| Introduction
Il s’agit ici d’exemples
et non de modèles. Et il serait modélisant à l’excès
d’en donner pour chaque objet d’étude. Aussi le choix a-t-il été
de répondre à des questions qui ont été posées,
soit par des professeurs expérimentateurs en seconde en 1999-2000,
soit par les participants des réunions interacadémiques qui
se sont déroulées en 1999-2000 et 2000-2001, et qui nous
ont paru les plus sensibles dans les pratiques.
Ces questions pratiques
structurent cette section dans l’ordre suivant :
-
Un objet d’étude est-
il étudié au cours d’une seule séquence ou dans plusieurs
séquences ?
-
Quelle différence y a-
t- il entre une séquence et l’étude d’une oeuvre intégrale
telle qu’elle a été pratiquée jusque ici ?
-
Quelle est la durée d’une
séquence ? La programmation d’une séquence est- elle compatible
avec l’imprévu que réserve toujours une année scolaire
?
-
Comment bien lier l’étude
de la langue, les exercices d’écriture et les lectures ?
-
Comment associer lecture analytique,
lecture cursive et lecture de l’image dans une même séquence?
-
Comment articuler en première
le traitement des objets d’étude et les TPE ?
-
Comment les séquences
organisent- elles une progression pour les élèves ?
-
Dans l’aide individualisée
: quelles sont les activités spécifiques au cours de français
?
Le souci pédagogique
est que soit associée de façon cohérente l’étude
de la littérature, de la culture et de la langue. À cette
fin, il est recommandé d’organiser le travail de l’année
en ensembles qui intègrent ces trois aspects et qui incluent des
lectures et des exercices d’expression, ensembles appelés séquences.
Une séquence est constituée d’un groupe de séances.
Les programmes recommandent une durée d’une quinzaine d’heures.
Dans les exemples ci-dessous, les indications concernant le nombre de séances
sont données à titre indicatif, pour trois raisons : d’une
part, la durée de l’heure de cours peut varier d’un établissement
à l’autre ; d’autre part, l’implication et les compétences
des élèves dans telle ou telle activité peuvent en
accélérer ou au contraire en ralentir le rythme de réalisation
; enfin, chaque professeur module dans la réalité de sa classe
la durée d’un exercice en fonction de l’ensemble de son projet pédagogique.
L’important est que les
élèves perçoivent mieux les enjeux de chaque étape
de l’année. Et ils les perçoivent mieux, en termes d’acquisition
de connaissances et de savoir-faire, si ces étapes sont délimitées
: ils savent alors combien de temps doit durer l’effort qu’on leur demande
; ils comprennent comment la nouvelle séquence s’ancre sur la précédente,
qu’ils mémorisent d’autant plus facilement qu’elle était
elle-même organisée autour d’objectifs clairement définis
et inscrits dans un temps de réalisation précis.
N. B.
-
Dans les exemples proposés
ici, les séances de modules et d’aide individualisée n’ont
pas toujours été mentionnées, bien qu’elles s’inscrivent
de plein droit dans la programmation d’une séquence. Les modules,
et plus encore l’aide individualisée, répondent en effet
à des besoins que chaque professeur identifie chez ses propres élèves,
et il n’est guère possible dans un document à portée
générale de préciser les objectifs et les contenus
de ce type de séances. Cependant, nous indiquons ci- dessous des
exemples d’activités qu’un professeur peut mettre en oeuvre auprès
d’élèves en difficulté.
-
Les exemples proposés
ci-dessous proviennent de travaux menés par des professeurs et des
membres du groupe d’experts enseignant en lycée. Ils ont été
choisis, entre autres, de façon à rendre compte de situations
diverses, selon les séries et selon les établissements :
lycées de Paris, de province, de banlieue, de centre ville ; la
diversité de leurs provenances apparaît aussi dans le détail
des différences de rédaction. Ces exemples sont présentés
sous forme de canevas que chaque lecteur saura interpréter.
Question
1:
Un
objet d’étude est- il étudié au cours d’une seule
séquence ou dans plusieurs séquences ?
Une séquence peut
associer plusieurs objets d’étude ou, au contraire, ne porter que
sur l’un d’eux. La liberté du professeur dans l’organisation de
son projet pédagogique annuel est entière dans le cadre défini
par le programme dont les objectifs, les perspectives et les objets d’étude
sont obligatoires ; le but ici étant d’éclairer cette question,
les exercices et les horaires ne sont pas détaillés.
Exemple
1 : Progression annuelle, classe de seconde
Voici l’exemple d’un projet
pédagogique annuel pour une classe de seconde, recueilli dans l’académie
de Montpellier. Le professeur choisit d’associer des objets d’études
dans la majorité des séquences.
1.
Lecteurs – lectures
Objets
d’étude
Écrire, publier,
lire ; le travail de l’écriture.
Groupement
de textes (extraits)
H. de Balzac, Le Père
Goriot ; J. L. Borges, Fictions ; I. Calvino, Si par une
nuit d’hiver un voyageur ;
Cervantès, Don
Quichotte ; L. Mallet, extrait de Brouillard au pont de Tolbiac
; Th. Gautier, Mademoiselle de Maupin.
Objectifs
Sur le plan pédagogique,
repérer les compétences des élèves en lecture
et en écriture. Pour les connaissances, apprendre à repérer
la présence du lecteur dans un texte romanesque et en définir
le rôle.
2.
Racine, Phèdre
Objets
d’étude
Le théâtre
; approche de l’histoire littéraire : le clacissisme.
Objectifs
Apprendre à contextualiser;
lire une oeuvre intégrale ; argumenter.
3.
Autour de figures mythiques ; le récit
Objets
d’étude
Le récit: le roman
ou la nouvelle; le travail de l’écriture.
Groupement
de textes
Article du dictionnaire
Robert. Extrait de L’Univers, les Dieux, les Hommes, de J.- P. Vernant.
Reproduction d’un tableau de Brueghel. J. Giono, Jean Le Bleu. J.
L. Borges, La Demeure d’Astérion.
Lecture
cursive
Œdipe Roi ou La
Machine infernale.
Objectifs
Inscrire un texte dans son
contexte ; mener efficacement une lecture cursive ; lecture de l’image
: analyse d’une reproduction d’un tableau ; introduction de l’écriture
d’invention.
4.
