus.
Répartition qui n’a
rien de mécanique ni d’étanche : ainsi le théâtre
est abordé en seconde et approfondi en première ; le roman,
étudié en seconde, est aussi repris en première dans
certaines de ses formes (romans biographiques et autobiographiques, roman
épistolaire – en série L notamment), etc. ; et en retour,
la poésie, si elle ne constitue pas un objet d’étude en tant
que tel en seconde, doit bien sûr y être abordée.
D’une classe à l’autre,
des complémentarités se construisent ainsi. Pour les rendre
mieux perceptibles, la présentation ici adoptée ne sépare
pas les deux années en deux sections distinctes, mais au contraire
met en avant les jointures et continuités. Invitation, pour chaque
lecteur, à prendre connaissance non seulement du programme et des
documents d’accompagnement correspondant au niveau où il enseigne,
s’il n’en assure qu’un, mais aussi à celui qui précède
ou qui suit. La claire indication des cohérences et complémentarités
est essentielle en terme de formation.
Objet
d'étude : Mouvements littéraires en classe de seconde
Objectifs
Conformément aux finalités
des programmes
de seconde et de première, précisées dans le chapitre
«Histoire littéraire et culturelle », les buts sont
de :
-
donner progressivement aux lycéens
des repères précis sur les grandes scansions de l’histoire
littéraire et culturelle ;
-
leur permettre de réfléchir
à ce qu’est un mouvement littéraire ;
-
fournir des connaissances sur
le contexte des oeuvres étudiées et lues, connaissances nécessaires
à la compréhension de celles-ci.
Afin d’élaborer progressivement
une mise en perspective historique, de façon à ce que les
lycéens se l’approprient et que le cours de français contribue
ainsi à la formation de leur conscience historique, le programme
propose d’interroger le passé à partir du présent.
Il s’agit de permettre qu’apparaissent peu à peu les scansions majeures
de l’histoire littéraire, à partir de phénomènes
et de questions toujours sensibles aujourd’hui (plutôt que de dérouler
mécaniquement un ordre chronologique dont bien des aspects sont
hors de portée d’élèves de seconde et de première).
Dans ce but, les mouvements
étudiés en seconde doivent être limités en nombre.
Aussi l’année de seconde prend-elle en compte les mouvements qui
ont constitué des points essentiels dans la formation de la littérature
en France ou dans le domaine francophone ; en première, l’approche
s’ouvrira davantage au domaine européen.
D’autre part, il est nécessaire
que les élèves comprennent ce qu’est un mouvement littéraire,
en quoi son étude permet de contextualiser correctement les textes
étudiés, et comment elle contribue à la connaissance
et à la compréhension de « l’histoire des mentalités,
des idéologies et des goûts » (Programme,
Préambule). C’est pourquoi l’un des mouvements envisagés
en classe de seconde sera « étudié en tant que tel
», tandis que «d’autres le seront à propos d’autres
objets d’étude ».
Les élèves
ont abordé, au cours de leur scolarité au collège,
des ensembles de lectures de textes porteurs de références
culturelles majeures, dans un ordre chronologique. Mais ils n’ont pas eu
une approche réflexive des périodes de la littérature,
ni réfléchi sur ce qu’est un mouvement littéraire.
Au lycée, la construction de la perspective historique d’ensemble
est un but poursuivi sur les deux années de seconde et de première
: la classe de seconde y contribue pour une part déterminée.
Et cette construction exige la compréhension de la notion même
de mouvement littéraire, notion jusque-là inconnue des élèves
et qui constitue donc un des acquis à établir en seconde.
Contenus pour
la classe de seconde
Mouvement
littéraire
Le terme de « mouvement
littéraire » désigne un ensemble d’auteurs et d’oeuvres
présentant des traits communs affichés, inscrits dans des
textes ayant valeur de programme, voire de manifeste. Il peut s’agir d’une
«école littéraire », avec sa doctrine, ses signes
de ralliement, ses chefs de file ; il peut s’agir aussi, plus souplement,
d’un courant qui, sans former une école à proprement parler,
offre une unité esthétique et idéologique forte. En
première, cette problématique s’élargira à
l’idée de « mouvement littéraire et culturel ».
Scansions
majeures
L’histoire de la littérature
se construit à partir de questions liées à la langue,
aux modèles esthétiques et au rôle dévolu aux
textes. Selon ces trois critères, certains moments de l’histoire
littéraire ont été particulièrement importants
dans la constitution de l’héritage culturel français. Ce
sont ceux qui fondent une littérature française par distinction
d’avec la littérature latine et des littératures étrangères,
puis ceux qui modifient les schémas ainsi établis. Sont donc
retenues ici comme scansions majeures de l’histoire littéraire française
à envisager en classe de seconde : la Pléiade, puis le classicisme
comme deux temps où s’affirment des modèles littéraires
français, ensuite le romantisme qui les remet en question, le réalisme
et le naturalisme qui approfondissent certains traits du romantisme et,
par opposition, l’art pour l’art qui marque une orientation inverse, enfin
la littérature engagée.
Rappel : À
la différence des autres cas cités, le classicisme ne s’est
pas constitué en école revendiquant ce nom, mais a été
désigné ainsi plus tard, à partir du XIXe siècle
et dans une configuration polémique ; cependant, il présente
des traits majeurs qui incitent, par commodité, à le joindre
ici aux mouvements.
Un
mouvement littéraire étudié en tant que tel
Que la compréhension
des textes soit nourrie par leur contextualisation suppose que les élèves
s’approprient effectivement les données essentielles de ce qu’est
un mouvement littéraire, sans qu’ils les enregistrent passivement.
C’est pourquoi, en classe de seconde, un de ces mouvements sera étudié
en tant que tel. Pour éviter tout malentendu, précisons ici,
au risque de quelque pesanteur, que cela ne signifie pas que la seule dimension
historique des acquis de seconde est l’étude d’un mouvement littéraire
et d’un seul, mais que la réflexion nécessaire sur la notion
de mouvement littéraire se fait sur l’un de ceux cités ci-dessus
; les élèves acquièrent ainsi la capacité de
comprendre ce qu’est un mouvement littéraire et de transférer
les démarches de contextualisation et d’analyse sur d’autres.
Pour cette appropriation,
il est indispensable que l’étude se fonde sur des lectures effectives
des élèves. C’est pour tenir compte de leurs capacités
de lecture, et des difficultés plus grandes que présentent
la langue et la mise en contexte des oeuvres plus anciennes, que le programme
préconise de donner en seconde la place principale à des
textes des XIXe et XXe siècles. Ainsi pourraient être étudiés
comme mouvements littéraires en tant que tels en seconde : le romantisme,
le réalisme et le naturalisme, la littérature engagée.
Rappel : Le romantisme
a une dimension européenne, mais il constitue un phénomène
fort en France et son étude peut ainsi préparer à
l’approche des questions d’influences culturelles qui seront traitées
en première.
Autres
mouvements littéraires pour la classe de seconde
Comme l’histoire littéraire
concerne aussi l’histoire des genres, l’étude de la tragédie
et/ ou de la comédie conduit ainsi à aborder le classicisme.
Des textes du XVIe siècle, des poèmes de la Pléiade
notamment, peuvent être analysés dans un travail sur le portrait
en étudiant « L’éloge et le blâme
». Mais il est raisonnable de réserver à la classe
de première la réflexion sur l’humanisme. Pour Montaigne
entre autres, l’étude du genre de l’essai facilite alors son approche.
L’étude du roman ou de la nouvelle s’assortit aisément avec
le réalisme et le naturalisme. La littérature engagée
se lie aisément aussi avec l’argumentation, l’art pour l’art avec
le travail de l’écriture.
Il est bon également
d’initier les élèves à d’autres phénomènes
de l’histoire littéraire, qui n’en constituent pas des scansions
majeures, mais qui permettent de contextualiser les oeuvres et textes lus
(voir la section «Exemples de réalisations », exemple
4).
Démarches
Il existe diverses méthodes
pour étudier l’histoire littéraire, qui peuvent avoir divers
mérites.
Nous rappelons seulement
ici quelques principes essentiels :
-
Le but étant la constitution
d’une culture, il s’agit avant tout de lire des textes et de placer le
plus possible au centre du travail l’étude d’une oeuvre intégrale.
-
L’objectif est d’apprendre aux
lycéens à tenir compte des contextes pour lire, comprendre
et interpréter les textes ; il convient donc de leur apporter les
démarches nécessaires pour aborder ces contextes et non de
figer l’histoire littéraire en un répertoire de formules
toutes faites, qui ne rendent pas compte de la particularité des
oeuvres. La lecture de textes contemporains de l’oeuvre étudiée
et leur comparaison sont indispensables à la fois à la mise
en contexte et à l’identification d’une période et d’un état
de pensée et de sensibilité. Il est donc nécessaire
d’accompagner l’étude d’une oeuvre intégrale de lectures
complémentaires, soit un groupement de textes, soit une autre oeuvre
ou des extraits lus en lecture cursive.
-
Si l’histoire littéraire
est à aborder par des lectures, ces lectures doivent aussi mettre
en relation les oeuvres et les textes littéraires avec d’autres
textes et des documents, y compris d’autres langages – images, musiques
– qui donnent accès à l’idée des mouvements de sensibilité,
et qui ouvrent sur l’histoire culturelle. Le rôle de la documentation
est ici important.
-
Surtout, il ne s’agit pas de
former les élèves à des méthodes de l’histoire
littéraire, mais à sa démarche: ils doivent apprendre
à discerner les lacunes dans leurs connaissances, à construire
des questionnements, ainsi qu’à se livrer, à une échelle
modeste, à des recherches. L’exercice de l’exposé, souvent
utilisé à cette fin, doit cependant être limité,
dans sa durée comme dans sa fréquence et ses ambitions. Un
travail de groupe lors de l’étude d’une oeuvre intégrale
est souvent productif.
-
Nombre de mouvements littéraires
sont caractéristiques d’un moment de l’histoire mais peuvent se
manifester à d’autres, y compris en amont (par exemple, D’Aubigné
est un écrivain qui s’engage) ; il est profitable de ne pas diluer
la chronologie et de faire percevoir les moments caractéristiques,
avant de montrer les extensions possibles.
Éléments
de mise en oeuvre
Les mises en oeuvre observées
au cours des expérimentations en 1999-2000 et de l’application des
programmes en 2000-2001 suggèrent, pour la classe de seconde, des
exemples d’organisation du travail, que l’on peut résumer par les
indications suivantes (qui sont présentées ci-dessous selon
l’ordre du programme, et non selon un ordre à suivre en cours d’année,
le professeur ayant le libre choix de l’organisation de ses progressions
; ce sont des suggestions, non des modèles).
Étude
d’un mouvement en tant que tel
De nombreux collègues
ont choisi le romantisme. Ce mouvement se prête bien à des
lectures touchant à la poésie, mais aussi au théâtre
et au roman. Le travail peut ainsi s’organiser autour de la lecture d’une
oeuvre et de textes complémentaires diversifiés. Le lien
avec la peinture et la caricature est aisé à établir.
Le rôle des registres – épique, mais aussi pathétique
et fantastique – peut y être mis en lumière. Le lien avec
le programme d’histoire permet de faire saisir le rôle de la rupture
révolutionnaire dans l’évolution de l’histoire culturelle.
La compréhension de ce qu’est un contexte est ainsi facilitée.
Elle peut aussi être liée à une approche du classicisme
menée par ailleurs (voir ci-dessous), qui contribue à faire
percevoir les effets de rupture advenus dans les choix esthétiques,
et en quoi ils sont révélateurs des sensibilités et
des idéologies. Le réalisme ou le naturalisme ont aussi été
parfois choisis pour être étudiés comme mouvements
en tant que tels. L’étude s’organise alors autour de la lecture
d’une oeuvre romanesque majeure de Zola ou Maupassant (Flaubert convenant
mieux à une approche de « l’écriture artiste »).
La mise en relation avec le romantisme apporte un moyen de compréhension
des contextes et des évolutions. On prendra en compte aussi la critique
de l’idéologie bourgeoise.
Mouvements
étudiés en relation avec d’autres objets
Dans
l’étude du genre théâtral
Étude du classicisme
autour de Molière, Racine ou Corneille et, en étudiant l’évolution
et les transformations des genres, de la comédie ou de la tragédie,
étude de la littérature engagée (autour de Sartre,
Les
Mouches, par exemple). Pour rendre compte de l’importance historique
des modèles classiques, on donne des indications sur l’essor littéraire
de cette période, en relation avec une politique culturelle d’ensemble,
et on éclaire l’esthétique par ses liens avec les questions
d’éthique (pensée politique, philosophique et religieuse).
Cela est particulièrement net pour le cas de la tragédie.
On tiendra compte du fait que les élèves ont déjà
eu, au collège, l’occasion de lire des oeuvres de cette période,
notamment de Molière.
Dans
l’étude du genre romanesque
Approche du réalisme
ou du naturalisme : voir ci-dessus.
Dans
l’étude de l’argumentation
À l’occasion, par
exemple, d’un travail sur la littérature et la guerre – si l’on
a choisi d’aborder cette problématique –, il est possible de donner
une approche de la littérature engagée (voir Démontrer,
convaincre et persuader »). Dans l’étude de « L’éloge
et le blâme », à propos du portrait, il est possible,
outre une initiation aux textes du XVIe siècle, de donner une approche
du classicisme (avec La Bruyère) ou de compléter ce qui en
aura été vu à son sujet dans l’étude du théâtre.
Exemple
de mouvements étudiés au fil des séquences (à
titre d’indication)
Une séquence sur
le genre du portrait (« L’éloge et le blâme »)
permet une initiation à la Renaissance et une première approche
du classicisme (La Bruyère ; scène des portraits du Misanthrope…).
Une séquence sur
l’argumentation, centrée sur la problématique de l’éducation,
en reprend les acquis. Une séquence sur la tragédie permet
de compléter la connaissance du classicisme. Dans une autre séquence,
le genre et le registre tragiques sont repris, par comparaison, pour le
XXe siècle, afin de faire percevoir les constantes et les évolutions
(autour de Sartre, Les Mouches, le personnage d’Oreste et les Atrides
donnant la base de comparaison), et offrent une approche de la littérature
engagée. L’étude d’un mouvement en tant que tel porte sur
le romantisme, en contraste avec le classicisme. Ensuite, le travail sur
le roman permet d’aborder le réalisme ou le naturalisme. Une séquence
sur l’argumentation, centrée sur la problématique de l’éducation,
en reprend les acquis. Une autre étude d’oeuvre, propice à
l’examen du travail de l’écriture, peut compléter la connaissance
des mouvements (l’art pour l’art).
Objet
d'étude : Mouvements littéraires et culturels en classe de
première
Objectifs
La classe de première
poursuit les finalités du programme en ce domaine, telles que précisées
dans le chapitre « Histoire littéraire
et culturelle » pour la classe de seconde (voir chapitre précédent).
Rappelons donc que les buts sont de :
-
donner progressivement aux lycéens
des repères précis sur les grandes scansions de l’histoire
littéraire et culturelle : la classe de première complète
en ce domaine les acquis de la classe de seconde ;
-
leur permettre de réfléchir
à ce qu’est un mouvement littéraire et culturel ;
-
fournir des connaissances sur
le contexte des oeuvres étudiées et lues, connaissances nécessaires
à la compréhension de celles-ci.
Afin d’élaborer progressivement
une mise en perspective historique, il s’agit de compléter peu à
peu la connaissance des scansions majeures de l’histoire littéraire.
L’année de seconde a pris en compte les mouvements qui ont constitué
des points essentiels dans la formation de la littérature en France
ou dans le domaine francophone ; en première, l’approche s’ouvre
davantage au domaine européen. D’autre part, les élèves
ont vu en seconde ce qu’est un mouvement littéraire, en quoi son
étude permet de contextualiser correctement les textes étudiés,
et comment elle contribue à la connaissance et à la compréhension
de l’histoire des mentalités, des idéologies et des goûts
(Programme,
Préambule). En classe de première, sera étudié
en tant que tel – tandis que d’autres le seront à propos d’autres
objets d’étude, pour établir la connaissance des principales
scansions – un mouvement littéraire et culturel, c’est- à-
dire que la notion de mouvement littéraire est approfondie dans
ses liens avec les autres aspects de la vie artistique et intellectuelle.
Contenus pour
la classe de première
Mouvement
littéraire et culturel
Le terme de « mouvement
littéraire et culturel » désigne les situations historiques
où des traits communs apparaissent de façon manifeste dans
des oeuvres d’écrivains, mais aussi dans d’autres arts et dans d’autres
domaines de la vie intellectuelle, artistique et idéologique.
Il est alors possible d’introduire
la notion de « phénomène», pour initier les élèves
à des situations où des auteurs peuvent avoir des traits
en commun par-delà même leurs différences, voire divergences,
pour des raisons historiques identifiables (ainsi de l’humanisme avec la
redécouverte des sources antiques et la crise religieuse, du baroque
et des temps d’inquiétude politique et religieuse, des Lumières
et de l’attitude optimiste de maîtrise du monde). Par là,
une réflexion s’amorce sur l’idée de culture.
Scansions
majeures
Après les scansions
majeures de l’histoire littéraire française envisagées
en classe de seconde (Pléiade, classicisme, romantisme, réalisme
et naturalisme, art pour l’art, littérature engagée), la
classe de première envisage des phénomènes d’ampleur
géographique plus vaste, de dimension internationale, largement
européenne, mais ayant eu en France un fort retentissement : humanisme,
baroque, Lumières, symbolisme, surréalisme.
N. B. – Comme
le classicisme, le baroque est un phénomène identifié
et désigné longtemps après par les historiens et les
critiques, et non une appellation d’époque ; ce fait ne présente
pas d’inconvénient majeur dans la perspective de compréhension
d’un phénomène, pourvu que les élèves soient
informés qu’il s’agit d’une appellation forgée après
coup.
Un
mouvement littéraire et culturel étudié en tant que
tel
Pour éviter tout
malentendu, on rappelle encore ici, au risque de quelque pesanteur, qu’étudier
en tant que tel un mouvement littéraire et culturel ne signifie
pas que la seule dimension historique en première est l’étude
d’un mouvement littéraire et culturel, mais que la réflexion
nécessaire sur la notion de mouvement littéraire et culturel
se fait sur l’un de ceux cités ci-dessus ; les élèves
acquièrent ainsi la capacité de comprendre ce qu’est un tel
mouvement et de transférer les démarches de contextualisation
et d’analyse sur d’autres. À la différence de la classe de
seconde et compte tenu de ses acquis, il est davantage possible d’envisager
des phénomènes plus éloignés dans le temps.
Le choix du professeur est donc encore plus libre en la matière.
Une différenciation peut cependant être envisagée selon
les séries : l’humanisme et le symbolisme paraissent devoir être
plutôt réservés, pour une étude en tant que
telle, à la série L – sans que cela constitue une obligation
–, les autres peuvent l’être en STT - STI comme en S et ES.
Autres
mouvements littéraires pour la classe de première
Comme l’histoire littéraire
concerne aussi l’histoire des genres, l’étude de la poésie
peut être liée à celle du baroque, du symbolisme ou
du surréalisme ; la réflexion sur l’humanisme – Montaigne
entre autres – à l’étude du genre de l’essai et plus largement
de l’argumentation. Les Lumières se lient aisément aussi
avec l’argumentation, mais également avec plusieurs aspects du biographique.
En série L, les «Réécritures
» offrent une large gamme de possibles en lien avec l’humanisme et
le symbolisme. Il est également bon d’initier les élèves
à d’autres phénomènes de l’histoire littéraire,
qui n’en constituent pas des scansions majeures, mais qui permettent de
contextualiser les oeuvres et textes lus.
Démarches
Rappelons ici encore qu’il
existe diverses méthodes pour étudier l’histoire littéraire,
qui peuvent avoir divers mérites, que chaque professeur peut procéder
diversement, pour peu qu’il mette en avant, sans dogmatisme de méthode,
les démarches fondamentales :
-
Le but étant la constitution
d’une culture, il s’agit avant tout de lire des textes et de placer au
centre du travail, le plus possible, l’étude d’une oeuvre intégrale.
-
Il s’agit d’apprendre aux lycéens
à tenir compte des contextes pour lire, comprendre et interpréter
les textes ; il convient donc de leur apporter les démarches nécessaires
pour aborder ces contextes et non de figer l’histoire littéraire
en un répertoire de formules toutes faites, qui ne rendent pas compte
de la particularité des oeuvres. La lecture de textes contemporains
de l’oeuvre étudiée et leur comparaison sont indispensables
à la fois à la mise en contexte et à l’identification
d’une période et d’un état de pensée et de sensibilité.
-
Si l’histoire littéraire
est à aborder par des lectures, ces lectures doivent aussi mettre
en relation les oeuvres et les textes littéraires avec d’autres
textes et des documents, y compris d’autres langages – images, musiques
– qui donnent accès à l’idée des mouvements de sensibilité
et qui ouvrent sur l’histoire culturelle.
-
Surtout, pour former les élèves
à
l’essentiel de la démarche historique, il s’agit de leur apprendre
à construire des questionnements et à se livrer, à
leur échelle modeste, aux recherches d’informations nécessaires.
Savoir discerner les questions indispensables est une compétence
majeure, plus importante, à ce niveau d’étude, que l’entassement
de formules toutes faites forcément mal articulées. La remise
en mémoire des acquis de la classe de seconde et le travail par
des comparaisons sont indispensables : la construction de la perspective
historique exige cette mise en lumière des héritages et différences.
Éléments
de mise en oeuvre
Les indications suivantes
sont présentées selon l’ordre du programme, et non selon
un ordre à suivre en cours d’année, le professeur ayant le
libre choix de l’organisation de ses progressions ; ce sont des suggestions,
non des modèles.
Étude
d’un mouvement en tant que tel
Les Lumières se prêtent
bien à des lectures touchant au théâtre, au biographique
(y compris au roman présenté comme récit de vie),
à l’essai et au dialogue. Le travail peut ainsi s’organiser autour
de la lecture d’une oeuvre et de textes complémentaires diversifiés.
