ACADÉMIE DE NANCY-METZ    INSPECTION PÉDAGOGIQUE RÉGIONALE DES LETTRES

Français en classes de seconde et première
(séries générales et technologiques)
Le document du C.N.D.P. :
Accompagnement des programmes officiels - page 5

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INDEX GÉNÉRAL du DOCUMENT D'ACCOMPAGNEMENT

V. Exemples de réalisations

Exemples de réalisations  - Sommaire
Introduction
  • Question 1

  • Un objet d’étude est-il étudié au cours d’une seule séquence ou dans plusieurs séquences ?
  • Exemple 1 : Progression annuelle, classe de seconde
  • Exemple 2 : Progression annuelle, classe de première L 
  • Exemple 3 : Progression annuelle, classe de première STI 
  • Question 2

  • Quelles différences y a-t-il entre une séquence et 
    l’étude d’une oeuvre intégrale telle qu’elle a été pratiquée jusqu’ici ?
  • Exemple 4 : Le Misanthrope en classe de seconde 
  • Question 3

  • Quelle est la durée d’une séquence ? La programmation d’une séquence est-elle compatible avec l’imprévu que réserve toujours une année scolaire ?
  • Exemple 5 : Le langage théâtral en classe de première : Bérénice 
  • Question 4

  • Comment bien lier l’étude de la langue, les exercices d’écriture et les lectures ? 
  • Exemple 6 : Le Père Goriot en classe de seconde
    • Question 5

    • Comment associer lecture analytique, lecture cursive et lecture de l’image dans une même séquence ? 
  • Exemple 7 : Le biographique en classe de première L 
  • Exemple 8 : Lire, écrire, publier en classe de seconde
    • Question 6

    • Comment articuler TPE et objets d’étude en classe de première ?
    • Exemple 9 : Mémoire/ Mémoires en classe de première L
    • Question 7

    • Comment les séquences organisent-elles une progression pour les élèves ? 
    • Question 8

    • Aide individualisée : quelles sont les activités spécifiques au cours de français ? 
    Introduction 

    Il s’agit ici d’exemples et non de modèles. Et il serait modélisant à l’excès d’en donner pour chaque objet d’étude. Aussi le choix a-t-il été de répondre à des questions qui ont été posées, soit par des professeurs expérimentateurs en seconde en 1999-2000, soit par les participants des réunions interacadémiques qui se sont déroulées en 1999-2000 et 2000-2001, et qui nous ont paru les plus sensibles dans les pratiques. 
    Ces questions pratiques structurent cette section dans l’ordre suivant : 

    1. Un objet d’étude est- il étudié au cours d’une seule séquence ou dans plusieurs séquences ? 
    2. Quelle différence y a- t- il entre une séquence et l’étude d’une oeuvre intégrale telle qu’elle a été pratiquée jusque ici ? 
    3. Quelle est la durée d’une séquence ? La programmation d’une séquence est- elle compatible avec l’imprévu que réserve toujours une année scolaire ? 
    4. Comment bien lier l’étude de la langue, les exercices d’écriture et les lectures ? 
    5. Comment associer lecture analytique, lecture cursive et lecture de l’image dans une même séquence? 
    6. Comment articuler en première le traitement des objets d’étude et les TPE ? 
    7. Comment les séquences organisent- elles une progression pour les élèves ? 
    8. Dans l’aide individualisée : quelles sont les activités spécifiques au cours de français ? 
    Le souci pédagogique est que soit associée de façon cohérente l’étude de la littérature, de la culture et de la langue. À cette fin, il est recommandé d’organiser le travail de l’année en ensembles qui intègrent ces trois aspects et qui incluent des lectures et des exercices d’expression, ensembles appelés séquences. Une séquence est constituée d’un groupe de séances. Les programmes recommandent une durée d’une quinzaine d’heures. Dans les exemples ci-dessous, les indications concernant le nombre de séances sont données à titre indicatif, pour trois raisons : d’une part, la durée de l’heure de cours peut varier d’un établissement à l’autre ; d’autre part, l’implication et les compétences des élèves dans telle ou telle activité peuvent en accélérer ou au contraire en ralentir le rythme de réalisation ; enfin, chaque professeur module dans la réalité de sa classe la durée d’un exercice en fonction de l’ensemble de son projet pédagogique. 
    L’important est que les élèves perçoivent mieux les enjeux de chaque étape de l’année. Et ils les perçoivent mieux, en termes d’acquisition de connaissances et de savoir-faire, si ces étapes sont délimitées : ils savent alors combien de temps doit durer l’effort qu’on leur demande ; ils comprennent comment la nouvelle séquence s’ancre sur la précédente, qu’ils mémorisent d’autant plus facilement qu’elle était elle-même organisée autour d’objectifs clairement définis et inscrits dans un temps de réalisation précis. 
      N. B. 
    • Dans les exemples proposés ici, les séances de modules et d’aide individualisée n’ont pas toujours été mentionnées, bien qu’elles s’inscrivent de plein droit dans la programmation d’une séquence. Les modules, et plus encore l’aide individualisée, répondent en effet à des besoins que chaque professeur identifie chez ses propres élèves, et il n’est guère possible dans un document à portée générale de préciser les objectifs et les contenus de ce type de séances. Cependant, nous indiquons ci- dessous des exemples d’activités qu’un professeur peut mettre en oeuvre auprès d’élèves en difficulté. 
    • Les exemples proposés ci-dessous proviennent de travaux menés par des professeurs et des membres du groupe d’experts enseignant en lycée. Ils ont été choisis, entre autres, de façon à rendre compte de situations diverses, selon les séries et selon les établissements : lycées de Paris, de province, de banlieue, de centre ville ; la diversité de leurs provenances apparaît aussi dans le détail des différences de rédaction. Ces exemples sont présentés sous forme de canevas que chaque lecteur saura interpréter. 


    Question 1: 
    Un objet d’étude est- il étudié au cours d’une seule séquence ou dans plusieurs séquences ?

    Une séquence peut associer plusieurs objets d’étude ou, au contraire, ne porter que sur l’un d’eux. La liberté du professeur dans l’organisation de son projet pédagogique annuel est entière dans le cadre défini par le programme dont les objectifs, les perspectives et les objets d’étude sont obligatoires ; le but ici étant d’éclairer cette question, les exercices et les horaires ne sont pas détaillés.

    Exemple 1 : Progression annuelle, classe de seconde

    Voici l’exemple d’un projet pédagogique annuel pour une classe de seconde, recueilli dans l’académie de Montpellier. Le professeur choisit d’associer des objets d’études dans la majorité des séquences.

