| Sur quelques
vers de Catulle (LXIV, 50 - 70) l'abandon d'Ariane |
| II.
Texte et commentaire illustré (I. Texte et notes) |
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Avertissement
Pour ne pas surcharger le commentaire on a choisi de rassembler les
"notes" dans une page distincte. En
fait, celle-ci a d'abord pour vocation d'accompagner une lecture suivie
et fournit donc les informations utiles dans ce cas, vers par vers (matériel
mythologique, littéraire, critique, linguistique ...). Quand il y a
lieu, toutefois, on pourra y faire référence ci-dessous,
en particulier dans la première partie.
I. Desertam in sola miseram se cernat harena (ou : le pathétique roman d'Ariane) "Ariane abandonnée",
dans le poème de Catulle, c'est probablement d'abord un regard.
Nulla fugae ratio, nulla spes ; omnia muta,Et ici : desertam in sola miseram se cernat harena.Un vers pour une plainte et un chant du malheur, deux notes répétant le même soupir, jusqu'à ce qu'il s'éteigne sur le sable de Naxos [note] : Le désert de l'amour, dont l'image se répétera d'âge en âge, sous l'archet du poète : Ariane, ma sur, de quel amour blessée,et sous le pinceau des peintres (ou, beaucoup plus rarement, des sculpteurs) [voir deuxième partie]. *** Mais la plainte ne conduit pas à la résignation. Pourrait-il en être ainsi quand amor et furor [note] se confondent ? Pour Ariane, le désolant spectacle d'elle-même est au contraire le révélateur cruel de cette passion, de cette "fureur", qui fait du cur un champ d'épines (spinosas Erycina serens in pectore curas, v. 72) : l'ardeur d'un regard, le sien (cupido ... lumine, v.86 ; fragrantia lumina, v.91), avait pourtant suffi : (...) cuncto concepit corpore flammamIncrédule à ce que ses yeux voient (55), elle n'a, pour l'instant, d'autre pouvoir que de ravaler cette passion, indomitos in corde gerens furores, "le cur lourd de fureurs implacables", d'autre secours que de s'agripper encore au nom seul de l'amant, que le poète fait entendre comme une plainte en fin de vers (eheu ... Theseu), où les allitérations rythment les coups du désespoir : (...) toto ex te pectore, Theseu,Quelle autre ressource aurait la fille de Minos, elle à qui la passion a fait quitter les bras maternels et le lit virginal (87 et suiv.), elle qui s'est laissé arracher aux autels de ses pères (132) ? *** Perdita, elle l'est, en effet. Le poète efface et abolit l'existence : le sommeil était fallax, "trompeur" parce que fait d'illusions, trompeur aussi comme Thésée ; les promesses s'avèrent irrita, le foedus est annulé ; le jeune héros s'enfuit, immemor ; quels souvenirs faudrait-il éteindre au départ de ce iuuenis ! Racine, encore, longtemps après, les ravivera : Mais fidèle, mais fier, et même un peu farouche,Dès lors Ariane s'abandonne, aux négations succèdent les négations, les voiles tombent, un à un : non flauo retinens subtilem uertice mitram,Nous retrouverons en partie ce motif plus loin dans le poème, précédant les plaintes d'Ariane : ac tum praeruptos tristem conscendere montes,"tantôt elle escaladait, morne, les monts abrupts pour tendre de là son regard sur le vaste bouillonnement de l'onde ; tantôt elle courait à la rencontre des flots, vers la mer tremblante, relevant de sa jambe dénudée les voiles souples" (traduction H.Bardon). Mais chez Catulle les images se mêlent : voici alors que la peinture l'emporte sur la raison pathétique. C'est l'avènement d'une "autre" Ariane. La Minoïde, que la musique du vers avait déjà faite belle de ses "grands yeux tristes" (maestis Minois ocellis, 60), s'allège (non retinens, non contecta, non uincta) dans un tourbillon de transparences (subtilem mitram, leui amictu, tereti strophio) et d'eau (omnia quae ipsius ante pedes fluctus salis adludebant). Un glissement libère le corps, qui en conséquence s'élève (quae toto delapsa e corpore passim), et voici l'extase : l'épouse divine se dévoilera, la bacchante "de pierre" va vers Dionysos. Liber.
