| Introduction
Cette section propose des
indications de démarches pédagogiques. Comme il a été
indiqué dans la préface de ce volume, elle donne des orientations
dans le respect de la liberté pédagogique du professeur.
Pour les raisons indiquées aussi dans cette même préface,
les exercices les plus connus du cours de français sont moins détaillés
ici que ceux qui sont plus nouveaux : ainsi la lecture analytique, pratique
d’étude des textes qui – même si les appellations en ont pu
varier – est depuis toujours au coeur même de cet enseignement, est
traitée brièvement ; la dissertation et le commentaire littéraires
ne sont pas repris dans le détail de leurs procédures.
Cette partie contient aussi
deux chapitres consacrés au séries qui, en classe de première,
présentent des situations particulières pour l’enseignement
du français, en fonction de contenus spécifiques dans le
programme et d’horaires particuliers : les séries technologiques
et la série littéraire. Le lecteur aura noté, dans
la section « Objets d’étude
», que la série L en particulier fait l’objet, autant que
de chapitres spécifiques pour les objets d’étude «
L’épistolaire » et «Les réécritures »
qui lui sont propres, de mentions spécifiques à différents
chapitres : ses contenus littéraires renforcés sont en effet
autant liés aux objets d’étude communs de la classe de première
qu’à des contenus supplémentaires ; le souci du «français
pour tous » se traduit aussi dans celui de «la littérature
pour tous ».
L’ordre général
adopté dans cette partie s’inspire du plan suivi dans la partie
correspondante du programme. Cependant, divers chapitres ont été
introduits pour rendre compte des questions de progression, du collège
au lycée, de la seconde à la première, de la scolarité
à l’examen. Cette disposition nécessaire de la matière
invite donc à redire ici que si la consultation de tel ou tel chapitre
selon les besoins est un mode de lecture normal de ces pages, une lecture
d’ensemble – lecture cursive puis analytique, par exemple – est recommandée,
de façon à percevoir les cohérences des deux niveaux
d’enseignement du lycée, et des démarches communes à
ces deux niveaux.
N. B. – La série
L comporte un programme propre de littérature en terminale. Il fera
l’objet d’un document distinct.
Démarches
et progressions : De la troisième à la seconde
La liaison
collège- lycée
Les nouveaux programmes du
lycée font suite aux récents programmes du collège
et entendent établir une liaison cohérente entre les cursus.
Le collège est longtemps apparu comme le lieu où étaient
privilégiées la grammaire, l’orthographe et l’étude
de la langue, le lycée prenant ensuite le relais pour se préoccuper
surtout de littérature.
Ce clivage est désormais
dépassé, pour deux raisons essentielles :
-
l’approche littéraire,
à travers l’étude de textes porteurs de références
culturelles de la sixième à la troisième, et par l’intermédiaire
d’une initiation à la lecture critique, occupe désormais
une place importante au collège ;
-
l’étude de la langue,
telle qu’elle est définie par les nouveaux programmes, a vocation
à se prolonger au lycée. Les programmes de lycée de
1987 préconisaient l’étude de la langue, mais jusqu’ici elle
est assez peu passée dans les pratiques effectives. Elle y est désormais
inscrite, en liaison avec l’étude des textes et en fonction des
productions écrites des élèves.
Ainsi, les programmes du collège
et ceux du lycée partagent des lignes de force, mais comportent
aussi des différences mesurées qu’il importe de préciser.
Rappel sur
les programmes de collège
Il est bon de rappeler que
les programmes du collège s’organisent autour des principes suivants
:
Objectif
et contenus : la formation d’une culture, personnelle et civique
La lecture de textes porteurs
de références culturelles majeures, l’approche des genres,
la maîtrise de la langue et des principales formes de discours, constituent
les contenus essentiels du cours de français au collège.
On notera en particulier que la lecture d’oeuvres littéraires portant
des références culturelles majeures se réalise, de
la sixième à la troisième, selon l’ordre chronologique,
ce qui permet un nouveau travail sur l’histoire littéraire et culturelle
au lycée.
Objectifs
et démarches : la maîtrise des discours et le lien entre langue,
littérature et culture
L’objectif est de développer
la maîtrise des formes essentielles de discours. Au collège,
quatre formes sont privilégiées : discours narratif, descriptif,
explicatif, argumentatif. Ce qui a pour conséquence un équilibre
nouveau entre l’écrit et l’oral, entre la production et la réception.
La maîtrise des discours fait interagir les approches grammaticales,
lexicales, génériques, stylistiques ; elle instaure ainsi
des liens forts entre les différentes sous- disciplines de l’enseignement
du français et échappe à une démarche compartimentée
qui souvent ne permettait pas aux élèves de discerner ces
liens. C’est pour rendre ces liens manifestes aux yeux des élèves
qu’il est préconisé que cet enseignement se réalise
par ensembles cohérents de séances apportant des acquisitions
complémentaires, ou séquences.
Dans la mise en oeuvre de
ces enjeux, les programmes du collège déterminent quatre
domaines de pratiques et exercices :
La
lecture
Des « rencontres naturelles
» avec les textes permettent une complémentarité entre
lecture analytique et lecture cursive. Cette dernière vise une approche
diversifiée de textes variés. Un élève de collège
a lu en quatre années des textes relevant de périodes (du
Moyen Âge au XXe siècle) et de genres (récit, théâtre,
poésie, dialogue) imposés ; il doit avoir ainsi abordé
trente-six oeuvres de différents domaines (dans la littérature
classique et la littérature de jeunesse). À travers ces lectures,
les élèves se dotent de références culturelles
communes (voir lectures en classe de troisième,
en cycle
central et en sixième).
L’écrit
et l’oral
L’élève est
mis en position de producteur de discours. La dimension énonciative
et pragmatique de l’écriture est ainsi prise en compte. En référence
aux pratiques sociales de l’écriture, l’écrit proposé
aux élèves est destiné à un lecteur identifié.
Les pratiques d’écriture se nourrissent de l’intertextualité.
L’élève est producteur de discours parce qu’il est lecteur
: « Il puise dans ces textes des contenus, des formes, des stratégies
d’écriture, il imite et transforme; les pratiques d’écriture
s’inscrivent dans une culture du texte que les élèves apprennent
à assumer et peu à peu à maîtriser » (Documents
d’accompagnement de la classe de 3e). Pratiquer une écriture
d’invention suppose d’apprendre aux élèves comment l’invention
se travaille à partir de matériaux existants. De nouveaux
comportements de scripteur entraînent de nouveaux comportements de
lecteur et inversement. Ce travail se poursuit au lycée mais en
se transformant. Autre versant de l’expression des élèves,
l’oral est développé au collège, en particulier dans
sa relation avec l’écrit. Ce travail sur l’oral se poursuit en seconde
et en première.
L’étude
de la langue
Les nouveaux programmes
de collège proposent une étude de la langue en trois niveaux
: le discours, le texte, la phrase, selon une logique qui associe de façon
dialectique l’approche discursive et textuelle et l’approche phrastique
et les questions morphosyntaxiques. L’élève apprend à
prêter attention aux intentions du locuteur, à l’organisation
textuelle ; les faits de langue sont étudiés pour lire et
pour produire à l’écrit comme à l’oral, ce qui entraîne
une mise en perspective dynamique des questions de grammaire, que les élèves
ne savaient pas toujours investir dans leur pratique effective.
L’argumentation
Les programmes de collège
visent à initier les élèves à l’argumentation,
en cernant les intentions du locuteur et en prenant en compte les dimensions
de l’interlocution : on argumente pour un ou des destinataires précis,
dans une situation donnée. La relation à autrui, la prise
en compte de l’autre et l’affirmation de soi sont les données essentielles
mises en lumière dans les programmes et dans la section «
Argumentation » des Documents d’accompagnement de la classe de
3e . Il s’agit d’apprendre à écouter l’autre, à
nourrir de ce qu’il dit sa propre pensée pour la faire progresser,
à choisir ses arguments en fonction de l’autre, non pour l’emporter,
« trouver la faille », mais pour entrer dans le débat
avec tout le respect d’autrui que cela suppose. L’initiation à l’argumentation
constitue un élément central des programmes de troisième
; elle établit un lien manifeste avec un des enjeux majeurs du français
au lycée.
Transition
avec les programmes du lycée
Au lycée, sans négliger
la consolidation des compétences correspondantes, les programmes
s’attachent à développer des connaissances plus approfondies
et des attitudes plus réflexives sur la littérature, la culture,
la langue et les discours. C’est ce qui permet de se fonder sur la connaissance
méthodique des genres et de structurer progressivement la connaissance
de l’histoire littéraire et des registres : les élèves
en ont une connaissance pratique, par leurs acquis du collège ;
au lycée, il s’agit de former une connaissance plus réflexive
:
-
en continuant d’assurer le goût
des élèves pour la lecture, mais en les confrontant à
des oeuvres plus complexes et aussi parfois plus éloignées
(d’un point de vue historique et culturel) des préoccupations immédiates
des adolescents ;
-
en leur faisant lire et produire
des textes liés à la réflexion et à l’appropriation
des savoirs ;
-
en leur apprenant à interpréter
des textes dans leur contexte de production et de diffusion et en leur
faisant aussi aborder des littératures et des cultures étrangères.
Formation de la
pensée et connaissances nouvelles
Au collège, les élèves
ont été familiarisés avec les principales formes de
discours. Terme polysémique et concept linguistique diversement
théorisé, le discours se définit comme la mise en
oeuvre du langage ; il est donc une activité, un processus d’élaboration
et d’échange de sens : une activité codifiée, c’est-à-dire
régie par des contraintes de contenus et d’expression, une activité
déterminée par une situation impliquant des interlocuteurs
et une activité qui engage des effets sur les destinataires.
Un texte est le produit
d’une interaction toujours singulière entre ces différents
paramètres. Ils se trouvent repris et englobés dans les quatre
perspectives d’étude qui constituent, au lycée, les voies
de formation de la pensée propres à l’enseignement du français
dans un souci de continuité entre les données ; mais le passage
au lycée impliquant une attitude plus réflexive, les attitudes
intellectuelles demandées aux élèves changent et des
connaissances nouvelles apparaissent.
Du point de vue des attitudes
intellectuelles demandées aux lycéens, ces changements se
traduisent par la nécessité de développer et de maîtriser
les compétences suivantes :
-
la capacité de reconnaître
des régularités et des singularités au niveau des
genres, des textes et de la langue et de savoir à leur tour les
employer ;
-
la capacité d’appréhender
les contextes (littéraire, culturel, historique) de création,
mais aussi de réception des textes ;
-
la capacité d’analyser
les enjeux d’un texte (objet du discours et valeurs engagées).
Du point de vue des connaissances
nouvelles que les élèves abordent en seconde, on soulignera
l’importance de :
la définition des notions
de genre et de registre ;
la constitution progressive
des repères essentiels d’histoire littéraire et culturelle,
en définissant la notion de mouvement littéraire et celle
de contexte historique ;
l’introduction à la réflexion
sur l’idée de style et d’originalité pour les oeuvres littéraires
;
les différences à
analyser entre démontrer, convaincre, persuader et délibérer.
Pratiques
Maîtriser la langue
et les discours, en production et en réception, sont des capacités
qui se développent de manière continue, du collège
au lycée.
On retrouve donc au lycée
des principes qui organisent les démarches d’enseignement du collège
:
-
la nécessité de
donner des connaissances précises, qui permettent de structurer
les savoirs et les compétences des élèves ;
-
l’effort poursuivi pour la maîtrise
de la langue et des discours, par une appréhension de la langue
dans les dimensions de son exercice effectif, à l’oral comme à
l’écrit, dans la diversité des formes de lecture et d’écriture,
et dans la variété des genres et des auteurs étudiés
;
-
le souci, pour réaliser
une liaison efficace des apprentissages, d’organiser le travail en ensembles
liant différents exercices autour d’objectifs communs, ou séquences,
qui permettent de mettre en lumière les solidarités entre
langue et littérature, oral et écrit, lecture et écriture.
Les quatre domaines de pratiques
rencontrés au collège sont donc également présents
au lycée.
La
lecture
Les programmes de lycée
visent à motiver la lecture (lecture cursive) autant qu’à
approfondir le travail d’interprétation (lecture analytique). Ils
entendent stimuler les interprétations et apprendre à contextualiser
les textes. Pour cela, ils mettent en avant une conception large de la
littérature, qui associe les genres devenus canoniques dans les
usages scolaires (poésie, roman, théâtre, essai) et
d’autres genres qui constituent des références historiques
majeures et/ ou des pratiques très fortement représentées
aujourd’hui (le dialogue, le biographique, l’épistolaire). Le travail
sur la lecture appelle, à côté de textes littéraires,
la lecture de textes non littéraires (presse, encyclopédies,
ouvrages documentaires) ; il conduit aussi à la lecture de l’image.
L’expression
écrite et orale
Les programmes préconisent
de diversifier les pratiques d’écriture en mettant l’accent sur
plusieurs types de production :
-
les écrits visant à
construire un jugement (de l’exposé d’une opinion personnelle à
la discussion et à la délibération) ; cet usage est
déjà connu par les élèves en troisième,
mais ils doivent progresser vers une réflexion plus analytique et
en venir peu à peu à la délibération (la seconde
constitue à cet égard une année de transition) et
donc à la dissertation ;
-
les écrits visant à
développer la capacité d’analyse et d’interprétation
(commentaire) ; il s’agit de pratiques relativement nouvelles par rapport
à la troisième, aussi les introduira-t-on progressivement
au cours de l’année de seconde ;
-
les écrits visant à
développer l’invention ;
-
les écrits visant à
fixer les connaissances, en français et dans les autres disciplines
(analyses, résumés, dossiers, prises de notes).
L’oral fait l’objet, au lycée,
de deux pratiques plus développées qu’au collège :
-
l’analyse des genres de l’oral
;
-
la pratique du débat.
L’étude
de la langue
Les programmes du lycée
proposent un travail effectif sur la langue et les discours, concernant
tant le système de la langue (en synchronie et en diachronie) que
ses usages et ses variations discursives, selon les textes étudiés
ou les besoins d’expression des élèves. Une place particulière
est faite à la pratique et à la réflexion sur l’oral
et sur les interactions verbales. La classe de seconde doit, à cet
égard, constituer un temps de pratiques diversifiées, appuyées
sur les acquis du collège.
L’argumentation
Les programmes du lycée
proposent de travailler les différentes formes de l’argumentation
(démontrer, convaincre et persuader, délibérer). Le
collège a engagé un travail associant l’écrit et l’oral
en ce domaine; on le poursuit en seconde, et on recourt notamment à
l’oral pour initier les élèves aux démarches de délibération
qui seront un enjeu central en première.
Démarches
et progressions : Programme et examen
Les épreuves anticipées
de français (EAF) constituent un examen commun aux élèves
de toutes les séries d’enseignement général et technologique
à la fin de la classe de première. Elles sont une évaluation
des acquis de l’ensemble de la scolarité, même si elles portent
sur les contenus du programme de première. Elles constituent le
terme de l’étude du français en tant que discipline pour
une grande majorité des élèves ; mais elles ne doivent
pas pour autant devenir la finalité exclusive de cet enseignement
: ses finalités sont celles que le programme indique, l’examen ayant
pour but d’évaluer si les élèves se les sont appropriées.
C’est pourquoi ce chapitre indique quelques recommandations sur l’articulation
entre programme et examen. Il ne détaille pas les conseils pratiques
et exemples sur les épreuves qui font l’objet d’une publication
spécifique. Pour les modalités des EAF, voir le BOEN
du 28 juin 2001.
Place de la
préparation de l’examen dans la progression
Les
contenus
L’examen porte sur les contenus
du programme de première. Les sujets indiquent quels objets d’étude
y sont mis en jeu. Il est donc nécessaire en cours d’année
que les élèves soient toujours clairement informés
des objets étudiés dans chaque séquence.
De même, il convient
que le descriptif du travail réalisé pendant l’année
(à produire par les élèves pour l’épreuve orale)
fasse apparaître :
-
l’inventaire chronologique des
textes et travaux ;
-
les relations des textes et
des oeuvres avec les objets d’étude.