    1. Lecteurs – lectures 

    Objets d’étude
    Écrire, publier, lire ; le travail de l’écriture.

    Groupement de textes (extraits)
    H. de Balzac, Le Père Goriot ; J. L. Borges, Fictions ; I. Calvino, Si par une nuit d’hiver un voyageur ;
    Cervantès, Don Quichotte ; L. Mallet, extrait de Brouillard au pont de Tolbiac ; Th. Gautier, Mademoiselle de Maupin.

    Objectifs
    Sur le plan pédagogique, repérer les compétences des élèves en lecture et en écriture. Pour les connaissances, apprendre à repérer la présence du lecteur dans un texte romanesque et en définir le rôle.

    2. Racine, Phèdre

    Objets d’étude
    Le théâtre ; approche de l’histoire littéraire : le clacissisme.

    Objectifs
    Apprendre à contextualiser; lire une oeuvre intégrale ; argumenter.

    3. Autour de figures mythiques ; le récit 

    Objets d’étude
    Le récit: le roman ou la nouvelle; le travail de l’écriture.

    Groupement de textes
    Article du dictionnaire Robert. Extrait de L’Univers, les Dieux, les Hommes, de J.- P. Vernant. Reproduction d’un tableau de Brueghel. J. Giono, Jean Le Bleu. J. L. Borges, La Demeure d’Astérion.

    Lecture cursive
    Œdipe Roi ou La Machine infernale.

    Objectifs
    Inscrire un texte dans son contexte ; mener efficacement une lecture cursive ; lecture de l’image : analyse d’une reproduction d’un tableau ; introduction de l’écriture d’invention.

    4. La figure du poète romantique 

    Objet d’étude
    Un mouvement littéraire et culturel du XIXe siècle.

    Groupement de textes
    Hugo, « Apothéose », Les Châtiments. Lamartine, «L’enthousiasme », Méditations poétiques. Musset, « La nuit de mai », Les Nuits. Nerval, « El Desdichado », Les Chimères. Vigny, « Moïse », Poèmes antiques et modernes.

    Objectifs
    Approcher la notion de mouvement littéraire et culturel (le romantisme) ; contextualiser ; lire et étudier de la poésie.

    5. Balzac, Le Père Goriot

    (Pour le détail de cette séquence, voir la question 5.)

    6. La rencontre avec l’autre 

    Objets d’étude
    Le travail de l’écriture ; démontrer, convaincre, persuader ; écrire, lire, publier.

    Groupement de textes
    Lettre de F. Truffaut à Ch. Aznavour. T. Nasreen, L’Alternative. Une publicité détournée : United colors of… Diderot, Supplément au voyage de Bougainville. Montaigne, «Des Cannibales», Essais.

    Lectures cursives
    La Controverse de Valladolid (texte ou téléfilm de J.- C. Carrière). Moi et les autres, A. Jacquard (coll. «Points Virgule », Seuil).

    Objectifs
    Lire des textes argumentatifs / écrire une argumentation : préparation à la dissertation.

    7. Zola, La Bête humaine

    Objets d’étude
    Mouvements littéraires et culturels, suites ; le récit : le roman ou la nouvelle ; le travail de l’écriture ; écrire, lire, publier.

    Objectifs
    Compléter la notion de mouvement littéraire et culturel (le naturalisme, comparé avec le romantisme déjà vu) ; réinvestir l’approche des thèmes mythiques (vus en séquence 3) dans cette lecture de Zola ; développer l’apport de la lecture cursive (lecture cursive complémentaire : La Bête du Vaccares).

    8. L’éloge et le blâme

    Objets d’étude
    L’éloge et le blâme ; démontrer, convaincre, persuader ; histoire littéraire.

    Groupement de textes
    Deux blasons du XVIe siècle. Molière, Dom Juan, I, 2. Bossuet, « Oraison funèbre d’Henriette d’Angleterre », Oraisons. La Bruyère, « Cliton », Caractères. Proust, Du côté de chez Swann (portrait de madame Verdurin). Daumier, Ingres. Photo de presse, Vietnam 72.

    Objectifs
    Retour sur des éléments de poésie ; approche de la littérature de la Renaissance ; réinvestissement des démarches de lecture selon les genres (roman, théâtre, poésie, image) ; rédaction d’un commentaire composé ; rédaction d’un portrait (écriture d’invention).

    Synthèse
    Ce projet annuel fait alterner trois études d’oeuvres intégrales (deux romans du XIXe siècle, une tragédie du XVIIe siècle) et cinq études de groupements de textes. Dans ce projet, l’objet d’étude « Mouvement littéraire et culturel » est présent dans les séquences 4, 5, et 7 ; les objets d’étude « Écrire, lire, publier » et « Le travail de l’écriture » sont présents dans les séquences 1, 6 et 7 ; l’objet d’étude « Démontrer, convaincre et persuader » est présent dans les séquences 2 et 6. Par contre, les objets d’étude « Le théâtre » et « L’éloge et le blâme » n’apparaissent spécifiquement que dans la séquence qui leur est consacrée (2 et 8).

    On retrouve le même type d’association libre des objets d’étude entre eux dans les deux exemples suivants.
     


    Exemple 2 : Progression annuelle, classe de première L

    L’exemple ci-dessous ne donne lui aussi qu’un canevas et des indications abrégées des exercices mis en oeuvre. De même, les exercices usuels de lecture analytique ne sont pas détaillés, tandis que ceux de lecture cursive et d’écriture d’invention le sont davantage en raison de leur relative nouveauté. Mais, s’agissant de la première L, classe à horaire et programme particuliers, nous indiquons les volumes horaires. Cependant, ne sont pas précisés ici le temps accordé au suivi des exercices sur l’année, non plus que les interruptions pour examens blancs et corrigés (le nombre total des séances est donc inférieur au total de l’année). L’établissement dans lequel cette progression a été expérimentée est un lycée polyvalent de la banlieue parisienne.

    Travaux poursuivis sur l’ensemble de l’année, en liaison avec divers ensembles d’exercices

    Atelier du spectateur (partenariat avec le théâtre de la Bastille)
    Objectifs : traitement in situ de l’objet d’étude « Le théâtre, texte et représentation » ; développer l’expression orale et l’argumentation : l’atelier du spectateur exige la rencontre avec des personnes extérieures à la classe (acteurs, metteurs en scène, etc.), avec lesquelles les élèves sont amenés à réaliser des échanges oraux et écrits diversifiés.

    Pages « Rebonds» de Libération
    Objectifs : analyser dans l’actualité les principes du dialogue argumentatif qu’on sera amené à étudier sur des questions historiquement datées ; développer chez les élèves la pratique régulière de la lecture de la presse.

