BACCHYLIDE
Ode XVII, Thésée ou Les Jouvenceaux
Traduction R.Flacelière, Éd. E. de Boccard, 1958.
Accompagnement du Programme de Troisième : Document 2
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La nef à sombre proue
Portant Thésée, inébranlable au choc des armes,
Et deux bandes de sept jouvenceaux éclatants, enfants de l'Ionie
Fendait la mer de Crète ;
Car dans la voile, dont l'éclat scintille au loin,
S'engouffrait le Borée,
Grâce à la glorieuse Athéna, la déesse à l'égide brandie.
Lors le cœur de Minos fut enflammé d'amour
Par les dons sacrés de Cypris,
Divinité au bandeau enchanteur,
Et sa main, oubliant toute réserve,
Toucha les blanches joues d'une des jeunes filles.
Ériboea, poussant un cri, appelle à l'aide
Le petit fils de Pandion,
Tout cuirassé d'airain,
Et Thésée l'entendit ;
Dardant de son œil noir
Un regard sourcilleux,
Et le cœur déchiré d'une peine cruelle,
Il dit : "Fils de Zeus souverain,
Ce n'est plus un cœur pur
Qu'en ta poitrine tu gouvernes ;
Contiens, héros, ta violence altière.

Ce qu'a fixé pour nous le Destin tout puissant
Par le vouloir des dieux, et ce que le Justice
Pèse sur sa balance,
Ce sort fatal, à l'heure où il viendra sur nous,
Nous le suporterons ; mais toi,
Retiens ton lourd dessein.
Si de Phœnix la sage fille au nom charmant,
Unie à Zeus, en te donnant le jour
Au pied du mont Ida,
T'a rendu souverain parmi tous les mortels,
Moi, c'est en approchant de Poseidon marin
Qu'elle me mit au monde, 
La fille du riche Pithée,
Et les Néréides aux tresses violettes
Lui firent don d'un voile d'or.
Aussi, à toi, le chef des guerriers de Cnossos,
J'enjoins de réfréner ta passion
Qui coûterait de longs gémissements ;
Je ne voudrais plus voir
L'agréable clarté de l'Aurore immortelle
Si tu prenais de force une des jouvencelles ;
Montrons d'abord la force de nos bras,
Et de la suite un dieu décidera."

Ainsi dit le héros à la lance invincible,
Et dans la nef tous furent stupéfaits
De son audace fière.
Mais, dans son cœur, le gendre du Soleil
Se courrouça ; tramant un dessein inouï,
Il dit : "Zeus à la grande force,
Mon père, écoute-moi. Si c'est de toi vraiment
Que la Phénicienne aux bras blancs m'enfanta,
Lance à l'instant du ciel un éclair prompt
A la chevelure de feu,
Irréfutable signe.
Et toi, si c'est de Poseidon,
Qui fait trembler la terre,
Que la Trézénienne Æthra t'a mis au monde,
Rapporte alors du fond de l'abîme marin
Cet anneau d'or, qui brille sur ma main.
En te jetant sans peur dans le domaine de ton père
Tu vas savoir si le fils de Cronos,
Maître de l'univers et seigneur du tonnerre,
Exauce ma prière."

Zeus très fort entendit sa prière parfaite,
Et, voulant rendre à tous visible
La suprême marque d'honneur
Qu'il donnait à son fils Minos,
Il fit luire un éclair. A la vue du prodige,
Satisfait, le héros, guerrier inébranlable,
Tendit le bras vers le ciel éclatant,
Et dit : "Tu vois, Thésée,
Quelle faveur manifeste Zeus me témoigne.
Toi donc, élance-toi
Dans la mer aux sourds grondements :
Le seigneur Poseidon, fils de Cronos,
Ton père, te réserve une très haute gloire
Sur la terre aux beaux arbres."
Il dit, et de Thésée 
Le courage ne fléchit pas ;
Debout sur les planches bien jointes,
Il plongea, et la mer dans l'abîme sacré
Le reçut avec joie.
La stupeur envahit le cœur du fils de Zeus ;
Il ordonna de faire suivre au beau vaisseau
La voie où le poussait un souffle favorable.
A Thésée le destin ouvrait une autre route !
La nef voguait d'une marche rapide,
L'haleine de Borée la poussant par derrière.
Tous, ils ont frissonné
Les jouvenceaux d'Athènes,
Quand le héros a sauté dans la mer,
Et de leurs yeux de lis des larmes ont coulé
Dans l'attente d'un lourd malheur.
Cependant des dauphins, habitants de la mer,
Rapidement portaient le grand Thésée
Vers le palais de son père, dieux des chevaux ;
Là, quand il eut atteint la divine demeure,
Il frémit en voyant les Néréides,
Filles au grand renom d'un père fortuné.
De leurs membres brillants
Jaillissait une lueur vive,
Pareille à celle de la flamme ;
Des rubans tressés d'or couraient dans leurs cheveux,
Et leur cœur se réjouissait
Des pas de danse que formaient leurs pieds humides.
Il vit aussi la chère épouse de son père,
Amphitrite aux grands yeux, vénérable déesse,
Dans le palais charmant.
Elle le revêtit d'une robe de pourpre,
Et mit sur ses cheveux crépus
Une couronne magnifique,
Faite de roses sombres,
Que lui donna pour son hymen la rusée Aphrodite.
De ce que les dieux veulent,
Il n'est rien d'incroyable aux mortels pleins de sens.
Près du navire à fine poupe il reparut.
Ah ! dans quelles pensées
Il jeta le chef de guerre de Cnossos,
Quand il sortit non mouillé de la mer,
Splendide merveille pour tous !
Sur ses membre étincelaient les dons des dieux.
Les jouvencelles, sur leurs sièges éclatants, 
Pleines d'une assurance neuves,
S'exclamèrent ; au loin la mer en retentit ;
Près d'elles, de leur voix charmante,
Les jouvenceaux chantèrent le péan.
Dieu de Délos, que ton âme se plaise
Aux chœurs formés par les gens de Céos,
Et donne-leur l'heureux destin qu'envoient les dieux aux braves !


Langues anciennes dans l'académie de Nancy-Metz