II. Du pathos à l'extase (ou : la Ménade) S'il est assuré que les
passions du poète de Lesbie se disent à chaque vers, tellement
humaines, du reste, qu'elles accèdent à l'universalité,
elles ne suffisent pas à éclairer toutes les propositions
du carmen. indomitos in corde gerens Ariadna furores,La métaphore mythologique réalise la fusion entre élégie et tragédie. Le pathétique s'applique au(x) personnage(s) ; le lecteur - auditeur - spectateur est touché (cf. Aristote). Mais la poesis prend place ici délibérément dans la pictura, comme il se doit, pourrait-on ajouter (cf. Horace) : Haec uestis priscis hominum uariata figurisEt cependant l'ecphrasis, chez Catulle, est loin de s'en tenir aux ambitions conventionnelles de l'imitation (voir [note] et l'article mimésis dans le Dictionnaire international des termes littéraires de l'Université de Limoges). Le pouvoir suggestif de ces vers tient au fait qu'ils procèdent par métonymies à l'intérieur d'un univers à la fois personnel et mythique complexe et qu'ils associent dans le même tableau des références culturelles - et iconiques - hétérogènes, à charge pour le lecteur romain contemporain de Catulle, rompu à l'exercice, d'en reconstruire la trame qui satisfasse son esprit. On songe ici, en même temps, à deux uvres picturales fameuses : aux * Noces Aldobrandines sur l'Esquilin, qu'on a pu précisément associer aux noces de Thétis et Pélée, et à la fresque de la * villa des Mystères à Pompéi. Non seulement ces peintures partagent avec le carmen LXIV (composé à une époque peut-être proche d'elles ?) des signes voisins (noces, initiation, danse ou ménades, et jusqu'à Dionysos dans le cas de la villa, rédemption, ...), mais aussi, comme dans le poème, l'intelligence d'un regard connaisseur s'y trouve obligatoirement sollicitée. Dans le carmen comme sur ces murs les images se succèdent dans une séquence qui suppose connivence, du visiteur ou du lecteur. On serait tenté de dire que, s'agissant du mythe d'Ariane et du traitement qu'on lui voit appliquer chez Catulle, ce lecteur est d'autant plus sollicité qu'il doit lui-même trier parmi ses propres souvenirs d'images - peintures, narrations -, par postulat concrets et nombreux (et auxquels il peut attribuer des valeurs diverses, symboliques, éthiques ou simplement décoratives), ceux qui sont susceptibles de s'accorder à ce qu'il lit. De plus, à l'imitation mais de surcroît à la suite du poète, il est sommé de procéder à un transfert de l'image au texte, d'un signifiant d'ordre pictural à un signifiant d'ordre linguistique, ce qui ne va pas sans incertitudes, surtout lorsque, faute de l'existence avérée d'un modèle réel (comme c'est le cas avec cette "Ariane abandonnée" de Catulle), on doit considérer le tableau comme lui-même fictif... En tout cas, si l'on perçoit aisément en ces vers, surtout éclairés de l'expérience personnelle du poète, leur part d'analyse psychologique, laquelle occupe une place de choix dans le "roman d'Ariane" si l'on en juge a posteriori par les nombreux échos qui lui seront faits au cours des siècles, d'autres éléments interrogent plus fortement, en particulier dans la deuxième partie du passage. La poésie opère un glissement qui ne se dissimule pas : d'une "Ariane abandonnée" - bien reconnue a priori par chacun - on passe dans les derniers vers à l'abandon d'Ariane. La question, in fine, n'est plus : abandonnée par qui ? mais : s'abandonnant à qui ? La structure du carmen LXIV fournit une hypothèse : Dionysos (cf. introduction). Les représentations figurées peuvent donner, elles, une réponse, sans qu'il soit au demeurant besoin de faire référence à quelque ouvrage réel. La poésie de Catulle ne se fait pas "à la manière de", sauf s'il s'agit de trouver chez un Callimaque l'impulsion de sa propre invention. Mais son écriture avance nécessairement - faute de quoi le mythe ne serait plus le mythe - dans un univers esthétique (voire mystique) commun, qui lui impose des codes et des signes à partager avec son lecteur. Or en l'occurrence ces codes sont multiples (le mythe nous met en présence de deux couples, hiérarchisés : Ariane et Thésée -épopée, virtus, héroïsme, élégie-, Ariane et Dionysos - hiérogamie, mystère), différents sinon contradictoires, variables selon les époques, et finalement modifiables à plaisir à en juger par le traitement qu'en fera la postérité. C'est ainsi que Catulle lui-même peint une Ariane qui n'est ni tout à fait la même ni tout à fait une autre : à l'image d'une femme prostrée sous l'effet du désespoir succède celle du mouvement qui sublime et conduit à l'extase, non pas "repentir" de peintre, mais nécessité : une fois encore, c'est la villa des Mystères qui éclaire. Mais