Les
exercices, dans la progression annuelle en première
De même que l’examen
constitue une part des fins pratiques de l’enseignement, la préparation
aux exercices qui y sont demandés s’intègre aux travaux de
l’année. La progression annuelle de la classe de première
se fonde sur les connaissances à acquérir et les capacités
à développer, non sur les seules compétences requises
par la technique des épreuves d’examen ; ainsi une progression qui
consacrerait une séquence à chacun des exercices de l’examen
au lieu de les centrer sur des contenus tomberait dans le technicisme.
Il est donc recommandé
:
-
premièrement, que l’entraînement
aux exercices d’examen soit régulier au long de l’année sans
être exclusif d’autres exercices ;
-
deuxièmement, que pour
éviter les « impasses» qui peuvent tenter les élèves,
la préparation aux exercices écrits soit répartie
de façon équilibrée ;
-
troisièmement, que cet
entraînement soit progressif.
Le premier point implique que
la préparation à l’examen doit se faire par les exercices
proposés au cours des séquences et non sur des séances
séparées en cours d’année.
Le deuxième point
est le moyen de corriger la tendance qui, dans les années passées,
s’est fait sentir, chez certains élèves, à décréter
dès le début de l’année qu’à l’écrit
ils prendront tel ou tel type d’exercice, et à ne pas faire les
travaux préparatoires qui correspondent aux autres. Dès lors,
des pans entiers des objectifs du programme sont mis à mal (ainsi
la dissertation, donc le jugement argumenté et délibéré,
a été victime de cette tendance).
Pour donner un bon équilibre
aux divers types de travaux, il est recommandé de faire intervenir
dans chaque séquence un travail écrit long correspondant
à l’un des trois exercices de l’examen. Ne pas toujours donner pour
celui- ci un choix en cours d’année est un moyen de conduire les
élèves à avoir une expérience des différentes
démarches et formes de composition exigées.
Pour la même raison,
un trop petit nombre de séquences et de travaux dans l’année
est néfaste, puisqu’il ne permet pas de bien expérimenter
chacun de ces exercices. Il est préférable en effet que chacun
d’eux fasse au moins deux fois dans l’année l’objet d’un devoir
pour chaque élève. Cependant, il est salutaire aussi que
les élèves soient placés dans la situation d’avoir
à choisir entre les différentes formes de composition de
l’examen : une séquence dans l’année au moins – outre les
« bacs blancs » – doit leur donner l’expérience de cette
situation.
Pour ce qui concerne le
troisième point, ce sont des exercices d’abord brefs et simples,
abordés dès la classe de seconde, qui préparent aux
exercices longs de commentaire, dissertation et écrit d’invention.
Il convient qu’une séquence appelle, outre un exercice long en synthèse,
au moins un exercice court d’expression écrite, et que celui- ci
soit de nature distincte de celle de l’exercice long (par exemple, une
dissertation et, en cours de séquence, un exercice bref d’écriture
d’invention).
La
progression entre seconde et première
L’année de seconde
ne doit pas être dévorée par des exercices voués
exclusivement à la préparation des épreuves d’examen.
Elle constitue cependant une étape importante pour celle-ci. Les
travaux portant sur l’argumentation sont une préparation à
l’argumentation et aux écrits d’invention de première ; les
travaux de lectures analytiques et de réflexion sur les genres,
les registres, le style préparent au commentaire comme à
l’oral. En cours d’année, des exercices brefs en construisent les
étapes ; sur l’année, les élèves sont amenés
à rédiger – avec des sujets qui les guident et les aident
– un commentaire de texte, une dissertation, un écrit d’invention
argumentatif.
Les épreuves
et les exercices
L’écrit
Les exercices demandés
le jour de l’examen entrent de façon logique dans le cadre des programmes.
Les exercices écrits
de commentaire, de dissertation et d’écriture d’invention correspondent
à des capacités qui ont été élaborées
tout au long de l’année de première, et même antérieurement
: les élèves ont été amenés à
rédiger de tels travaux en cours d’année et à acquérir
en classe de seconde les démarches qui leur permettent de les réussir.
Pour le rôle des textes
proposés dans les sujets et des questions de compréhension,
se reporter aux documents spécifiques aux EAF.
L’oral
La préparation de
l’oral présente une difficulté particulière. En effet,
le nombre d’élèves par classe permet rarement qu’ils aient
la possibilité de présenter individuellement une lecture
analytique d’un texte et de prendre part à un entretien. Ces exercices
sont pourtant nécessaires. Une pratique judicieuse est d’en réaliser
sous forme de préparation d’analyses de textes, confiées
à plusieurs élèves dont un seul intervient oralement
devant la classe, par tirage au sort, ce qui permet aux autres de prendre
part à l’entretien.
Il est recommandé
d’organiser des préparations de ces oraux en situation conforme
à l’examen, en durée limitée comme le jour de l’oral
des EAF. Cette expérience place les élèves en situation
d’autonomie et leur donne ainsi une expérience plus exigeante que
celle de l’examen ; elle leur donne matière à réflexion
sur leur capacité à mener une analyse et une interprétation
d’un texte et à avoir un jugement personnel à son sujet.
Maîtrise
de la langue et des discours et examens
Les épreuves d’examen
exigent une maîtrise effective de la langue et des discours. À
l’oral, il est pertinent de ne pas formaliser l’exposé en une langue
singeant l’écrit, donc de laisser une part de souplesse syntaxique.
En revanche, il est nécessaire d’exiger de la précision dans
le vocabulaire. À l’écrit, la précision du vocabulaire
entre dans la teneur même des travaux rédigés. La correction
syntaxique et orthographique est évaluée par une partie de
la note. Les exercices d’écriture et d’étude de la langue
sont aussi à présenter aux élèves comme partie
intégrante de la préparation à l’examen. De même,
comprendre quelle est la part descriptive et la part argumentative de leurs
propos, écrits et oraux, leur est nécessaire : la formation
à l’argumentation écrite et orale doit être menée
en explicitant les enjeux pour l’examen – sans pour autant en faire les
seuls enjeux, mais en soulignant au contraire comment l’examen, sur des
textes littéraires, évalue des compétences qui sont
par ailleurs indispensables en tous domaines, en même temps qu’il
évalue des connaissances définies.
Démarches
et progressions : Lecture
Objectifs
Au lycée, dans la
continuité du collège, le but essentiel est de faire lire
beaucoup, en première comme en seconde. Donner des références,
offrir à ceux qui en manquent un accès aussi large que possible
à l’héritage culturel, exigent des lectures nombreuses et
diversifiées. L’objectif de six oeuvres par année est à
regarder comme un idéal qui ne demande qu’à être dépassé
: les corpus des objets d’étude prévoient la lecture de cinq
oeuvres complètes en seconde, de cinq oeuvres complètes en
première pour toutes les séries (quatre si la poésie
n’est pas abordée par l’étude d’un recueil) et six oeuvres
complètes en série littéraire (la poésie impliquant
là l’étude d’un recueil, et l’épistolaire d’une oeuvre
complète) ; le professeur en prescrit d’autres, selon son projet
pédagogique, en compléments de celles-ci.
À cette fin, il est
nécessaire de diversifier les démarches de lecture.
Démarches
Deux démarches essentielles
de lecture se développent au lycée.
La
lecture analytique
Elle a pour but l’examen
méthodique des textes et constitue un travail d’observation des
éléments constitutifs de ceux- ci, suivi d’un travail d’interprétation.
Elle permet aux élèves de s’approprier progressivement les
perspectives d’étude et de distinguer celles qui sont les plus pertinentes
selon les textes étudiés. La lecture analytique est une démarche,
c’est- à- dire qu’elle peut se réaliser sous la forme d’exercices
divers : aussi bien ceux qui ont pu être appelés précédemment
explication de texte ou lecture méthodique, que l’étude d’oeuvres
intégrales. Les élèves doivent y apprendre à
formuler des hypothèses de sens et les confronter aux caractéristiques
du texte. Ils ont pris l’habitude d’analyser des textes au collège
; au lycée, il est important qu’ils parviennent à les situer
dans leur contexte.
La
lecture cursive
Les élèves
ont déjà pratiqué cette forme de lecture au collège,
la plus libre et la plus courante. Elle vise à développer
l’autonomie des élèves et ouvre à la découverte
d’un grand nombre de textes.
Ainsi définie, la
lecture cursive est une part déterminante du cours de français
: elle permet d’élargir le champ des lectures des élèves
et leur donne le moyen de se constituer progressivement une culture littéraire.
Elle concilie en cela une part de contrainte (liée au travail en
classe) et une part de liberté (lectures libres, par curiosité
et pour le plaisir de lire). Elle porte sur des oeuvres diverses, selon
des indications fournies par le professeur et sous son contrôle.
Elle se développe
en classe et hors de la classe.
En liaison avec la lecture
analytique, elle constitue une première étape dans la prise
de connaissance de l’oeuvre ou du texte à étudier, étape
préalable nécessaire pour que l’analyse puisse être
menée avec profit.
Par la découverte
d’extraits (y compris par lectures à haute voix en classe) et d’oeuvres
complémentaires des textes étudiés en lecture analytique,
elle permet d’accompagner, de prolonger et d’élargir la réflexion.
Elle permet aussi des découvertes
(d’un auteur, d’un mouvement, d’un genre), suivies d’échanges et
de débats. Il appartient au professeur d’orienter ces lectures et
ces échanges.
Chaque fois que possible,
la lecture est associée au spectacle ou à l’audition.
Dans tous les cas, le professeur
donne des indications pour rendre ces lectures plus profitables et en réalise
des bilans en classe. Il n’est pas tenu de noter les lectures cursives.
Les objets de la lecture
Ces deux démarches
peuvent s’appliquer à des objets de natures diverses : oeuvres et
textes mais aussi documents.
Les
documents
La lecture de documents
est cursive pour l’essentiel. Elle vient compléter l’étude
des textes et des oeuvres menée pendant le cours et permet à
l’élève de s’informer et de contextualiser. Il y apprend
à repérer, trier, sélectionner et éventuellement
synthétiser les documents que le professeur lui fournit ou qu’il
cherche lui- même. L’usage des ressources du CDI est indispensable
(voir l’annexe «Documentation
et liaison avec le CDI»).
Les
textes en extraits
Ils sont avant tout l’objet
de lectures analytiques, à l’intérieur de groupements de
textes. Ceux-ci s’organisent, au choix du professeur, selon les sujets
qui structurent la progression annuelle. Des textes brefs et des extraits
peuvent aussi être abordés en lecture cursive, pour compléter
ou élargir une étude de texte. La lecture à haute
voix est recommandée.
Les
oeuvres intégrales
Il est recommandé
d’en développer l’étude.
Elle combine, en pratique,
les deux formes de lecture :
-
la découverte du texte,
préalable à son étude, est menée de façon
cursive et aussi autonome que possible ;
-
l’étude proprement dite
de l’oeuvre relève de la lecture analytique. Il existe diverses
méthodes d’approche de l’oeuvre intégrale. On peut faire
alterner des temps d’analyse de certains passages et des temps de vision
d’ensemble ; un temps de synthèse est toujours prévu. L’étude
de l’oeuvre intégrale peut être associée à celle
d’autres textes en extraits.
Le tableau qui suit résume
ces possibilités :
| Démarches |
Extraits |
Œuvres
complètes |
| Lecture analytique |
Analyse d’un texte court
(explication de texte, lecture méthodique, commentaire)
Études de passages
d’une oeuvre intégrale |
Analyse d’une oeuvre intégrale
(suivie d’un temps de synthèse) |
| Lecture cursive |
Lectures libres
Lectures d’accompagnement
Lectures d’approfondissement
Lectures documentaires |
Lectures libres
Lectures d’oeuvres intégrales
(préalables à leur étude)
Lectures d’accompagnement
Lectures d’approfondissement
Lectures documentaires |
Démarches
et progressions : Lecture de l’image
Objectifs
Dans le monde actuel, l’univers
des langages connaît des changements nombreux et rapides. L’image,
sous ses diverses formes, y occupe une place considérable. Apprendre
à regarder de façon réfléchie et critique le
discours de l’image est une part importante de la maîtrise des discours.
Mais l’image est une composante de l’héritage culturel : la littérature
entretient avec les arts, depuis la peinture jusqu’au cinéma, des
liens permanents et étroits. Ainsi, les deux enjeux de la maîtrise
des discours et de l’acquisition de références culturelles
appellent un travail sur l’image, que l’on désigne ici comme «
lecture de l’image ». Le programme propose donc d’inclure dans les
lectures celle de l’image, c’est-à-dire de « s’attacher à
dégager les spécificités du discours de l’image et
à mettre en relation le langage verbal et le langage visuel ».
Pour autant, l’image n’est
pas un domaine propre au cours de français : elle y est donc abordée
à partir d’autres objets d’étude. Le programme prévoit
le recours à des documents iconographiques lors des travaux sur
l’histoire littéraire et culturelle, sur l’argumentation, la production
de textes sur le portrait (« L’éloge et le blâme »)
en seconde, l’étude du théâtre (seconde et première)
et de la poésie. Les documents iconographiques utilisés en
classe peuvent être très divers : tableaux, films, dessins,
photographies. Leur choix est laissé à l’appréciation
du professeur.
L’image n’est donc pas étudiée
pour elle-même : il est nécessaire qu’elle soit envisagée,
dans ce cadre, dans ses relations avec le discours verbal. L’image, en
général fortement polysémique, est particulièrement
propre à faire observer les jeux d’implicite.
Ainsi, la lecture de l’image
a pour buts dans le cours de français :
-
de développer les démarches
d’observation et d’interprétation en tenant compte du caractère
polysémique de l’image ;
-
par là même, de
donner accès à différentes dimensions de l’héritage
culturel, en mettant en relation le verbal et le non-verbal, contribuant
ainsi à la contextualisation des oeuvres étudiées
;
-
de développer sur des
oeuvres non littéraires des compétences identiques à
celles de la lecture des textes, en travaillant à partir des perspectives
indiquées pour l’ensemble du programme : rôle du contexte
culturel, fonctions du genre choisi, originalité et modèles,
valeur argumentative et effets sur les destinataires.
Les relations
entre texte et image
Les relations du texte et
de l’image sont multiples. L’image peut être source d’un écrit
(poésie d’ekphrasis ou écrits de critique d’art de
Diderot ou Baudelaire par exemple), et réciproquement, textes et
images peuvent, même sans lien explicite, manifester les mêmes
options esthétiques (le surréalisme en fournit foule d’exemples)
; mais, plus encore, image et texte peuvent être unis dans un même
discours global. C’est le cas au théâtre, au cinéma,
dans des livres joignant textes et dessins ou textes et photographies,
et enfin, à l’extrême, dans les genres fusionnant le verbal
et le visuel, comme l’emblème ou le calligramme.
Pour ordonner et éclairer
ces liens nombreux et complexes, une distinction utile peut être
faite entre :
– des similitudes thématiques
et esthétiques, cas les plus courants dans l’approche de l’histoire
littéraire et culturelle et qui seront mis en lumière dans
l’étude des contextes culturels (le surréalisme, le réalisme
pour la peinture de la condition populaire, etc.) ;
-
une identité de genres
et de registres (caricature et écriture satirique par exemple) ;
-
l’analyse du discours verbal
et du discours de l’image (tableaux historiques et narratifs, caricatures)
; c’est en ce sens que le film ou le téléfilm peuvent être
envisagés dans leur qualité de récits – les adaptations
d’oeuvres littéraires en constituent l’exemple flagrant ;
-
enfin, et peut- être surtout,
le langage verbal et le langage visuel proposent deux modes de perception
contrastés, auxquels une attention spécifique doit être
accordée pour éviter les rapprochements intempestifs.
Ce dernier point appelle quelques
précisions. Le langage verbal, par sa nature même, est successif
(mots et phrases se déroulent dans le temps) ; le visuel est simultané
(depuis le Laokoon de Lessing au moins, cette distinction des «
arts du temps» et des « arts de l’espace » est constitutive
de la réflexion esthétique). Le dialogue entre les deux –
nourri de longue date du « ut pictura poesis » – a constamment
été nourri de cette différence, notamment dans la
recherche de moyens de la réduire, tant du côté des
arts plastiques (peinture d’histoire narrative, fresques, cinéma,
bande dessinée, etc.) que du côté de la littérature.
