Ariane : De Chirico, Matisse ...


     
  Giorgio de Chirico (1888–1978)
La statue silencieuse
Huile sur toile
99.5 x 125.5 cm.
1913
Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen, Düsseldorf.
http://pintura.aut.org

Le réveil d'Ariane (1913), collection privée :
http://www.abcgallery.com/
  Giorgio de Chirico (1888–1978)
Ariane
Huile sur toile
135.6 x 180 cm.
1913
Foundation Giorgio de Chirico
The Metropolitan Museum of Art, New York.

Voilier qui s'enfuit, fumée d'un train qui passe, ombre lourde et géométrique de voûtes monolithiques, ocre, brun profond, blanc et vert, tour-phare solitaire, plongée sur la statue d'Ariane d'où l'ombre, encore, se répand....

  Giorgio de Chirico
La récompense du devin
Huile sur toile
135.6 x 180 cm.
1913
Philadelphia Museum of Art.
http://pintura.aut.org/
  Mélancolie d'une belle journée
Huile sur toile
69.5x  86.2 cm.
1913
Bruxelles, Musées Royaux des Beaux-Arts
http://pintura.aut.org/
  Place avec Ariane, 1915
Collection privée
Le tableau L'énigme d'un après-midi d'automne, hiver 1909, (Turin, coll. privée)
était né de l'émotion ressentie par le peintre à la vue de la Piazza Santa Croce à Florence (avec la statue de Dante d'Enrico Pazzi, 1885), alors qu'il se trouvait dans un état d'âme défini par lui-même comme "morbida sensibilità".
Sur d'autres places, la géométrie, impassible, superpose les arcades aux arcades, toujours semblables à elles-mêmes : Le socle d'Ariane, re-trouvé par l'artiste à Florence et à Versailles, n'en finit pas de projeter l'ombre de ces arcades de tableau en tableau.
La "statue endormie" : suspension, attente du moment de la révélation...
"Je suis ton labyrinthe", dit Dionysos.


 
Melanconia
Huile sur toile
78.7 x 63.5 cm.
1912
Londres, Estorick Collection of Modern Italian Art

http://paintingmelancholia.blogspot.com
  Place d'Italie, 1910
Collection privée

Deux hauts portiques épaissis et fermés par l'ombre. Entre eux, la "statue"d'Ariane, en marbre sur un haut socle trop grand. Fond vert. Au lointain s'enfuit un train à vapeur. Deux hommes minuscules perdu dans l'immensité. Solitude. Lumière rasante et froide. Ombres allongées, continuant Ariane. Temps et mouvement paralysés...
http://pintura.aut.org/

Voir aussi :
Collections privées :
http://pintura.aut.org
http://www.studio-international.co.uk/ (1961)
http://www.studio-international.co.uk (1972)
  Henri Matisse (1869-1954),
Le Rêve (la dormeuse), 1940
huile, 81 x 65 cm.
collection privée

http://www.matisse-picasso.org/

 

Il m'a demandé si je voulais poser, 
je lui ai répondu que je n'étais pas une poseuse.
Nadia Sednaoui 
(rencontre avec Matisse, 1948)

  Henri Matisse,
Nu bleu IV
Papier découpé,
103 x 74 cm.
Collection privée
1952

http://www.abcgallery.com/

Découper à vif dans la couleur me rappelle la taille des sculpteurs.

  Henri Matisse,
La danse
Huile,
2,60 x 3,91 m.
1910
Saint Petersbourg, Musée de L'Ermitage.
     
