BREVET DES COLLÈGES
Français
"Annales zéro"
© CNDP–DESCO Annales "zéro" Français
Sommaire
Introduction
1 Luc PLAMONDON, Monopolis
2 Didier DAENINCKX, Le Jeu-Mystère
3 Collin HIGGINS, Jean-Claude CARRIÈRE, Harold et Maude
4 Arthur RIMBAUD, Les effarés
5 « LE MONDE », « La fracture sociale »
6 Albert CAMUS, Le Premier Homme
7 Vincent HYPSA, L’éponge en porcelaine
8 CHATEAUBRIAND, Mémoires d’Outre-Tombe
9 LA BRUYÈRE, Les Caractères
10 « TELERAMA », Une vie de « panéliste » 
11 CALVO, La Bête est morte
TEXTE 6
TEXTE : Albert Camus, Le Premier Homme
cf. avertissement

Les films, étant muets, comportaient en effet de nombreuses projections de texte écrit qui visaient à éclairer l'action. Comme la grand-mère ne savait pas lire, le rôle de Jacques consistait à les lui lire. Malgré son âge, la grand-mère n'était nullement sourde. Mais il lui fallait d'abord dominer le bruit du piano et celui de la salle, dont les réactions étaient généreuses. De plus, malgré l'extrême simplicité de ces textes, beaucoup de mots qu'ils comportaient n'étaient pas familiers à la grand-mère et certains même lui étaient étrangers. Jacques, de son côté, désireux d'une part de ne pas gêner ses voisins et soucieux surtout de ne pas annoncer à la salle entière que la grand-mère ne savait pas lire (elle-même, parfois, prise de pudeur, lui disait à haute voix, au début de la séance : «tu me liras, j'ai oublié mes lunettes » ), Jacques donc ne lisait pas les textes aussi fort qu'il eût pu le faire. Le résultat était que la grand-mère ne comprenait qu'à moitié, exigeait qu'il répète le texte et qu'il le répète plus fort. Jacques tentait de parler plus fort, des « chut » le jetaient alors dans une vilaine honte, il bafouillait, la grand-mère le grondait, et bientôt le texte suivant arrivait, plus obscur encore pour la pauvre vieille qui n'avait pas compris le précédent. La confusion augmentait alors jusqu'à ce que Jacques retrouve assez de présence d'esprit pour résumer en deux mots un moment crucial du Signe de Zorro par exemple, avec Douglas Fairbanks père. « Le vilain veut lui enlever la jeune fille », articulait fermement Jacques en profitant d'une pause du piano ou de la salle. Tout s'éclairait, le film continuait et l'enfant respirait. En général, les ennuis s'arrêtaient là. 

Albert Camus, Le Premier Homme, © Éditions Gallimard. 
* PREMIÈRE PARTIE *

QUESTIONS (15 points)

La scène

1.

a. Dans quel lieu et à quel moment de l'histoire du cinéma se situe cette scène ? (1 point)
b. Relevez, pour justifier chacune de vos réponses, au moins deux expressions dans le texte. (1 point)
2. Pour résumer, en quatre lignes environ, la scène racontée dans le texte, recopiez en la complétant la phrase suivante: « Parce que la grand-mère..., Jacques devait, pendant la séance de cinéma... Mais il ne pouvait pas... parce que... C'est pourquoi la grand-mère ne comprenait rien. Alors, il décidait... Et tout s'éclairait. » (2,5 points)

3. D'après quels indices le lecteur comprend-il que cette scène se passait chaque fois que Jacques et la grand-mère allaient au cinéma ? (1 point)

La communication

4. Dans les onze premières lignes, relevez en suivant l'ordre du texte les obstacles qui empêchent l'information de se transmettre convenablement entre Jacques et la grand-mère. (2,5 points)

5. « Jacques, de son côté... aussi fort qu'il eût pu le faire » (lignes 7 à 11).

a. Réécrivez cette phrase en remplaçant les deux groupes adjectifs apposés par deux propositions subordonnées circonstancielles. Quel rapport logique avez-vous mis en évidence? (1,5 point)
b. Quelle est la qualité qui se manifeste ainsi chez Jacques ? (0,5 point)
6. « La confusion augmentait... » (ligne 16).
Remplacez le mot « confusion » par un terme de sens équivalent (0,5 point), puis expliquez votre choix. (0,5 point)
Les personnages