Celle-ci, en effet, fait image elle aussi. La poésie se rapproche
souvent de l’image visuelle en proposant au lecteur des images verbales,
réalisées au moyen de figures (ces termes sont importants).
Les calligrammes d’Apollinaire, les idéogrammes de Segalen ou les
peintures verbales de Dotremont, et plus anciennement les arts de l’emblème
en sont des manifestations extrêmes et flagrantes : elles tendent
à abolir la différence entre l’image suggérée
– et qui s’accomplit seulement dans l’esprit du lecteur – et l’image montrée.
Aussi est-il bon que les élèves soient initiés à
ces jeux d’identité et de différences entre les deux langages,
surtout en première.
L’image visuelle par sa
nature même (elle est présente et instantanée) tend
à
s’imposer, tandis que le langage verbal est plus analytique : les images
qu’il propose sont absentes, seulement suggérées, à
construire par le lecteur dans son imaginaire, et toute perception de mots
exige un temps de déroulement du propos. Dans l’univers des discours
d’aujourd’hui, la surabondance d’images produit un effet d’impressions
rapides répétées, peu propice à une perception
critique qui exige le temps de l’analyse (cas des spots publicitaires par
exemple). L’image peut donc être un moyen de propagande fort. Mais
à l’inverse, visuelle et / ou verbale, elle est aussi un point extrême
de la recherche esthétique (elle frappe, surprend, étonne
– ce qui est le sens premier de admirari, « admirer »).
La relation dialectique entre le verbal et le visuel permet de montrer
ces deux dimensions : d’une part la qualité analytique du verbal,
qui permet de prendre le temps (on le voit bien dans l’analyse de films
: elle nécessite des moments où l’on arrête le déroulement
des images), et, d’autre part, sa quête de l’instantané qui
saisit.
Ainsi, l’éducation
à l’image trouve, dans l’étude du littéraire et du
verbal en général, deux investissements qui correspondent
aux enjeux de l’enseignement des lettres : la formation de l’esprit critique
et du jugement, par l’exigence analytique que la confrontation des deux
langages révèle, et l’enrichissement de la sensibilité,
les images – verbales et visuelles – étant le point d’acmé
des moments où l’art émeut.
Objets d’étude
et connaissances
En reprenant les distinctions
précédentes, les inclusions d’images dans le cours de français
peuvent se répartir entre les objets d’étude suivants (le
programme indique lesquels appellent des recours à l’image).
Perspectives
d’étude
Histoire
littéraire et culturelle
Du point de vue historique,
l’approche de l’histoire de l’art complète celle de l’histoire littéraire.
Par exemple, on peut montrer à partir de tableaux romantiques, comment
le mouvement se caractérise par une transformation de la situation
de l’homme dans la nature (similitude thématique). On peut aussi,
en première, montrer comment l’image surréaliste remet en
cause les logiques usuelles (identité esthétique). Il ne
s’agit pas de donner un abrégé de cours d’histoire de l’art,
mais au titre de l’histoire littéraire et culturelle, de contextualiser
les oeuvres et en même temps de faire percevoir aux élèves
que les mouvements littéraires participent de mouvements culturels,
en ce qu’ils partagent avec d’autres arts des préoccupations et
orientations esthétiques.
Genres
et registres
Les images abordées
complètent les genres étudiés par des analyses de
textes. Ainsi, la notion de genre peut être construite à partir
d’un genre pictural comme celui du portrait ; le rôle de la métaphore
animale dans la caricature s’associe à l’analyse de métaphores
dans la caricature littéraire, etc. Des supports variés permettent
d’aborder
différents genres iconographiques, et donc de faire comprendre aux
élèves que la notion de genre s’applique aussi au domaine
du visuel ; de même, l’image peut contribuer à l’approche
de la notion de registre.
L’argumentation
En fonction du projet pédagogique,
on peut utiliser des images fixes (oeuvres picturales, gravures, photos,
dessins de presse, décors de théâtre, etc.), des images
mobiles (émissions de télévision, documentaires, fictions,
représentations théâtrales, films) pour montrer le
rôle de l’image dans les moyens de convaincre (l’image comme preuve)
et de persuader (l’image qui « frappe », qui plaît, qui
émeut).
Objets
d’étude appelant une attention particulière à l’image
Le
théâtre
Cet objet d’étude
constitue le premier lien, et le plus manifeste, entre texte et image :
le théâtre est en effet par sa nature même à
la fois art du verbe et spectacle. L’intervention de l’image a ici une
double fonction : documentaire, en montrant des décors, costumes,
photographies de mises en scène, gravures de frontispices, pour
contextualiser les textes ; esthétique et analytique, interprétative
: en première notamment, la perception des convergences et divergences
entre le verbal et le visuel est essentielle pour l’interprétation
des oeuvres dramatiques.
La
poésie
Du genre du portrait (en
seconde) au travail de l’image poétique (en première) jusqu’au
calligramme, une initiation à la question de l’image et de l’imaginaire
est nécessaire. Elle s’associe avec un travail sur le vocabulaire
correspondant : vocabulaire de la vue, du regard, de la perception visuelle,
vocabulaire de l’image et de l’imaginaire.
L’éloge
et le blâme
En seconde, l’étude
optionnelle de l’éloge et du blâme est riche de ressources
pour l’analyse de l’image : éloge et blâme construisent des
images de ceux qu’ils louent ou dénigrent. Elle peut être
liée à celle de la poésie mais aussi marque les liens
entre image et argumentation (ainsi les liens entre portrait et caricature).
Il est utile de fournir aux élèves un vocabulaire technique
de base pour l’analyse de l’image (cadrage, plans, points de vue…), mais
développer le métalangage occulterait la visée principale
de la démarche.
Mise en oeuvre
Place
dans la progression
La lecture de l’image n’a
pas à faire l’objet d’une séquence spécifique en cours
d’année. Elle peut plutôt intervenir, comme on vient de le
voir, au sein de séquences consacrées à des lectures
de textes et des analyses de genres, d’histoire littéraire et culturelle,
et d’argumentation.
Démarches
Le but étant d’approfondir
des capacités de lecture de l’image, d’analyse et de réflexion
critique sur le discours de l’image, il s’agit avant tout de développer
des compétences homologues à celles que demande la lecture
des textes :
-
Lorsqu’on aborde l’histoire
littéraire et culturelle, on peut montrer comment les manières
d’être et de penser d’une période trouvent leur expression
de façon similaire en littérature, en peinture, en sculpture,
en architecture, voire au cinéma… Le sujet romantique, par exemple,
est emporté par le mouvement d’un monde qu’il ne domine plus: la
lecture d’un poème des Orientales et l’étude de peintures
de Delacroix, de Friedrich ou d’Ary Scheffer, donnent aux élèves
les moyens de comprendre comment se construit cette vision du monde.
-
La prise en considération
des codes propres aux différents genres de l’image (peinture historique,
portrait, mais aussi bande dessinée, publicité, etc.) est
liée à l’approche des genres. La question du genre narratif
et la réflexion sur la représentation du temps peuvent s’articuler
sur le traitement du temps dans l’image mobile, par la mise en place des
éléments d’analyse du récit pour ce qui est de la
chronologie (anachronismes, flash-back ou analepses, anticipations ou prolepses)
et de la durée (scènes, sommaires et ellipses). On peut faire
travailler les élèves sur la disposition des éléments
d’un récit (par exemple, dans son tableau Paolo et Francesca,
Ingres fait état du texte de Dante en disposant dans un triangle
les différentes étapes du drame : la lecture initiale de
Lancelot
qui lance le processus, le baiser, et l’épée dont la présence
est fortement polysémique, etc.). Pour le genre du portrait, voir
«L’éloge
et le blâme ».
-
En étudiant des ébauches
et des repentirs d’un artiste, les choix opérés et leurs
raisons, on établit des parallèles avec l’étude des
brouillons et on habitue les élèves à réfléchir
sur les hésitations, les reprises, les corrections. Par exemple,
l’étude des esquisses effectuées pour Le Radeau de la
Méduse montre comment Géricault a hésité
entre la représentation de plusieurs moments du drame.
-
Dans l’approche de l’argumentation,
l’analyse du pouvoir de démonstration, de conviction et de séduction
de l’image peut faire particulièrement bien apparaître le
rôle des implicites dans la conviction et la persuasion. L’image
étant fortement polysémique, en raison de tous les implicites
qu’elle suppose, l’accent peut être mis sur les jeux d’allusions
et de références, la mise en oeuvre de symboles culturels,
les connotations associées aux couleurs et à l’organisation
de l’espace (signification d’une ligne de force, d’une composition diagonale,
pyramidale…). On met en place les notions de métaphore et d’allégorie.
Dans tous ces cas, il est recommandé
de procéder à des comparaisons entre textes et images. L’analyse
des interactions entre texte et image (livres illustrés, bandes
dessinées, dessins de presse, publicités) montre que les
moyens du langage visuel et du langage verbal sont partiellement identiques
: il est possible alors de travailler sur les effets d’illustration, de
redondance, de décalage, de contradiction ; mais les deux langages
utilisent aussi des moyens différents pour provoquer les réactions
des spectateurs - lecteurs, différences qui doivent être soulignées
: simultanéité de l’image fixe, déroulement du texte.
Lecture
de l’image et travaux écrits et oraux
La reformulation écrite
du discours d’une image, tel qu’on l’a analysé d’abord oralement,
peut être un moyen de travailler sur l’argumentation et les effets
d’un discours sur le destinataire. Les différents modes de lecture
de l’image donnent aisément lieu à des productions écrites
et orales relevant du commentaire : description, hypothèses, interprétations.
On multiplie les comparaisons entre images, extraits de films, mises en
scène. Dans un travail sur le genre du portrait, tableaux, gravures
ou caricatures fournissent des sujets à partir desquels on peut
demander aux élèves de produire des textes d’invention dans
le domaine de la description.
Relations
avec d’autres disciplines et avec le professeur-documentaliste
La collaboration avec les
professeurs d’arts plastiques est fructueuse si un projet pédagogique
précis est engagé en ce sens. En seconde, la liberté
d’initiative est large. En première, les TPE peuvent être
mis à profit comme un cadre approprié. Ainsi, il est possible
de demander aux élèves des productions photographiques accompagnées
de discours explicitant leurs choix (photographies d’un même lieu,
d’un même objet, d’une même personne selon des points de vue
variés…), des productions vidéo (en fonction d’un scénario
produit par la classe, adaptation, transposition d’un texte travaillé
à cet effet…).
L’image est aussi omniprésente
dans d’autres disciplines, telles que les SVT, l’histoire et la géographie,
les mathématiques et la physique… On s’efforcera, dans la mesure
du possible, de marquer des liens, en collaboration avec les professeurs
de ces disciplines : l’analyse de ce que signifient démontrer et
argumenter y est propice (l’image comme preuve, l’image comme démonstration,
l’image comme représentation séduisante…).
Le travail sur l’image est
important du point de vue de la documentation : d’une part, nombre de documents
sont des images, d’autre part, la recherche de données iconographiques
joue un rôle important dans l’approche de l’histoire littéraire
et culturelle. Il existe de plus en plus de bases de données disponibles
sur cédérom ou sur Internet. Il est recommandé de
ne pas laisser les élèves entreprendre une exploration de
ces ressources sans un cadre précis de recherche, et d’en définir
le projet en liaison avec le professeur- documentaliste.
La série
L
En série L, le travail
sur les relations entre texte et image présente une importance particulière
dans deux domaines :
-
l’approfondissement des données
d’histoire littéraire et culturelle est une des spécificités
de la série : les relations entre textes et images sont reprises
et approfondies en terminale L et font une place assez large aux images
mobiles (film) ; aussi en première L on privilégiera les
liens entre littérature et peinture ;
-
l’objet d’étude «
Les
réécritures », spécifique à la série
L, peut être envisagé dans sa dimension de réécritures
par passage d’un langage à un autre. Enfin, l’analyse des identités
et différences entre arts visuels et art verbal doit être
approfondie en première L, et ce pour l’ensemble des élèves,
pas seulement pour ceux qui choisissent une option arts plastiques, théâtre
ou cinéma.
Démarches
et progressions : L’oral
Objectifs
Les programmes de l’école
élémentaire et du collège ont accordé ces dernières
années une attention accrue à l’oral. Au lycée, l’oral
continue à tenir une place cruciale dans les différentes
situations d’apprentissage: il est à la fois le moyen des apprentissages
et une fin en soi. C’est un enjeu important dans la mesure où il
joue un rôle déterminant pour la participation à toute
vie sociale. Il constitue le premier mode de rapport à la langue
et la culture.
Le travail sur l’oral présente
des difficultés proportionnelles à ses enjeux. En effet,
il ne saurait s’agir d’un travail seulement théorique : la maîtrise
effective est ici indispensable. Et le travail pratique est souvent délicat
faute de temps et d’espace appropriés.
Dans le souci de prendre
en compte ces équilibres délicats, le programme définit
les objectifs de l’apprentissage de l’oral en précisant qu’en seconde
« le but est de permettre aux élèves de pratiquer des
activités orales diversifiées et de commencer à en
analyser les spécificités », et en première
de « compléter cette analyse et d’assurer une pratique effective
» de l’oral (évaluée lors des EAF).
Les objectifs pratiques
correspondants sont donc les suivants :
-
rendre les élèves
conscients qu’il existe des genres de l’oral (cet aspect se rattache à
l’étude des genres) ;
-
développer leur capacité
à dialoguer, à échanger des informations, des idées
et des points de vue ; à débattre pour apprendre à
former leur jugement dans le respect d’autrui (la collaboration avec l’ECJS
est recommandée sur ce point) ;
-
mesurer la place de l’oral dans
la vie culturelle et littéraire ;
-
enfin, et globalement, faciliter
la transmission des savoirs dans toutes les disciplines.
Les genres de
l’oral
Il importe de donner une
base solide aux rapports des élèves avec l’expression orale,
en leur faisant percevoir qu’il existe des genres codifiés, à
l’oral comme à l’écrit. Pour autant, il ne s’agit pas tant
de leur en donner une connaissance théorique que d’attirer leur
attention sur ces codes et sur leurs rôles.
À cette fin, il est
utile de distinguer :
-
les genres de l’usage non littéraire
: aussi bien les genres du quotidien (conversation, discussion, récits…)
que les genres scolairement identifiés (exposé, débat,
oralisation de textes ; les formes de cours en elles-mêmes constituant
des genres et sous-genres). L’étude des usages, règles et
lois des genres peut être ici réinvestie dans le cadrage des
pratiques de l’oral ;
-
les genres littéraires
liés à l’oralité : il ne s’agit pas seulement de genres
qui sont oraux uniquement par leur support (la chanson), que de genres
proprement oraux, c’est-à-dire susceptibles de variations dans leurs
textes selon les situations (contes, sermons, oraisons funèbres…)
et des figurations écrites de l’oralité (au théâtre,
et dans le genre du dialogue).
Cet ensemble est extrêmement
riche même s’il ne fait pas pour autant l’objet d’une étude
distincte. En effet, au lycée, l’effort porté sur l’étude
des genres écrits est exigeant.
Aussi vaut-il mieux que
l’attention aux formes de l’oral intervienne :
-
dans l’étude de textes
littéraires, en particulier le théâtre, et l’étude
du dialogue en tant que tel en classe de première ;
-
par des exercices d’expression
orale.
Démarches
Le travail sur l’oral est
articulé sur l’ensemble du programme; il peut être le moyen
d’entrer dans la réflexion sur les notions de genres et de registres
; il est souvent intéressant d’en tenir compte pour l’histoire du
théâtre (de la déclamation à la diction naturelle)
; il a son rôle dans les étapes de la réécriture,
soit par le commentaire, la justification des choix, soit par les premières
propositions de reformulation. Il intervient comme le facteur essentiel
dans l’argumentation.
L’oral ne doit donc pas
faire l’objet d’une séquence distincte ; il est présent sous
des formes diverses tout au long de l’année.