La figure du poète romantique
Objet
d’étude
Un mouvement littéraire
et culturel du XIXe siècle.
Groupement
de textes
Hugo, « Apothéose
», Les Châtiments. Lamartine, «L’enthousiasme
», Méditations poétiques. Musset, « La
nuit de mai », Les Nuits. Nerval, « El Desdichado »,
Les
Chimères. Vigny, « Moïse », Poèmes
antiques et modernes.
Objectifs
Approcher la notion de mouvement
littéraire et culturel (le romantisme) ; contextualiser ; lire et
étudier de la poésie.
5.
Balzac, Le Père Goriot
(Pour le détail de
cette séquence, voir la question 5.)
6.
La rencontre avec l’autre
Objets
d’étude
Le travail de l’écriture
; démontrer, convaincre, persuader ; écrire, lire, publier.
Groupement
de textes
Lettre de F. Truffaut à
Ch. Aznavour. T. Nasreen, L’Alternative. Une publicité détournée
: United colors of… Diderot, Supplément au voyage de Bougainville.
Montaigne, «Des Cannibales», Essais.
Lectures
cursives
La Controverse de Valladolid
(texte ou téléfilm de J.- C. Carrière). Moi et
les autres, A. Jacquard (coll. «Points Virgule », Seuil).
Objectifs
Lire des textes argumentatifs
/ écrire une argumentation : préparation à la dissertation.
7.
Zola, La Bête humaine
Objets
d’étude
Mouvements littéraires
et culturels, suites ; le récit : le roman ou la nouvelle ; le travail
de l’écriture ; écrire, lire, publier.
Objectifs
Compléter la notion
de mouvement littéraire et culturel (le naturalisme, comparé
avec le romantisme déjà vu) ; réinvestir l’approche
des thèmes mythiques (vus en séquence 3) dans cette lecture
de Zola ; développer l’apport de la lecture cursive (lecture cursive
complémentaire : La Bête du Vaccares).
8.
L’éloge et le blâme
Objets
d’étude
L’éloge et le blâme
; démontrer, convaincre, persuader ; histoire littéraire.
Groupement
de textes
Deux blasons du XVIe siècle.
Molière, Dom Juan, I, 2. Bossuet, « Oraison funèbre
d’Henriette d’Angleterre », Oraisons. La Bruyère, «
Cliton », Caractères. Proust, Du côté
de chez Swann (portrait de madame Verdurin). Daumier, Ingres.
Photo de presse, Vietnam 72.
Objectifs
Retour sur des éléments
de poésie ; approche de la littérature de la Renaissance
; réinvestissement des démarches de lecture selon les genres
(roman, théâtre, poésie, image) ; rédaction
d’un commentaire composé ; rédaction d’un portrait (écriture
d’invention).
Synthèse
Ce projet annuel fait alterner
trois études d’oeuvres intégrales (deux romans du XIXe siècle,
une tragédie du XVIIe siècle) et cinq études de groupements
de textes. Dans ce projet, l’objet d’étude « Mouvement littéraire
et culturel » est présent dans les séquences 4, 5,
et 7 ; les objets d’étude « Écrire, lire, publier »
et « Le travail de l’écriture » sont présents
dans les séquences 1, 6 et 7 ; l’objet d’étude « Démontrer,
convaincre et persuader » est présent dans les séquences
2 et 6. Par contre, les objets d’étude « Le théâtre
» et « L’éloge et le blâme » n’apparaissent
spécifiquement que dans la séquence qui leur est consacrée
(2 et 8).
On retrouve le même
type d’association libre des objets d’étude entre eux dans les deux
exemples suivants.
Exemple
2 : Progression annuelle, classe de première L
L’exemple ci-dessous ne donne
lui aussi qu’un canevas et des indications abrégées des exercices
mis en oeuvre. De même, les exercices usuels de lecture analytique
ne sont pas détaillés, tandis que ceux de lecture cursive
et d’écriture d’invention le sont davantage en raison de leur relative
nouveauté. Mais, s’agissant de la première L, classe à
horaire et programme particuliers, nous indiquons les volumes horaires.
Cependant, ne sont pas précisés ici le temps accordé
au suivi des exercices sur l’année, non plus que les interruptions
pour examens blancs et corrigés (le nombre total des séances
est donc inférieur au total de l’année). L’établissement
dans lequel cette progression a été expérimentée
est un lycée polyvalent de la banlieue parisienne.
Travaux
poursuivis sur l’ensemble de l’année, en liaison avec divers ensembles
d’exercices
Atelier
du spectateur (partenariat avec le théâtre de la Bastille)
Objectifs : traitement
in
situ de l’objet d’étude « Le théâtre, texte
et représentation » ; développer l’expression orale
et l’argumentation : l’atelier du spectateur exige la rencontre avec des
personnes extérieures à la classe (acteurs, metteurs en scène,
etc.), avec lesquelles les élèves sont amenés à
réaliser des échanges oraux et écrits diversifiés.
Pages
« Rebonds» de Libération
Objectifs : analyser
dans l’actualité les principes du dialogue argumentatif qu’on sera
amené à étudier sur des questions historiquement datées
; développer chez les élèves la pratique régulière
de la lecture de la presse.
Les
familles de mots
(À partir des Mots
français de G. Gougenheim ; les tableaux du Dictionnaire
historique Robert.)
Objectifs : développer
le vocabulaire à partir de familles (étymologiques) ou de
réseaux lexicaux, favoriser un rapport au lexique qui repose sur
des recoupements (recoupements en français mais aussi par rapport
aux langues étrangères pratiquées dans la classe).
Ces familles de mots sont choisies en fonction des objets d’étude
du programme.
1.
Mise en place du projet d’atelier du spectateur
Objets
d’étude
Le théâtre
; l’histoire littéraire et culturelle ; les réécritures.
Objectifs
Cerner la notion de classicisme.
Lancer le travail en partenariat avec le théâtre de la Bastille.
Réinvestir les acquis de lecture du texte théâtral
et aborder la question de la réécriture.
Corpus
Phèdre et
Bérénice
de Racine ; Tite et Bérénice de Corneille (acte I).
Propos de metteurs en scène, articles de presse sur des mises en
scène, images de mises en scène. À partir de Bérénice
: la sobriété classique (comparaison avec Suétone,
Corneille, Tite et Bérénice, acte I) ; contextualisation
(le classicisme, reprise et approfondissement des acquis de seconde) :
discours de Corneille, plans de jardins à la française. Analyse
de la mise en scène vue par l’ensemble des élèves.