    Les familles de mots
    (À partir des Mots français de G. Gougenheim ; les tableaux du Dictionnaire historique Robert.)
    Objectifs : développer le vocabulaire à partir de familles (étymologiques) ou de réseaux lexicaux, favoriser un rapport au lexique qui repose sur des recoupements (recoupements en français mais aussi par rapport aux langues étrangères pratiquées dans la classe). Ces familles de mots sont choisies en fonction des objets d’étude du programme.

    1. Mise en place du projet d’atelier du spectateur

    Objets d’étude
    Le théâtre ; l’histoire littéraire et culturelle ; les réécritures.

    Objectifs
    Cerner la notion de classicisme. Lancer le travail en partenariat avec le théâtre de la Bastille. Réinvestir les acquis de lecture du texte théâtral et aborder la question de la réécriture.

    Corpus
    Phèdre et Bérénice de Racine ; Tite et Bérénice de Corneille (acte I). Propos de metteurs en scène, articles de presse sur des mises en scène, images de mises en scène. À partir de Bérénice : la sobriété classique (comparaison avec Suétone, Corneille, Tite et Bérénice, acte I) ; contextualisation (le classicisme, reprise et approfondissement des acquis de seconde) : discours de Corneille, plans de jardins à la française. Analyse de la mise en scène vue par l’ensemble des élèves.

    Durée : voir l’exemple 5 ci-dessous.

    2. Mémoire/ Mémoires 

    Objet d’étude
    Le biographique.

    Objectifs
    Étude du biographique dans sa double dimension : écrire la vie d’un autre, écrire sa propre vie. Quelle mise en mémoire, quels passages obligés, quels liens entre la vie racontée et la personne qui raconte ? Mise en place des liens entre TPE et programme de français.

    Corpus
    Groupement de textes permettant de définir les problématiques (voir la question 6 : Comment articuler les TPE et le cours ?). Œuvre intégrale : Dora Bruder de P. Modiano. L’accent est mis sur les jeux d’échos entre l’effort pour reconstituer la biographie d’une inconnue et le discours sur soi.

    Lecture cursive
    Une au choix dans un ensemble d’une vingtaine d’oeuvres proposées par le professeur; les élèves disposent d’un dossier comportant les quatrièmes de couverture et incipits ; pendant un module, les élèves les lisent (de façon cursive aussi), posent des questions et décident de l’oeuvre qu’ils auront à lire en lecture cursive.

    Langue et écriture
    Initiation à l’écriture d’invention, en transition avec le portrait étudié en seconde : rédiger la notice biographique d’un personnage choisi à partir des lectures d’oeuvres intégrales effectuées pour la séquence ; les contraintes du genre sont précisées.

    Durée : 20 séances.

    3. L’épistolaire : la correspondance privée 

    Objets d’étude
    L’épistolaire ; convaincre, persuader, délibérer.

    Objectifs
    Le travail met l’accent sur ce qui définit le genre de la lettre (la relation entre destinateur et destinataire) et montre aussi comment cette forme de discours a une portée argumentative. Définition du genre de l’épistolaire. Préparation du travail sur le roman épistolaire : étude des questions de double énonciation.

    Corpus
    Différentes lettres de Balzac écrites à la même période mais à des destinataires différents. Le contexte biographique de la rédaction de ces lettres est clairement précisé.

    Langue et écriture d’invention
    Rédaction de deux lettres rapportant le même événement à des destinataires différents, avec des enjeux de communication différents.

    Durée : 12 séances.

    4. Le roman épistolaire, la construction d’un genre

    Objets d’étude
    L’épistolaire ; convaincre, persuader et délibérer.

    Objectifs
    Le principal intérêt du travail est de montrer comment la lettre est un moyen de construire les personnages de l’intérieur. Le rôle de reconstitution d’éléments par le lecteur est mis en évidence. L’apogée du genre du roman épistolaire s’inscrit dans une période de l’histoire littéraire, les Lumières ; contraste entre cet apogée et la réutilisation réaliste chez Balzac (en reprenant des éléments acquis en seconde). Se posent ainsi des questions de réécriture prolongées par la réflexion sur l’adaptation cinématographique. L’importance du personnage de la jeune fille à éduquer permet de travailler sur une des dimensions des Lumières. Mise en évidence de quelques aspects du dialogue argumenté. Étude d’une oeuvre intégrale ; écriture d’invention argumentative.

    Corpus
    Groupement de textes : la construction du personnage de la jeune fille innocente dans le roman par lettres (Les liaisons dangereuses, La Nouvelle Héloïse, Mémoires de deux jeunes mariées) accompagné d’exemples d’extraits à partir de trois versions cinématographiques pour la mise en place de Cécile de Volanges.
    Œuvre intégrale : Les Mémoires de deux jeunes mariées de Balzac (deux personnages de jeunes filles, deux parcours de vie, des dialogues sur des choix de vie).

    Exercices
    Commentaire : un extrait des Liaisons dangereuses.
    Écriture d’invention : lettre d’une jeune fille innocente à une femme expérimentée et réponse 
    (quelle syntaxe, quel niveau de langue, quel registre, quelle situation, quelles circonstances, quels lieux de la correspondance ?)

    Durée : 18 séances.

    5. L’humanisme

    Objectifs
    Le XVIe siècle et la définition de l’humanisme (d’une notion qui se construit à une période donnée de l’histoire littéraire et culturelle, à sa présence continuée qui renvoie le monde occidental à ses apories. 
    Le triomphe de l’humanisme n’étant pas assuré, on continue d’argumenter, de produire des manifestes au nom des valeurs « humanitaires »). 
    Travail de la dissertation.

    Corpus
    Groupement de textes comportant des extraits de B. Castiglione, Rabelais, Montaigne. 
    Chartes des associations humanitaires au XXe siècle.

    Exercices d’écriture
    Argumentation et dissertation : la constitution du discours humaniste et les interventions de la littérature dans les contextes de guerre.

    Durée : 16 séances.

    6. La poésie, le symbolisme et ses suites 

    Objets d’étude
    La poésie ; étude de la singularité des textes. Les caractéristiques de l’écriture poétique, envisagées selon deux démarches, l’une relevant de l’histoire littéraire et culturelle, autour d’un mouvement (le symbolisme), l’autre relevant de l’étude de la singularité d’un style.

    Objectifs
    Le langage poétique, le symbolisme et ses suites, le surréalisme. Mise au point du commentaire de texte, initiation aux réécritures.