Le lien avec les questions de religion et de société est
aisé à faire apparaître. Le rôle des registres
polémique, ironique, pathétique peut y être mis en
lumière. La comparaison avec l’humanisme et le rappel des acquis
sur le classicisme contribuent à faire percevoir les effets d’héritage
dans les choix esthétiques ; la comparaison avec le romantisme met
en lumière des effets de rupture. Le surréalisme présente
des effets de rupture très manifestes, et une extension dans divers
domaines artistiques – en peinture particulièrement – ainsi que
des liens avec les questions anthropologiques (par l’intérêt
porté à l’inconscient et à la psychanalyse) et des
textes- manifestes qui nourrissent la mise en perspective idéologique.
L’humanisme, le baroque et le symbolisme peuvent être pris comme
objets, mais présentent, pédagogiquement, l’inconvénient
d’offrir moins d’oeuvres intégrales assez aisément lisibles
par des lycéens.
Mouvements
étudiés en relation avec d’autres objets
Dans
l’étude de la poésie
Baroque, symbolisme et surréalisme
offrent matière abondante, aussi bien de textes poétiques
que de documents iconographiques (tableaux) permettant de montrer à
la fois les conflits entre angoisse et optimisme dans les mouvements de
pensée et l’esthétique des contradictions.
Dans
l’étude du genre théâtral
Les Lumières comptent
des pièces qui contribuent à la problématique philosophique
et à la critique sociale et qui, par conséquent, mettent
en lumière des tendances majeures de la période.
Dans
l’étude du biographique
Cette forme polymorphe donne
la possibilité d’étudier des textes liés à
l’humanisme et au baroque (mémoires, récits de vie), ainsi
qu’aux Lumières et au surréalisme. L’histoire de ce genre
est particulièrement significative des étapes d’affirmation
du sujet individuel et participe ainsi de la perception des évolutions
idéologiques essentielles en ce domaine.
Dans
l’étude de l’argumentation
Les liens avec l’humanisme
et avec les Lumières, via des genres comme l’essai et le dialogue,
sont manifestes.
Dans
l’étude de l’épistolaire
En série L, l’épistolaire
s’associe de façon immédiate avec des études sur l’humanisme
comme sur les Lumières (essais en forme de lettres, lettres polémiques,
roman par lettres).
Exemple
de mouvements étudiés au fil des séquences (à
titre d’indication)
Une séquence sur
l’argumentation permet une initiation à l’humanisme et une première
approche des Lumières. Une séquence peut ensuite être
consacrée à celles-ci, avec un autre ensemble de textes argumentatifs
et une oeuvre théâtrale, avec inclusion des registres polémique,
ironique, pathétique. Une étude du biographique inclut d’autres
textes liés aux Lumières. Le travail sur la poésie
permet d’aborder le baroque et / ou le symbolisme. Une séquence
sur le surréalisme peut la prolonger.
Objet
d'étude : Le récit - le roman et la nouvelle en classe de
seconde
Objectifs
Les élèves
ont lu et étudié au collège de nombreux récits
(contes, romans, nouvelles). Il est donc possible, en seconde, de prendre
appui sur ces acquis pour atteindre les objectifs suivants :
-
les conduire à maîtriser
la notion de genre ;
-
leur faire percevoir les implications
de cette notion à deux échelons complémentaires, celui
du récit en général – en mettant à profit les
acquis du collège sur le narratif – et celui du genre précis
que le professeur choisit d’étudier – roman ou nouvelle, selon la
classe et son rythme de travail et de lecture (s’il choisit la nouvelle,
il est préconisé de faire lire par ailleurs, à propos
d’un autre objet d’étude, un roman, et réciproquement) ;
-
leur faire lire des oeuvres
significatives, en s’appuyant sur la curiosité qu’éveillent
en général chez les adolescents les textes narratifs.
Contenus
La
problématique des genres
Le roman et la nouvelle
sont des genres souples, multiformes ; mais ils présentent aussi
quelques traits distinctifs forts : structure narrative, fiction, inscription
dans une temporalité. D’autre part, ce sont des genres aujourd’hui
très largement répandus dans les lectures les plus usuelles.
Enfin, ils permettent une transition mesurée avec les acquis du
collège. Ils offrent donc un domaine où la notion de genre
peut être à la fois définie et problématisée,
ce que les élèves pourront ensuite réinvestir en première
et au-delà. Le but (voir Genres)
n’est pas de théoriser sur cette notion, mais de faire comprendre
en quoi les genres sont des codes sociaux nécessaires.
Le
récit et ses genres
Le narratif est largement
répandu sous des formes multiples, du non- littéraire (par
exemple le reportage) au littéraire. Revenir sur la notion de récit
conduit ainsi, en seconde, à faire percevoir aux élèves
en quoi les récits littéraires présentent des propriétés
communes avec les autres textes narratifs – et donc qu’en étudiant
un récit littéraire, on acquiert les compétences utiles
pour toute lecture de récit – et en quoi ils offrent l’attrait de
leur forme et la liberté de la fiction. Le roman constitue depuis
un siècle la forme dominante dans la production littéraire
: les élèves seront ainsi amenés à s’engager
dans une réflexion sur la littérature et ses apports, à
partir de leur relation avec cette forme.
Des
romans modernes
Pour la raison ci-dessus,
et pour que les élèves se familiarisent avec la lecture d’oeuvres
littéraires de quelque longueur sans être trop gênés
par des difficultés de langue et de références culturelles,
la classe de seconde privilégie la lecture de romans des XIXe et
XXe siècles, y compris d’oeuvres immédiatement contemporaines.
Récit
et registres
L’abondance de la production
littéraire narrative permet au professeur, dans le cadre de sa liberté
de choix des oeuvres étudiées en fonction de la pro gression
annuelle de chaque classe, de faire lire etétudier des textes offrant
des cas de registres qui n’ont pas été abordés par
ailleurs. Ainsi des éléments d’épique et de didactique,
dans sa variante réaliste, sont notamment à mettre en lumière
(la souplesse de la forme romanesque donnant par ailleurs nombre d’occasions
d’initier les élèves à d’autres registres).
Roman,
nouvelle et histoire littéraire
La prépondérance
du narratif romanesque dans la littérature constitue, en soi, un
élément de construction de l’histoire littéraire.
L’étude de tels textes s’articule particulièrement bien,
de plus, avec des mouvements littéraires tels que le réalisme
et le naturalisme, la littérature engagée, voire l’art pour
l’art (avec « l’écriture artiste » de Flaubert), ou
encore avec le romantisme.
Mise en oeuvre
L’étude du roman ou
de la nouvelle est pratiquée de longue date au lycée ; les
modalités de mise en oeuvre en sont bien connues : étude
de l’oeuvre intégrale, groupement de textes complémentaires,
travaux sur les incipits, etc.
D’autre part, l’étude
d’une oeuvre romanesque intégrale – ou, selon les classes, d’une
nouvelle longue ou d’un recueil de nouvelles – peut constituer le centre
d’une séquence ou s’associer avec un travail sur un mouvement littéraire.
On se borne donc ici à
trois recommandations :
-
un travail sur le roman ou la
nouvelle s’organisera à partir de la lecture d’une oeuvre intégrale
; une seconde oeuvre sera lue au cours de l’année (par exemple en
lecture cursive), ainsi que des extraits, de façon à rendre
possibles des comparaisons nécessaires pour faire percevoir les
constantes du genre, mais aussi l’originalité de l’oeuvre étudiée
;
-
il est important d’éviter
les analyses trop technicistes de narratologie : la finalité première
est la constitution d’une culture (ici, la connaissance d’un genre par
la lecture de textes) ;
-
il est utile de procéder
à des comparaisons entre récits littéraires et récits
non littéraires, pour faire mieux comprendre la différence
entre le narratif en général et la codification des genres
littéraires du roman ou de la nouvelle.
Lectures : auteurs
et oeuvres
Le programme spécifie
que le choix des oeuvres est ouvert et appartient aux professeurs, au sein
des oeuvres des XIXe et XXe siècles. La liste de romanciers et de
romans, ainsi que de nouvellistes des XIXe et XXe siècles qui suit
a été établie à partir de la consultation et
des mises en oeuvre qui ont déjà eu lieu. On y distingue,
d’une part, les auteurs que l’histoire littéraire a consacrés
et qui constituent de grands repères culturels, d’autre part ceux
qui, sans être secondaires, sont moins directement perçus
comme des repères, et enfin des oeuvres qui sont sans doute moins
attendues mais peuvent être étudiées avec profit. On
suggère en outre l’étude d’oeuvres intégrales du domaine
francophone, mais aussi des possibilités d’ouvrir aux élèves
– par des lectures cursives notamment – un accès aux littératures
étrangères.
Romans
des XIXe et XXe siècles
-
Lire et étudier un roman
: Balzac, Camus, Colette, Flaubert, Hugo, Maupassant, Perec, Queneau, Stendhal,
Zola.
-
Mais aussi : Aragon, Beauvoir,
Cendrars, Cohen, Dumas, Duras, Gautier, Gide, Giono, Gracq, Huysmans, Kourouma,
Le Clézio, Malraux, Mauriac, Saint-Exupéry, Sand, Simenon,
Sue, Tournier, Vallès, Vercors, Villiers de l’Isle-Adam, Vercel,
Vian, Yacine.
-
Ainsi que, pour une initiation
aux littératures étrangères, des romans : Bradbury,
Buzzati, Calvino, Cervantès, Conrad, Dickens, Dostoïevski,
Garcia Marquez, Goethe, Gorki, Hemingway, Hesse, Huxley, Kafka, Kipling,
Kundera, London, Mann, Orwell, Soljenitsyne, Steinbeck, Susskind, Tolstoï,
Tourgueniev, Wilde, Zweig.
-
Éventuellement, des oeuvres
moins attendues – outre des oeuvres immédiatement contemporaines
– pouvant susciter la curiosité et l’intérêt des élèves
: Ben Jelloun, L’Enfant de sable ; Castillo, Tanguy, Rue des
Archives ; Chraïbi, La Civilisation, ma mère !…
; Feraoun, Le Fils du pauvre ; Fitzgerald, Gatsby le magnifique
; Gary, La Vie devant soi ; Godbout, Salut Galarneau ! ;
Greene, Le Troisième Homme ; Griffin, Dans la peau d’un
noir ; Guilloux, La Maison du peuple, Le Sang noir ; Hampaté
Bâ, Amkoullel, l’enfant peul ; Hardy, Tess d’Uberville
; Inoué, Le Fusil de chasse ; Jonquet, La Bête et
la Belle ; Kristof, Le Grand Cahier ; Laye, L’Enfant noir
; Lewis, Pourquoi j’ai mangé mon père ; Modiano, Dora
Bruder ; Paasilinna, Le Lièvre de Vatanen ; Pennac,
La Fée Carabine, La Petite Marchande de prose ; Queffélec,
Les
Noces barbares ; Radiguet, Le Diable au corps ; Sepúlveda,
Le
vieux qui lisait des romans d’amour ; Tremblay, Chroniques du plateau
Mont-Royal ; Zamiatine, L’Inondation ; Zobel, La Rue Cases-Nègres.
Nouvelles
des XIXe -XXe siècles
-
Recueils de nouvelles françaises
: Aymé, Barbey d’Aurevilly, Flaubert, Maupassant, Mérimée,
Sartre, Vercors, Yourcenar.
-
Mais aussi d’autres auteurs
français, francophones et étrangers : Berberova, Borges,
Buzzati, Diop, Gautier, Gogol, Joyce, Kafka, Poe, Pouchkine, Schnitzler,
Tchekhov.
Objet
d'étude : Le théâtre en classe de seconde - comédie
et tragédie ; comique et tragique
Objectifs
Pour le travail sur les oeuvres
théâtrales en seconde, voir notamment les chapitres «Genres»
et «Registres».
L’étude du théâtre est usuelle en seconde. On se bornera
donc ici à des indications liées à l’expérience
des mises en pratique et à quelques rappels. Les élèves
de seconde ont déjà abordé des oeuvres de théâtre
au collège, notamment des comédies de Molière. Il
s’agit de compléter et d’enrichir cette approche, et de leur donner
une connaissance critique de l’art théâtral, par une réflexion
sur les caractéristiques d’un genre et sur ses évolutions
: l’étude du genre est donc ici liée à une perspective
d’histoire littéraire.
Ainsi, les buts de cette
partie du programme sont :
-
la lecture d’oeuvres significatives
relevant de la tragédie ou de la comédie, de façon
à faire apparaître les propriétés du genre correspondant
;
-
l’approche de la notion de registre
tragique ou de registre comique, en ce qu’elle est liée au genre
de même nom, mais aussi en ce qu’elle en dépasse les limites
;
-
la lecture d’oeuvres et / ou
de textes complémentaires permettant de saisir les évolutions
du genre et les cas où les lois en sont transformées ou détournées
;
-
une introduction aux spécificités
de la création théâtrale, à la fois texte et
spectacle (ce qui sera approfondi en première).
N. B. – Le programme
invite à aborder le théâtre par l’étude de l’un
ou l’autre genre ; des lectures complémentaires ou l’étude
d’un autre objet donneront une approche de celui des deux qui ne sera pas
étudié méthodiquement et sont bien sûr recommandées.
Contenus
L’idée
de genre
Comédie et, plus
encore, tragédie, offrent une possibilité optimale de définir
la notion, complexe et variable, de genre : en effet, ces genres dramatiques
ont fait, surtout à l’époque classique, l’objet de débats
et de codifications fortes, en même temps qu’accessibles par des
élèves de seconde. Cette approche se fait par l’observation
des liens entre les sujets traités et les formes et effets proposés
par les oeuvres ; les questions très techniques – le découpage
en scènes, la liaison des scènes – resteront au second plan
; la question des unités, importante pour l’histoire de ces genres
en France, sera relativisée – ces genres existent sans le même
respect des unités dans d’autres cultures, chez Shakespeare notamment.
De même, la classe de seconde introduit l’idée de l’évolution
et de l’éventuelle transgression des codes génériques.
L’idée
de registre
Ces genres offrent un espace
opportun pour aborder la notion de registre, nouvelle pour les élèves.
Le but n’est pas de théoriser cette idée pour ellemême,
mais de faire apparaître la question des émotions mises en
jeu dans la littérature. L’idée du rôle cathartique
de la tragédie et des rôles de comique de divertissement et/
ou satirique de la comédie sert de point de départ à
cette approche.
Mise en oeuvre
Les mises en pratique déjà
réalisées montrent que l’étude d’une oeuvre intégrale
dramatique constitue un bon objet central pour une séquence. En
outre, elle montrent les liaisons suivantes entre l’étude du genre
théâtral et d’autres dimensions du programme :
L’histoire
littéraire
Les modèles génériques
de la comédie et de la tragédie s’étant constitués
à l’âge classique, il est recommandé de faire intervenir
une oeuvre de cette époque et de faire dès lors apparaître
une double dimension de l’histoire littéraire :
-
le contexte historique, avec
la connaissance des traits essentiels du classicisme ;
-
l’évolution historique
des formes, pour faire comprendre que les genres ont, eux aussi, une histoire.
L’oral
Genre scénique, le
théâtre impose un travail sur l’oral. Des mises en voix de
scènes, des lectures à haute voix, des récitations
peuvent s’associer au travail sur la nature de l’oeuvre comme spectacle.
Ces exercices sont recommandés en classe de seconde (voir «
L’oral
»).
Dialogue
et argumentation
Les oeuvres de théâtre
(notamment classique) incluent souvent des scènes de dialogue comportant
une dimension argumentative : ainsi, par exemple, l’étude des scènes
1 et 2 d’Andromaque permet de lier l’analyse de l’exposition théâtrale
et du conseil (scène 1) à celle d’un affrontement argumentatif
(scène 2). On peut donc initier les élèves aux problématiques
du dialogue, ainsi qu’à des aspects de l’argumentation dans les
oeuvres de fiction même, comme moyen de l’action.
Le
texte et la scène : liens avec l’étude de l’image et les
arts
Dans le cours de français,
il est nécessaire de prendre en compte – d’abord à partir
des indications scéniques, explicites ou implicites, du texte –
le rôle de l’espace scénique, des décors et costumes,
des éclairages et d’engager une réflexion sur les conventions
de représentation. Ces analyses peuvent se fonder sur l’étude
d’images, de décors ou de costumes, ainsi que sur la mise en images
que constitue une mise en scène vue. L’étude du théâtre
offre de nombreuses occasions de travail en liaison avec les arts. Ces
analyses sont amorcées en seconde, et reprises et approfondies en
première.
Auteurs et
oeuvres
Auteurs
dramatiques français
De la même manière
que pour le récit, la liste indicative qui suit, issue des mises
en oeuvre de 2000-2001, invite à distinguer les auteurs français
du XVIIe au XXe siècle dont l’oeuvre constitue un repère
culturel. La liste est délibérément donnée
par ordre alphabétique et, nombre d’auteurs ayant écrit des
pièces relevant des deux genres ou – pour certaines – difficilement
classables, on ne distingue pas entre auteurs de tragédies et auteurs
de comédies : Corneille, Giraudoux, Ionesco, Jarry, Marivaux, Molière,
Musset, Racine.
Autres
lectures
D’autres auteurs français
et étrangers pourront également être abordés
(en étude d’oeuvre intégrale, en lecture cursive, ou par
lecture d’extraits), en relation avec les genres et registres comiques
et / ou tragiques : Anouilh, Audiberti, Bernhard, Brecht, Camus, Claudel,
Cocteau, Dubillard, Euripide, Feydeau, Montherlant, Obaldia, Pagnol, Pinget,
Pinter, Pirandello, Sarraute, Sartre, Shakespeare, Sophocle, Tardieu, Tchekhov.
Texte et spectacle
L’étude du théâtre
doit pouvoir associer, dans la mesure du possible, le travail sur le texte
et sur l’interprétation scénique. Pour ce dernier aspect,
la vision d’une réalisation de l’oeuvre étudiée en
classe est bien sûr souhaitable.
Des cassettes audiovisuelles
sont diffusées par (voir aussi chapitre suivant) :
-
l’INA (collection « Voir
et Savoir ») proposant des mises en scène d’oeuvres théâtrales
: Hamlet, de Shakespeare (mise en scène de Patrice Chéreau)
; Britannicus, de Racine (Gildas Bourdet) ; Le Misanthrope,
de Molière (Antoine Vitez) ; La Cerisaie, de Tchekhov (Jean-Claude
Carrière) ; La Vie de Galilée, de Brecht (Antoine
Vitez) ; Les Chaises, de Ionesco (Jean- Luc Bouté) ; L’Hypothèse,
de Pinget (Joël Jouanneau) ;
-
le CNDP, collection «
Les théâtrales », Bérénice (Jean-Claude
Carrière et Jean-Daniel Verhaegue) ;
-
le CNDP publie aussi des dossiers
avec diapositives et disque compact dans la collection « Théâtre
aujourd’hui », dont le numéro 6 sur Hamlet et La
Nuit des rois.
Objet
d'étude : Le théâtre en classe de première -
art et langage dramatiques
Objectifs
Durant l’année de
seconde, les élèves ont acquis une connaissance précise
du théâtre (objet d’étude : « Le
théâtre : la tragédie et le tragique, ou la comédie
et le comique »). Il s’agit en première de compléter
et approfondir cette étude.
En effet, le théâtre
occupe une place singulière dans la littérature, non seulement
parce qu’il a donné des oeuvres qui constituent des modèles
majeurs, mais surtout :
-
parce qu’il est à la
fois texte et spectacle ;
-
parce que, comme tel, il présente
une part d’oralité fondamentale.
C’est cette spécificité
du théâtre qui est ici en jeu. Elle doit mener les élèves
à mieux saisir la diversité des ressources du littéraire,
et à s’interroger sur les liens entre oral et écrit, verbal
et visuel, et les concordances ou éventuelles discordances entre
les deux sortes de langage, ainsi que sur les problèmes d’interprétation.
De la sorte, alors qu’en
seconde la complexité de ce langage multiple a certes été
abordée, mais est restée en second plan, elle devient en
première une question centrale. Le but est de faire comprendre aux
élèves comment l’oeuvre dramatique prend toute sa signification
dans sa réalisation sur scène et, au-delà, de leur
faire découvrir les ressources de signification que permet l’association
du verbal et du non-verbal (langages visuel et sonore). En corollaire,
on les conduit à observer les effets de double réception
(par le spectacle et par la lecture), fréquente au théâtre.
Associé à ces objectifs de connaissance du langage, un objectif
d’étude des genres et registres prend place ici : après l’étude
de cas où il y a pour l’essentiel concordance entre un genre et
un registre, avec la tragédie et le tragique ou la comédie
et le comique, il s’agit en première de prendre en compte des oeuvres
présentant à cet égard des mixités génériques
complexes et d’étudier d’autres registres : le pathétique,
l’ironique, ou le satirique – selon l’organisation de la progression annuelle
de chaque classe – en montrant à chaque fois sur quels sujets ils
portent.
Contenus
Les oeuvres et textes étudiés
sont au choix du professeur. Il veille à éviter les redondances
avec le programme de seconde. Il veille aussi à choisir des oeuvres
et textes offrant une matière riche pour étudier l’association
du texte et du spectacle.
Les genres préconisés
sont, de ce fait :
la tragi-comédie ;
le drame ;
le théâtre moderne
à genre indéfini.
Peuvent également être
abordés avec fruit des exemples pris dans le théâtre
médiéval (Jeux, Mystères).
Le programme recommande d’associer
l’étude d’une oeuvre intégrale et la lecture d’extraits.
Le plus profitable en la matière est de diversifier largement les
genres et les époques (une oeuvre ancienne, des extraits plus modernes,
ou l’inverse).
Le théâtre
contemporain est représenté au moins par extraits.