Durée : voir
l’exemple 5 ci-dessous.
2.
Mémoire/ Mémoires
Objet
d’étude
Le biographique.
Objectifs
Étude du biographique
dans sa double dimension : écrire la vie d’un autre, écrire
sa propre vie. Quelle mise en mémoire, quels passages obligés,
quels liens entre la vie racontée et la personne qui raconte ? Mise
en place des liens entre TPE et programme de français.
Corpus
Groupement de textes permettant
de définir les problématiques (voir la question
6 : Comment articuler les TPE et le cours ?). Œuvre intégrale
: Dora Bruder de P. Modiano. L’accent est mis sur les jeux d’échos
entre l’effort pour reconstituer la biographie d’une inconnue et le discours
sur soi.
Lecture
cursive
Une au choix dans un ensemble
d’une vingtaine d’oeuvres proposées par le professeur; les élèves
disposent d’un dossier comportant les quatrièmes de couverture et
incipits ; pendant un module, les élèves les lisent (de façon
cursive aussi), posent des questions et décident de l’oeuvre qu’ils
auront à lire en lecture cursive.
Langue
et écriture
Initiation à l’écriture
d’invention, en transition avec le portrait étudié en seconde
: rédiger la notice biographique d’un personnage choisi à
partir des lectures d’oeuvres intégrales effectuées pour
la séquence ; les contraintes du genre sont précisées.
Durée
: 20 séances.
3.
L’épistolaire : la correspondance privée
Objets
d’étude
L’épistolaire ; convaincre,
persuader, délibérer.
Objectifs
Le travail met l’accent
sur ce qui définit le genre de la lettre (la relation entre destinateur
et destinataire) et montre aussi comment cette forme de discours a une
portée argumentative. Définition du genre de l’épistolaire.
Préparation du travail sur le roman épistolaire : étude
des questions de double énonciation.
Corpus
Différentes lettres
de Balzac écrites à la même période mais à
des destinataires différents. Le contexte biographique de la rédaction
de ces lettres est clairement précisé.
Langue
et écriture d’invention
Rédaction de deux
lettres rapportant le même événement à des destinataires
différents, avec des enjeux de communication différents.
Durée
: 12 séances.
4.
Le roman épistolaire, la construction d’un genre
Objets
d’étude
L’épistolaire ; convaincre,
persuader et délibérer.
Objectifs
Le principal intérêt
du travail est de montrer comment la lettre est un moyen de construire
les personnages de l’intérieur. Le rôle de reconstitution
d’éléments par le lecteur est mis en évidence. L’apogée
du genre du roman épistolaire s’inscrit dans une période
de l’histoire littéraire, les Lumières ; contraste entre
cet apogée et la réutilisation réaliste chez Balzac
(en reprenant des éléments acquis en seconde). Se posent
ainsi des questions de réécriture prolongées par la
réflexion sur l’adaptation cinématographique. L’importance
du personnage de la jeune fille à éduquer permet de travailler
sur
une des dimensions des Lumières. Mise en évidence de quelques
aspects du dialogue argumenté. Étude d’une oeuvre intégrale
; écriture d’invention argumentative.
Corpus
Groupement de textes
: la construction du personnage de la jeune fille innocente dans le roman
par lettres (Les liaisons dangereuses, La Nouvelle Héloïse,
Mémoires de deux jeunes mariées) accompagné d’exemples
d’extraits à partir de trois versions cinématographiques
pour la mise en place de Cécile de Volanges.
Œuvre intégrale
: Les Mémoires de deux jeunes mariées de Balzac (deux
personnages de jeunes filles, deux parcours de vie, des dialogues sur des
choix de vie).
Exercices
Commentaire
: un extrait des Liaisons dangereuses.
Écriture
d’invention : lettre d’une jeune fille innocente à une femme
expérimentée et réponse
(quelle syntaxe, quel niveau
de langue, quel registre, quelle situation, quelles circonstances, quels
lieux de la correspondance ?)
Durée
: 18 séances.
5.
L’humanisme
Objectifs
Le XVIe siècle et
la définition de l’humanisme (d’une notion qui se construit à
une période donnée de l’histoire littéraire et culturelle,
à sa présence continuée qui renvoie le monde occidental
à ses apories.
Le triomphe de l’humanisme
n’étant pas assuré, on continue d’argumenter, de produire
des manifestes au nom des valeurs « humanitaires »).
Travail de la dissertation.
Corpus
Groupement de textes comportant
des extraits de B. Castiglione, Rabelais, Montaigne.
Chartes des associations
humanitaires au XXe siècle.
Exercices
d’écriture
Argumentation et dissertation
: la constitution du discours humaniste et les interventions de la littérature
dans les contextes de guerre.
Durée
: 16 séances.
6.
La poésie, le symbolisme et ses suites
Objets
d’étude
La poésie ; étude
de la singularité des textes. Les caractéristiques de l’écriture
poétique, envisagées selon deux démarches, l’une relevant
de l’histoire littéraire et culturelle, autour d’un mouvement (le
symbolisme), l’autre relevant de l’étude de la singularité
d’un style.
Objectifs
Le langage poétique,
le symbolisme et ses suites, le surréalisme. Mise au point du commentaire
de texte, initiation aux réécritures.
Corpus
Groupement de textes poétiques,
tableaux symbolistes (en vue d’une définition du mouvement).
Œuvre intégrale :
Vents
de Saint-John Perse : l’originalité d’un style (lexique, souffle
de la phrase, unité du recueil).
Langue
et écriture
Autour de la recherche des
formes possibles pour la poésie d’un autre élément
(feu, eau, etc.), le vocabulaire à constituer, les contraintes syntaxiques
et prosodiques (réécriture par imitation). Commentaire: un
poème hors des textes précédents.
Enquête
complémentaire
Présences de la poésie
contemporaine, enquête auprès des éditeurs, revues,
libraires, sites, les concours de poésie (RATP par exemple) : quel
public ? quelles attentes ? Achats proposés par les élèves
au CDI : rédaction d’argumentaires pour convaincre la documentaliste.
Lectures de textes ; mise en évidence des paradoxes de ce genre
aujourd’hui (reprise et complément de « Lire, écrire,
publier » étudié en seconde) : sa présence,
son importance, son audience limitée.
