I. S'agissant particulièrement de
la peinture d'Ariane abandonnée dans le carmen LXIV :
on voudra bien se reporter
au texte d'introduction, dont on extrait ici la
partie proprement pédagogique :
[...] A la lecture de Catulle et à la suite de ces propositions,
une série de questions s'imposent donc, et on en vient ainsi à
l'objet pédagogique de ces pages. Le poète peint, en vingt
vers, "Ariane abandonnée par Thésée" telle que la montre
la broderie recouvrant la couche nuptiale de Thétis et Pélée.
Mais, puisqu'il s'agit d'une peinture, cette Ariane est-elle de celles que
l'on a vues abondamment représentées dans l'antiquité
et qui seraient autant de modèles pour la nôtre ? Dans quelle
mesure est-il possible de dire que ces représentations figurées
jouent un rôle dans l'invention du poète ? A quel niveau d'interprétation
s'arrête-t-il lui-même ? Que reste-t-il, dans son propre projet
et sa propre composition, du fond mythique commun à tous ? Ces images
ont-elles une place à tenir dans notre lecture et notre compréhension
du texte ? De là, au vu de ces multiples tableaux qui, jusqu'à
nos jours, ont fait renaître constamment "Ariane", endormie, abandonnée
ou non, explicitement ou allusivement, d'autres interrogations surgissent
: s'agit-il toujours de la fille de Minos ? Quelle ligne essentielle a pu
lui assurer un telle pérennité ? Quelles variations le thème
subit-il ? Les vers de Catulle sont-ils, de ce point de vue, éclairants
?
Quelques unes de ces questions seront considérées dans le
commentaire ou dans les fiches d'accompagnement, et cela en accord avec les
finalités et les perspectives énoncées dans les programmes,
ce qui implique que le propos s'impose des limites. Cependant le projet ne
cache pas l'une de ses premières intentions : inciter à tirer
profit, dans la classe de latin (ou de grec) et dans le cadre des activités
de lecture, des ressources désormais offertes par l'internet, particulièrement
riche en matière d'antiquité classique et d'histoire de l'art.
C'est pourquoi les propositions faites ici n'envisagent pas une exploration
exhaustive de la problématique : En tirant parti de documents iconographiques
aisément accessibles pour mieux traduire et comprendre le texte,
elles souhaitent d'abord ouvrir quelques pistes et montrer la possibilité
d'une démarche active et féconde, à charge pour le
professeur de l'étendre vers d'autres directions ou de l'adapter à
d'autres situations de lecture, en particulier lorsque celles-ci auront à
faire appel aux mythes et aux images qui leur sont nécessairement
associées. Le champ des applications de cette démarche est
donc largement ouvert : mythologie, poésie épique, élégiaque,
dramatique, mais aussi étude des "figures" qui parcourent toute l'histoire
des arts et de la pensée, par exemple Dionysos, Apollon, Vénus,
le héros, le pathétique, l'extase ...
Pour permettre une exploitation souple de ce dossier, on a choisi une présentation
qui soit utile à divers projets pédagogiques, étant
bien entendu que, s'agissant de l'image, le but est avant tout d'en considérer
le discours dans ses similitudes, différences, complémentarités
et interactions avec les textes, et cela conformément aux recommandations
établies par les instruction officielles applicables à l'enseignement
des Lettres.
Pour
ce qui est de l'extrait du carmen LXIV considéré ici,
tenant compte du fait qu'une analyse, si argumentée soit-elle, n'est
toujours qu'une proposition de lecture, on a présenté séparément
:
- "notes"
(matériel mythologique, littéraire, critique, linguistique
..., utilisable au gré de chacun et destiné dans un premier
temps à la lecture suivie)
- et "commentaire littéraire" : Tirant signification
des images, celui-ci tente, notamment, de mettre en évidence le profit
à tirer du recours aux documents iconographiques disponibles sur l'internet
quand il s'agit de traduire et de lire un texte dans la classe ou de mener
un travail personnel, encadré ou non.
Mais si
l'étude proposée ici est celle de Catulle, on peut très
bien envisager que la figure d'Ariane soit examinée aussi, par exemple,
à partir d'un ou plusieurs textes d'Ovide, voire dans le cadre d'un
projet littéraire plus large, portant sur le pathétique, le
baroque, le maniérisme ... de l'antiquité jusqu'à nos
jours. Les possibilités de "groupements" sont infinies.
C'est donc
pour favoriser la diversité des approches qu'on a constitué
par ailleurs plusieurs répertoires (voir la table des liens au bas
de cette page) :
- Le corpus des textes
grecs et latins portant témoignage sur le mythe d'Ariane ;
- pour ce qui est du matériel
iconographique offert par l'antiquité, des dossiers montrant Ariane
en diverses "situations" :
- avec Dionysos,
- avec Thésée
(ou seule) ;
- on y a associé
dans un album "autour d'Ariane" d'autres images porteuses de significations
(sur le plan esthétique ou sur le plan mythologique) : Thésée,
Dionysos, Ménades, Phèdre, Pasiphaé, extase, pathos,
noces (et le chant des Parques : le destin d'Achille) ;
- s'agissant de toutes
ces figures, les œuvres de la postérité, arts et textes littéraires.