Les notions-clés
sont :
-
la mixité des genres
;
-
les registres pathétique
et/ ou ironique, satirique ;
-
la double énonciation.
N. B. – Par double énonciation,
on désigne la situation typique du théâtre où
les personnages s’adressent les uns aux autre sur scène (plan d’énonciation
1) et où l’ensemble de leurs propos, mais aussi leurs gestes, leurs
costumes, les décors, les accompagnements musicaux éventuels,
les lumières, forment un discours global qui s’adresse au public
(plan d’énonciation 2). Cette notion est à traiter à
propos du théâtre, mais elle est présente dans de nombreux
autres domaines littéraires ; ainsi les genres du roman épistolaire
et du dialogue y ont-ils recours. Comme toutes les séries n’étudient
pas l’épistolaire, il est bon que cette question soit vue ici.
Enfin, en termes de contenus,
l’étude du théâtre s’associe à la construction
des éléments d’histoire littéraire de deux façons
:
-
après l’étude
des formes classiques de comédie et/ ou de tragédie en seconde,
elle montre l’évolution vers les formes mixtes modernes ;
-
pour l’époque classique,
elle montre qu’à côté des formes unifiées et
régulières, des formes complexes (tragi-comédie, comédie-ballet)
ont persisté à cette époque ; ceci permet de montrer
des cas de coprésence de modèles différents, les uns
dominants, les autres dominés, en une même période.
N. B. – Dans une approche
du drame, on ne manquera pas de faire observer comment le modèle
classique est aussi présent au coeur du XIXe siècle (par
exemple la Lucrèce de Ponsard est exactement contemporaine
des Burgraves de Hugo et a obtenu du succès alors que la
pièce de Hugo fut un échec).
Démarche
Conformément au libellé
du programme, dans le souci de permettre aux professeurs de diversifier
leurs démarches et progressions en fonction des classes et des situations,
le théâtre peut en première faire l’objet d’une séquence
en propre, ou être intégré à une séquence
orientée par un autre objet d’étude.
Dans tous les cas, une remise
en mémoire des acquis de la classe de seconde est indispensable.
Dans tous les cas aussi,
la lecture – soit cursive, soit par étude analytique – d’une oeuvre
intégrale est nécessaire. Dans tous les cas, des éléments
de mise en comparaison sont à prévoir, soit au sein d’une
même séquence, soit par recours à des textes de théâtre
à divers moments de l’année.
Si le théâtre
est abordé sous l’égide d’autres objets d’étude, les
objets d’étude « Mouvements littéraires et culturels
» et « Argumenter et délibérer » sont particulièrement
propices (par exemple, L’Île des esclaves de Marivaux s’intègre
bien à une étude du débat dans la satire sociale et/
ou une étude des Lumières).
Dans le cas où le
théâtre est l’objet central d’une séquence, trois possibilités
se présentent :
-
étude d’une oeuvre ancienne
non classique et comparaison avec des textes plus récents ;
-
étude d’un drame romantique,
non pour reprendre l’analyse du romantisme – étudié en seconde,
donc objet de remémorations, éventuellement de compléments,
mais non d’étude approfondie – et comparaison avec l’amont et l’aval
;
-
étude d’une oeuvre du
XX e siècle, et recherche d’exemples en amont d’oeuvres offrant
les mêmes mixités de genres et registres, et le même
souci de faire une large place aux effets visuels.
Dans l’analyse des textes, deux
préoccupations s’imposent :
-
la visualisation associée
au texte : de préférence par vision de la pièce, sur
scène ou en vidéo ; au moins par mise en voix et en espace
en classe ; un travail avec le professeur d’arts plastiques est ici souhaitable
;
-
des analyses comparatives, à
deux échelons : au sein d’une même oeuvre, entre le verbal
et le visuel qui souvent sont décalés, et entre des oeuvres
et textes différents. Le recours à des documents tels que
reproduction de décors et costumes, musiques, enregistrements, est
préconisé. De même, un temps de réflexion sur
le rôle des interprètes (le comédien, le metteur en
scène) est nécessaire (éventuellement accompagné
de l’analyse d’un extrait du Paradoxe du comédien de Diderot
et/ ou Une soirée perdue de Musset), en lien avec la réflexion
sur les variations de significations des oeuvres et la notion d’interprétation.
Lectures : oeuvres
et textes
Le répertoire des
possibles est ici encore immense ; on ne cite donc les auteurs et les oeuvres
que comme des suggestions et la liste n’est pas limitative.
Des
classiques
Molière, Dom Juan,
une comédie-ballet étudiée dans son intégralité
; Marivaux, L’Île des esclaves, L’Île de la raison, Le Jeu
de l’amour et du hasard ; Beaumarchais, Le Mariage de Figaro
; Hugo, Hernani, Ruy Blas, Le roi s’amuse ; Musset, Lorenzaccio,
On ne badine pas avec l’amour ; Rostand, Cyrano de Bergerac
; Beckett, En attendant Godot, Fin de partie ; Shakespeare (au choix,
hors tragédies).
Moins
classiques
Calderon, Lope de Vega,
Valère Novarina, Koltès, Goldoni (oeuvres au choix du professeur,
en texte intégral ou en extraits), Michel Tremblay (Les Belles
Soeurs), Jean Genet (Les Bonnes), Philippe Caubère (Le
Vent du gouffre), etc.
Texte et spectacle
Pour associer le travail
sur le texte et sur l’interprétation scénique, la vision
d’une réalisation d’une oeuvre étudiée en classe peut
recourir :
-
aux cassettes audiovisuelles
diffusées par l’INA (collection « Voir et Savoir »),
notamment : La Fausse Suivante, de Marivaux (Patrice Chéreau)
; La Cerisaie, de Tchekhov (Jean-Claude Carrière) ; La
Vie de Galilée, de Brecht (Antoine Vitez) ; Oh ! les beaux
jours, de Beckett (Roger Blin) ; Dans la solitude des champs de
coton, de Koltès (Patrice Chéreau); L’Hypothèse,
de Pinget (Joël Jouanneau) ;
-
au catalogue « Le théâtre
à l’école », édité par le Centre national
du théâtre à la demande des ministères de la
Culture et de l’Éducation nationale, recensant deux cents titres
de vidéos accessibles en prêt, location ou vente et indiquant
les principaux fournisseurs de vidéogrammes :
-
Centre national du théâtre
: 6, rue de Braque, 75003 Paris, cnt@cnt.asso.fr.
-
Ateliers diffusion audiovisuelle
: 41, rue des Envierges, 75020 Paris, adav@wanadoo.fr.
-
Association nationale de recherche
et d’éducation théâtrale : 13 bis, rue Henry- Monnier,
75009 Paris, anrat@wanadoo.fr.
-
Centre national de la cinématographie
: 11, rue Galilée, 75016 Paris, alain.sartelet@cnc.fr.
Objet
d'étude : La poésie
Objectifs
La poésie est présente
tout au long de la scolarité en français : des comptines
de l’école maternelle aux poèmes et récitations de
l’école élémentaire, et aux lectures et études
plus systématiques du collège, le texte poétique occupe
une place particulière dans la mémoire de chaque élève.
Son étude au lycée, nourrie de tous ces apprentissages antérieurs,
doit faire apparaître d’autant plus nettement sa spécificité
et l’analyser. En particulier, les élèves sont alors en mesure
non seulement d’éprouver mais aussi d’analyser les différences
entre l’usage du langage à des fins de récit ou d’argumentation
et son usage poétique qui – sans exclure les deux précédents
– manifeste une manière d’interroger la langue et, par là,
les façons de percevoir, de ressentir et d’émouvoir par les
mots et les rythmes.
En classe de seconde, la
poésie ne constitue pas un objet d’étude spécifique,
mais le texte poétique n’en est pas moins présent. Il est
abordé à travers l’étude de mouvements littéraires
et culturels où la poésie joue un rôle central (le
romantisme par exemple) ; il est également étudié,
en relation avec la dimension sensible de l’argumentation, dans les approches
de l’éloge et du blâme, et plus largement à travers
la problématique de l’engagement.
En classe de première,
en revanche, la poésie est un objet d’étude commun à
toutes les séries d’enseignement général et technologique.
Le programme indique deux grandes directions pour cette étude :
la spécificité du travail poétique sur le langage
et les continuités et les évolutions dans les conceptions
de la poésie, notamment autour des représentations de la
modernité.
Les objectifs de cette étude
sont donc de permettre aux élèves de :
-
prendre clairement conscience
de ce qui fait la particularité de l’expression poétique
par rapport aux grandes formes littéraires qu’ils connaissent et
étudient par ailleurs : d’où un accent à faire porter
sur l’oralité et la musicalité de la langue, les relations
étroites entre les formes prosodiques et le contenu, la question
des images et des figures, les grandes formes du vers (fixe ou libre) et
de la prose poétique, les principaux genres de la poésie,
la présence singulière de la subjectivité ;
-
connaître non seulement
des textes poétiques isolés (par l’étude attentive
de leurs formes ainsi que par la mémorisation et la diction) mais
également des oeuvres poétiques dans leur globalité
; l’étude d’un recueil poétique, qui doit favoriser le plaisir
de la lecture personnelle et cursive de la poésie, est particulièrement
recommandée ;
-
contextualiser leur lecture
de la poésie et acquérir une connaissance de ses grands moments,
à travers ses continuités, ses évolutions, ses ruptures,
au sein de l’histoire littéraire et culturelle, en particulier les
mouvements de la modernité. L’attention peut alors être attirée
sur la dimension polémique qui scande cette histoire.
Les enjeux portent donc respectivement
sur la matière, l’oeuvre et l’histoire poétiques. Ils doivent
conduire les élèves à associer l’expérience
vivante de la poésie (lectures, diction, récitation) avec
un regard distancié sur ses fonctions, ses moyens, son histoire
: le travail sur une figure par exemple ne prend son sens que dans le contexte
élargi de l’oeuvre, du mouvement ou de la période où
elle s’inscrit, de la conception de la poésie qu’elle signifie.
Contenus
La
matière poétique
À travers l’étude
des textes, les élèves seront amenés à distinguer
progressivement les notions qui recouvrent le champ poétique : le
« poème» qui désigne l’objet, la « poésie
» qui, au-delà de l’objet, désigne tout un domaine
de la littérature, l’adjectif « poétique » qui
désigne les propriétés liées notamment aux
relations entre formes prosodiques et contenu, la nominalisation de cet
adjectif, le « poétique », comme rapport singulier au
langage et au monde, et enfin la reprise du terme dans la « poétique
» qui désigne, en référence à son origine
étymologique (« faire », « fabriquer »),
la création littéraire ellemême (en poésie ou
dans les autres genres).
Il est important à
cet égard de faire comprendre aux élèves que les qualités
poétiques d’un texte, liées aux manières de percevoir,
de sentir et de faire ressentir par les mots, ne sont pas du seul ressort
de la poésie. La prose, romanesque ou non, a aussi des qualités
prosodiques – sonores et rythmiques – à caractère poétique
: ainsi, du vers racinien à la phrase de Chateaubriand, au «
gueuloir » de Flaubert, au rythme de Céline, ou encore au
mot de Montaigne : «J’aime l’allure poétique, à sauts
et à gambades», ils percevront la quête multiforme de
l’image dans le langage et ses enjeux.
Aussi convient-il, pour
entrer dans la matière poétique, d’étudier les aspects
suivants qu’on présente, pour plus de clarté, en allant du
plan de l’expression (physique, sonore, visuelle) au plan du contenu (langage
figuré, image, subjectivité) en soulignant l’interaction
entre ces deux plans (les relations entre formes prosodiques et contenu).
N. B. – Les quelques
orientations sur la matière poétique suggérées
ici ne sont pas exclusives, et le professeur organise son travail sur cette
matière en fonction des textes et des oeuvres qu’il a choisi d’étudier.
Mais la contextualisation de ce travail est essentielle : elle concerne
bien entendu l’histoire littéraire, mais aussi le langage dont la
poésie ne cesse d’interroger toutes les dimensions. C’est pourquoi,
loin de refermer le poème sur lui- même, son étude
doit au contraire l’ouvrir sur les formes générales de la
langue et du discours : la relation son/ sens qui ne lui est pas exclusive,
la syntaxe qu’il met en tension avec la métrique, les figures qui
transforment ou revivifient celles que l’usage a consacrées jusqu’à
l’usure, les dimensions narrative et argumentative qu’il a en partage avec
d’autres genres.
L’oralité
de la poésie
Les élèves
ont été depuis longtemps sensibilisés à cette
donnée première de la poésie, liée à
ses origines mêmes: son oralité, qui implique le corps, les
caractères sonores de la voix (timbre, volume, inflexion, hauteur,
etc.), l’écoute. La poésie se fonde d’abord sur la matérialité
de la langue, qu’elle fait entendre. Cette dimension sensorielle doit être
approfondie au lycée dans un travail de la diction lié à
l’interprétation – au sens théâtral du terme. De la
matière phonique du mot aux enjeux des silences et des variations
prosodiques, l’oralité de la poésie fait corps avec sa signification.
Dire la poésie est donc essentiel : cette activité peut aussi
bien prendre la forme de récitations que d’un travail sur des comparaisons
de différentes dictions (par des comédiens ou par les élèves
eux- mêmes) d’un même poème.
Le
texte et l’image du texte
La poésie marque
aussi son ancrage dans la matérialité de la langue par l’impression
sur le papier : la disposition sur l’espace de la page, le rôle des
blancs, la typographie, la figuration plastique du texte poétique
(Calligrammes d’Apollinaire, Stèles de Segalen, par
exemple) forment autant d’éléments visuels qui, incorporés
à l’étude de la poésie et de son interrogation sur
le sens, permettent de tracer des liens avec la peinture et le dessin (ainsi
les mots dans la peinture, chez Braque, Magritte, par exemple). Ce travail
est mis en relation avec l’étude de l’image.
Les
relations entre formes prosodiques et contenu
Le travail sur la poésie
concerne les relations entre les sons et la signification. Les jeux rythmiques
et sonores marquent l’action réciproque des formes de l’expression
et du contenu, caractéristique de l’exercice poétique du
langage. Rythmes et sons suscitent ainsi un surgissement de propriétés
de la langue, en général passées inaperçues
dans l’usage courant, et portent avec eux des surgissements de sens, eux
aussi souvent occultés dans cet usage ordinaire. Les élèves
doivent donc apprendre à reconnaître ces éléments.
Pour les analyser, les instruments de l’étude prosodique sont nécessaires
: au- delà de la rime et de la classique allitération, accentuation,
assonance, enjambement, mètre, rythme et groupes rythmiques, strophe,
vers, vers libre, verset. Mais, afin qu’ils ne se limitent pas à
de simples identifications formelles, il faut leur montrer que ces notions
sont mobilisées en vue d’une saisie du sens. Par exemple, plutôt
que de considérer le rythme comme un domaine réservé
de la poésie ou de le confondre avec les principes métriques
de la versification, il convient de le rapporter à la réalité
phonétique générale de la langue (l’accentuation de
groupe) ; dès lors, il devient possible de le reconnaître
d’abord dans le langage courant pour pouvoir en saisir les formations singulières
dans le langage poétique avec leurs valeurs sémantiques propres.
Les tensions que le rythme impose à la syntaxe en poésie
comme dans le :
[…] pareil
à la Feuille morte
(Verlaine),
sont ainsi associées
à des effets que le destinataire (lecteur ou auditeur) ressent sous
forme de sensations sources d’émotions, et qui donnent la nuance
de sens liée aux images offertes par le texte : le sens – le mouvement
incontrôlé subi par l’être humain en l’occurrence –
réside dans la matière du texte – les sons – en même
temps que dans la sémantique des mots. À partir de quoi,
il devient significatif d’associer le rythme à ces effets, en interrogeant
des catégories qui sont utilisées dans le langage usuel.
Par exemple, il est courant de décrire un rythme comme régulier
ou saccadé, rapide ou lent, et de qualifier ses effets en le jugeant
berceur, pesant, fou… L’étude rejoint ainsi la question des registres
donc des émotions que le langage instaure.
Poésie
et langage figuré
De même, le travail
sur l’image poétique et sur le langage figuré sera d’autant
mieux compris qu’il mettra en relation les figures dans la poésie
avec leur usage dans l’exercice ordinaire du langage : l’anaphore n’est
pas propre au poème, mais dans le poème elle apporte ses
propriétés musicales de reprise ; la métaphore est
partout, dans la langue ellemême, mais sa force d’innovation dans
la poésie crée l’image. L’étude des grandes figures
analogiques (allégorie, comparaison, métaphore, métonymie)
sera envisagée à l’intérieur du texte et, en raison
de son statut, dans l’histoire de la poésie elle- même. Pour
que les élèves comprennent comment se fait l’image, il est
utile de les amener à envisager la métaphore non seulement
comme une figure de substitution (un mot et un sens à la place d’un
autre) et un élément décoratif, mais comme une mise
en tension et en compétition de plusieurs niveaux de signification.
Ainsi, dans le vers d’Apollinaire
Les étincelles
de ton rire dorent le fond de ta vie (« Zone»),
le feu et le rire mettent en
présence deux univers parallèles de signification que le
lecteur assume simultanément ; cas extrême : le Pyrrhus de
Racine, lorsqu’il se déclare
brûlé
de plus de feux que [il] n’en alluma[ i],
affirme non seulement un rapprochement
entre deux réalités, mais les rend égales l’une à
l’autre (l’incendie de Troie et les douleurs d’amour qu’il ressent) et
justifie sa violence par cette égalité. La figure est donc
à envisager dans ses fonctions sémantiques (euphémisation,
détour, désordre) et pas seulement dans sa technique.
La
présence de la subjectivité ; les registres
Le travail sur la poésie
implique ainsi une réflexion sur la subjectivité. Elle intervient
aussi bien du côté de la voix qui parle dans le poème
que de la réception. L’analyse de la personne du « je »
(et du « tu») y est centrale et permet aux élèves
de mieux reconnaître certaines propriétés des registres
: si tous peuvent être présents en poésie, certains
y ont un rôle plus marqué, en particulier l’épique,
le tragique, le satirique, le lyrique (et l’élégiaque), l’ironique.
Ces deux derniers – les
autres ayant été envisagés par ailleurs – occupent
une place centrale dans l’étude de la poésie en première.
Ainsi, il est bon de faire comprendre qu’une caractéristique fondatrice
du registre lyrique est que le « je» y occupe à la fois
la position du sujet (il parle), de l’objet (il parle de lui- même)
et, souvent, du destinataire (il s’adresse à lui- même).
Mais cette question de la
subjectivité peut les conduire à une réflexion critique
sur la notion d’auteur auquel le « je » peut être spontanément
rapporté. Dans le poème « Amours» (Mes propriétés),
Henri Michaux s’adresse ainsi, sur un registre ironique, à son (non-)
lecteur :
Toi que je ne
sais où atteindre et qui ne liras pas ce livre, […].
Toi pour qui Henri Michaux
est devenu un nom propre peut- être semblable en tout point à
ceux- là qu’on voit dans les faits divers accompagnés de
la mention d’âge et de profession […].
Le champ de la subjectivité
en poésie intègre aussi les formes sensorielles de la perception
qu’explore et interroge la parole poétique, dans sa quête
inquiète d’intimité avec le monde sensible (des « Correspondances
» de Baudelaire au « Parti pris des choses » de Ponge)
: dès lors, il est important de faire percevoir que les registres
des textes sont des invitations au partage de ces perceptions.
L’oeuvre
poétique
La
connaissance des grandes formes et des principaux genres poétiques
Cette connaissance est indispensable
au lycée. Elle permettra à de nombreux élèves,
pour lesquels l’étude de la poésie s’achèvera avec
la fin de la classe de première, de disposer de repères essentiels
dans ce domaine important de l’histoire culturelle.
Cette étude concerne
d’abord les grandes formes de l’écriture, de l’alexandrin au verset,
du vers codifié au vers libre et à l’avènement du
poème en prose (à travers par exemple l’étude du Spleen
de Paris de Baudelaire).
Elle concerne également
l’approche des principaux genres à formes fixes (le sonnet, l’ode,
la ballade, etc.), et de leurs transformations.
Elle concerne enfin les
univers de signification qui forment les grands lieux de la poésie
(dire l’amour, dire la guerre, dire la mort, dire la révolte, etc.),
qui dans l’histoire ont été liés principalement à
des genres (ode, épopée, élégie, satire) et
des registres.
Le
texte poétique
Le poème est l’un
des objets privilégiés de la lecture analytique en classe
de première. Sa dimension, son aspect de texte clos et la richesse
de ses significations s’y prêtent. Il convient cependant de veiller
aux limites de l’exercice, qui peut être infini. Sans minutie excessive,
l’analyse reste au service de la lecture, et l’observation permet d’élucider,
tant soit peu, les raisons de l’émotion et du plaisir esthétique.
Dans tous les cas, l’univers
du poème est construit par le texte (d’où la faible pertinence
de questions anecdotiques – « qui est Cassandre ?» – ou psychologiques
– sur la sincérité du poète par exemple). L’étude
de variantes d’un même poème (comme chez Ronsard) offre, sur
ce point, de riches possibilités.
Enfin, la recherche du lien
entre l’oralité de la langue (rythme et prosodie) et le sens sert
le travail de la mémoire : l’analyse est aussi au service de la
diction des textes.
Le
recueil poétique
Mais au-delà de l’étude
de textes isolés, telle qu’elle a été le plus souvent
conduite jusqu’ici en matière de poésie, il est nécessaire
au lycée d’appréhender au cours de l’année une oeuvre
poétique dans son intégralité: Les Fleurs du mal,
Romances sans paroles, Une saison en enfer, Alcools… mais aussi Feuillets
d’Hypnos de Char ou La nuit remue de Michaux, etc. au choix
du professeur.
Le travail sur le recueil
est alors celui de l’étude d’une oeuvre intégrale, et fait
alterner études ponctuelles et saisie de l’ensemble. Les variantes
dans la composition de l’oeuvre, qui en éclairent la genèse,
peuvent favoriser cette approche globale.