Durée
: 20 séances.
7.
Argumentation
Objets
d’étude
Convaincre, persuader et
délibérer ; mouvement littéraire et culturel.
Objectifs
Les formes de l’argumentation
: il s’agit ici de travailler l’argumentation autour d’une question que
les élèves, grâce à l’atelier du spectateur,
doivent partiellement maîtriser : les rôles, contraintes et
droits de l’art. On introduit des perspectives historiques en comparant
la manière dont la question se pose pour les Lumières et
le traitement qui en est fait à l’époque contemporaine. L’art
et ses fonctions sociales. Formation à la dissertation.
Corpus
Groupement de textes
: Diderot, Paradoxe sur le comédien, textes de Rousseau (Lettre
à d’Alembert), Voltaire : La tolérance appliquée
à la question de l’art et de l’acteur au XVIIIe siècle.
Lecture cursive :
Pour
Louis de Funès de Novarina ; L’acteur de théâtre
et de cinéma au XX e siècle. Dissertation sur les rôles
de l’art théâtral (clôture de l’atelier du spectateur).
Durée
: 16 séances.
8.
L’apologue, le pouvoir des fables
Objets
d’étude
La poésie ; convaincre,
persuader et délibérer.
Objectifs
Connaissance des caractéristiques
de l’apologue. Reprise et prolongements des acquis précédents
pour ce qui concerne les liens entre la poésie et l’argumentation.
On achève ici le travail sur l’argumentation en s’efforçant
de mettre en évidence les particularités de l’apologue chez
La Fontaine : dimension argumentative, dimension poétique, singularité
d’un style qui se constitue dans la réécriture.
Corpus
Groupement de fables de
La Fontaine (notamment les fables doubles ou des fables réécrites
d’un recueil à l’autre).
Langue
et écriture
Un fait divers à
transformer en apologue : le vocabulaire axiologique ; l’articulation récit
court et interventions de l’auteur ; réécriture par imitation.
Dissertation : les formes
et les ressources de l’apologue.
Durée
:
14 séances.
Exemple
3 : Progression annuelle, classe de première STI
On donne ici en abrégé
le canevas d’une progression annuelle en première STI (lycée
de la région parisienne), ces séries présentant elles
aussi un horaire particulier.
Cet exemple est à
lire en liaison avec le chapitre « Séries
technologiques » de la section « Démarches et progressions
». Des séances réservées pour des exercices
et approfondissements n’ont pas été comptabilisées.
1.
Théâtre : Ubu roi
Objet
d’étude
Le théâtre
: texte et représentation.
Objectifs
Réflexion sur le
sens du jeu avec le langage dans cette oeuvre (farce de potache, dénonciation
du politique). Registres et dramaturgie : réinvestissement de notions
étudiées en seconde (registres tragique et comique, structure
de la tragédie). En histoire littéraire : Jarry et les préludes
du surréalisme. Sur le plan pédagogique, le théâtre,
par la diversité des exercices qu’il permet, est un moyen, en début
d’année, de fédérer la classe et de motiver des élèves
a
priori peu littéraires, en assurant une transition aisée
avec les acquis de seconde.
Démarches
Lectures analytiques : travail
sur les registres, notamment sur le détournement du tragique (voir
par exemple les allusions à Macbeth). Amorce du travail sur
le commentaire de texte. Recherche sur les mises en scènes effectuées
par Jarry lui-même (documents disponibles en les éditions
de poche) et sur les adaptations et transpositions ultérieures (voir
La
mise en scène au Théâtre du TILF, par R. Demarcy,
situant Ubu Roi dans une république bananière). Selon
les programmations des théâtres, représentation et
rapprochement avec les choix d’auteurs tels que Valleti (interrogations
sur les limites et les fonctions de la violence langagière).
Durée
: 4 semaines, soit 12 séances.
2.
Ironie et dénonciation sociale au temps des Lumières : les
formes d’argumentation directe et indirecte
Objectifs
Étude de l’argumentation
: convaincre, persuader et délibérer.
Étude d’un mouvement
littéraire : les Lumières.
Le registre ironique (après
voir revu les variations du comique dans l’étape 1 ci-dessus) :
étude de l’implicite (aussi bien celui des allusions aux contextes
que les implicites logiques).
Groupement
de textes
Extrait du Mariage de
Figaro (« monologue de Figaro ») : double énonciation
théâtrale et ironie. Lettres persanes, lettre 37 («
Le roi de France est vieux ») : lettre fictive et fonction argumentative.
L’Esprit
des lois, «De l’esclavage des nègres » : les modes
de raisonnement logique et leur détournement. Modeste proposition…
(Swift) : réinvestissement des outils de lecture, en particulier
de l’usage de la logique.
Démarches
Lectures analytiques.
Préparation à
l’écriture d’invention : l’usage de l’ironie.
Formation au commentaire
: un extrait du Mariage de Figaro.
Synthèse : de l’ironie
comme figure (antiphrase) à l’ironie comme arme de combat et attitude
philosophique.
Durée
: 10 séances.
3.
Lecture d’une oeuvre intégrale : L’Ingénu ( Voltaire)
; la satire au temps des Lumières
La lecture cursive de l’oeuvre
a été amorcée pendant l’étude du groupement
précédent.
Objectifs
Étude du mouvement
des Lumières (II), notamment de l’interrogation sur le religieux.
Connaissance de l’apologue
; fonction argumentative du récit, du dialogue, notamment par le
biais des étonnements du Huron.
Le dialogue depuis sa dimension
didactique jusqu’à la controverse ; le satirique (suite).
Travail de l’argumentation
et de la dissertation pour l’EAF.
Démarches
Démarches usuelles
de lecture.
Travail de la dissertation
: réflexion sur les outils de la dénonciation, l’efficacité
des genres littéraires vus jusqu’alors (théâtre, lettre
fictive, pamphlet, apologue).
Durée
: 4 semaines, soit 12 séances.
4.
Consolidation des acquis et prolongement: les formes argumentatives
Objectifs
Faire percevoir la diversité
des genres disponibles pour exprimer une opinion personnelle : billet,
pamphlet, éditorial, lettre ouverte, critique. Genres littéraires
et genres journalistiques (groupement de textes et documents). Étudier
le polémique et le délibératif. Préparer à
l’écrit d’invention pour l’EAF.
