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| PLUTARQUE, Vies
parallèles : Thésée
Traduction d'Amyot, édition Vasconsan 1567. |
| XVIII. [1] Après
donc que le sort eust esté tiré, Theseus prenant avec luy
ceulx sur qui il estoit tumbé, s'en alla du palais au temple nommé
Delphinion, offrir à Apollo pour luy et pour eulx l'offrande de
leur supplication, que l'on nomme Hiceteria, qui estoit un rameau
de l'olive sacrée entortillé à l'entour de laine blanche
; et après avoir faict sa priere, descendit sur le bord de la mer
pour s'embarquer le sixième jour du mois de mars, duquel on envoye
encores aujourd'huy en ce mesme temple de Delphinion les jeunes filles,
pour y faire leurs prieres et oraisons aux dieux ; [2] mais on dit que
l'oracle d'Apollo en la ville de Delphes luy avait respondu, qu'il prinst
Venus pour sa guide, et qu'il la reclamast pour le conduire en son voyage
; à l'occasion dequoy il lui sacrifia une chevre sur le bord de
la mer, laquelle on trouva s'estre soudainement tournée en un bouc,
et que c'est la cause pour laquelle on surnomme cette deesse Epitragia,
comme qui dirait, la deesse du bouc.
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le texte grec du paragraphe XVIII]
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le texte grec du paragraphe XIX]
Car il aimoit Ægle nymphe gentille,[2] Hereas Megarien dit que ces deux vers estoient anciennement entre les vers du poëte Hesiodus, mais que Pisistratus les en osta : comme aussi adjousta il ces deux autres icy à la description des enfers en Homere, pour gratifier aux Atheniens : Pirithous et Theseus enfansLes autres tiennent qu'Ariadne eut deux enfans de Theseus, l'un desquelz eut nom Oenopion, l'autre Staphylus : et l'escrit ainsi entre les autres le poëte Ion natif de l'isle de Chio, lequel parlant de sa ville dit ainsi : Oenopion du preux Theseus filz,Or quant à ce qui s'en lit le plus honneste ès fables des poëtes, il n'y a personne qui ne le chante, par maniere de dire ; mais un Pæon natif de la ville d'Amathunte le recite d'une sorte toute diverse des autres, [3] disant que Theseus fut jetté par une tourmente en l'isle de Cypre, ayant quand et luy Ariadne qui estoit enceinte, et si travaillée de l'agitation de la mer, qu'elle n'en pouvoit plus, tellement qu'il fut contraint de la mettre à terre, et que depuis il rentra dedans sa navire pour la cuyder defendre contre la tourmente, mais qu'il fut de rechef jetté loing de la coste en pleine mer par la violence des vents. Les femmes du païs recueillirent humainement Ariadne, et pour la reconforter (à cause qu'elle se desconforta merveilleusement quand elle se veit abandonnée) elles contrefirent des lettres comme si Theseus les luy eust escriptes, et quand elle fut preste à se délivrer de son enfant, elles feirent tout devoir de la secourir ; mais toutefois elle mourut en travail, sans jamais s'en pouvoir delivrer, et fut inhumée honorablement par les dames de Cypre. [4] Theseus un peu après y retourna, qui fut fort desplaisant de ceste mort, et laissa de l'argent à ceulx du païs pour luy sacrifier par chascun an ; et en memoire d'elle feit fondre deux petites statues, l'une de cuivre, et l'autre d'argent, qu'il luy dedia. Ce sacrifice se faict le deuxieme jour de septembre, auquel on observe encore ceste ceremonie, que l'on couche un jeune garson dessus un lict, lequel crie, et se plaint ne plus ne moins que font les femmes en travail d'enfant ; et si dit que les Amathusiens appellent encore le boscaige auquel est sa sepulture, le bois de Venus Ariadne. [5] Encores y a il des Naxiens qui le racomptent autrement, disans qu'il y a eu deux Minos, et deux Ariadnes, dont l'une fut mariée à Bacchus en l'isle de Naxos, de laquelle nasquit Staphylus, l'autre plus jeune fut ravie et enlevée par Theseus, lequel puis après l'abandonna, et elle se retira en l'isle de Naxos avec sa nourrice nommée Corcyne, de laquelle on y monstre encores aujourd'huy la sepulture. Ceste seconde Ariadne y mourut aussi, mais elle n'eust pas de telz honneurs après sa mort comme la premiere, pource qu'ilz celebrent la feste de la premiere en toute rejouissance et toute liesse, là où les sacrifices qui se font en memoire de ceste seconde, sont entremelez de dueil et de tristesse. [Télécharger
le texte grec du paragraphe XX]
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le texte grec des paragraphes XXI-XXII]
XXVIII C'est ce qui me semble digne de memoire, touchant ceste guerre des Amazones ; car quant à l'emotion que descrit le poëte, qui a fait la Theseïde, là où il dit que les Amazones meurent la guerre à Theseus, pour venger le tort qu'il faisoit à leur royne Antiope, en la répudiant pour epouser Phædra, et aussi quant à l'occision qu'il dit que Hercules en feit, cela me semble totalement fiction poëtique. Bien est vray qu'après la mort d'Antiope Theseus epousa Phædra, ayant desja eu d'Antiope un filz nommé Hippolytus, ou comme le poëte Pindarus escrit, Demophon. Et pource que les historiens ne contredisent en rien aux poëtes tragiques, en ce qui touche les malheurs qui luy advindrent ès personnes de ceste sienne femme, et de son filz, il faut estimer qu'il soit ainsi comme nous le lisons escrit ès tragedies ; toutefois on treuve plusieurs autres comptes touchant les mariages de Theseus, dont les commencemens n'ont point esté honnestes, ny les issues bien fortunées ; et neantmoins on n'en a point faict des tragedies, ny n'ont point esté jouez par les theatres. XXIX. Car on lit qu'il ravit Anaxo Trœzenienne et qu'après avoir tué Sinnis et Cercyon, il prit à force leurs filles ; qu'il epousa aussi Peribœa la mere d'Ajax, et puis Pherebœa, et Ioppe fille de Iphicles ; et si le blasme Ion d'avoir laschement abandonné sa femme Ariadne pour l'amour d'Ægle, fille de Panopeus, comme nous avons ja dit paravant. Et finalement il ravit Helene, lequel ravissement emplit de guerre toute la province d'Attique, et fut à la fin cause qui luy convint abandonner son païs ; et après tout le feit mourir, comme nous dirons cy après. (1)
Candie = La Crète, Héraklion, Cnossos.
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| N.B. On trouvera la traduction de Dominique Ricard (1798-1803 ; rééd. Paris, A. Blanchard, 1960) sur le site "nimispauci". |
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