L’anthologie
L’anthologie (étymologiquement
: « cueillette de fleurs »), le florilège ou les morceaux
choisis caractérisent aussi la manière dont la poésie
est proposée à la lecture. Il serait évidemment souhaitable
que les élèves en première disposent d’une anthologie
poétique, ou plutôt que plusieurs anthologies circulent dans
la classe. Leur confrontation est éclairante : on perçoit
ce que la mémoire culturelle a sélectionné et retenu,
ou ce qu’elle a occulté ; on peut aussi lire l’anthologie comme
un discours sur la poésie (par exemple à partir des principes
de sa composition et de la lecture de sa préface) ; l’anthologie
permet enfin de réfléchir sur la définition et le
statut du chef-d’oeuvre.
L’histoire
poétique dans l’histoire littéraire et culturelle
Le programme de première
souligne qu’il convient de mettre au premier plan les mouvements qui marquent
les grandes étapes dans la revendication de la modernité.
La poésie est un des domaines où celleci est particulièrement
forte (y compris dès le Moyen Âge). Ce trait est lié
à sa spécificité d’exploration du langage, et par
là de remise en question des codes usuels de celui-ci.
À cet égard,
parmi les mouvements majeurs à envisager en première, trois
semblent occuper une place spécifique :
-
le baroque français –
avec des auteurs comme D’Aubigné, Théophile, Tristan l’Hermite,
Saint-Amant – et européen ; le classicisme ayant été
vu en seconde, la mise en relation des deux est éclairante ;
-
le symbolisme, en relation avec
l’art pour l’art abordé en seconde, et en rupture avec le romantisme
;
-
la cassure surréaliste
et la radicalité de l’expérience poétique, dans son
expansion française et européenne, et en lien avec les arts.
Plusieurs approches sont possibles,
notamment :
-
l’étude comparative d’anthologies
(voir ci-dessus) ou celle de l’évolution d’un genre : la robustesse
du sonnet par exemple qui, en dépit d’occultations périodiques,
traverse l’histoire de la poésie française, de Marot à
Mallarmé ;
-
l’étude de conflits et
de ruptures qui sont propres à la poésie. On mettra ainsi
l’accent sur les querelles poétiques qui scandent la trame de son
histoire et marquent la présence des poètes aux avant- postes
de la littérature et de la culture. Ce travail peut se faire au
moyen de groupements de textes, simultanément ou séparément
poétiques et critiques ; pour ces derniers, le lien avec l’étude
de l’argumentation s’impose alors : manifestes, préfaces, arts poétiques
peuvent y trouver place, tels que Défense et illustration de
la langue française de Du Bellay, Art poétique
de Boileau, article « Poésie lyrique » de l’Encyclopédie,
préfaces de Victor Hugo, « La Nuit de mai » de Musset,
« Préface » aux Petits poèmes en prose
de Baudelaire, « Art poétique » de Verlaine, Lettres
du voyant de Rimbaud, Crise du vers de Mallarmé, Lettres
à un jeune poète de Rilke, Manifeste Dada de Tzara,
Manifeste
du surréalisme de Breton, extraits de la « Première
leçon » du Cours de poétique de Valéry,
« L’évidence poétique » d’Éluard,
Le
Second Manifeste de l’OuLiPo de Le Lionnais.
Quelle que soit la démarche
retenue, on doit donner aux élèves les moyens d’appréhender
par eux-mêmes les grands moments de l’histoire poétique au
sein de l’histoire littéraire et culturelle, à travers ses
continuités, ses évolutions et ses ruptures. Le but est,
en effet, de les aider à structurer les connaissances partielles
et fragmentaires qu’ils ont déjà du domaine poétique.
Éléments
de mise en oeuvre
Progression
de la seconde à la première et place dans l’année
En seconde, la poésie
n’est pas un objet d’étude spécifique mais est présente
de deux façons :
-
à l’occasion d’autres
objets d’étude (par exemple, le romantisme, la littérature
engagée, la tragédie, le portrait avec l’éloge et
le blâme) ;
-
dans les écrits d’invention,
qui ouvrent à l’exploration des richesses du langage.
En première, la poésie
doit faire l’objet d’une séquence au cours de l’année. Mais
son étude ne se limite pas à ce seul cas. Elle intervient
aussi à d’autres moments : par exemple à propos de l’apologue,
dans l’étude d’un mouvement littéraire et culturel, du langage
théâtral, du biographique, voire de l’épistolaire.
Démarches
Le travail sur la poésie
est un travail du texte. Il donne lieu à des pratiques aussi diversifiées
que possible : lectures oralisées, récitations, lectures
analytiques, confrontations de textes, récitations, écriture
d’invention, recherches documentaires, etc.
Dans la séquence
consacrée à la poésie, la lecture d’un recueil et
d’un groupement de textes – en associant lecture analytique et lecture
cursive – est préconisée, ainsi que la mise en relation avec
d’autres arts.
L’étude du poétique
doit aussi intervenir dans le cadre d’autres séquences, comme on
l’a vu, mais encore convient-il de développer l’étude du
poétique hors de la seule poésie. Enfin, elle est présente
aussi dans celle des réécritures en classe de première
littéraire.
Ce travail est étroitement
lié avec l’étude raisonnée de la langue, non pour
faire du poème le prétexte à une question de grammaire,
mais au contraire, pour faire comprendre que la poésie relève
d’une interrogation sur le langage et ses contraintes. Dans l’écriture
d’invention, de manière exploratoire en classe de seconde, il est
bon que soit manifeste l’étroite alliance des règles contraignantes
et de la liberté qui en caractérise l’exercice (statut de
l’imitation, jeux poétiques, explorations lexicales, travail de
la métaphore, transformations de textes, production de variantes,
etc.).
La liaison originaire de
la poésie avec les autres arts est à mettre en oeuvre de
façon pratique : arts plastiques (poésie et peinture), arts
du spectacle (théâtre et poésie) et musique (poésie,
chant et chanson). Le professeur de français s’associe avec les
professeurs d’arts plastiques et d’éducation musicale.
Auteurs
et oeuvres
La liberté des professeurs
est entière dans le choix des poètes et des textes, aussi
ne donne-t-on pas de liste canonique, ni de vivier d’oeuvres, d’autant
que le fait poétique est présent ailleurs que dans les poèmes.
On se borne donc ici à rappeler les auteurs que l’on a été
amené à citer au cours de ce chapitre et à compléter
cette liste sur certains points :
Villon, Charles d’Orléans,
Marot, Louise Labé, Ronsard, Du Bellay, D’Aubigné, Théophile,
Tristan l’Hermitte, Saint- Amant, La Fontaine, Hugo, Lamartine, Vigny,
Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Mallarmé, Apollinaire, Breton, Éluard,
Aragon, Ponge, Saint-John Perse, Corbière, Laforgue, Desnos… Il
est nécessaire de faire place aux poètes de langue française
hors de France – notamment Senghor, Césaire, Miron, Maeterlinck,
Verhaeren – et à des poètes européens – Dante, Goethe
et les romantiques allemands, Rilke, Garcia Lorca… – et d’ailleurs – Neruda…
Il est nécessaire
également de faire place aux poètes contemporains (Bonnefoy
par exemple) et aux poètes-chanteurs.
Objet
d'étude : L’argumentation en classe de seconde - démontrer,
convaincre et persuader
Objectifs
Le travail sur l’argumentation
en classe de seconde vise, au sein des finalités générales
de l’étude de celle-ci (voir le chapitre « Argumentation
et délibération » de la section « Perspectives
d’étude »), à l’analyse de certaines de ses principales
opérations. Cette analyse se réalise par l’introduction à
la littérature d’idées, par la comparaison entre des textes
littéraires et non littéraires, enfin en proposant de mettre
en oeuvre l’expression argumentée dans des exercices écrits
comme dans des activités orales.
Pour apporter aux élèves
la maîtrise progressive de cette forme de discours, le travail sur
l’argumentation doit être nourri de contenus concrets qui ont donné
lieu dans notre histoire culturelle à des débats marquants
et souvent toujours actuels. C’est ainsi que ce travail évitera
les écueils du formalisme et du technicisme. C’est de la sorte qu’il
accédera à la dimension réflexive en apportant aux
élèves des connaissances tant sur les opérations argumentatives
que sur l’espace culturel qui est le leur, afin de les rendre capables
de construire leur jugement et de l’exposer de façon argumentée.
Les formes
de l’argumentation
Les élèves
sont sollicités par l’argumentation dans différentes disciplines
: français, histoire, mathématiques, sciences physiques,
éducation civique, juridique et sociale, etc. L’acception du terme
n’est pas toujours identique dans chacune d’elles. L’argumentation constitue
donc un objet d’étude interdisciplinaire, qui appelle la réflexion
sur les termes qu’on y emploie. Ainsi, pour circonscrire le domaine de
l’argumentation en classe de seconde, le programme invite à en préciser
des opérations principales, à travers les verbes qui les
désignent et dont les élèves doivent maîtriser
les différences : démontrer et argumenter d’une part, convaincre
et persuader d’autre part.
Démontrer
et argumenter
Démontrer et argumenter
mettent l’accent sur l’action effectuée par celui qui parle. Mais
ils se distinguent l’un de l’autre : par le statut de la vérité
qui est dans chaque cas visée et par la position qu’occupe dans
son discours celui qui l’énonce.
Démontrer consiste
à développer, à partir d’une affirmation initiale
admise comme vraie, un raisonnement déductif qui tend à prouver,
par des opérations logiques, la vérité de sa conclusion.
La démonstration est donc formelle et soumise à des règles
explicites. Elle peut être vérifiée par des preuves
indiscutables et ainsi être déclarée correcte ou incorrecte.
Elle se déroule hors de tout autre contexte que celui de son propre
système : la logique est sa méthode, le calcul est son moyen,
comme dans le cas de la démonstration mathématique. Dès
lors, la latitude laissée aux partenaires de ce type d’échange
est faible : c’est la cohérence du raisonnement qui impose, de manière
impersonnelle, une vérité qui doit être admise par
tous. Le résultat est en principe indépendant des personnes,
de leurs croyances et de leurs convictions. Il peut être à
cet égard utile d’aborder des textes scientifiques de haute qualité
d’écriture (de Poincaré, Monod, Rostand), pour éclairer
cette logique, comme une initiation à reprendre en première.
Pourtant, toute vérité
n’est pas rationnellement démontrable (et même la science
est discutable !). Démontrer cède alors le pas à argumenter.
Argumenter relève de l’usage délicat du langage, tendu entre
la sécurité rationnelle de la preuve et le risque de la manipulation
trompeuse. Argumenter concerne le monde des opinions, où s’expriment
des thèses de toute espèce sur tout ce qui peut être
objet d’une discussion : jugement de valeur, bien-fondé d’une décision,
justesse d’une prise de position. Les arguments sont alors des raisons
plus ou moins fortes autour d’une thèse proposée. Dès
qu’il s’agit de raisonner sur des valeurs touchant le bien ou le mal, la
justice ou l’injustice, la liberté ou la contrainte, et par exemple
le bienfait des biosciences et d’autres enjeux de la vie collective et
individuelle, argumenter consiste à justifier la préférence
que l’on accorde à telle ou telle façon de voir, que l’on
cherche à faire partager. Ce qui met donc en jeu les sujets parlants
eux- mêmes et tend à modifier leurs relations. Argumenter
peut se faire – outre l’injonction et les arguments qui relèvent
de la force, comme l’« ultima ratio regis » autrefois
gravé dans le bronze des canons – de deux façons : en essayant
de convaincre et en essayant de persuader. Ces deux manières peuvent
se mêler mais présentent des différences qu’on précisera
un peu ici.
Convaincre
et persuader
Convaincre et persuader
tiennent à l’effet produit sur celui ou ceux à qui on s’adresse
: ils constituent deux grandes visées de l’argumentation et concernent,
au premier chef, le destinataire dont on cherche à conquérir
l’adhésion. Mais les voies de cette conquête sont différentes.
Celui qui cherche à
convaincre s’attache au cheminement des raisons qui conduiront au résultat
espéré: l’adhésion réfléchie de son
auditoire. Il développe une démarche intellectuelle pour
faire triompher les valeurs qu’il défend et obtenir que son interlocuteur
accepte ses raisons, les partage, les fasse siennes et se déclare
alors convaincu. Même s’il ne s’adresse qu’à un seul interlocuteur,
celui qui cherche à convaincre vise à travers celui- ci un
destinataire plus général. L’adhésion ne s’obtient
que dans la mesure où l’interlocuteur individuel peut reconnaître
son appartenance à un auditoire général ou même
universel. Les démarches de la conviction relèvent de la
raison, du dialogue et de l’échange ; elles sollicitent le savoir.
Elles incluent un rôle important des implications logiques et des
références, implicites ou explicites. La littérature
didactique en est un des lieux.
Celui qui veut persuader
cherche à obtenir une adhésion spontanée et affective
de son destinataire. La persuasion vise un destinataire particulier – individuel
ou collectif – dont on sollicite les attentes, les rêves ou les émotions
: c’est le cas par exemple de la publicité qui cherche à
persuader plus qu’à convaincre en jouant sur des rêves de
beauté, de prestige, de confort… La littérature abonde de
formes de persuasion par la séduction, le charme, la beauté,
l’agrément. La persuasion relève davantage que la conviction
de la suggestion, de la séduction, de la tentation ; elle sollicite
moins le savoir que le désir ou la crainte. Alors qu’on accepte
d’être convaincu par les raisons d’autrui, on est persuadé
en fait par des raisons qu’on porte en soi. Aussi le rôle de l’implicite
culturel et des sentiments partagés y est- il grand. Persuader se
fait souvent non seulement par une argumentation directe, affichée
comme telle, mais aussi par une argumentation indirecte, sous le voile
du récit, du dialogue, de l’agrément ou du divertissement
; ces formes indirectes seront étudiées particulièrement
en classe de première.
Introduction
à la littérature d’idées
Des
débats marquants dans l’histoire culturelle
La réflexion sur
les moyens et les finalités de l’argumentation se fondera sur des
textes littéraires, sans pour autant exclure d’autres genres de
textes et de documents. Elle introduit ainsi les élèves à
la connaissance d’auteurs dont l’oeuvre relève pour l’essentiel
de la littérature dite « d’idées ». Celle- ci
est en elle- même un élément neuf pour les élèves
au sortir du collège, où ils n’en ont eu que des aperçus.
Cette approche de la littérature d’idées les initie progressivement,
dès la seconde, à des réflexions qui feront ultérieurement
l’objet de la philosophie.
Cet ancrage dans la littérature,
permettant de spécifier ce domaine en français par rapport
aux sujets traités en éducation civique, juridique et sociale,
justifie la forme des intitulés proposés ci-dessous : «Littérature
et…».
Une
progression de la seconde à la première
La liste de sujets appropriés
pour la classe de seconde proposée ici est indicative ; selon les
situations et les projets pédagogiques, les professeurs ont liberté
d’aborder d’autres sujets similaires. Il est souhaitable toutefois que
ces problématiques soient réparties de manière raisonnée
entre la classe de seconde et la classe de première, établissant
ainsi la possibilité d’une progression. En seconde, où l’accent
est mis sur les genres narratifs et théâtraux et sur les XIXe
et XXe siècles, les problématiques peuvent se rapporter,
au moins en partie, à des événements et au rapport
de l’individu à la collectivité.
Ainsi, il est possible d’envisager
une des problématiques suivantes :
-
littérature et altérité,
qui invite à réfléchir sur des textes portant par
exemple sur la découverte du Nouveau Monde mais aussi sur la colonisation
et la francophonie (permettant des relations avec le programme d’histoire
de seconde) ;
-
littérature et éducation,
qui invite à réfléchir à l’histoire des débats
sur l’éducation du XVIe au XXe siècle (ce qui offre une transition
avec le programme de première) ;
-
littérature et politique,
qui invite à réfléchir sur des textes portant par
exemple sur le débat démocratique (Hugo, Zola, etc.), sur
sa critique ou sur ses objets ;
-
littérature et guerre,
qui invite à réfléchir sur des textes romanesques,
des pamphlets, des lettres, des articles de presse, des documents visuels
et cinématographiques portant notamment sur les grands conflits
du XIXe et du XXe siècle.
En première, les problématiques
proposées seront davantage ancrées dans une dimension plus
conceptuelle, liée au travail sur les genres de l’essai, du dialogue
et sur la délibération.
Mise en oeuvre
et propositions
Démarche
; place dans le travail de l’année
L’argumentation étant
omniprésente dans les discours et les textes, elle doit aussi être
présente tout au long de l’année. Elle est étroitement
liée à nombre de travaux écrits et oraux. Les exercices
oraux de confrontation d’idées et de points de vue préparent
au débat ; le lien avec l’ECJS est manifeste. Les travaux écrits
d’argumentation préparent à la dissertation. De même,
des pages de textes littéraires argumentatifs peuvent faire l’objet
d’un commentaire. L’écriture d’invention peut être aussi bien
argumentative que figurative.
Par ailleurs, l’argumentation
peut être présente dans le théâtre, où
elle est souvent un élément moteur des dialogues ; elle l’est
souvent aussi dans le roman (où les intervention du narrateur ont
aussi un rôle important à cet égard). Enfin, elle l’est
de toute évidence dans l’éloge et le blâme. Elle doit
donc être associée à ces différents objets d’étude.
Cependant, la part considérable qui est la sienne dans la discipline
français fait qu’il est bon que lui soit consacré un temps
spécifique au cours de l’année, qui sera l’occasion d’introduire
les notions essentielles et de dessiner des éléments de synthèse
des observations conduites à l’occasion d’autres objets d’étude.
Argumentation
et problématique
L’étude de l’argumentation
peut alors donner lieu à une séquence centrée sur
un sujet envisagé comme une problématique. « Problématique
» implique que l’un des enjeux pédagogiques importants consiste
à apprendre aux élèves à construire des séries
de questions sur un sujet donné et de savoir aussi en discerner
des lieux communs (voir « Argumentation
et délibération », dans la section « Perspectives
d’étude ») et des points de vue singuliers.
Aborder une problématique
appelle plutôt un travail fondé sur l’étude d’un groupement
raisonné de textes. Ce groupement peut comprendre, outre les textes
littéraires, des documents diversifiés, verbaux ou iconographiques.
Avec la lecture et l’analyse
de textes, l’étude donne lieu à des productions orales (débats,
exposés) et écrites (analyses de points de vue contradictoires,
essais, initiation à la dissertation) visant à impliquer
progressivement les élèves dans le contenu de la problématique
étudiée et à les amener à réfléchir
sur les manières d’y prendre position en associant étroitement
lecture, analyse et écriture.
On suggère ici deux
exemples possibles : les débats sur l’éducation et la question
de l’altérité. Cela, sans exclure les autres ; il est ainsi
possible d’associer un travail sur la littérature et la guerre à
l’étude de la nouvelle (par exemple, Maupassant, Boule de suif)
et du roman (par exemple, Dorgelès, Les Croix de bois).
Les indications qui suivent
ne visent en rien à donner des modèles (aussi les exercices
écrits et oraux ne sont-ils pas spécifiés) mais des
listes de textes qui ont été utilisés avec profit
lors des expérimentations et mises en oeuvre des programmes, et
qui ont seulement une valeur indicative (ni obligatoire, ni limitative).
Elles distinguent les textes littéraires (pour les oeuvres indiquées
seulement par leur titre, plusieurs extraits sont possibles, selon les
choix des professeurs) et des suggestions de documents.
Suggestion
pour deux exemples
Littérature
et éducation
-
Textes littéraires :
Érasme, « Une philosophie de l’éducation : il faut
très tôt donner aux enfants une éducation libérale
» (dans OEuvres choisies, coll. « Bouquins», Laffont)
; Rabelais, Pantagruel, Gargantua ; Montaigne, « De l’institution
des enfants » (Essais, I, XXVI ); Molière, Les Femmes
savantes, L’École des femmes (en relation avec « Comédie
et comique ») ; Fénelon, Télémaque ;
Rousseau, Émile ou De l’éducation ; Vallès,
L’Enfant, Le Bachelier (en relation avec «Histoire littéraire
et culturelle » et/ ou « Roman») ; Breton, Arcane
17 ; Colette, Claudine à l’école ; Beauvoir, Mémoires
d’une jeune fille rangée.
-
Documents : Alain, Propos
sur l’éducation ; Ariès, L’Enfant et la Vie familiale
sous l’Ancien Régime ; Condorcet, Cinq mémoires sur
l’Instruction publique ; Durkheim, L’Éducation morale
; Fénelon, De l’éducation des filles ; Freinet,
Essai de psychologie sensible appliquée à l’éducation
; Ferry, Discours sur l’égalité d’éducation
; Locke, Quelques pensées sur l’éducation ; Marrou,
Histoire
de l’éducation dans l’Antiquité.
Il est possible également
d’utiliser des textes juridiques (loi Falloux de 1850), des textes de sciences
sociales (par exemple « Déclaration universelle des droits
de l’enfant »), des textes de presse, des documents d’information
(par exemple L’État de l’école. Trente indicateurs sur
le système éducatif français, publié par
le MEN-DPD), des propositions pédagogiques (issues du Mouvement
Freinet par exemple), des films (Truffaut, Les Quatre Cents coups, L’Argent
de poche, L’Enfant sauvage), des extraits d’essayistes contemporains.
Littérature
et altérité
-
Textes littéraires :
Jean de Léry, Histoire d’un voyage en la terre du Brésil
; La Boétie, Contr’un. Discours de la servitude volontaire
; Montaigne, « Des cannibales » (Essais, I, XXXI), «De
l’inégalité qui est entre nous » (I, XLII), «
Des coches » (III, VI), « De l’expérience » (III,
XIII) ; Diderot, Supplément au voyage de Bougainville ; Diderot
et d’Alembert, Encyclopédie, articles « Esclavage »,
« Esclave », « Nègre » ; Voltaire, Candide
; Rousseau, Du contrat social ; Hugo, Bug Jargal ; Segalen,
René
Leys ; Césaire, Cahier d’un retour au pays natal ; Senghor,
Éthiopiques
; Sartre, Réflexions sur la question juive.