    Corpus
    Groupement de textes poétiques, tableaux symbolistes (en vue d’une définition du mouvement).
    Œuvre intégrale : Vents de Saint-John Perse : l’originalité d’un style (lexique, souffle de la phrase, unité du recueil).

    Langue et écriture
    Autour de la recherche des formes possibles pour la poésie d’un autre élément (feu, eau, etc.), le vocabulaire à constituer, les contraintes syntaxiques et prosodiques (réécriture par imitation). Commentaire: un poème hors des textes précédents.

    Enquête complémentaire
    Présences de la poésie contemporaine, enquête auprès des éditeurs, revues, libraires, sites, les concours de poésie (RATP par exemple) : quel public ? quelles attentes ? Achats proposés par les élèves au CDI : rédaction d’argumentaires pour convaincre la documentaliste. Lectures de textes ; mise en évidence des paradoxes de ce genre aujourd’hui (reprise et complément de « Lire, écrire, publier » étudié en seconde) : sa présence, son importance, son audience limitée.

    Durée : 20 séances.

    7. Argumentation 

    Objets d’étude
    Convaincre, persuader et délibérer ; mouvement littéraire et culturel.

    Objectifs
    Les formes de l’argumentation : il s’agit ici de travailler l’argumentation autour d’une question que les élèves, grâce à l’atelier du spectateur, doivent partiellement maîtriser : les rôles, contraintes et droits de l’art. On introduit des perspectives historiques en comparant la manière dont la question se pose pour les Lumières et le traitement qui en est fait à l’époque contemporaine. L’art et ses fonctions sociales. Formation à la dissertation.

    Corpus
    Groupement de textes : Diderot, Paradoxe sur le comédien, textes de Rousseau (Lettre à d’Alembert), Voltaire : La tolérance appliquée à la question de l’art et de l’acteur au XVIIIe siècle. 
    Lecture cursive : Pour Louis de Funès de Novarina ; L’acteur de théâtre et de cinéma au XX e siècle. Dissertation sur les rôles de l’art théâtral (clôture de l’atelier du spectateur).

    Durée : 16 séances.

    8. L’apologue, le pouvoir des fables

    Objets d’étude
    La poésie ; convaincre, persuader et délibérer.

    Objectifs
    Connaissance des caractéristiques de l’apologue. Reprise et prolongements des acquis précédents pour ce qui concerne les liens entre la poésie et l’argumentation. On achève ici le travail sur l’argumentation en s’efforçant de mettre en évidence les particularités de l’apologue chez La Fontaine : dimension argumentative, dimension poétique, singularité d’un style qui se constitue dans la réécriture.

    Corpus
    Groupement de fables de La Fontaine (notamment les fables doubles ou des fables réécrites d’un recueil à l’autre).

    Langue et écriture
    Un fait divers à transformer en apologue : le vocabulaire axiologique ; l’articulation récit court et interventions de l’auteur ; réécriture par imitation. 
    Dissertation : les formes et les ressources de l’apologue.

    Durée : 14 séances.

    Exemple 3 : Progression annuelle, classe de première STI

    On donne ici en abrégé le canevas d’une progression annuelle en première STI (lycée de la région parisienne), ces séries présentant elles aussi un horaire particulier. 
    Cet exemple est à lire en liaison avec le chapitre « Séries technologiques » de la section « Démarches et progressions ». Des séances réservées pour des exercices et approfondissements n’ont pas été comptabilisées.

    1. Théâtre : Ubu roi 

    Objet d’étude
    Le théâtre : texte et représentation.

    Objectifs
    Réflexion sur le sens du jeu avec le langage dans cette oeuvre (farce de potache, dénonciation du politique). Registres et dramaturgie : réinvestissement de notions étudiées en seconde (registres tragique et comique, structure de la tragédie). En histoire littéraire : Jarry et les préludes du surréalisme. Sur le plan pédagogique, le théâtre, par la diversité des exercices qu’il permet, est un moyen, en début d’année, de fédérer la classe et de motiver des élèves a priori peu littéraires, en assurant une transition aisée avec les acquis de seconde.

    Démarches
    Lectures analytiques : travail sur les registres, notamment sur le détournement du tragique (voir par exemple les allusions à Macbeth). Amorce du travail sur le commentaire de texte. Recherche sur les mises en scènes effectuées par Jarry lui-même (documents disponibles en les éditions de poche) et sur les adaptations et transpositions ultérieures (voir La mise en scène au Théâtre du TILF, par R. Demarcy, situant Ubu Roi dans une république bananière). Selon les programmations des théâtres, représentation et rapprochement avec les choix d’auteurs tels que Valleti (interrogations sur les limites et les fonctions de la violence langagière).

    Durée : 4 semaines, soit 12 séances.

    2. Ironie et dénonciation sociale au temps des Lumières : les formes d’argumentation directe et indirecte

    Objectifs
    Étude de l’argumentation : convaincre, persuader et délibérer. 
    Étude d’un mouvement littéraire : les Lumières. 
    Le registre ironique (après voir revu les variations du comique dans l’étape 1 ci-dessus) : étude de l’implicite (aussi bien celui des allusions aux contextes que les implicites logiques).

    Groupement de textes
    Extrait du Mariage de Figaro (« monologue de Figaro ») : double énonciation théâtrale et ironie. Lettres persanes, lettre 37 (« Le roi de France est vieux ») : lettre fictive et fonction argumentative. L’Esprit des lois, «De l’esclavage des nègres » : les modes de raisonnement logique et leur détournement. Modeste proposition… (Swift) : réinvestissement des outils de lecture, en particulier de l’usage de la logique.

    Démarches
    Lectures analytiques. 
    Préparation à l’écriture d’invention : l’usage de l’ironie. 
    Formation au commentaire : un extrait du Mariage de Figaro.
    Synthèse : de l’ironie comme figure (antiphrase) à l’ironie comme arme de combat et attitude philosophique.

    Durée : 10 séances.

    3. Lecture d’une oeuvre intégrale : L’Ingénu ( Voltaire) ; la satire au temps des Lumières

    La lecture cursive de l’oeuvre a été amorcée pendant l’étude du groupement précédent.

    Objectifs
    Étude du mouvement des Lumières (II), notamment de l’interrogation sur le religieux.
    Connaissance de l’apologue ; fonction argumentative du récit, du dialogue, notamment par le biais des étonnements du Huron. 
    Le dialogue depuis sa dimension didactique jusqu’à la controverse ; le satirique (suite). 
    Travail de l’argumentation et de la dissertation pour l’EAF.

    Démarches
    Démarches usuelles de lecture. 
    Travail de la dissertation : réflexion sur les outils de la dénonciation, l’efficacité des genres littéraires vus jusqu’alors (théâtre, lettre fictive, pamphlet, apologue).