peut-être faudra-t-il attendre Titien et surtout son * Bacchus et Ariane pour retrouver ce que le poète de Lesbie donne à voir. *** Dans les représentations figurées de l'antiquité, l'histoire d'Ariane apparaît essentiellement sous trois grands motifs correspondant à la chronologie la plus répandue [note] : sommeil d'Ariane, abandon par Thésée, délivrance par Dionysos. S'y ajoutent les nombreux vases qui la montrent en compagnie soit de Thésée (assistant au combat contre le Minotaure), soit de Dionysos (trônant, en char ou debout à ses côtés, participant au thiase entourée de satyres et de ménades) : sauf exception, on n'insistera pas sur cette dernière catégorie, d'abord parce que l'identification d'Ariane n'est pas toujours assurée, ensuite et surtout parce que Catulle ne paraît pas lui-même s'arrêter explicitement aux images de ce type. On en trouvera ici néanmoins des exemples, dans les dossiers spécifiques Ariane et Dionysos, Ariane et Thésée. *** Le premier grand motif est donc Ariane endormie, associé ou non à l'un des deux autres. Ariane
représentée seule. Le sommeil m'est cher, plus chère encoreLes représentations d'Ariane, seule et endormie selon le modèle antique, abondent, comme on peut le voir dans le dossier proposé par ailleurs (Ariane dans la postérité) : mouvement fluide du vêtement, inclinaison de la tête, position du bras revendiquent explicitement leur source. On trouvera sur ce site de brèves fiches descriptives au fur et à mesure de leur disponibilité. Arrêtons-nous seulement ici à deux séries d'images, parmi les plus récentes, qui attirent particulièrement l'attention : Les unes sont offertes par * De Chirico, les autres, moins explicitement a priori, par * Matisse. Elles permettent de prendre conscience de la diversité des chemins suivis par un mythe à travers les âges, le mot "mythe" se réduisant en l'occurrence à son incarnation la plus élémentaire, celle du nom même qui le désigne dans la mémoire collective. Ariadné, Ariane, Arianna, c'est un signifiant, culturel (la romance de l'amante délaissée), mais peut-être surtout pictural : "Ariane endormie à Naxos". Mais ce qui est remarquable dans le cas des deux artistes modernes cités - surtout sans doute chez De Chirico -, c'est que le pictural y est en réalité de l'ordre de la sculpture : Le sujet est dans l'exécution elle-même ; le "mythe" d'Ariane, ce n'est plus un récit, c'est sa statue [voir la fiche]. On pourra trouver un effet de "resémantisation" analogue dans le sort fait à cette autre grande figure féminine célébrée par Catulle (carmen LXVI, une "suite" de l'epyllion qui nous occupe), Bérénice, la princesse égyptienne dont la chevelure a rejoint la couronne d'Ariane parmi les constellations. Nom "poétique" d'étoile d'Alexandrie, chanté par Callimaque puis par Catulle, nom que la musique racinienne mêle nécessairement dans les mémoires au chant d'une autre princesse, de Césarée celle-là, Bérénice nous reviendra, mousa, ligne mélodique pure et mystérieuse, détachée de ses liens historiques trop pesants, pour charmer et pour révéler : par l'héroïne de la Nouvelle extraordinaire de Poe (1852) qui porte son nom, par la figure centrale du Jardin de Bérénice de Barrès (1891), enfin par cette Bérénice qu'on voudrait bien voir dessiner la chevelure d'Elsa, celle d'Aurélien (Aragon, Le monde réel : Aurélien, 1941 - 1944). "Son aura de permanence et de beauté, écrit C.Tardioli [cf. bibliographie], sert le renouveau ou l'exploration des gouffres humains ; son caractère, sa voix, sa conception de l'amour, son sacrifice apprennent à Barrès la grandeur des faibles et donnent à Aragon un "négatif" d'Elsa, non "développé" par Aurélien, qui refuse d'entrer dans son Monde réel. Toujours, elle est associée au désir de retrouver la continuité et l'unité d'un monde scindé par une science et un matérialisme sectaristes, ou des philosophies qui nient au mythe sa force de vérité, et au merveilleux son haut degré de réalité." *** Ariane
découverte par (pour) Dionysos. *** Ariane abandonnée
par Thésée A la première catégorie
appartient le sujet d'une coupe archaïque de Tarquinia
attribuée au "Peintre de la Fonderie" (entre 500 et
450 avant J.-C.) : Sur l'ordre d'Athéna, Thésée
abandonne Ariane pendant son sommeil. Il prend avec précaution
ses sandales à côté d'elle avant de suivre Hermès,
le messager de la déesse. Cependant l'arrivée de Dionysos
est annoncée : Eros vole vers Ariane, portant une couronne ;
en arrière-plan, la vigne. On voit Athéna éveiller
Thésée, sur un
* lécythe
de Tarente
attribué à un artiste proche du "Peintre de Pan"
(500-450 avant J.-C.), avec ménagement. Le héros paraît
ne pas en être content : Ariane dort, souriante, dans ses bras...
