-
L'argumentation en lycée
: on trouvera de très précieuses informations sur la rhétorique
en Grèce dans l'ouvrage d'Olivier Reboul, Introduction à
la rhétorique, 2è éd., P.U.F., Paris 1994, 242
p.
-
Le texte grec de la Poétique
est disponible ici
(*pdf 260 Ko)
-
S'agissant de la tragédie
et du célèbre passage d'Aristote appliqué à
la "catharsis", une étude en français est accessible en ligne.
Pour la lire, cliquez
ici. Voici un autre passage de la
Poétique, très
significatif :
52a Le coup de théâtre
(peripšteia)1
est, comme on l'a dit2,
le renversement (metabol»)
qui inverse l'action3,
et ce, suivant notre formule, selon la vraisemblance ou la nécessité.
Par exemple, dans l'Oedipe4,
quelqu'un vient dans l'idée de faire plaisir à Oedipe et
de le débarrasser de sa crainte à propos de sa mère;
mais, en éclairant qui il est, il fait l'inverse. Dans le Lyncée5,
alors que l'un est conduit à la mort tandis qu'un autre, Danaos,
l'accompagne pour le tuer, le résultat des faits est que Danaos
meurt tandis que le premier est sauvé.
La reconnaissance
(¢nagnèrisij),
comme le nom même le signifie, est le renversement qui fait passer
de l'ignorance à la connaissance, qui mène soit vers l'amour
soit vers la haine des êtres définis soit pour le bonheur
soit pour le malheur. La reconnaissance la plus belle (kall…sth)
est celle qui s'accompagne d'un coup de théâtre, comme par
exemple celle de l'Oedipe6.
Sans doute il y a encore d'autres reconnaissances : il peut en survenir
de la façon qu'on a dite vis-à-vis d'objets inanimés,
quelque courants qu'ils soient7
; la reconnaissance peut aussi être dans la question de savoir si
un personnage a fait ou n'a pas fait quelque chose8.
Mais celle qui relève le plus à proprement parler de l'histoire
(màqoj),
le plus de l'action (pr©xij),
c'est celle que nous avons dite; en effet, une reconnaissance de ce
type, avec coup de théâtre, contiendra pitié ou frayeur
(on pose en principe qu'ainsi se caractérisent les actions dont
la tragédie est la représentation - m…mhsij9),
et c'est de plus en de telles circonstances que surviendra le malheur comme
le bonheur. La reconnaissance étant reconnaissance entre individus,
il arrive qu'il y ait reconnaissance de l'un des deux seulement à
l'égard de l'autre, chaque fois que l'un des deux laisse paraître
clairement qui il est, mais il y a le cas où il faut que chacun
des deux reconnaisse - par exemple, pour Oreste, Iphigénie fut reconnue
à la suite de l'envoi de la lettre, mais s'agissant de lui il fallait
une autre reconnaissance du point de vue d'Iphigénie10.
Il y a donc là deux
composantes de l'histoire: le coup de théâtre et la reconnaissance;
une troisième est le pathos (p©qoj)11.
Pour ce qui est du coup de théâtre et de la reconnaissance,
on en a parlé; quant au pathos, c'est une action conduisant à
l'effondrement ou à l'affliction, par exemple la mort aux yeux de
tous, les grandes douleurs, les blessures et tous les faits du même
genre.
1 La "péripétie".
2 Chap. VII et
IX de la Poétique.
3 Le
"retournement des actions en sens contraire", le "revirement".
4 Sophocle, Oedipe
Roi, 924 sqq. Aristote insiste sur cette exigence de vraisemblance
au chapitre précédent : la péripétie comme
la reconnaissance (cf. infra) sont le fait du drame lui-même,
découlent des faits antérieurs, vraisemblablement voire nécessairement,
"car cela fait une grande différence que tels événements
arrivent à cause de tels autres ou bien après
tels autres."
5 Oeuvre perdue
de Théodecte de Phaselis (élève de Platon, Aristote,
Isocrate).
6 La "péripétie"
commence au v. 924 (arrivée du messager de Corinthe, qui annonce
à Oedipe la mort du roi Polybe, anéantissant ainsi apparemment
la prédiction de l'oracle selon laquelle il tuerait son père)
; plus tard (v. 1022 sqq.), la conversation révèle à
Jocaste qui est en réalité Oedipe ; celui-ci n'admet la vérité
qu'au v. 1182.
7 Cf. par exemple
la boucle de cheveux sur le tombeau d'Agamemnon dans l'Orestie.
8 Ex. : Il faudra
longtemps avant qu'Oedipe reconnaisse en Laïos l'homme rencontré
au carrefour des routes de Delphes et de Daulie. Dans Oedipe Roi,
le "noeud" de la tragédie (dšsij)
est en quelque sorte dédoublé : un noeud extérieur
à elle (constitué des événements antérieurs
propres au mythe : le meurtre, l'inceste, la peste, l'oracle etc.), et
de ce point de vue on peut dire que l'ensemble de la pièce est un
dénouement (lÚsij)
; et un noeud interne, qui fait interférer enquête, conscience
et aveuglement, le dénouement ne se produisant que dans l'exodos.
9 L"imitation".
10 Cf. Euripide,
Iphigénie
en Tauride.
11 Le mot s'applique
autant à l'acte de violence dans sa manifestation scénique
(pr©xij)
qu'à son effet, "pathétique" (le sentiment éprouvé
par le spectateur).
MAFPEN Nancy-Metz
1998
|