    Durée : 4 semaines, soit 12 séances.

    4. Consolidation des acquis et prolongement: les formes argumentatives

    Objectifs
    Faire percevoir la diversité des genres disponibles pour exprimer une opinion personnelle : billet, pamphlet, éditorial, lettre ouverte, critique. Genres littéraires et genres journalistiques (groupement de textes et documents). Étudier le polémique et le délibératif. Préparer à l’écrit d’invention pour l’EAF.

    Démarches
    Recherche dans des journaux et quotidiens divers, présentation orale argumentée. 
    Réflexion sur le fonctionnement et l’efficacité de ces genres sociaux (relation au destinataire, degrés d’implication de l’énonciateur…), en comparaison avec les textes littéraires étudiés précédemment. 
    Évaluation (à titre d’exemple) : Préparation à l’écrit d’invention argumentatif : «À partir d’un corpus d’articles portant sur un événement contemporain, politique ou culturel (exemple : film suscitant autant de débats que Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain), rédaction d’un article critique empruntant une des formes découvertes dans le groupement ou dans L’Ingénu, et réinvestissant divers registres : ironique, satirique, etc. »

    Durée : 9 séances.

    5. Le genre biographique

    Objets d’étude
    Le biographique ; mouvement littéraire et culturel ; convaincre, persuader et délibérer.

    Objectifs
    Étude du biographique. 
    Approche de l’humanisme (notamment à travers l’étude des deux premiers extraits, pour montrer le lien entre récit de voyage, questions religieuses et justification de soi).
    Réflexion sur la fonction argumentative des écrits biographiques (pour une partie du corpus proposé).

    Groupement de textes
    Centré sur le récit de voyage et la biographie de voyageurs comme retour sur soi (rapport à l’autobiographie). Réinvestissement de la problématique de l’altérité, fréquemment étudiée dans les classes de seconde. J. de Léry, Voyage faict en la terre du Brésil (extrait du perroquet, par exemple). A. Thevet, Cosmographie universelle (extrait). Rousseau, Rêveries du promeneur solitaire (extrait). Chateaubriand, préface du Voyage en Amérique (extrait). Stendhal, Chroniques italiennes (extrait). B. Cendrars, La Prose du Transsibérien (extrait). Segalen, Stèles (extraits).

    Durée : 5 semaines, soit 15 séances.

    6. Lectures : récits de vie et de voyage 

    Objets d’étude
    Le biographique et l’argumentation.

    Objectif
    Développement des compétences orales : préparation à la seconde partie de l’épreuve orale de l’EAF.

    Lectures cursives
    Biographies de grands voyageurs et récits de voyage (sur une liste indicative donnée aux élèves). Cyrano de Bergerac, Voyage autour de la lune (extraits). Segalen, Équipée (extraits). M. Le Bris, L’Appel de la route (publication intégrale des récits de voyage de Stevenson) ; Édimbourg de ma jeunesse (à rapprocher de Docteur Jekyll et mister Hyde). M. Vérité, Odette de Puygaudeau. B. Moitessier, Vagabond des mers du Sud; Tamata et l’Alliance.

    Démarches
    Présentation des lectures par groupes, choix effectué à partir des notices proposées par des bases de données telles qu’Électre (travail en collaboration avec le CDI). 
    Évaluation EAF (2 sujets au choix) : – dissertation sur le récit comme voie d’argumentation ; – invention : une lettre de voyage fictif.

    Durée : 12 séances.

    7. Bac blanc et corrections du bac blanc

    Consolidation des acquis, notamment retour sur les méthodes et la contextualisation des oeuvres lues jusqu’alors.

    Durée : 6 séances.

    8. Poésie et ressources du langage : symbolisme et surréalisme

    Objet d’étude
    La poésie.

    Objectifs
    Étude de l’écriture poétique ; approfondissement de l’étude de l’image (reprise des acquis de la séquence portant sur le théâtre (exploration langagière, langage visuel…). 
    Réflexion sur les liens entre la naissance de la modernité industrielle et urbaine et la nécessité de recourir à d’autres formes littéraires. 
    Approche d’un mouvement culturel autre que celui étudié en tant que tel. 
    Réinvestissement partiel de la problématique rencontrée dans le groupement consacré à l’étude du biographique à travers le récit de voyage (exploration du monde/ exploration du langage). 
    Mise au point des exercices oraux et du commentaire.

    Groupement de textes
    Baudelaire: «Tableaux parisiens». Rimbaud : «Parade». Cendrars : La Prose du Transsibérien (extrait, différent de celui vu précédemment). Apollinaire : «Zone» (extrait). Philippe Soupault : « Westwego ».

    Démarches spécifiques
    Travail parallèle sur une analyse de tableaux, dont des oeuvres de S. Delaunay, R. Dufy, Marinetti (à prolonger si possible par une visite du musée d’Art moderne, ou une visite virtuelle sur Internet. 
    Lecture d’extraits du Manifeste du futurisme (réinvestissement de la notion de mouvement, dans une perspective européenne). 
    Approfondissement de la méthode du commentaire (selon les formes de cet exercice et les séries). 
    Lecture cursive de recueils et de textes dans des anthologies ; élaboration d’une anthologie personnelle, donnant lieu à une présentation orale (justification) et une oralisation de textes. 
    À titre d’exemples : recueils de Baudelaire, d’Apollinaire, Prévert, Desnos, Roubaud, etc. Anthologies : Poésie du XXe siècle (Gallimard), etc.

    Durée : 5 semaines, soit 15 séances.

    Question 2 : 
    Quelles différences y a- t- il entre une séquence et l’étude d’une oeuvre intégrale telle qu’elle a été pratiquée jusqu’ici ?

    Cette question a été souvent posée lors des réunions interacadémiques de 1999-2000. Nous ne revenons pas sur la façon de mener l’étude de l’oeuvre ellemême, puisque cette modalité de lecture n’est pas nouvelle. L’exemple suivant montre comment, autour de l’étude de l’oeuvre, le professeur prévoit des activités d’écriture, des activités liées à l’étude de la langue, des activités orales et des lectures (groupement de textes, lectures cursives).

    Exemple 4 : Le Misanthrope en classe de seconde

    Objets d’étude
    Le théâtre ; le comique. 
    Perspective dominante : étude des genres et des registres. 
    Perspectives complémentaires : étude de l’argumentation et des effets sur le destinataire ; approche de l’histoire littéraire et culturelle.