Parmi ces formes, deux sont
privilégiées :
La
prise de parole devant un auditoire
Elle consiste, d’une part,
en des pratiques d’oralisation des textes étudiés : lectures
à haute voix, mises en voix, récitations de textes courts
appris par coeur. Elle consiste, d’autre part, en des interventions préparées,
devant la classe entière ou en modules. Il s’agit dans ce cas d’un
oral qui prend appui sur un écrit antérieur. L’élève
doit apprendre à maîtriser les compétences liées
à la clarté du discours et à sa bonne réception
: les repères doivent être soulignés, les moments-
clés formulés plusieurs fois, les digressions utilisées
de façon modérée et à bon escient ; les conclusions
partielles et transitions doivent faciliter la prise en considération
de la dynamique de la pensée. La présentation orale permet
alors de mesurer la bonne construction du texte préparatoire.
Comme pour les productions
écrites, un tel oral doit tenir compte de tous les adjuvants qui
permettent la transmission d’une pensée. La manière de capter
l’attention et d’obtenir l’approbation des auditeurs a ses règles,
à l’oral comme à l’écrit : attitude physique, élocution,
ajustement du niveau de langue et choix d’un registre en fonction du propos
et des auditeurs (le sérieux, le grave ne sont pas à employer
dans les mêmes situations que l’humoristique ou l’ironique). Enfin,
l’orateur doit tenir compte des réactions (même silencieuses)
de ses auditeurs : moues interrogatives, dubitatives, indignation… doivent
donner lieu à des recadrages du propos.
Les exposés (qui
doivent être brefs, en fixant des limites précises aux élèves
qui les présentent) sont ainsi autant des préparations à
la rédaction de textes argumentatifs (de commentaire, d’invention,
de dissertation) que des prolongements de ces exercices écrits,
puisqu’ils supposent des compétences accrues en termes de clarification
des transitions et des moments forts.
L’échange
oral
La situation d’échange
est, en fait, la plus fréquente : échanges avec le professeur,
échanges avec la classe, échanges avec les deux ou trois
autres élèves d’un groupe (y compris en modules, dans l’aide
individualisée le cas échéant et dans les TPE). Elle
comporte un caractère d’improvisation marqué par une syntaxe
et une structuration du propos différentes (reprises, retours en
arrière, inachèvement de la phrase, etc.). L’échange
oral suppose d’abord l’écoute. Les programmes de collège
ont mis l’accent sur cette dimension de l’oral ; au lycée, elle
garde toute son importance. Il est bon que les élèves apprennent
à tenir compte des contraintes de l’oral en classe, à discerner
dans le propos du professeur les moments d’analyse, les digressions, les
reprises. L’examen des notes qu’ils prennent est un bon indicateur de leur
maîtrise en ce domaine. Il est nécessaire aussi que les prises
de parole par un élève soient des moments de formation à
l’écoute pour les autres : l’invitation à la pratique des
reformulations et à l’art de poser des questions pertinentes y participe.
Les débats, travaux
de groupe, échanges d’impressions doivent avoir lieu après
un temps d’appropriation des données et conduire à la réalisation
– mesurée et limitée dans la durée – de débats.
Les élèves peuvent échanger sur l’interprétation
d’un texte, d’une oeuvre littéraire, cinématographique, picturale,
sur une problématique liée au programme ou à un projet
pédagogique précis.
Lorsque l’élève
prend la parole, il doit apprendre à clarifier son objectif : son
but est- il d’utiliser l’art oratoire de manière à marquer
sa domination ou, au contraire, d’avoir un vrai dialogue ? L’analyse de
débats télévisés ou radiodiffusés permet
de saisir ces deux aspects de la rhétorique.
L’école ne privilégie
pas les situations d’affrontement ou de polémique; on encouragera
plutôt la capacité d’écoute et de reformulation. L’élève
apprend progressivement à prendre en compte le discours d’autrui,
à se construire une opinion et à la justifier tout en faisant
des concessions. Il doit pouvoir résumer l’opinion d’autrui pour
avancer ses propres arguments, ou la reformuler pour la valoriser ou la
dénigrer en en déployant les implicites. Il doit aussi nuancer
son propos, le rectifier, voire le retirer. Au collège, les élèves
ont travaillé sur le rôle du discours pour expliquer et pour
argumenter : il convient de prendre explicitement appui sur ces acquis
antérieurs.
Évaluation
Il ne saurait être
question d’évaluer systématiquement les performances orales
; il est en outre recommandé de ne pas disqualifier les élèves
timides ou réservés dont les compétences orales doivent
être néanmoins développées : aussi indiquera-t-on
toujours des critères clairs et précis sur lesquels se fondera
l’évaluation, pour ne pas donner à penser qu’on juge la personne
plutôt que l’exercice. Pour cela, il convient d’utiliser comme critères
d’évaluation les contraintes imposées par le genre travaillé
avec les élèves (exposé, dialogue, récitation,
oralisation d’une scène de théâtre, etc.). L’oral scolaire
de participation à un débat peut être extrêmement
variable. L’évaluation chiffrée ne s’impose pas toujours
à cet égard. Elle est plus appropriée lorsqu’il s’agit
d’exposés.
La lecture à haute
voix d’un texte étudié ou sa récitation permettent
de se rendre compte si l’élève a compris les analyses qui
ont été faites. Elles fondent donc des évaluations
chiffrées possibles. L’évaluation de l’oral ne peut se limiter
à la seule répétition générale de l’oral
d’examen à venir. Enfin, on tiendra compte du fait que la syntaxe
de l’oral diffère de celle de l’écrit, et ce, même
lorsque le niveau de langue choisi n’est pas familier : les procédures
de thématisation, les réajustements sont à prendre
en compte autrement qu’à l’écrit, de même que l’intonation,
les mimiques peuvent remplacer des formes de la modalisation.
N. B. – On pourra
se reporter aussi au Document
d’accompagnement de la classe de 3e , et au rapport de l’IGEN sur la
place
de l’oral dans les enseignements (1999).
L’oral et l’examen
Le français est une
discipline qui comporte une part d’oral dans son examen terminal au lycée
(EAF). D’autre part, l’oral est nécessaire pour les examens dans
d’autres matières. Il y a donc là double motif d’attirer
l’attention des élèves sur les retombées pratiques
à court terme de leur maîtrise de l’oral. Outre la maîtrise
générale de la prise de parole, on insistera ici sur les
aspects particulièrement liés à l’oral dans l’EAF,
qui comprend l’analyse d’un texte et un temps d’entretien.
Il n’y constitue pas un
simple vecteur, un support pour la transmission d’informations, mais implique
trois paramètres spécifiques :
-
la situation de présence
directe de l’interlocuteur : le candidat ne doit pas réciter aveuglément
un discours appris plus ou moins par coeur à propos d’un texte,
mais veiller à tenir compte de l’attention de son auditeur ;
-
la durée limitée
: si l’écrit laisse la possibilité de repentirs, de retours
en arrière, en situation d’oral et dans un temps contraint, l’aisance
de la prise de parole est essentielle ; d’où le besoin d’exercices
d’entraînement en cours d’année ;
-
la partie de l’épreuve
consistant en un entretien met particulièrement en lumière
le degré d’autonomie du candidat dans sa parole.
Ces trois critères appellent
une formation qui souligne que le but de l’oral n’est pas une récitation,
mais l’expression d’une lecture, d’une réflexion et d’un jugement
personnel. En cours d’année, les exercices préparatoires
porteront sur deux aspects : d’une part la prise de parole et l’usage d’un
registre de langue approprié à la situation et au texte traité,
d’autre part le jugement personnel assumé, y compris dans ses limites
et ses incertitudes. L’entretien, s’il donne l’occasion de réinvestir
des connaissances acquises dans l’année, n’est pas non plus le lieu
d’une récitation, mais évalue l’appropriation de ces connaissances
aux questions posées. La capacité d’écoute est là
un préalable nécessaire à la prise de parole pertinente.
Démarches
et progressions : L’écriture d’invention
Définition
et objectifs
Les pratiques d’écriture
peuvent consister soit à produire un texte qui en glose, commente,
discute un autre, soit à produire un texte nouveau, autonome : l’écriture
d’invention concerne ce second cas. «Invention » est donc entendu
ici comme recherche des idées ou des images, représentations,
figures à mettre en oeuvre dans un texte, et choix des formes de
disposition (plan ou structure du texte) et d’élocution (mots et
phrases) appropriées. Elle est donc à la fois la part d’inventio
proprement dite mais aussi, comme il se doit dans une conquête d’autonomie,
expérience des choix à opérer sur les formes et des
relations entre celles-ci et les contenus.
Ainsi définie, l’écriture
d’invention répond à trois objectifs :
-
permettre aux élèves
de poursuivre leur apprentissage de cette compétence, difficile
mais nécessaire, de la maîtrise de l’expression écrite
: être capable d’écrire y compris en prenant l’initiative
de ce qu’ils ont à écrire ;
-
permettre aux élèves
de s’approprier et de réinvestir des connaissances, en relation
directe avec les perspectives d’étude et les contenus du programme.
Ce second objectif est plus particulièrement lié à
la dimension littéraire du cours de français au lycée.
Il se subdivise en une part d’exploration (mettre en jeu des formes, des
genres, des registres pour mieux les comprendre) et une part d’accès
à l’autonomie (devenir capable de définir des manières
de rédiger et des contenus, en fonction les uns des autres et dans
des situations données). Cet objectif est central pour la classe
de première (voir plus loin) ;
-
contribuer à la formation
personnelle, par l’expérience de la mise en oeuvre de la langue
et des codes (les genres, leurs subdivisions et variations) et développer
par là les facultés d’invention et d’imagination. Cette dimension
est essentielle dans l’accès à la maîtrise de la langue.
L’écriture d’invention
constitue, en même temps, un contact avec l’expérience littéraire
de l’écriture : de même qu’en arts, les lycéens ont
une expérience, si modeste qu’elle soit, du dessin, de la peinture
ou de la musique, en sciences, des expériences, en philosophie,
de la réflexion sur les concepts, il est bon qu’en littérature
il y ait une expérience de l’écriture, modeste, humble même,
mais sensible. En effet, une discipline se caractérise par ce qu’elle
produit. La rédaction de commentaire et de dissertation appartient
au domaine du discours critique sur la littérature ; mais l’étude
de la littérature n’a pas pour seule fin de donner une attitude
de critique : elle a pour fin de former le jugement et le goût pour
la littérature et ses ressources propres, la sensibilité
et l’exploration du langage ; l’écriture d’invention a ce rôle.
Pour répondre au
but d’invention tel qu’il est ici défini, dans sa mise en oeuvre,
elle prend toujours appui sur des textes-sources et des consignes précises
données aux élèves pour la réalisation du texte
qu’ils ont à écrire.
Remarques historique
et notionnelle
L’apparition des termes «
écriture d’invention » dans les programmes a soulevé,
pour certains collègues, des confusions, voire des inquiétudes,
qu’il convient de dissiper ; les deux remarques qui suivent sont des mises
au point ou des rappels qui paraissent nécessaires à cette
fin.
Éléments
d’histoire de l’enseignement du français au lycée
Dès les origines
de l’enseignement des lettres, la rédaction de discours (y compris
en latin), de lettres, de récits a été partie intégrante
de celui-ci. Lorsque cet enseignement est devenu, à la fin du XIXe
siècle, enseignement du français, des exercices de composition
française y ont figuré, y compris pour les épreuves
du baccalauréat, qui consistaient en narrations, portraits, lettres
et discours (on pourra se reporter sur ces divers points aux ouvrages de
M. Jey et A. Compagnon).
Jusqu’aux années
1960, de tels exercices ont subsisté ; ils figurent encore dans
les textes officiels de 1979 (on pourra se reporter sur ce point à
l’ouvrage de V. Houdart-Mérot et au numéro spécial
de la revue Pratiques sur « Cent ans d’instructions officielles
») ; mais leur part s’est diversifiée selon les séries.
S’est amorcée alors,
et s’est confirmée dans les années 1980, une réduction
puis une quasi-disparition de ces exercices. Deux exercices présents
conjointement auparavant sont devenus alors les références
essentielles : la dissertation et le commentaire. Un autre type d’exercice
s’est progressivement instauré comme l’exercice majoritairement
choisi au moment de l’examen, le résumé de texte suivi d’une
discussion, qui a cédé la place à partir de 1995 à
l’étude du texte argumentatif. Ce dernier conservait cependant,
dans son libellé officiel, une part d’écriture d’invention
possible dans les travaux proposés après l’analyse du texte
; à l’usage, cette part s’est restreinte jusqu’à n’être
qu’une trace, en particulier dans les sujets d’examen.
Cet historique – rapide
ici, mais que les ouvrages indiqués, au moins, permettent de prolonger
– montre donc que l’écriture ouverte à une dimension d’autonomie
a été, sur la longue durée, une part essentielle de
l’enseignement du français ; qu’elle n’a jamais totalement disparu
de ses préoccupations ; mais qu’elle était menacée
de disparition. Historiquement, il y va donc d’un équilibre en fonction
des finalités générales du cours de français.
Nombre de collègues, ces dernières années, ont développé,
pour partie dans le cours de français même – mais avec une
part forcément restreinte –, pour partie en activités périphériques,
des exercices d’écriture et des ateliers d’écriture, afin
de faire une place aux explorations des formes et du langage dont les élèves
avaient le besoin et le désir.
La
notion d’invention
Au fil de cette histoire,
les termes d’« écriture d’invention » n’ont pas été
employés comme tels dans les textes officiels pour désigner
ces exercices, et c’est à ce titre qu’ils ont pu paraître
nouveaux et inconnus à certains collègues. Ils ont pu aussi
être assimilés, abusivement, à ceux de sujets libres,
de rédactions spontanées… Ces termes, longtemps, n’ont pas
eu à être spécifiés parce que ces exercices
entraient dans un cadre rhétorique connu. Ils consistaient en effet,
sur un schéma donné de dispositio – une lettre, un
discours, un portrait –, en un travail de recherche d’idées (ou
inventio
dans les dénominations des cinq étapes de l’élaboration
du texte en rhétorique : inventio, dispositio, elocutio, actio
et memoria) et de mise en mots et en phrases (elocutio). La
connaissance et la conscience de ce cadre s’étant érodées,
le sens des termes lui- même s’est élargi, dispersé.
Les reprendre en une seule expression, « écriture d’invention
», correspond à un besoin de redéfinition du cadre
en même temps que de réactivation des exercices correspondants.
L’écriture d’invention
est donc, comme il a été vu, invention au sens entier du
terme : inventio mais aussi choix de dispositio en fonction
d’une situation, et elocutio ; mais elle est encore – au sens où
invention est entendu comme synonyme de découverte – une entreprise
d’exploration du langage, de ses ressources et de ses contraintes. À
cet égard, elle est le pendant de la lecture, dans l’essai de trouver
soi-même « les mots pour le dire ». Elle est étroitement
liée à la nécessaire étude de la langue.
Ces deux aspects se réunissent
dans une même caractéristique : l’écriture d’invention
est surtout un travail d’amplification : dans les contenus comme dans le
langage, elle développe ce qu’un sujet appelle, impose, sollicite,
suggère.
Mais comme ce travail ne
peut se faire à partir de rien, l’écriture d’invention s’appuie
toujours sur des sources et/ ou sur des modèles : elle est production
d’un texte, non sur un autre texte, mais à partir d’un ou plusieurs
textes. En ce sens, elle est une approche par expérience directe
des faits d’intertextualité.
Choix d’une forme appropriée
au propos et à la situation, amplification et travail à partir
de sources sont ses caractéristiques pratiques principales. L’invention
n’est pas un exercice sauvage de l’imagination et ce n’est pas l’imagination
des élèves qu’il s’agit d’y évaluer : elle consiste,
bien plutôt, à construire et nourrir l’imagination par l’exploration
des mots et des textes. Elle n’est pas davantage créativité
sauvage, mais apprentissage de ce que toute rédaction comporte d’exigences.
Enfin, elle n’est pas a priori liée à un seul domaine,
au seul narratif et à l’autobiographie ou la fiction (on verra que,
au contraire, l’autobiographique doit y être considéré
avec les plus grandes précautions) ; elle peut porter sur tous les
domaines et toutes les formes, le débat d’idées et le poétique
aussi bien que le narratif, la spécification des exercices se faisant
selon les objectifs définis en situation au sein des objectifs généraux
ici rappelés.