Et aussi : Styron, Les
Confessions de Nat Turner ; Primo Lévi, Si c’est un homme
; Tournier, Vendredi ou les Limbes du Pacifique ; Kane, L’Aventure
ambiguë ; Bao Ninh, Le Chagrin de la guerre ; Semprun,
Le
Grand Voyage ; Morisson, Tar Baby ; Condé, Moi Tituba,
sorcière ; Roy, L’ami qui venait de mille ans.
-
Documents : Extraits du Code
noir (1685) ; Condorcet, Réflexions sur l’esclavage des nègres
; Schoelcher, « Décret d’abolition de l’esclavage »
(1848) ; Déclarations des droits de l’homme (France, ÉtatsUnis,
ONU) ; Lévi-Strauss, Tristes tropiques, Race et histoire ;
Augé, La Traversée du Luxembourg ; Todorov, La
Conquête de l’Amérique, Nous et les Autres et le film
de Verhaeghe (réalisation) et Carrière (scénario),
La
Controverse de Valladolid.
Objet
d'étude : L’argumentation en classe de première - convaincre,
persuader et délibérer
Définitions
et objectifs
Pour les définitions
des termes qui indiquent les formes et buts de l’argumentation et ses principales
données linguistiques, se reporter à la section «Perspectives
d’étude », chapitre « Argumentation
et délibération»). Les principales données
linguistiques de l’argumentation y sont indiquées. Dans la continuité
avec la classe de seconde, les objectifs de la classe de première
sont (rappel) :
-
la formation du jugement critique
;
-
l’analyse des différentes
formes de l’argumentation ;
-
l’accès à la capacité
de délibérer.
La progression
de la seconde à la première
L’omniprésence de
l’argumentatif exige de répartir l’analyse de ses divers aspects.
C’est pourquoi, après en avoir envisagé en seconde la variété
de ses formes, en première, il s’agit d’en spécifier deux
dimensions majeures :
-
la délibération,
qui correspond au cas le plus abouti, où la confrontation d’idées
et de prises de position débouche sur un jugement (individuel et
collectif) ;
-
l’argumentation indirecte, où
une prise de position se manifeste moins dans un débat ouvert que
par des voies visant à susciter une adhésion par l’agrément.
L’exercice de la dissertation est étroitement lié à
la première de ces deux lignes de force. L’exercice d’écriture
d’invention est davantage lié à la seconde.
En première, le programme
appelle l’étude des principaux genres littéraires liés
à l’argumentation. La connaissance des données essentielles
de la rhétorique générale y est complétée.
Place dans
la progression annuelle
Puisque les faits argumentatifs
sont omniprésents dans toutes sortes de discours, l’étude
de l’argumentation est elle aussi présente tout au long de l’année,
dans des travaux diversifiés. Elle peut donc intervenir dans les
différentes séquences. Notamment, les exercices d’écriture
font régulièrement appel aux analyses élaborées
en ce domaine. Cependant, pour permettre aux élèves de saisir
les différentes formes et enjeux de l’argumentation, il est recommandé
qu’elle soit aussi, en cours d’année, l’élément central
d’une séquence.
Connaissances
: étude de la littérature d’idées
Le programme de première
prévoit l’étude des genres de l’essai, de l’apologue, du
dialogue, qui relèvent de l’argumentation directe et de la littérature
que l’on appelle usuellement littérature d’idées. L’étude
de celle-ci, abordée en seconde, est reprise, complétée
et traitée en tant que telle en première.
Les
genres : essai, dialogue, apologue, lettre ouverte
Rappel de définitions
:
L’essai
Le terme d’essai désigne,
au sens large, des textes qui se caractérisent par la présence
d’un « je » qui s’adresse à ses contemporains dans un
discours argumenté. Dans ces textes, les idées et l’expérience
personnelle de l’auteur sont liées. L’essayiste se différencie
de l’auteur de traité savant ou du philosophe en ce qu’il ne vise
ni l’exhaustivité, ni la systématisation ; il propose une
réflexion fondée sur son point de vue particulier.
L’essai semble marqué
au coin d’une certaine indétermination. Les études récentes
reconnaissent que ce genre présente un certain flou terminologique
: des critiques comme J. Starobinski (Peut-on définir l’essai
?, 1985) et Y. Tremblay (L’Essai : unicité du genre, pluralité
des textes, 1994) considèrent l’essai comme un genre de la prose
d’idées, englobant plusieurs sous- genres tels que le pamphlet,
la lettre ouverte, le dialogue d’idées, mais aussi des dissertations,
des discours, des chroniques et souvent des récits de voyage, voire
des autobiographies.
Genre littéraire,
l’essai se distingue d’autres textes argumentatifs puisque ici le langage
ne sert pas qu’à transmettre une pensée, il la donne à
saisir dans son élaboration même: le mot, tel que Montaigne
l’a établi comme nom et source du genre – même s’il en existe
des antécédents antiques –, se rattache par son étymologie
à l’exercice de la pensée.
La
lettre ouverte
Il ne s’agit pas ici de
l’épistolaire au sens large, mais d’une littérature d’idées
fondée sur l’usage de la lettre (que les lettres aient été
véritablement expédiées ou non, que le destinateur
et le destinataire soient réels ou fictifs) dans un débat
d’idées ; elle peut constituer alors une des formes que prend l’essai.
Cette littérature, comme toute littérature épistolaire,
se caractérise par une double énonciation : l’épistolier
et son destinataire en constituent le premier plan, la totalité
de leur échange reçue par un public en constitue le second.
Le
dialogue d’idées
Transcription littéraire
au style direct d’une conversation réelle ou fictive, le dialogue
peut être aussi bien un genre littéraire autonome qu’une composante
du genre romanesque et théâtral. Ici, il s’agit du dialogue
d’idées, qui met en scène un débat et qui a vocation
à être lu plutôt que représenté. Ce genre
peut se présenter sous divers noms : dialogue, mais aussi conversations,
entretiens, voire colloque (comme chez Érasme). Il présente
lui aussi un emploi caractéristique de la double énonciation.
L’apologue
À l’origine, dans
les débats judiciaires, l’apologie désigne un discours ou
un texte de défense produit en réponse à une accusation.
Les auteurs ayant souvent recours à la louange pour étayer
leur justification, le terme d’apologie est souvent employé aussi
comme synonyme d’éloge. Apologue, qui lui est lié, peut être
un synonyme de fable. Par son étymologie (du latin fari :
parler), fable renvoie à tout récit fictif. C’est pourquoi
la fable désigne pour une part le vaste corpus des récits
produit par l’art oral ancien ; mais le terme s’est spécialisé
pour désigner des mises en scène d’animaux, d’êtres
inanimés ou d’hommes dans un récit généralement
bref qui renferme un enseignement moral : l’apologue. Plus largement, apologue
qualifie des fictions ayant une visée argumentative, des fables,
des contes, des exempla, aboutissant à une leçon morale.
Suggestions
de problématiques
En classe de première,
les problématiques proposées seront surtout ancrées
dans une dimension plus conceptuelle qu’en seconde – où elles étaient
tournées plutôt vers les rapports entre l’individu et la société
– ainsi que sur les XVIe -XVIIIe siècles où ces problématiques
ont donné ample matière à débats.
Ainsi on peut aborder une
des problématique suivantes :
-
littérature et tolérance,
qui invite à réfléchir sur des textes portant, entre
autres, sur les rapports entre littérature, religion et sciences,
et qui peut être étudié dans le cadre de l’humanisme
et des Lumières ;
-
littérature et utopie,
qui invite à envisager sa dimension européenne, et qui convient
bien aussi à l’étude de l’humanisme et des Lumières
;
-
littérature et égalité
(l’esclavage, les relations homme - femme, les rapports patrons - ouvriers,
les conflits coloniaux), convient aux mêmes périodes de l’histoire
littéraire et culturelle ;
-
littérature et savoirs
convient aussi à ces périodes, mais s’étend également
au baroque et au surréalisme ; des textes scientifiques de débats
sur les savoirs et leurs usages doivent y trouver place, dans la suite
de ce qui a été amorcé en seconde ;
-
les conceptions de la littérature
(toutes périodes).
Œuvres
et auteurs
On indique ici un vivier
d’oeuvres et d’auteurs qui peut être utilisé pour des oeuvres
complètes ou des extraits et qui n’est pas limitatif. Rabelais ;
Montaigne ; Descartes ; Pascal ; La Fontaine ; Saint-Évremond,
Dissertation
sur Alexandre le Grand, Dissertation sur le mot « vaste »
; Voltaire ; Marivaux, L’Île des esclaves, L’Île des femmes,
La Colonie ; Diderot, Supplément au voyage de Bougainville,
Le Neveu de Rameau, Lettre sur les aveugles, Paradoxe du comédien
;
Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité
parmi les hommes, Émile, Du contrat social, Profession de foi du
Vicaire savoyard ; Rivarol ; Chateaubriand ; Nizan; Valéry
; Camus ; Paulhan ; Celan.
Pour une problématique
sur les conceptions de la littérature, recommandée notamment
en série littéraire (essais en prose ou arts poétiques
en vers), on peut recourir aux auteurs et aux ouvrages suivants :
Du Bellay, Défense
et illustration de la langue française ; Boileau, Art poétique
; Rousseau, Lettre à d’Alembert ; Hugo, préface de
Cromwell
; Verlaine, « Art poétique » ; Proust,
Contre Sainte-Beuve
; Breton, Manifeste du surréalisme ; Sartre, « Qu’est-ce
que la littérature ? », Situations, II.
Liens
avec l’étude de la langue
Voir la section «
Étude
de la langue » et le chapitre «Argumentation
en classe de seconde ».
En classe de première,
en ce domaine, l’accent est mis sur la syntaxe du raisonnement logique,
sur la modalisation, et sur le vocabulaire du jugement :
-
dont des verbes tels que : penser,
estimer, croire, juger, concéder, reconnaître, admettre, prouver,
éprouver et, bien sûr, analyser, démontrer, convaincre,
persuader, délibérer ;
-
et les substantifs : analyse,
argument, argumentation, avis, certitude, concept, concession, conclusion,
consensus, conviction, croyance, débat, décision, délibération,
données, exemple, fait, idée, impression, information, jugement,
opinion, persuasion, preuve, problématique, sentiment. Les termes
ici énumérés constituent un substrat notionnel commun
à maîtriser en fin de première.
Mise en oeuvre
La progression en cours d’année
vise à donner aux élèves la maîtrise du raisonnement,
du jugement critique, de la confrontation de données et de jugements.
La délibération, entendue comme la capacité à
former son propre jugement après avoir pris en compte et examiné
des points de vue divers, voire divergents ou opposés, constitue
un but essentiel de la classe de première. Elle s’élabore
par la comparaison de textes, par les exercices de débat à
l’oral, de dissertation à l’écrit.
L’écriture d’invention,
en première, s’associe principalement à l’argumentation :
-
dans ses formes indirectes,
l’apologue en est une composante importante sous les diverses formes qu’il
peut prendre ;
-
dans ses formes directes, lorsqu’il
n’y a pas confrontation de points de vue aboutissant à un jugement
tranché (ainsi pour le dialogue d’idées).
Le commentaire de texte est
abordé comme le lieu d’une analyse argumentée des qualités
propres d’un texte littéraire.
La mise en relation du littéraire
et du non-littéraire est un des éléments importants
dans l’étude de l’argumentation. Elle permet en effet de manifester
comment l’analyse de textes littéraires donne accès aux traits
essentiels des discours et peut donc, a fortiori, être utile
pour le non-littéraire. Elle montre que la littérature d’idées
permet de rendre compte des caractéristiques de tout texte argumentatif,
mais aussi en quoi elle élabore des propos qui accèdent à
la conviction, à la persuasion et au jugement en faisant intervenir
l’art de plaire, toucher, émouvoir par la qualité même
du texte.
De même, l’analyse
d’articles de presse, de discours oraux ou audiovisuels est conduite dans
ce cadre.
En série littéraire,
les deux objets d’étude spécifiques (« Les
réécritures » et « L’épistolaire
») offrent de multiples cas d’approfondissement des analyses d’argumentation.
En particulier, dans les réécritures, la citation constitue
un argument (soit comme preuve, soit comme autorité) et la parodie
est un moyen d’argumenter (par le rire critique, la connivence). Dans l’épistolaire,
les liens entre argumentation et jeux de registres (le lyrisme comme moyen
de toucher pour persuader; la lettre comme forme substitutive du dialogue
polémique) sont à mettre en avant.
Objet
d'étude : Le biographique
Objectifs
L’écriture biographique
constitue une part majeure des textes, des oeuvres et de la culture au
long de l’histoire. Son étude en classe de première répond
à trois objectifs :
-
faire prendre conscience aux
élèves de son omniprésence et de son importance ;
-
leur faire lire et connaître
des oeuvres littéraires de premier plan qui en relèvent ;
-
leur faire saisir les similitudes
et différences entre le littéraire et le non-littéraire
en ce domaine.
Le récit de vie est omniprésent
sous ses diverses formes : il peuple aussi bien des formes d’expression
du quotidien que des genres littéraires tels que les mémoires,
les biographies, l’autobiographie. Cette présence a une densité
telle que souvent les élèves en ont des usages – par la presse
qu’ils lisent, les émissions qu’ils écoutent et regardent
– dont ils n’ont pas conscience. Le premier but est donc une prise de conscience
critique. Elle s’associe naturellement avec la lecture d’oeuvres littéraires.
En ce domaine, les genres du biographique ont donné des ouvrages
qui ont marqué l’histoire de la culture. Enfin ces lectures conduisent
à relever des similitudes et des différences entre les usages
courants et les créations littéraires, et contribuent donc
à une réflexion sur la place et les apports de celles-ci.
Contenus
Délimitation
Le biographique, ou l’écriture
biographique, désigne toutes les formes qui constituent un récit
de vie. Ce domaine ne se borne donc pas à un ou deux genres (comme
la biographie et l’autobiographie), mais englobe une très large
part des textes, ainsi que des oeuvres picturales et cinématographiques.
Il constitue une forme très ancienne : L’Apologie de Socrate
de Platon, les Vies de Diogène Laërce, celles de Plutarque,
attestent que ce mode d’écriture s’est largement développé
bien avant le roman. D’autre part, dans la tradition occidentale, les représentations
de la vie de Jésus et de la vie des saints ont été
légion, et nombre de monuments et de musées les donnent à
voir. L’idée que la vie de Jésus était un modèle
pour tous les hommes a longtemps été dominante.
Nous sommes donc ici en
présence d’un cas où des oeuvres d’art et des implications
éthiques façonnent une culture. En même temps, l’usage
quotidien de cette forme de représentation est constant. La presse
l’emploie sans cesse, à propos de toute personne un peu célèbre,
et le tracé du cours d’une vie (curriculum vita) est une
des formes courantes les plus banales qui soient.
La littérature abonde
en formes d’écriture biographique, soit à référent
biographique vrai ou revendiqué comme tel, soit imitant le récit
à référent biographique vrai : biographies, autobiographies,
journaux intimes, mémoires, récits de vie, romans autobiographiques,
romans biographiques, autofictions. L’appellation de « biographique»
dans le programme renvoie à l’ensemble de ce domaine.
Ainsi, l’étude de
textes littéraires se trouve ici au carrefour de pratiques culturelles
multiples. Un tel objet d’étude permet particulièrement de
dépasser l’aporie apparente de l’opposition entre un usage utilitaire
du français et un usage culturel esthétique.
Évolution
historique et fonctions du biographique
Si l’usage du biographique
est ancien, il a connu des évolutions sensibles. On peut retenir,
pour l’essentiel, quatre étapes. La première est, dans l’Antiquité
et le Moyen Âge, l’emploi abondant des biographies, soit pour des
saints, soit pour des héros. La deuxième est l’apparition
à partir de la Renaissance des mémoires, forme autobiographique
tournée vers le monde plus que vers l’introspection. L’apparition
et le développement de celle- ci représente la troisième
étape, l’autobiographie d’introspection se développant à
partir des Confessions de Rousseau (celles de saint Augustin, leur
modèle lointain, constituant un cas d’espèce) et leur incipit
: « Je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple. » Enfin,
au XXe siècle, le biographique prolifère (voir le n°
224 de la Revue des sciences humaines par exemple) : chacun des
genres ci-dessus se développe abondamment, mais d’autres apparaissent,
notamment le journal, mais aussi des autofictions, ou biofictions et plus
largement des romans biographiques.
On relève deux faits
marquants. D’une part, dans les pratiques de lecture générale,
autobiographies et biographies représentent un secteur très
demandé. D’autre part, des récits biographiques ou autobiographiques
paraissent en foule, parfois sous le nom simple de récit, parfois
à peine masqués sous celui de roman. En parallèle,
les usages pratiques du récit biographique et autobiographique ont
pris une expansion considérable. Dans l’étude du biographique,
donner à percevoir les moments- clés de cette évolution
nourrit la perception historique des représentations de l’homme,
ce qui dans le programme est défini comme «enjeux de l’expression
de soi ou de l’image d’une personne ». Ces enjeux correspondent à
des finalités à la fois esthétiques et argumentatives
: un récit de vie est souvent un réquisitoire, un plaidoyer
ou un aveu pour demander une rédemption, ou encore un défi
au temps, un monument que l’on élève.
Cet aperçu succinct
éclaire les perspectives d’étude préconisées
: étude d’un genre, histoire littéraire, argumentation, étude
des registres.
Le
corpus
Pour rendre compte de cette
évolution et de ces enjeux, il est nécessaire d’envisager
un corpus diversifié. Le programme précise qu’il convient
de rendre perceptibles les rapports entre « réalité
vécue, écriture et fiction »: tout récit de
vie – autobiographique ou non – peut prétendre à la vérité
mais inclut inéluctablement une part de représentation qui
y induit de la fiction ; et parfois, on vient de le voir, l’autobiographie
se dissimule à demi sous la fiction. La recommandation d’étudier
« une oeuvre littéraire accompagnée de textes et documents
complémentaires » ou « un groupement de textes et documents
» correspond à cette nécessité. La configuration
souhaitable est que les grands cadres de l’évolution et des enjeux
soient représentés dans la série de textes lus et
étudiés. Il est recommandé de s’appuyer sur une oeuvre,
le recours à un groupement de textes constituant une solution possible
mais moins satisfaisante : la problématique du biographique appelle,
en bonne logique, une lecture au moins d’un texte complet.
Parmi les nombreux textes
qui relèvent de ce domaine, on peut signaler :
-
des oeuvres majeures, notamment
des mémoires (de Retz, Saint-Simon, Chateaubriand, Beauvoir…) ;
des autobiographies (Rousseau, Confessions ; Musset, Confession
d’un enfant du siècle ; Sartre, Les Mots) ; des biographies
mais aussi des biographies fictives et des romans biographiques (Flaubert,
«La légende de saint Julien l’Hospitalier » dans Trois
Contes ; Maupassant, Une vie ; M. Yourcenar, Mémoires
d’Hadrien) ; enfin des romans autobiographiques qui sont légion
mais au premier rang desquels figurent des oeuvres de Vallès, Proust,
Céline ;
-
des compléments : les
formes du journal et de la biographie, fréquentes dans les lectures,
voire dans l’écriture des élèves, ne comportent pas
d’oeuvres aussi marquantes, mais peuvent être abordées via,
par exemple, Gogol, Le Journal d’un fou, A. Franck, Journal…
On peut constater la présence de cet usage dans d’autres littératures
européennes, et en dialogue avec des cultures orientales : par exemple
H. Hesse, Siddhartha. De même, la littérature contemporaine
offre nombre de mémoires et récits autobiographiques comme
les récits d’A. Ernaux ;
-
des documents : tableaux et
triptypes ou bas-reliefs sur la vie de saints, portraits peints mettant
en scène les traits essentiels d’une vie, films ; enfin, la presse
abonde en articles à caractère biographique.
Mise en oeuvre
Place
dans la progression
Le biographique constitue
un objet d’étude obligatoire pour toutes les séries. Il est
donc recommandé de lui consacrer une séquence spécifique
en cours d’année. Les lectures prescrites au collège, et
celles de la classe de seconde, ne comportent pas d’oeuvres de ce domaine.
Il est donc à la fois familier pour les élèves, puisque
présent dans les pratiques usuelles, et nouveau en tant qu’objet
d’étude littéraire. Certains élèves – la plupart
– ont abordé en seconde l’étude de « L’éloge
et du blâme » et, au sein de celle-ci, celle du portrait :
ce qui constitue une excellente transition. Même sans cela, l’approche
du théâtre et du roman ou de la nouvelle a donné à
tous l’occasion d’étudier la façon dont un personnage est
construit, individualisé par l’histoire personnelle dont l’auteur
le dote. La transition est donc assurée. D’autre part, le biographique
permet d’aborder la question des liens entre récit et argumentation
; son étude peut préparer à celle des essais et du
dialogue d’idées et faire transition avec l’analyse des textes narratifs
menée en seconde. Il est donc recommandé de placer cette
étude assez tôt dans l’année.
Liens
avec l’histoire littéraire
Il est souhaitable, comme
on l’a vu, d’organiser l’étude autour de la lecture et l’analyse
d’une oeuvre intégrale, et de faire percevoir les formes et fonctions
principales de l’écriture biographique. Une oeuvre accompagnée
de quatre textes étudiés analytiquement et de deux à
trois textes et documents envisagés plus cursivement peut répondre
à ce besoin. Le choix des textes appartient au professeur. Cependant,
dans ce choix, trois critères interviennent, outre celui de l’intérêt
et du rythme de travail des élèves. Le premier est celui
de la construction progressive de repères d’histoire littéraire.