    Objectifs
    Poursuivre l’acquisition des méthodes nécessaires à l’étude de l’oeuvre intégrale. 
    Initiation à l’argumentation et à l’écriture d’invention : le dialogue. 
    Pour accompagner l’étude de l’oeuvre intégrale Le Misanthrope, le professeur propose de lire, en lecture cursive, Les Précieuses Ridicules
    La séance consacrée à parler en classe de cette lecture cursive visera à répondre à la question : « De qui ou de quoi se moque-t-on dans Les Précieuses Ridicules ? » 
    À partir des analyses conduites lors de l’étude de l’oeuvre intégrale, on procède à des comparaisons avec l’oeuvre qui fait l’objet de la lecture cursive ; les élèves apprennent ainsi à comparer (perspective d’étude : genres et registres) et à contextualiser (perspective : histoire littéraire et culturelle). Pour cela, le professeur procède par exemple comme ci-dessous.

    Déroulement résumé de la séquence
    Lecture cursive du Misanthrope (accompagnée si possible d’une vidéo ou, mieux encore, de l’assistance à une représentation), deux séances.
    Étude de l’oeuvre intégrale, six séances. Mise en situation historique du Misanthrope, approche du classicisme, deux séances. 
    Lectures et travaux complémentaires : classicisme et préciosité, trois séances. 
    Nous ne revenons pas sur les six séances d’étude de l’oeuvre intégrale, noyau de la séquence.
    Nous donnons ci- dessous les éléments permettant de construire les cinq dernières séances. 
    Pour les deux premières séances, il peut être important, à défaut du spectacle, d’entrer par l’oral dans le texte. Par exemple, on propose un travail d’oralisation du sonnet d’Oronte – dans un exercice du type travail de l’acteur oralisant un texte avec le metteur en scène – pour répondre à la question : comment faire entendre le registre satirique ?
    Dans une perspective d’histoire littéraire et culturelle, le professeur éclaire la lecture du sonnet d’Oronte d’informations littéraires et culturelles pour que les élèves comprennent en quoi le sonnet est objet de satire dans la comédie, en quoi il est peut- être aussi révélateur des goûts littéraires de l’époque et a pu être entendu dans une perspective non satirique. Les élèves pourront ainsi prendre parti dans la querelle littéraire du temps.

    Texte d’étude : Sonnet d’Oronte (Le Misanthrope, acte I, scène 2) :

    L’espoir, il est vrai, nous soulage, 
    Et nous berce un temps notre ennui ; 
    Mais, Philis, le triste avantage, 
    Lorsque rien ne marche après lui !

    Vous eûtes de la complaisance ; 
    Mais vous en deviez moins avoir, 
    Et ne vous pas mettre en dépense 
    Pour ne me donner que l’espoir.

    S’il faut qu’une attente éternelle 
    Pousse à bout l’ardeur de mon zèle, 
    Le trépas sera mon recours.

    Vos soins ne m’en peuvent distraire ; 
    Belle Philis, on désespère, 
    Alors qu’on espère toujours.


    Documents complémentaires pour une vision non caricaturale de la préciosité
    Le travail suivant est l’occasion de faire travailler les élèves à partir d’un manuel (le leur ou ceux du CDI) pour qu’ils y découvrent un premier niveau de discours littéraires critiques. 
    Par exemple : 

    « Les salons sont un phénomène social et rapidement littéraire, dans les années 1620-1660 […]. Le mouvement précieux, à côté de ses outrances, fut fondateur à plus d’un égard. Par l’attention qu’il apporta à la symbolique amoureuse, il renouvela les rituels de la tradition courtoise du Moyen Âge. La préciosité fut une réaction contre les comportements jugés trop barbares et trop frustres. Le costume, le geste, le maquillage, les actes de la vie amoureuse sont autant de codes réinventés auxquels il faut se soumettre et les jeux de salon contribuent à fixer les nouveaux langages et à les perpétuer. » (Anthologie Magnard, XVIe -XVIIe , p. 423.) 
    Exercices d’écriture et d’étude de la langue à proposer
    (au choix selon les compétences des élèves et la place de la séquence dans le projet pédagogique annuel) :

    Étude de la langue

    – Étude des pronoms et de leur référent dans la langue classique 
    (« la suite en est jolie… » ; « Vos soins ne m’en peuvent distraire… »). 
    – Transposition de façon précieuse des « brutalités » d’un langage d’aujourd’hui 
    (parler « jeune », parler «branché », parler des banlieues, etc.) à partir d’un dialogue de film ou de sitcom.
    Écriture d’argumentation (au choix)
    – Premier sujet : Défendez le point de vue de Philinte en justifiant ses deux propos : « Ah ! qu’en termes galants ces choses- là sont mises ! » (v. 325) ; «La chute en est jolie, amoureuse, admirable.» (v. 333) 
    – Deuxième sujet : Explicitez les reproches qu’Alceste adresse aux vers d’Oronte à partir des vers 385- 388 : «Ce style figuré, dont on fait vanité, Sort du bon caractère et de la vérité : Ce n’est que jeux de mots, qu’affectation pure, Et ce n’est point ainsi que parle la nature. »


    Écriture d’invention (au choix)

    – Premier sujet : Réécrivez la tirade d’Alceste sous la forme d’un raisonnement construit en remplaçant ses fausses interrogations par des commentaires précis (travail d’amplification, reformulation d’arguments assertifs). 
    – Deuxième sujet : Vous racontez la scène entre Oronte et Alceste à laquelle vous avez assisté (travail sur le récit, le choix d’un point de vue, le rapport expansion/ résumé/ sommaire, l’insertion possible de dialogues dans le récit). 
    – Troisième sujet : Rédigez un dialogue argumentatif entre un partisan du sonnet d’Oronte et un de ses détracteurs (travail sur l’écriture du dialogue et sur les indices historiques du langage – lexique et syntaxe – selon que l’on choisit ou non d’imiter des traits de la langue de Molière, étudiés en classe).
    Activité orale
    Réalisation d’un débat littéraire (préparation : travaux de groupe) selon les documents suivants :
    Point de vue de la communauté littéraire du XVIIe siècle.
    Il faut finir mes jours en l’amour d’Uranie, 
    L’absence ni le temps ne m’en sauraient guérir, 
    Et je ne vois plus rien qui me pût secourir 
    Ni qui sût rappeler ma liberté bannie.

    Dès longtemps je connais sa rigueur infinie, 
    Mais pensant aux beautés pour qui je dois périr, 
    Je bénis mon martyre et, content de mourir, 
    Je n’ose murmurer contre sa tyrannie.