Place dans la
progression
En
cours d’année
L’écriture d’invention
est une catégorie générale d’exercices. Elle ne convient
donc pas comme objet spécifique d’une séquence dans l’année.
Elle doit plutôt intervenir de façon diverse à divers
moments au sein de la progression annuelle. Elle peut consister en exercices
courts, qui permettent une approche d’un fait textuel (la description,
le dialogue, etc.), et en exercices longs, de réalisation progressive
(sur plusieurs séances ou en travail personnel hors de la classe
sur plusieurs semaines), qui réalisent des synthèses et des
réinvestissements.
De
la seconde à la première
Mise en oeuvre des genres
et registres, l’écriture d’invention doit être liée
avec les contenus du programme: les genres et registres à privilégier
chaque année sont ceux qui figurent dans le programme de l’année.
Cette correspondance ne saurait être mécanique : il ne s’agit
pas de faire écrire en seconde un roman, une comédie, une
tragédie. D’autre part, cette catégorie d’exercices présente
des éléments de progression propres qui sont importants pour
que son rôle soit entier dans la progression d’ensemble des deux
années et qui sont précisés ci-dessous.
La
classe de seconde
Elle se doit de faire la
transition avec les acquis du collège en la matière. En particulier,
les élèves ont eu à rédiger au collège
des récits complexes et des textes de discussion (voir Programmes
et documents d’accompagnement de la classe de 3e ). Le lien avec
ces acquis est donc logique dans l’approche du narratif (roman, nouvelle
: voir ce chapitre), comme du descriptif (dans le cas du portrait : voir
le chapitre «L’éloge
et le blâme »), enfin, comme élément des
débats d’idées, liés à l’objet d’étude
« Démontrer,
convaincre et persuader ») et, notamment, à la préparation
à la dissertation et dans une approche du dialogue, via le «Théâtre
».
En seconde, il s’agit d’employer
ces acquis antérieurs comme moyens de réflexion sur les genres
; il est possible, si nécessaire, de reprendre des exercices pratiqués
au collège, mais les buts majeurs sont bien l’étude de la
langue et celle des genres. Mais la classe de seconde est aussi une année
propice aux explorations du langage. C’est pourquoi, si la poésie
est étudiée en tant que telle en première, les exercices
d’écriture d’invention peuvent et doivent en seconde faire une part
aux jeux poétiques avec le langage. Ils peuvent à cette fin
s’appuyer sur les registres (comique, tragique, épidictique, épique)
et les ressources correspondantes en matière de vocabulaire comme
de syntaxe.
La
classe de première
Elle constitue un temps
de réinvestissement et de spécification :
-
réinvestissement pour
les domaines du narratif qui n’a plus à être exploré
en tant que tel mais qui est présent dans le biographique et – dans
certains cas – l’épistolaire, du dialogue théâtral
et du portrait – avec les récits de vie ; la poésie, qui,
elle, est étudiée en tant que telle, met à profit
les explorations faites en seconde ;
-
spécifications : les
genres étudiés en première peuvent y être les
lieux privilégiés d’exercices d’écriture d’invention
: essai, dialogue, récit de vie, lettre le cas échéant.
Ces formes d’écriture peuvent être pratiquées en liaison
avec les exercices requis lors des épreuves d’examen (voir
ce chapitre).
Cas
de la série L
Les deux objets d’étude
spécifiques de la série L, «L’épistolaire
» et « Les
réécritures », constituent à l’évidence
des objets privilégiés pour les exercices d’écriture.
La maîtrise du genre de la lettre dans ses formes majeures (lettre
personnelle, lettre ouverte, lettre comme moyen narratif) semble un objectif
minimal et réaliste pour les élèves de cette série
; les élèves des autres séries doivent aborder au
moins la forme majeure de la lettre personnelle. Les réécritures
donnent lieu à des inventions par imitation et détournement
: pastiches et parodies sont des formes à étudier et, au
moins pour le pastiche, à mettre en oeuvre dans leurs dimensions
littéraires variées – satire, plaisir ludique, réécriture
critique. Une dimension historique a toute sa place dans l’approche de
ces formes et de leurs réalisations, et peut être incluse
dans les exercices demandés aux élèves en cours d’année.
Mise en oeuvre
Textes
lus et textes écrits
L’un des objectifs de la
production de textes d’invention par les élèves est de les
amener à mieux comprendre les textes qu’ils lisent. Cette pratique
se fait toujours, en effet, à partir de textes lus. Elle contribue
à une meilleure compréhension des textes lus parce qu’en
imitant, transformant et transposant les modèles qu’ils y observent,
les élèves se les approprient et peuvent être davantage
sensibles aux particularités de style, de genre et de registres.
Elle participe ainsi de l’étude littéraire.
Elle appelle donc la présence
d’une « bibliothèque » de textes à reprendre
et imiter, ou desquels s’inspirer plus souplement. Elle peut s’appuyer
sur les lectures analytiques, mais aussi sur les lectures cursives et,
en seconde notamment, sur des lectures personnelles des élèves
(chaque professeur gardant l’évaluation de la pertinence de ces
sources). Elle s’associe également avec des retours vers la lecture
après des travaux d’écriture (voir plus loin « Retours
sur lectures »).
Écriture
d’invention et étude de la langue
L’un des buts de l’écriture
d’invention est de contribuer à un travail approfondi pour la maîtrise
de la langue et de l’expression.
Elle conduit à un
travail approfondi sur la langue parce qu’elle suscite la recherche des
moyens lexicaux et syntaxiques appropriés au projet du texte que
l’on produit, et qu’elle permet ainsi à chaque élève
de repérer et dépasser des limites et des lacunes qui bornaient
ses ressources.
Les projets d’écriture
permettent d’insister sur les implications lexicales et syntaxiques qu’ils
comportent. En particulier, l’approche du vocabulaire trouve là
des occasions de travail sur la précision et la richesse du sens
des mots. Le recours aux dictionnaires, tant pour l’examen de définitions
que pour la synonymie et l’antonymie, doit devenir une pratique effective
courante chez les élèves.
Ces écrits constituent
une dimension complémentaire des écrits de dissertation et
de commentaire : dans ceux-ci, en effet, le souci doit être de trouver
l’expression ou la phrase la plus juste possible selon ce qu’est l’oeuvre
ou le texte dont on traite ; dans les écrits d’invention, le souci
est de trouver sa meilleure phrase. Nombre de connaissances de vocabulaire
et de grammaire restent mal ou non maîtrisées, alors même
qu’elles existent, parce qu’elles n’ont pas l’occasion d’être mises
en pratique : elles peuvent l’être ici. Nombre d’acquisitions ne
sont pas stabilisées ou élargies, par manque de curiosité
motivée : la recherche de mots et moyens pour dire ce que l’on a
le projet de dire favorise cet enrichissement.
Le lien avec le principe
d’amplification vu plus haut est à cet égard important :
là où l’élève dispose d’un mot, il doit pouvoir
explorer les variations de son sens ; là où il ne dispose
que d’un mot, il doit pouvoir en chercher d’autres qui lui sont liés
(par appartenance à la même famille, au même champ sémantique,
par équivalence ou proximité (synonymes et quasisynonymes)
ou par opposition (antonymes).
Les domaines lexicaux et
syntaxiques indiqués en relation avec les registres (voir «
Étude
raisonnée de la langue ») sont ici à mettre en
jeu, tantôt de façon exploratoire, tantôt comme synthèse
et réinvestissement des acquis.
Les étapes
de l’écriture : développer les facultés d’invention
et d’imagination
Un des buts de l’écriture
d’invention, lié au travail sur la langue, est de permettre aux
élèves de « développer leurs facultés
d’invention et d’imagination » (Programme).
Cet objectif est mis en
oeuvre de deux façons : d’une part, développer les facultés
d’invention et d’imagination passe par le fait de percevoir de façon
concrète que l’écriture exige la recherche de sources, d’idées
et d’informations en fonction d’un projet ; d’autre part, par le fait de
percevoir qu’elle n’est pas tant affaire d’imagination ou d’inspiration
dans le vague que d’un travail (voir « Le
travail de l’écriture ») qui comprend des étapes
au fil desquelles l’imaginaire s’enrichit et se précise.
Les
étapes
– Le sujet de l’exercice
doit toujours donner des consignes précises et claires. De même,
le but doit en être clairement indiqué aux élèves.
Les contraintes de genre, de registre, de situation sont indiquées
; si elles sont laissées au choix des élèves, cette
liberté est aussi à préciser.
-
Les textes-sources ont été
lus et au besoin analysés en détail auparavant, collectivement.
Les éléments de modèles ou d’inspiration qui en sont
retenus sont clairement définis (faits de style, de genre, de registre,
sujets abordés, images retenues).
-
L’élaboration du texte
nécessite elle-même des étapes, que les élèves
ont déjà abordées au collège, qu’il s’agit
au lycée de reprendre et de préciser : concevoir le projet,
planifier son élaboration, définir la forme générale
du texte, enrichir ses idées, images et arguments par des lectures
(des textes- sources et d’autres textes au besoin), concevoir le schéma
détaillé du texte, rédiger, réviser, donner
à lire. Ces démarches sont pertinentes pour toute écriture
(et leur répertoire est utilement l’objet d’un temps de synthèse,
en première, comme complément des données de rhétorique
vues dans l’argumentation et «Le travail de l’écriture »).
En revanche, l’écriture d’invention permet d’observer des applications
diversifiées.
-
L’étape d’enrichissement
(ou de recherche) est l’objet d’une attention particulière. Il s’agit
en effet de nourrir l’imagination. Donc lectures, et au besoin recherches
documentaires, sont des temps d’assimilation motivée de connaissances.
Les connaissances déjà acquises sont à réinvestir
: souvent les élèves ne voient pas comment, voire ne pensent
pas à le faire ; aussi, avant de se lancer dans un travail de documentation,
un retour sur les acquis antérieurs est nécessaire.
Deux traits sont à souligner
particulièrement :
-
former la faculté d’invention
passe par un souci constant du questionnement : les élèves
doivent s’habituer à interroger les mots, les savoirs, pour définir
ceux qui sont pertinents à leur projet, et aussi voir où
sont les lacunes à combler ;
-
développer l’imagination
passe par une attention aux mots. Il ne s’agit pas de mettre en vedette
les élèves qui ont de l’imagination (critère bien
vague) mais de donner à chacun(e) des temps de méditation
sur ce que tels ou tels mots et images éveillent comme image pour
lui ou pour elle. Cela suppose aussi d’instaurer dans la classe des temps
de réflexion collective, de discussion orale pour préparer
l’écrit.
Cela suppose, enfin, une attention
à l’égard de la part de l’autobiographie, tendance fréquente.
L’écriture d’invention n’est pas affaire d’épanchement intime.
Les élèves sont amenés à s’impliquer, d’évidence
; mais le recours à la nécessaire part de fiction – concevoir
une situation – est ici le lieu d’un retour sur l’implication personnelle
et la mise à distance qui est la condition de la mise en langage.
Cette part d’expérience est un accès majeur à la sensibilité
littéraire : les élèves ont souvent l’impression que
les écrivains s’épanchent volontiers immédiatement
: ils découvrent ici que le passage par le langage pour accéder
à une relation avec l’autre, le lecteur, est une médiation.
Mises
en oeuvre en classe de seconde
L’écriture d’invention
amène d’abord l’élève à transformer et transposer,
puis à imiter et reprendre, des textes préalablement étudiés.
La transformation et la transposition, qui supposent d’utiliser directement
les textes modèles, sont souvent d’un accès plus aisé
pour les élèves, au début du moins.
Ces démarches donnent
un premier ensemble de types d’exercices que l’ont peut ici répertorier
(dans une présentation schématique qui n’a aucune prétention
à l’exhaustivité, la part d’invention du professeur devant
elle aussi rester disponible) selon les types de rapport aux textes- sources.
Transposer,
transformer
-
Transposer, en faisant varier
le cadre temporel, en faisant varier le mode de narration (modification
du statut du narrateur, modification du point de vue), en modifiant le
genre et / ou le registre (en passant du dialogue romanesque au dialogue
théâtral et inversement, en passant du blâme à
l’éloge et inversement, en passant du registre épique au
registre comique, en faisant intervenir plusieurs registres dans l’évocation
d’un même événement).
-
Transformer, en amplifiant (développement
d’une ellipse narrative, description d’un personnage seulement nommé,
insertion d’un dialogue ou d’une description, etc.), en réduisant
(par résumé, ou par coupes en vue de produire un effet différent)
ou en prolongeant.
Imiter,
reprendre
-
Par reprise partielle, c’est-à-dire
à partir d’un élément d’un texte étudié.
Elle consiste par exemple à écrire une scène théâtrale
reposant sur un quiproquo, à partir d’une scène de Molière,
à écrire une description reposant sur une série d’antithèses,
sur une métonymie ou sur une métaphore filée, à
reprendre la morale d’une fable et à l’illustrer par un nouveau
récit.
-
Par reprise d’un genre et /
ou d’un registre. La reprise d’un genre peut consister à écrire
une nouvelle, une poésie, un article de critique (littéraire,
théâtrale, cinématographique). La reprise d’un genre
associé à un registre peut consister à écrire
une saynète comique, ou à utiliser le registre épique
ou le registre tragique pour évoquer un événement,
voire aller jusqu’à faire écrire une nouvelle fantastique.
L’écriture d’une nouvelle est accessible aux élèves
de seconde, en relation avec l’étude des genres narratifs. Elle
peut prendre place dans le cadre d’une telle séquence, et elle peut
aussi, le cas échéant, être liée à un
projet dans le cadre du concours de nouvelles du MEN (DESCO A9, 107, rue
de Grenelle, 75007 Paris).
Ces exercices constituent des
transitions avec les acquis du collège.
L’argumentation, pour sa
part, peut donner matière à d’autres séries d’exercices.
Analyser,
confirmer, réfuter
-
Analyser : à partir d’un
ou plusieurs textes, l’élève est amené à inventorier
les arguments et procédés qu’il emploie et à en établir
un répertoire ordonné. Cet exercice s’apparente à
une transformation de texte mais appliquée à une argumentation
: il peut en effet être prolongé par un exercice qui fait
varier une des catégories d’éléments (les arguments,
les exemples, les procédés), y compris en faisant explorer
les cas de l’absurde.
-
Confirmer ou réfuter
: l’élève reprend le texte source et l’intègre à
un propos nouveau, en apportant d’autres arguments pour ou contre.
Germinations
À partir d’une image
caractéristique dans un texte, les élève sont invités
à une exploration des possibilités langagières par
déploiement des virtualités de l’image ou des substitutions
produites (par exemple à partir d’un exercice comme le S+ 7 proposé
par l’OuLiPo). Le point de départ, le « germe» peut
aussi être un tableau (exercices de portraits, d’éloge, de
blâme, voire de rédaction d’une courte nouvelle à partir
d’un document iconographique). Ces exercices d’amplification par exploration
d’une donnée initiale sont notamment des voies d’approche du poétique.
Retours
sur lectures
Si l’invention se fait toujours
à partir d’une lecture, elle appelle aussi des retours vers la lecture.
De deux façons : un texte lu et pris comme point de départ
d’un exercice peut être repris et analysé plus en détail
ensuite, ses particularités, son style propre, apparaissant alors
mieux à partir de la comparaison que les élèves peuvent
faire avec leur propre expérience.
Les idées de style
et d’originalité – à partir de celle de singularité
– peuvent ainsi être amenées à partir d’une observation
en situation (voir la perspective d’étude « Intertextualité
production et singularité des textes »).
Ce peut aussi être
des textes correspondant aux observations faites en cours d’écriture,
qui font l’objet de lectures de prolongement et réinvestissement.
Mise
en oeuvre en classe de première
Le
cadre général
Les principes de la classe
de seconde restent pertinents. Cependant, trois différences majeures
se dessinent.
Le but étant de parvenir
à la rédaction de textes autonomes, les exercices de transformation
et transposition par amplification d’un élément diminuent
d’importance ; ils ne sont que des points de passage vers la réalisation
du texte autonome.