Démarches
Recherche dans des journaux
et quotidiens divers, présentation orale argumentée.
Réflexion sur le
fonctionnement et l’efficacité de ces genres sociaux (relation au
destinataire, degrés d’implication de l’énonciateur…), en
comparaison avec les textes littéraires étudiés précédemment.
Évaluation (à
titre d’exemple) : Préparation à l’écrit d’invention
argumentatif : «À partir d’un corpus d’articles portant sur
un événement contemporain, politique ou culturel (exemple
: film suscitant autant de débats que Le Fabuleux destin d’Amélie
Poulain), rédaction d’un article critique empruntant une des
formes découvertes dans le groupement ou dans L’Ingénu,
et réinvestissant divers registres : ironique, satirique, etc. »
Durée
:
9 séances.
5.
Le genre biographique
Objets
d’étude
Le biographique ; mouvement
littéraire et culturel ; convaincre, persuader et délibérer.
Objectifs
Étude du biographique.
Approche de l’humanisme
(notamment à travers l’étude des deux premiers extraits,
pour montrer le lien entre récit de voyage, questions religieuses
et justification de soi).
Réflexion sur la
fonction argumentative des écrits biographiques (pour une partie
du corpus proposé).
Groupement
de textes
Centré sur le récit
de voyage et la biographie de voyageurs comme retour sur soi (rapport à
l’autobiographie). Réinvestissement de la problématique de
l’altérité, fréquemment étudiée dans
les classes de seconde. J. de Léry, Voyage faict en la terre
du Brésil (extrait du perroquet, par exemple). A. Thevet, Cosmographie
universelle (extrait). Rousseau, Rêveries du promeneur solitaire
(extrait). Chateaubriand, préface du Voyage en Amérique
(extrait).
Stendhal, Chroniques italiennes (extrait). B. Cendrars,
La Prose
du Transsibérien (extrait). Segalen, Stèles (extraits).
Durée
: 5 semaines, soit 15 séances.
6.
Lectures : récits de vie et de voyage
Objets
d’étude
Le biographique et l’argumentation.
Objectif
Développement des
compétences orales : préparation à la seconde partie
de l’épreuve orale de l’EAF.
Lectures
cursives
Biographies de grands voyageurs
et récits de voyage (sur une liste indicative donnée aux
élèves). Cyrano de Bergerac, Voyage autour de la lune
(extraits). Segalen, Équipée (extraits). M. Le Bris,
L’Appel
de la route (publication intégrale des récits de voyage
de Stevenson) ; Édimbourg de ma jeunesse (à rapprocher
de Docteur Jekyll et mister Hyde). M. Vérité,
Odette
de Puygaudeau. B. Moitessier, Vagabond des mers du Sud;
Tamata
et l’Alliance.
Démarches
Présentation des
lectures par groupes, choix effectué à partir des notices
proposées par des bases de données telles qu’Électre
(travail en collaboration avec le CDI).
Évaluation EAF (2
sujets au choix) : – dissertation sur le récit comme voie d’argumentation
; – invention : une lettre de voyage fictif.
Durée
: 12 séances.
7.
Bac blanc et corrections du bac blanc
Consolidation des acquis,
notamment retour sur les méthodes et la contextualisation des oeuvres
lues jusqu’alors.
Durée
: 6 séances.
8.
Poésie et ressources du langage : symbolisme et surréalisme
Objet
d’étude
La poésie.
Objectifs
Étude de l’écriture
poétique ; approfondissement de l’étude de l’image (reprise
des acquis de la séquence portant sur le théâtre (exploration
langagière, langage visuel…).
Réflexion sur les
liens entre la naissance de la modernité industrielle et urbaine
et la nécessité de recourir à d’autres formes littéraires.
Approche d’un mouvement
culturel autre que celui étudié en tant que tel.
Réinvestissement
partiel de la problématique rencontrée dans le groupement
consacré à l’étude du biographique à travers
le récit de voyage (exploration du monde/ exploration du langage).
Mise au point des exercices
oraux et du commentaire.
Groupement
de textes
Baudelaire: «Tableaux
parisiens». Rimbaud : «Parade». Cendrars : La Prose
du Transsibérien (extrait, différent de celui vu précédemment).
Apollinaire : «Zone» (extrait). Philippe Soupault : «
Westwego ».
Démarches
spécifiques
Travail parallèle
sur une analyse de tableaux, dont des oeuvres de S. Delaunay, R. Dufy,
Marinetti (à prolonger si possible par une visite du musée
d’Art moderne, ou une visite virtuelle sur Internet.
Lecture d’extraits du Manifeste
du futurisme (réinvestissement de la notion de mouvement, dans une
perspective européenne).
Approfondissement de la
méthode du commentaire (selon les formes de cet exercice et les
séries).
Lecture cursive de recueils
et de textes dans des anthologies ; élaboration d’une anthologie
personnelle, donnant lieu à une présentation orale (justification)
et une oralisation de textes.
À titre d’exemples
: recueils de Baudelaire, d’Apollinaire, Prévert, Desnos, Roubaud,
etc. Anthologies : Poésie du XXe siècle (Gallimard),
etc.
Durée
: 5 semaines, soit 15 séances.
Question
2 :
Quelles
différences y a- t- il entre une séquence et l’étude
d’une oeuvre intégrale telle qu’elle a été pratiquée
jusqu’ici ?
Cette question a été
souvent posée lors des réunions interacadémiques de
1999-2000. Nous ne revenons pas sur la façon de mener l’étude
de l’oeuvre ellemême, puisque cette modalité de lecture n’est
pas nouvelle. L’exemple suivant montre comment, autour de l’étude
de l’oeuvre, le professeur prévoit des activités d’écriture,
des activités liées à l’étude de la langue,
des activités orales et des lectures (groupement de textes, lectures
cursives).
Exemple
4 : Le Misanthrope en classe de seconde
Objets
d’étude
Le théâtre
; le comique.
Perspective dominante :
étude des genres et des registres.
Perspectives complémentaires
: étude de l’argumentation et des effets sur le destinataire ; approche
de l’histoire littéraire et culturelle.
Objectifs
Poursuivre l’acquisition
des méthodes nécessaires à l’étude de l’oeuvre
intégrale.
Initiation à l’argumentation
et à l’écriture d’invention : le dialogue.