De même,
* trois fresques
de Pompéi
le montrent au moment où il s'embarque, se retournant vers Ariane
endormie, à la fois soucieux de ne pas l'éveiller et lui
jetant un dernier regard peut-être plein de regrets. Le "Peintre
d'Ariane", sur le stamnos de Boston
(vers 390 avant J.-C.), semble plus expéditif : Thésée,
les pieds sur terre, s'embarque allègrement vers la gloire, stimulé
par Athéna, tandis qu'Ariane vogue dans ses rêves, sous
le regard d'Hypnos, complice ... Catulle et ses
"modèles" non flauo retinens subtilem uertice mitram,On est donc amené à constater que, si Ariane s'abandonne, cela ne signifie pas pour autant qu'elle se défait ; en réalité, on est loin, ici, de cet effondrement qui, chez Sénèque, puis chez Racine, accusera la passion de celle qui avance toujours dans le sillage de la sur, Phèdre. La peinture du poète de Lesbie rejoint la sensualité des peintures pompéiennes, bel et bien présente en ces vers. Mais le mouvement déplace les lignes du désir : ici, la volonté capitule (neque tum mitrae neque tum fluitantis amictus / illa uicem curans) et, si on se souvient du corps, c'est pour le délivrer (non retinens, non contecta, non uincta). Ici, le furor conduit à un détachement qui abolit l'espace (le décor est sable) comme la pesanteur : érigée sur l'algue (60), flot elle-même (magnis curarum fluctuat undis), la statue de pierre était vouée à la fluidité : omnia quae toto delapsa e corpore passimAinsi, par un effet de surimpression et de sublimation troublant, l'image d'Ariane abandonnée et pathétique se fond dès lors dans une autre, annoncée par les furores du v. 54 et l'image de la bacchante, appelée par le mythe lui-même et la ferveur mystique qui l'entourait, montrée à tous et partout dans l'art hellénistique et romain, celle de l'extase dionysiaque et de la ménade. Ces vers et cette image anticipent symboliquement et esthétiquement sur la suite de l'epyllion, l'arrivée de Dionysos [voir introduction]. Déjà la noce sacrée et le thiase s'approchent : Dans ce fluitans amictus dont se jouent fluctus salis tandis que tout glisse, toto e corpore passim, apparaissent néréides et * ménades, tourbillon de draperies mouillées qui exaltent les sens et font perdre raison. Mais la poésie fait plus qu'imiter, elle fusionne pour créer : cette beauté qui se détache du tableau, c'est aussi l'enthousiasme, l'élan d'un corps qui se dénude pour se tendre, libre et possédé, qu'aurait pu sculpter Scopas. Cet instant sublime où l'extrême mouvement devient extase est le rêve qui hante toute l'histoire des Arts, depuis les imitateurs de la Ménade de Dresde (voir par exemple les figures du * Vase Borghèse et d'autres dans notre album autour d'Ariane) jusqu'aux danseuses de * Matisse, en passant, par exemple, par la *Daphné du Bernin, invoquant toujours ces (...) temps où vibrant sur sa tige Dans les vers de Catulle en
vérité, et par une sorte d'hypallage iconique, les images
et les signifiants se confondent : flux de l'Ariane endormie
du Vatican ET voiles frissonnant des ménades dansantes qui l'éveillent
; nudités étendues de Pompéi ET bacchante dressée
des Mystères. La broderie de la chambre nuptiale peint un regard
tendu au loin ; Catulle en grave le mouvement dans le marbre, furor
ET tension vers l'extase. Et c'est en définitive, peut-être,
dans la saisie simultanée de deux images - qui sont deux passions
- que s'explique l'ensemble du tableau montré par le poète
: Le geste et l'attitude de la Niobide
d'une part [*],
l'élan extatique de la Ménade
d'autre part. Pour le poète de Lesbie la douleur d'un corps cambré,
d'un bras qui enserre la tête, de voiles qui se répandent
au sol est, peut-être, le signifiant originel de la quête