Année d’examen, la
classe de première donne lieu à moins d’explorations et davantage
à des réalisations abouties selon un objectif précis.
Par ailleurs, en fonction
des genres étudiés, la part du narratif et du descriptif
en tant que tels diminue : ils restent présents mais intégrés
aux genres de l’essai (pour y donner des exemples notamment), de la lettre,
du dialogue, de l’apologue, de l’article critique.
Choisir
la forme appropriée
L’écriture d’invention,
en première, est aussi déterminée par la perspective
de l’examen : les élèves auront à y choisir un type
d’exercice d’écriture. L’un des buts concrets essentiels, traduisant
dans la pratique l’enjeu d’autonomie, est qu’ils ne regardent pas ce choix
comme une affaire de technique (sans quoi on tomberait dans une rhétorique
creuse) mais comme un exercice du jugement. C’est-à-dire comme un
choix déterminé d’abord par ce qu’ils ont à dire.
C’est ainsi que l’on se
doit de leur montrer – et cela gagne à être abordé
dès la classe de seconde dans l’approche de l’argumentation – que,
dans le cas d’une confrontation d’idées, il peut advenir que l’on
ait soi- même un point de vue tranché, et qu’après
avoir rendu compte des options en présence, on puisse aboutir à
un jugement qui vaut décision. On est alors dans la logique de la
dissertation.
Mais il advient aussi, surtout
dans les jugements d’ordre esthétique, que deux points de vue puissent
rester en balance, et que même si l’on a une préférence,
elle soit peu marquée. Dans ce cas, la logique est plutôt
celle du dialogue. Il se peut aussi que, sur une question donnée,
on ne puisse prendre en compte qu’un point de vue principal : la logique
est alors davantage celle de la lettre ou de l’essai (éventuellement
en forme d’article).
La classe de première
aura atteint son but en la matière si les lycéens y ont acquis
la capacité de déterminer la forme d’écriture qu’ils
emploient et le contenu qu’ils ont à exposer en opérant correctement
ce choix premier et décisif. Aussi les exercices proposés
en cours d’année doivent- ils chaque fois que possible les amener
à faire un tel choix dans le genre qu’ils pratiquent en écriture
d’invention et en dissertation.
Note
sur la dissertation et l’écriture d’invention
Comme le montrent les remarques
ci- dessus, la dissertation et l’écriture d’invention ne sont pas
dans un rapport d’opposition ou d’exclusion mais de liaison et de complémentarité.
La dissertation littéraire, quand elle porte sur un ensemble d’oeuvres,
se rapproche du débat d’idées qui peut donner matière
à un essai, voire à un dialogue. D’autre part, la dissertation
suppose une réflexion sur les idées et arguments à
y exposer, donc un travail d’inventio : le cadre générique
est donné, mais cette part de l’écriture d’invention est
bien présente. On peut rappeler que, dans l’histoire de la dissertation,
elle a été, au XVIIe et au XVIIIe siècle, une forme
du débat d’idées et de critique littéraire, et que
les mots d’essai et de dissertation ont été souvent, au moins
à cette époque, regardés comme des quasi- synonymes.
Aussi convient-il de faire percevoir aux élèves que l’une
et l’autre formes d’écriture participent au même travail de
construction d’une façon d’exprimer son point de vue, par une argumentation
de conviction dans un cas, par une argumentation de persuasion ou une mise
en images dans l’autre.
Cas
de la série L : les réécritures
Outre les catégories
générales pour la classe de première, l’objet d’étude
« Les réécritures » appelle un travail sur l’imitation
d’un style, les écritures « à la manière de…
», les pastiches et parodies. Par exemple: écrire un dialogue
absurde en relation avec un travail sur le théâtre de l’Absurde
; décrire un objet en liaison avec l’étude d’un roman, un
paysage en liaison avec l’étude du romantisme, un portrait en liaison
avec l’étude d’un roman réaliste, etc. Il est recommandé
de se borner en seconde à une initiation à ces réécritures,
qui sont davantage développées en première L. Elles
sont à lier étroitement avec la notion de style, qui doit
être mieux maîtrisée par les élèves de
cette série. Dans de tels exercices, l’écriture d’invention
entretient un rapport étroit avec la lecture et l’analyse : elle
en est issue et elle doit permettre de faire retour sur les choix de l’écrivain
et sur la compréhension de l’oeuvre.
Cas
de l’écriture épistolaire
Elle est un objet d’étude
pour la série L, mais en exercice d’écriture elle convient
à toutes les séries ; elle obéit au protocoles généraux
exposés dans l’ensemble de ce chapitre.
Évaluation
Conçus comme exercices
brefs, les écrits d’invention n’ont pas à faire systématiquement
l’objet d’une évaluation notée ; il est bon de conserver,
en seconde, une part de liberté dans ces exercices de découverte.
Mais la notation se justifie,
par étapes, en fonction de l’accomplissement de consignes précises
:
-
respect des étapes nécessaires
dans l’élaboration et la réalisation du projet (voir «
Intertextualité,
production et singularité des textes ») ;
-
réalisation d’un texte
correspondant à l’ensemble des consignes et des contraintes qu’imposait
le protocole de départ ;
-
correction et précision
dans la syntaxe et le vocabulaire ;
-
enfin et surtout, ampleur des
apports d’amplification (enrichissement par la recherche d’idées).
L’évaluation de la langue
porte davantage sur sa précision et sa correction que sur sa beauté.
Ce critère subjectif n’est pas le but premier (mais s’il advient,
bien sûr, c’est un élément éminemment positif)
: il ne s’agit pas d’amener les élèves à se prendre
pour des génies en germe de la littérature. La réalisation
aboutie d’une expérience, et dans le cas d’exercices longs, d’un
texte autonome cohérent et répondant au projet est l’aune
qui définit les critères ci-dessus. Les cadres des genres,
registres et ceux du traitement du sujet en une matière appropriée,
proportionnée au temps passé, aux lectures faites et au niveau
des élèves sont donc des critères objectifs, identiques
à ceux qui sont mis en oeuvre dans l’évaluation de tous les
travaux d’écriture.
La lecture des écrits
d’invention peut se faire par échanges au sein de la classe, par
publication sous forme d’un recueil remis à tous les élèves,
par le professeur seul. Il est bon de privilégier les formes d’échanges.
Ces écrits doivent bien sûr faire l’objet d’un temps de bilan
et d’une correction en classe.
N. B. – Les types
d’exercices ont été répertoriés plus haut ;
donner ici des exemples détaillés ne pourrait qu’induire
un effet de modélisation figée, coupée des situations
effectives, là où la démarche suppose au contraire
un lien étroit avec la progression que le professeur décide
et les lectures qu’il donne à ses élèves. C’est pourquoi
nous renvoyons pour des éléments d’exemples aux mises en
situations effectives données dans la dernière section de
ce document, où ils apparaissent en contexte.
Démarches
et progressions : Dissertation et commentaire
La dissertation et le commentaire
littéraires sont deux exercices caractéristiques du cours
de français au lycée depuis assez longtemps pour qu’il ne
soit pas nécessaire de reprendre en détail les démarches
qui les concernent. Il s’agit ici de rappeler brièvement l’essentiel
et de préciser comment ils s’inscrivent dans le cadre du programme
actuel.
La
dissertation : rappels historiques sommaires
Cet exercice a été
introduit dans l’enseignement du français depuis plus d’un siècle,
lorsque s’est développé l’usage d’un enseignement des lettres
sans latin : le discours latin, qui était l’exercice canonique pour
le baccalauréat, devait, dans ce cadre nouveau, avoir un substitut
en français ; ce fut la dissertation. Elle-même a des antécédents
de deux sortes : d’une part la dissertation savante, relevant du domaine
philosophique et qui se pratiquait en latin ; d’autre part, la dissertation
comme genre littéraire. Celle-ci constitue, au XVIIe siècle,
une forme à caractère plutôt mondain. Elle est employée
dans la critique littéraire (ainsi l’abbé d’Aubignac rédige
dans les années 1660 des Dissertations pour critiquer les
pièces de Corneille, Saint-Évremond une Dissertation sur
Alexandre le Grand de Racine, en réponse à une dame salonnière
qui lui demandait son avis à la lecture de la pièce). Mais
la dissertation peut porter sur toute sorte de sujets, y compris ceux qui
paraissent assez futiles (Saint-Évremond en compose une Sur le
mot « Vaste »). Au long de cette période et au XVIII
e siècle, la dissertation est perçue comme une forme assez
libre, qui permet de discuter un point de vue sur toute sorte de sujets
; elle est alors proche de l’essai (le mot est employé comme un
quasi-synonyme d’essai, mais aussi comme une forme souple du traité,
par les philosophes des Lumières : ainsi Helvétius appelle-t-il,
dans ses lettres, une dissertation son Traité de l’esprit).
Au XIXe siècle, elle
emprunte à la tradition savante le plan en trois parties et à
la tradition littéraire des sujets d’esthétique et de critique,
portant soit sur une oeuvre (ou l’ensemble de l’oeuvre d’un auteur), soit
sur une question (genre, mouvement littéraire, point d’esthétique,
etc.).
La dissertation
Les
enjeux
La dissertation est un exercice
qui contribue à la formation du jugement critique et qui est propice
à l’évaluation de son exposition. Elle contribue à
la formation du jugement critique par sa démarche même. Celle-ci
peut se résumer – il y a nombre d’ouvrages sur le sujet – par le
schéma suivant : une proposition est présentée aux
élèves, sous la forme d’un jugement ; ils sont invités
à en dégager tous les arguments et à en apprécier
le bien-fondé ; puis il s’agit d’envisager les arguments qui divergent
d’avec ce point de vue initial, voire s’y opposent ; dans un troisième
temps enfin, les élèves prennent eux-mêmes position.
Ainsi définie, la dissertation n’est pas un jeu mécanique
de thèse - antithèse - synthèse (le troisième
temps ne fait pas toujours une synthèse ou un dépassement
des deux précédents), mais avant tout un exercice de la délibération
– elle confronte des arguments divers, voire divergents. Elle suppose aussi
le respect : respect de l’opinion proposée, qui doit être
examinée avec attention, en repoussant les tentations d’y adhérer
ou de la contredire d’emblée, donc respect de la voix d’un autre.
Elle est ainsi un apprentissage de l’esprit critique : examiner les arguments
qui peuvent réfuter la proposition initiale amène à
ne pas adhérer sans examen, sans peser les données. Elle
est enfin un apprentissage de la délibération réfléchie
: elle débouche sur une prise de position.
Dissertation,
argumentation et délibération
La démarche fondamentale
de la dissertation est bien une démarche de délibération:
construire un jugement en prenant en compte plusieurs points de vue et
définir ce jugement non comme un absolu, mais comme un choix que
l’on fait en connaissance de cause parmi plusieurs façons possibles
de voir, correspond bien à la réflexion délibérative.
Elle est une formation à l’argumentation par des confrontations
de points de vue. Elle a à cet égard un rôle important
dans le domaine du jugement sur les oeuvres et enjeux littéraires
où la critique ne peut relever de la certitude, mais des débats
au sein des opinions possibles, des goûts, des croyances même.
Il s’agit à la fois de dépasser la simple expectative et
de garder le sens de la portée relative de ces jugements.
Pour autant, il ne s’agit
pas non plus d’exiger que les jugements soient toujours et en tout aboutis.
Il peut advenir qu’en toute honnêteté un élève
ne puisse départager deux ou plusieurs points de vue différents
et divergents ; dans ce cas, la confrontation des points de vue peut se
faire aussi sous la forme d’un dialogue (voir « L’écriture
d’invention »). Exiger des élèves qu’ils aient
un jugement arrêté sur tout serait les pousser au sophisme
; la liberté de choix entre les exercices d’écriture leur
permet d’opter pour une forme selon ce qu’ils ont à dire, non selon
une simple considération de technique plus ou moins maîtrisée
de la rhétorique de tel ou tel genre.
Enfin, il ne s’agit pas
d’exiger que le jugement construit dans une dissertation soit original.
Il est recommandé qu’il soit personnel, c’est-à-dire qu’il
ne se borne pas à recopier ou résumer un point de vue trouvé
ici ou là chez un critique. Pour autant, il peut ne pas avoir d’originalité
au sens littéraire de ce terme. Demander que des adolescents ou
de jeunes adultes soient en mesure d’avoir un jugement authentiquement
propre et original sur les oeuvres, les genres, les buts de la littérature,
serait supposer une culture et des méditations qui dépassent
leurs possibilités. À cet égard, il est bon que l’idée
même de lieu commun soit abordée en cours d’année de
façon précise et critique à la fois. Un lieu commun,
c’est un point sur lequel chacun s’accorde à reconnaître qu’il
convient de réfléchir et de débattre le cas échéant.
Mais un jugement peut être personnel et conforme à une opinion
majoritaire, sans être pour autant stéréotypé.
Le commentaire
Commenter un texte par écrit
ou par oral est une des pratiques les plus anciennes des études
littéraires, tant dans les langues anciennes qu’en français.
Au cours de cette longue histoire, les formes du commentaire ont pu varier
sensiblement. Mais les enjeux en sont assez constants.
Les
enjeux
L’enjeu fondamental du commentaire
est bien, là encore, le jugement critique, mais sous un autre versant
que dans la dissertation. De même, il s’agit bien d’un exercice où
le respect est essentiel ; mais cette fois il s’agit de l’attention portée
au texte examiné, et non plus du respect d’un point de vue proposé
par le sujet. L’élève est donc invité à analyser
et comprendre un texte puis à le caractériser, à proposer
un jugement sur ce texte en fonction des caractéristiques essentielles
qu’il en a dégagées, et à justifier ce jugement par
une argumentation fondée sur les analyses précises qu’il
a menées : formation du jugement critique et analyse respectueuse
du texte en sont les deux enjeux essentiels.
Commentaire,
genres, registres et styles
Commenter un texte littéraire
suppose de dégager les qualités littéraires de ce
texte. L’étude des genres, des registres et du style sont les catégories
de pensée essentielles pour prendre en compte ces qualités
au moyen de notions précises. Il convient alors de faire saisir
aux élèves comment les objets d’étude sont réinvestis
dans les exercices de commentaire. À noter que c’est aussi par cette
démarche qu’ils percevront le mieux que les mêmes catégories
(genre, registre, style) s’appliquent aussi à des textes non littéraires
et sont décisives pour les comprendre et les juger, et que la formation
à la littérature donne un usage des manifestations complexes
de ces notions, permettant de mieux lire toute sorte de textes.
Commentaire
et sens
Un des risques du commentaire
est qu’il sombre dans des analyses technicistes et perde de vue la question
du sens dans le texte commenté. Le professeur veillera constamment
à ce que les exercices prennent complètement en compte la
sémantique. L’attention aux faits de vocabulaire et de syntaxe est
à cet égard primordiale. Elle est primordiale de même
pour l’appréciation du texte : un thème peut être banal,
voire constituer une sorte de topique d’un genre (relever de lieux communs
là encore) mais son traitement dans le texte associe des effets
de style et des effets sur le lecteur, des enjeux de registre. La question
de l’originalité de la pensée ne doit pas être posée
de façon péremptoire, mais d’abord soumise au souci de rendre
compte de ce que le texte présente de propriétés qui
le caractérisent et qui font sa singularité, pour apprécier
ensuite son originalité. L’originalité ne peut être
appréciée de façon un peu personnelle que si l’élève
a suffisamment lu pour comparer des textes. Aussi est-il légitime
que le corps du propos soit consacré à rendre compte de façon
précise et argumentée des caractéristiques du texte,
et que l’appréciation de l’originalité ne vienne, le cas
échéant, qu’à la fin. En revanche, la part de réaction
personnelle (intérêt, émotion) qui peut advenir – mais
qui ne peut être imposée, sous peine de pousser là
encore au sophisme – doit pouvoir être exprimée.
