Langues anciennes dans l'académie de Nancy-Metz Bulletin N° 8
décembre 2005
 

 
Initiatives
INFORMER POUR MOTIVER

Afin d’encourager les élèves à débuter ou à poursuivre l’enseignement du latin, les professeurs n’ont pas  ménagé leurs efforts en fin d‘année, allant à la rencontre des classes tantôt de 6ème, tantôt de 3ème, informant, rassurant, et souvent convaincant des élèves encore réticents.
Ces démarches s’avèrent généralement fructueuses et ont permis de voir s’accroître, parfois de façon spectaculaire, le nombre des latinistes et hellénistes.

Ces visites dans les classes se pratiquent en de nombreux établissements. Elles permettent à la fois de rassurer les élèves et de leur donner le désir de poursuivre l’étude d’une langue ancienne. Dans certains établissements, le nombre de latinistes a doublé, celui des hellénistes s’est considérablement accru. Soyons réalistes cependant, les chiffres ne sont pas toujours aussi parlants… et, parfois, c’est le passage en 1ère qui pose de nouveaux problèmes...

Lycée E.Bichat à Lunéville

Visites des lycéens aux latinistes des collèges.
Au cours des dernières années, le nombre de latinistes en seconde restait assez faible dans notre établissement : il avoisinait la dizaine, parfois la quinzaine d’élèves. Et pourtant  le lycée accueille des élèves venus de neuf collèges, soit environ 200 élèves qui étaient latinistes en troisième ! D’autre part certains élèves regrettent d’avoir arrêté le latin après le collège. En affinant leur projet professionnel, ils découvrent l’intérêt ou l’importance des langues anciennes dans la formation qu’ils ont choisie : première L, études littéraires, IUFM (pour devenir professeur des écoles, de lettres, d’histoire ou de langues) mais aussi études scientifiques de médecine ou de pharmacie… Et ils se réinscrivent en latin en première. Enfin, je me suis aperçu que les représentations des collégiens sur l’enseignement des langues anciennes au lycée étaient très éloignées de l’expérience réellement vécue par leurs aînés.
Pour toutes ces raisons, accompagnée d’élèves volontaires, je suis allée rendre visite aux élèves de troisième et à leur professeur dans plusieurs collèges. Les échanges ont été très fructueux non seulement entre les collégiens et les lycéens, mais également entre les professeurs et nous avons pris beaucoup de plaisir à nous rencontrer. Les questions ont fusé et mes élèves étaient ravis d’y répondre. Ils ont ainsi donné des témoignages très intéressants sur l’apport du latin dans leur formation. Et sans doute ont-ils été convaincants car cette année, trente-trois élèves de seconde font du latin à Bichat !
Bernadette Champagne
Notre collègue nous offre le document qu'elle distribue en ces circonstances :
Du latin au lycée, pour quoi faire ?  Quelques réponses à des collégiens curieux. Télécharger (*pdf 14 Ko)

                            
Cité scolaire La Haie Griselle à Gérardmer

L’expérience est reconduite chaque année depuis cinq ans :
  • Visite annuelle dans les classes de 3ème, si possible avec des élèves de seconde :
    • Présentation rapide du programme de seconde, des options en général, de l'option latin (horaire, coefficient), de l'ambiance, du type de travail (et de la quantité demandée), des différents supports utilisés (textes, informatique variée, images, CDI...) ;
    • Je montre à chaque fois les travaux réalisés par les élèves ; aussi je prévois toujours que les lycéens restituent les travaux de recherche (sur la civilisation et l'histoire en particulier) sur des supports montrables : panneaux divers, "publisher", site internet (imprimer une page-témoin)
  • Participation des latinistes à la journée portes ouvertes du lycée ; les visiteurs sont conduits par un guide, donc tous passent obligatoirement dans la salle de latin.
    • Après accord du proviseur et des CPE, trois élèves de seconde par heure présentent l'option-latin aux visiteurs, en donnant leur avis et en commentant des panneaux de présentation.
    • Ces panneaux résument :
      • les horaires, les coefficients, quelques arguments pour les parents (culture, études supérieures ...), des photocopies agrandies d'articles de défense des langues anciennes extraits de la presse nationale
      • des travaux d'élèves, ce qui leur permet de les commenter ; de plus cela occupe les gens qui aiment lire des documents divers sur la culture antique.
  • Organisation d'une demi-journée des langues anciennes :
    • Nous invitons tous les 3ème des collèges des environs à venir passer l'après-midi chez nous, pour découvrir le lycée côté latin, et pour rencontrer des lycéens.
    • Nous formons des équipes mixtes : 2 lycéens pour 4 collégiens par exemple.
    • Selon les années nous prévoyons des activités différentes pour ne pas lasser les lycéens qui recommencent tous les ans ! Ex : trivial pursuit (grammaire, vocabulaire, histoire, civilisation, conjugaison, littérature) ; créer des panneaux humoristiques à partir des publicités qui emploient le latin (exemple : les barres Mars, le savon Cléôpâtre) ; jeux intellectuels (mots croisés, mots en fleur, pyramide de mots, méli-mélo, rendre à chaque auteur sa citation, énigme en latin ...)
    • L'après-midi se termine par un goûter (rapide), et une remise des prix, car l'après midi est présentée comme un concours ; ex : une couronne de laurier (confectionnée dans ma cuisine la veille) ; une médaille en chocolat.
      NB : il faut prévenir tôt les collègues des collèges de la date, car ils doivent se déplacer en bus, ce qui doit être approuvé au conseil d'administration.
Cela nous a permis de mieux connaître les collègues de lettres classiques des environs ; ils n'hésitent pas à nous téléphoner pour qu'on vienne faire de la publicité s'ils sentent que des élèves hésitent.
  • Distribution d'un dépliant à l'occasion de chaque action : Pourquoi étudier le latin à la Haie Griselle ?
Télécharger
(*pdf 54 Ko, mise en page modifiée pour le site)