Pour accompagner l’étude
de l’oeuvre intégrale Le Misanthrope, le professeur propose
de lire, en lecture cursive, Les Précieuses Ridicules.
La séance consacrée
à parler en classe de cette lecture cursive visera à répondre
à la question : « De qui ou de quoi se moque-t-on dans Les
Précieuses Ridicules ? »
À partir des analyses
conduites lors de l’étude de l’oeuvre intégrale, on procède
à des comparaisons avec l’oeuvre qui fait l’objet de la lecture
cursive ; les élèves apprennent ainsi à comparer (perspective
d’étude : genres et registres) et à contextualiser (perspective
: histoire littéraire et culturelle). Pour cela, le professeur procède
par exemple comme ci-dessous.
Déroulement
résumé de la séquence
Lecture cursive du Misanthrope
(accompagnée si possible d’une vidéo ou, mieux encore, de
l’assistance à une représentation), deux séances.
Étude de l’oeuvre
intégrale, six séances. Mise en situation historique du Misanthrope,
approche du classicisme, deux séances.
Lectures et travaux complémentaires
: classicisme et préciosité, trois séances.
Nous ne revenons pas sur
les six séances d’étude de l’oeuvre intégrale, noyau
de la séquence.
Nous donnons ci- dessous
les éléments permettant de construire les cinq dernières
séances.
Pour les deux premières
séances, il peut être important, à défaut du
spectacle, d’entrer par l’oral dans le texte. Par exemple, on propose un
travail d’oralisation du sonnet d’Oronte – dans un exercice du type travail
de l’acteur oralisant un texte avec le metteur en scène – pour répondre
à la question : comment faire entendre le registre satirique ?
Dans une perspective d’histoire
littéraire et culturelle, le professeur éclaire la lecture
du sonnet d’Oronte d’informations littéraires et culturelles pour
que les élèves comprennent en quoi le sonnet est objet de
satire dans la comédie, en quoi il est peut- être aussi révélateur
des goûts littéraires de l’époque et a pu être
entendu dans une perspective non satirique. Les élèves pourront
ainsi prendre parti dans la querelle littéraire du temps.
Texte
d’étude : Sonnet d’Oronte (Le Misanthrope, acte
I, scène 2) :
L’espoir, il
est vrai, nous soulage,
Et nous berce un temps
notre ennui ;
Mais, Philis, le triste
avantage,
Lorsque rien ne marche
après lui !
Vous eûtes de la
complaisance ;
Mais vous en deviez moins
avoir,
Et ne vous pas mettre
en dépense
Pour ne me donner que
l’espoir.
S’il faut qu’une attente
éternelle
Pousse à bout
l’ardeur de mon zèle,
Le trépas sera
mon recours.
Vos soins ne m’en peuvent
distraire ;
Belle Philis, on désespère,
Alors qu’on espère
toujours.
Documents
complémentaires pour une vision non caricaturale de la préciosité
Le travail suivant est l’occasion
de faire travailler les élèves à partir d’un manuel
(le leur ou ceux du CDI) pour qu’ils y découvrent un premier niveau
de discours littéraires critiques.
Par exemple :
« Les salons
sont un phénomène social et rapidement littéraire,
dans les années 1620-1660 […]. Le mouvement précieux, à
côté de ses outrances, fut fondateur à plus d’un égard.
Par l’attention qu’il apporta à la symbolique amoureuse, il renouvela
les rituels de la tradition courtoise du Moyen Âge. La préciosité
fut une réaction contre les comportements jugés trop barbares
et trop frustres. Le costume, le geste, le maquillage, les actes de la
vie amoureuse sont autant de codes réinventés auxquels il
faut se soumettre et les jeux de salon contribuent à fixer les nouveaux
langages et à les perpétuer. » (Anthologie Magnard,
XVIe -XVIIe , p. 423.)
Exercices
d’écriture et d’étude de la langue à proposer
(au choix selon les compétences
des élèves et la place de la séquence dans le projet
pédagogique annuel) :
Étude
de la langue
– Étude des
pronoms et de leur référent dans la langue classique
(« la suite en est
jolie… » ; « Vos soins ne m’en peuvent distraire… »).
– Transposition de façon
précieuse des « brutalités » d’un langage d’aujourd’hui
(parler « jeune »,
parler «branché », parler des banlieues, etc.) à
partir d’un dialogue de film ou de sitcom.
Écriture
d’argumentation (au choix)
– Premier sujet
: Défendez le point de vue de Philinte en justifiant ses deux propos
: « Ah ! qu’en termes galants ces choses- là sont mises !
» (v. 325) ; «La chute en est jolie, amoureuse, admirable.»
(v. 333)
– Deuxième sujet
: Explicitez les reproches qu’Alceste adresse aux vers d’Oronte à
partir des vers 385- 388 : «Ce style figuré, dont on fait
vanité, Sort du bon caractère et de la vérité
: Ce n’est que jeux de mots, qu’affectation pure, Et ce n’est point ainsi
que parle la nature. »
Écriture
d’invention (au choix)
– Premier sujet
: Réécrivez la tirade d’Alceste sous la forme d’un raisonnement
construit en remplaçant ses fausses interrogations par des commentaires
précis (travail d’amplification, reformulation d’arguments assertifs).
– Deuxième sujet
: Vous racontez la scène entre Oronte et Alceste à laquelle
vous avez assisté (travail sur le récit, le choix d’un point
de vue, le rapport expansion/ résumé/ sommaire, l’insertion
possible de dialogues dans le récit).
– Troisième sujet
: Rédigez un dialogue argumentatif entre un partisan du sonnet d’Oronte
et un de ses détracteurs (travail sur l’écriture du dialogue
et sur les indices historiques du langage – lexique et syntaxe – selon
que l’on choisit ou non d’imiter des traits de la langue de Molière,
étudiés en classe).
Activité
orale
Réalisation d’un
débat littéraire (préparation : travaux de groupe)
selon les documents suivants :
Point de vue de la communauté
littéraire du XVIIe siècle.
Il faut finir
mes jours en l’amour d’Uranie,
L’absence ni le temps
ne m’en sauraient guérir,
Et je ne vois plus rien
qui me pût secourir
Ni qui sût rappeler
ma liberté bannie.
Dès longtemps je
connais sa rigueur infinie,
Mais pensant aux beautés
pour qui je dois périr,
Je bénis mon martyre
et, content de mourir,
Je n’ose murmurer contre
sa tyrannie.