Les
formes du commentaire
Le commentaire est un exercice
d’analyse et d’argumentation: il énonce des caractéristiques
du texte et les prouve, par des références précises
et des citations ; il suppose donc qu’avant de commencer à écrire,
l’élève ait fait une lecture analytique approfondie du texte
et que le commentaire prenne appui sur les conclusions auxquelles celle-ci
l’a conduit. Il convient d’insister sur cette démarche, indispensable
pour tout commentaire. Mieux vaut donc admettre que les deux temps de l’analyse
préalable du texte, puis de l’exposé synthétique des
conclusions de cette analyse avec preuves – reprises d’analyses en détail
– à l’appui soient clairement distincts dans l’esprit des lycéens.
Commentaire,
dissertation, invention : étapes et progression
Étapes
Les étapes d’élaboration
des travaux écrits sont en grande partie identiques pour les trois
exercices : recherche des idées, élaboration d’un plan, rédaction
sont nécessaires dans les trois cas (voir « Le
travail de l’écriture », et « L’écriture
d’invention »). L’analyse du texte et de ses caractéristiques
est la phase de recherche du commentaire, correspondant à la recherche
d’idées dans les deux autres exercices. De même, l’élaboration
de la disposition du texte à écrire est une étape
nécessaire.
Il est bon que les élèves
soient amenés à observer ces traits communs, de façon
à mieux percevoir les exigences différentes par ailleurs
: l’écriture d’invention conduit à chercher les meilleurs
mots « pour le dire », le commentaire impose les mots qui sont
ceux du texte ; la dissertation est pour partie lieu d’imposition (respecter
les termes du sujet) et pour partie lieu de recherche par le rédacteur
de ses propres mots (énoncer un point de vue personnel).
Progression
De la seconde à la
première, l’acquisition des compétences de commentaire et
de dissertation doit être progressive. La seconde permet de faire
comprendre les buts et démarches de ces exercices, la première
d’en faire l’objet d’une pratique et d’un entraînement méthodique.
La
dissertation et le commentaire à l’examen
Une formation équilibrée
des élèves exige de veiller à ce que la préparation
aux trois types d’exercices écrits soit bien répartie. Ce
qui suppose que les élèves soient amenés à
voir comment le choix de l’exercice doit se fonder sur ce qu’ils ont à
exprimer sur les sujets proposés, non sur la forme du texte à
rédiger. En particulier, il convient de dissiper des illusions communément
répandues : si les sujets d’examen offrent un corpus de textes sur
lesquels ils prennent appui, la dissertation ne peut borner ses références
aux seuls textes donnés en appui du sujet ; le commentaire ne peut
être mené à bien en se cantonnant à un discours
impressionniste sur le texte à commenter. L’un et l’autre exigent
des connaissances acquises au long de l’année qui nourrissent l’exercice.
En effet, les épreuves portent sur les contenus du programme, non
sur la virtuosité rédactionnelle ou la conformité
à une contrainte formelle. En revanche, les textes proposés
dans les sujets d’examen appellent un travail de compréhension qui
alimente ensuite la réflexion, et les candidats qui négligeraient
d’en faire usage se mettraient eux-mêmes en difficulté.
Démarches
et progressions : Séries technologiques
Diversité
des parcours
L’enseignement technologique
présente des caractéristiques qu’il est nécessaire
d’éclairer afin de comprendre pourquoi les élèves
qu’il forme relèvent, dans les disciplines générales,
des programmes nationaux communs à toutes les sections, et comment
la situation de ces élèves, dans leur diversité, appelle
des mises en oeuvre particulières. De fait, l’identité des
élèves des séries technologiques est complexe : une
part non négligeable d’entre eux a opté pour ce type de parcours
dès la seconde, manifestant ainsi le souhait de s’engager dans des
cursus proposant une professionnalisation plus repérable (ouverture
vers les BTS, IUT, etc.) ; d’autres y ont été amenés
en raison des difficultés qu’ils rencontraient dans les disciplines
générales, notamment en français. D’autres, enfin,
après avoir réussi le BEP, ont souhaité rejoindre
en première les séries d’enseignement technologique.
Le programme de seconde
est commun à l’ensemble des séries. Mais il peut appeler,
pour des élèves qui ont déjà dessiné
leur choix, des aménagements tenant par exemple au choix des oeuvres
ou à la place accrue accordée à la langue.
En première, l’enseignement
du français pour les séries technologiques poursuit les objectifs
communs du «français pour tous », mais il est modulé
en fonction des élèves concernés et des contraintes
horaires propres aux séries technologiques. Le programme est ambitieux
et il repose sur le postulat que toutes les séries abordent les
mêmes perspectives d’étude, avec des degrés d’approfondissement
adaptés. C’est pourquoi les objectifs assignés aux séries
technologiques sont identiques à ceux des séries générales,
mais supposent un souci accru de l’apprentissage progressif : aussi certains
contenus sont- ils donnés comme optionnels de façon à
permettre, dans les limites de l’horaire imparti, une assimilation plus
mesurée de l’ensemble. Lorsque les objets d’étude appellent
un traitement particulier pour les STT-STI, les indications en ont été
données aux chapitres correspondant à chacun d’eux ; on ne
les reprend pas ici, où sont plutôt définis les cadres
d’ensemble.
Rappel des
objectifs
Pour les raisons énoncées
plus haut, un grand nombre d’enseignants des séries technologiques
se trouvent confrontés à un public éminemment hétérogène.
Les compétences des élèves en expression écrite
et orale sont diverses, celles des élèves s’orientant en
séries STT étant globalement plus assurées que celles
des élèves qui optent pour les séries industrielles.
Cependant, en dépit de ces nuances, nombre d’élèves
des séries technologiques manquent de références culturelles,
maîtrisent inégalement l’expression écrite et orale,
le lexique, et ont à l’égard de la discipline un rapport
complexe, nourri de déceptions et d’attentes. Dans ce contexte,
les professeurs ont à adapter les contenus prescrits pour construire
une culture partagée.
Ce rappel est nécessaire
pour éviter deux écueils.
Le premier serait, compte
tenu de l’orientation ultérieure des élèves, de ravaler
l’enseignement du français à sa seule dimension fonctionnelle
(orthographe, grammaire, rédaction de comptes rendus et synthèses,
exercices de communication) ; le second consisterait à oublier les
multiples raisons qui ont conduit ces élèves dans ces séries
et à leur enseigner des contenus et savoir-faire dont ils ne percevraient
ni l’origine ni la finalité.
Plus encore que dans les
autres séries, la construction d’une progression claire et son explicitation
auprès des élèves sont déterminantes, car le
jeu d’équilibre entre les disciplines au détriment de l’enseignement
général installe fréquemment dans ces séries
la prédominance de l’utilitarisme au sein de toutes les matières.
C’est pourquoi, pour anticiper sur les difficultés tenant à
la seule prise en compte par les élèves des activités
reliées explicitement à l’EAF, la clarification de l’articulation
conjointe avec le programme et l’examen est indispensable pour chaque séquence.
Dans ce cadre, il sera particulièrement utile de bien préciser
comment une séquence regroupe éventuellement des contenus
communs à plusieurs objets d’étude.
Mais, au-delà de
cette clarification portant sur l’organisation du travail annuel, la question
du sens est fondamentale : sens des apprentissages, sens des objectifs
assignés à l’enseignement, perceptibles dans les perspectives
définies dans les programmes, sens des textes étudiés,
sens des contenus appris. De fait, les objectifs primordiaux que sont la
maîtrise de la langue, la connaissance de la littérature,
l’appropriation d’une culture et la formation du jugement critique trouvent
des échos différents chez les élèves. Si le
premier peut faire l’objet de contrats didactiques clairs (quoique difficiles
à mettre en oeuvre), car cet objectif correspond à une attente
fréquemment formulée par les élèves et à
leur représentation de la discipline, les trois suivants supposent
une longue explicitation à l’intention de ces adolescents pour lesquels
ils ne vont pas de soi (si on tient compte du recrutement global de ces
sections). En effet, aucun élève de ces sections, sauf exception,
ne se destine à des études littéraires. Aussi, percevoir
l’importance de la culture littéraire dans la formation du jugement
critique exige de relativiser le souci de l’utilité la plus immédiate.
La contextualisation, notion importante dans les nouveaux programmes, nourrit
donc la perception du discours tenu sur le monde et sur soi, les approches
formelles ne prenant sens que dans ce cadre.
Histoire littéraire
et culturelle : quelle approche ?
L’approche des mouvements
littéraires et culturels français et européens du
XVIe au XVIIIe siècle, et l’analyse méthodique de l’un d’entre
eux, sont essentiels pour assurer des références culturelles
souvent instables. Si cette analyse méthodique est optionnelle dans
le programme, cela implique que les exercices d’examen ne sauraient porter
sur ce domaine; mais la construction de repères culturels, commune
à toute les sections, est nécessaire ici aussi. Afin de favoriser
la construction de ces repères, il est possible et particulièrement
fructueux de travailler en interdiscipinarité chaque fois que cela
est envisageable, en conformité avec les programmes des disciplines
concernées, afin d’élargir la perspective à l’histoire
générale et à l’histoire des sciences et des techniques,
et de faire percevoir ainsi que le littéraire et la culture participent
de l’évolution d’une société donnée, l’annoncent,
la prolongent. On peut citer à titre d’exemple, liées à
l’étude de l’illusion théâtrale, les relations apparues
avec l’humanisme entre retour aux sources antiques, curiosité intellectuelle
et exploration des infinies possibilités de l’optique dont témoigne
le tableau d’Holbein Les Ambassadeurs et sa représentation
de l’anamorphose. De même, et dans la continuité du travail
initié en seconde à propos de la singularité des textes,
l’analyse d’un mouvement littéraire tel que le symbolisme, qui peut
paraître d’un abord complexe, prendra sens dans une approche privilégiant
l’intertextualité : un groupement de textes et d’images portant
par exemple sur les réécritures d’un mythe tel que celui
de Salomé favorise la compréhension de la notion de mouvement
par les relations entre écrivains et peintres, réassure des
références culturelles (bibliques notamment) et éclaire,
à travers l’observation des effets de citations et d’écarts,
les choix effectués par les écrivains et les peintres. Dans
une telle démarche, la lecture analytique prend tout son sens, car
elle suppose une réelle mise en relation et interprétation
de signes, et elle permet de répondre aux interrogations des élèves
sur la conscience des choix opérés par les artistes et la
légitimité de leur analyse.
Comme l’étude des
mouvements littéraires et culturels requiert la consultation de
documents qui prolongent l’analyse menée à travers l’oeuvre
intégrale ou le groupement de textes étudiés, les
temps de consultation de sources documentaires variées, apportées
en classe par l’enseignant ou consultées au CDI, prennent en séries
technologiques une importance plus sensible encore. Des lectures d’articles
d’encyclopédies, de revues spécialisées, d’ouvrages
de vulgarisation, qui rassurent les élèves sur leur capacité
d’accéder aux savoirs, sont à encourager. L’initiation à
la recherche documentaire, à la sélection et à la
vérification des sources, puis au traitement des documents est primordiale,
d’autant que l’introduction des TICE (l’usage d’Internet en particulier)
rend encore plus prégnant ce besoin : les élèves des
séries technologiques sont amenés dans leurs spécialités
à utiliser fréquemment ces moyens sans nécessairement
adopter de réflexion critique à leur égard. Les lectures
littéraires cursives sont facilitées par l’habitude de ces
rapports aux textes : s’il est souvent délicat de les exiger en
début d’année, elles constituent bien un but concret à
atteindre dans la seconde partie de l’année : là, plus encore
qu’ailleurs, les comparaisons argumentées ont un rôle-clé.
Formation du
jugement critique
Plus que d’autres peut-être,
les élèves des séries technologiques sont dépendants
de représentations stéréotypées. Leurs préjugés
relatifs à la conception de l’art font souvent obstacle à
la réception des démarches artistiques rencontrées
au fil des lectures ou des analyses d’oeuvres iconographiques. Il est donc
nécessaire de travailler ces représentations.
Un des objets d’étude
approprié pour mener cette tâche est l’étude des spécificités
du langage poétique. En effet, la poésie est le plus souvent
associée par les élèves à un « beau langage
» étranger à leur culture, aux formes fixes, aux sujets
nobles. Les démarches de lecture proposées devront donc s’efforcer
de les modifier à partir de l’émergence de ces représentations,
afin que chacun perçoive la nature du travail littéraire
opéré et réfléchisse à l’acte créateur.
L’analyse des liens entre forme et signification dans le texte poétique
(ce que permet la perspective dominante, centrée sur l’étude
des genres et des registres), prenant appui sur les exercices d’écriture
d’invention pratiqués en seconde et, au besoin, leur reprise brève
en première, renforce la perception des variations, des emprunts
(analyse qui est au coeur de la perspective « Intertextualité,
production et singularité des textes » qui a été
abordée en seconde), et leur donne sens. Des oeuvres telles que
les Poèmes élastiques (Cendrars) ou des textes de
Ponge, abordés en lecture puis associés à des propositions
d’écriture, peuvent ainsi nourrir la réflexion sur les liens
entre quotidien et langage, expériences sensorielles et transfiguration.
Les poèmes de Cendrars permettent de comparer l’article de presse
dont s’inspire le poète et sa mise en texte, tandis que les variantes
rédigées par Ponge sur l’oeillet (La Rage de l’expression)
peuvent donner matière à l’analyse des effets inhérents
aux registres adoptés. Dans ces deux cas, parmi bien d’autres, le
caractère presque banal du « sujet » conduit à
redéfinir l’espace de la création, et ces problématiques
favorisent l’ouverture aux questionnements propres à la production
artistique contemporaine.
Pour servir le même
objectif, toute démarche favorisant la mise à distance des
a priori est bienvenue. Les textes littéraires offrent quantité
d’exemples de jeux sur les clichés, les stéréotypes.
Bien sûr, il sera nécessaire de construire préalablement
un répertoire d’expressions toutes faites, par exemple pour repérer
ensuite dans un extrait de La Cantatrice chauve comment opère
le détournement. Cette approche peut trouver place dans une séquence
consacrée à l’étude des spécificités
du langage théâtral, rapprochant parmi d’autres des extraits
de Ionesco, Beckett, Sarraute et Vinaver. Là encore, le travail
sera d’autant plus fructueux qu’il conduira à des activités
d’écriture. Parmi celles-ci, on peut citer, sur le modèle
du Dictionnaire des idées reçues de Flaubert, la proposition
d’ajouter quelques articles correspondant à des groupes sociaux
contemporains clairement identifiés, notamment ceux dépeints
par Sarraute.
Genres et registres
Ces notions ne peuvent réellement
faire sens pour les élèves qu’articulées étroitement
avec les pratiques sociales de référence. Sans revenir sur
les propos tenus dans les chapitres consacrés à ces objets
d’étude, il paraît utile d’envisager comment mobiliser les
élèves sur des notions qui peuvent de fait leur sembler trop
formalistes.
À titre d’illustration,
on prendra le cas du biographique : c’est bien à travers la notion
de genre et de registre que peuvent être appréhendées
les différences entre des genres sociaux tels que le récit
de vie ou la rubrique nécrologique et les formes littéraires
du même domaine. L’étude du biographique permet d’approcher
les diverses déclinaisons de ce genre, et notamment les récits
de vie. Elle peut alors être l’occasion de projets d’écriture
ou de recherche associant enseignants des disciplines technologiques et
générales (français, histoire, langues mais aussi
mathématiques…), et être prolongée par une réflexion
sur le sens des choix d’existence, d’orientation. Les élèves
vivent le début d’une spécialisation professionnelle et sont
confrontés aux conflits entre leurs représentations et les
exigences des cursus suivis, telles que les conceptualisations propres
à chaque discipline technologique. Les oeuvres biographiques peuvent
faciliter un retour sur l’identité, le parcours familial et scolaire,
et éclairer, à travers des textes de Vallès ou de
Chraïbi par exemple, les interrogations des lycéens sur les
tensions entre leur culture et celle de l’école.
Éléments
de mise en oeuvre
On indique ici les orientations
d’ensemble correspondant aux caractères propres de ces séries.
La partie «Exemples
de réalisations » du présent document donne aussi,
à titre d’exemple, la présentation d’un projet annuel en
classe de première STI.
Structuration
du temps
L’année ne saurait
s’organiser autour de quatre grands ensembles traités successivement.