    Quelque fois ma raison par de faibles discours 
    M’incite à la révolte et me promet secours : 
    Mais lorsqu’à mon besoin je me veux servir d’elle,

    Après beaucoup de peines et d’efforts impuissants, 
    Elle dit qu’Uranie est seule aimable et belle 
    Et m’y rengage plus que ne font tous mes sens. 

    Vincent Voiture (1597- 1648)
    Job de mille tourments atteint 
    Vous rendra sa douleur connue, 
    Et raisonnablement il craint 
    Que vous n’en soyez point émue.

    Vous verrez sa misère nue : 
    Il s’est lui- même ici dépeint. 
    Accoutumez- vous à la vue 
    D’un homme qui souffre et se plaint.

    Bien qu’il eût d’extrêmes souffrances, 
    On voit aller des patiences 
    Plus loin que la sienne n’alla.

    S’il souffrit des maux incroyables, 
    Il s’en plaignit, il en parla ; 
    J’en connais de plus misérables. 

    Bensérade (1613- 1691)
    Deux sonnets partagent la Ville, 
    Deux sonnets partagent la Cour, 
    Et semblent vouloir à leur tour 
    Rallumer la guerre civile.

    Le plus sot et le plus habile 
    En mettent leur avis au jour, 
    Et ce qu’on a pour eux d’amour 
    À plus d’un échauffe la bile. 
    Chacun en parle hautement 
    Suivant son petit jugement, 
    Et s’il faut y mêler le nôtre,
    L’un est sans doute mieux rêvé, 
    Mieux conduit et mieux achevé, 
    Mais je voudrais avoir fait l’autre.

    Corneille (1606- 1684) 
    La bataille littéraire de Job et Uranie date de 1649 (dix-huit ans avant la comédie de Molière) : il y a donc une constante dans les débats entre précieux, et une position, très nuancée, des classiques. 
    Dans ce débat des Uranistes et des Jobelins, c’est-à-dire les partisans du « Sonnet d’Uranie » composé par Voiture et du sonnet « Sur Job » écrit par Bensérade, un an après la mort de Voiture, bataille qui dura deux ans et qu’arbitra à sa façon Corneille, choisissez votre camp (Uraniste, Jobelin, ou Cornélien).

    Prolongements (lecture cursive)
    La comédie et le comique : Dans le genre théâtral, le potentiel comique du langage précieux dans le duo amoureux est utilisé entre autres par Marivaux, Arlequin poli par l’Amour, scène 3 : 

    "Le chanteur continue.
    Beau brunet, l’Amour vous appelle. 
    Arlequin, en se rasseyant.
    Qu’il crie donc plus haut. 
    Le chanteur, en lui montrant la fée.
    Voyez- vous cet objet charmant ? 
    Ses yeux dont l’ardeur étincelle 
    Vous répètent à tout moment : 
    Beau brunet, L’Amour vous appelle […] 
    La chanteuse, continue en le regardant.
    Ah ! que je plains votre ignorance ! 
    Quel bonheur pour moi, quand j’y pense,
    (Elle montre le chanteur.)
    Qu’Atys en sache plus que vous ! 
    La Fée, alors en se levant, dit à Arlequin.
    Cher Arlequin, ces tendres chansons ne vous inspirent-elles rien ? 
    Que sentez- vous ? 
    Arlequin.
    Je me sens un grand appétit. »
    Bilan de séance
    Retour synthétique sur : 
    – théâtre, comédie, comique ; 
    – classicisme et notion de préciosité.
    Question 3 : 
    Quelle est la durée d’une séquence ? La programmation d’une séquence est- elle compatible avec l’imprévu que réserve toujours une année scolaire ?

    En construisant son projet pédagogique, le professeur décide du moment de l’année qu’il consacrera à telle ou telle séquence. La durée de chaque séquence varie en fonction des contenus qui y sont traités, et de ce que les élèves ont déjà lu ou liront, des questions de langue qu’ils ont déjà travaillées et des activités d’écriture qu’ils ont pratiquées ou qu’il leur reste à découvrir. Les programmes indiquent une durée d’une quinzaine d’heures. Au cours des réunions interacadémiques, une question corollaire de celle-ci a été posée : savoir si le professeur avait ou non la possibilité d’adapter l’enchaînement des séquences pour profiter, par exemple, d’une représentation théâtrale offerte à ce moment de l’année à sa classe. Cette possibilité existe bien évidemment. Dans l’exemple donné cidessous, le professeur choisit de construire une séquence brève, consacrée à Bérénice, non pas pour reprendre ce qui a été étudié en seconde mais pour réinvestir les connaissances antérieures (formes canoniques de la comédie et de la tragédie) dans la perspective de la classe de première : « Le théâtre : texte et représentation ».

    Exemple 5 : Le langage théâtral en classe de première : Bérénice

    Objet d’étude
    Le théâtre : texte et représentation. 
    Perspective dominante : étude d’un genre inscrit dans l’histoire littéraire. 
    Perspective complémentaire : réécriture, singularité des textes.

    Groupements de textes et de documents

    Tite et Bérénice, acte I. 
    Bérénice, acte I. 
    – Cassette vidéo comprenant : Bérénice, 97 minutes, adaptation de J.-C. Carrière et J.-D. Verhaege, réalisation J.-D. Verhaege, producteurs : GMT, CNDP, TF1, Arte, 2000 (avec G. Depardieu et C. Bouquet).
    - À propos de Bérénice : document sur le tournage du film et interrogation des acteurs sur la façon de dire les vers de Racine. 
    – Extrait de la Vie des Douze Césars de Suétone. 
    – Texte de F. Fisbach (octobre 2000) sur son utilisation du texte établi dans l’édition de La Pléiade et sur sa lecture de l’alexandrin (extrait du dossier de presse pour la mise en scène de Bérénice au théâtre de la Bastille, 2000). 
    – Article de Libération sur cette mise en scène (23 février 2001). 
    – Début d’Aurélien d’Aragon (1945) sur l’origine du roman de Bérénice.
    Objectifs
    – La question du public ; 
    – les éléments de mise en scène ; 
    – réflexion sur le noeud de l’action ; 
    – la reprise des textes anciens.
    Séance 1
    Lecture du texte de Suétone, « Vie de Titus », III et VII (intérêt du sujet : ambiguïté de Titus, « malgré lui et malgré elle »). Réflexion sur le titre des deux tragédies de Corneille et de Racine, en référence aux titres de leurs autres oeuvres (présence du personnage féminin chez l’un et l’autre dramaturges).