II. Outre l'étude spécifique
des vers de Catulle, voici quelques pistes et suggestions, devant naturellement
être adaptées selon qu'on envisage une application en collège
ou en lycée
N.B. Les textes anciens peuvent être exploités
en version originale (totalité ou extraits) et/ou en traduction.
- Un travail sur les légendes
crétoises : en cours de grec mais aussi en cours de latin.
Connaître des mythes
qui sont à la base d'expressions et de noms que nous utilisons dans
le vocabulaire actuel : dédale, labyrinthe, mer Egée, suivre
le fil d'Ariane, rêve d'Icare, etc. Tous les textes peuvent être
librement exploités, associés à quelques images choisies
par le professeur.
Prolongements : Cnossos
et Evans, les écritures crétoises, initiation au Linéaire
B, la religion minoenne. - Une réflexion sur la transmission
des myhes : les points communs et les différences.
En particulier : Comparaison
entre les récits des mythographes et le propos des poètes
(voir le recueil de textes).
Ce qu'il en reste dans
les arts selon les époques (appel à l'observation et à
la sensibilité des élèves). - La figure de Thésée
: aspect particulier (aspects contradictoires) dans le mythe d'Ariane.
- Ariane et Thésée
:
- Ariane et Dionysos :
- Groupement : Catulle,
LXIV, 251 - 264 ; Ovide, Fastes,
III, 505 – 516 ; Ovide, Art
d'aimer, I, 547-562 ; Ovide, Métamorphoses, VIII,
169 - 182 (à noter : les "variantes" chez Ovide, significatives du
propos des œuvres en question) ; Xénophon, Le banquet ; au choix telle
et telle œuvre de l'antiquité et de la postérité... (voir
notamment les textes poétiques
: Chénier, Banville, Heredia, Guérin ... Benserade)
- L'élégie
: textes, sculpture, peinture, de l'antiquité à nos jours.
- L'abandon d'Ariane /
l'abandon de Didon : Voir le dossier iconographique consacré par ailleurs
à L'Énéide.
- Étude d'un tableau,
en commençant par exemple par Titien, Bacchus et Ariane : Par
la composition et les couleurs l'artiste à la fois distingue et associe
les deux images principales du mythe (voir fiche particulière). Pour une
comparaison ou une étude spécifique les toiles de Tintoret et de Delacroix offrent également
une matière extrêmement riche (voir les fiches).
- Les métamorphoses
d'Ariane dans l'histoire de l'art (enquête parmi les œuvres proposées
sur le site - exposés - collaboration utile du professeur d'arts
plastiques) : Renaissance, maniérisme, baroque, romantisme, arts contemporains.
Tradition et réminiscences. Partir par exemple du "modèle",
l'Ariane du Vatican (original hellénistique), pour aboutir
à De Chirico, en passant par les fresques de Pompéi, les mosaïques
romaines, puis par Michel-Ange, Raphaël, Waterhouse ...
- La légende d'Ariane
dans les représentations figurées de l'antiquité (voir
aussi d'autres exemples sur d'autres mythes sur la page "bibliographie") : statuaire (initiation à l'art
hellénistique), céramique (archaïque, classique : les caractéristiques
formelles et sémantiques), peintures murales de Pompéi (rôles
et significations), mosaïques, bas-reliefs (art romain) ; lire aussi
(et éventuellement traduire) les extraits de Pausanias.
- L'histoire d'Ariane,
principalement sur les peintures murales de Pompéi et Herculanum :
on a proposé ici, en dix pages, un "itinéraire" d'une maison
à l'autre, permettant non seulement de retrouver les principaux moments
de la légende mais aussi de s'éclairer sur l'art campanien.
On a inséré dans cet itinéraire une halte devant l'Ariane
du Vatican, œuvre de référence s'agissant de l'histoire
de l'art et de la postérité du mythe, et une autre devant le
cratère hellénistique de Derveni.
- Traductions, anciennes
et récentes : c'est à dessein, par exemple, qu'on a donné
ici la traduction de Plutarque
par Amyot. La lecture ne devrait pas manquer de donner quelque plaisir : de
quoi créer quelques attentes, peut-on penser, avant d'aborder sereinement
le texte grec original ...
- Persistance d'un mythe
- littérature et musique : cf. les textes indiqués sur la page
"postérité".
- La "couronne boréale",
catastérisme, mythologie et astronomie : Ovide (cf.
note à Met.,VIII),
Phérécyde
(cf. note à Apollodore), Hygin. Voir d'autres cas
dans les Métamorphoses et par exemple chez Catulle la Chevelure
de Bérénice.