Claire Jeandidier (au lycée de la Haie Griselle, Gérardmer)
avec Corinne Amet et Sylvie Douchain-Richard (professeurs du collège de la Haie Griselle)


Lycée Varoquaux à Tomblaine

Voici quelques recettes que j'essaie d'appliquer pour recruter des latinistes :

1. Entrée en seconde

Début d'année : dans les lycées qui ont des classes européennes, veiller à ce que l'information partant vers les collèges mentionne la possibilité de continuer le latin dans ces classes ; ce sont des élèves travailleurs, dont l'intérêt pour les langues ne demande qu'à être encouragé ; veiller à ce que les conseillères d'orientation des collèges transmettent bien l'information.
Troisième trimestre :
Journée portes-ouvertes. C'est souvent l'occasion de voir des parents. Or les résistances viennent de plus en plus d'eux, parce qu'ils peuvent considérer le latin comme une perte de temps.
Cependant :
  • le latin est une préparation de l'épreuve de français (présence de la culture latine dans les textes, étude des procédés stylistiques)
  • avec le nouveau coefficient, il donne un avantage de plus en plus important pour le bac (d'ailleurs les latinistes réussissent tous le bac), et fait souvent accéder à une mention.
Au moment de l'orientation des Troisième : aller les voir dans leur classe, avec des élèves de Seconde, si possible originaires de leur collège. Cela permet de répondre à leurs questions et de calmer leurs appréhensions.
Réponse aux questions :
- les élèves craignent de ne pas être au niveau : leur indiquer que les connaissances grammaticales et lexicales seront reprises ; si le travail effectué au collège est valorisé, il y a néanmoins la possibilité pour chacun de s'intégrer.
- ils s'inquiètent d'une surcharge de travail à la maison : les élèves de Seconde peuvent les rassurer sur ce point.
- ils craignent de s'engager pour un an ; leur donner un mois pour choisir ; à nouveau les lycéens présents peuvent les assurer du fonctionnement de ce système.
Présentation des filières :
- ce sont souvent les élèves qui ont une préférence marquée pour les sciences, qui hésitent à continuer ; j'insiste de plus en plus sur l'importance de la culture générale dans les études scientifiques : c'est elle qui manque le plus et qui fait la différence entre des étudiants de niveau équivalent dans leur spécialité. Cours de rattrapage dans ce domaine dans les facultés de sciences
- les études littéraires : leur montrer l'importance du latin dans des domaines auxquels ils ne pensent pas forcément, comme l'histoire et le droit.
- l'option SES : pour les paresseux, qui ne veulent pas du latin en option facultative, et qui prennent en général SES en deuxième option : leur conseiller de poursuivre le latin à la place, plutôt qu'une option qu'ils ne feraient qu'un an ou dont ils reprendraient le contenu en cas de 1ère ES .
Fin juin, inscriptions en Seconde : y assister; on y voit tous les élèves, donc également ceux qu'on n'a pas pu rencontrer dans leurs classes.

2. Passage en Première

Beaucoup d'élèves, qui pensaient faire des études scientifiques et ont abandonné le latin, se sentent contraints de choisir une Première L . Leur donner la possibilité de valoriser ce choix en reprenant le latin en Première :
  • en intervenant lors des séances de présentation des filières organisées pour élèves et parents de Seconde
  • en faisant rappeler cette possibilité en fin d'année par les professeurs principaux et lors des conseils de classe de Seconde.
3.Organisation des études
  • assouplir encore le système : si un élève désire abandonner en cours d'année, ne pas faire de difficultés : c'est pour des raisons valables (un seul cas en trois ans)
  • s'il a choisi d'autres options facultatives (théâtre, musique) dont les horaires empiètent sur le latin, se montrer conciliant
  • obtenir un emploi du temps décent, surtout pour les Seconde, qui ne doivent pas avoir de "trou" à cause du latin.
  • organisation de sorties : alternance de voyages à l'étranger (Sicile en 2004, Grèce en 2006 ), et de visites de la région. Voyages organisés avec le collège du secteur, ce qui incite ces élèves à continuer ( passage de 1 à 6, puis à 12 élèves )