L’approche du biographique peut donner le moyen de s’appuyer sur des éléments
connus en seconde pour aller vers des éléments historiquement
nouveaux pour les élèves : ainsi, une autobiographie ou un
roman autobiographique du XIXe ou du XXe siècle peuvent être
de lecture assez aisée pour l’oeuvre intégrale (Vallès,
Sartre notamment) et répondre à des mouvements littéraires
abordés en seconde (naturalisme, littérature engagée)
; à partir de quoi, les textes et documents complémentaires
donnent moyen de remonter dans le temps, vers des mouvements que l’on souhaite
étudier en première de façon plus approfondie : vers
l’humanisme et les Lumières, en abordant la question de l’individu,
de la personne, de leurs droits (donc en donnant aussi une initiation à
la question du sujet qui sera reprise en philosophie). Enfin, il est bon
de ne pas hésiter à élargir la perspective historique
vers l’amont et qu’un des textes soit pris dans l’Antiquité ou le
Moyen Âge et l’un des documents iconographiques dans le Moyen Âge
ou la Renaissance.
Biographique,
genres et registres
Si les genres du biographique
sont nombreux et riches, ils n’ont pas à être envisagés
de façon technicienne puisque leur caractéristique est leur
variation selon les individus qui les emploient.
D’autre part, leurs caractéristiques
formelles sont assez limitées. En revanche, ils se définissent
surtout en fonction d’un contenu et de la position respective de l’auteur,
du narrateur et du lecteur (par le pacte de lecture qu’ils proposent ou
impliquent).
Or cette configuration est
intéressante à étudier en relation avec les perceptions
et sensibilités qu’ils mettent en lumière, donc les registres
qui y interviennent, en particulier le lyrique et le polémique :
le lyrique parce que les mémoires et l’autobiographie sont souvent
le lieu d’un retour sur soi et de la confidence, ce qui peut aller jusqu’à
l’élégiaque ; le polémique parce que les récits
de vie sont souvent lieu de critique, de celui dont on relate l’existence,
ou de ceux qui n’ont pas partagé les mêmes valeurs que lui
et auxquelles le biographe (et l’autobiographe en particulier) adhère.
Littérature
et argumentation
Le biographique permet d’aborder
de façon particulièrement parlante les rapports entre littérature
et argumentation. En effet, les formes multiples du récit de vie
donnent clairement à voir que ce type de récit existe dans
les deux domaines lorsqu’ils sont nettement distincts. Ainsi, du côté
du non-littéraire, s’observent des usages banals comme la constitution
d’un curriculum vitae. Mais existent aussi des usages très ritualisés
: par exemple, dans un procès, le président du tribunal retrace
toujours la biographie de l’accusé, récit repris par l’avocat
de celui-ci. Du côté de la littérature, le récit
fictif peut prendre les apparences du biographique, comme « La Légende
de Saint-Julien l’Hospitalier » ou Les Mémoires d’Hadrien.
Il apparaît que dans les deux cas, littéraire et non littéraire,
le récit de vie comporte des sortes de points de passage obligés
– en termes techniques, des « biographèmes » –, dont
une absence même devient significative. Tels sont le récit
des origines, l’enfance et la formation de la personne, le moment où
se décide une orientation ou une vocation, les épreuves affrontées,
la mort (sauf dans un curriculum vitae ou dans une autobiographie),
ainsi que le moment où est fait – fût-ce en plusieurs prises
– le portrait physique, social et moral de la personne.
Il est dès lors aisé
de dégager deux types d’observations :
-
la similitude de ces étapes
dans les récits non littéraires et dans le littéraire
;
-
les effets de sélection
qui interviennent dans l’un et l’autre cas, mais différemment, et
la façon dont les oeuvres littéraires mettent en lumière
les moments cruciaux d’une vie (vraie ou fictive).
À partir de quoi, l’analyse
peut porter sur le rôle des registres dans les textes littéraires
biographiques : suscitant l’admiration ou le rejet, donc l’identification
ou la mise à distance d’avec celui ou celle dont la vie est relatée,
ils peuvent induire le sentiment de sympathie – voire empathie – dans le
lyrisme, ou le sentiment de colère partagée dans le polémique.
Ces perceptions, en général sensibles dès la lecture
cursive du texte, conduisent dans l’analyse à l’observation des
ressources stylistiques mises en jeu : comparaisons et métaphores,
interventions du narrateur, choix de tonalités.
Elles permettent de saisir
comment l’argumentation intervient certes dans les faits relatés
et leur interprétation, mais aussi dans l’art de persuader en suscitant
des émotions et des plaisirs chez le lecteur.
Exercices.
Évaluation
Les textes biographiques
donnent aisément matière à des lectures analytiques,
à des commentaires de passages et à des sujets de dissertation.
Ils se prêtent aussi à des exercices utiles :
-
de comparaison : relever les
étapes-clés d’une biographie réelle, puis comparer
avec celles que donne un récit de vie littéraire ;
-
d’invention : rédiger
une biographie brève à partir d’une documentation donnée.
Ces exercices peuvent donner
lieu à évaluation ou non.
En revanche, nombre d’adolescent(
e)s et d’adultes tiennent leur journal, et peuvent de ce fait trouver un
intérêt particulier à l’étude du biographique,
sans que pour autant des exercices d’écriture autobiographique soient
recommandés en classe. Celle-ci relève du choix personnel
et de la vie privée de chacun. Si certains élèves
souhaitent faire état de leur pratique en ce domaine, la classe
doit pouvoir en être le lieu, mais elle ne doit pas être un
lieu où cela serait imposé à ceux qui ne le désirent
pas.
Objet
d'étude : Le travail de l’écriture
Objectifs
La perspective d’étude
majeure ici est celle de la « production et de la singularité
des textes ». Les objectifs correspondants présentent deux
aspects importants des acquisitions à réaliser en classe
de seconde :
-
faire comprendre aux élèves,
par l’observation d’exemples, que l’écriture exige un ensemble de
démarches et ne s’élabore pas sous l’impulsion d’une inspiration
soudaine, ni par l’effet d’un don réservé à quelques-uns
;
-
les rendre sensibles aux questions
de style, et donc à la dimension spécifique des oeuvres littéraires.
Ces questions peuvent être
envisagées en relation avec la perception de l’originalité
d’une écriture (voir «Intertextualité,
production et singularité des textes ») ; elles sont alors
perçues dans le processus de la réception des oeuvres. Mais
elles peuvent aussi être envisagées dans l’acte d’écriture,
comme une série de choix par lesquels un auteur donne à ses
textes leur tournure spécifique. Elles sont alors liées à
la production des textes et peuvent être abordées en relation
avec l’écriture d’invention où elles trouvent un lieu de
réinvestissement, aussi bien qu’avec les analyses d’oeuvres.
Dans les deux cas, il s’agit
d’apporter des éléments de philologie qui donnent aux élèves
une vue claire du fait que le texte est un objet produit par un travail
et donc analysable comme tel (produit d’une inspiration dictant son libellé,
il serait à considérer selon la valeur ou la croyance qu’on
accorde à cette inspiration, et non comme un ensemble de significations
appelant l’analyse).
Cet objet d’étude
entretient des liens étroits avec les questions de langue, ainsi
qu’avec les questions de genres et de registres. Il est spécifique
à la classe de seconde, mais ses acquis irriguent ensuite l’ensemble
du travail de première, tant pour la lecture que pour la rédaction
de textes de commentaire, de dissertation et d’invention par les élèves
eux-mêmes.
Contenus
Les contenus peuvent se répartir
en trois ensembles :
L’élaboration
de la matière même d’une oeuvre
Cela correspond en rhétorique
à l’inventio, la recherche des idées.
Dans la genèse d’une
oeuvre littéraire, elle peut s’étudier de deux façons
principales :
-
les pratiques d’imitation et
les variations par rapport à un modèle ;
-
les pratiques de documentation
sur un sujet donné.
Les
choix qui président à la structure de l’oeuvre
Ils peuvent être dictés
par des contraintes dues au genre pratiqué. Ils peuvent être
liés à des mouvement de goût, de sensibilité,
d’idéologie : souci de donner une image qui paraisse vraie par exemple,
ou encore prise de position polémique et choix de déformations
calculées dans l’image du réel que le texte propose, dont
certains privilégient la représentation réaliste tandis
que d’autres la refusent.
Les
options stylistiques proprement dites
Celles-ci peuvent intervenir
à deux moments de la genèse d’un texte :
-
lors de sa conception (par exemple
lorsqu’un canevas est fait en prose et le texte final en vers) ;
-
lors des modifications par rapport
à une première version, dans des rééditions,
dont l’analyse relève alors de l’examen des variantes.
Mise en oeuvre
Place
dans la progression annuelle
Le travail s’organisant
toujours par et sur des textes, l’étude de l’écriture n’est
pas envisagée comme une formation à la génétique
textuelle en soi et ne peut guère constituer le centre d’une séquence
spécifique. Elle intervient mieux comme apport au cours de diverses
séquences, comme l’ont fait la plupart des collègues qui
l’ont incluse dans leur expérimentation des nouveaux programmes.
Elle peut s’intégrer dans l’étude d’une oeuvre liée
au mouvement de l’art pour l’art (notamment dans le cas de « l’écriture
artiste » chez Flaubert, pour lequel les documents abondent, mais
aussi en liaison avec l’étude du théâtre ou du roman
ainsi qu’avec l’objet d’étude « Écrire,
publier, lire ».
Aspects
et exemples
À titre d’exemples
commodes, on peut répertorier ici parmi les cas qui ont été
abordés dans la mise en oeuvre du programme de seconde :
Les
étapes de la conception d’un sujet
Les brouillons, notes, canevas,
recueils de documents, qu’un auteur collecte pour passer d’une idée
de livre à la constitution de son dossier offrent des exemples nombreux
qui sont aisément utilisables en classe (voir les dossiers qui existent
pour les oeuvres de Flaubert, Hugo ou Zola). De nombreuses éditions
de poche en proposent les documents essentiels.
Par exemple, La Débacle
de Zola permet d’observer comment il utilise des journaux de marche de
régiments engagés dans la campagne de 1870, comment il est
allé visiter la région de Sedan où il situe l’essentiel
de l’action de son récit, etc. L’intérêt est alors
de faire discerner aux élèves les deux processus conjoints
de l’effet de réel et de la représentativité.
Pour le premier, les événements,
les noms de lieux, la chronologie, certains personnages sont historiquement
attestés et rendent le texte crédible pour le lecteur.
Pour le second, Zola sélectionne
et combine des références. Ainsi, ses personnages se répartissent
entre les divers grades et les diverses spécialités de l’armée,
chacun incarnant de la sorte une attitude, une tendance, une qualité
ou un défaut propre à chaque catégorie (le capitaine
mondain et distant, le caporal-paysan bon soldat et bon camarade, etc.).
Les deux se combinent dans des épisodes où la description
des faits est prise en charge (par « effet de régie »,
selon les termes de Ph.Hamon) par le regard d’un personnage : décrire
l’artillerie en action est une étape du canevas, faire cette description
à travers le regard d’un des soldats en est une autre : le texte
final donne au lecteur le sentiment que les autres soldats admirent les
artilleurs.
L’organisation
du texte
Un même sujet peut
être traité dans des genres différents : il constitue
un lieu commun, mais peut donner des effets esthétiques distincts.
Le choix d’un genre retentit sur l’organisation du texte, et la structure
de celui- ci résulte à la fois de ces contraintes et, à
l’intérieur de ce cadre, de choix opérés par l’auteur.
L’examen des sources est ici un moyen d’entrer dans la compréhension
détaillée du texte. Dans une étude d’oeuvre intégrale,
de Britannicus par exemple, la référence à
Tacite, que Racine lui-même revendique en précisant qu’il
a suivi et imité ce grand peintre, s’analyse par imitation et modifications
(Racine modifie la chronologie et l’âge de décès de
Britannicus et de Narcisse) mais, plus encore, en observant les sélections
et les ajouts que l’écrivain a opérés : choix de grouper
en 24 heures des événements étalés dans le
temps, invention du personnage de Junie qui donne à l’oeuvre une
dimension de tragédie amoureuse que l’histoire ne fournissait pas,
récit de l’empoisonnement et non pas représentation directe
ou, enfin, hésitation de Racine à faire voir sur scène
une confrontation entre Narcisse et Burrhus.
Le
style
Racine élaborait
ses pièces sous forme de canevas en prose, puis les versifiait ;
Flaubert, de même, procédait par précisions successives
; Balzac donnait une première version entière et corrigeait
sur épreuves, etc. On dispose ainsi de nombreux documents de cet
ordre sur des oeuvres majeures. Ils permettent d’aborder la question du
style par comparaison, non de la syntaxe et du vocabulaire d’une oeuvre
avec un hypothétique discours ordinaire, mais avec d’autres formulations
que la version finale réalisée par le même écrivain.
Ils permettent de voir, notamment, comment s’est fait le passage de l’énoncé
d’un fait à sa mise en images et, par là, la sollicitation
de l’imaginaire du lecteur ou du spectateur : dès lors, les élèves
peuvent voir comment les images ne sont pas de simples techniques à
nantir d’un nom (métaphore, etc.) mais bien des éléments-
clés de la signification, qui décident de l’émotion
que le texte sollicite. Plus dans le détail encore, si le temps
et l’objectif dévolus à l’analyse d’un texte le permettent
et le demandent, un examen de variantes est propice à faire percevoir
comment un auteur souligne, infléchit ou nuance certains effets
(exemple bien établi par G. Forestier dans son édition de
Racine : le vers célèbre d’Oreste (Andromaque, I,
1), qui est dans la version initiale :
Je me livre en
aveugle au transport qui m’entraîne ,
devient dans l’édition
finale :
Je me livre en
aveugle au destin qui m’entraîne ,
ce qui fait un glissement d’un
propos plus psychologique à un propos plus métaphysique).
Cette approche est évidemment liée aux questions de langue.
Réinvestissements
Dans les exercices d’écriture
d’invention, les textes étudiés peuvent donner des modèles
de contenu et/ ou de forme mais aussi apporter des exemples de démarches,
dont on a vu qu’elles constituent un des buts importants de ces exercices.
Dans les analyses de textes
– textes courts ou études d’oeuvres intégrales – l’observation
du travail de l’écrivain est un apport considérable à
la compréhension et à l’interprétation : elle permet
de discerner les choix qu’il effectue – soit dans les référents
qu’il décide de faire intervenir ou non, soit dans l’ordre de leur
intervention dans le texte, soit dans les niveaux de langage qu’il convoque
et les images qu’il propose – et, par là, de discerner plus précisément
l’orientation qu’il donne à son oeuvre. Elle est employée
dans le commentaire de texte.
En classe de seconde, il
ne saurait être question d’engager les élèves dans
un travail de philologie spécialisée, mais il importe de
choisir des détails marquants, à partir desquels ils percevront
mieux les significations d’ensemble des textes.
Objet
d'étude : L’éloge et le blâme
Objectifs
L’éloge et le blâme,
les deux grandes formes de l’épidictique (voir « Argumentation
») sont des notions carrefours : à la croisée des genres
et des registres
(voir ces chapitres), elles permettent une approche des façons de
persuader, en montrant la part des affects dans l’argumentation et sont
l’occasion d’aborder des textes diversifiés, qui constituent des
références culturelles importantes (par exemple La Bruyère)
en relation avec des pratiques toujours actuelles. L’éloge et le
blâme sont en effet très répandus sous diverses formes
: dans la littérature, la presse, les images, le portrait.
Remarque
L’éloge et le blâme
se rattachent à une part de la poétique qui est en lien étroit
avec la rhétorique (historiquement, l’épidictique constitue
le carrefour de ces deux domaines de la production littéraire).
Dans l’histoire de la littérature française, il se trouve
que l’enseignement de la rhétorique a été assumé
comme tel de façon majeure au long de l’histoire de l’enseignement
jusqu’à une date récente ; il se trouve aussi qu’elle a fait
l’objet, au XIXe siècle, d’une sclérose dans son enseignement,
qui l’a réduite à peu près aux seules figures de style
et qu’une partie du champ littéraire s’est détachée
de la tradition éloquente ; il n’en reste pas moins que le besoin
de former la personne et le citoyen exige – aujourd’hui peut- être
plus que jamais – la prise en compte de ces dimensions ; et l’éloge
et le blâme sont un moyen d’observer les liens entre rhétorique
et poétique, de restaurer les perspectives littéraires et
historiques qu’ils impliquent. De nombreux collègues ont déjà
pris en compte cette problématique, et ont du même coup mis
en avant l’importance historique de ces questions (voir par exemple, avec
indications bibliographiques détaillées, L’École
des lettres, numéro spécial du 15 avril 2001). On notera
aussi les liens évidents avec le programme de langues anciennes.
Le lien est fort avec l’écriture
d’invention, notamment lors d’un travail sur le portrait. Cet objet d’étude
peut être un moment privilégié pour aborder l’analyse
d’oeuvres visuelles : sculptures, peintures, dessins, caricatures.
Cet objet d’étude
est optionnel. Deux cas peuvent donc se présenter (voir «
Contenus,
séquences et progression ») :
le professeur choisit de ne
pas le traiter en tant que tel, mais les élèves pourront
en rencontrer les notions et les formes essentielles à l’occasion
d’activités consacrées à d’autres objets d’étude
(dans le cadre d’un travail sur l’argumentation, pour faire ressortir la
dimension affective et passionnelle de la persuasion, dans le cadre de
l’étude d’une oeuvre narrative ou théâtrale, si elle
conduit à analyser des portraits de personnages, par exemple) ;
le professeur choisit d’y consacrer
une séquence, comme certains collègues l’ont fait : c’est
ce second cas qui est envisagé ci-dessous.
Genres et formes
de l’éloge et du blâme
Le travail sur l’éloge
et le blâme pouvant puiser à une grande diversité de
textes et d’oeuvres, littéraires ou non, verbaux ou non, il est
possible d’aborder certains des genres particuliers qui les mettent en
oeuvre (voir «Argumentation
»), outre celui du portrait qui s’applique à l’un comme à
l’autre :
-
genres de l’éloge : ode,
oraison funèbre, apologie, panégyrique, hagiographie, critique,
plaidoyer, consolation, compliment, toast, etc. ;
-
genres du blâme : pamphlet,
satire, réquisitoire, libelle, critique, autocritique, diatribe,
caricature, raillerie et persiflage, etc. À noter que, dans ces
genres, la transition entre le littéraire (par exemple, l’ode) et
le non-littéraire (par exemple, le toast) est aisée à
faire percevoir aux élèves.
Cet objet d’étude se
prête aussi, en ce qui concerne les registres, à l’analyse
de l’épidictique, du polémique, du pathétique, à
l’initiation au satirique et à l’ironique (développés
en première).
Les leçons
de la pratique ; un exemple : le portrait
Le programme suggère
un travail sur le portrait. Les enseignements de la mise en oeuvre des
programmes de seconde en 2000-2001 ont montré que certains collègues
avaient choisi de réaliser, tôt dans l’année, une séquence
sur l’éloge et le blâme organisée autour de l’étude
du genre du portrait. Elle leur permettait d’initier les élèves
aux notions de genre, registre, persuasion, style littéraire et
non littéraire. Elle se prête particulièrement à
des écrits d’invention, dans lesquels les élèves reprennent
et approfondissent des acquis du collège (la description). Elle
permet des exercices brefs et l’étude de textes assez courts préparant
à des lectures plus longues et plus exigeantes. Elle se lie de plus
à l’étude de textes de la Renaissance (blasons et plaidoyers
amoureux chez Ronsard, critiques de Rome dans Les Regrets de Du
Bellay, satires dans Les Tragiques de D’Aubigné). De ces
mises en pratique, on peut retenir les suggestions de textes et documents
suivants :
Dans
le domaine verbal
-
Des textes poétiques
: blasons et contre-blasons du XVIe siècle ; Baudelaire, Les
Fleurs du mal (« La chevelure», « Une charogne»,
etc.) ; Éluard ; Aragon, etc. ;
-
des extraits de La Bruyère,
Les
Caractères, et des Mémoires de Retz ou de Saint-Simon
;
-
des extraits de pièces
de théâtre (par exemple, Molière, Le Misanthrope
: la scène des portraits) ;
-
des extraits de romans (cas
de portraits et/ ou d’interventions du narrateur dans le corpus étudié
du XIXe ou du XXe siècle) ;
-
le genre du portrait de presse,
des textes de critique d’actualité littéraire ou culturelle.
Dans
le domaine visuel
-
Des portraits en majesté,
picturaux (Louis XIV, Napoléon, etc.) ou photographiques (photos
officielles de présidents de la République) et, à
l’opposé, des caricatures (de Daumier, par exemple) ;
-
des photographies d’artistes,
d’écrivains, d’hommes politiques (Nadar, quatrièmes de couverture,
publicités pour des romans contemporains) ;
-
des sculptures et des monuments
à visée de glorification.
À
partir du portrait
À partir des démarches
repérables dans le portrait (portrait physique, portrait moral,
résumé des principaux faits de la vie – ce qui donnera une
transition avec l’étude du biographique en première), il
est aisé d’établir une extension vers les éléments-
clés de l’éloge et du blâme, par comparaison avec des
textes tirés d’autres genres. L’étude du portrait permet
ainsi de faire discerner des choix : un personnage vu sous un certain angle,
un certain éclairage, dans un certain environnement, un contexte,
dans une pose suggérant un sentiment, offrant une émotion
au destinataire. À partir de quoi les élèves peuvent
percevoir comment l’éloge et le blâme jouent sur le point
de vue, l’amplification ou la réduction de certains traits du modèle
ou du sujet, et donc sur l’affectif. Il leur est ainsi possible de saisir
le rôle de celui-ci dans les effets exercés sur les destinataires
(par exemple, « mettre les rieurs de son côté »),
ainsi que sur les liens entre poétique et rhétorique. Ces
éléments peuvent être réinvestis en écriture
d’invention.