du sublime. *** Verra-t-on des traces de cela dans la postérité ? Un rapide coup d'il sur les très nombreuses images proposées dans le dossier Ariane d'âge en âge permet de découvrir, pour le moins, une grande diversité dans les "lectures" que les artistes ont faites, d'un siècle à l'autre, de Catulle, d'Ovide, des antiquités exposées dans les musées, du "mythe" en soi, du nom même d'Ariane. Sur telle ou telle de ces uvres, on trouvera ici un certain nombre de fiches de réflexion, qui en appellent nécessairement d'autres : le souvenir d'Ariane abandonnée puis sauvée dans l'idéale union mystique avec le dieu parcourt le temps avec une telle constance, offre aux regards créateurs, aux passions et à l'intelligence un tel miroir, que les sujets d'étude ne manqueront pas, pour notre admiration, mais aussi, dans bien des cas, notre étonnement. Pour l'heure, à la recherche d'échos aux vers de Catulle dans cette abondance, on se risquera en guise de conclusion à suggérer un premier choix, assurément subjectif, une halte chez trois artistes vénitiens du XVIe siècle - on n'en sera sans doute pas surpris :
Non seulement
ces quatre toiles jettent un splendide éclairage sur l'immortelle
fille de Minos, mais surtout chacune d'entre elles, par
l'un ou l'autre de ses aspects, montre au plus haut point comment la
source antique est capable de guider le pinceau et le ciseau de l'artiste,
non pas dans le traitement plus ou moins brillant d'un sujet de convention
commandé par le Prince [voir les fiches], mais dans l'exploration
encore et encore du mystère humain, dont l'uvre
en définitive illustre les incertitudes. De
plus, si on s'en tient plus strictement aux visées pédagogiques
de la présente réflexion, on trouvera dans l'observation
de ces tableaux l'opportunité d'un autre enseignement. On a pu
voir plus haut que la connaissance de l'univers esthétique qui
entoure le poète
est loin d'être indifférente quand il s'agit de comprendre
en profondeur ces vers latins. Sauf si elles acceptent d'être
réductrices, la traduction et la lecture ne peuvent guère
se passer des lumières données par ce qui était
familier au poète comme à ses auditeurs, en l'occurrence
ces "mises en scène mythologiques" sur les vases, les
murs peints ou les bas-reliefs, images qui étaient autant de
codes partagés quand elles s'inséraient dans le langage
et l'écriture, la citation dût-elle apparaître en
négatif : Ariane dénudée debout sur le sable de
Dia, ce n'est pas Ariane endormie ; et ce ne peut être seulement
Ariane abandonnée arrachée aux autels paternels.
C'est cette même connivence que suppose un Titien dans une uvre
comme Bacchus et Ariane par exemple, mais finalement encore plus
exigeante, car non seulement le tableau associe des éléments
iconographiques de sources multiples, qui doivent être connus,
mais il les organise en une composition unique qui leur donne un sens
propre, nous ramenant par là-même à ce qu'est un
texte, au point de pouvoir agir, à rebours, sur notre
lecture, lecture d'un poème pourtant antérieur de plus
de quinze siècles ... Des ménades hellénistiques
aux fresques de Pompéi, de celles-ci au chant de Catulle, de
Catulle à Titien, de Titien à Catulle, puis à nouveau
de Catulle à l'Ariane du Vatican, dans des rue vides -
extérieur jour - lumière rasante pour des
Chirico
... La pratique de l'image dans l'enseignement des Lettres ouvre décidément
d'infinies perspectives. Marcel Tardioli
© Académie de Nancy-Metz Les "infobulles" sont réalisées avec overLIB ©, offert par Erik Bosrup. |
| Catulle
LXIV : Ariane Sommaire du dossier |
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(latins et grecs) |
Carmen
LXIV, 50-70 :
De l'image pathétique à celle de l'extaseCarmen LXIV, 323 - 381 :
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Iconographie
ancienne :
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