Quelque fois ma raison
par de faibles discours
M’incite à la
révolte et me promet secours :
Mais lorsqu’à
mon besoin je me veux servir d’elle,
Après beaucoup
de peines et d’efforts impuissants,
Elle dit qu’Uranie est
seule aimable et belle
Et m’y rengage plus que
ne font tous mes sens.
Vincent Voiture
(1597- 1648)
Job de mille
tourments atteint
Vous rendra sa douleur
connue,
Et raisonnablement il
craint
Que vous n’en soyez point
émue.
Vous verrez sa misère
nue :
Il s’est lui- même
ici dépeint.
Accoutumez- vous à
la vue
D’un homme qui souffre
et se plaint.
Bien qu’il eût d’extrêmes
souffrances,
On voit aller des patiences
Plus loin que la sienne
n’alla.
S’il souffrit des maux
incroyables,
Il s’en plaignit, il
en parla ;
J’en connais de plus
misérables.
Bensérade
(1613- 1691)
Deux sonnets
partagent la Ville,
Deux sonnets partagent
la Cour,
Et semblent vouloir à
leur tour
Rallumer la guerre civile.
Le plus sot et le plus
habile
En mettent leur avis
au jour,
Et ce qu’on a pour eux
d’amour
À plus d’un échauffe
la bile.
Chacun en parle hautement
Suivant son petit jugement,
Et s’il faut y mêler
le nôtre,
L’un est sans doute mieux
rêvé,
Mieux conduit et mieux
achevé,
Mais je voudrais avoir
fait l’autre.
Corneille (1606-
1684)
La bataille littéraire
de Job et Uranie date de 1649 (dix-huit ans avant la comédie de
Molière) : il y a donc une constante dans les débats entre
précieux, et une position, très nuancée, des classiques.
Dans ce débat des
Uranistes et des Jobelins, c’est-à-dire les partisans du «
Sonnet d’Uranie » composé par Voiture et du sonnet «
Sur Job » écrit par Bensérade, un an après la
mort de Voiture, bataille qui dura deux ans et qu’arbitra à sa façon
Corneille, choisissez votre camp (Uraniste, Jobelin, ou Cornélien).
Prolongements
(lecture cursive)
La comédie et le
comique : Dans le genre théâtral, le potentiel comique du
langage précieux dans le duo amoureux est utilisé entre autres
par Marivaux, Arlequin poli par l’Amour, scène 3 :
"Le chanteur continue.
Beau brunet, l’Amour
vous appelle.
Arlequin, en se rasseyant.
Qu’il crie donc
plus haut.
Le chanteur, en lui montrant
la fée.
Voyez- vous cet
objet charmant ?
Ses yeux dont l’ardeur étincelle
Vous répètent
à tout moment :
Beau brunet, L’Amour vous
appelle […]
La chanteuse, continue en
le regardant.
Ah ! que je plains
votre ignorance !
Quel bonheur pour moi, quand
j’y pense,
(Elle montre le chanteur.)
Qu’Atys en sache
plus que vous !
La Fée, alors en se
levant, dit à Arlequin.
Cher Arlequin, ces
tendres chansons ne vous inspirent-elles rien ?
Que sentez- vous ?
Arlequin.
Je me sens un grand
appétit. »
Bilan
de séance
Retour synthétique
sur :
– théâtre,
comédie, comique ;
– classicisme et notion
de préciosité.
Question
3 :
Quelle
est la durée d’une séquence ? La programmation d’une séquence
est- elle compatible avec l’imprévu que réserve toujours
une année scolaire ?
En construisant son projet
pédagogique, le professeur décide du moment de l’année
qu’il consacrera à telle ou telle séquence. La durée
de chaque séquence varie en fonction des contenus qui y sont traités,
et de ce que les élèves ont déjà lu ou liront,
des questions de langue qu’ils ont déjà travaillées
et des activités d’écriture qu’ils ont pratiquées
ou qu’il leur reste à découvrir. Les programmes indiquent
une durée d’une quinzaine d’heures. Au cours des réunions
interacadémiques, une question corollaire de celle-ci a été
posée : savoir si le professeur avait ou non la possibilité
d’adapter l’enchaînement des séquences pour profiter, par
exemple, d’une représentation théâtrale offerte à
ce moment de l’année à sa classe. Cette possibilité
existe bien évidemment. Dans l’exemple donné cidessous, le
professeur choisit de construire une séquence brève, consacrée
à Bérénice, non pas pour reprendre ce qui a
été étudié en seconde mais pour réinvestir
les connaissances antérieures (formes canoniques de la comédie
et de la tragédie) dans la perspective de la classe de première
: « Le théâtre
: texte et représentation ».
Exemple
5 : Le langage théâtral en classe de première : Bérénice
Objet
d’étude
Le théâtre
: texte et représentation.
Perspective dominante :
étude d’un genre inscrit dans l’histoire littéraire.
Perspective complémentaire
: réécriture, singularité des textes.
Groupements
de textes et de documents
– Tite et Bérénice,
acte I.
– Bérénice,
acte I.
– Cassette vidéo
comprenant : Bérénice, 97 minutes, adaptation de J.-C.
Carrière et J.-D. Verhaege, réalisation J.-D. Verhaege, producteurs
: GMT, CNDP, TF1, Arte, 2000 (avec G. Depardieu et C. Bouquet).
- À propos de
Bérénice : document sur le tournage du film et interrogation
des acteurs sur la façon de dire les vers de Racine.
– Extrait de la Vie des
Douze Césars de Suétone.
– Texte de F. Fisbach (octobre
2000) sur son utilisation du texte établi dans l’édition
de La Pléiade et sur sa lecture de l’alexandrin (extrait du dossier
de presse pour la mise en scène de Bérénice
au théâtre de la Bastille, 2000).
– Article de Libération
sur cette mise en scène (23 février 2001).
– Début d’Aurélien
d’Aragon (1945) sur l’origine du roman de Bérénice.
Objectifs
– La question du
public ;
– les éléments
de mise en scène ;
– réflexion sur le
noeud de l’action ;
– la reprise des textes
anciens.
Séance
1
Lecture du texte de Suétone,
« Vie de Titus », III et VII (intérêt du sujet
: ambiguïté de Titus, « malgré lui et malgré
elle »). Réflexion sur le titre des deux tragédies
de Corneille et de Racine, en référence aux titres de leurs
autres oeuvres (présence du personnage féminin chez l’un
et l’autre dramaturges).