    Séances 2 et 3
    Lecture cursive des deux actes I. Les élèves reformulent les deux intrigues et les comparent (chez Corneille, double dysphorie, double noeud, double dilemme ; chez Racine, apparente euphorie : l’effet de chute en sera plus terrible). Quand on fait l’expérience de cette séquence en classe, on constate que les élèves sont choqués par le personnage de Domitie chez Corneille (elle prend le parti de l’ambition, du devoir du roi). On peut alors se demander quel jugement porter sur Domitie, sous la forme d’un exercice d’argumentation orale à construire à partir du texte, mais aussi en réfléchissant sur la différence de jugement selon que le spectateur privilégié est, ou n’est pas, le roi.

    Séance 4
    Lecture analytique de la tirade d’Antiochus, complétée par la lecture cursive du début du roman d’Aragon.

    Séance 5
    Questions de représentation et de langue : comparaison entre les citations de l’édition de la Pléiade sur la ponctuation de l’alexandrin, les réflexions de F. Fisbach (voir documents ci-dessous), l’article de Libération, et des extraits de la cassette du CNDP.

    Documents pour la séance 5

    • Citation empruntée à l’édition du théâtre de Racine par G. Forestier, Bibliothèque de La Pléiade :

    • Outre que moderniser la ponctuation, comme on le fait depuis deux siècles, aboutit souvent à imposer l’interprétation de l’éditeur […] il s’agit d’une véritable trahison des intentions explicites d’un auteur pour qui la ponctuation – à la différence de l’orthographe – relevait de règles stables, quoique différentes des nôtres, et jouait un rôle essentiel dans la lecture de ses vers. 
      Au XVIIe siècle, la ponctuation avait pour fonction de marquer les pauses dans le discours, en guidant la voix et le souffle : on ne se préoccupait du sens que lorsqu’il s’agissait du point […], du point d’interrogation et du point d’exclamation. 
      Il arrive fréquemment chez Racine […] qu’un point virgule apparaisse à l’intérieur d’une même phrase, introduisant une légère suspension vocale entre une série de propositions subordonnées et la principale. 
      L’alexandrin obéissait à une structure rythmique rigoureuse […] offrant la possibilité de marquer une pause très légère au milieu du vers et impliquant une pause légère à la fin du vers, à moins que, justement, une ponctuation n’indique explicitement la nécessité d’une pause supplémentaire. (© Editions Gallimard) 
       
    • Frédéric Fisbach, octobre 2000 (voir dossier de presse). 

    • Je décide, tout en respectant absolument la versification, le rythme de l’alexandrin, de présenter le texte en phrases. Je considère qu’une phrase, c’est ce qui est contenu entre deux points. Le texte se présente alors sous la forme d’un texte en vers libres ; tous les E muets qui doivent être dits sont en majuscules. Les rimes féminines sont marquées par le E final. L’hémistiche et la fin de vers sont notés par “/” quand Racine n’a pas lui- même ponctué d’une “,”, d’un “.”, ou d’un “;”. L’idée est que Racine intervient dans un cadre qui est l’alexandrin, qu’il s’appuie sur cette forme. L’alexandrin, si on se fie aux renseignements que nous avons sur la façon dont il était dit, a son rythme propre. Il y avait un petit arrêt, un suspens, à l’hémistiche et à la fin du vers. Racine part de ça et rajoute des pauses, des suspens qui lui sont propres. Il se sert pour ça de la ponctuation, qui ne souligne pas la syntaxe, ou le sens, mais le rythme. Ceci, ajouté au choix des mots, qui sont avant tout syllabes, unités de sons, et on s’approche de la musique. Le sens bien sûr n’est jamais absent, il est absurde d’opposer forme et sens, les deux sont intimement liés, en Occident en tout cas. 
      Parenthèses. La plupart du temps au théâtre, le sens n’est travaillé que d’une seule manière, dans l’explication des situations, du rapport des personnages par la psychologie. Je n’ai rien contre, mais si cette façon de faire peut être juste pour certains auteurs, certaines écritures, il est absurde de l’appliquer systématiquement. Non, l’art de l’acteur ne se réduit pas à la connaissance de ce code pour la scène. 
      Retour. L’idée est de proposer aux interprètes une partition, faite de syllabes et de signes. Cela change tout. Le texte n’apparaît pas seulement comme étant des mots à apprendre, appelant certaines “couleurs”, certains sentiments à fabriquer. Mais comme une proposition ardue, exigeante à déchiffrer, dont on ne vient pas à bout en une lecture. Il faut faire connaissance, la travailler. Travailler son articulation, son souffle. Il n’y a pas une technique d’articulation, il y en a autant que d’écritures. L’oeil joue son rôle, c’est par l’oeil qu’on lit. Et peut- être continue- t- on à dire par l’oeil ? C’est une aventure que de travailler l’écriture d’un autre, ça ne va pas de soi. Comme il ne va pas de soi d’apprendre un texte par coeur. Et je ne parle pas de la mémoire, la mémoire n’est que l’aspect technique de cet apprentissage. Non, il s’agit bien de l’accueil qu’on fait aux mots d’un autre. Les mots d’ailleurs sont toujours d’un autre. Quelle place je fais, quel espace je dégage ou j’ouvre pour accueillir ces mots ? Voilà qui devrait faire l’objet d’un travail, et non pas être évacué comme faisant partie de la cuisine, une chose ingrate. Fort heureusement, ce travail est souvent léger, stimulant, inventif.
    N. B. – Les théâtres commencent à mettre en ligne sur leur site des photographies de représentation. On peut déjà consulter le site du photographe qui a suivi la représentation de Bérénice au théâtre de la Bastille à Paris : www.kergolene.com. En perspective, assistance à une représentation (sortie de classe).

    Bilan de séquence
    Les élèves sont invités à se demander pourquoi Racine commence sa pièce par des personnages secondaires. Comment interpréter l’absence de Titus ? Ils ont à analyser les choix effectués par le metteur en scène par rapport à la mise en place du conflit, et l’interprétation qu’ils révèlent (exercice écrit).
     

    INDEX GÉNÉRAL DU DOCUMENT D'ACCOMPAGNEMENT

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    chapitre I (page 1) : Perspectives d'étude
    chapitre II (page 2) : Objets d'étude
    chapitre III (page 3) : Étude raisonnée de la langue
    chapitre IV (page 4) : Démarches et progressions

    © CNDP, septembre 2001
    Cette page est disponible sur le site du CNDP, en format *pdf :
    Exemples de réalisations. Annexes (PDF, 480 ko)
    Rédaction : groupe d’experts sur les programmes scolaires de français, 
    sous la direction d’Alain Viala.
    Coordination pour la direction de l’Enseignement scolaire : 
    Aline Bibily (bureau du contenu des enseignements)
    Page d'accueil de l'inspection, académie de Nancy-Metz