Quelques exemples possibles de progression figurent plus loin (voir la
section « Exemples de réalisations
»). Mais le programme peut paraître lourd à première
lecture. Il faut ici rappeler que le public des séries technologiques
s’accommode mal de séquences étirées, consacrant un
trop grand nombre d’heures à la même oeuvre intégrale.
Il s’agit donc, à partir des perspectives et des objets d’étude,
de prévoir une progression qui ne vise pas l’exhaustivité,
mais accorde du temps à l’apprentissage et privilégie le
réinvestissement, en divisant au besoin un ensemble en deux séquences
moins longues, assorties de temps complémentaires de mises au point
sur des aspects de langue ou de méthode qui présentent des
difficultés particulières.
De la même manière,
le programme de lectures demande des aménagements. Plutôt
que de renoncer systématiquement au choix d’oeuvres réputées
difficiles ou jugées trop longues par les élèves,
mieux vaut sans doute imaginer des parcours centrés sur un ou des
personnages, ou des lectures guidées (par exemple grâce à
la tenue d’un cahier de bord). La lecture cursive préalable des
oeuvres abordées ensuite en lecture intégrale est envisageable
mais demande nécessairement des phases intermédiaires d’explicitation
et de partage.
Enseignement
de la langue
L’étude de la langue,
en seconde, puis en première technologique, plus encore que dans
les autres séries, est une des priorités. Toutes les séquences
mises en place peuvent et doivent donner lieu à des études
de langue (voir la section « Étude
raisonnée de la langue»). Elles sont souvent aisées
à concevoir : par exemple, écriture du biographique et traitement
de la temporalité, entre le présent du scripteur et le passé
dont il rend compte, argumentation et fonction des modalisateurs, poésie
et enrichissement du vocabulaire de la vie affective. Mais certains objets
d’étude supposent la poursuite d’un apprentissage plus systématique,
en particulier l’argumentation.
Cette dernière est
abordée à travers les genres de l’essai, du dialogue et de
l’apologue, genres qui donnent place aux voix subjectives, au moi dans
l’essai, et qui confrontent ou rapprochent dans un discours polyphonique
plusieurs voix pour le deuxième, et supposent, notamment pour le
troisième, l’articulation de séquences textuelles complexes
autour d’une visée. Là réside un enjeu important dans
la mesure où les compétences discursives à l’oeuvre
ne vont pas de soi et requièrent des savoir-faire linguistiques
à consolider : identification et interprétation de marqueurs
linguistiques, repérage des valeurs en jeu, maniement des procédures
de la citation et de la référence, distinction entre séquence
textuelle et visée, autant d’éléments approchés
dans toutes les classes de seconde qui demandent pour les élèves
de première technologique une plus lente appropriation. Or, cet
apprentissage est fondamental pour que chacun soit à même
de percevoir la polyphonie des discours sociaux (que dire de l’ironie et
de ses procédés particuliers de citation, si rarement compris
!). Un tel objectif requiert alors des temps spécifiques consacrés
à l’approfondissement de points de langue, abordés conjointement
en lecture et en écriture. Ainsi, la distinction entre les différents
modes de parole rapportée n’étant pas toujours acquise, il
est souhaitable de préciser brièvement la notion à
propos de l’usage qu’en fait par exemple La Fontaine, avant de procéder
à des exercices de transposition permettant d’évaluer l’effet
sur le destinataire de ces choix discursifs. Une telle séance s’inscrit
bien sûr dans la séquence consacrée à l’argumentation
directe et indirecte.
On ne saurait trop insister
sur le manque de mots «pour le dire », et sur l’importance
de l’enrichissement lexical. À l’occasion par exemple d’une étude
de 1984, lu en lecture cursive et faisant l’objet d’une analyse comparée
avec Brazil (film de Terry Gilliam), la dénonciation du totalitarisme
par l’apologue permettra l’étude du lexique de la vie politique
(noms des différents régimes, lexique de la liberté
ou de sa privation, etc.), savoir au demeurant sollicité en EJCS.
Plus généralement, on veillera à poursuivre le travail
initié en seconde sur le maniement des dictionnaires, par exemple
à l’occasion de l’étude d’un registre tel que le pathétique,
pour le différencier du tragique grâce à l’observation
des adjectifs privilégiés.
Expression
écrite et orale
Des écrits diversifiés,
liés aux différentes séquences, seront proposés
sous forme d’exercices souvent brefs, avec la nécessité de
clarifier pour chaque proposition les références culturelles
requises, et de proposer des aides à la rédaction graduées,
depuis des stocks d’arguments, des modèles rédactionnels
(aide à la dispositio…) jusqu’à des cadres syntaxiques
ou des ensembles lexicaux. Les écrits seront donc proposés
sans exclusive, les élèves de l’enseignement technologique
ayant comme tous le besoin d’une formation à la pensée critique,
à l’invention, à la synthèse, au commentaire, mais
ils seront accompagnés plus systématiquement d’activités
spécifiques d’enseignement de la langue. Il est nécessaire
de concevoir dans ces sections un apprentissage systématique de
l’écriture, qui distingue soigneusement le temps de l’invention,
puis celui de la mise en texte, pour ménager enfin des temps de
retour sur la production écrite et la modifier, à partir
des indications de l’enseignant mais aussi dans l’interaction avec les
propositions des autres élèves ou dans la simple maturation.
Les exercices de dissertation
et d’écriture d’invention sont semblables à ceux des autres
séries ; dans les exercices de commentaire, les élèves
sont aidés par des questions ou des suggestions d’orientation de
leur observation du texte. Néanmoins, il est salutaire en cours
d’année de les mettre aussi, à titre de formation, en situation
de rédiger un commentaire moins guidé.
L’oral présente de
sérieuses difficultés en séries STT-STI et suppose
un véritable apprentissage. Nombre d’élèves peinent
à identifier socialement les locuteurs, à repérer
à travers les discours tenus les modalités de l’engagement,
les modes de prise en charge, et échouent dans la construction d’un
discours adéquat, dans la participation à un dialogue argumentatif
efficace. La pratique de l’oral, dans des classes qui regroupent des élèves
ayant souvent du langage une vision fragmentée, est un enjeu déterminant.
Il ne faut pas oublier enfin qu’un nombre non négligeable de ces
élèves s’orientera en BTS et devra soutenir à l’oral
un projet professionnel déterminant pour l’obtention de l’examen.
Dans tous les cas, les élèves se destinent à des classes
dans lesquelles ils vont devoir conduire des projets et auront à
les présenter devant un jury : aussi les activités orales
menées en cours à propos des études littéraires
(choix d’extraits destinés à prolonger un groupement et justification,
formulation de questions destinées à un groupe ayant eu en
charge une autre partie de recherche documentaire, etc.) sont-elles autant
d’occasions de développer des compétences transversales.
L’enjeu primordial demeure
dans ces classes la perception des relations unissant l’écrit et
l’oral, car la confusion entre ces codes est source de nombreux dysfonctionnements
: les marques d’oralité sont légion à l’écrit,
et à l’inverse, certains élèves ont une représentation
de l’oral en milieu scolaire marquée par la norme, et peinent à
adopter une forme de communication adéquate. Il est donc essentiel
de mettre en place des interactions nombreuses entre ces codes pour faire
percevoir leurs distinctions, telles que les spécificités
de leur syntaxe.
Démarches
et progressions : Série littéraire
Éléments
d’analyse ; les objectifs de la série L
L’une des préoccupations
majeures des nouveaux programmes est de redonner à la série
littéraire une spécificité forte, sans laquelle son
existence même est menacée.
Par rapport à la
situation antérieure, les nouveaux programmes marquent une rupture
:
-
par leur contenu : le programme
de première L comprend des objets d’étude spécifiques
et mettent l’accent sur certaines perspectives d’étude ;
-
par la progression effective
qu’ils instaurent entre une première et une terminale où
l’enseignement de littérature (nouvelle appellation pour la série
L) passe de deux à quatre heures, mettant en place un cursus complet,
réservé à cette seule série.
Dotée de nouveaux horaires,
la série L doit se doter de nouvelles ambitions et ouvrir au bachelier
une diversité de choix que parfois il ignore. Bien sûr, le
débouché premier est celui des études supérieures
dans le domaines des lettres, des langues, des arts et des sciences humaines.
Mais il est bon de noter que nombre de ces élèves ne feront
pas d’études littéraires au sens strict, et donc de garder
à cette série une ouverture sur les données culturelles
que la littérature apporte.
À noter aussi que
nombre d’élèves de série L intéressés
en priorité par les langues vivantes ou les arts concentrent leurs
efforts dans ces seules disciplines, sans songer que, dépourvus
de compétences plus larges, ils ne pourront poursuivre leurs études
dans le domaine qu’ils ont choisi. Il importe donc de rappeler ces exigences
et d’y préparer.
Il serait irréaliste
et dangereux d’exiger d’un élève de première L qu’il
ait déjà les capacités d’un élève de
classe préparatoire ou d’un étudiant de l’université.
Mais il est capital de lui donner une formation qui fera de lui un lecteur
averti et curieux, capable d’un usage lucide de la langue et des langages,
disposant des repères et des savoirs indispensables à la
formation d’une culture. C’est à ces conditions que la série
L lui donnera la possibilité effective de poursuivre les études
supérieures de son choix.
À ces fins, le programme
de première L spécifie des objectifs :
-
de connaissances supplémentaires
par deux objets d’étude propres : « L’épistolaire
» et « Les
réécritures »;
-
de connaissances et de mises
en pratique plus approfondies en histoire littéraire dans l’étude
de faits d’intertextualité
;
-
de lectures plus nombreuses,
ouvrant à des comparaisons plus larges, pour donner à ces
élèves le goût d’être des liseurs curieux et
impénitents.
Les objets d’étude
Les
objets communs
Le programme de première
L comprend les cinq objets d’étude communs à toutes les séries.
Les spécificités de la série L dans leur traitement
sont indiquées aux chapitres correspondants. On ne reprend ici qu’une
synthèse.
L’histoire
littéraire
L’histoire littéraire
intervient dans un objet d’étude commun à toutes les séries
: « Étude d’un mouvement littéraire et culturel français
et européen du XVIe au XVIIIe siècle ». Elle doit également
apparaître en tant que perspective dans les différents objets
d’étude. Elle est une des dimensions importantes d’un des objets
d’étude spécifique, « Les réécritures
». Mais elle est surtout, en série L, l’objet d’approfondissements
spécifiques. Elle doit conduire en fin d’année à un
panorama des principaux courants littéraires et culturels français
et européens. Elle doit aussi donner des démarches plus affinées
dans le détail.
Moins encore que dans une
autre série, ces savoirs ne doivent être mécaniques
et plaqués ; ils doivent résulter d’une réflexion
à partir de problématiques pertinentes. Aussi la lecture,
dans ses modes variés, est- elle un enjeu encore plus fort ici.
En série L, la lecture d’oeuvres complètes doit être
privilégiée mais la spécificité de la série
n’est pas à rechercher dans une étude exhaustive d’oeuvres
travaillées isolément. La variété des textes
et leur nombre doivent plutôt viser à donner à un élève
de série L une vision élargie d’une histoire littéraire
dont il devra avoir abordé, voire approfondi, les grandes scansions.
C’est donc le nombre de lectures qui est ici décisif : il peut être
augmenté d’un quart par rapport aux autres séries, notamment
en lectures cursives. Quant au choix des textes, il privilégiera
les oeuvres majeures qui apparaissent comme références dans
un genre ou dans un mouvement donné. On pourra orienter les élèves
vers des lectures- découvertes personnelles plus variées,
mais il ne faut pas oublier qu’une culture se construit à partir
de références communes et qu’il faut permettre à tous
les élèves de les acquérir.
Enfin, l’histoire littéraire
doit s’ouvrir non seulement à un dialogue avec d’autres littératures
– notamment européennes – mais aussi au dialogue large avec d’autres
champs de la réflexion intellectuelle ou d’autres formes d’expression
artistique.
Ainsi, il est recommandé
d’étudier en première L :
-
l’humanisme et le baroque en
tant que mouvements littéraires et culturels dans leur dimension
européenne, en intégrant leurs manifestations dans les arts
plastiques comme dans la réflexion philosophique ;
-
les Lumières, en insistant
particulièrement sur les enjeux éthiques et sur les innovations
littéraires qu’elles ont vus poindre ou s’affirmer – l’autobiographie
et l’épistolaire en particulier ;
-
le symbolisme et le surréalisme,
en insistant sur les comparaisons avec les mouvements littéraires
antérieurs.
L’étude
de la langue
En première L, plus
encore que dans les autres séries, elle est à envisager dans
sa dimension historique pour approfondir l’étude des genres et des
registres, ainsi que dans le souci d’amener ces élèves à
réfléchir sur le style et l’originalité des textes,
saisis par la comparaison entre les textes d’un même auteur ou des
textes d’auteurs différents.
Objets
d’étude spécifiques
Les
réécritures
Parmi les deux objets spécifiques
à la série L, elles permettent d’approfondir ces deux perspectives
fondamentales.
Les réécritures,
en abordant les textes dans leur relation d’intertextualité (adaptation
d’un texte de référence à un nouveau public, à
de nouvelles situations, à de nouvelles intentions, ou adaptation
d’un langage à un autre) permettent de mesurer les écarts
entre les conditions de réception et de production, entre les contextes
littéraires et culturels, et d’en apprécier les enjeux. L’intertextualité
éclaire la dimension historique des textes et elle en révèle
aussi la singularité.
Les réécritures
envisagent le texte dans sa genèse et dans son élaboration
progressive. La comparaison entre les variantes que propose un manuscrit
met en évidence les choix par lesquels s’élabore un style,
amène à s’interroger sur leur justification. C’est ainsi
que se construit un style et l’élève le comprendra d’autant
mieux qu’il entrera par l’écriture d’invention dans un processus
de création. On privilégiera en première L les écritures
de parodie et pastiche, les adaptations d’un genre, d’un registre, voire
d’un langage à un autre (ainsi l’ekphrasis ou la réécriture
à partir d’un film).
L’épistolaire
Second objet d’étude
spécifique, il permet de prendre en compte la composante individuelle
du discours et l’aptitude de l’individu à se situer par rapport
à autrui, tant en matière de réception que d’expression.
Il suppose que l’on sache à travers un discours construire une image
de soi propre à entraîner l’adhésion et toucher un
récepteur (la notion d’ethos trouve ici toute sa place).
L’épistolaire est lié à l’argumentation envisagée
ici non pas seulement dans la volonté de convaincre mais aussi de
persuader, notamment par l’utilisation de divers registres. Enfin, l’épistolaire
par son ambiguïté – entre usage social et création littéraire
– prolonge la réflexion sur la production et la singularité
des textes.
N. B. – Le programme de
la classe terminale fait l’objet d’une publication distincte. Rappelons
seulement ici qu’il s’inscrit dans la continuité de celui de la
classe de première dont il complète les acquis. Il élargit
la culture des élèves en proposant des domaines qui n’ont
pas toujours été abordés, ou de façon superficielle,
dans les classes antérieures : grands modèles antiques, grands
modèles français du Moyen Âge à l’âge
classique, grands modèles européens, et il accorde une attention
particulière aux grands mythes. Il approfondit la réflexion
sur les liens de la littérature avec d’autres langages, notamment
celui de l’image fixe et animée. Il favorise le dialogue avec la
philosophie en enrichissant l’aptitude à argumenter par le choix
des oeuvres participant à un débat d’idées majeur
dans l’histoire littéraire et culturelle.
La
progression dans l’année
Elle s’inspire des mêmes
principes et appelle les mêmes exercices que dans les autres séries.
Cependant, l’horaire spécifique de la série L amène
à des modalités propres. Il offre un nombre d’heures plus
élevé. Il incite à organiser l’année en un
plus grand nombre d’ensembles de travaux ou séquences. Il est à
souhaiter aussi que des temps de bilan et de synthèse soient ménagés
pour les questions touchant à l’histoire littéraire, pour
les notions de style et d’originalité. Il invite aussi à
amener les élèves à un plus grand nombre de lectures
cursives complémentaires.
On trouvera dans la section
suivante un exemple
possible de progression annuelle.
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