Séances
2 et 3
Lecture cursive des deux
actes I. Les élèves reformulent les deux intrigues et les
comparent (chez Corneille, double dysphorie, double noeud, double dilemme
; chez Racine, apparente euphorie : l’effet de chute en sera plus terrible).
Quand on fait l’expérience de cette séquence en classe, on
constate que les élèves sont choqués par le personnage
de Domitie chez Corneille (elle prend le parti de l’ambition, du devoir
du roi). On peut alors se demander quel jugement porter sur Domitie, sous
la forme d’un exercice d’argumentation orale à construire à
partir du texte, mais aussi en réfléchissant sur la différence
de jugement selon que le spectateur privilégié est, ou n’est
pas, le roi.
Séance
4
Lecture analytique de la
tirade d’Antiochus, complétée par la lecture cursive du début
du roman d’Aragon.
Séance
5
Questions de représentation
et de langue : comparaison entre les citations de l’édition de la
Pléiade sur la ponctuation de l’alexandrin, les réflexions
de F. Fisbach (voir documents ci-dessous), l’article de Libération,
et des extraits de la cassette du CNDP.
Documents
pour la séance 5
-
Citation empruntée à
l’édition du théâtre de Racine par G. Forestier, Bibliothèque
de La Pléiade :
Outre que moderniser
la ponctuation, comme on le fait depuis deux siècles, aboutit souvent
à imposer l’interprétation de l’éditeur […] il s’agit
d’une véritable trahison des intentions explicites d’un auteur pour
qui la ponctuation – à la différence de l’orthographe – relevait
de règles stables, quoique différentes des nôtres,
et jouait un rôle essentiel dans la lecture de ses vers.
Au XVIIe siècle,
la ponctuation avait pour fonction de marquer les pauses dans le discours,
en guidant la voix et le souffle : on ne se préoccupait du sens
que lorsqu’il s’agissait du point […], du point d’interrogation et du point
d’exclamation.
Il arrive fréquemment
chez Racine […] qu’un point virgule apparaisse à l’intérieur
d’une même phrase, introduisant une légère suspension
vocale entre une série de propositions subordonnées et la
principale.
L’alexandrin obéissait
à une structure rythmique rigoureuse […] offrant la possibilité
de marquer une pause très légère au milieu du vers
et impliquant une pause légère à la fin du vers, à
moins que, justement, une ponctuation n’indique explicitement la nécessité
d’une pause supplémentaire. (© Editions Gallimard)
-
Frédéric Fisbach,
octobre 2000 (voir dossier de presse).
Je décide, tout
en respectant absolument la versification, le rythme de l’alexandrin, de
présenter le texte en phrases. Je considère qu’une phrase,
c’est ce qui est contenu entre deux points. Le texte se présente
alors sous la forme d’un texte en vers libres ; tous les E muets qui doivent
être dits sont en majuscules. Les rimes féminines sont marquées
par le E final. L’hémistiche et la fin de vers sont notés
par “/” quand Racine n’a pas lui- même ponctué d’une “,”,
d’un “.”, ou d’un “;”. L’idée est que Racine intervient dans un
cadre qui est l’alexandrin, qu’il s’appuie sur cette forme. L’alexandrin,
si on se fie aux renseignements que nous avons sur la façon dont
il était dit, a son rythme propre. Il y avait un petit arrêt,
un suspens, à l’hémistiche et à la fin du vers. Racine
part de ça et rajoute des pauses, des suspens qui lui sont propres.
Il se sert pour ça de la ponctuation, qui ne souligne pas la syntaxe,
ou le sens, mais le rythme. Ceci, ajouté au choix des mots, qui
sont avant tout syllabes, unités de sons, et on s’approche de la
musique. Le sens bien sûr n’est jamais absent, il est absurde d’opposer
forme et sens, les deux sont intimement liés, en Occident en tout
cas.
Parenthèses.
La plupart du temps au théâtre, le sens n’est travaillé
que d’une seule manière, dans l’explication des situations, du rapport
des personnages par la psychologie. Je n’ai rien contre, mais si cette
façon de faire peut être juste pour certains auteurs, certaines
écritures, il est absurde de l’appliquer systématiquement.
Non, l’art de l’acteur ne se réduit pas à la connaissance
de ce code pour la scène.
Retour. L’idée
est de proposer aux interprètes une partition, faite de syllabes
et de signes. Cela change tout. Le texte n’apparaît pas seulement
comme étant des mots à apprendre, appelant certaines “couleurs”,
certains sentiments à fabriquer. Mais comme une proposition ardue,
exigeante à déchiffrer, dont on ne vient pas à bout
en une lecture. Il faut faire connaissance, la travailler. Travailler son
articulation, son souffle. Il n’y a pas une technique d’articulation, il
y en a autant que d’écritures. L’oeil joue son rôle, c’est
par l’oeil qu’on lit. Et peut- être continue- t- on à dire
par l’oeil ? C’est une aventure que de travailler l’écriture d’un
autre, ça ne va pas de soi. Comme il ne va pas de soi d’apprendre
un texte par coeur. Et je ne parle pas de la mémoire, la mémoire
n’est que l’aspect technique de cet apprentissage. Non, il s’agit bien
de l’accueil qu’on fait aux mots d’un autre. Les mots d’ailleurs sont toujours
d’un autre. Quelle place je fais, quel espace je dégage ou j’ouvre
pour accueillir ces mots ? Voilà qui devrait faire l’objet d’un
travail, et non pas être évacué comme faisant partie
de la cuisine, une chose ingrate. Fort heureusement, ce travail est souvent
léger, stimulant, inventif.
N. B. – Les théâtres
commencent à mettre en ligne sur leur site des photographies de
représentation. On peut déjà consulter le site du
photographe qui a suivi la représentation de Bérénice
au théâtre de la Bastille à Paris : www.kergolene.com.
En perspective, assistance à une représentation (sortie de
classe).
Bilan
de séquence
Les élèves
sont invités à se demander pourquoi Racine commence sa pièce
par des personnages secondaires. Comment interpréter l’absence de
Titus ? Ils ont à analyser les choix effectués par le metteur
en scène par rapport à la mise en place du conflit, et l’interprétation
qu’ils révèlent (exercice écrit).
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