En allant de l'Ariane du Vatican aux Ariane de De Chirico, et si proches de leur modèle (par répliques interposées) en tant que "citation" et si étranges a priori par le décor, on rencontre un des mystères de l'Art. Les lignes témoignent qu'il est des hiéroglyphes, "signes sacrés", qui, reconnus et redits par l'artiste, d'âge en âge, pour s'en éclairer et se les ajouter, ont à la fois le pouvoir de suspendre le temps et de pousser la vie à ne jamais cesser son travail. On songe bien sûr à Malraux : A toutes les oeuvres d'art qu'il élit, le Musée Imaginaire apporte, sinon l'éternité que leur demandaient les sculpteurs de Sumer ou de Babylone, l'immortalité que leur demandaient Phidias et Michel-Ange, du moins une énigmatique délivrance du temps. Et s'il suscite un Louvre envahi et non déserté, c'est que le vrai Musée est la présence, dans la vie, de ce qui devrait appartenir à la mort.
Dans l'art de Giorgio de Chirico, dont les villes muettes, les portiques déserts, les rues et les places publiques vides nous angoissent à tant vouloir pénétrer dans la réalité cachée derrière le quotidien, et auquel Apollinaire, attiré par ses qualités mystérieuses et énigmatiques, appliqua, le premier, le terme de "métaphysique" (L'Intransigeant du 1" octobre 1913), la figure d'Ariane occupe une place privilégiée, peut-être en souvenir de sa propre jeunesse grecque (il est né à Volo, en Thessalie), mais en tout cas sûrement parce que, aidant Thésée à s'évader du labyrinthe, elle s'impose comme le symbole même de la révélation.  A moins que ce ne soit Ariane endormie dans sa statue qui le hante, avec son inquiétante immobilité, venue et maintenue du fond des âges. Mais l'effet est le même : c'est ce corps de marbre, c'est sa présence incongrue, c'est le temps suspendu qui créent l'attente et somment de chercher un sens, qui préludent à l'instant de la révélation ; la réalité apparaît comme si on la voyait pour la première fois.

Quittant ces Ariane voici une autre rencontre, à la même époque, La Danse de Matisse, nouvel écho de ce rythme donné jadis par le thiase dionysiaque, toujours tendu par la cadence du même désir, libérer le corps pour l'extase. Figures rouges de l'antique céramique, de toutes les courbes de leur corps les ménades de Matisse jaillissent sur leurs modèles, bondissent du sol (vert) pour dominer le vide (bleu), et délivrer enfin la danse depuis toujours trop sage des "Trois Grâces"(voir ici les images de Pompéi, Raphaël et Botticelli). 
Mais revient, comme nécessairement, la dormeuse. Ce Rêve achève, pour la sublimer, la courbe extatique. Non plus les arabesques d'Ingres, ni l'abandon de Giorgione, mais toujours ce bras d'Ariane qui fait le tour, apaisé comme un voile de Vierge, et donne au corps entier, au souvenir d'Eluard, un rond de danse et de douceur
Alors voici que la danseuse prend la pose ; six formes sculptées pures et bleues sur papier blanc font le cercle, l'extase a conquis son idée : un Nu bleu.



Documents, sources et liens :
Matisse :

http://www.hermitagemuseum.org/html_En/03/hm3_3_1_8d.html
http://www.abcgallery.com/M/matisse/matisse.html
http://www.artchive.com/artchive/M/matisse.html
http://www.ocaiw.com/nmatisse.htm
The Metropolitan Museum of Art
Chirico :
Giorgio de Chirico
http://www.fondazionedechirico.com/home/ita/it_index.html
Artcyclopedia : Giorgio de Chirico
http://www.metmuseum.org/works_of_art/viewone.asp?dep=21&viewmode=0&item=1996.403.10
http://www.philamuseum.org/exhibitions/exhibits/dechirico/ariadneseries-images.html (Philadelphia Museum of Art : Exposition "Giorgio de Chirico and the Myth of Ariadne" (nov. 2002 - janv. 2003) 
A la lumière de cette exposition, voir Caroline Benzaria, Giorgio de Chirico et le mythe d’Ariane : http://www.imageimaginaire.com/i
Giorgio de Chirico and the Myth of Ariadne :
http://www.studio-international.co.uk/painting/chirico.asp
Giorgio de Chirico, Time, Odysseus, Melancholy, and Intestinal Disorder :http://www.press.umich.edu/pdf/047211302X-app.pdf
Michela Santoro : Il mito nietzscheano di Arianna nella pittura di Giorgio De Chirico: tracce di un engramma nel repertorio iconografico neogreco : http://www.engramma.it/eOS/index.php?id_articolo=437
Anne Verger, « La représentation de la femme dans les œuvres de Giorgio De Chirico. », Italies, Revue d’études italiennes, Université de Provence - n° 3 - 1999, mis en ligne le 30 mars 2010, Consulté le 14 novembre 2010
Gaillemin Jean-Louis, Ariane et la ville, L'Oeil - n° 546 - Avril 2003 [en ligne]
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