Objet
d'étude : Écrire, publier, lire
Objectifs
Au collège, les élèves
ont lu des oeuvres portant des références culturelles majeures
et des oeuvres de littérature de jeunesse. Ils ont une expérience
pratique de ces deux aspects de la littérature. Le lycée
développant l’étude critique du littéraire et de la
culture, l’année de seconde doit leur permettre de prendre conscience
des dimensions différentes de la littérature et de la culture,
de leurs rôles et de leurs apports.
Ainsi, en liaison avec l’histoire
littéraire et culturelle et avec l’étude de la production
et de la singularité des textes, une approche des conditions de
la création, de la publication et de la lecture répond à
trois objectifs :
-
aider les élèves
à développer des habitudes de lecture et soutenir leur curiosité
en ce domaine ;
-
les aider à mieux mettre
en contexte les textes qu’ils lisent ;
-
contribuer à l’étude
de l’histoire littéraire et à la réflexion sur ses
apports.
De nombreuses enquêtes
montrent que les adolescents, à l’âge où ils entrent
au lycée, connaissent des modifications dans leurs comportements
de lecteurs : si les uns (et surtout les unes) lisent davantage, bon nombre
manifestent un moindre intérêt pour le livre, pour la lecture
en général et pour la littérature. Leurs représentations
idéalisées des écrivains, de leurs rites et de leurs
pratiques d’écriture en sont une cause : la littérature leur
paraît s’inscrire dans un autre espace culturel que le leur. Le manque
de familiarité avec les lieux et les pratiques qui assurent la présence
et la circulation du livre (bibliothèques, librairies) en est une
autre. Enfin, des modes de lecture qui mettent en avant l’évasion
et l’identification (en général, en les combinant) sont peu
propices aux attitudes de lecture critique que l’étude des textes
au lycée demande et entreprend de former.
Il importe donc, en partant
des réalités actuelles, d’aider les élèves
à interroger et comprendre les textes et à réfléchir
sur les similitudes et les différences entre les oeuvres littéraires
et les textes non littéraires, ainsi que sur les différentes
formes et strates du littéraire (en termes de prestige, de valeur
sociale qui s’y attachent) : les jeunes lycéens sont souvent assez
familiers de formes de littérature de jeunesse, d’aventure, etc.,
et moins de la littérature plus exigeante ; de même, ils sont
en général familiers de l’audiovisuel, du télévisuel
et de la musique d’actualité, donc de modes de réception
qui les habituent à l’immédiateté plus qu’à
l’accès plus lent et plus approfondi aux textes.
C’est pourquoi il s’agit
ici à la fois de leur apporter des connaissances mais aussi de contribuer
à développer leurs comportements de lecteurs, en leur faisant
percevoir quels sont les cadres dans lesquels se déroule la vie
littéraire.
Contenus
Les trois objectifs ci-dessus
correspondent aux contenus suivants :
Des
lectures et des savoirs portant sur la littérature d’aujourd’hui
et du passé
«Aujourd’hui »
n’est pas à entendre en un sens restrictif, comme désignant
seulement l’actualité immédiate, mais souligne l’importance
d’une ouverture sur le contemporain. Souvent en effet, les élèves
ont tendance à assimiler la littérature et le passé
plus ou moins lointain, plus ou moins étranger à leurs yeux.
Se creuse ainsi une opposition
sourde entre le présent, où les médias de l’image
et du divertissement domineraient, et les textes, qui relèveraient
d’une culture passéiste. Il importe donc de leur donner à
voir que la culture contemporaine est nourrie de littérature et
abonde en création littéraire.
En même temps, les
médias audiovisuels ont multiplié les adaptations d’oeuvres
littéraires du passé. Un travail sur les adaptations ou sur
les reprises théâtrales d’oeuvres du passé appartient
donc aussi à ce domaine d’études. Par ces approches, en liaison
avec la démarche d’ensemble proposée pour l’étude
de l’histoire littéraire, les élèves peuvent être
amenés à observer la culture actuelle pour mieux saisir l’importance
d’en étudier les antécédents, l’histoire et l’héritage
dans lesquels elle s’inscrit.
Envisager en seconde un
mouvement littéraire du XIX e ou du XX e siècle permet d’avoir
assez commodément accès à une documentation sur les
usages de création, publication et réception. Dans l’étude
d’un mouvement d’une période plus éloignée, en première,
les notions et démarches ainsi acquises pourront être réinvesties.
Écrire,
publier, lire
Observer les usages culturels
invite à ne pas scinder ces trois actes. Il s’agit d’amener les
élèves à comprendre que les auteurs créent
en situation, que l’action de publier opère des choix, oriente des
modes d’écriture et de lecture, que tout un réseau d’instances
intervient dans la vie culturelle. Lier les trois aspects contribue à
la formation d’un esprit averti.
Mieux
mettre les oeuvres en contexte
Prendre en compte le littéraire,
ses diverses formes, et le non-littéraire permet d’amener les élèves
à réfléchir sur les genres, leurs apports différents
et leurs évolutions.
On ne bornera donc pas la
réception à la seule lecture au sens strict.
Le programme prescrit une
étude du théâtre : il est bon de faire percevoir que
le théâtre est fait pour être vu autant que pour être
lu.
D’autre part, il est bon
de comparer le cas du théâtre et celui du récit : montrer
que le roman est le genre aujourd’hui dominant mais ne l’a pas toujours
été, que la tragédie n’est plus un genre productif
en tant que tel mais peut faire l’objet de représentations et rééditions
nombreuses, permet d’initier les élèves à l’idée
de contexte.
De même, il est plus
aisé de contextualiser les oeuvres modernes en les comparant avec
des textes non littéraires et des textes de littérature de
large diffusion qu’on ne le fait pour les oeuvres du passé.
Enfin, la mise en regard
de productions audiovisuelles actuelles et d’oeuvres littéraires
permet de faire discerner des traits communs et des différences
entre ces langages et ces usages culturels.
Mise en oeuvre
Place
dans la progression
Le programme précise
qu’il s’agit là d’un objet d’étude optionnel. Les professeurs
peuvent donc choisir de le traiter ou non, et de le traiter en tant que
tel ou de l’aborder en corollaire de l’étude d’un autre objet.
Reste qu’un tel objet d’étude
a un double rôle d’initiation : il contribue à mettre en place
la réflexion sur l’histoire littéraire et la construction
de la conscience historique, qui se fera progressivement sur les deux années
de seconde et de première ; il permet aussi la mise en place d’éléments
de contexte et de problématiques (sur les genres, la notion de littérature,
la lecture de l’image).
Il peut donc y avoir profit
à l’aborder assez tôt au cours de l’année de seconde.
Dans les expérimentations de l’année 1999-2000, plusieurs
collègues ont ainsi choisi de le situer dans le premier trimestre,
comme moyen de mettre en place des usages, des notions et des questions,
en partant de la lecture de romans contemporains. Par exemple, dans des
classes qui se sont associées au Goncourt des lycéens, la
réflexion sur « Écrire publier, lire » a été
prise en compte dans le cadre des lectures appelées par cette participation,
au sein d’une séquence sur l’étude du roman. Les questions
liées aux prix littéraires, aux académies et jurys,
à l’édition, au rôle de la critique et des médias
ont ainsi trouvé place dans l’approche des oeuvres en contexte.
Dans d’autres cas, sans relation avec un prix littéraire, cette
approche a été faite comme moyen de découvrir les
cadres de l’histoire littéraire contemporaine, à l’occasion
d’un travail sur la littérature engagée ou sur l’évolution
des genres théâtraux.
En classe de première,
les acquis ainsi élaborés sont repris, mais cet objet d’étude
n’est plus présent en tant que tel : les données en sont
intégrées à l’étude des autres objets d’étude.
Leur importance est particulièrement sensible pour le théâtre
(lecture et représentation), la poésie (rôle de l’oral
et de l’écrit), les genres de l’argumentation (pour les rapports
aux destinataires).
Démarches
Textes,
seuils et approche des contextes
Une telle étude appelle
l’observation des différents «seuils » (selon le titre
d’un ouvrage de Genette) qui manifestent, dans le livre même, l’acte
de publication et les rapports entre l’auteur et le public. Le titre et
ses variations éventuelles, la couverture et ses illustrations éventuelles,
la quatrième de couverture, constituent des moyens d’entrée
dans cette mise en contexte. Un va-et-vient entre texte et « péritexte
» enrichit la lecture d’éléments d’analyse et d’interprétation
tenant ainsi à la mise en situation du texte. Ces démarches
sont aujourd’hui usuelles dans l’enseignement du français, point
n’est besoin donc de les détailler davantage ici.
Comparaisons,
échanges
L’un des objectifs fondamentaux
du cours de français au lycée est de développer les
lectures des élèves. Les formes doivent donc être diversifiées.
La lecture de plusieurs oeuvres et de textes et documents complémentaires
(y compris non littéraires : images, articles) est nécessaire
pour la compréhension des faits de création, diffusion et
réception, à travers des comparaisons. D’autre part, pour
la documentation, la liaison avec le professeur-documentaliste est nécessaire
ainsi que l’initiation ou l’incitation à poursuivre la fréquentation
des bibliothèques et librairies, des théâtres ou des
salles de cinéma. La formation au comportement de lecteur passe
aussi par des usages tels que le journal de lecture, l’organisation de
débats et échanges sur les oeuvres lues.
Liens
avec le travail de l’écriture, l’invention et la singularité
des textes
Observer les pratiques contemporaines
d’écriture, de publication et de réception est lié
à la formation de la conscience critique des élèves.
Les termes de conscience critique trouvent ici des applications concrètes
: comprendre que l’écriture se fait en situation évite que
les mythes de l’inspiration, comme un pouvoir absolu et incompréhensible,
ne bloquent la réflexion et la curiosité des élèves.
Aussi l’approche des conditions
contemporaines de la production culturelle s’associe-t-elle particulièrement
avec :
-
la réflexion sur le travail
de l’écriture et la singularité des textes : l’examen d’un
texte en fonction de la collection où il prend place permet de faire
apparaître ce qui constitue des traits communs aux ouvrages de la
même série et ce qui peut distinguer une oeuvre, son style
général et son style spécifique ;
-
le travail d’écriture
d’invention : amener les élèves à rédiger des
textes de compte rendu critique ou de quatrièmes de couverture les
initie à l’analyse des traits essentiels d’une oeuvre, ce qui permet
ensuite de leur faire rédiger des jugements critiques argumentés
ou des textes d’imitation, dans tous les cas des textes prenant en compte
la situation de l’échange qu’ils engagent. En même temps,
ils prennent conscience que l’écriture est une élaboration
qui exige une démarche, des étapes, des choix, ce qui contribue
à former leur conscience critique.
Objet
d'étude : L’épistolaire
Objectifs
L’épistolaire est
un objet d’étude propre à la série littéraire.
Il s’agit de donner accès à un pan particulièrement
riche de l’histoire de la littérature et de la culture. Cet objet
d’étude recouvre en effet les diverses formes de l’épistolaire
: lettre, épître en vers, lettre familière ou privée,
lettre ouverte, roman par lettres. Il donne donc place à des formes
importantes et trop peu souvent étudiées. Il ouvre aussi
à des cas significatifs de mixité de genres (lettre et roman
dans le roman épistolaire, mais aussi débats d’idées
sous les dehors de la lettre familière).
N. B. – Dans
les autres séries, l’étude de l’argumentation et de l’essai
appelle une initiation à la lettre (lettre privée et lettre
ouverte).
Définitions
Étymologiquement,
le mot épistolaire vient d’un verbe signifiant « envoyer vers
». Un texte épistolaire se signale donc par une adresse explicite
et se présente comme un discours tourné vers une personne
absente, afin de suppléer à cette absence.
L’épistolaire est
une pratique à fonction sociale et recouvre toutes les variétés
de notre rapport à l’autre, qu’il soit de nature professionnelle
ou intime.
Cette pratique sociale peut
entrer de deux façons dans le domaine littéraire :
-
le texte peut changer de destinataire
et de destination quand une correspondance privée est publiée
;
-
la lettre peut aussi dès
le départ être constituée comme objet fictif, et s’inscrit
alors dans un genre déjà établi (roman, essai, écrit
autobiographique, pamphlet). À la codification sociale se joint
alors une codification littéraire.
Des cas mixtes sont évidemment
possibles et nombreux. L’étude de l’épistolaire en première
L envisage les diverses formes de ces usages, non de façon exhaustive
mais selon les deux grands cas de figure indiqués ci- dessus.
La pratique épistolaire
instaure dans son usage littéraire une double énonciation.
Éléments
d’historique sommaires
Pour bien évaluer
l’importance de l’épistolaire, il est bon de prendre en compte son
extension historique, dont on rappelle ici brièvement les traits
principaux. Dans l’Antiquité, il a eu un rôle considérable,
par les lettres de Pline, Cicéron, Sénèque. En France,
l’épistolaire remonte d’abord à une tradition savante. Au
Moyen Âge, il existe seulement des missives d’ordre officiel, rédigées
par des clercs en fonction d’un canevas préétabli. Au XVIe
siècle, la lettre devient un moyen d’échange entre des milieux
savants qui communiquent en latin à travers toute l’Europe humaniste.
Mais, compte tenu de la lenteur des courriers, ces lettres sont longues
et leur texte est contraint à être clos sur lui- même.
Cependant, Érasme dans son De conscribendis epistolis, tout
en gardant comme cadre les principes de l’art oratoire et épistolaire
antique et la tradition de la lettre savante, solidement argumentée
et traitant de sujets philosophiques, assouplit la forme de la lettre :
pour lui, elle peut traiter toutes sortes de sujets et c’est à l’épistolier
à s’y adapter par une rhétorique pertinente. À la
même époque, les débats entre théologiens favorisent
l’apparition de lettres polémiques jouant sur des destinataires
fictifs. La lettre devient ainsi une forme privilégiée du
débat d’idées aux XVIIe et XVIIIe siècles : la lettre
ouverte illustrée par Les Provinciales ou les Lettres
philosophiques, puis rendue célèbre au siècle
suivant par le J’accuse de Zola, se situe dans cette lignée
; elle est cousine de l’essai et du dialogue d’idées.
Au XVIIe siècle,
un plus large accès de la population à l’écriture
et à la lecture fait de l’épistolaire une pratique sociale
étendue. Un réseau national de courriers royaux, créé
par Henri IV et amélioré par Richelieu, permet d’établir
un véritable dialogue entre les correspondants. La lettre devient
alors aussi un substitut de la conversation mondaine. Elle est en ce cas
plus familière, plus mêlée dans son contenu et reflète
l’esthétique mondaine et galante de l’époque. L’essentiel
est de plaire et de piquer l’intérêt par la façon de
raconter. Elle devient donc très vite un art. Avec la publication
posthume des Lettres de Voiture, la lettre privée se constitue
en variante ambiguë de l’oeuvre littéraire. La correspondance
de madame de Sévigné connaît le même destin.
Au XVIIIe siècle,
l’émergence de la sensibilité individuelle donne à
la correspondance un caractère intime : confidences, effusions lyriques,
autoportraits. C’est aussi à cette même époque que
le roman par lettres, inauguré au siècle précédent
par Guilleragues dans les Lettres portugaises, connaît une
faveur considérable et produit les deux grands romans du XVIIIe
siècle : La Nouvelle Héloïse et Les Liaisons
dangereuses. Il est significatif que, dans ces trois oeuvres, la correspondance
fictive soit présentée comme un recueil de lettres authentiques
dont l’auteur du livre ne serait en fait que l’éditeur.
Il faut noter ensuite le
développement des éditions de correspondances d’écrivains
ou d’artistes : lettres de Voltaire, de Diderot, plus tard de Balzac ou
de Proust, etc. ou celles de personnages plus obscurs ayant vécu
des circonstances exceptionnelles (correspondances de poilus par exemple).
Avec les publications de
correspondances d’écrivains, de savants, d’artistes, la lettre tend
à apparaître de nouveau, en partie comme une affaire de lettrés
justement. D’autant que la correspondance privée a été
concurrencée par le téléphone. Mais elle connaît
avec le courrier électronique une seconde vie. Si la messagerie
électronique, par manque de confidentialité, ne supplante
pas la lettre d’amour, elle se prête à des échanges
plus libres dans la forme et dans le contenu. Elle commence à créer
elle aussi ses codes et son langage. Elle redonne sa place à l’échange
écrit, et donc son importance à l’épistolaire.
Perspectives
d’étude
Approfondissement
des notions de genre et de registre
En classe de seconde, les
élèves ont appris à construire les notions de genre
et de registre. L’épistolaire leur permet d’envisager des cas de
mixité (la lettre sert souvent un autre genre). Un des enjeux de
l’étude consistera donc à montrer comment les particularités
de l’écriture épistolaire se mettent au service d’un genre
ou d’un registre et les renouvellent.
Qu’elle soit fictive ou
authentique, une correspondance se donne pour vraie. On pourra réfléchir
au contrat de lecture qui en découle et à ses conséquences
sur les genres et les registres que l’on choisira d’examiner : deux registres
sont particulièrement riches, dans ce domaine, le polémique
et le lyrique. Dans le roman ou l’autobiographie par lettres, le lecteur
partage une confidence ou surprend un secret, observation privilégiée
qui peut aller jusqu’au voyeurisme. Dans la littérature épistolaire
polémique, la fiction peut renvoyer à la réalité,
la réalité ressembler à la fiction. La lettre que
nous lisons, alors qu’elle porte l’adresse d’un autre destinataire, repose
aussi sur une situation de double énonciation qui peut se prêter
particulièrement à l’ironie.
Argumentation
et effets sur le destinataire
Écrite à un
destinataire, la lettre est aussi écrite pour lui. Elle tient compte
de ses sentiments, de ses valeurs, de ses cadres de pensée soit
pour s’y conformer, soit pour s’y confronter. La participation que lui
autorise le scripteur est dès lors essentielle : il peut être
un simple médiateur avec le public que l’on vise effectivement ;
il peut être convoqué pour nourrir et relancer un débat
; il peut être l’interlocuteur d’une conversation mondaine ou l’être
aimé dont on souhaite conjurer l’absence par l’écriture.
La relation à l’autre se fait dans un espace plus ou moins intime,
sur tous les modes, de la connivence à l’affrontement.
Parler à l’autre,
c’est s’efforcer d’agir sur lui, qu’il s’agisse de le convaincre, de le
séduire ou de le persuader. Le roman par lettres permet d’étudier
comment le discours se fait action, manipulation parfois. Pour avoir des
effets différés, l’épistolaire n’en est que plus intéressant
: que l’on songe au cas extrême de la lettre posthume. Des correspondants
partagent aussi un savoir que le lecteur ne possède pas en totalité
et qu’il est amené à reconstruire à travers des données
fragmentaires, subjectives, parfois contradictoires lorsque l’oeuvre joue
sur des effets de polyphonie.
La lettre joue sur l’idée
d’authenticité – vraie ou feinte – d’un « je » qui se
livre ou que l’on surprend. Aussi la matérialité même
du courrier produit-elle des effets dont on joue : délais de réception,
silences, lettres perdues, lettres- objets que l’on promet à la
destruction rageuse ou à la vénération fétichiste.
Enfin écrire une lettre, c’est souvent parler de lettres, parfois
même les donner à voir par une graphie particulière
ou une disposition étudiée dans l’espace de la page.
Étude
des mouvements littéraires et culturels
La lettre est d’abord riche
en informations saisies sur le vif. Lettres familières, correspondances
d’écrivains ont le prix des témoignages, la saveur des reportages.
Elles nous renseignent sur les événements de l’histoire,
les faits de la vie littéraire et artistique, la gestation d’une
oeuvre, la personne de l’écrivain.
Cette enquête dépasse
cependant la simple curiosité et favorise une mise en perspective
historique. Le lecteur d’aujourd’hui ne s’attache pas aux mêmes détails
que celui d’hier, n’a pas la même lecture des événements,
ni la même sensibilité. L’épistolaire peut donc être
associé à toute étude de mouvements littéraires
et culturels.
Cependant certains cas sont
plus particulièrement significatifs. C’est dans la littérature
épistolaire que se sont développés les grands débats
d’idées du XVIIe et du XVIIIe siècle : polémiques
entre jésuites et jansénistes, plaidoyers pour la tolérance,
débats sur la valeur du luxe et de la civilisation ou sur la moralité
du théâtre, essais sur une nouvelle conception philosophique
de l’homme. Les liens avec les mouvements littéraires et culturels
de l’humanisme, du baroque et des Lumières sont ici patents. L’étude
de l’épistolaire est donc à associer avec ces éléments
d’histoire littéraire.
Enfin, autant que par son
contenu, la lettre donne à lire une culture par sa forme et ses
choix esthétiques : elle manifeste les usages sociaux, les modèles
et les représentations d’une époque donnée.
Étude
du style
Dans sa forme la plus répandue,
l’épistolaire tient lieu de conversation. Tous les procédés
par lesquels s’établit une interaction appellent donc une attention
particulière : les apostrophes, les incises, les interrogations,
les reprises de la parole d’autrui, les relations entre les pronoms personnels,
non seulement pour créer un échange mais pour faire entrer
le destinataire dans une sphère commune d’intérêt.
Les formes de déclaration expressive, notamment les effets d’emphase,
appellent aussi une analyse stylistique dans l’usage épistolaire
: utilisation du mode impératif, effets d’insistance par la construction
syntaxique ou les répétitions. On peut à ce propos
sensibiliser les élèves à la ligne mélodique
d’un discours : les intonations, l’accentuation dépendent de la
construction syntaxique, de l’équilibre d’une période. Il
en résulte des effets rythmiques qui peuvent sous-tendre l’organisation
du discours, en particulier dans le registre lyrique.
Souvent, la lettre familière
s’efforce à la spontanéité de l’échange oral
par une composition où l’affectivité l’emporte sur la construction
logique. Les effets de rupture dans une progression thématique et
la parataxe se veulent ainsi le signe d’une plus grande liberté.