7. Relisez les lignes 10 à 13 (« tu me liras, ...le répète plus fort. »).

a. Quels sont les verbes qui indiquent que la grand-mère donne des ordres à Jacques? (0,5 point)
b. Indiquez le temps et le mode de ces verbes. (0,5 point)
8. Jacques n'obéit pas à la grand-mère, mais trouve une méthode plus efficace. Relevez dans les lignes 17 à 21
a. un verbe qui indique ce qu'il fait au lieu de lire le texte et de le répéter;
b. un verbe qui indique ce qu'il fait au lieu de bafouiller. (1 point)
9.
a. Relevez, dans le texte, la seule reprise nominale du mot: « grand-mère » (0,5 point)
b. Qui désigne ainsi la grand-mère? (1 point)
c. Pourquoi la grand-mère est-elle ainsi désignée à ce moment de la scène? (0,5 point)
RÉÉCRITURE (5 points)
Réécrivez les lignes 13 à 18 du texte (« Jacques... Zorro ») en commençant par : « Les enfants tentèrent de parler plus fort... » et en faisant toutes les modifications que vous jugerez nécessaires.
DICTÉE  (5 points)
 
« À la fin de novembre, cependant, les matins devinrent très froids. Des pluies de déluge lavèrent le pavé à grande eau, nettoyèrent le ciel et le laissèrent pur de nuages au-dessus des rues luisantes. Un soleil sans force répandit tous les matins, sur la ville, une lumière étincelante et glacée. Vers le soir, au contraire, l'air devenait tiède à nouveau. »
Albert Camus, La Peste, Éditions Gallimard.
 * SECONDE PARTIE *

RÉDACTION (15 points)
 

 Imaginez que deux personnes différentes, placées non loin de Jacques et de sa grand-mère, racontent cette scène à quelqu'un de leur famille après la séance de cinéma. L'une a été agacée, l'autre apitoyée. Rédigez deux courts récits en indiquant chaque fois précisément à qui ils s'adressent.
Vous rédigerez deux récits différents. - Les récits seront rédigés sur des tons différents (agacé dans le premier cas, apitoyé dans le second...). Il sera tenu compte, dans l'évaluation, de la correction de la langue et de l'expression.


***

ÉLÉMENTS DE CORRIGÉ
1. a. b. Lieu: dans une salle de cinéma (« les films », « la salle » ). Au début de l'histoire du cinéma (« les films... muets », les «projections de texte », présence du piano, éventuellement « Douglas Fairbanks père » ).
2. « Parce que la grand-mère ne savait pas lire, Jacques devait, pendant la séance de cinéma, lui lire les projections de texte. Mais il ne pouvait pas parler assez fort, parce qu'il était gêné par le bruit du piano et de la salle, et qu'il ne voulait pas importuner les voisins. C'est pourquoi la grand-mère ne comprenait rien. Alors, il décidait de résumer un moment crucial du film. Et tout s'éclairait. »
3. L'imparfait marque ici la répétition des actions, l'habitude. Les expressions « en général » et « parfois » renforcent cet aspect itératif: la scène décrite se répétait chaque fois que Jacques et la grand-mère allaient au cinéma.
4. - La grand-mère ne sait pas lire, elle comprend mal les mots des textes. - Elle est gênée par le bruit du piano et du public. - Jacques n'ose pas parler fort.
5. a. « parce qu'il était désireux... », « parce qu'il était soucieux de... » (ou « comme il voulait... » ou « comme il voulait ne pas. » ). Plusieurs transformations - reprenant plus ou moins directement le texte - sont possibles. Elles mettent toutes en évidence le rapport logique de cause déjà exprimé par les groupes adjectifs apposés.
b. Discrétion, respect, politesse, etc.
6. Désordre ou trouble sont des mots de sens équivalent. Le terme « expliquez », dans le libellé, invite les élèves à justifier leur choix.
7. a. « tu le liras », « exigeait que ». b. indicatif, futur et imparfait.
8. a. « résumer en deux mots ». b. « articulait fermement ».
9. a. L'expression « la pauvre vieille » est la seule reprise nominale du mot « grand-mère ».
b. C'est le narrateur qui désigne ainsi la grand-mère.
c. Il exprime ainsi une forme de pitié et attire sur elle la compassion du lecteur en décrivant l'impasse dans laquelle elle se trouve.


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