III. Le Chant des Parques aux noces de Thétis
et Pélée : le destin d'Achille
- Dans l'album iconographique
Autour d'Ariane, une partie importante est consacrée
aux noces de Thétis et Pélée,
qui constituent l'argument de base du poème de Catulle. Le sujet,
en tant que tel, peut faire l'objet d'une étude particulière
(identification des divinités représentées, dans le
carmen LXIV et dans les œuvres picturales, l'épithalame,
la cérémonie des noces en Grèce et à Rome [voir
The Greek
and Roman Wedding]).
- Mais on s'attachera
surtout au fait que le poète termine l'évocation de ces noces
par les célèbres carmina des Parques, lesquelles annoncent
aux convives le destin du fils qui va naître, Achille, et cela en des
termes souvent bien éloignés des clichés "favorables"
traditionnellement attachés au héros de la guerre de Troie
: ces termes ont guidé le choix des images proposées ici (antiquité
et postérité), soit qu'elles illustrent clairement ou indirectement
le poème, soit au contraire, en réalité plus souvent,
qu'elles s'en écartent. Cette confrontation est riche d'enseignements,
qu'il s'agisse d'observer chez Catulle des "lacunes" au regard de la "geste
d'Achille" (elles sont nombreuses !) et de tenter de les comprendre à
la lumière de l'ensemble du texte (la peinture de Thésée,
l'argument moral de l'épilogue), ou plus précisément
d'étudier les intentions d'un jeune poète romain, contemporain
de César, imprégné des innombrables représentations
du mythique héros grec mort prématurément, mais procédant
pourtant délibérément (une provocation ?) par excerpta,
dans une écriture éminemment personnelle et sensible, pour aboutir
ensuite à un constat sans concession (Omnia fanda nefanda malo
permixta furore / iustificam nobis mentem auertere deorum). Ici, dans
cet univers de violence, de sang, de deuil, et de sacrifice rituel où
l'on cherche vainement trace de ces traits émouvants et humains qui
attachent universellement à la figure d'Achille (comme à celle
d'Énée), éloge et condamnation se confondent d'une manière
déroutante, jusqu'à la dérision peut-être quand
on voit in fine cet amoncellement de cadavres désigné
comme manifestation de la felicitas de Thétis et Pélée.
En tout état de cause, la lecture de ce chant (comme c'était
le cas, au début du poème, du tableau d'Ariane abandonnée
commenté par ailleurs) trouve dans les images - céramique, peinture,
bas-reliefs - un éclairage particulièrement fructueux. Une traduction, des notes et des documents pour le commentaire
de ce passage (vers 323 - 408, chant des Parques et épilogue du poème)
sont disponibles ici même
: Indépendamment de l'iconographie, on observera l'intérêt
de lire aussi cet ensemble en liaison avec un des aspects du programme des
classes terminales, la "perte des valeurs". La plupart des grandes questions
soulevées par le thème apparaissent ici.
- Plus largement, ce répertoire
peut aussi être exploité dans le cadre d'une réflexion
critique sur l'héroïsme, en relation directe ou non avec le
texte de Catulle (auquel du reste, s'agissant de la littérature latine
et du monde romain, il faudrait ajouter une autre retractatio capitale,
l'Iliade ovidienne, dont les ambiguïtés renvoient bien
souvent à celles qu'on observe ici), et naturellement dans une étude
de la figure grecque d'Achille pour elle-même. Voir notamment :
- sur Educnet les dossiers
qui lui sont consacrés : la complexité
du personnage ; Achille
et Priam : Iliade et iconographie ; Achille
à la fontaine : étude d'un vase du Musée du Louvre.
- sur le site de l'Université
de Grenoble : Homerica
- Yves Touchefeu, L'héroïsme
dans l'Iliade : "la profondeur mélancolique d'une lumineuse
évidence" (L'Iliade n'est pas seulement célébration
de l'héroïsme, elle invite à penser l'héroïsme.
Les héros eux-mêmes savent que leur vrai bonheur ne réside
pas dans l'affirmation présente de leur excellence héroïque,
car leur destin, comme le destin de tous les mortels, est de connaître
la souffrance. Le vrai bonheur des héros est de penser qu'ils resteront
dans la mémoire des hommes par le pouvoir du chant poétique.)
Restent les recherches
libres sur le site..., la page "bibliographie"
ouvrant quant à elle de multiples perspectives (études, liens
sur internet).
Ces propositions
n'indiquent évidemment pas toutes les possibilités. Que soient
remerciés les collègues qui voudraient bien communiquer leurs propres
expériences (séquences, recherches, travaux d'élèves)
: Cette rubrique a pour vocation d'être à suivre...
Sur Dionysos
en particulier, on se reportera dès maintenant au dossier complet
présenté sur Educnet-Musagora :
http://www.educnet.education.fr/musagora/dionysos/default.htm
On y trouvera notamment
une séquence destinée à des latinistes de troisième
en début d’année scolaire, proposée par Véronique
Drujon, Bacchus, un mythe grec à Rome :
http://www.educnet.education.fr/musagora/dionysos/dionysosfr/bacchus-mythe.htm
Marcel
Tardioli,
décembre 2000
- octobre 2004
© Académie
de Nancy-Metz
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