Cependant, certaines licences syntaxiques ne procèdent pas d’un
relâchement mais constituent des écarts par rapport à
la norme, au service de l’expressivité, voire d’un usage poétique
de la langue : pour le souligner, leur analyse peut être liée
à celle du vocabulaire en étudiant les nuances et la variété
du lexique affectif.
Démarches
Place
dans la progression
-
En série L, l’épistolaire
peut faire l’objet d’une séquence propre ou bien être réparti
sur plusieurs séquences centrées sur des objets d’étude
qui sont en lien manifeste avec lui : notamment, l’argumentation, le biographique.
-
Dans les autres séries,
une approche de la lettre est recommandée mais ne peut alors faire
l’objet d’une séquence propre.
Cas
du roman épistolaire
Le roman ayant été
étudié en seconde, il est recommandé en première
de réinvestir les connaissances ainsi acquises par les élèves
en montrant la mixité entre deux genres (lettre et récit
fictif), par l’étude d’un roman épistolaire. Celui-ci peut
constituer le centre d’une séquence. Il est nécessaire cependant
que les autres aspects de l’épistolaire soient pris en compte, autour
du cas du roman ou dans d’autres ensembles, notamment dans l’étude
de l’argumentation.
Textes
et problématiques
La variété
du genre favorise par ailleurs toutes sortes d’approches qui seront fonction
de la démarche (voir ci-dessus) que l’on aura choisie. La lettre
peut être étudiée :
-
dans le combat philosophique
;
-
dans la représentation
de la passion amoureuse, aux XVIIe et XVIIIe siècles notamment ;
-
par les correspondances d’écrivains,
dans l’approche des images de l’écrivain et de l’artiste, de leur
place dans la société, de leurs modalités de création
; elle rejoint alors les questions du « Travail
de l’écriture ») et de « Écrire,
publier, lire ».
Exercices
d’écriture et oral
Les lettres littéraires
appellent des exercices de commentaire. Les usages de l’épistolaire
et les oeuvres qui en sont les plus représentatives peuvent être
objets de dissertation.
La lettre convient aussi
à des exercices d’écriture d’invention. La lecture ou l’étude
d’oeuvres complètes permettra d’apprécier les ressources
de l’épistolaire dans l’écriture romanesque. Les élèves
qui connaissent surtout le roman sous sa forme réaliste peuvent
le découvrir comme une construction quasi ludique, pour peu que
l’on accepte de jouer le jeu : l’idée du « Et si elle / il
avait répondu… » peut ainsi les conduire à devenir
eux aussi un peu auteurs d’intrigues, à multiplier les pistes pour
mieux apprécier celles où nous conduit un romancier.
De façon plus large
– et dans toutes les séries – l’épistolaire apparaît
comme un genre propice à l’écriture d’invention : écriture
narrative en faisant intervenir un correspondant supplémentaire
dans un roman par lettres ou en faisant relater un même événement
par deux correspondants différents ; écriture argumentative
par la rédaction d’une lettre ouverte ou la participation à
un courrier des lecteurs à l’occasion d’un débat d’opinion
; lettre adressée à un écrivain pour développer
l’intérêt ressenti à une lecture, à titre personnel
ou par l’intermédiaire d’une personnalité d’emprunt dont
le choix fera intervenir la notion de réception.
Enfin, beaucoup de correspondances
ont fait l’objet d’adaptations théâtrales. Des lectures expressives
à haute voix sont alors utiles pour sensibiliser à la variété
des registres ou pour faciliter l’entrée dans un roman polyphonique,
associant ainsi oral et écrit.
Prolongements
Montrant bien en quoi le
littéraire apporte des savoirs et compétences qui se réinvestissent
ailleurs, il semble important de placer les élèves de toutes
séries dans des situations d’écriture liées aux nécessités
de la vie courante. Écrire une lettre de motivation amènera
l’élève à prendre conscience de l’importance de codes
de civilité dont il ignore souvent l’usage, à apprécier
la pertinence de choix d’écriture en fonction d’une situation de
communication. Il comprendra aussi que parler de soi n’est pas céder
à une spontanéité sans retenue. En outre, cet exercice
peut très vite conduire à l’observation d’autres usages,
variables en fonction du temps, de l’espace ou du moyen de communication
utilisé – notamment le courrier électronique.
L’étude de l’épistolaire
se prête aussi à des travaux interdisciplinaires. Ainsi la
relation que madame de Sévigné fait du soulèvement
des paysans bretons sur ses terres des Rochers peut donner lieu à
une recherche historique et faire comprendre ce qu’est la conscience de
classe à une époque donnée. L’étude de la Grande
Guerre par l’histoire et par la correspondance privée révèle
la spécificité et la complémentarité des deux
disciplines. En liaison avec les arts plastiques, il est aussi possible
d’étudier, par des exemples mais aussi par des travaux d’écriture,
les effets de sens obtenus par une graphie, le choix d’un format ou d’un
support (à noter par exemple que la chaîne Arte utilise toutes
les ressources de l’image vidéo pour présenter son courrier
des lecteurs).
Auteurs et
oeuvres
Il s’agit ici d’un vivier
de textes : il n’est donc ni exhaustif, ni limitatif, ni obligatoire. Il
distingue les principaux cas envisageables, y compris les usages de lettres
comme formes incluses dans d’autres genres. Les textes mentionnés
peuvent, dans certains cas, donner matière à des lectures
d’oeuvres complètes, plus souvent à des études d’extraits.
Les titres d’oeuvres ne sont précisés que dans les cas où
il pourrait y avoir confusion.
-
Correspondances privées
publiées : Sévigné, Lettres ; Paroles de
poilus (lettres de la Grande Guerre).
-
« Fausses » correspondances
privées :
-
Littérature latine (que
l’on utilisera en extraits pour opérer des confrontations) : Cicéron
; Sénèque.
-
Littérature française
: Guez de Balzac ; Voiture.
-
Cas de l’épître
en vers : Boileau, Épîtres.
-
Correspondances d’écrivains
:
-
Littérature française
: Voltaire ; Diderot, Lettres à Sophie Volland ; Balzac,
Lettres
à Mme Hanska ; Flaubert, Lettres à Louise Colet
; Rimbaud,
Correspondance ; Proust, Correspondance.
-
Littérature européenne
: Rilke, Lettres à un jeune poète ; Kafka, Lettre
au père, Lettres à Milena.
-
Correspondances d’artiste :
Van Gogh, Lettres à son frère Théo.
-
Romans épistolaires :
-
Littérature française
: Guilleragues, Lettres portugaises ; Montesquieu, Lettres persanes
; Rousseau, Julie ou la Nouvelle Héloïse ; Laclos, Les
Liaisons dangereuses ; Balzac, Mémoires de deux jeunes mariées;
Yourcenar, Alexis ou le Traité du vain combat.
-
Littérature internationale
: Goethe, Les Souffrances du jeune Werther ; Taylor K., Inconnu
à cette adresse, 1995 ; Inoué, Je vous écris,
1998.
-
Lettres et débat d’idées
: Rabelais, Lettre de Gargantua à Pantagruel ; Pascal, Les
Provinciales ; Diderot, Lettres sur les aveugles ; Voltaire,
Lettres
philosophiques, Lettre sur la tolérance ; Rousseau,
Lettre
à d’Alembert sur les spectacles, Lettres à Malesherbes
; Zola, Lettres à la jeunesse, J’accuse ; Camus, Lettre
à un ami allemand ; Paulhan, Lettre ouverte aux directeurs
de la Résistance.
-
Lettres incluses dans une oeuvre
non épistolaire :
-
Dans un roman : La Fayette,
La
Princesse de Clèves ; Flaubert, Madame Bovary (lettre
de Rodolphe à Emma) ; Gide, Les Faux Monnayeurs (lettre de
Bernard Profitendieu à son père) ; Le Clézio, Le
Chercheur d’or (lettre de Laure à Alexis).
-
Dans une pièce de théâtre
: Molière, L’École des femmes (lettre d’Agnès
à Horace), Le Misanthrope (lettres de Célimène).
-
Dans un recueil poétique
: Verlaine, Les Fêtes galantes (« Lettre ») ;
Senghor, Les Éthiopiques (« Épîtres à
la princesse »).
Objet
d'étude : Les réécritures
Définition
et objectifs
En classe de seconde, on
a abordé l’écriture par la notion de « travail »,
l’objectif étant de faire percevoir aux élèves qu’un
texte évolue depuis le projet initial et les brouillons jusqu’à
la version que l’on considère comme définitive. Ils ont été
ainsi sensibilisés à l’idée qu’un style se construit.
En première littéraire,
la perspective est différente : l’accent est mis sur la réécriture.
La pratique de réécriture suppose un texte de référence
adapté par un nouvel auteur à de nouvelles situations, de
nouveaux publics, de nouvelles intentions.
En série L, la question
des réécritures peut être le moyen de réfléchir
sur les processus de création, sur le rôle de la culture comme
source d’inspiration. Elle doit permettre de mieux cerner ce qui fait l’originalité
d’un style, ce qui le constitue dans sa différence, ce qui le donne
comme point d’origine à partir duquel une filiation s’établit.
Elle s’associe évidemment avec les perspectives d’étude des
genres et registres et de l’intertextualité.
Les objectifs sont de :
-
faire comprendre aux élèves,
grâce à des exemples, que l’écriture suppose des modèles,
des références, qu’on imite, qu’on déforme, qu’on
s’approprie ; et par conséquent que, pour écrire, il est
nécessaire de disposer d’une culture préalable ;
-
les rendre sensibles aux questions
de style: l’originalité d’une écriture sur un thème
donné relève des choix d’un auteur en termes de lexique,
de syntaxe, d’images, mais aussi de genres et de registres ; ce qui suppose
une attention aux questions de langue et de genre;
-
améliorer la maîtrise
de la langue écrite par la pratique d’exercices de réécriture.
Prolongements
: comme de nombreux élèves s’orientent vers des études
de langue, on aura avantage à développer les activités
de traduction en collaboration avec les professeurs de langue. Dans le
cas où les options arts plastiques, théâtre et cinéma
sont présentes dans l’établissement, il est profitable de
coordonner les apprentissages en travaillant sur la notion de code et de
transposition.
Contenus :
rappels historiques
La réécriture
couvre trois domaines proches, liés mais distincts : l’imitation,
la transposition, enfin la parodie et le pastiche.
L’imitation a longtemps
été une règle dans la création littéraire,
en particulier en France, avec l’imitation des Anciens. Plus largement,
elle rejoint les questions d’intertextualité, qu’on ne détaillera
pas ici (voir dans la section « Perspectives d’étude »,
« Intertextualité,
production et singularité des textes »).
De même, la transposition
ou adaptation est apparue très tôt en français. Ainsi
le théâtre médiéval adapte des textes bibliques
et des vies de saints. L’adaptation est aujourd’hui très active
par suite de la présence de domaines littéraires entre lesquels
peut s’opérer le transfert (du théâtre notamment) mais
aussi de l’existence de médias qui dialoguent avec le littéraire
(le cinéma).
Mais les formes les plus
caractéristiques de la réécriture sont le pastiche
et la parodie : leur histoire est ancienne et éclaire l’ensemble
de la problématique. La parodie apparaît chez Aristote parmi
les genres qui construisent la littérature : alors que l’action
haute en mode dramatique est désignée du nom de tragédie,
l’action haute en mode narratif du nom d’épopée, l’action
basse en mode dramatique du nom de comédie, «l’action basse
en mode narratif n’est illustrée que par référence
allusive à des oeuvres plus ou moins désignées sous
le terme de parôdia » (voir Aristote, Poétique,
I, et G. Genette, Palimpsestes, Seuil, 1982, p. 20).
G.Genette est amené
à proposer une hypothèse permettant de définir plus
précisément le terme : «ôdè, c’est
le chant ; para : “le long de”, “à côté” ; parôdein,
d’où parôdia, ce serait le fait de chanter à
côté, donc de chanter faux, ou dans une autre voix, en contre-
chant – en contrepoint – ou encore de chanter dans un autre ton : déformer
ou transposer une mélodie » (ibid. p. 20).
Parallèlement, le
mot pastiche vient de l’italien, pasticcio : « mélange,
imbroglio ». L’histoire de la musique propose une acception du terme
qui mérite l’attention : le pastiche serait l’adaptation de certains
airs d’opéra dans la langue du pays où la représentation
est donnée, tandis que d’autres parties du texte restent en langue
originale. Le terme désigne aussi une pièce musicale composée
par différents auteurs à partir d’un morceau servant de référence.
Ces deux termes renvoient donc à l’idée d’une production
« à partir de » et « le long de » : le parodieur,
le pasticheur prend appui, accompagne tout en gardant ses distances : distance
de la langue, du «ton », distance imposée par le changement
de lieu et donc de public. C’est plus ici la posture du pasticheur qui
intéresse le pédagogue que le produit fini : on ne demandera
pas aux élèves de rédiger des pastiches dignes de
Balzac (Les Contes drôlatiques), de Proust (Pastiches et
mélanges) ou des À la manière de de Muller
et Reboux (1908- 1913)…
La combinaison des deux
lignées – imitation et parodie – a été particulièrement
active dans le burlesque. Elle est aussi d’un usage fréquent dans
l’écriture polémique. Ainsi la spécification des intertextes
dans la réécriture peut être éclairée
par ces réflexions sur les formes les plus affirmées de cette
dernière et éclairer en retour les mises en oeuvre au sein
de la classe.
Mise en oeuvre
Deux types de démarches
complémentaires s’offrent dans le travail avec les élèves.
La première consiste évidemment à procéder
à des études de textes littéraires, en mettant en
parallèle la version de référence et sa réécriture,
qu’il s’agisse de textes courts, d’extraits ou d’oeuvres intégrales.
La seconde fait intervenir des productions d’élèves procédant
à des réécritures en fonction de consignes précises.
Analyse
de textes littéraires
L’étude d’oeuvres
littéraires (voir les indications d’auteurs et titres ci- dessous)
privilégie l’étude des genres et des registres, de l’organisation
du discours, des destinataires et des changements induits dans la réception
par la réécriture. On compare différents extraits
d’oeuvres pour mettre en évidence les raisons des choix opérés
lors des transpositions. On propose ainsi une vision de la littérature
dans son historicité.
Productions
d’élèves
Le travail suppose une analyse
préalable du texte qui sert de référence. Les différents
aspects de la transposition sont fonction des changements de destination,
d’effets visés, de registres. La réécriture par les
élèves se fait ainsi selon des critères définis
qui permettent une évaluation satisfaisante. Elle est une des formes
de passage de l’imitation à l’invention, pratiquée en seconde.
Place
dans la progression annuelle
Le travail sur les réécritures
peut se joindre à l’analyse d’autres objets d’étude : en
particulier, la poésie et l’apologue en offrent des cas nombreux.
Cette façon de l’intégrer
à la progression annuelle paraît plus appropriée que
de lui consacrer une séquence en propre – ce qui reste cependant
possible.
En effet, en première
L, un des objectifs principaux est d’approfondir l’analyse des données
littéraires :
-
l’examen des réécritures
est propice à la compréhension des faits de style et d’originalité
;
-
réécrire est une
démarche, non un but : aussi est-ce en montrant les effets de cette
démarche qu’on fera le mieux percevoir la richesse, sans la désigner
comme une fin en soi.
Suggestions de
démarches
On peut envisager deux types
de démarches avec les élèves. Il est possible de procéder
à des études de textes littéraires mettant en parallèle
la version de référence et sa réécriture, qu’il
s’agisse de textes courts, d’extraits ou d’oeuvres intégrales ;
on peut partir de productions d’élèves procédant à
des réécritures en fonction de consignes précises.
Réécrire
pour renvoyer au discours d’autrui
Citer,
faire allusion, se référer de manière implicite
La fonction de ces réécritures
est double : elles permettent d’abord de prendre appui sur le discours
d’une autorité déjà reconnue (pour conforter un propos
ou pour s’inscrire en faux) ; elle instaure ensuite une relation de connivence
avec le lecteur qui partage la culture de l’auteur.
Les exemples de textes comportant
une intégration de références sont multiples : c’est
le cas des détournements opérés par Voltaire, qu’il
s’agisse de la lettre 25 des Lettres philosophiques, lettre sur
Pascal, ou de l’article « Homme» des Questions sur l’Encyclopédie
(1770) qui règle son compte au début du Discours sur l’origine
de l’inégalité parmi les hommes. Cette approche s’intègre
ainsi à une séquence sur les débats d’idées
des Lumières. Dans le cadre des travaux sur l’argumentation, il
est commode de faire travailler les élèves sur les pages
« Rebonds » de Libération ou les colonnes «Débats
», « Points de vue » du Monde, en mettant en rapport
des articles qui se répondent à quelques jours d’intervalle.
On peut aussi travailler
dans les dialogues philosophiques, théâtraux ou épistolaires
sur les systèmes de reprise de la parole d’autrui. Ces exercices
préparent les élèves à de multiples formes
de l’argumentation et de la délibération et nourrissent aussi
bien le commentaire composé que la dissertation à partir
de ces jeux d’intégration de références.
Résumer
Il existe des formes variées
de résumés qui supposent la mise en oeuvre de compétences
fondamentales. Pour résumer, il faut savoir sélectionner
en fonction d’un projet déterminé, réorganiser sans
trahir la logique initiale, reformuler de manière à s’adapter
à son récepteur.
Le résumé
d’une oeuvre en quatrième de couverture ou au dos d’une cassette
vidéo doit donner un aperçu accrocheur tout en préservant
le suspens : le résumé est au service de l’oeuvre ; le résumé
d’une oeuvre inscrit dans une argumentation met en avant l’un des aspects
de l’oeuvre, refaçonnée de manière à servir
la démonstration : le résumé est au service de l’argumentation.
Apprendre à résumer,
c’est donc apprendre d’abord à reformuler, de manière à
s’approprier un texte, un discours, une oeuvre. C’est aussi apprendre à
mettre en valeur un aspect au détriment d’un autre aussi bien qu’à
respecter l’ensemble des éléments d’un texte (les éléments
eux- mêmes, mais aussi la manière dont ils s’agencent). C’est
enfin apprendre à formuler en fonction de l’interlocuteur qu’on
se donne.
Réécrire
pour construire son propre discours
Traduire,
adapter
Toute traduction suppose
un effort pour transposer un thème, un propos, d’un code à
un autre. De multiples exercices de traduction sont envisageables : de
la simple comparaison de traductions (on pense par exemple aux nombreuses
versions d’Hamlet, de celle de François-Victor Hugo à
celle de Jean-Michel Déprats), qui suppose une analyse précise
de faits de langue, à des exercices de plus grande ambition, qui
peuvent être réalisés en collaboration avec les professeurs
de langue (dans le cadre des TPE, par exemple). Les instructions officielles
d’anglais (BOEN n° 22, 9 juin 1988) stipulent que le professeur
de langue doit sensibiliser les élèves aux difficultés
du passage d’un code linguistique à un autre et les familiariser
avec les procédés de traduction. Les instructions officielles
d’allemand consacrent un paragraphe à la question de la traduction
(BOEN n° 23, 4 juin 1992). Elles soulignent que l’effort de
traduction est postérieur à celui de compréhension
; c’est donc un effort qui concerne avant tout l’expression française.
Il peut être judicieux
aussi de coupler la séquence sur les réécritures avec
celle consacrée à la question de la représentation
théâtrale. La lecture des registres de metteur en scène
qui proposent au fil des jours le compte rendu des adaptations envisagées
peut être particulièrement intéressante. Le travail
avec les partenaires de l’école peut en ce cas être fructueux
(acteurs, metteurs en scène…).
Les exercices de réécriture
peuvent jouer sur les changements de langue, mais aussi sur les changements
de code. La transposition de l’image au texte est un exercice extrêmement
formateur ; elle peut se faire pour des productions modestes (description
d’un tableau, d’une architecture) et accompagner l’étude d’oeuvres
qui affirment leur dette face aux arts plastiques : Les Fêtes
galantes de Verlaine, Stèles de Segalen (dans le cadre
d’un travail sur le recueil poétique).
À l’inverse, la transposition
du texte à l’image peut être traitée lors d’une adaptation
cinématographique, ou ponctuellement, par l’étude d’éditions
illustrées, voire par celle d’un tableau directement inspiré
par une oeuvre littéraire : Homère, Ovide, Virgile et Dante
ont suffisamment inspiré nombre de peintres.
Recréer
Les formes de réécriture
littéraire sont nombreuses. Certaines périodes de l’histoire
littéraire ont privilégié la réécriture
sans changement de genre : Phèdre peut être considérée
comme une reprise de Hippolyte porte-couronne d’Euripide ; Molière
trouve une bonne part de son inspiration chez Plaute.
La période contemporaine
préfère le pastiche et la parodie qui sont des manières
de s’approprier une écriture tout en mettant en doute son originalité
et sa valeur.
Des réécritures
bousculent souvent les frontières des genres : la version de Macbeth
par Ionesco (Macbett), est bien une reprise du texte de Shakespeare
: personnages et intrigues sont dans l’ensemble identiques, mais une reprise
tragique et aussi comico-cynique qui associe des registres que la tradition
shakespearienne ne répugnait pas à mêler. L’étude
du genre de l’apologue facilite la réflexion sur la réécriture
: d’Ésope et Phèdre à La Fontaine et ses multiples
pasticheurs et parodistes.
Enfin, dans la poursuite
de ce que les élèves ont acquis en seconde, on peut faire
travailler les élèves sur des textes d’auteurs identiques,
qui reprennent à plusieurs années d’intervalle un texte qui
semblait achevé : l’histoire littéraire fournit de nombreux
exemples ; le genre biographique est particulièrement riche en versions
refondues : de la « Préface testamentaire » des Mémoires
d’outre-tombe (1833) à l’« Avant-propos » de 1846
; de la préface de l’édition de Neufchâtel des Confessions
au discours préliminaire conservé par Rousseau.
Il peut être valorisant
de proposer aux élèves des réécritures de textes
après une période d’apprentissage assez longue.
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