4.Vue d'ensemble
  • Les effectifs ont triplé en trois ans : nous passons d'une vingtaine à plus de soixante .
  • Au bout d'un mois, les Seconde qui étaient 9 en 2003 sont passés à 14 en 2004, 17 en 2005, 31 en 2006.
  • Nous offrons aux élèves la possibilité d’abandonner au bout d’un mois : aucun  abandon en 2003, 1 en 2004, 3 en 2005, 5 en 2006.
  • 3 élèves ont choisi le latin en option obligatoire (à la place de SES)
  • 7 élèves, en majorité littéraires, qui n'avaient pas choisi l'option latin en Seconde, l'ont reprise en Première.
  • 2 élèves parmi eux ont choisi d’abandonner le premier mois.
  • Résultats au baccalauréat : comme partout le latin permet d'accéder à la mention supérieure ; la nouveauté cette année, c'est que, le public s'élargissant, deux élèves ont eu le bac grâce au latin : ce mouvement  devrait s'accentuer dans les années à venir.
Prochain domaine à examiner : repérer, lors des conseils de classe de Première, les élèves qui ont un profil de latinistes, et qui ne le sont pas : voir pourquoi.
C'est un ensemble de pratiques qui n'a rien d'original. Dans la mesure où elles sont efficaces, elles le doivent à une bonne entente avec les professeurs de collège et à la souplesse de l'administration (alignement de 6 classes de Seconde avec aucune heure mal placée ; même pour un seul latiniste (qui peut abandonner quand il veut) on aligne la classe, même pour des classes à orientation technologique, dont les élèves devront arrêter en Première.  
Philippe Collé, Lycée Varoquaux de Tomblaine


Les rencontres dans le cadre d’une FIL (Formation d’Initiative Locale)

L’action en faveur des langues anciennes peut se mener aussi dans des rencontres de collègues d’un même bassin, lors d’une journée FIL dont la demande doit être adressée au rectorat par le chef d’établissement.
Cette réunion a pour objectif de réunir les professeurs du bassin, accompagnés d’un IPR ou d’un formateur dans la discipline. A la fois lieu de rencontre, d’échanges et de formation, cette journée est enrichissante et efficace. Elle permet aux professeurs de lycées et de collèges de se connaître, de prendre des contacts pour les visites de fin d’année, et bien sûr d’harmoniser des pratiques (apprentissages, mémorisation, traductions ... ) et parfois de mettre en place des projets communs collège-lycée. Comment mieux penser la continuité ?…
M-A Lefort, lycée H.Boucher, Thionville

La journée des Langues Anciennes

Cette journée programmée chaque année au mois de mars est une autre manière de s’investir et de faire vivre les langues anciennes par et pour les élèves.
Comment concilier plaisir et acquisition – parfois laborieuse – de nouvelles connaissances ? Largement représenté dans les programmes de Seconde, le théâtre peut être une réponse à cette question.
La séquence « Le rire à Rome » en est une excellente illustration, comme le montre une expérience menée avec une classe de latinistes de Seconde du lycée Louis Lapicque. Après des recherches sur le théâtre antique, utilisant les nouvelles technologies, les élèves ont étudié en œuvre complète La Mostellaria de Plaute, avec des approches variées (lecture expressive d’un passage long, version…etc), en s’appuyant notamment sur les extraits du manuel Latin-Seconde, publié chez Nathan. Une synthèse-bilan (« Qu’est-ce qui peut faire rire aujourd’hui un lycéen de seconde à la lecture et à la représentation de La Mostellaria ? ») a permis d’aborder la phase finale du travail, objectif majeur de cette séquence : une représentation théâtrale, donnée devant parents et amis lors de la journée « portes ouvertes », favorisant un apprentissage ludique du texte latin (les extraits joués ont combiné texte original et traduction).
Cette représentation, qui a séduit par sa fraîcheur et sa spontanéité, a été complétée par une mise en espace de maximes grecques, réalisée par des hellénistes de Seconde, et par une exposition consacrée à Orphée et l’Orphisme, œuvre d’élèves plus âgés s’initiant à la philosophie.
Ces représentations et cette exposition ont permis de réunir, lors de la journée « portes ouvertes » du lycée Louis Lapicque, élèves et parents autour du latin et du grec, illustrant par là-même que les langues anciennes sont bien vivantes, et favorisant leur promotion, si indispensable à la survie de nos options.
Marie-Claude Cochenet, Lycée Louis Lapicque, Epinal

Lire aussi dans la rubrique des lecteurs l'information donnée par Marie-Claude Cochenet "à propos des journées nationales de l'antiquité".


Lire enfin le témoignage d'un élève du lycée Georges de la Tour à Metz
(envoyé par son professeur, Philippe Maisonneuve) :

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Merci à tous les collègues qui ont entendu l’appel lancé dans le bulletin N° 6 et qui ont accepté de partager leurs expériences. 

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Coordination du bulletin :
M-A.Lefort, lycée H.Boucher - 57100 Thionville : Marie-Anne.Lefort@ac-nancy-metz.fr
M.Printz, lycée St Exupéry - 57290  Fameck : michel.printz@wanadoo.fr
D.Ferlin, collège Jacques Callot - Neuves Maisons : denisferlin@wanadoo.fr

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Rappel : La rubrique des lecteurs est ouverte à tous ! 
@M.T.


 
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